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close this bookAperçu de la Pêche au Tchad - Les ''Gens du Poisson'' (EC, 1996, 84 p.)
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Aperçu de la Pêche au Tchad - Les ''Gens du Poisson'' (EC, 1996, 84 p.)

Série Évaluation CCE N° 6

Commission des Communautés Européennes
Direction Générale du Développement

Bruxelles
Février 1996

Les appellations employées dans cette publication et la présentation des données n’impliquent de la part de la Commission européenne aucune prise de position quant au statut juridique des pays, territoires, villes ou zones, ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou de leurs limites.

Les droits d’auteurs appartiennent à la Commission européenne. Néanmoins, la reproduction totale ou partielle est accordée dans un but lié à la formation, à la recherche ou au développement, à l’exception de tout but commercial et à condition que 1) une citation complète de la source soit faite et que 2) notification écrite soit donnée à la Commission Européenne, Direction Générale du Développement, 200 rue de la Loi, B-1049 Bruxelles, Belgique.

Ce document peut être obtenu gratuitement de l’administrateur principal à la coopération de la pêche, Commission européenne, Direction Générale du Développement, 200 rue de la Loi, B-1049 Bruxelles, Belgique et par le Directeur de la Direction des Eaux, Pêches et Aquaculture, Ministère de l’Environnement et du Tourisme, BP 447, N’Djamena, Tchad.

Préparation de ce rapport

Ce rapport a été rédigé à la suite de deux missions effectuées sur le terrain au Tchad pour le compte du Gouvernement du Tchad et notamment du Ministère de l’Environnement et du Tourisme, Direction des Eaux, Pêches et Aquaculture sur financement du Fond Européen de Développement (FED) de la Commission Européenne.

La première mission dans le cadre de ‘L’étude de reconnaissance de la pêche au Tchad’ (projet 7.ACP.CD.044) a été principalement effectuée par Messieurs M. Revol, E. Baijot, G. Ladj, M. Oualbadet et K. Lassou, et Mmes A-M. Hochet et F. Tschombi. L’équipe a rencontré et consulté de nombreux opérateurs/trices économiques et institutions ayant des activités et intérêts dans le secteur de la pêche. Les résultats intermédiaires de l’étude avec les représentants de ces groupes ont été présentés et discutés lors de trois séminaires de restitution avec les représentants de ces groupes. Cette mission s’est déroulée entre le 23 janvier 1995 et le 29 avril 1995.

La seconde mission est venue compléter les informations recueillies durant la première mission en particulier celles en provenance du sud du pays. Elle fut effectuée par Mme A-M. Hochet, Messieurs M. Oualbadet et L. Dara durant la période de 16 janvier au 21 février 1996 (projet 7.ACP.CD.055).

La seconde mission a abouti également à l’élaboration d’un document de projet selon la méthode recherche-action-développement (RAD) qui vise le développement économique des communautés de pêcheurs, notamment du sud et du centre-ouest du pays. Cette proposition fait l’objet d’un document séparé.

Le présent rapport constitue la synthèse des résultats des informations recueillies et analysées.

Ce document doit être cité comme suit:
Anon., 1996. Aperçu de la pêche au Tchad. Les gens du
poissons. Bruxelles, Commission des Communautés
Européennes, Direction Générale du Développement,
Division Évaluation.
Série Evaluation CCE (6): 70 p.
ISSN 1018-3108

Résumé

Cette étude a pour objet une vue d’ensemble du secteur de la pêche au Tchad et ses ramifications avec d’autres activités économiques. L’environnement économique, administratif et politique et les zones de pêche, notamment le lac Tchad et les plaines d’inondation qui sont très poissonneux, y sont brièvement décrits. Les catégories de pêcheurs et leurs techniques variées sont identifiées. Les “gens du poisson” (pêcheurs, femmes de pêcheurs, transformateurs/trices, commerçant(e)s, etc.) sont des opérateurs économiques importants pour le Tchad. Cependant, leurs activités sont compromises, notamment la commercialisation du poisson et l’approvisionnement en filets, par les difficultés de transport et les risques afférents. Les pêcheurs et les commerçants en poisson réagissent aux difficultés en s’organisant en groupes actifs. Les pêcheurs comme les cadres de la Division des Eaux, Pêches et Aquaculture (DEPA) sont conscients des perturbations actuelles dans la gestion des ressources naturelles, et cherchent ensemble à reprendre en main cette gestion: assainir et améliorer la mise en pratique de la réglementation, par exemple par un accès au crédit pour l’achat de filets conformes aux normes officielles. Compte tenu des constatations effectuées et des attentes des “gens du poisson”, la Recherche-Action-Développement (RAD) a été retenue comme méthodologie d’intervention: elle permet de compléter les données de la recherche tout en testant avec eux les appuis appropriés.

Abstract

This study reviews the fisheries sector in Chad and its interconnections with other economic activities. The economic, administrative and political environment and the fishing areas, namely Lake Chad and the flood plains which are rich in fish, are briefly described. The rich variety of fishermen and gear types are identified. “Fisherfolk”, i.e. fishermen, their wives, male and female fish processors and mongers, and others, are important economic operators for the country. However, their business, especially the trade and the supply of nets, is hampered by transportation, lack of nets and chronic insecurity. Fishermen and fish mongers have reacted to this situation by forming proactive groups. Fishermen and fisheries officers of the Water, Fisheries & Aquaculture Department are aware of the problems of natural resources management, and jointly attempt to rectify the situation by: reviewing and adjusting the implementation of regulations, for instance by credit facilities for the purchase of legal nets. Co-operation between stakeholders of the sector could be best achieved with the Participatory Action Research and Development (PARD) methodology. This methodology will allow for a better insight in the sector through research and for testing suitable activities with stakeholders.

Liste des sigles utilises

AGS

Action for Green Sahel

ACRA

Association de Coopération Rurale en Afrique

AICF

Action Internationale de Lutte contre la Faim

APRODEPIT

Association pour le Développement de la Pisciculture Intégrée

ASSAILD

Association d’appui aux Initiatives Locales de Développement

BDEAC

Banque de Développement des Etats d’Afrique Centrale

BEADES

Bureau d’Etudes, de Consultations et de Réalisations des Projets pour l’Amélioration de l’Environnement et le Développement Socio-Economique

BELACD

Bureau d’Etude et de Liaison des Actions Caritatives de Développement

BID

Banque Islamique de Développement

BIEP

Bureau Interministériel d’Etudes et de Projets

CBLT

Commission du Bassin du lac Tchad

CEAO

Commission Economique Ouest Africaine

CEASM

Centre d’Etudes et d’Action Sociale Maritimes

CEBEVIRAH

Communauté Economique du Bétail, de la Viande et des Ressources Halieutiques

CEDRAT

Communauté d’étude de développement rural et d’aménagement du territoire

COOPLOG

Coopérative des pêcheurs du Logone

CGT

Cellule de Gestion des Terroirs

CILSS

Centre International pour la Recherche Agronomique et le Développement

CNAR

Centre National d’Appui à la Recherche

CPR

Centre de Promotion Rurale

CRAD

Cellule de Recherche-Action-Développement

CTFT

Centre Technique Forestier Tropical

DED

Deutscher Entwicklungsdienst

DEPA

Direction des Eaux, Pêches et Aquaculture

FAO

Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture

FED

Fonds Européen de Développement

FIR

Fonds d’Intervention Rurale

FM

Filet maillant

GTZ

Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit

LCRI

Lake Chad Research Institute

MET

Ministère de l’Environnement et du Tourisme

NIFFR

National Institute for Freshwater Ressource

ODA

Overseas Development Administration United Kingdom

ONDR

Office National de Développement Rural

ONG

Organisation Non-Gouvernementale

PAM

Programme Alimentaire Mondial

PDRI

Projet de Développement Rural Intégré

PIB

Produit Intérieur Brut

RAD

Recherche-Action-Développement

RCA

République Centrafricaine

SECADEV

Secours Catholique pour le Développement

SODELAC

Société de Développement du lac

UDEAC

Union Douanière Economique de l’Afrique Centrale

UE

Union Européenne

1. Contexte

1.1 Environnement géographique et physique et effectif de population

Le Tchad, d’une superficie de 1.284.000 km2 est situé dans la zone intertropicale, entre les 8ème et 23ème degrés de latitude nord, et entre les 14ème et 24ème degrés de longitude est. Les ports de mer les plus proches sont à plus de 1.500 km: ce sont Douala au Cameroun ou Port-Harcourt au Nigeria.

Les résultats provisoires du dernier recensement (1993) indiquent une population de 6.288.261 habitants. Les zones touchées par la pêche artisanale en comptent 4.449.099.

1.1.1 Le climat

On distingue trois grandes zones climatiques: la zone désertique au nord, à moins de 200 mm de pluie par an, la zone sahélienne au centre, avec une pluviosité allant de plus de 200 mm à moins de 800 mm, incluant le lac Tchad, le lac Fitri, le Bas-Chari, la zone soudanienne au sud, avec de 800 à 1.000 mm de pluie et plus. La pluviosité annuelle entre 1973 et 1992 de N’Djamena et de Sarh figurent dans les figures N°2 et 3 ci-dessous (Beauvilain, 1995).

Le climat est marqué par l’alternance de deux saisons, une saison sèche et une saison des pluies; les mois de décembre à janvier sont considérés comme saison froide: la température descend parfois au-dessous de 20°C; avril et mai appartiennent à la saison chaude, et la température ne descend pas alors au-dessous de 22°C. Pendant la saison froide, le processus de reproduction et de croissance de la plupart des espèces halieutiques, notamment celui du Lates niloticus est stoppé (Benech, 1974; Moreau, 1982). L’amplitude thermique est forte partout et, durant toute l’année, égale ou supérieure à 10°C.

Le réseau hydrographique se répartit entre les bassins des fleuves Logone et Chari avec leurs plaines d’inondation, le lac Tchad, et les petits lacs intérieurs (le Fitri, le lac Iro, le lac Léré et d’autres moins importants encore).

Le contexte hydrobiologique est marqué par la saison des pluies et l’inondation des plaines du sud (trois fois plus grandes que celles du Mali) qui offrent des lieux de reproduction nombreux, herbeux et permettant une dispersion assez grande des poissons, en même temps qu’une croissance rapide de la plupart des espèces.


Figure 1: Carte administrative du Tchad


Figure 2: Pluviométrie annuelle à N’Djamena (d’après Beauvilain, 1995)


Figure 3: Pluviométrie annuelle à Sarh (Beauvilain, 1995)

1.1.2 Le réseau hydrographique

1.1.2.1 Les bassins du Logone et du Chari (fleuves et plaines inondées)

L’ensemble fleuves-plaines d’inondation couvre environ 100.000 km2, dont 60.000 en territoire Tchadien. Ce chiffre aurait considérablement diminué au cours des dix dernières années en raison de la sécheresse, bien que nous ne disposions d’aucune étude récente à ce sujet.

Le fleuve Chari, le principal affluent du lac Tchad, est formé par la confluence de trois cours d’eau, le Bamingui, le Gribingui et le Bangoran, provenant des montagnes Bongos, en République Centrafricaine; ses principaux affluents sont le Bar Aouk et le Bahr Salamat, rive droite, et l’Ouham (Bahr Sara) et le Logone, rive gauche.

Le Logone est formé par la confluence de deux cours d’eau: le Mbere Vina (ou Logone occidental) et la Pende Nya (ou Logone oriental), dont le confluent se situe à 390 km de fleuve de N’Djaména. Le bassin du Logone présente deux zones distinctes: un haut bassin versant jusqu’à la hauteur de Laï et un bassin inférieur.


Figure 4: Carte hydrographique de la région au sud du lac Tchad

Pendant la saison des pluies le Logone (bassin du Tchad) est relié par le Mayo Kebbi au bassin du Niger. En 1965, Cabot (1965) estimait qu’environ 400 millions de mètres cubes échappaient au bassin conventionnel. La barrière faunistique entre les deux bassins est formée par les chutes Gauthiot, en amont du lac Tréné. Certaines espèces repérées au pied des chutes, comme l’Arius gigas, sont absentes en amont.

Dans les grands fleuves, Blache (1964) distingue trois faciès qui abritent chacun des faunes piscicoles assez spécifiques: les fonds rocheux dans les biefs supérieurs; les fonds sableux dans les cours moyens et inférieurs; et les fonds vaseux qui sont les plus abondants dans les cours inférieurs.

Les plaines d’inondation couvrent d’immenses superficies, notamment la zone des Bahr Salamat et Azoum, la zone du Bahr Erguig, la zone de Laï à Deressia, drainée par le Ba-Illi au nord, et la zone de Eré, drainée par les rivières Loka et Kabia. A l’intérieur de ces plaines on trouve encore de nombreux lacs et dépressions, dont par exemple le lac Weï (80 ha env.) dans la région de Moundou, le lac Mittau (100 ha env.) près de Gelendeng et la mare de N’gorkoula (70 ha) à Logone-Gana. Les eaux de ces plaines sont riches en matières organiques et minérales (cendres des feux de brousse, déjections des troupeaux etc.) et les alevins s’y développent dans de très bonnes conditions. La productivité y atteindrait au minimum 50 kilos à l’hectare d’après Blache.

Le tableau suivant révèle les paramètres que les pêcheurs doivent prendre en compte dans le choix de leurs engins comme dans leurs décisions de migration.

SAISONS HYDROBIOLOGIQUES

Mi-novembre à janvier

Février à avril

Mai à juillet

Août à mi-novembre

Hautes eaux

Décrue

Basses eaux

Crue

2,5 mois

3 mois

3 mois

3,5 mois

Migration latérale vers les plaines d’inondation, reproduction, croissance des juvéniles

Migration de retour vers le fleuve

Concentration des poissons, migration longitudinale

Reproduction des poissons

Pêche peu active

Pêche active

Pêche très active

Pêche réduite

1.1.2.2 Le lac Tchad

Le lac Tchad est une immense cuvette à fond plat qui n’excède pas 4 mètres de profondeur et reçoit 40 milliards de m3 d’apport annuel, dont 80% d’apports des bassins du Logone et du Chari, le restant étant fourni par l’El Beïd, le Yedseram et la Komadougou-Yobé et les précipitations (environ 10%). C’est du Chari que dépendent le plus les crues du lac qui connaît son minimum en juillet et son maximum en décembre.

Le lac Tchad est situé dans une zone de faible pluviométrie et à évaporation intense (2.200 mm/an). Dans les années soixante, sa superficie a varié entre 20.000 à 25.000 km2 Il aurait atteint une superficie minimale 3.000 km2 au cours des sécheresses des années quatre-vingt, pour remonter à un minimum de 7.500 km2 en 1984 et 10.000 km2 en 1989 (Sagua, 1990). Il est réparti entre le Cameroun, le Nigeria, le Niger et le Tchad, mais ce dernier détient 50% de la surface du lac.

Les rivages du sud-ouest et du delta sont marécageux, la côte ouest et nord est franche; en revanche, toute la zone nord-est et sud-est forme un archipel composé d’une multitude d’îles, vestiges d’un système dunaire noyé. La limite de l’archipel et des eaux libres est occupée par une floraison intense de roseaux et surtout de papyrus formant un barrage végétal d’où se détachent les kirtas, ou îlots-bancs en véritables îles flottantes. La navigation y est difficile et l’on perd facilement ses points de repères. Cette barrière végétale délimite deux zones hydrobiologiques:

· la zone des eaux libres, dystrophe, aux fonds encombrés de rhizomes de papyrus pourrissants et,

· la zone de l’archipel, eutrophe, aux fonds peuplés d’une végétation phanérogamique immergée très dense et siège d’une vie piscicole intense.

1.1.2.3 Les petits lacs intérieurs

Nous mentionnons les plus importants:

· le lac Fitri à l’est du lac Tchad;

· le lac Iro (200 km2) dans la plaine d’inondation du Salamat;

· des petits lacs dans le Mayo Kebbi, dans la dépression de Toubouri, les lacs Fianga (30 km2), Tikem (15 km2), Tréné (12 km2), Léré (42 km2), le lac Kabbia, (0,5 km2);

· les lacs Ounianga (Jua, Uma, Fodorom et Teli) dans le Tibesti qui n’ont pas encore été expertisés.

Le lac Fitri, situé dans la préfecture du Batha entre 12°50 N et 17°30 E à environ 280 m d’altitude a une superficie variant de 420 à 1200 km2; celle-ci aurait atteint 1300 km2 lors de la crue de 1870.

Le lac Iro (Pairault, 1994), d’une profondeur de 4 m, couvre une superficie de 10.000 ha en période d’étiage et double en saison pluvieuse. La pluviosité normale de la zone est de 900 mm. Le Bahr Salamat s’y déverse au mois d’août et peut augmenter la hauteur d’eau de 3 m. Le courant s’inverse à partir de février. C’est pendant cette saison d’étiage que les troupeaux des transhumants viennent nombreux aux abords du lac.

Les lacs Fianga, Tikem, N’Gara, Tréné et Léré qui se suivent l’un derrière l’autre totalisent plus de 10.000 ha; ils reçoivent les eaux du Logone et de la Tandjilé. Le plus grand est le lac Léré où l’on trouve encore des lamantins. C’est une grande cuvette de 13 km de long, bordées de collines. Sa profondeur varie de 3 à 6 m; en période d’étiage sa superficie est de 4.200 ha et son volume d’eau de 160 millions de m3 Les habitants de Dissing pensent qu’à la suite de l’érosion des sols provoquée par les cultures cotonnières, le lac Léré est entrain de se combler. D’autres affirment que la vase du fond du lac proviendrait de la décantation des eaux limoneuses du Mayo Kebbi, à leur arrivée dans le lac. Le lac Kabbia de 0,5 km2 environ (canton Domo, sous-préfecture de Gounou-Gaya), est sous-exploité par les riverains utilisant des engins traditionnels et fait objet d’une convoitise dangereuse de la part des pêcheurs équipés.

Il existe d’autres dépressions intérieures, telles que le lac Mabo, au sud de Moundou, dont l’exploitation alimente en poisson la ville de Moundou, et les lacs Ounianga et Sérir, au nord, dont l’étude n’a pu être effectuée pour des raisons de sécurité.

1.2 L’environnement économique global

Le Tchad est un pays continental, sans débouché maritime et dont l’infrastructure routière est très défavorable aux transports, notamment aux transports rapides.

La ventilation de poisson frais s’effectue donc avec beaucoup de risques. Nous verrons comment les pêcheurs répondent et souhaitent répondre à cette contrainte (voir paragraphe 4.3)

L’approvisionnement en engins de pêche, en matière première pour la fabrication des pirogues se fait par le biais d’importations à partir du Nigeria et du Cameroun. Les exportations de poisson transformé touchent ces deux pays et le Niger. Ces transactions sont faites dans des conditions d’insécurité réelle, que les transports soient effectuées par pirogues motorisés ou par véhicule.

Enfin, il faut constater qu’une majorité de pêcheurs professionnels se trouvent, à temps plein ou pendant la forte campagne de pêche, dans des zones frontalières, où les taxations arbitraires, à l’amiable ou non, négociées ou non, ont remplacé une stratégie douanière digne de ce nom.

Les activités économiques dominantes dans les zones où vivent les pêcheurs sont la pêche et l’agriculture, dont il est relativement facile d’évaluer l’importance économique, mais aussi le commerce, officiel ou non, et dont il est, par contre, très difficile de mesurer l’importance.

A l’heure actuelle cependant, l’équipement des pêcheurs dépend de relations commerciales très aléatoires avec les commerçants des pays riverains, beaucoup moins enclins à vendre à crédit que jadis.

Or la pêche est considérée comme la troisième ressource du Tchad.

Il reste le fait que le P.I.B. n’a toujours pas dépassé le seuil de 200 dollars par habitants. Le coton, dont le marché est fluctuant, représente 70 à 80% des recettes d’exportation.

L’exploitation prochaine du gisement de pétrole devrait permettre une réduction des dépenses dans le domaine des transports.

Le Tchad présente les caractéristiques contradictoires d’un pays riche en potentiel de ressources (élevage important et terroirs propices, zones à haute potentialité agricole, au centre et surtout au sud, ressources pétrolières à exploiter et ressources halieutiques à la fois importantes et pas assez valorisées), et dont l’économie reste une des plus faibles des pays en voie de développement. On se reportera, moins pour avoir des données chiffrées que pour comprendre l’économie du Tchad à la publication commune PANOS-UJT-CEFOD (nd).

1.3 Environnement administratif et politique

L’environnement administratif des opérateurs du secteur pêche est considéré à deux niveaux, celui de l’administration territoriale actuellement en fonction et celui du service administratif et technique de tutelle.

1.3.1 L’administration territoriale

Les pêcheurs et différents opérateurs du secteur sont des citoyens tchadiens vivant dans des préfectures et sous-préfectures, qui, en tant que telles, reflètent l’administration coloniale qui a imposé ces modèles occidentaux de conception. Cependant le contexte historique est encore vivant, depuis les sultanats de Bol et de Mani (lac Tchad et environs) en passant par celui du lac Fitri (sultan de Yao) ceux du Chari-Baguirmi, ceux de Bousso et de Bédaya (Mbang) et du pays Moundang (Gon de Léré) et les sociétés non-étatiques Ngambaye, Goula, etc. Nous avons souvent superposition, synthèse dans le meilleur des cas, de deux systèmes d’autorité, le plus ancien étant bien souvent le plus influent en matière de gestion des ressources halieutiques, comme dans le cas du lac Fitri, et le plus proche des pêcheurs. A cela s’ajoute un quadrillage militaire, notamment sur le lac Tchad, donnant aux militaires ignorant les limites de leur compétence, l’occasion de récupérer des responsabilités qui, sur le simple plan juridique et administratif, ne doivent pas incomber à des autorités militaires.

Cette situation “de transition” se prolonge et son évolution vers un régime démocratique est pourtant officiellement programmée.

C’est dans ce contexte que la Direction des Eaux, Pêches et Aquaculture (DEPA), précédemment subordonnée à la Direction des Forêts est responsable de la politique sectorielle du Gouvernement en matière de pêche.

1.3.2 La Direction des Eaux, Pêches et Aquaculture (DEPA)

1.3.2.1 Organisation et stratégie

La Direction des Eaux, Pêches et Aquaculture (DEPA) est le service administratif et technique de tutelle responsable du secteur et elle comprend quatre services: pêche, aquaculture, hydrobiologie, et personnel. Elle dispose de 90 agents de terrain, régulièrement recrutés (figure 5). En plus, un certain nombre d’agents recrutés sans tenir compte des compétences professionnelles est imposé. La réinsertion de militaires, sans formation appropriée, au sein de ces cadres pose beaucoup de problèmes. Le service des Pêches étant distinct et séparé maintenant de celui des Forêts, il est à espérer que la DEPA pourra imposer un meilleur comportement à ses agents.


Figure 5: Le Departement des Eaux, Pêches et Aquaculture dans l’exercice de ses fonctions

La politique sectorielle en matière de pêche a été définie par la consultation sectorielle sur le développement rural, la sécurité alimentaire et les ressources hydrauliques, tenue à N’Djaména en décembre 1993. Les objectifs suivants ont été assignés pour le développement du secteur pêche (Ministère de l’Agriculture et de l’Environnement du Tchad, 1994):

· assurer une gestion rationnelle et durable des ressources halieutiques;
· augmenter la disponibilité en poisson pour la population;
· améliorer les conditions de vie et les revenus des pêcheurs;
· accroître le revenu national par le développement du secteur.

Pour atteindre ces objectifs, la consultation sectorielle a envisagé:

· un renforcement institutionnel de la DEPA;

· des études visant une exploitation rationnelle des plans d’eau intérieurs, et recommande un consensus entre les pays riverains du lac sous l’égide de la Commission du Bassin du lac Tchad (CBLT);

· un appui à l’approvisionnement en facteurs de production;

· la mise au point d’un schéma de développement de la zone soudanienne, incluant un volet pêche important.

Une mission de dix jours, dans ce but, a été effectuée par un expert pêche pour fournir un bilan de la pêche et de la pisciculture en zone soudanienne (Mikolaseck, 1993). Cette mission recommanda pour le sud, trois axes stratégiques:

a) La connaissance des ressources halieutiques et de leur dynamique:

la mise en place d’un système de statistiques de pêche;

l’identification et la description complète sous tous leurs aspects des différentes pêcheries: lacs des Toubouri, Lac Iro, Logone-Chari et les plaines d’inondation;

la réactualisation des données du commerce.

b) L’organisation de la filière pêche:

la mise en place des six délégations administratives de la pêche avec à leur disposition, un ingénieur halieute;

le soutien aux groupements et acteurs privés de la filière pêche (avec l’aide de toutes structures compétentes, publiques ou privées).

c) La promotion de l’aquaculture.

Appui aux initiatives existantes en matière d’aquaculture, notamment le réensemencement des zones fragilisées en collaboration avec les opérateurs du secteur.

1.3.2.2 Contraintes à la mise en oeuvre des stratégies de la DEPA

Dans l’état actuel des choses, la DEPA n’a pas les moyens de conduire cette politique. Elle pourrait, par contre, d’une part, adapter progressivement sa stratégie à ses moyens et à la volonté de progrès des opérateurs du secteur pêche; d’autre part, à mesure de la progression d’un programme de développement, situer son rôle de manière plus concrète (tout en respectant les objectifs qui lui ont été officiellement et légalement impartis) et obtenir l’aide nécessaire à cet effet.

Par rapport aux objectifs conférés à la DEPA, nous relevons actuellement un certain nombre de carences qui justifient cette observation:

· Les relations entre autorités et populations ne permettent pas à ces dernières d’avoir des initiatives opportunes pour l’avenir et de s’organiser réellement pour mieux gérer les ressources, en raison du comportement des agents des Forêts. Pêcheurs et opérateurs du secteur pêche ne peuvent guère que gérer le quotidien. La séparation du services des Eaux et Forêts en deux services retire aux forestiers leurs prérogatives en matières de répression de la pêche et permet d’amorcer une amélioration.

· L’administration, a eu une politique fluctuante à l’égard des autorités coutumières, et répressive plus que soucieuse de la promotion économique des populations; ceci ne peut favoriser le développement d’un secteur économique tel que celui de la pêche qui a besoin que l’administration joue son rôle positivement et avec cohérence, surtout pour la préservation des ressources halieutiques. La DEPA a, depuis peu, amorcé le dialogue avec les groupements de pêcheurs.

· La législation en vigueur (cfr. paragraphe 1.3.3.) n’est pas appliquée par ceux qui devraient être les garants de son application.

· Nombre de données statistiques relatives à la production et à la commercialisation manquent alors que le dispositif pour les collecter ou n’existe pas ou ne fonctionne pas correctement.

· Il n’existe pas de réelle collaboration entre les services techniques concernés et les opérateurs du secteur pêche, en raison des exactions nombreuses dont sont victimes les pêcheurs, surtout du fait des forestiers et militaires. Cependant la situation est en voie de réelle évolution dans ce domaine avec le changement de direction intervenu depuis peu, des passerelles sont jetées.

· La capacité d’organisation des opérateurs du secteur pêche, en raison des échecs de structures coopératives imposées de l’extérieur et mal conçues, est méconnue et non exploitée.

· Les infrastructures de soutien (voie de désenclavement, dispensaires, établissements de formation, etc.) sont très insuffisantes, et ponctuellement inexistantes.

· La coopération sous-régionale ne se manifeste pas à travers des décisions communes et des échanges d’information réguliers comme cela devrait se faire.

· Les cadres de la DEPA eux-mêmes, lorsqu’ils souhaitent avoir un rôle plus positif que celui d’agents de répression, sont terriblement frustrés de ne pas avoir les moyens matériels de s’intéresser aux travaux qui devraient être les leurs.

Enfin, si le secteur pêche est marginalisé, quant à sa place et ses moyens d’action au sein de son ministère de tutelle, il ne l’est nullement sur le plan des activités de ses opérateurs. Nous le verrons, après avoir présenté au préalable les interventions extérieures qui ont été tentées près de ces opérateurs, avec le contrôle et l’accord dudit ministère.

1.3.3 La réglementation officielle

Il convient de la rappeler ici, afin de mieux comprendre les réactions des pêcheurs et opérateurs du secteur pêche, face à cette réglementation et aux déviations qu’elle encourt dans son application.

Actuellement les activités de pêche sont réglementées par le Décret n° 024/PR/MTEF/DG/DEP/85 et n° 0019/MTEF/DG/DEP/85 du 27 juin 1985, conçus sans étude préalable, donnant lieu à des abus d’application.

Ces textes accordent l’exclusivité du droit de pêche à l’Etat sous réserve des permis de pêche. (Le montant du permis de pêche est de 12.500 F CFA par an pour les nationaux et 75.000 F CFA par an pour les étrangers.) Leur aspect centralisateur ne permet pas une gestion rationnelle et durable des ressources halieutiques, ni la prise en compte des spécificités régionales.

L’autorisation de transport de poisson est délivrée moyennant le paiement d’une taxe fixée à 10 F CFA/kg pour le poisson frais et le poisson séché et à 15 F CFA/kg pour le poisson fumé. Ces autorisations sont valables pour un seul voyage et pour l’itinéraire prévu. Les transports de poisson frais, quand il ne dépassent pas un total de 15 kg par personne détentrice ou destinataire, sont considérés comme effectués en vue de la consommation familiale et ne font l’objet d’aucune taxe.

Dans le cas d’exportation de produits de la pêche, il est établi un titre de circulation nommé “taxe de circulation du poisson à l’exportation”; la délivrance de ce titre est subordonnée au paiement de droits de l’ordre de 100 F CFA/kg pour le poisson frais et le poisson séché et 200 F CFA/kg pour le poisson fumé.

Ces textes portant sur les taxes ne constituent pas une base juridique pour la gestion des ressources. Le nouveau code forestier, proposant une réglementation des pêches, a été adopté par un conseil des Ministres en 1989, mais n’a jamais été suivi de textes en permettant l’application sur le terrain. Il précise que la maille minimale autorisée pour les sennes, filets maillants, éperviers et nasses est de 35 mm. De plus, sont interdits les palangres portant des hameçons distants de moins de 40 cm. En fonction de l’évolution du stock halieutique, ce code prévoit aussi des périodes de fermeture de pêche, soit sur toute l’étendue du territoire, soit par plan d’eau. Selon le même code, l’exercice du droit de pêche se trouve concédé aux communautés villageoises qui pratiquent les pêches saisonnières suivant leurs coutumes. En vue d’éviter la surexploitation des ressources halieutiques, le code prévoit que l’exercice de la pêche sur certains cours d’eau pourra être réservé en exclusivité à un ou plusieurs groupements professionnels agréés par l’Etat.

1.3.4 Les institutions internationales

1.3.4.1 La Commission du Bassin du lac Tchad (CBLT)

Elle fut créée par les états riverains du lac Tchad qui ont signé en 1964 la convention de Fort-Lamy, créant une commission à laquelle furent conférées différentes tâches relevant de différents secteurs économiques, dont la pêche. Cette convention a été amendée en octobre 1972. La CBLT dont le siège est à N’Djaména est chargée de la mise en valeur du bassin conventionnel (550.000 km2). Elle a pour objectifs de:

· rassembler, examiner et diffuser les informations sur les projets préparés;

· recommander la planification des travaux communs et des programmes de recherche;

· maintenir la liaison entre les Etats membres en vue de la mise en place d’une politique commune en matière de pêche;

· planifier, préparer, exécuter et gérer des projets spécifiques approuvés par les Etats membres;

· assurer diverses formations.

Le financement de la CBLT doit être fourni par les états membres selon les proportions suivantes: Nigeria, 53%; Cameroun, 27%; Tchad, 12%; et Niger, 8%.

Le budget annuel de la CBLT n’a pas cessé de baisser depuis sa création; il est de 500 millions en 1995, dont 62% pour le fonctionnement de l’organisme et 38% pour le développement et un effectif réduit à 75 personnes.

Les Etats membres appartiennent, en outre, à des organismes et institutions régionales ayant compétence en matière de pêche continentale:

· la Communauté économique du Bétail, de la Viande et des Ressources Halieutiques (CEBEVIRHA), qui a son siège à N’Djaména;

· le Comité Inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) et la Commission du Bassin du Niger (Tchad, Niger, Nigeria);

· l’Autorité du bassin du Niger (ABN) dont le Tchad est membre.

Les organismes de recherche et de formation des Etats-membres de la CBLT sont:

Au Niger: Le Département des Eaux et Forêts au sein de l’Institut National de Recherche Agronomique (INRAN) qui est chargé de la recherche en hydrobiologie, pêche et aquaculture. Peu de travaux ont été réalisés sur le bassin conventionnel compte tenu de l’assèchement presque complet du lac Tchad en sa partie nigérienne depuis plusieurs années.

Au Nigeria, une formation est assurée par l’Ecole des Pêches de Baga, contrôlée jusqu’en 1987 par le LCRI (Lake Tchad Research Institute). Actuellement les activités de pêche dépendent du National Institute for Freshwater Fisheries Research (NIFFR) basé à New Bussa. La CBLT possède un centre de formation à N’Gala, spécialisé dans le domaine agricole.

Au Cameroun, l’Ecole de Pêche de Foumban forme des techniciens de pêche maritime et continentale. Le projet de centre de pêche du lac Maga a été élaboré en vue de la formation des vulgarisateurs en technologies des pêches, réparation de moteurs etc. Le centre dispose d’un laboratoire avec du matériel de recherche appliquée. Les infrastructures ont été fournies par l’assistance japonaise, mais le centre ne fonctionne pas faute d’effectifs et de budget de fonctionnement.

Au Tchad, il n’y a actuellement aucun centre de formation et les agents techniques ne peuvent être ni formés ni recyclés dans le pays. La recherche est du ressort de la division des Pêches (DEPA) mais celle-ci ne dispose ni des ressources financières ni des ressources humaines pour mener à bien cette fonction de recherche. Des activités de recherche et de formation avaient été prévues au centre de Djimtilo (ex-base des chercheurs de l’ORSTOM) mais elles n’ont pas démarre en raison des perturbations politico-militaires du pays; depuis le départ de l’ORSTOM, les recherches n’ont pas continué. L’étude de faisabilité financée par la Banque Islamique de Développement et réalisée en 1994, n’a pas eu de suite.

1.3.4.2 La Communauté économique du bétail, de la viande et des ressources halieutiques (CEBEVIRHA)

Créée en 1987 par le Tchad, le Cameroun, la RCA, le Gabon, la Guinée Equatoriale, elle a son siège à N’Djaména.

Elle avait pour objectifs:

· le développement de l’élevage et de la pêche dans les Etats membres;

· les échanges communautaires des produits de la CEBEVIRHA avec préférence sous-régionale;

· la formation du personnel nécessaire pour la réalisation de ses objectifs.

La CEBEVIRHA s’est jusque là intéressée à des projets de développement de l’agriculture et de l’élevage; c’est en 1994 seulement que les Etats membres lui ont demandé de s’intéresser à la pêche continentale et de faire des propositions.

Son budget est resté de 200 millions F CFA par an. Ces ressources propres viennent d’une taxe égale versée par chacun des Etats membres. Le Tchad n’a pas fourni de spécialiste en pêche à cette institution et, de ce fait, la pêche continentale est négligée et menacée par la commercialisation du poisson de mer.

1.4 Données antérieures concernant la production halieutique

Ces chiffres, collectés dans divers rapports et publications à diffusion limitées, sont, dans tous les cas, à considérer comme des ordres de grandeur. Les statistiques fiables manquent dans un secteur où seule une collecte très rationnelle et très régulière peut fournir des informations.

Selon diverses études réalisées par des organismes comme l’ORSTOM et le CFTT avant 1979, la production de la pêche dans tout le bassin était d’environ 140.000 tonnes, en année de pluviosité normale. Sur ces 140.000 t, 80.000 provenaient du territoire tchadien; et en particulier, de l’ensemble fleuves et plaines inondées qui fournissait entre 50.000 à 60.000 tonnes, le lac Tchad fournissant le reste. Toutefois les relevés des taxes douanières et des taxes de marché sont en partie à la base de ces données chiffrées et sont nettement en-dessous par rapport à la quantité réellement commercialisée.

Blache (1964) estimait alors la productivité minimale des plaines d’inondation à 50 kg/ha, alors que, selon lui, la pêche n’en prélevait, à l’époque, que 12 à 15 kg/ha/an. Holden (in Lotti, 1986) évaluait la pêche maximale, en condition d’équilibre, au Tchad, à 50.000 à 150.000 tonnes par an, en 1968, pour une surface totale de 20.000 km2, soit une productivité moyenne de 50 kg/ha/an (entre 25 et 75 kg/ha/an).

En 1986, Lotti estimait la surface du lac Tchad à 6000 km2 et la surface moyenne des plaines inondées à environ 26.000 km2, dont 60% se trouvent en territoire tchadien, soit 15.000 km2. En appliquant le taux de productivité moyen cité plus haut, Lotti estimait alors la production maximale équilibrée à environ 100.000 tonnes. Faute de statistiques, Lotti ramenait son estimation à 60.000 tonnes.

Pour les années 1986 à 1989, Sagua (1990) situait les prises annuelles entre 40.000 et 50.000 tonnes. Considérant que la pluviosité était normale de 1990 à 1992, Corsi (1993) estimaient que les captures annuelles variaient entre 30.000 et 40.000 tonnes.

En 1994, Quensière estime que la production du lac Maga, dans les Yaérés du Cameroun, serait de l’ordre de 150 kg/ha/an.

Selon une étude de la FAO, la production nationale de poisson entre 1980 et 1989 a été la suivante:

Années

Production (tonnes)

1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
1987
1988
1989

46300
41500
10900
15200
20300
15600
25000
38700
25000
27700

Ces chiffres sont à confronter avec d’autres chiffres, de source imprécise, selon lesquels le potentiel halieutique du Tchad s’élèverait de 60.000 tonnes en période de sécheresse à 120.000 tonnes/an en période de bonne pluviosité.

En l’absence de données statistiques récentes et fiables, un aperçu des potentialités devrait être possible chaque année sur la base de la connaissance des superficies inondées.

En l’absence de données statistiques récentes et fiables, un aperçu des potentialités devrait être possible chaque année sur la base de la connaissance des superficies inondées.

1.5 Actions entreprises par l’intermédiaire d’intervenants extérieurs

Les projets actuels en cours de réalisation sont tous orientés vers la pisciculture.

1) Appui aux pêcheurs de Niellim: initiation à la pisciculture

Les activités réalisées ont été la restauration des structures du Centre de Promotion rurale (CPR), la confection de séchoirs, de chambres d’enfumage et de bassins de conservation, et la diffusion de techniques de conservation près de 4 groupements féminins.

Le projet a également testé un élevage en cages qui a échoué (taux de mortalité élevé).

D’autres essais ont concerné la pisciculture sur petits bas-fonds et nappe phréatique. L’expérience a tourné court suite à l’inondation du site lors de la saison des pluies.

Le projet, préfinancé par l’ONG ACRA pendant deux années, a dû cesser faute de financement.

2) Le projet des pisciculteurs de Bongor, près du casier rizicole

Les pisciculteurs, au nombre de 15 membres avaient reçu une subvention de 5 millions CFA en 1992. Une porcherie et 22 étangs ont été aménagés. Les étangs dépendirent pour leur remplissage d’une pompe qui leur a été retirée par l’inspection forestière de Bongor qui la leur avait prêtée, puis furent alimentés par les infiltrations provenant du canal principal du périmètre qui cessèrent lors du cimentage de ce canal.

L’opération n’a pas été suffisamment suivie au point de vue résultats chiffrés; toutefois les membres du groupement disent avoir un petit capital et sont en négociation pour l’utilisation d’une autre motopompe, qu’ils se partageaient avec un autre groupement. Si les comptes sont insuffisants, la motivation des pisciculteurs, qui savent travailler seuls, est forte.

3) Essais de l’ONG AGS (Action for Green Sahel) à Ba Illi

Maraîchage, reproduction des espèces arboricoles locales et pisciculture sont les domaines d’expérimentation de la petite station de Ba-Illi. Des essais d’empoissonnement de mares villageoises à partir de la production d’alevins (espèces sélectionnées) en station sont en cours.

Il est prématuré d’en tirer des conclusions définitives sur les services éventuels que pourrait rendre cette station dans le cadre de réempoissonnement des plans d’eau fragilisés, mais cette possibilité justifie un suivi de l’opération, et qu’il soit fait appel à elle pour des interventions de réempoissonnement des petites mares incluses dans les terroirs villageois.

4) Etudes réalisées et en cours

La BDEAC a financé “L’étude de mise en valeur des produits de la pêche dans le Chari et le Logone”. Elle fut réalisée par Idroconsult en 1987, mais le projet élaboré à la suite de cette étude n’a jamais démarré.

La FAO a financé une étude de consultant en 1993 pour appuyer la consultation sectorielle sur le développement rural, la sécurité alimentaire et les ressources hydrauliques (Corsi, 1993). Elle a préconisé les axes stratégiques ci-dessus indiqués dans la présentation de la stratégie nationale.

La CBLT a fait faire une étude courant 1995 impliquant un bilan-diagnostic du secteur pêche et l’étude de faisabilité de l’implantation d’un centre de formation pour les agents d’encadrement à Djimtilo. La situation financière des Etats membres ainsi que le climat d’insécurité qui prévaut au lac Tchad risquent bien de compromettre cette éventuelle réalisation.

2. Les opérateurs du secteur pêche

2.1 Identification des opérateurs du secteur

Dans le contexte que nous venons de décrire vivent les pêcheurs, les femmes de pêcheurs transformatrices et vendeuses, commerçantes aussi, les commerçants en poisson, en gros et en détail, et ceux qui approvisionnent les pêcheurs en engins de pêche, les collecteurs et convoyeurs de tous les niveaux. Ces “gens du poisson” comme ils se nomment parfois constituent l’ensemble de ceux qui vivent de la pêche artisanale. On mettra l’accent sur les pêcheurs et leur progression sociale et économique dans la mesure où la majorité de ceux qui s’adonnent à des activités commerciales dans ce secteur sont d’anciens pêcheurs, ou des femmes de pêcheurs, ou des fils de pêcheurs.

La Direction des pêches, en 1994, estime à 300.000 personnes ceux qui vivent des revenus de la pêche; ceci n’est nullement surestimé si l’on sait que ce sont les régions les plus peuplées du pays qui se situent dans les environs du lac et sur les bords des fleuves Chari et Logone jusqu’au sud, alors que la population totale du Tchad atteint à peine 6 millions d’habitants. D’autre part, un nombre important de pêcheurs étrangers vient temporairement, ou définitivement, pêcher sur les rivages tchadiens.

Nous n’avons pas pu utiliser les chiffres du dernier recensement: certaines îles du lac, pour des raisons d’insécurité, n’ont pu être visitées par les agents du recensement.

2.1.1 Sur le lac Tchad

Le lac est un pôle d’attraction très important: des pêcheurs tchadiens y vivent à temps plein, des pêcheurs étrangers viennent s’y installer définitivement, des pêcheurs tchadiens et étrangers y viennent temporairement, suivant ainsi les migrations du poisson.

La population du lac est très disparate. Nous avons eu des entretiens avec des pêcheurs Boudouma, Kotoko, Maliens (Bozo et Peul!), Sara, N’Gambaye, Massa, Bornou, Kabalaye, Kanembou. Les villages sont pluri-ethniques; on compte 4 à 10 ethnies différentes par village des îles situées à l’intérieur du lac, et 3 à 4 dans les villages situés en bordure du lac,

Ainsi, Kinasserom, qu’on peut considérer comme un centre de pêche et aussi un centre commercial important, compte neuf quartiers différents: Haoussa, Maliens, Bornou, Kotoko-Logone, Ghanéens, Kanembou, Buduma, Sara, Kotoko-Ngorko, Arabes.

On peut classer ces pêcheurs et opérateurs divers (à l’exception peut-être des commerçants qui ne pêchent plus du tout et se groupent moins facilement) en:

· groupes d’étrangers venus des pays voisins (Nigérians, Haoussa, Ghanéens, Bornou du Nigeria),

· groupes d’émigrés non-riverains, chassés de leur pays par la famine et les difficultés de survie (Maliens comportant des ressortissants de plusieurs ethnies devenus tous pêcheurs par nécessité),

· groupes de Massa, N’Gambaye, Kabalaye, Kim et Sara venus du sud du Tchad et fournissant une partie de la main d’oeuvre de pêche,

· autochtones Buduma, Kotoko, Arabes et Kanembou.

Parmi ces groupes orientés sur la pêche, les étrangers venus des pays voisins sont les mieux équipés et ont, par ailleurs, un mode de vie assez individualiste, contrairement aux groupes originaires du Mali qui s’organisent spontanément pour faire face à une situation d’émigrés (venus de loin et sans parents au Tchad), qui les marginaliserait vite s’ils ne s’organisaient pas (comme, par exemple, le groupe malien des pêcheurs de Kinasserom).

Nous classons à part un groupe de jeunes ex-scolarisés Kabalaye que des raisons économiques ont obligés à quitter le lycée, parfois même en classe de terminale et qui ont adopté d’eux-mêmes la pêche comme moyen de gagner leur vie. Ils se sont montrés soucieux de profiter de leurs revenus et d’oublier. Ce cas social est-il le seul? Il mérite qu’on s’y attarde.

Nous trouvons aussi, temporairement, près des pêcheurs-cultivateurs des ouvriers agricoles venus du Guéra pour la saison culturale.

Les commerçants du lac Tchad, suffisamment aisés pour se livrer au commerce des filets sont la plupart du temps des Nigérians.

2.1.2 Les pêcheurs des bords du Logone et du Chari et des lacs du sud

La diversité ethnique, à l’échelon village, y est beaucoup moins importante que sur les îles et rives du lac Tchad. Nous trouvons des villages de pêcheurs-cultivateurs et de cultivateurs s’adonnant temporairement à la pêche. Les Kotoko dominent dans la zone proche de N’Djaména, la région de Bongor est peuplée de Massa s’adonnant à l’agriculture, mais aussi beaucoup à la pêche. Dans les plaines d’inondation, on trouve des Moundang, des N’Gambaye, des Sara et tous les sous-groupes ethniques du sud.

On retrouve une certaine diversité, créée par l’immigration sur les bords des lacs Léré et Tréné Dans ce dernier lac, les autochtones pêcheurs sont moins nombreux que les pêcheurs venant de l’extérieur. Au lac Léré, des conflits ont surgi entre autochtones et étrangers pour la gestion des ressources halieutiques. Il n’y a pas une ethnie dont la pêche soit l’activité spécifique, mais des ethnies qui ont leurs villages et leurs groupes de pêcheurs; des jeunes qui ont souvent la pêche comme activités à revenus monétaires secondaires.

2.1.3 Les pêcheurs du lac Fitri

En majorité Bilala, les pêcheurs du lac Fitri comptent aussi quelques quartiers et campements de pêcheurs Kanouri d’origine tchadienne et nigériane. Pour les pêcheurs Bilala, la pêche est pratiquée chez eux sur le lac pendant six à sept mois de l’année et l’agriculture est l’activité complémentaire indispensable. Les pêcheurs Kanouri n’ont souvent d’autre activité que la pêche.

2.2 Les réponses des pêcheurs à leur environnement

Ils utilisent cet environnement en pratiquant un certain type de pêche et en utilisant tel ou tel matériel, selon un calendrier approprié; ils l’exploitent exagérément ou le protègent; ils en tirent des revenus et un mode de vie; ils s’organisent en tant que pêcheurs, en tant que pêcheurs-cultivateurs ou cultivateurs ayant recours à la pêche. Hommes et femmes jouent ici leurs rôles et leur promotion sociale est étroitement liée à leur promotion économique.

2.2.1 Les techniques de pêches utilisées

2.2.1.1 Sur le lac Tchad

Le choix des techniques est influencé par plusieurs facteurs:

· les habitudes relatives à la manipulation des engins, transmises de père en fils;

· l’enherbement du lac en progression;

· les apports technologiques des pêcheurs immigrés, comme par exemple les nasses des pêcheurs maliens;

· l’accès financier et matériel à l’acquisition des engins;

· l’acceptation facile de technologies nouvelles. Les pêcheurs adoptent rapidement de nouvelles technologies lorsque celles-ci se révèlent productives. Les anciennes ne sont cependant pas abandonnées et le choix des engins de pêche est conditionné par le coût, le type d’embarcation disponible, le calendrier de travail et les ressources économiques du pêcheurs.

Les saisons de pêche ont moins d’importance qu’ailleurs, la pêche étant possible toute l’année. Le rythme de pêche, au niveau du lac, est assez régulier, mais néanmoins avec un temps fort de mars à août, lorsque le niveau des eaux descend et que les températures sont élevées. Le rendement de la pêche, aux yeux de certains, s’accroît à cette époque où les poissons quittent les refuges herbeux pour l’eau libre. En revanche, côté Nigérian, la bonne saison de pêche a lieu de septembre à février, soit durant les eaux montantes côté tchadien.

Selon les moyens dont on dispose, on pêche plus ou moins près du bord. Le plus courant pour une bonne pêche est cependant d’aller pêcher à deux ou trois heures environ du village (navigation à rames) et la journée de travail dure de 8 à 10 heures, avec départ vers 4 heures du matin et retour entre 12 et 15 heures.

Les engins de pêche utilisés sont les filets maillants, les sennes, les palangres, les nasses, les éperviers. Le filet maillant, ou filet dormant est très utilisé, chacun achetant le métrage à sa portée, cela jusqu’à 300 yards; il faut deux à trois heures pour enlever les poissons d’un grand filet. On peut retirer environ 25 kg d’un filet de 100 yards et 69 kg d’un filet de 300 yards.

Les sennes tournantes sont utilisées sur le lac Tchad. Même lorsqu’elles appartiennent à un seul pêcheur, il en faut jusqu’à 10 hommes pour les manipuler.

La palangre est utilisée surtout par les Bornou et les Kotoko, et par des pêcheurs s’intéressant aux gros poissons. En même temps les pêcheurs restant assez proches des rives utilisent des filets éperviers à maille de deux doigts.

Des chambres de captures sont fabriquées par des Kim, à Mani, en des lieux bien ciblés et avec une discrétion qui empêche de saisir l’intérêt réel de cette pratique, demeurée soumise à un code coutumier. Cette technique ne semble pas très répandue (figure 7).


Figure 7: Piège à poisson au bord du lac Tikem

Les Maliens ont introduit une nasse “goura” qui a largement concurrencé les nasses traditionnelles des Kotoko (figure 8) et qui s’adapte bien à la situation d’enherbement du lac. L’arbre utilisé pour l’armature est le plus souvent en Mimosa pigra, d’autres espèces nécessiteraient au préalable un trempage pour en enlever l’odeur. Les mailles des filets qui sont utilisés pour la confection des goura sont souvent inférieures à un doigt; il faut trois yards de filet seulement pour faire une grande nasse de 1 m de haut et 76 cm de diamètre. La goura est un engin assez économique à l’achat et d’entretien facile. Certains pêcheurs en possèdent jusqu’à 50. A Mitteriné des pêcheurs, qui placent de 20 à 25 nasses, obtiennent, au bout de 2 à 4 jours, 40 à 50 kg de poisson. Ces chiffres sont à confirmer par des relevés plus systématiques, sur toute une saison ou plusieurs saisons (figure 9).


Figure 8: Nasse utilisées par les pêcheurs de Djouvoul


Figure 9: Nasses goura utilisées par les pêcheurs originaires du Mali sur le lac Tchad

2.2.1.2 Sur les fleuves (y compris les plaines d’inondation) et les lacs du sud

La senne de plage à petites mailles de 1 à 2 doigts est l’engin qui semble le plus utilisé dans le sud, que ce soit à Léré, sur le lac Iro, ou sur les fleuves. Les descriptions faites par Blache et Miton (1962) parlent déjà des sennes à flotteurs des Moundang et des Haoussa. Ces sennes étaient fabriquées à partir de plusieurs nappes dont la plus petite des mailles faisait 5 cm étirée. Actuellement toutes les sennes ont des mailles de 10 à 15 mm étirées. Ceci témoigne de la pression croissante et continue qui s’exerce sur les stocks de poisson. Depuis combien de temps? Il est difficile de le préciser. La généralisation de l’usage de la senne oblige les patrons pêcheurs à fonctionner comme de petites entreprises. Les pêcheurs font état de rendements de senne très différents entre le lac Léré et les fleuves. Là où l’on atteint 150 à 200 kg/jour sur le lac Léré, on aurait 40 à 50 kg à Matomolo, sur le Chari.

L’épervier est utilisé facilement, et même fabriqué, par des pêcheurs pour lesquels la pêche n’est pas l’activité principale. A Niellim, sur le Chari, des agro-pêcheurs fabriquent eux-mêmes des éperviers à maille de 4 cm et les captures peuvent être de 10 à 15 kg/jour.

Comme sur le lac Tchad, les palangres sont utilisées surtout par les Bornou, pour la capture de gros poissons.

Sur le lac Iro, les Kotoko utilisent quasi exclusivement le filet monofilament à maille de 15 à 25 mm. Retirer le poisson des filets est cependant un travail très long avec ces filets. Il faut 6 à 8 heures de travail pour traiter 4 à 5 filets. Les rendements sont eux aussi intéressants. Pairault (1994) parle de captures de 60 à 100 poissons par jour, de poids individuel entre 50 et 200 gr, avec 4 rouleaux de filet.

Sur le lac Fitri, l’engin autorisé est la palangre; des barrages de bras permettent également des pêches familiales ou collectives au retrait des eaux.

Même si les données chiffrées sont insuffisantes, il est cependant possible de conclure que les rendements actuels sont toujours très satisfaisants. La très bonne diversité des techniques traduit la réponse des pêcheurs à divers types de milieu et d’accessibilité de la ressource. Le tableau figurant à la paragraphe 1.1.2.1 montre que les déplacements des pêcheurs constituent une adaptation à la particularité de la ressource halieutique, tout comme les éleveurs s’adaptent au potentiel des pâturages. Le matériel utilisé prouve aussi, si besoin était, l’adaptation des pêcheurs à l’innovation technique et à la contrainte économique: la location de pirogues, sur le lieu de pêche, s’est développée pour répondre aux besoins des pêcheurs migrants.

On peut être d’accord sur l’analyse de Blache, reprise par l’étude financée par la BDEAC en 1987: “la pêche au Tchad a atteint un stade de maturité professionnelle difficile à améliorer”. Ceci est dû à la grande compétence des pêcheurs et à leur capacité d’adaptation.

2.2.2 Les embarcations

Les pirogues les plus fréquentes, à l’heure actuelle, sont les pirogues en contre-plaqué de 5 à 8 m de long et de 90 à 95 cm de large. Ces pirogues conviennent et aux eaux du lac et au portefeuille des pêcheurs. Elles sont de fabrication et de maniement très faciles. Les pirogues monoxyles se font rares et sont bien plus onéreuses; on les utilise beaucoup plus sur le fleuve. Les planches de contre-plaqué sont importées du Nigeria, et plusieurs artisans fabriquent les pirogues sur place (figure 10).


Figure 10: Atelier de réparation de pirogues monoxyles

Ces pirogues reviennent de 30.000 à 80.000 F CFA selon le nombre de planches utilisées pour leur fabrication (2 à 8). Les plus grandes peuvent être motorisées et sont parfois - bien qu’assez rarement -équipées de moteurs de 8 CV. Les pêcheurs saisonniers en trouvent à louer: 10.000 F par mois pour les pirogues motorisées, 1.500 à 3.000 F pour les autres.

Il existe également de grandes pirogues de transport de 12 à 15 m sur lesquelles on peut fixer des moteurs de 25 à 40 CV, fabriquées elles aussi en contre-plaqué; elles ne sont utilisées que pour les transports; certains pêcheurs placent leurs petites pirogues dessus pour se rendre sur les lieux de pêche. Quand les pêcheurs trouvent ce matériau (des tuyaux en PVC ont été dérobés à la SODELAC) et peuvent engager ces frais, ils garnissent ces pirogues de PVC fixé sur l’armature.

2.2.3 Les pêcheurs et la protection des ressources halieutiques

2.2.3.1 Au lac Tchad

Les techniques de pêche ne sont pas neutres, ni sur le plan de la vie sociale, ni sur le plan de la perception que l’on se fait de l’avenir et de la maintenance des ressources naturelles.

Ce sont habituellement les autochtones qui ont le souci de la préservation des ressources naturelles. Or, ces derniers ont parfois considéré la pêche comme secondaire. Ce fut le cas des Boudouma et des Arabes du lac Tchad, beaucoup plus attirés par les pâturages de cette région.

La légende de l’implantation des Boudouma sur le lac est significative sur ce plan (Bouillé, 1937 & 1939):

“Kouri-Yédéna, leur ancêtre descend des Fellata. Il fut rejeté par eux parce qu’il était noir et alla s’installer seul sur les îles du lac. Un jour il traversa le lac avec une pirogue et se maria à une fille Sô, ainsi fut créée la race Boudouma.”

Leur système foncier relatif au régime des terres est beaucoup plus élaboré, alors que sur l’eau; ils se sont fait plutôt une réputation de “pirates des eaux”. Nous citons ici Bouillé (1937; 1939):

“Chez les Boudouma, le régime des terres est spécial: la terre appartient à la tribu, c’est-à-dire en réalité, à celui qui la commande. Celui-ci partage ses terres en un certain nombre de parts, à la tête desquelles il met un représentant. A chaque part correspond un village, lequel dispose d’une île. Quand l’île est trop grande, elle est partagée entre deux villages.”

Sur le lac, on ne relève pas, au stade de cette étude, de véritable tradition de gestion des ressources halieutiques et cette carence est d’autant plus importante que le lac a constitué un pôle d’attraction, non seulement pour les pêcheurs migrants tchadiens, mais pour les pêcheurs des pays riverains et de pays non riverains. Tous sont venus au lac Tchad pour y trouver beaucoup de poisson et ceci, en toute saison. Nous retrouvons les premiers indices de gestion chez les Kotoko, sur le fleuve proche du lac, à Zafaya, par exemple, où l’on a dressé un hippopotame pour éviter l’exploitation abusive par des pêcheurs “étrangers” de toute une portion du fleuve.

Mais il faut bien reconnaître que la production du lac Tchad est extrêmement importante et moins soumise aux variations saisonnières pour des pêcheurs qui vont pêcher au centre du lac. Le “besoin de gestion” n’y a pas été vraiment ressenti. Ceci ne signifie nullement que cette gestion ne soit pas nécessaire et qu’un pillage du lac pourrait avoir lieu sans conséquences négatives.

A cela s’ajoute que les corps professionnels armés (militaires, douanes, agents des Eaux et Forêts et de la Faune) ont introduit une grande confusion dans les mesures légales de protection de la nature: un filet prohibé peut être saisi et revendu à un autre pêcheur! Lorsqu’un pêcheur a eu son filet saisi, il lui faut pêcher deux fois plus et par n’importe quel procédé pour récupérer le montant perdu et s’équiper de nouveau correctement. Quant aux “permis de pêche”, ils sont souvent valables pour une durée beaucoup plus courte que la durée officielle, sont délivrés sans reçu, et font l’objet de menaces comme de discussions à l’amiable sur les montants, surtout quand il s’agit de pêcheurs étrangers.

Les Maliens sont “craints” par les autres pêcheurs en raison de l’efficacité de leurs goura; et aussi parce que les nasses gênent la navigation; mais ces nasses qui permettent la pêche en zone herbeuse sont finalement adoptées par beaucoup de pêcheurs tchadiens.

La fin des exactions des corps armés, des concertations et informations réciproques entre pêcheurs (jeunes et vieux) d’origines diverses, assistés de cadres compétents sont les clauses nécessaires à la mise en oeuvre d’une réelle gestion des ressources du lac; ceci, par ailleurs doit être fait par les pays riverains aussi et un consensus général doit être trouvé.

2.2.3.2 Sur les fleuves et les lacs du sud

La pêche au lac Iro revêt un peu les mêmes caractéristiques de non-gestion que sur le lac Tchad. Une légende veut que les Goula riverains du lac aient cédé leurs droits sur le lac aux Goula de Bone (sous-préfecture de Melfi) éloignés d’une soixantaine de km dans les terres; le lac ayant servi d’enjeu pour une lutte traditionnelle. Les Goula de Bone se contentèrent cependant d’un cadeau protocolaire au début de chaque campagne de pêche.

Les Kotoko eux-mêmes, venant pêcher sur ce lac, y sont moins respectueux de la protection des ressources halieutiques que sur leurs terroirs. Ils sont également bien mieux équipés que les autochtones et utilisent du matériel plus performant, voir prohibé. On pourrait parler de la même façon des N’Gambaye de Moundou installés à Matomolo, sur le Chari, près de Sarh. Ces populations de pêcheurs se déplacent, quand ils constatent une trop grande baisse de la production et ne gèrent pas plus la ressource que des pasteurs nomades passant sur un lieu de transhumance que les éleveurs sédentaires se voient obligés ensuite de quitter eux-mêmes. Dans l’un comme dans l’autre cas, il existait jadis des espaces de dialogue: le respect des coutumes et lois traditionnelles du pays d’accueil que la législation “moderne”, de type européen, a contribué à faire disparaître.

Sur les fleuves, l’accès est relativement libre pour qui veut s’y installer et les anciens chefs des fleuves laissent, le cas échéant, les groupements de pêcheurs, quand il y en a, régler les problèmes. En revanche, les marigots et bras morts sont restés propriété des villages et dépendent du système foncier global, donc du chef de terre, dont dépend aussi le chef des eaux.

La mise en défens de mares ou de bras morts est une chose pratiquée traditionnellement et connue, comme en témoigne la coutume régissant la mare de Ngorkoula à Logone-Gana. Les maîtrises de l’eau existaient, s’appuyant sur des pratiques religieuses animistes. Les populations du sud n’ignorent pas ces réglementations que les services administratifs ont contrecarrées, beaucoup plus par leurs exactions que par la législation elle-même, du reste. Les pêcheurs étrangers à la région, par contre, ont trouvé dans l’application illégale de la législation moderne, matière à transgresser des coutumes qu’ils n’auraient pas osé transgresser autrement.

Enfin l’utilisation d’engins prohibés par les pêcheurs d’origine étrangère étant facilitée par la corruption des services de répression des fraudes, les autochtones eux-mêmes en viennent à le faire pour ne pas laisser les autres épuiser seuls les ressources, disent-ils.

Nous nous devons de relater ici ce témoignage d’un responsable d’un chef de l’eau traditionnel à Léré:

“Autrefois, nos ancêtres fabriquaient leur matériel de pêche pour pêcher. Les fils des filets étaient fabriqués à partir des fibres de petits arbustes appelés “tissanssou”, Teshem sii (Leptadenia hastata Asclepiadiaceae).

Ils tressaient aussi des “seccos” pour faire des barrages. Ils pêchaient également des gros poissons avec des lignes et hameçons.

En 1939/1940 des étrangers ont introduit de nouvelles techniques: nasses, “brigui” (épervier), filet maillant. Ayant vu les étrangers se servir de ces engins, nous avons abandonné nos anciennes techniques.

En 1939-41, des Haoussa en partance pour La Mecque se sont installés sur les bords du lac, attirés par l’exploitation des caïmans, des pythons, des tortues géantes et, maintenant, des lamantins.

En 1958-59, un certain Mena introduisit le filet en nylon.

Ces nouvelles techniques engendrèrent un gaspillage de poisson; car ces engins sont beaucoup plus performants que ceux des Anciens. Jadis, on prenait une petite quantité de poisson, celle qui nous suffisait pour la consommation, et c’est l’agriculture qui était l’activité principale. Aujourd’hui, le commerce du poisson est devenu un moyen de vie aussi pour nous, les Moundang. Mais les étrangers sont venus en grand nombre, avec des moyens plus efficaces, décimer les poissons.

Les Moundang ont laissé faire tout cela, parce qu’ils n’attachaient pas une grande importance à la pêche, et se trouvaient mobilisés par les colons français à la culture du coton; ils prirent conscience trop tard du gaspillage.

La culture du coton vint ensuite en première position, mais le produit servit à acheter des engins de pêche.

Les chefs “de bord” du lac souhaitent ne plus voir les étrangers sur le lac. Il y a beaucoup plus d’étrangers que d’autochtones sur le lac.

Il y a des gens indiqués pour réprimer les étrangers fautifs (chef de canton, sous-préfet); mais la corruption a favorisé la destruction des ressources aquatiques.

Chez nous, les Moundang, les interdits sociaux favorisent la préservation des espèces aquatiques.

Il y a eu des tensions parce que les interdits Moundang ont été violés. Ces tensions ont diminué depuis qu’ils respectent la tradition (danse des Masques). Ils continuent néanmoins de pêcher avec des engins interdits: épervier, filet à petite maille, etc.

Actuellement, il y a à payer un permis de pêche de 12.500 F par an.

Il y a une réglementation instaurée par le chef de l’eau, respectée par les autochtones et non par les étrangers. Ainsi des espèces ont disparu, telle que le “grand garga”.

Les Moundang géraient bien le lac autrefois. Ils avaient plus de pouvoir sur l’eau, notamment celui de multiplier les poissons par des sacrifices de chèvres, de poulets, de poissons pour neutraliser les poissons et avoir le soutien des Dieux pour la protection des pêcheurs. Les sacrifices étaient accompagnés de la danse des masques, pour initier les femmes et les enfants au respect des animaux de l’eau qu’il ne fallait pas tuer. Les Haoussa ont fait appel à l’armée pour faire cesser cette pratique. La danse continue quand même.

Le centre du lac était laissé en permanence en défens, de même que l’emplacement des hippopotames et la zone proche de la montagne. La tradition interdisait de siffler sur le lac et d’utiliser des postes-radio; ce sont des mesures de sécurité, afin d’entendre les appels au secours.

Chaque village avait son “lit de poissons” et la pêche collective (figure 6) n’était pratiquée qu’une journée de temps en temps avec un seul filet, et après que le chef de bord soit entré dans “le lit de poissons”.


Figure 6: Femme et enfant de retour d’une pêche collective à Logone-Gana (en bas)

Tous les jeunes, par le moyen de l’initiation qui s’étale sur 10 à 15 ans, et par leurs vieux parents, apprennent comment la pêche et la gestion de l’eau se pratiquaient avant. La culture moderne a réduit l’impact de l’initiation relativement aux obligations et aux interdits, mais les jeunes retiennent tout de même les bonnes choses.

Aujourd’hui les jeunes veulent revenir à une meilleure gestion de l’eau. Avec la GTZ et APRODEPIT, ils ont créé un groupement du lac et essaient de réinstaller les zones de défens. Ils veulent y associer les Haoussa et que ceux-ci respectent la nature et la réglementation que le groupement arrêtera. A cette condition, les Haoussa pourront rester à Léré. Mais, pour l’instant, ils boycottent le groupement. Il faudrait que l’autorité gouvernementale soutienne la conception de la pêche des autochtones.

Notre groupement a pour but de pêcher, commercialiser le produit de la pêche et de préserver le lac.

Nous avons instauré la mise en défens d’une portion du lac à Tréné (2 km2), à Léré (5 km2) et à Dessing (1,5 km2).

Nous émettons les suggestions suivantes:

· rétablir l’équilibre en moyens de pêche entre les autochtones et les étrangers et réglementer;

· limiter le nombre d’étrangers. Les étrangers font la navette entre Lagos et le lac Léré; on pense que le jour où il n’y aura plus de poisson, ils s’en iront.

Nous avons 9 groupements d’autochtones autour du lac.

Les T. sont les descendants des chefs de l’eau (charge héréditaire). Ils peuvent multiplier les poissons; il y a beaucoup de poisson mais “la table est occupée par des non-invités.”

Nous avons aussi des chefs de terre mais les deux pouvoirs sont bien distincts.”

On ne saurait parler de querelles ethniques ici même si l’administration locale a déjà été obligée d’intervenir dans des conflits entre ces communautés jadis, mais d’une conscience aiguë de la nécessité de protéger les ressources, accompagnée d’un regret profond de ne plus pouvoir le faire et d’être confrontés à une carence grave des services administratifs détenteurs de pouvoirs en la matière. Les propositions contenues dans ce discours ont, par ailleurs, été formulées au cours du troisième séminaire organisé à l’occasion de la mission avec les pêcheurs à N’Djaména.

Cette situation présente un certain nombre de similitudes avec celle des pêcheurs de la boucle du Niger au Mali et les solutions cherchées en commun par ces derniers et le service des pêches méritent un échange d’informations entre ce service et le service tchadien, et aussi entre les pêcheurs maliens et tchadiens.

Ce langage du chef de l’eau interdit aussi que l’on fasse de ces problèmes le résultat d’un conflit de générations, surtout dans cette société où l’initiation se pratique encore et est porteuse de messages de savoir-vivre. “Les jeunes retiennent tout de même les bonnes choses”, dit cet ancien.

Il y a, sur ce plan de la formation traditionnelle des jeunes, une prise en charge des jeunes beaucoup plus importante dans les sociétés à pratiques d’initiation que dans les autres; dans le milieu des pêcheurs, ces sociétés sont les plus représentées.

Notons aussi que les pêches coutumières existaient et existent encore dans beaucoup de régions. Elles sont l’expression sociale d’une gestion des ressources halieutiques. Nous en trouvons chez les Niellim, dans le Moyen-Chari, chez les Naw, au bord du Bahr Sara (Tidanbay et Dedry, 1982). L’investigation des équipes R.A.D. permettra des compléments d’information.

Dans le Logone et la Tandjilé, on note en milieu Kim et N’Gambaye une appropriation par famille des droits d’usage des bras de fleuve et mares (au même titre que des terres de culture) qui constituait et constitue encore souvent une protection contre l’exploitation abusive.

Nous verrons également, en analysant les manifestations d’organisation sociale la volonté réelle des pêcheurs de reprendre en main la gestion des ressources halieutiques, même sous des formes nouvelles.

2.2.3.3 Sur le lac Fitri

Sur le lac Fitri, une réglementation imposée par le sultanat interdit la pêche sur le lac pendant cinq mois de l’année et cette mise en défens permet la reproduction des espèces halieutiques. L’interdiction d’utiliser des filets est également l’expression du souci de préserver les ressources depuis qu’un assèchement du lac il y a une cinquantaine d’années, puis des sécheresses moins importantes ensuite, ont montré la fragilité de ces ressources.

La conséquence positive indirecte est que le lac n’est pas un pôle d’attraction trop important pour les pêcheurs étrangers qui l’épuiseraient assez vite s’ils venaient à y pêcher avec les mêmes engins qu’au lac Tchad. C’est aussi la preuve, si besoin était, qu’une réglementation nationale doit tenir compte des spécificités micro-régionales.

2.2.4 Les pêcheurs et la protection de l’environnement (outre celle des ressources halieutiques)

La pêche est-elle cause de déboisement? La pêche présente certainement moins de risques de déboisement que d’autres activités économiques (les cultures notamment).

Il faut cependant signaler l’utilisation de bois de chauffe pour le fumage du poisson. Dans certaines îles du lac, on dépense beaucoup en approvisionnement en bois venant par pirogues d’autres régions et notamment de Mani. On y remédie parfois en utilisant de la bouse séchée; ce procédé n’est pas toujours apprécié des consommateurs et clients éventuels. Des fours plus économiques sont-ils réalisables? Dans tous les cas, une recherche avec les transformateurs et transformatrices s’imposera (le Nigeria est un très bon client pour le poisson fumé, le Niger aussi).

On mentionne des feux de brousse, feux mis à la végétation du lac sans trop savoir s’ils sont le fait ou non de bergers qui voudraient voir repousser de l’herbe tendre, ou s’ils sont mis dans le but de faciliter la navigation. En effet, les axes d’accès à certains débarcadères, ou à Bol, sont très étroits et envahis par la végétation; à certains endroits le croisement de deux pirogues risque de les disloquer, alors que l’absence de points de repères sur le lac rend la circulation hasardeuse.

Certaines pratiques telles que la confection de chambres de capture importantes ou d’utilisation d’amas de branchages pour attirer le poisson pourraient être nocives à la couverture arbustive. Les pirogues monoxyles ont provoqué la disparition de nombreux grands arbres. On demande au pêcheur qui veut faire fabriquer une pirogue de ce type une taxe de 4.000 F CFA: mais il faut un arbre de plusieurs dizaine d’années pour fabriquer une pirogue qui durera 10 à 15 ans.

Cependant en raison des coûts et de la relative facilité d’acquisition des pirogues en contre-plaqué, ces dernières remplacent progressivement les pirogues monoxyles. Toutefois les pêcheurs Bilala du lac Fitri sont encore très attachés à ce type de pirogues et en fabriquent actuellement de petites dimensions dans les Faidherbia albida.

Les dégâts provoqués par la pêche et les activités dérivées de la pêche sur l’environnement peuvent trouver des solutions (construction de fours économiques, actions de reboisement spécifiques à proximité de l’eau, etc.; voir aussi les expériences de la SODELAC), et ceci sans doute plus facilement que les dégâts de certaines pratiques agricoles nouvelles. Or beaucoup de pêcheurs, au sein de la cellule familiale économique de base, associent la pêche à l’agriculture et même investissent en bétail. Il s’agit pour eux d’améliorer leurs conditions de vie en exploitant à la fois le potentiel halieutique et le potentiel agricole; ils utilisent ainsi complètement leur environnement physique et répondent aux contraintes comme aux potentialités offertes par leur environnement économique.

2.2.5 L’association pêche-agriculture

2.2.5.1 Le système foncier des îles du lac Tchad

Les pêcheurs du lac Tchad eux-mêmes ne négligent pas d’investir en travail et en argent dans l’agriculture quand ils le peuvent. Le système foncier des îles du lac Tchad et des environs du lac est complexe quant à l’utilisation du terroir. Nous avons déjà abordé cette question avec la gestion des ressources halieutiques (2.2.3) et nous pouvons l’approfondir ici en considérant le système des Boudouma (Bouillé, 1937; 1939).

“Le représentant du chef fait à son tour trois parts des terres: la première est réservée à la construction des habitations, la seconde comprend les pâturages, tandis que la troisième est destinée aux plantations. Les pâturages sont réservés à l’ensemble des troupeaux du village [...]. Dans la partie de l’île destinée aux plantations, le chef de village donne à chaque homme majeur, même non marié, un petit coin de terrain où il aura droit de semer du mil.

Toutes ces concessions entraînent le paiement annuel de 4 zakât (10 kg) au chef de canton et 2 au chef de village. Les cultivateurs gardent ce droit et ne le perdent que s’ils quittent le village (leur parcelle peut alors être remise à un autre).”

Toutefois l’auteur signale ce qui suit comme une nouvelle coutume:

“Les Boudouma ayant appris des Kanembou à assécher au moyen de digues les parties du lac proches de la terre ferme ont ainsi obtenu des “ouadi” cultivables (polders) [...]. Les chefs de village qui désirent obtenir la permission de les mettre en valeur doivent donner, au préalable, au chef de canton, un boeuf et un grand boubou. Si la digue vient à se rompre, tout est à recommencer: les travaux d’assèchement d’abord, puis le versement de nouveaux dons. Peut-être est-ce pour cela que les digues se rompent si facilement!”

La situation foncière, avec terroirs imbriqués, sur les bords du lac, empêche une gestion communautaire de l’espace par les exploitants et ne laisse subsister, comme dans les villages entre Djimtilo et Mitteriné, que la gestion par le représentant du sultan. Beaucoup de non-cultivateurs achètent ou tentent d’acheter des terres afin de faire pratiquer de la culture irriguée en salariat agricole. Certains représentants des sultans arrivent à “vendre” la terre à des étrangers à la région, notamment à ceux qui, de par leur position sociale, peuvent facilement acquérir des motopompes.

Sur les îles, le foncier demeure dans la main du représentant du sultan, mais les terres semblent attribuées exclusivement à ceux qui vivent sur l’île.

L’investissement dans l’équipement ne doit pas faire oublier qu’il y a souvent investissement, lorsque l’épargne est possible, dans les cultures et dans les constructions en dehors des îles ou dans le pays d’origine. La main d’oeuvre agricole venant du Guéra est fortement sollicitée.

2.2.5.2 Cultures pratiquées et calendriers agricoles

Quand les chefs de famille âgés ne peuvent plus pratiquer la pêche; ils laissent les jeunes le faire et se consacrent au maraîchage, rêvent de vergers et d’exploitations agricoles (canne à sucre entre autres) et même de petites motopompes. Le maïs et le niébé sont d’un bon rapport.

Le verger de Kinasserom était jadis composé d’espèces variées, seuls les manguiers ont subsisté; les vergers des îles ont besoin de traitements phytosanitaires.

La canne à sucre est également un revenu important sur le pourtour de certaines îles et sur les bords du lac. Les aléas du transport occasionnent parfois des pertes graves. Un exploitant de Blangoré, selon l’importance de la crue et de l’inondation qui menace dit gagner de 100 à 400 bottes de canne à sucre écoulées entre 3.000 et 4.500 F la botte. D’autres exploitants pourront garder une quarantaine de sacs de maïs de décrue pour leur consommation familiale et en vendre 50. Ce sont les sultans qui attribuent ces terres, les autochtones payant des droits d’exploitation moins élevés que les populations venues du sud, qui, d’autre part, en obtiennent difficilement.

Par contre, les paysans indiquent qu’ils ne pratiquent aucune rotation culturale ni mise en jachère sur les terres alluvionnaires et, malgré les difficultés de mesure, signalent de bons rendements. Pour les terres non soumises à la crue, les problèmes de conservation des sols sont à évaluer.

Nous avons rencontré des exceptions. Dans l’île de Tchongolé, les Boudouma fument le sol avec leur bétail ou les mettent en jachère au bout de 5 à 6 ans, s’ils n’ont pas de bétail.

L’orientation vers le maraîchage de villages d’anciens pêcheurs tels que Sangaria, est fréquente, ceci pour ceux qui peuvent profiter de la route et écouler assez rapidement à N’Djaména. La mission n’a pas eu le temps matériel de visiter ces jardins.

Les calendriers agricoles sont chargés et complexes dans la mesure où la décrue se termine tard - les dernières terres étant dégagées en avril - et où la crue recommence parfois très tôt. Les paysans donnent beaucoup plus d’importance aux cultures de décrue qu’aux cultures pluviales, mais sèment ou repiquent parfois de mai à août et les dernières cultures sont souvent noyées par la crue.

Caler ses travaux avec un calendrier des pêches serait impossible pour la plupart si la pêche ne leur permettait pas d’investir en main d’oeuvre, ce qu’ils font presque tous à des degrés divers. Cela offre également des possibilités de salariat aux jeunes des régions économiquement plus défavorisées.

2.2.5.3 Complémentarités entre les activités

Le degré d’adaptation des populations aux spéculations culturales et commerciales temporairement rentables est également très élevé chez les hommes et chez les commerçantes qui se constituent vite grossistes de tout ce qui peut se vendre.

Il faut une étude approfondie pour tenir compte de la disparité des exploitations agricoles et des différentes situations foncières, et le pourcentage de pêcheurs sans terre est certainement beaucoup plus élevé chez les pêcheurs d’origine étrangère venus là avant tout pour les revenus monétaires offerts par la pêche et ses activités dérivées.

La pêche et l’agriculture se complètent plus qu’elles ne se concurrencent; il n’est pas rare de voir un pêcheur investir 200.000 F en main d’oeuvre agricole pour des cultures de maïs de décrue qui lui rapporteront trois fois l’investissement. Il y a abandon de la pêche par la fraction la plus orientée vers la sédentarisation en cas de poldérisation naturelle; si on est trop loin de l’eau, une partie du village émigre vers les îles, l’autre se consacre à la culture, au maraîchage et aux vergers. Les aléas des inondations ont poussé les agro-pêcheurs, de Djimtilo à Mahada et de Djimtilo à Mitteriné, à faire des digues de protection des cuvettes de décrue contre les inondations. Ces digues mobilisent les hommes valides d’une vingtaine de villages à chaque fois, à l’appel du représentant du sultan de Djimtilo. Les exploitants ont tendance à semer ou repiquer de plus en plus tard dans la saison et doivent ensuite protéger contre la submersion des plants par la crue.

Enfin l’équipement et la location de petites motopompes pour une irrigation d’appoint sur des champs de riz est pratiquée dans les villages de pêcheurs du bord du fleuve avec des résultats intéressants. Ces mêmes pêcheurs se défendent actuellement et s’organisent pour éviter l’“achat” de leurs terres par des gens aisés de N’Djaména.

Ainsi en est-il de ce pêcheur de Zafaya qui a loué une motopompe à 125.000 F pour sa campagne, a dépensé 81.000 F de carburant-lubrifiant et a obtenu 60 sacs de riz de 80 kg (valeur 600.000 F) dont 45 ont été vendus. Nous insistons sur le fait qu’il n’utilise la motopompe qu’en appoint dans une mare inondée par l’eau de pluie. Les pêcheurs tiennent à leurs rizières et doivent se prémunir contre les sollicitations d’étrangers plus nantis, afin de les conserver pour leurs enfants.

En matière d’élevage, nous avons pu constater que les Boudouma demeurent éleveurs avec des cheptels gardés à proximité du village. Des éleveurs Bororo et Arabes profitent également des pâturages du lac. Si les pêcheurs, dans l’ensemble, investissent parfois en bétail, ils n’en sont pas les éleveurs. L’investissement est souvent effectué au bénéfice des familles de l’arrière-pays. Seule une étude de plus longue durée nous permettrait d’aller plus loin dans ces hypothèses.

Les Massa, à titre d’exemple, sont à la fois éleveurs, cultivateurs et pêcheurs. Le système de la “grande famille” qui prévaut chez eux permet une interaction de ces trois activités.

Enfin, là où des cultivateurs seraient obligés de recourir à une émigration plutôt néfaste et aux résultats incertains, la pêche offre un complément beaucoup plus intéressant et moins déstructurant sur le plan humain.

Des demandes de matériel agricole ont été parfois formulées à Logone-Gana, Douvoul et les environs. Les pêcheurs vivant dans les plaines d’inondation une partie de l’année regrettent de ne pas être aidés par les services de l’agriculture et souhaitent la venue d’agents ONDR.

Sur le lac Fitri les pêcheurs rencontrés souhaitent également - à l’exception des Kanouri sans terres -être équipés en matériel agricole et approvisionnés en semences maraîchères.

Plus l’on descend vers le sud et plus on risque de trouver des pêcheurs-cultivateurs et des cultivateurs-pêcheurs. Il est donc légitime de se poser le problème de l’impact des activités agricoles sur l’environnement.

2.2.6 Impact des activités agricoles des agro-pêcheurs et pêcheurs-cultivateurs sur l’environnement

Ce sont bien souvent des aménagements ou des projets conçus dans une optique productiviste qui mettent l’environnement en danger, plus que les pratiques agricoles traditionnelles des cultivateurs et agro-pêcheurs. Ainsi, le comblement du lac Léré est, dit-on, provoqué par l’agriculture cotonnière intense qui, durant des décennies, à mis les sols à nu sans se préoccuper de lutte anti-érosive. On ne dispose cependant pas de mesures pour évaluer l’ampleur du phénomène. D’autre part, l’épuisement d’une partie des terres est bien une réalité qui oblige les exploitants à chercher d’autres sources de revenu. Bien souvent, c’est à la pêche que l’on a recours, d’où l’intérêt de tous pour la préservation des ressources du lac.

Le Mayo Kebbi, notamment dans les régions de Pala et Gounou Gaya a particulièrement souffert des défrichages intensifs réalisés pour la culture cotonnière, sans souci de conservation ni protection des sols.1

1 Depuis 1990, l’ONDR, aidée de l’IRCT, du CIRAD, des Cellules de recherche-action et de financements de la Coopération française et de la GTZ, s’est préoccupé d’action de gestion de terroirs. Une Cellule de gestion de terroirs, CGT, a été mise en place. Elle conduit des actions de reboisement en Acacia albida au sud de Goré et aux frontières camerounaise et centrafricaine; elle collabore aussi avec la GTZ et l’IRAM à Pala, projet qui se met en place sous la tutelle ministérielle du plan. A Léré, la GTZ a débuté un projet de gestion des ressources naturelles.

Là où la gestion du terroir était assurée par des responsables traditionnels qui faisaient respecter un certain nombre d’interdits coutumiers, qu’il s’agisse des eaux ou de la terre, il y avait adaptation aux terroirs plus que modification définitive des terroirs.

L’étude des exploitations mixtes pêche-agriculture que nous avons pu effectuer prouve la complémentarité économique de ces deux activités: le pêcheur qui n’achète pas de céréales pour la consommation familiale courante - ce qui demeure le gros poste de dépenses - est aussi celui qui investit le plus facilement en engins de pêche et qui, en revanche peut, en prélevant à temps sur les revenus de la pêche, louer de la main d’oeuvre agricole.

Au lac Fitri, les pêcheurs se disent pêcheurs d’abord et cultivateurs ensuite, tout en reconnaissant que cette seconde activité est pour eux indispensable à leur système économique. Beaucoup de travaux agricoles incombent aux femmes de pêcheurs pendant que leurs maris sont dans les campements.

Si, d’une manière générale, les agro-pêcheurs trouvent une réponse à leurs priorités, on pourra tirer parti de la sensibilité à l’environnement dont ils font preuve pour les ressources halieutiques, et les aider à prendre en charge aussi la protection des sols et des forêts.

2.3 Les activités de transformation du poisson

2.3.1 Généralités

Toutes les mesures utilisées sont des mesures volumétriques traditionnelles: koros (bol en émail pouvant contenir 2,2 à 2,5 kg de poisson frais), “tasse” (cuvette pouvant contenir 15 à 20 kg de poisson frais), caisses, cartons, sacs, dont il faut à chaque fois mesurer la capacité.

Le poisson frais semble être, sur le plan commercial, plus rentable que le poisson transformé pour les pêcheurs (peut-être pas pour les femmes de pêcheurs revendeuses), mais la transformation est à la fois une nécessité et une activité qui assure l’essentiel des revenus des femmes de pêcheurs.

Le poisson séché est la plus ancienne des techniques de transformation. En 1926, Monod (cité par Blache et Miton, 1962) indique le séchage comme étant le seul procédé de conservation utilisé; le fumage aurait été introduit plus tard et intensifié sous l’influence du commerce avec le Nigeria. Les petits poissons sont lavés, mais non éviscérés et séchés au soleil pendant trois à cinq jours sur des claies ou des nattes, protégés des oiseaux et autres prédateurs par des morceaux de filets. Les gros poissons sont éviscérés, puis trempés 24 heures dans l’eau pour provoquer un début de transformation qui donne au produit final une saveur particulière appréciés par les consommateurs. Les espèces utilisées sont Alestes, Mormyrus, Citharinus. Ce séchage dure environ huit jours. Le poisson ainsi traité est conditionné dans des sacs et stocké ainsi par le pêcheur. Il est conservé de quelques jours à quelques semaines en saison des pluies.

Les pêcheurs du lac Fitri traitent le poisson séché avec un insecticide provenant du Nigeria, car ils craignent de voir leur poisson sec atteint par les vers.

Le poisson fumé banda bangui est éviscéré, mais fumé entier au feu de bois pendant deux à quatre jours. Quand il est de taille moyenne, il est enroulé sur lui-même et maintenu par une tige de bois. Le poisson ainsi traité est vendu surtout sur les marchés centrafricains, mais aussi sur les marchés tchadiens.

Le poisson fumé banda nigeria, comme son nom l’indique, est destiné au marché nigérian et se pratique surtout au lac Tchad. Cette transformation est un braisage de poissons coupés en morceaux. On étale ces morceaux sur un lit d’herbes sèches; on y met le feu, puis on laisse refroidir les morceaux dans les cendres; ensuite on les met à sécher au soleil pendant 2 à 4 jours. Si le poisson n’est pas assez déshydraté, on peut le refumer. Des fours à bois sont aussi utilisés sur le lac Tchad, notamment dans les gros villages.

2.3.2 L’option poisson frais/poisson sec sur le lac Tchad

Le poisson frais s’achète sur le lac à la bassine et c’est à peine si l’on distingue les prises de choix; le pêcheur écoule vite, s’épargne le travail de fumage du banda, mais dépend de l’acheteur et doit écouler à bref délai. Le poids du poisson frais est réduit de moitié par le fumage. Il y a du bois à acheter et du travail mobilisateur à faire. Par contre, le banda évite au pêcheur toute perte de poisson, puisqu’il peut transformer tout ce qu’il n’a pas vendu. Un autre avantage du banda est qu’on peut le stocker et l’écouler, quand on a besoin d’argent. Il est aussi, proportionnellement, vendu plus cher. Sur le lac, le commerçant grossiste opère le tri et module ses prix en conséquence. Le pêcheur ne profite pas du tri. Les risques sont connus: il faut que le poisson arrive en bon état. A noter cependant que le poisson doit être un peu décomposé pour certaines transformations. On ne peut parler de perte totale. Pour le commerçant, la vente de poisson frais a son intérêt s’il est équipé en moyens de collecte rapides et si plusieurs commerçants se regroupent pour louer des véhicules ensemble.

Le consommateur, la mère de famille qui prépare sa cuisine ignore, selon le mode de vie local, combien de personnes seront autour du plat, mais sait ce qu’elle peut dépenser pour les condiments. Les morceaux de poisson séché ou fumé, même en petite quantité s’intègrent bien à la sauce sans occasionner de dépenses trop élevées. Il y aura toujours un marché important pour le poisson transformé.

Un autre élément “social” intervient: une partie non négligeable du poisson est transformé par les femmes (poisson séché et également une partie du banda) qui l’achètent au bord de l’eau aux pêcheurs. Sur le plan de l’économie familiale, on s’y retrouve. Le pêcheur ne perd pas trop de temps à la transformation, ni à la commercialisation et la femme a des revenus, qui, pour une bonne part, rentrent dans le confort familial. A noter aussi que du poisson frais non écoulé n’est pas perdu s’il est transformé à temps, puisqu’une certaine décomposition est nécessaire à la transformation, ainsi que nous l’avons dit ci-dessus.

Une bassine de poisson frais se vend entre 2.100 F et 2.400 F; en adoptant cette bassine comme mesure, on sait qu’il faut 3 bassines de poisson frais pour faire un sac de poisson fumé (6.300 à 7.200 F) et que l’on peut dépenser 3.500 F de bois (figure 11). Mais le sac de banda se vendra entre 30.000 et 40.000 F, sur lequel on paiera 10.000 F de taxes. Le poisson frais, transformé diminue de 50% en poids et les mesures qui servent à vendre l’un et l’autre sont différentes. Il faut y ajouter les frais de transport pour l’amener au point de vente. L’exemple ci-dessus donne une idée des bénéfices que l’on peut retirer en vendant du poisson transformé. L’affaire est très intéressante quand ce sont des personnes de la même famille qui pêchent, transforment et commercialisent.


Figure 11: Sacs de poissons fumés prêts pour l’expédition et l’exportation (Djouvoul)

Selon l’ethnie les hommes laissent ou non les femmes faire le banda. Mais le temps utilisé pour le faire n’est pas pris sur le temps de pêche car les femmes contribuent toujours au nettoyage du poisson d’une part et, d’autre part, rares sont les familles où il n’y a qu’un seul actif masculin. Enfin, là aussi, le recours à la main d’oeuvre est possible, fréquent et rentable.

Il ne faut cependant pas sous-estimer les difficultés exprimées par ceux et celles qui s’adonnent à cette activité de préparation du poisson fumé:

· il faut des portages d’eau pour le nettoyage préalable du poisson;

· le découpage du poisson en morceaux requiert une certaine force physique;

· il faut un pré-séchage avant de mettre à fumer;

· les fours sont à un seul étage;

· la personne se trouve elle-même touchée par la fumée pendant l’opération et toujours près d’une source de chaleur;

· il faut acheter du bois ou s’approvisionner soi-même.

2.3.3 L’option poisson sec/poisson fumé dans les plaines d’inondation du Logone et du Chari et sur les bords des lacs du sud

Le poisson sec se vend bien à N’Djaména et au Cameroun. Il semble que dans la région de Logone-Gana et les environs, on ait presque abandonné le poisson fumé en raison des difficultés d’approvisionnement en bois. La bouse de vache séchée est utilisée, mais confère au poisson un fumet que tous n’apprécient pas. Elle est également utilisée au lac Fitri. Le banda Nigeria est traité pour l’exportation.

Les femmes Kotoko sont davantage orientées sur le séchage que sur le fumage, les femmes Moundang s’adonnent aux deux types de transformation; mais il n’y a pas de coutumes rigides en la matière et il conviendrait mieux de parler d’une adaptation des transformatrices:

· aux variétés de poisson qu’elles trouvent;
· à la disponibilité en bois;
· aux marchés potentiels.

Les femmes Bilala ne se rendent dans les campements de pêche que pour y acheter du poisson ou vendre des denrées telles que le sucre et le thé. Occupées aux cultures, elles ne participent pas aux activités de transformation du poisson. Elles doivent être concernées par le futur programme d’appui aux pêcheurs dans le cadre de leurs activités de commercialisation et leurs activités agricoles.

2.4 Les pêcheurs, leurs activités de commercialisation et leur niveau de vie

Nous commencerons par un aperçu sur la situation économique et les niveaux de vie pour étudier ensuite les éléments déterminants qui les conditionnent et les systèmes adoptés par les opérateurs du secteur pour faire face aux difficultés de l’environnement économique actuel.

2.4.1 Les populations du lac Tchad et des environs

L’identification des cellules économiques de base est possible; pour être totalement fiable, elle nécessite une étude plus longue. Nous retrouvons des cellules de grande dimension dans les communautés Kotoko, Massa, N’Gambaye et Sara. Les pêcheurs de ces communautés envoient souvent une partie de leurs économies à la famille restée au pays, soit pour l’aider, soit pour que celle-ci investisse pour eux dans le pays d’origine.

Chez les Kotoko et les Massa surtout, les grandes familles constituent les cellules économiquement les plus fortes et dont les adultes peuvent bien harmoniser pêche, agriculture, transformation et commerce du poisson. Pour les familles Massa, on ne peut comprendre l’économie familiale qu’en liaison avec les activités économiques des parents restés au pays. Il est, par contre, relativement facile d’isoler les revenus réels de la pêche.

Dans tous les cas, familles monocellulaires et grandes familles se caractérisent par un niveau de vie bien meilleur que dans la plupart des familles paysannes du Chari-Baguirmi et du Guéra, par exemple, mais tout de même inférieur à ce que leurs revenus permettraient logiquement; si la sécurité règnait sur le lac. Ceci apparaît lors des enquêtes de budget. Ceci appelle non seulement une identification de la situation économique des pêcheurs, mais également sa mesure et la compréhension de ses causes. Il en va de même des autres catégories d’opérateurs de la filière poisson.

Nous avons:

· des pêcheurs commercialisant leur poisson;

· des pêcheurs transformant et commercialisant leur poisson;

· des femmes de pêcheurs transformant et commercialisant du poisson;

· des femmes disposant d’un équipement de pêche et s’adonnant à la transformation et à la commercialisation du poisson;

· des commerçants et commerçantes grossistes;

· des courtiers en poisson;

Chacun couvre sa consommation en poisson. Les détaillants et détaillantes sont surtout dans les centres urbains.

Un cas fréquent est celui du pêcheur équipé d’une pirogue - motorisée ou non - possédant ses engins de pêche, transformant lui-même son poisson en banda et le commercialisant lui-même sur place ou dans les environs.

Un autre scénario est aussi fréquent. Le poisson est vendu à des femmes de pêcheur qui se chargent de la transformation en poisson séché et de la commercialisation. Les femmes pratiquant elles-mêmes la transformation en banda ou poisson fumé sont nombreuses sur le lac; au sud on trouvera plus facilement des hommes effectuant cette transformation.

La progression sociale consiste à être de plus en plus commerçant (et commerçante) en poisson, à utiliser de la main d’oeuvre pour sa pirogue alors motorisée et équipée d’engins de pêche conséquents.

Les pêcheurs des îles et riverains du lac s’adonnant à la culture du maïs et de la canne à sucre le font surtout en utilisant de la main d’oeuvre. Les ventes de poisson permettent de payer cette main d’oeuvre et les ventes de grain et de canne de rééquiper la pirogue, le cas échéant.

Les conditions sont réunies sur le lac Tchad pour une économie prospère. Un pêcheur équipé d’une grande pirogue et d’un moteur de 25 CV lui permettant de pêcher au milieu du lac, tous frais déduits - et ils sont nombreux - gagne 2 à 3.000.000 F CFA par campagne avec son poisson, soit trois fois ce que gagne un pêcheur à équipement faible. Mais si ce dernier économise, il peut améliorer sa situation et accéder au prestige de celui - ou de celle - qui a réussi.

A noter qu’une commerçante en poisson allant régulièrement vendre du banda au marché de Maïduguri se fait un revenu du même ordre de grandeur qu’un pêcheur motorisé. La gamme des commerçants et commerçantes en poisson traité va de celui ou celle qui écoule 3 ou 4 sacs de poisson séché ou fumé deux fois par saison de pêche à celui ou celle qui va toutes les semaines écouler trois à quatre sacs de poisson fumé ou séché au Nigeria. Un pêcheur peut progresser économiquement en devenant aussi commerçant. Une commerçante peut progresser en prêtant des filets aux pêcheurs - ou l’argent des permis de pêche - afin de se garantir l’achat et le traitement de la production de leur client (système PME). Certaines femmes possèdent même leurs pirogues et engagent des pêcheurs comme salariés afin de se garantir une quantité suffisante de poisson à traiter et commercialiser.

Hélas, ce scénario est compromis par la situation de sous-administration et d’exactions qui prévaut. Douanes, police, armée, agents des eaux et forêts voyagent souvent dans les mêmes pirogues faisant payer, sans reçus, taxes et permis de pêche. Les réquisitions de pirogues et de filets, imprévisibles, entraînent aussi des dépenses considérables pour leurs propriétaires. Il est difficile pour un pêcheur ou un commerçant en poisson de prévoir quel sera son budget-dépenses pour une campagne de pêche. Le climat de corruption qui prévaut compromet la réussite économique d’un bon nombre de pêcheurs et de commerçants. Le montant des taxes et cadeaux divers à payer pour les commerçants en poisson peut dépasser le ¼ du montant d’une vente.

Le marché du Nigeria subit lui aussi ses propres aléas: les fluctuations de la devise nigériane, le Naira, influencent également la clientèle du Nigeria et les grossistes s’abstiennent alors pendant quelque temps de venir à Maïduguri. Lorsque les prix d’achat montent, les taxes semblent demeurer les mêmes, mais s’il veut garder sa clientèle, un commerçant doit assurer son commerce avec une certaine régularité; il lui faut toujours acheter et prévoir d’emporter une somme d’argent suffisante, même s’il répercute ensuite la hausse sur ses prix de vente.

Si nous regardons maintenant le niveau de vie et les dépenses courantes des populations du lac Tchad, nous pouvons effectuer les constatations suivantes:

· les marchés des îles sont beaucoup mieux achalandés que les marchés des concentrations équivalentes du Chari-Baguirmi, par exemple. On y trouve, sans pénurie, des objets de consommation courante en provenance, pour la majorité, du Nigeria et le naira est la monnaie la plus utilisée;

· les enquêtes relatives au budget révèlent que le consommateur du lac n’est pas différent dans ses choix des consommateurs continentaux. Une différence sensible apparaît seulement dans les quantités consommés et les fréquences, plus importantes:

la consommation journalière de grain en koros (mesure locale de 2,5 kg), est presque le double;

le budget des condiments divers est un peu plus important et la dépense moins aléatoire;

les achats de viande sont modestes et mensuels dans l’ensemble, le poisson s’y substituant presque tout le temps;

les piles de la lampe-torche beaucoup utilisée par les pêcheurs, constituent un poste de dépense important au lac;

le pétrole de la lampe à pétrole est mentionné, même dans les budgets les plus faibles;

le sucre et le thé, sont aussi appréciés qu’ailleurs mais dépensés avec moins de restrictions;

les pêcheurs portent de vieux habits au travail, mais soignent leur habillement “à terre”;

les achats de médicaments, provenant du Nigeria et sans contrôle, ont lieu grâce à l’approvisionnement des “boutiques-pharmacies”;

les objets de luxe seront les postes radio, les cassettes, les boissons;

des séances-vidéo ont lieu dans la plupart des villages.

A partir de quelques budgets réalisés près de femmes veuves ou divorcées et d’hommes chefs de foyer, pêcheurs ne pratiquant pas l’agriculture et obligés d’acheter le grain de la consommation courante, nous obtenons une moyenne de dépenses, en argent liquide allant de 74.000 F à 98.000 F par personne et par an; pour une femme aisée et seule, commerçante en poisson, nous avons trouvé la somme de 168.000 F.

Bien sûr, une étude plus étendue devrait confirmer ces chiffres. Toutefois, si nous les comparons aux résultats d’études conduites près des cultivateurs du Chari-Baguirmi et du Guéra, nous voyons que le niveau de vie sur le lac y est nettement meilleur que dans ces deux dernières régions, même s’il y a relativement peu de différences entre les habitudes de consommation. La différence porte surtout sur les qualités et quantités.

Il convient de nous arrêter un peu sur les modes de commercialisation adoptés par les pêcheurs devenus commerçants, les commerçants, grossistes, les femmes de pêcheurs commerçantes.

La commercialisation du poisson fumé ou séché devrait être facile. Cependant, prenons un exemple: un commerçant de Koulfoa, pour un sac de banda qui sera vendu environ 42.000 F au Nigeria alors qu’il l’a acheté à 28.000 F (nous avons converti en FCFA) doit payer, côté tchadien:

· 3.000 F pour les Eaux-et-Forêts;
· 3.000 F pour la douane;
· 2.500 F pour la caisse nationale d’amortissement:
· 500 F pour le sultan;
· 500 F pour le “registre du commerce”;
· 500 F pour la brigade;
· 500 F pour l’ANS (Agence Nationale de Sécurité).

Il dépense, au Nigeria, 200 naira (environ 1.400 F) pour le transport. Son courtier lui évite d’aller au marché; donc il paie “seulement” ces 10.500 F de taxes diverses.

Les taxes, d’après les chiffres indiqués par des commerçants, atteignent 1/5 à 1/3 du prix d’achat du poisson et représentent 40 à 45% des bénéfices (prix de vente - prix d’achat).

Or le marché du Nigeria présente les inconvénients que nous venons de décrire.

Les aptitudes au commerce existent aussi bien côté tchadien que côté camerounais ou nigérian, et sont également remarquables chez les femmes. Pourquoi entend-on dire: “Le Nigeria, c’est notre salut”. “On y trouve ce dont on a besoin.”

Il nous semble tout de même qu’en cas de paix, avec un régime douanier simplement correct, le côté tchadien du lac pourrait être une zone prospère et qu’il ne devrait pas être nécessaire d’aller au Nigeria pour de la matière d’oeuvre ou de l’équipement courant.

La commercialisation du poisson frais, plus délicate que celle du poisson transformé a donné lieu à des formes d’organisation qu’il est intéressant d’étudier et de suivre et décrites au chapitre 4.3.

2.4.2 Les populations des lacs Léré, Iro, Fitri

Nous disposons ici (en raison des contraintes imprévisibles de la mission et du fait que les enquêteurs n’ont pas été accompagnés d’un sociologue) de beaucoup moins d’informations que sur les populations du lac Tchad. Toutefois les situations vécues par ces populations présentent plus de similitudes avec celles vécues au lac Tchad qu’avec celles vécues par les pêcheurs “fluviaux” du Logone et du Chari, sous réserve qu’ils n’émigrent pas périodiquement au lac Tchad.

A Léré, le pêcheur remet souvent le poisson à sa femme, qui le vend à d’autres vendeuses, qui, elles-mêmes, selon les jours, le revendent à d’autres grossistes. Là, on préfère vendre du poisson frais; chaque samedi, les captures sont débarqués le matin à Fulli, au bord du lac et sont directement chargées sur un camion qui les transporte, sans glace, à Pala, à une centaine de km.

En revanche, au lac Iro, éloigné de tout centre de consommation, on vend la plus grande partie du poisson séché, et le reste fumé. Là, l’essentiel de la production pêchée par les Kotoko est commercialisée par eux-mêmes. La production de ce lac est exportée quasi totalement vers d’autres zones, sans souci d’approvisionnement des populations locales. Dans certains campements, la production qui a été séchée et non vendue sur place est ramenée par les pêcheurs, en fin de campagne, sur deux pirogues assemblées pour la circonstance et commercialisée dans la région d’origine du pêcheur. Le goulet d’étranglement demeure l’absence de voies de communication routières praticables. A part le cas que nous venons de citer, il n’y a presque pas de moteurs hors-bord ni de pirogues destinées au transport fluvial de marchandises ou de voyageurs. Il y a cependant un flux commercial d’est en ouest de Kyabé et Boum Kébir (près du lac Iro) vers Moundou.

L’enquête demeure à faire près des populations du lac Fitri. Il semble que leur niveau économique se situe entre celui des populations du lac Tchad et celui des populations des plaines d’inondation, cette hypothèse reste à vérifier.

2.4.3 Les populations des fleuves et plaines d’inondation du Logone et du Chari

Les pêcheurs se répartissent en pêcheurs professionnels s’adonnant exclusivement à la pêche, pêcheurs-cultivateurs et cultivateurs s’adonnant saisonnièrement à la pêche. Cette dernière catégorie est insuffisamment représentée dans l’échantillon réduit d’enquêtes individuelles. Enfin il y a, en proportion inférieure à ce que l’on trouve sur le lac Tchad, des pêcheurs devenus commerçants grossistes.

Les femmes de pêcheurs pratiquent toutes la transformation du poisson, le séchage mais aussi le fumage (devenu cependant plus rare dans la région de Douvoul, aux environs de Logone-Gana), et sont commerçantes à des degrés divers. Dans le sud, elles associent à cet artisanat celui de la fabrication de la bière de mil.

L’ordre de grandeur des revenus demeure inférieur à celui des pêcheurs du lac Tchad.

La pêche sur les fleuves et dans les plaines d’inondation peut être plus importante que la pêche sur l’ensemble du lac Tchad; cela n’empêche qu’en se situant au niveau des exploitants qui sont bien plus nombreux dans la zone continentale, les revenus par cellule familiale soient nettement moins importants.

Les chances de promotion sont moins importantes aussi. Ceci est logique si l’on sait que, pour certains, la période de véritable pêche ne couvre que trois à quatre mois de l’année, la morte saison assurant une pêche de subsistance et des revenus qui n’atteignent pas, souvent, en neuf mois ceux que l’on atteint en quatre mois.

Pour les personnes interrogées, l’équipement semble assez important proportionnellement à celui du lac Tchad, mais pas l’importance des prises.

Les pêcheurs du fleuve et des zones d’inondation ont certainement le travail un peu plus laborieux et diversifient davantage leurs engins.

Les pêcheurs professionnels, exclusivement pêcheurs semblent couvrir sans difficulté les besoins de leur famille en denrées alimentaires de base et habillement; cependant le renouvellement des engins de pêche absorbe tout ou partie du reste de leur budget. Leurs femmes contribuent, par leur commerce, à assumer elles aussi une partie non négligeable des charges familiales, dépassant quelquefois ce que le mari y consacre.

Les budgets de l’homme et celui de la femme demeurent séparés, si la femme transforme et vend du poisson pêché par son mari, c’est du poisson qu’elle lui achète, même à crédit le cas échéant. De même, une femme peut prêter de l’argent à son mari quand il doit renouveler des engins de pêche, dans ce cas, il la rembourse plutôt en poisson qu’elle transforme et vend. L’entraide existe, mais rationnelle et avec des budgets bien distincts. Les aléas de la pêche du conjoint pèsent ainsi moins lourd sur les femmes de pêcheurs qui sont totalement libres d’acheter du poisson à d’autres qu’à leur mari.

Les pêcheurs-cultivateurs interrogés pratiquent des cultures vivrières et même cotonnières. Ces dernières ne leur rapportent que 40.000 à 60.000 F par an, alors que les cultures céréalières couvrent de 25 à 100% des besoins selon les cas, le manioc et l’arachide permettant aussi l’achat de grain.

La pêche demeure l’activité à revenu monétaire par excellence. Ces pêcheurs ont parfois un rapport revenus/dépenses excédentaire, mais ne peuvent réaliser l’investissement en matériel de pêche comme en matériel agricole qu’ils souhaiteraient.

Les cultivateurs-pêcheurs peuvent être simplement considérés comme gérants de cellules familiales économiques assez équilibrées pour lesquelles le mythe de l’enrichissement par le coton n’existe plus. Ils diversifient cependant leurs activités, fût-ce avec la culture du manioc qui semble assez importante (ce phénomène mériterait une recherche sur l’évolution des exploitations agricoles).

Les femmes évitent par leur travail des dépenses qu’effectuent volontiers leurs collègues du lac Tchad: elles vont le plus souvent couper le bois pour le fumage du poisson elles-mêmes et souffrent des aléas évidents des transports. On ne trouve pas de cas d’ascension dans l’échelle sociale aussi spectaculaires que sur le lac Tchad. Cependant elles sèchent et fument le poisson elles-mêmes. Elles diversifient également leurs activités commerciales, n’hésitant pas à pratiquer l’artisanat culinaire des beignets en morte saison, et investissant avec profit une partie de leur liquidité dans la fabrication régulière de bière de mil. Enfin, elles ont leurs champs, contrairement à la majorité de leurs collègues du lac Tchad.

Le niveau de vie, pour l’ensemble de ces populations des bords du Logone et du Chari, si on l’estime à travers les dépenses monétaires courantes, reste modeste. Est-ce dû au fait que l’assistance à la famille proche y serait plus importante, ou au fait que l’équipement en filets est un peu plus difficile et un peu plus exigeant en liquidité? Le budgets des dépenses courantes, assurées en argent liquide, ramené à l’année pour une personne se situent entre 10.000 F et 50.000 F environ; la moyenne par personne est plus faible dans les familles nombreuses. Les achats ne comptent guère, comme marchandise “de luxe”, que les piles et torches et le pétrole des lampes; les dépenses d’habillement par personne restent sommaires. La consommation en viande est très faible et le poisson semble s’y substituer presque tout le temps.

Les modes de commercialisation pratiqués sont divers. La commercialisation en poisson frais se fait selon les moyens du bord, sans glace, à bicyclette ou en véhicule. Elle témoigne d’un réel dynamisme chez les jeunes revendeurs qui peuvent parcourir plus de 80 km de nuit pour vendre le poisson qu’ils sont allés acheter aux pêcheurs dans les campements. Il arrive que les pêcheurs préfèrent vendre eux-mêmes leur poisson frais, surtout les grosses prises, et consacrent à cet effet une ou deux pirogues pour le transport du poisson frais du lieu de production à Sarh.

Quand la vente du poisson frais n’est pas possible, le séchage sur claies est couramment utilisé. Il y a des pertes à la conservation; les intéressés en sont conscients et, à Sarh, avouent qu’ils aspergent le poisson sec d’insecticides. Ceci est également le cas des pêcheurs du lac Fitri.

Il n’y a pas de circuit de commercialisation type. Ceci varie selon les sites et l’organisation des pêcheurs. Le poste forestier de contrôle de Nguéré, à la sortie de Sarh et à la hauteur de Manda, entre le mois de mai 1994 et le mois de mars 1995, estime avoir enregistré un écoulement de 300 tonnes de poisson séché (ce qui représente 800 à 900 tonnes de poisson transformé). Mais ce sont seulement les chiffres d’un poste de contrôle.

Dans la zone sud, entre N’Djaména et Sarh, les marchés connus sont ceux de Kouno, M’Balé, Bousso et Guélendeng.

On peut cependant parler de circuit de commercialisation “informel et efficace”, comme à Tikem, sur les bords du Fianga, où les femmes vont jusque dans l’eau accompagner la pirogue avant qu’elle accoste pour en acheter le contenu, et où les commerçants-transporteurs à bicyclettes enlèvent vite leurs bassines de poisson aux mareyeuses et les revendent à Torrock d’où ils partiront en véhicule vers Pala.

3. Analyse spécifique des rôles féminins

La zone est trop diversifiée et trop vaste pour que nous puissions, de façon exacte pour toutes les régions décrire les rôles masculins et féminins. Même dans les communautés de pêcheurs, de nombreux paramètres interviennent:

· le degré de fanatisme religieux portant préjudice aux femmes;

· l’importance de l’effectif des actifs familiaux;

· les coutumes;

· les rapports à l’argent et la façon dont on craint ou non une émancipation de la femme par l’argent;

· la capacité d’entreprise des femmes et leur aptitude à gérer.

La diversité des situations féminines est immense, c’est pourquoi il est difficile de traiter la question de leurs perspectives d’avenir et de leur promotion de manière synthétique. Nous insisterons sur leur comportement économique, car c’est là que se trouvent leurs chances de promotion sociale.

Un fait demeure invariable: c’est l’homme qui pêche. Par contre, une femme peut avoir sa pirogue, ses engins de pêche et louer les services d’un équipage de pêcheurs, ainsi que nous l’avons constaté au lac Tchad.

Dans l’ensemble, ce sont les femmes qui viennent au bord chercher le poisson à la pirogue et sont responsables des transformations et d’une partie de la commercialisation; bien entendu, il y a des exceptions locales et ponctuelles à la règle.

Dans tous les cas, le comportement des femmes sur le plan des activités économiques (à l’exception des femmes cloîtrées) et leur manière d’assumer leur rôle dans l’économie familiale répondent à des constantes (voir ci-dessous).

Mais, même quand il s’agit de femmes ayant des activités économiques à faibles revenus, nous constatons que leurs fonds ne sont pas confondus avec ceux du mari et qu’elles gardent toujours l’initiative de l’utilisation de ces fonds.

Sur le lac Iro, les femmes, après les repiquages effectués par - ou avec - les hommes, continuent de sarcler et surveiller seules les champs de berbéré. Sans leur travail agricole, les hommes ne pourraient s’adonner à la pêche.

Le rôle des femmes dans l’économie locale a pu être approfondi dans les îles du lac Tchad et les villages des environs, auprès de femmes de pêcheurs de diverses ethnies, tchadiennes ou étrangères, grâce à la présence d’une enquêtrice-animatrice tchadienne (Fatimé Tschombi); nous fournissons le résultat de cette enquête ci-dessous:

“Les entretiens révèlent des différences de statut et de rôle selon les groupes ethniques. Les renseignements ont été obtenus par des entretiens de groupe et des entretiens individuels.

On distingue deux catégories de femmes:

1) - Celles qui sont cloîtrées et n’ont pas accès direct au marché. Nous les avons rencontré à Kinasserom:

· ce sont les femmes en soutane noire, dite Ibaya, qui appartiennent à un groupe intégriste appelé Mouhafizat. Elles ont pour activité la fabrication des nattes et des auvents “farfar”, utilisés pour les séchages de poisson et la construction des hangars, et des clôtures. Elles fabriquent à l’intérieur de la concession et vendent à la porte;

· et des femmes en tenue ordinaire, telles que les Haoussa, Bornou et Kanembou. Elles peuvent acheter, transformer et vendre le poisson chez elles.

Toutefois les femmes Haoussa, une fois mariées ne font pas de commerce (sur le lac, il ne s’agit pas des femmes du Niger, par exemple, et nous nous gardons de toute généralisation).

2) - Celles qui ont libre accès au marché (figure 12). Nous pouvons adopter le classement progressif suivant:


Figure 12: Marché à Tikem

a) la femme qui achète le poisson frais, le trie et le vend cuisiné;

b) la femme qui achète le poisson frais et le revend localement;

c) la femme qui achète le poisson transformé séché ou fumé et revend au marché local ou plus loin;

d) la femme grossiste qui achète du poisson frais, fumé ou séché en grande quantité pour le céder aux détaillantes et utilise comme intermédiaires la Fatoma (Nigeria) ou la Mosso (Tchad);

e) celle qui, ayant bien réussi, prête des filets aux pêcheurs ou des pirogues, se réservant ainsi leur poisson à commercialiser:

f) parmi les trois dernières catégories, on trouve des femmes qui achètent leur équipement de pêche et louent de la main d’oeuvre, ayant ainsi un stock de poisson assuré.

Les femmes de ces catégories appartiennent à des groupes ethniques divers.

Nous signalons aussi, comme activité branchée sur la pêche, la fabrication de l’huile de poisson pratiquée par les femmes Kotoko et N’Gambaye.

On relève certaines spécialisations dans les activités de transformation:

· les Bornou, Kanembou, Arabes, etc., font seulement, en matière de transformation, le séchage du poisson;

· les Sara, les Kotoko et des groupes de Maliennes et Nigérianes se livrent à la fabrication du “banda bangui”.

Nous présentons quelques exemples ci-dessous:

Les femmes Kotoko de Mani, de Zafaya, de Danona, etc.:

· ont bénéficié d’actions à but social et sanitaire, mais en même temps, elles transforment et commercialisent le poisson, notamment le salanga séché et le “banda”;

· vont le commercialiser au Cameroun, jusqu’à Maroua, à N’Djaména etc.;

· équipent également des pêcheurs à crédit;

· celles de Mani envisagent d’acheter collectivement une pirogue et un équipement de pêche et d’engager des pêcheurs qui travailleront pour leur compte;

· elles connaissent également l’utilisation médicinale de certains poissons.

Les femmes Kotoko de Dougouia

· Elles nettoient et sèchent le poisson remis par leur mari et en assurent la commercialisation au profit de ce dernier. Elles ont constitué des groupements et même un groupement de quinze vendeuses.

Les femmes Kanembou

· Elles pratiquent également transformation et commerce, ceci au bénéfice de leur mari qui leur retourne un montant selon son bon vouloir.

Les femmes de pêcheurs Kim, et N’Gambaye de Mani

· Elles soulignent la situation foncière qui les empêche d’avoir des terres de culture et le manque d’équipement de pêche pour leurs maris. Elles insistent particulièrement sur leur intérêt pour les cultures, conscientes qu’elles sont de la complémentarité des deux activités.

Les femmes Haoussa

· Elles semblent, traditionnellement désavantagées par la coutume qui considère que le mari est l’élément essentiel voir unique de l’économie familiale.

Les prostituées

· Elles vivent par petits groupes dans chacun des gros villages du lac et sont tolérées par les autochtones qui voient affluer des étrangers célibataires (même quand ils cloîtrent leurs propres femmes).

Les motifs de prostitution se situent au-delà de tout jugement moral.

Il reste que leur présence révèle sur le lac la coexistence de groupes aux codes moraux très divers allant d’un islam intégriste à une liberté de moeurs importante quant à l’abus de l’alcool et les situations matrimoniales irrégulières.

Dans les conditions du lac, les problèmes de santé demeurent exclusivement aux mains des “marchands de médicaments nigérians” se disant médecins avec un diplôme de secouriste ou un bagage succinct.

Il n’existe aucun contrôle des médicaments ainsi vendus.

Même si l’hétérogénéité de la population féminine du lac et des villages proches reflète les disparités générales; il est cependant possible de tracer les grandes lignes du rôle économique des femmes.”

Les constantes du comportement des femmes sur le plan de leurs activités économiques:

· les femmes prennent beaucoup d’initiatives. Elles débutent à partir de capitaux très modestes, ou avec un prêt; et les bénéfices sont en majorité réinvestis dans des activités à but lucratif: l’épargne pour les femmes, c’est le réinvestissement immédiat;

· elles sont, dans l’ensemble, à l’exception des femmes cloîtrées et d’un certain nombre de femmes Haoussa, très mobiles, et le sont encore plus dès qu’elles ont fait leurs preuves de réussites dans le commerce. Pour leurs ventes, elles n’hésitent pas à se déplacer dans les gros centres et encourent les risques que l’on connaît en matière de taxes et aléas des transports;

· elles s’entraident et regroupent leurs stocks à vendre, confiant le tout à l’une d’entre elles; elles savent maintenir entre elles des relations de confiance qui leur facilitent le progrès économique;

· celles qui commercialisent hors de la frontière rentabilisent leurs voyages en achetant des marchandises et denrées de première nécessité qu’elles viennent revendre dans les villages où elles achètent le poisson;

· elles maîtrisent les mécanismes de la concurrence et ceux du crédit, allant même jusqu’à fournir aux pêcheurs des permis de pêche à crédit, en échange d’une partie des captures des intéressés;

· les femmes veuves ou divorcées sont celles qui vont le plus loin dans l’ascension sociale. C’est un constat. Cependant une femme qui facilite l’ascension sociale de son mari ou lui vient en aide en cas de répression excessive par les forces de l’ordre acquiert beaucoup de considération et un statut social meilleur, par le fait même;

· les femmes qui ont réussi améliorent considérablement l’alimentation et le confort de la famille, sans perdre de vue cependant l’amortissement de leur matériel ni le fonds de roulement nécessaire. Elles sont des épargnantes organisées. Pour mettre leur argent en sécurité et le faire fructifier, elles achètent de la vaisselle, des bijoux, du mobilier, du bétail, etc., entreposés dans leur famille. L’épargne sert ensuite à préparer le mariage de leur fille ou de leur fils, à répondre à d’éventuelles obligations sociales;

· selon les coutumes du groupe ethnique auquel elle appartient et selon son degré d’autonomie par rapport à ces coutumes, la femme aura tendance à aider sa propre famille ou celle de son mari. Ainsi en est-il de Z qui a vendu ses bijoux pour équiper ses frères en matériel de pêche et reste considérée par eux comme le chef de cette petite entreprise familiale;

· les handicaps qu’elles rencontrent sont les mêmes qui touchent leurs homologues masculins et les pêcheurs qu’elles engagent ou auxquels elles font crédit. Quand la pêche est momentanément compromise, elles s’adonnent à d’autres activités que celles qui dérivent de la transformation du poisson.”

Les rôles masculins et féminins se complètent ou interfèrent sur le plan des activités économiques, la femme gardera, en plus, son rôle domestique et se fera aider, le plus souvent par de la main d’oeuvre féminine familiale, pour ses tâches de ménagère. La seule façon qu’elle ait d’accéder à une certaine libération, dans ce domaine, et à un meilleur statut social, sur un autre plan, est de réussir ses activités économiques. Les témoignages de femmes sont significatifs à ce sujet.

Le schéma ci-dessous (figure 13) résume cependant les difficultés des transformatrices de poisson.


Figure 13: Difficultés rencontrées par les transformatrices de poissons

Pour clore ce chapitre sur l’approche “gender”, nous proposons ce tableau récapitulatif ci-dessus.

LES OPERATEURS: LES ‘GENS DU POISSON’

OPERATEURS MASCULINS

OPERATEURS FEMININS

Pêcheurs

Femmes et filles de pêcheurs

Pêcheurs-cultivateurs

Artisanes/transformatrices de poisson

Constructeurs de pirogues

Commerçantes en demi-gros et gros

Transporteurs

Propriétaires de pirogues

Intermédiaires (Fatoma, logeurs, etc.)

Chefs d’entreprise engageant des pêcheurs

Clients divers

Intermédiaires (Fatoma, logeurs, etc.)

Main-d’oeuvre

Clientes

COMPORTEMENTS DES “GENS DU POISSONS”

Côté hommes

Côté femmes

La pêche artisanale peut être l’activité économique principale, mais elle est rarement la seule activité pratiquée.

La pêche artisanale permet à la femme d’avoir une activité économique privilégiée, contribuant à sa promotion.

Les hommes sont souvent occupés par la capture et le transport.

Les femmes achètent le poisson, le transforment, le transportent et le vendent.

Les hommes s’endettent à court terme pour les engins de pêche.

Les femmes accumulent des fonds, acquièrent des engins de pêche et vendent à crédit aux hommes.

Les pêcheurs qui ont “réussi” arrêtent de pratiquer eux-mêmes la capture pour se faire commerçants.

Les femmes qui ont “réussi” se procurent leurs propres pirogues et les équipes pour faire travailler des pêcheurs.

Les pêcheurs âgés retournent au maraîchage, à la plantation, aux cultures de rente.

Les femmes âgées continuent en se faisant aider ou en engageant du monde.

Des organisations de type nouveau sont créées par les pêcheurs travaillant hors de leur terroir.

Les femmes de pêcheurs appartiennent souvent aux mêmes groupes organisés.

Les commerçants en poissons s’organisent aussi mais avec plus de conflits internes.

Les femmes appartiennent plus souvent à des tontines qu’à de véritables organisations de commerçantes, à l’exception de celles des gros centres.

Les pêcheurs souhaitent avoir accès au crédit pour se procurer des engins de pêche à temps.

Les femmes souhaitent avoir accès au crédit pour profiter mieux des bonnes occasions de commercialisation.

LES ‘GENS DU POISSON’, HOMMES ET FEMMES, SOUHAITENT UNE APPLICATION HONNETE DE LA LOI.

LES ‘GENS DU POISSON’, HOMMES ET FEMMES, SOUHAITENT UNE APPLICATION HONNETE DE LA LOI.

4. Modes de gestion et d’organisation des opérateurs du secteur pêche

4.1 Les formes traditionnelles de gestion de la pêche et des captures au niveau de la cellule économique de base

Les formes traditionnelles de gestion au sein de l’unité familiale de base d’un ménage de pêcheurs sont elles-mêmes nombreuses. Le chef de foyer porte ou non seul la charge d’entretenir et renouveler la ou les pirogues, d’entretenir et renouveler les engins de pêche. Une partie du bénéfice du pêcheur y est consacré, mais si la ou les femmes de la famille sont seules responsables de la transformation et de la commercialisation, ou bien si elles achètent à d’autres pêcheurs afin que ce dernier puisse vendre à d’autres femmes dans de meilleurs conditions pour lui, elles ont un rôle dans cet investissement, ne serait-ce qu’en tant que “prêteuses”.

Il arrive pourtant que des jeunes, jeunes mariés ou célibataires, soient obligés, pour s’équiper, de recourir en début de campagne à un travail de manoeuvre près d’un pêcheur plus aisé. Il sera payé en argent ou en pourcentage du produit de la pêche. C’est à partir de là qu’il pourra s’autonomiser en engins de pêche, louer une pirogue et pêcher pour son compte.

Chez les Bilala du lac Fitri, un jeune dispose de sa propre pirogue et se trouve autonomisé par son père dès que ce dernier le juge apte à pêcher seul. Il continue de vivre avec ses parents, mais le produit de sa pêche est destiné à la dot qu’il devra verser et son accession au rang de chef de foyer.

En matière de pêche artisanale et continentale, les formules de travail en petite entreprise sont nécessaires; elles sont indispensables pour l’utilisation de la grande senne; elles sont aussi pratiquées en cas de crise et varient de la simple solidarité, permettant aux pêcheurs sans pirogue d’en utiliser deux ou trois jours par semaine, au véritable patronat.

Lorsqu’un chef d’unité de pêche utilise les services d’autres pêcheurs et ne les rémunère pas en argent, mais à partir de la capture, sa part peut être de 50%, même s’il a quatre ou cinq employés qui se partageront le reste après que le poisson nécessaire à la consommation de tous ait été au préalable prélevé. Cependant, dans ce cas il assure les frais d’entretien de la pirogue et des engins et leur renouvellement; en cas contraire, la “part” de la pirogue et des engins sera d’abord prélevée, et la répartition effectuée ensuite, parfois même selon un partage égalitaire, suivant le type de relations sociales entretenues entre collègues du même village.

Les prévisions sont difficiles pour les pêcheurs, on comprend aisément pourquoi, et ceci est encore aggravé par l’incertitude ci-dessus décrite particulière au contexte administratif de la pêche au Tchad.

4.2 Le recours au crédit pour l’équipement

Le schéma suivant (figure 14) exprime les difficultés d’approvisionnement des pêcheurs.


Figure 14: Difficultés d’approvisionnement des pêcheurs

Le crédit est pratiqué, bien en dehors de toute intervention, nous ne dirons pas que c’est un système traditionnel de crédit, mais que c’est le système produit spontanément par les partenaires de ce milieu, vécu et qui fonctionne tout de même, malgré ses imperfections. Ainsi le crédit d’équipement, à Djimtilo, sur les bords du lac et dans les environs, est pratiqué par des commerçants qui se payent sur une partie importante des captures, jusqu’à concurrence du remboursement, le pêcheur ayant toujours le droit de garder ce qui est nécessaire à sa consommation courante. Toutefois, les commerçants, eux-mêmes souvent obligés d’emprunter, ne fournissent pas toujours à temps les filets pour la campagne et le système s’enraye alors. Les avantages de ce système sont, par contre, en dehors des périodes de crise, de répondre beaucoup mieux au potentiel de relations sociales local. Les taux d’intérêts sont élevés, par ailleurs, et peuvent être, par certains commerçants nigérians, fixés à 30%.

Enfin, le fait que l’équipement provient du Nigeria et que la devise nigériane, le Naira, est instable, ne facilite pas les choses.

Nous avons pu constater également, au sud, que les commerçants accordent facilement à crédit des filets à petite maille, interdits, mais qui rapportent beaucoup et permettent aux pêcheurs de rembourser rapidement leur crédits! Or les pêcheurs sont conscients des risques et souhaitent trouver à crédit les filets à mailles réglementaires, moins onéreux du reste.

En ce qui concerne le crédit d’équipement, il faut savoir que les formules modernes passant par l’intermédiaire de projets n’ont pas été satisfaisantes, (cfr. échecs des coopératives) d’autant moins que le pêcheur qui espace ses relations avec les commerçants locaux pour pouvoir y recourir risque toujours, lors de la cessation du projet, de devoir retourner vers ces mêmes commerçants. Les pêcheurs ont besoin de crédits de campagne, conséquents et à court terme, qui leur éviteront de devoir commencer la campagne en travaillant pour un autre afin de se procurer les filets dont ils ont besoin.

Enfin, le crédit existe à tous les moments du circuit de commercialisation du poisson. Une femme commerçante peut acheter à crédit du poisson et payer le pêcheur quand le poisson sera vendu. La détaillante peut également payer le grossiste quand elle aura vendu. Plusieurs intermédiaires peuvent ainsi fonctionner sans qu’un franc soit sorti de la poche de personne jusqu’à la vente finale qui permettra de tout régulariser. Ceci arrive sans être systématique, mais montre que les relations de confiance jouent dans les affaires un rôle défiant tout système de crédit rationalisé, rigide. En contrepartie, les intéressés, lorsqu’ils sont parvenus à un certain niveau, préféreraient pouvoir utiliser un crédit institutionnalisé et s’épargner beaucoup de déplacements occasionnés par la récupération des sommes dues. Au début, ce système traditionnel a rendu leur progression possible. Probablement est-ce également dans cette optique qu’un pêcheur de Djimtilo nous a assuré que les deux systèmes de crédit (l’ancien et le moderne) coexisteraient toujours.

Les pêcheurs du Logone, du Chari et des lacs du sud ont connu des expériences de “crédit” à l’occasion d’interventions extérieures. Des ONG ont tenté de fournir des prêts à des groupements de pêcheurs. Lorsqu’ils le relatent, les groupements intéressés jugent ces crédits insuffisants, et les remboursements ne sont pas satisfaisants. En réalité des tentatives de coopératives ont aussi échoué en matière de crédit, et l’une d’elles à la suite d’un détournement de fonds. Une autre formule peut toujours être cherchée.

Le BELACD, dans la région de Léré, a capitalisé une épargne importante de 130 millions de CFA en deux ans selon la formule “caisse-épargne-crédit”. Or, l’on constate que les épargnants n’ont pas recours au crédit et que les crédits pratiqués par cet organisme paraissent inadaptés aux besoins des pêcheurs.

Les pêcheurs du lac Fitri souhaitent également pouvoir disposer de crédit d’équipement pour se procurer des pirogues et des hameçons. Ils ont l’habitude, étant dans les campements, de regrouper leurs achats et leurs ventes et souhaitent que le crédit leur soit accordé à court terme et en temps utile.

La présente étude permet de savoir dans quelles directions il faudra chercher, mais elle montre aussi qu’une recherche participative, pratique, orientée, et parallèle à l’action, peut seule permettre à des intervenants de répondre réellement aux besoins et permettre aux pêcheurs et opérateurs du secteur pêche de créer une structure autonome fonctionnelle.

4.3 Réponses aux contraintes d’approvisionnement et de commercialisation

Les pêcheurs et opérateurs du secteur pêche se sont organisés pour répondre aux contraintes d’approvisionnement et de commercialisation

Les pêcheurs non originaires du lac Tchad ont éprouvé le besoin de s’organiser entre eux. Les groupes venant du sud ou du Mali ont déjà vécu des expériences de regroupement dépassant le niveau de la famille, du groupe d’initiation ou du quartier. Ils ont mis au point des formules originales leur permettant de mieux faire face à leur situation d’“étrangers” à la région.

Le petit groupe de pêcheurs Maliens de Koulfoa a réparti les tâches: les hommes se consacrent exclusivement à la pêche; une femme et un homme sont désignés par le groupe pour réceptionner le poisson à l’arrivée des pirogues et se charger de la vente aux transformatrices.

Le groupe des N’Gambaye de Mahada est un groupe mixte de 37 personnes. Il s’est créé en 1991 sur la base suivante: originaires de la même région, les N’Gambaye devaient se défendre pour vivre en “immigrés” en dehors de leur province et pour surmonter les difficultés économiques qui les avaient poussés à rester dans les environs du lac, au lieu d’y pratiquer une simple pêche saisonnière. Le groupement a organisé des cotisations, mais surtout organise des équipes de pêche collective qui trois fois par mois pêchent pour le compte du groupement. A chaque jour de pêche collective, une femme est désignée pour s’occuper du fumage du poisson pris. Elle est aidée par un “comité de suivi” pour le transport et la vente. Les ventes se font surtout à N’Djaména. La caisse du groupe couvre:

· le permis de pêche du groupe;
· la nourriture de l’équipe de pêche le jour de la pêche collective;
· les taxes et frais divers.

L’objectif des pêcheurs est d’obtenir en banque des crédits d’équipement. Ils ont en cours, actuellement, un crédit de 1.260.000 F CFA. Ils disposent de trois filets collectifs.

Ce groupement est constitué de pêcheurs sédentarisés pratiquant la pêche dans les environs. Ils accueillent temporairement des migrants assez équipés pour aller pêcher jusqu’au lac en bonne saison, mais ces derniers ne font pas partie du groupement.

Il est à noter que ces N’Gambaye, constituant un quartier de Mahada, se sont donnés un chef de quartier pour les représenter, le plus âgé du groupe; mais que le président du groupement est un autre pêcheur, plus jeune que le chef de quartier lui-même et a soin de se présenter comme ayant autorité sur le groupement. Les femmes N’Gambaye prennent une part importante des dépenses courantes de la famille et même, assument les dépenses en grain, quand le mari se trouve temporairement démuni à la suite d’une amende ou d’une saisie de filets ou de poisson.

Le groupement des pêcheurs Sara de Kinasserom est également un groupement spontané fort bien organisé. Ce groupe compte 26 femmes et 34 hommes qui ont cotisé chacun 7.500 F pour constituer une caisse commune et se faire reconnaître comme groupement. Ils ont donc opté pour la formule officielle moderne, déjà très fréquente dans leur région d’origine, mais en la marquant de leur personnalité. Notons que le groupement a commencé avec 23 fondateurs, dont trois femmes.

Le groupement s’est donné un statut et un règlement intérieur assez draconien. Les cotisations versées par 51 personnes totaliseraient 382.500 F. Il y a deux réunions par mois et 200 F d’amende pour tout membre arrivant en retard, 500 F pour toute absence! Les cotisations mensuelles obligatoires sont de 400 F par personne. L’exclusion est de règle après trois absences ou un détournement. Le groupement a formé quatre groupes devant chacun deux pêches collectives par semaine dont le produit est destiné à la caisse du groupe.

Il cherche actuellement à se faire reconnaître, sans toutefois être objet de convoitise, et à accéder à un statut lui permettant de pouvoir bénéficier de prêts.

On peut être un peu surpris par la composition du bureau qui compte un Président, un Vice-Président, un Secrétaire, un secrétaire adjoint, une trésorière, un trésorier, deux commissaires aux comptes, deux conseillers et deux plantons! S’agit-il de l’influence de l’encadreur ONDR auquel ils se sont adressés (sans résultat, et pourtant en faisant des frais) ou d’un modèle jadis observé parmi les groupements du sud? Cette formalisation outrancière sans doute n’a pas empêché le groupement d’avoir une motivation commune qui dépasse celle des groupements coopératifs habituels.

Les prêts consentis aux membres sont des prêts “sociaux” pour des maladies, des funérailles, et des prêts pour acquisition de filet. Nous n’avons pas vu les pièces de contrat de prêt et ignorons si ces derniers sont faits avec ou sans intérêt, quoiqu’il en soit le tissu social garantit ici le bon fonctionnement du groupement.

Nous pensons qu’un séjour plus long sur le lac Tchad aurait permis d’identifier d’autres groupements, mais on peut supposer qu’il existe des groupements qui préfèrent évoluer dans la discrétion compte tenu du contexte d’insécurité qui règne dans la région.

Enfin, on constate dans toute la zone sud un contexte différent sur le plan des formes d’organisation “nouvelles”. Dans la zone au sud de N’Djaména, les populations des Logone, du Mayo Kebbi et de la Tanjilé ont déjà été habituées à s’organiser pour la défenses de leurs intérêts agricoles et l’on sent cette influence sur les pêcheurs de cette zone réinstallés au lac Tchad, par exemple.

L’ONG APRODEPIT, sur le lac Léré, a des adeptes dans 9 groupements de pêcheurs qui se sont organisés pour une meilleure gestion des eaux des lacs Tréné et Léré. La GTZ, le BELACD soutiennent les groupements villageois et organisations de pêcheurs.

Les pêcheurs du Fitri sont membres de groupements de cultivateurs touchés par des projets orientés sur l’agriculture. Entre pêcheurs, ils se regroupent par affinités et par petits groupes qui confient leurs fonds à un responsable qui s’occupe ainsi des achats de tous; ceci est parfois aussi pratiqué pour la vente du poisson. Ils souhaitent que l’on considère ces “délégués” comme des interlocuteurs en matière de crédit: le crédit serait accordé au groupe et géré par ces derniers au sein du groupe.

Une coopérative a échoué pour détournement par son promoteur, à Sarh, mais d’autres groupements se sont constitués aidés par tel ou tel organisme caritatif ou ONG.

Il est impossible de parler actuellement d’une organisation coopérative à mettre en place, tant au sud qu’au nord. A l’échec de l’année 1963, s’ajoute un échec récent et cuisant. Nombre de pêcheurs ont acheté en 1988 une carte de la coopérative à 20.000 F la carte, sur l’information fausse qu’ils ne seraient pas inquiétés avec cette carte. L’argent a disparu à N’Djaména et aucune action en faveur des pêcheurs n’a été conduite avec. Or, détenteurs de cartes ou non, les pêcheurs sont toujours inquiétés.

Des organisations à vocation plus spécifiquement commerciale sont à mentionner:

· des pêcheurs autochtones de Mahada se sont organisés en trois groupes pour louer des véhicules et expédier leur poisson frais sur N’Djaména; ils contrôlent même l’état des véhicules qui transportent le poisson;

· des commerçants et commerçantes individuels ont leur intermédiaire et logeur (Fatoma) dans les localités de Kinasserom, N’Djaména, Maroua, Maïduguri, Blangoa, qui prend la vente en charge moyennant une somme modique (1.400 F par sac de poisson valant 30 à 40.000 F) et leur reverse leur dû après la vente.

Le poisson frais est ramassé sur les lieux par des réseaux de commerçants qui, à partir du port de Mitteriné notamment, et du port de Mahada l’acheminent sur N’Djaména. Deux organisations (Haoussa et Arabes) à Mitteriné, dont la plus importante compte 24 commerçants arabes, s’occupent du ramassage et le tri des espèces. Ceux-ci se font la nuit au port avant expédition en camionnette et sous glace vers N’Djaména. A Mahada, c’est un groupement de pêcheurs lui-même qui s’entend avec les transporteurs pour l’expédition. Les uns et les autres surveillent l’état des véhicules qui transporteront leur poisson pour éviter les pertes occasionnées par des pannes prolongées.

A Douguia, il existe une organisation de femmes grossistes.

Le groupe des grossistes en poisson frais de Mitteriné (Arabe et Haoussa) s’est constitué en 1984. Ils résidaient alors à Douguia et se sont installés à Mitteriné en 1986. Certains gardent cependant une résidence à Douguia. Chacun d’eux avait sa pirogue équipée de filets et 4 manoeuvres. Ils pêchaient et partageaient le produit de la pêche en 3: 1/3 pour le propriétaire et 2/3 pour les manoeuvres. En 1988, compte tenu de l’augmentation du coût de l’équipement, ils se sont cotisés à raison de 50.000 F par membre pour louer des hors-bords et ramasser le poisson frais près des pêcheurs du lac pour le revendre à N’Djaména. Le groupe a grossi et atteint 40 participants. Il y a eu alors six hords-bords loués (3 par les Arabes, 3 par les Haoussa). L’essence, bien entendu, est à leur frais.

Voici les frais pour un voyage de collecte de poisson frais, en bonne saison de pêche, la pirogue ramenant 20 sacs (tableau ci-dessous). Toutefois le groupe dit avoir besoin de 300 à 400 barres de glace par jour. L’effectif total des pirogues serait de 26. Dix véhicules font la rotation et une organisation s’est instaurée de courtiers de fret payés par les transporteurs. Le groupe veille à l’état des véhicules.

Item

Dépenses (FCFA)

Revenus

Achat de poisson frais

200.000


Location du moteur hors-bord

10.000


Carburant et lubrifiant

3.000


Guide

2.500


Manutention au débarcadère

3.000


Tri et étalage

3.000


Mise en sacs

2.000


Transport en véhicule pour N’Djaména

20.000


Taxes des Eaux-et-Forêts

60.000


Visas

20.000


Chef de canton

2.000


Manutention à N’Djaména

2.000


Droits de “place”

500


Glace: 20 barres à 675 F

13.500


TOTAL DES FRAIS

341.500


Vente


500.000

Bénéfice


158.500

Le groupe dispose aussi d’une caisse à vocation sociale, de soutient aux membres en difficulté, alimentée par une cotisation de 2.000 F par mois et par membre. Ils font au collègue en faillite un prêt remboursable avec un intérêt de 20%. Il s’agit cependant d’un groupe présentant peu de cohésion sociale et qui est surtout soudé par l’intérêt que ses membres ont à s’entendre, ce qui témoigne d’une certaine sagesse. Par ailleurs, ces grossistes dont l’importance en tant qu’opérateurs économiques n’est pas à remettre en cause, disent êtres victimes de tracasseries, réquisitions abusives de poisson ou de pirogue.

N’Djaména compte également un groupe de commerçantes d’une dizaine de femmes.

Les commerçantes de Léré, sont organisées en 12 groupements dont l’objectif est d’acquérir de l’équipement, des moulins à mil, des médicaments, et de pouvoir s’alphabétiser. Une ONG a déjà accordé un crédit de 750.000 F à chacun de ces groupements

A Moundou, il existe également une organisation des pêcheurs et commerçants en poisson et produits maraîchers, la COOPLOG, crée en 1992 et qui compte 50 membres dont 17 femmes. Ils se ravitaillent en poisson aux lacs Iro, Tchad et Fitri et à Logone-Gana. Ils disent commercialiser par jour: 100 à 200 kg de poisson frais, 300 à 350 kg de poisson séché et 50 à 100 caisses de poisson fumé. Une analyse approfondie du fonctionnement de cette coopérative serait nécessaire toutefois (cfr. Séminaire du 6 et 7 avril). D’après certaines plaintes, elle ne rehausserait pas le blason des coopératives, ce qui reste cependant à vérifier.

La mission n’a pu estimer le nombre d’organisations de commerçants existantes mais la majorité de celles qui ont été rencontrées font preuve d’un dynamisme qui les rend crédibles. Les échecs passés connus par la coopérative des pêcheurs de N’Djaména ne peuvent être imputables à une incapacité du milieu; les groupes créés par eux selon des modèles qu’ils ont choisis fonctionnent dans un contexte difficile. Il nous faut donc tirer des leçons de la situation et leur permettre l’accès à la production de leurs propres modèles. Le milieu humain est toujours fragile et des “accidents” peuvent se produire; ils seront moins nombreux et surtout plus “corrigibles” si les pêcheurs s’auto-organisent et peuvent ainsi avoir accès à des relations de partenariat avec des structures d’appui qui ne les auront pas organisés selon leurs schémas à elles.

5. Les attentes et suggestions des “gens du poisson”

L’enquête et deux séminaires auxquels ont participé des représentants des pêcheurs et opérateurs du secteur pêche nous ont renseignés. Ils étaient 27 au séminaire du 27 et 28 février et 29 au séminaire du 6 et 7 avril. Ils furent convoqués, il leur fallait une convocation officielle et l’accord des autorités locales pour venir; cependant ils se sont exprimés sans réticences, ce qui dénote un sens aigu des responsabilités, et un certain courage dans le contexte décrit plus haut.

Nous fournissons les comptes-rendus aussi exacts que possible des exposés des représentants des pêcheurs en mentionnant le thème de travail de groupe qui leur a été proposé à chaque fois.

Nous avons tenu à reproduire textuellement les déclarations des pêcheurs, même avec des difficultés d’expression qui ne gênent pas la compréhension, du reste. Puis nous tenterons une analyse de ces informations.

5.1 Séminaire du 27 et 28 février

5.1.1 Les relations conflictuelles entre pêcheurs et services administratifs

Le thème proposé au groupe N°1 était: les relations conflictuelles entre les pêcheurs et les services administratifs représentés au lac.

“1. Les “forces” multiples: douanes, brigade, Eaux et Forêts, police, goumiers, tous en armes, sont cause d’insécurité pour les pêcheurs.

2. Il existe des permis de pêche payés en échange de reçus “non valables” (par exemple payés à Kinasserom et considérés comme nuls par l’agent de Blangoré). Il existe également des permis de pêche payés et pour lesquels aucun reçu n’a été donné.

3. Diverses taxes sont perçues continuellement lorsque l’on rencontre par hasard un agent de l’un des services cités ci-dessus. “Akouma da Waï”: il n’y a qu’un seul commandement, celui de l’homme armé.

4. Plusieurs fois, des responsables des communautés de pêcheurs étrangers ont regroupé leurs adhérents pour leur faire payer la carte de séjour: l’argent a été reçu par l’agent chargé de délivrer les cartes, et celui-ci n’a jamais fourni les cartes sous prétexte de manque de cartes. Les pêcheurs ont alors des amendes à payer - sans recevoir de reçus - pour défaut de cartes de séjour.

5. Les pêcheurs se plaignent de ne pas connaître les autorités auxquelles ils devraient s’adresser, et d’être méconnus de l’Administration. On les arrête arbitrairement quand ils viennent à N’Djaména.

Propositions:

· qu’ils n’aient à traiter qu’avec une seule “force”, entendons un seul représentant de l’Administration;

· que les permis de pêche, cartes de séjour, taxes soient des papiers officiellement valables;

· que les agents des Eaux-et-Forêts ne soient pas armés et fassent de l’encadrement et non de la répression;

· que le Gouvernement lutte contre le fait de délivrer des faux papiers en guise de reçus (ou des permis non valables);

· que les permis de pêche et autres taxes soient prélevés en période de bonne pêche et non à l’époque où il est difficile pour les pêcheurs de trouver de l’argent;

· qu’il y ait sur le lac, côté Tchad, des endroits où les pêcheurs puissent se procurer des engins de pêche;

· que les pêcheurs organisés soient reconnus par les Eaux-et-Forêts et considérés comme des partenaires professionnels;

· que le droit soit donné à un détenteur de permis de pêche malade de céder son permis à un parent pendant le temps de son indisponibilité;

· que l’on lutte contre les fraudeurs avec discernement et qu’on ne tire pas sur les pêcheurs à la place des fraudeurs.”

5.1.2 La transformation et la commercialisation du poisson

Le thème proposé était celui de la transformation et commercialisation du poisson. Le groupe au séminaire était de treize femmes qui se répartissaient professionnellement en:

· 2 femmes possédant leur propre équipement de pêche et engageant de la main d’oeuvre pour le rentabiliser, transformant et commercialisant du poisson;

· 5 femmes commerçantes en poisson frais;

· 2 femmes commercialisant du poisson frais et fumé ou séché, transformé par elles-mêmes;

· 1 vendeuse de poisson cuisiné;

· et deux animatrices d’ONG travaillant avec des femmes de pêcheur.

Pour ces femmes, à l’exception de l’une d’entre elles, la transformation et la commercialisation du poisson sont des activités héréditaires. Pour elles, le poisson se raréfie et les conditions d’approvisionnement sont plus difficiles.

Invitées à classer en points forts et points faibles les caractéristiques de leur métier à heure actuelle, elles ont fourni le classement suivant:

· Points forts:

Les femmes estiment que:

c’est une activité souhaitable du point de vue alimentaire et du point de vue monétaire;

elles maîtrisent les techniques traditionnelles de transformation;

elles maîtrisent les circuits de commercialisation (Tchad, Cameroun, Nigeria). Le poisson se vend mieux à N’Djaména;

il y a le contrôle des services sanitaires.

· Points faibles:

la transformation exige trop de travail. En cas de bonne pêche, cela demande simultanément séchage et fumage, en passant par différentes opérations;

les femmes déplorent la rareté du bois de chauffage;

elles se plaignent de la réquisition des pirogues par les autorités, ce qui paralyse les activités;

elles dénoncent les taxes anarchiques depuis le fleuve jusqu’à l’étal du marché;

c’est un métier dangereux pour la santé;

les lieux de conservation et de stockage manquent;

elles ignorent les techniques modernes de conservation et le poisson, sorti du congélateur, y est parfois remis et recongelé;

il n’y a pas de lieu de commercialisation approprié;

elles commencent avec un faible capital au départ;

elle ne maîtrisent pas les cours du marché (et sont mal informées) et subissent des pertes.

· Les attentes des femmes:

obtenir un crédit afin de pouvoir payer le poisson comptant et éviter le harcèlement des vendeurs;

acquérir des engins de pêche;

acquérir des congélateurs pour mieux conserver le poisson;

avoir un système pour le stockage et la conservation de longue durée;

avoir un centre de formation pour les femmes transformatrices et vendeuses de poisson. Elles le sollicitent surtout pour deux éléments importants:

à l’apprentissage de meilleures techniques de transformation s’il y en a;
à la formation à la gestion (comptabilité élémentaire et gestion de la petite entreprise).

constituer un groupe de pression (groupement ou coopérative);

disposer de produits désinfectant;

avoir accès au matériel agricole, au moulin à grain, au pousse-pousse pour transporter le poisson; aux véhicules;

les femmes “mosso” demandent une diffusion des informations sur la réglementation des taxes;

toutes demandent que l’on sorte de l’insécurité et que la paix soit durable.”

5.1.3 L’évolution des techniques et des rendements de la pêche

Le thème proposé au groupe des pêcheurs N°2 était: l’évolution des techniques et des rendements de la pêche. Le groupe est composé exclusivement de pêcheurs de Zafaya, Mahada et de divers endroits, non loin du lac Tchad.

· Points forts:

La grande diversité du matériel de pêche:

à filet maillant et dérivant;
à les hameçons, appâtés ou non;
à les goura (nasses);
à les sennes de plage;
à les pirogues utilisées sont en planches et les moyens de propulsion sont la pagaie, la perche, et le moteur hors-bord.

les rendements ont baissé depuis plus d’une décennie et à présent, avec la pluviosité de 1988 et celle de l’année écoulée, les poissons ont réapparu;

dans le domaine de la réglementation: la sensibilisation faite par les Eaux et Forêts sur les mailles des filets et les permis de pêche;

la commercialisation: le poisson frais est consommé dans les campements de pêche et à N’Djaména et le transport facilité par le tronçon N’Djaména-Guitté.

· Points faibles:

utilisation d’engins prohibés;
migration des pêcheurs dans les zones poissonneuses;
assèchement du lac suite aux sécheresses successives;
augmentation des prix des matériels de pêche;
vols des engins de pêche;
présence de loutres qui détruisent les engins;
absence de chaîne de froid pour la conservation du poisson frais;
insécurité.

· Attentes:

l’obtention de crédits pour achat de matériel de travail;
l’application des textes en vigueur;
l’installation d’une “usine” de fabrication de glace;
la réactivation du marché de Milezi;
accès à l’approvisionnement en PVC pour la consolidation des pirogues.

5.2 Séminaire du 6 et 7 avril 1995

5.2.1 L’accès au crédit

Le thème central choisi par le groupe des femmes était l’accès au crédit et le groupe se composait de:

· commerçantes en poisson de N’Djaména;
· commerçantes en poisson de Léré;
· commerçantes en poisson d’un groupement de Kinasserom;
· la représentante des commerçantes nigerianes du Lac installée à Mitteriné.

1- “Nous, les commerçantes nigérianes du lac, commercialisons le poisson depuis notre installation en 1985/86 sur le lac, à Maïduguri. Nous avons commencé à commercialiser à N’Djaména; cependant alors que nous ne rencontrions pas de problèmes sur la route de Maïduguri, nous avons beaucoup d’ennuis sur la route de N’Djaména. Nous demandons aux autorités présentes de parler avec les responsables tchadiens afin de nous faciliter la route (faire cesser les tracasseries et frais abusifs).

Nous nous adressons aussi à vous, nos collègues, les femmes de N’Djaména, en vous demandant de convaincre les hommes tchadiens sur ce plan; car nous sommes toutes des mères de famille et “ce sont les femmes qui ont la responsabilité de la famille quelle que soit la puissance de l’homme”.”

2- “Nous, commerçantes de N’Djaména, nous exprimons l’opinion de toutes les autres. Les femmes ne veulent pas qu’on les trompe comme cela est arrivé dans le cas de la coopérative de Moundou; certaines y ont adhéré en versant des cotisations de 10.000 F et 20.000 F par mois, que les hommes venaient leur retirer en prélevant éventuellement sur leur stock de poisson quand elles ne versaient pas, et depuis que cette coopérative a vu le jour, elle n’a rien fait de positif pour elles.”

3- “La difficulté que nous rencontrons comme commerçantes à N’Djaména est que nos fournisseurs viennent du Lac Tchad; le poisson arrive en voiture au grand marché, là, il est réparti entre les commerçantes. On refuse souvent de nous le céder à crédit, et alors, quand nous sommes sans argent liquide, nous manquons le marché.

Nous avons cependant des frais à payer; par exemple, les trois frigidaires que nous louons, nous reviennent à 50.000 F par mois.”

4- “Les commerçantes de N’Djaména, constituées en groupement de dix personnes, sollicitent un crédit de commercialisation accordé au groupe, chacune d’entre elles empruntant à la caisse du groupe selon des modalités qu’elles établiront entre elles.”

Le type de crédit demandé serait un crédit de trois millions, remboursable en dix mois avec un intérêt (ordre de grandeur donné: 300.000 F seraient remboursés 320.000 F).

5- “Nous, les commerçantes du groupement mixte des pêcheurs (26 femmes et 34 hommes) de Kinasserom, nous soulignons que notre groupement, commencé de manière autonome, il y a trois ans, a un compte à la BTCD et cherche en vain depuis trois ans un organisme qui lui accorde un crédit; les hommes ayant besoin de crédits d’équipement et les femmes de crédits de commercialisation.”

6- “Nous, les commerçantes de Léré, nous sommes organisées en 12 groupements dont l’objectif est d’acquérir de l’équipement, des moulins à mil, des médicaments, et de pouvoir s’alphabétiser. Une ONG a déjà accordé un crédit de 750.000 F à chacun de ces groupements. Un groupement fait ensuite des crédits d’un montant de 5.000 F à chacune des femmes, pour un délai d’un mois et remboursable alors 5.500 F. Cette forme de crédit nous aide beaucoup.”

7- “Nous, les commerçantes nigérianes souhaitons nouer des relations avec les commerçantes de N’Djaména et vous demandons où nous pouvons nous rencontrer encore en dehors du séminaire. Nous rappelons encore qu’il faut “nous balayer la route”.

Concernant les autres préoccupations des femmes, nous demandons (toutes) qu’on vienne dans nos groupements nous donner des conseils en matière de santé.

Nous signalons également l’insuffisance du nombre d’écoles pour les filles et les frais élevés de scolarité (10.000 F pour le primaire et 50.000 F pour le secondaire).”

5.2.2 La gestion des ressources halieutiques au lac Tchad

Le thème proposé au groupe des pêcheurs du lac Tchad était: la gestion des ressources halieutiques. Que proposez-vous pour mieux gérer les ressources halieutiques naturelles et éventuellement les accroître:

a) compte tenu des problèmes de surexploitation pressentie des ressources halieutiques?

1. Les sennes à petites mailles ne ramassent pas seulement les alevins, mais détruisent aussi les nids. Aussi nous proposons l’interdiction totale des “taro” (sennes à petites mailles);

2. nous proposons l’interdiction de l’utilisation des goura (nasses de fabrication malienne) car elles détruisent les alevins des poissons incubateurs buccaux au moment des crues;

3. nous proposons l’interdiction des barrages et aussi des chambres de capture.

b) compte tenu du sous-emploi des jeunes pêcheurs et de leurs inquiétudes face à l’avenir?

1. Nous proposons la formation des jeunes en matière de menuiserie, mécanique, etc.;

2. nous proposons aussi la formation en matière de techniques de pêche modernes et traditionnelles améliorées;

3. nous demandons la mise à notre disposition de matériels de pêche et de matériels agricoles.

c) compte tenu du contexte intercommunautaire qui caractérise la plupart des sites de pêche?

1. Nous proposons que les Tchadiens migrants se conforment au même règlement que les autochtones en utilisant les mêmes équipements autorisés et qu’ils utilisent les mêmes techniques;

2. les étrangers doivent:

être en règle avec les lois du pays, en accomplissant toutes les formalités nécessaires;

utiliser les mêmes techniques et les mêmes équipements que les nationaux;

3. nous préconisons également la moralisation des forces de l’ordre, à savoir les militaires, la gendarmerie, etc., qui encouragent l’installation des étrangers.”

5.2.3 La gestion des ressources halieutiques dans la zone sud

Le thème proposé au groupe des pêcheurs de la zone sud était: La gestion des ressources halieutiques.

“1. Compte tenu des dangers d’épuisement de nos ressources halieutiques provoqués par les engins de pêche prohibés dans le passé par l’ignorance des pêcheurs, et pour la protection de notre environnement, nous, groupe des pêcheurs du Sud (sud à partir de N’Djaména), nous demandons:

· de réglementer la manière d’utiliser les eaux de nos différentes régions:

· d’organiser désormais les pêcheurs en groupements de manière à ce qu’ils soient les seuls interlocuteurs de l’Etat.

2. La pêche étant incertaine et considérée comme la seule activité rentable pour compenser le chômage auquel est confrontée la jeunesse, nous souhaitons qu’avec l’aide des ONG et l’appui des autorités administratives compétentes, des centres d’apprentissage couvrant divers métiers soient créés (menuiserie, maçonnerie, etc.) afin de déconcentrer l’effort de pêche.

3. Nous réaffirmons notre volonté de vivre en communauté avec tous les “étrangers”, à condition que ceux-ci respectent minutieusement tous les règlements instaurés par les groupements de pêcheurs et l’Etat.

4. Nous proposons la restauration de l’autorité traditionnelle des eaux; pour le long terme, le développement de la pisciculture et l’encadrement technique des groupements de pêcheurs.

5. Nous demandons un crédit matériellement, techniquement et financièrement pour nous permettre d’atteindre nos objectifs.”

Se rapprochant des travaux de groupe ci-dessus mentionnés, les réactions individuelle au cours du séminaire sont les suivantes:

Les pêcheurs affirment tous qu’il faut une réglementation et qu’elle soit appliquée. Ils dénoncent exemple à l’appui, les exactions commises par les agents des Eaux-et-Forêts et le fait que les fraudeurs les corrompent facilement.” Les Eaux et Forêts, sans salaire, sont du côté de ceux qui détruisent”, et le voeu est clairement exprimé de former les pêcheurs s’il le faut, mais de leur donner légalement les moyens de gérer les ressources halieutiques et les préserver: “Il faut organiser les pêcheurs et leur donner les compétences et le pouvoir de gérer. Les pêcheurs ont formé des groupements qui fonctionnent et il faut leur laisser un certain pouvoir plutôt que de consacrer des fonds à la formation de forestiers qui compenseront toujours leur manque de salaire par les revenus de la corruption”.

Par contre, cette organisation pour eux, cela n’est pas la coopérative classique. Les commerçants eux-mêmes s’insurgent contre les échecs du passé en la matière: “Ce qui nous intéresse, c’est d’avoir du crédit. Mais si on nous parle de coopérative, nous quitterons immédiatement la réunion. Nous avons des groupements qui utilisent bien le crédit pour leur équipement.”

A propos des difficultés avec les pêcheurs étrangers, un représentant de pêcheurs du sud précise: “la solution est d’organiser les pêcheurs en groupements pour qu’ils soient les seuls interlocuteurs du gouvernement. La réglementation doit être respectée par tous et on pourra cohabiter sans problèmes avec les étrangers.”

A propos des permis de pêche, nous mentionnons cette solution: “Il faudrait établir un permis par catégories et que ces permis ne soient pas délivrés au niveau central mais régional”. Celui qui parle appartient à une ONG de pêcheurs qui collabore correctement avec un agent de Léré. Il ajoute, du reste, une autre suggestion pertinente: “Il faut revoir le permis de port d’armes: celui-ci est totalement inutile pour un agent des pêches. Or c’est avec ces armes qu’ils font des prélèvements”!

5.3 Analyse

Une grande sagesse se manifeste dans les déclarations des intervenants, hommes et femmes.

1. Tous sont préoccupés par les irrégularités des services des douanes et des Forêts, des militaires, et de l’ANS qui nuisent soit à la commercialisation, soit à la protection des ressources halieutiques, soit à la sécurité que représente cet artisanat (en cas de réquisition de filets). Mais les solutions proposées font preuve d’une grande maturité et d’une réelle capacité de prise en charge des responsabilités. Les pêcheurs ne demandent pas la suppression de toute réglementation, mais qu’il y en ait une, élaborée avec eux, et dont l’application soit exigée de tous. Ils comptent sur cette réglementation pour les protéger des abus des pêcheurs suréquipés et assez aisés pour corrompre, à l’heure actuelle, des agents sans conscience professionnelle.

Quand ils demandent à être de nouveau responsables de la gestion des ressources halieutiques, c’est en raison des pratiques de ces agents. L’objectif est toujours le même, mais si le système “administratif et moderne” échoue; il faut chercher une formule endogène.

Ceci doit se traduire par un assainissement des pratiques et les groupements de pêcheurs y trouveront un remède aux problèmes d’exploitation abusive des ressources par les pêcheurs d’origine étrangère. Nous avons rencontré des cas où l’autorité administrative a joué correctement son rôle en soutenant les pêcheurs dans leurs activités de mises en défens de certaines zones de pêche, d’autres aussi où les pêcheurs se heurtent au manque de conscience professionnelle ou de compétence des autorités. Le dialogue entre l’administration et les groupements de pêcheurs est une proposition faite ouvertement pendant la durée des deux séminaires, et également pendant l’enquête spécialisée.

Cette proposition s’articule autour d’axes de recherche assez sains: que les permis de pêche soient délivrés localement et les documents fournis alors valables. Que les prélèvements qu’ils impliquent s’effectuent en période de bonne pêche, à l’époque où les pêcheurs ont des rentrées d’argent.

Les commerçants et commerçantes ne refusent pas de payer les taxes douanières ni les taxes de marché; ils demandent seulement une imposition claire, officialisée et connue de tous les opérateurs et intervenants. Ils demandent la sécurité des transports et la possibilité de prévoir leurs spéculations commerciales: partir commercialiser un stock sans savoir le montant des prélèvements qu’on va subir, voilà un handicap sérieux à toute véritable gestion de son commerce.

Ensuite, apparaît le besoin pour les pêcheurs et opérateurs du secteur pêche d’être considérés comme des interlocuteurs valables; beaucoup demandent que cela se fasse par l’intermédiaires de groupements reconnus, mais qui soient les leurs, et rejettent les structures coopératives officielles en raison des expériences négatives passées.

2. Les demandes d’accès à l’approvisionnement en engins de pêche et au crédit sont également le fait de tous. Il est évident que le crédit est demandé par les pêcheurs pour être équipés suffisamment et en temps utile, ce que les conditions actuelles ne permettent pas partout. Il sera prudent de bien identifier les types de crédit nécessaires et qu’une démarche participative permette aux opérateurs du secteur pêche de trouver des formules associatives qui répondent réellement à leurs besoins comme à leurs compétences organisationnelles.

Les femmes transformatrices et commerçantes se trouvent prises dans un circuit où tout fonctionne sans argent liquide pendant un certain temps et il faut alors attendre l’ultime transaction pour que détaillants, grossistes et pêcheurs remboursent leurs dettes mutuelles. On aura intérêt à analyser de près le fonctionnement des entreprises des groupements féminins du lac Léré.

3. Les attentes des femmes participantes au deuxième séminaire mettent le crédit en priorité, mais insistent également sur des formations à la gestion (PME), l’information relative aux marchés aussi et la conservation après capture. Concernant ce dernier point, les personnes interrogées ne se sont pas montrées très sensibles aux pertes après transformation. A leur niveau, il y a, semble-t-il, un écoulement encore satisfaisant de ce type de production. Les pertes interviennent après, sur les marchés ou s’approvisionnent les grossistes (Maïduguri par exemple).

La salaison essayée il y a quelques années, s’est avérée trop coûteuse et a été abandonnée. On intéressera les femmes à ces problèmes - autrement que par l’utilisation dangereuse et abusive d’insecticides - en leur permettant de faire des économies de bois (pour le fumage du poisson)

Le fait qu’elles réclament aussi pour leurs filles un accès à la scolarisation témoigne de leur ouverture d’esprit. Elles ont conscience de la nécessité d’être scolarisées pour se défendre mieux.

Quant aux commerçants en poisson frais du lac Tchad, ils connaissent très bien leurs besoins et savent cerner les problèmes d’approvisionnement en glace et les difficultés de transport notamment.

Nous remarquerons le voeu également d’un certain nombre de pêcheurs: que leurs fils soient autre chose que pêcheurs. Or, à l’heure actuelle, en cette situation de marasme économique au Tchad, les pêcheurs ne sont pas les plus mal lottis. Par ailleurs ils se montrent ouverts à d’autres problèmes en dehors du secteur pêche: ils souhaitent s’équiper aussi en matériel de transport et en matériel agricole, et faire du commerce, tenant compte des besoins en approvisionnement des communautés auxquelles ils appartiennent, par exemple.

Le schéma d’intervention est ainsi tracé par les pêcheurs et opérateurs du secteur de la pêche.

6. Conclusion

6.1 Methodologie

Ces réactions des “gens du poisson” plaident en faveur d’une recherche-action qui leur permettrait de rester réellement les opérateurs de leur développement et les responsables de leur patrimoine, ce qu’ils réclament.

Rappelons que la pêche au Tchad, peu touchée en définitive par des programmes de développement, est presque un “terrain vierge” permettant d’observer l’évolution endogène d’un milieu dans un contexte économique et politique difficile. Il y a beaucoup de leçons à en tirer pour l’utilisation des méthodes participatives dans d’autres programmes d’appui à la pêche, pourvu que l’on puisse commencer à répondre à la volonté d’action des “gens du poisson” sans les décourager par une attente trop longue.

Les contacts avec le Mali, où des problèmes identiques sont en voie de trouver des solutions seraient sans doute très porteurs.

Cette recherche-action devra impliquer tous les opérateurs du secteur pêche afin de ne pas fragiliser un milieu déjà confronté à beaucoup de difficultés.

6.2 Ciblage et thèmes

Il semble opportun de travailler avec les femmes de pêcheur sur les aspects suivants:

· économie du bois de chauffe dans la préparation du poisson banda;

· recherche de procédés de transformation complémentaires permettant une meilleure conservation des produits;

· formation à la gestion (commerciale) avec alphabétisation pour toutes celles qui ont des activités de commercialisation conséquentes;

· formation et accès au crédit.

Ces actions doivent être appuyées, à la demande des actrices, en leur permettant de les programmer eux-mêmes et de produire leurs modèles d’organisation.

Avec les pêcheurs pratiquant seulement la capture:

· mise au point d’une réglementation pour la gestion des ressources halieutiques, dont ils assumeront la responsabilité et l’application en accord avec la DEPA;

· conception avec eux d’un système d’épargne-crédit approprié à la pêche artisanale, à ses besoins en prêts à bonne date et à court terme (surtout pour l’équipement en engins de pêche), aux garanties valables pour des pêcheurs professionnels;

· poser les jalons d’une participation à la collecte des données dont on peut avoir besoin pour suivre l’évolution des ressources halieutiques (disparition ou réapparition d’espèces, phénomènes d’adaptation aux changements climatiques, etc.), et prévoir mieux les mesures techniques à prendre.

A l’occasion de ces échanges et actions, les pêcheurs produiront leur propres modèles d’organisation et la structure d’appui qui les aidera dans leurs actions évitera de leur proposer des modèles étrangers et les invitera à produire les leurs.

Avec les commerçants(es) en poisson:

· étudier avec eux des solutions simples leur facilitant la collecte du poisson frais près des pêcheurs. Par exemple: Comment peuvent-ils disposer d’un approvisionnement en glace à leur portée?

· concevoir avec eux un système de prêts de commercialisation à très court terme, et dont ils aient le contrôle et la maîtrise;

· voir ce qu’ils proposent, avec la DEPA, pour l’assainissement du système de taxes fantaisistes;

· certains d’entre eux sont également chefs de petites entreprises de pêche et se rangent également parmi les pêcheurs. Ce sont les pêcheurs et commerçants eux-mêmes qui sauront s’ils ont intérêt à appartenir à des groupements professionnels communs ou non.

Avec les artisans constructeurs de pirogues:

· Certains souhaitent pouvoir s’approvisionner au Tchad en PVC et contre-plaqué. Les pirogues de contre-plaqué et celles utilisant le PVC sont une réponse à la difficulté de fabriquer et de se procurer des pirogues monoxyles, au détriment par surcroît d’essences forestières de valeur. Cet artisanat a fait ses preuves d’utilité publique et mérite d’être encouragé, dans la mesure où le besoin en est exprimé exclusivement.

Avec tous, en fonction des résultats des diagnostics participatifs sur les différentes activités et sur la situation des villages et campements:

· Ouvrir les perspectives de progression de la pêche artisanale et voir avec les populations concernées quelles sont les orientations complémentaires en matière de développement agricole, (équipement en matériel agricole, protection des plantations de canne à sucre sur les bords du lac, sécurisation des digues des polders, tout en respectant la gestion autonome des endroits aménagés par les agro-pêcheurs) actions de sécurité alimentaire (banques de céréales éventuellement) actions à vocation sociale, amélioration des conditions de vie au village, etc.

Certaines directions sont apparues pendant l’étude-diagnostic, mais n’ont pas été étudiées de façon systématique ni partout où elles peuvent se présenter.

Rappelons par un schéma (figure 15) la nécessité de faciliter aux opérateurs du secteur pêche une bonne gestion des ressources pour que toutes ces actions de développement puissent avoir lieu.


Figure 15: Etapes/critères pour une gestion efficace et durable.

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