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Les crustacés tropicaux d'élevage (Maisonneuve et Larose, 1990)

LE TECHNICIEN D'AGRICULTURE TROPICALE

Maisonneuve & Larose

LE TECHNICIEN D'AGRICULTURE TROPICALE

1. Le Riz pluvial , par Michel JACQUOT et Brigitte COURTOIS.

2. Le Maïs , par Guy ROUANET.

3. Le Bananier plantain , par Hugues TEZENAS DU MONTCEL.

4. Le Stockage des produits vivriers (en deux volumes), par Jean APPERT.

5. Le Cotonnier en Afrique tropicale , par Gérard SEMENT.

6. Le Manioc , par Pierre SILVESTRE.

7. Le Désherbage des cultures tropicales , par E.M. LAVABRE.

8. Insectes nuisibles aux cultures vivrières et maraîchères (en deux volumes), par Jean APPERT et Jacques DEUSE.

9. Les légumineuses vivrières tropicales , par Marc BORGET.

10. Le théier , par Denis BONHEURE.

11. Le caféier , par H.R. CAMBRONY.

12. L'écrevisse rouge des marais , par Jacques C.V. ARRIGNON, Jay V. HUNER et Pierre J. LAURENT,

13. Aménagements villageois et du terroir , par Gérard JOSSET.

14. Le cacaoyer , par Guy MOSSU.

15. Les plantes tropicales à épices , par M. BORGET.

16. Les crustacés tropicaux d'élevage , par J. ARRIGNON, J.M. GRIESSINGER, D. LACROIX, P. GONDOUIN et M. AUTRAND.

17. La canne à sucre , par R. FAUCONNIER.

LE TECHNICIEN D'AGRICULTURE TROPICALE

Collection dirigée par
René COSTE

Membre de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer Ingénieur général d'agronomie

16 Les crustacés tropicaux d'élevage

Coordonnateur
Jacques C.V. Arrignon
de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer

I. Elevage du Camaron
(ou «Chevrette»)
par
J.M. Griessinger, D. Lacroix et P. Gondouin

II. Elevage de la crevette pénéide
par
M. Autrand

Agence de Coopération
Culturelle et Technique
13, quai André-Citröen
F 75015 PARIS

Centre technique de Coopération
agricole et rurale (C.T.A.)
Postbus 380
NL 6700 AJ WAGENINGEN

Edifions Maisonneuve et Larose
15, rue Victor-Cousin
F 75005 PARIS

Jacques C.V. ARRIGNON: Ing. en chef, Génie rural, eaux et forêts, 24, rue de la 8 e-Division, F 60200 Compiègne.

Jean-Michel GRIESSINGER, IFREMER COP, B.P. 7004, Tahiti, Polynésie Française.

Denis LACROIX et Philippe GONDOUIN, IFREMER, B.P. 477, 97331 Cayenne Cedex, France.

Michel AUTRAND, France Aquaculture, 10, rue de Chaillot, 75116 Paris, France.

Les opinions exprimées ainsi que les orthographes des noms propres et les limites territoriales figurant dans le présent document n'engagent que les auteurs et nullement la position officielle et la responsabilité de l'Agence de Coopération Culturelle et Technique et le Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale.

© G.-P. Maisonneuve et Larose et A.C.C.T., 1990
ISBN: 2-7068-1021.1 et 92-9028-175-8
ISSN: 0298.3540

La loi du 11 mars 1957 n'autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article 41, d'une part, que les «copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective» et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, «toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite» (alinéa 1 er de l'article 40).

Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.

Avant-propos

Ramener à seulement deux genres les crustacés tropicaux d'élevage d'une importance économique mondiale est certainement un raccourci imprudent. Il convient de justifier ce choix, d'une part en raison de l'extension prise récemment par l'acclimatation de ces crustacés dans la ceinture intertropicale, voire au-delà et, d'autre part, en raison de l'investissement bio-technologique considérable qui favorise présentement le rayonnement de leur élevage.

Choisir des animaux exigeant des milieux aquatiques différents:

· Macrobrachium, la chevrette, ou camaron, vit à la fois en eau douce et en eau saumâtre;

· Paenaeus, la crevette, vit exclusivement en eau salée,

c'est intégrer une stratégie de développement favorisant «tous azimuts» des productions ayant une forte valeur à la vente, sur des sites aquatiques naguère abandonnés: les salines, par exemple, ou jusqu'alors peu productifs, tels les marais.

Et à partir du moment où des productions significatives sur plusieurs années font sortir ces élevages de la phase expérimentale, il est nécessaire d'opérer un transfert des connaissances, des techniques et des pratiques zootechniques vers l'opérateur de terrain, éleveur existant ou potentiel, afin d'assurer un rayonnement technico-économique cohérent et de prévenir les mécomptes d'initiatives issues d'un engouement irréfléchi.

C'est un tel transfert que les auteurs ont tenté de faire dans les pages consacrées dans ce volume aux deux crustacés:

· la chevrette;
· la crevette pénéide.

Jacques ARRIGNON
Coordonnateur de l'ouvrage

N.B. - Les * renvoient au glossaire.


Macrobrachium, le camaron ou «chevrette».


Paenaeus, la crevette pénéide.


Fig. 1. - Principaux pays de la ceinture tropicale exploitant le Macrobrachium (pêche et élevage). La zone hachurée représente la zone de distribution naturelle de l'espèce.

I Elevage du camaron (ou «chevrette»)

par
J.M. GRIESSINGER, D. LACROIX et P. GONDOUIN

I. Introduction

La chevrette est une crevette d'eau douce de grande taille, originaire du Sud-Est asiatique où elle est exploitée de longue date. On la pêche traditionnellement dans les estuaires, rivières, lacs tropicaux et canaux des rizières où elle vit à l'état naturel.

Son nom scientifique est Macrobrachium rosenbergii (de Man). Les noms communs correspondant à cette espèce et aux nombreuses espèces voisines sont variés:

- chevrette: zone Pacifique,
- camaron: Afrique de l'Est, océan Indien, Cameroun, écrevisse, z'habitant: Martinique,
- ouassou: Guadeloupe,
- langostino: Puerto Rico,
- Freshwater prawn, Malaysian prawn ou Giant river prawn: USA,
- missala: Afrique de l'Ouest.

Le nom français retenu par la FAO est «Bouquet géant d'eau douce», ce qui est assez logique puisque la chevrette et la crevette rose des côtes européennes (bouquet) font partie de la même famille des Palaemonidés.

Le nom commercial récemment utilisé en France est «crevette bleue des Caraïbes» . Par souci de simplification, nous emploierons le terme chevrette.

Depuis la maîtrise de sa reproduction en écloserie à la fin des années 60, l'élevage de cette espèce s'est développé dans de nombreux pays de la ceinture tropicale (fig. 1).

Il. Biologie

2.1 - Classification

La chevrette est un crustacé décapode Natantia comme l'ensemble des crevettes, du sous-ordre des Caridés et de la famille des Palaemonidés.

Son genre est Macrobrachium, genre de crustacés tropicaux vivant en eau douce ou saumâtre, et l'espèce est rosenbergii.

C'est de Malaisie que le premier stock de géniteurs a été importé à Hawaï au début des années soixante. Ce stock est à l'origine du développement de l'élevage hors de l'aire de répartition géographique naturelle de l'espèce. Ce sont les descendants de ce stock dit «anuenue», pourtant d'un nombre très réduit au départ (36 individus), qui ont été utilisés pour toutes les implantations d'élevage hors de cette aire: Sud des Etats-Unis, Amérique centrale, Polynésie, arc caraïbe, Amérique du Sud, océan Indien...

2.2 - Morphologie

La fig. 2 présente un individu mâle adulte. On observe:

- un céphalothorax portant antennes, yeux, pièces buccales et cinq paires de pattes locomotrices (péréiopodes). La deuxième paire de pattes est très développée notamment chez le mâle et se termine par de fortes pinces

- un abdomen comprimé latéralement, formé de six segments dont les appendices, les pléopodes, assurent la nage en pleine eau. Le sixième segment porte les uropodes*, appendices aplatis formant une palette permettant les mouvements vifs de recul et de fuite. Le telson, pointu et sans appendices, termine l'abdomen.


Fig. 2. - Schéma de profil d'un mâle adulte de Macrobrachium rosenbergii.

La couleur dominante de ces animaux est bleue, les pinces et l'abdomen étant les plus pigmentés.

La fig. 3 montre comment reconnaître aisément une chevrette d'une crevette pénéide: chez la chevrette, les pleures* du deuxième segment abdominal recouvrent celles du premier et du troisième segment, alors que chez une pénéide le recouvrement est régulier, en tuiles de toit (recouvertes-recouvrantes).

Par ailleurs, le dernier segment abdominal est de section circulaire alors que celui des pénéides présente une carène dorsale.


Fig. 3a. - Différences morphologiques de l'abdomen d'un Macrobrachium


Fig. 3b. - Différences morphologiques de l'abdomen d'une Penaeus.

Chez la chevrette le céphalothorax représente à lui seul la moitié de la longueur du corps et 55 à 60% du poids total. On voit donc tout de suite l'intérêt de rechercher des marchés de commercialisation pour un produit entier.

2.3 - Physiologie

Comme tous les crustacés, la chevrette respire par des branchies et sa croissance se fait par mues successives.

Respiration:

L'échange respiratoire (oxygène et gaz carbonique dissous) se fait au niveau des branchies situées de part et d'autre du céphalothorax, sous la carapace. La chevrette maintient un courant d'eau permanent dans les cavités branchiales facilitant la diffusion et l'échange des gaz.

Osmorégulation:

Au cours de son existence, la chevrette migre plusieurs fois entre des milieux de salinités différentes. La phase larvaire a lieu en eau saumâtre et sa phase adulte en eau douce; en grossissement, sa croissance en élevage est arrêtée à partir d'une salinité de 5 ‰. Cette capacité de l'organisme à s'adapter aux variations de concentration du milieu extérieur est appelée osmorégulation; le Macrobrachium est hyperosmotique par rapport à son milieu naturel.

La respiration branchiale, la mue et l'osmorégulation rendent la chevrette très sensible à la qualité des eaux d'élevage. Le tableau I donne les fourchettes de tolérance et de croissance optimale de la chevrette:

Tableau I

Valeurs létales et valeurs optimales des principaux facteurs de l'environnement d'une chevrette.

PARAMETRE

VALEUR LETALE INF.

OPTIMUM

VALEUR LETALE SUP.

OXYGENE DISSOUS (mg/l)

1,5

saturation

-

TEMPERATURE (°C)

18

28 - 32

36

pH

5,5

7 - 8

9,5

DURETE (mg/l eq CaCO 3)

-

40 - 100

400

Croissance:

L'œuf a un diamètre de 0,25 mm. A l'éclosion, la larve mesure 2 mm. Trois à quatre semaines plus tard, à la fin de la phase larvaire, la post-larve mesure 10 à 15 mm pour un poids de 10 à 12 mg. La croissance suit ensuite une courbe en «S» et est très dépendante des conditions écologiques: température, richesse trophique du milieu. L'espèce Macrobrachium rosenbergii est, en taille, la plus grosse espèce de Macrobrachium après M. carcinus (espèce sud-américaine et caraïbe). Les mâles peuvent atteindre plus de 500 g dans le milieu naturel; les femelles sont plus petites.

2.4 - Alimentation

La chevrette est omnivore-détritivore et se nourrit dans la nature sur la productivité naturelle aquatique: débris végétaux, zooplancton, faune microscopique vivant sur le fond (larves d'insectes, petits vers...).

L'alimentation

La chevrette se nourrit dans la nature de débris végétaux, de plancton, de larves d'insectes, de petits vers. En élevage, on complète avec des aliments artificiels.

En élevage, cette alimentation naturelle joue également un rôle important, notamment pour les jeunes. Cependant les densités d'élevage sont telles qu'en raison de l'augmentation rapide de la biomasse, un apport d'aliment est nécessaire pour compenser l'appauvrissement du milieu et assurer une bonne croissance de l'ensemble des animaux.

2.5 - Reproduction et cycle biologique

Les individus sont aptes à se reproduire à partir du cinquième mois environ. L'accouplement se fait en eau douce entre un mâle dominant à pinces bleues et une femelle venant de muer. Les orifices génitaux sont situés ventralement à la base de la troisième paire de pattes locomotrices chez la femelle et de la cinquième paire chez le mâle (fig. 4). Le mâle retourne la femelle et dépose une masse de sperme au débouché des orifices génitaux. Les œufs sont ainsi fécondés au fur et à mesure de leur ponte.


Fig. 4. - Vues ventrales du thorax chez un mâle et chez une femelle: emplacements des orifices génitaux et du réceptacle séminal.

La ponte a lieu quelques heures après l'accouplement et produit 5000 à 30000 œufs selon la taille de la femelle (environ 350 à 500 œufs par gramme de poids corporel, les jeunes femelles étant plus prolifiques). Les œufs sont guidés par les pléopodes vers la chambre d'incubation située sous l'abdomen de la femelle. Des glandes situées au niveau de ces appendices sécrètent une substance gélatineuse qui agglutine les œufs (fig. 5).

L'incubation dure quinze à vingt jours selon la température. Les œufs sont oxygénés et nettoyés par le battement constant des pléopodes. Les œufs, jaune-orange au moment de la ponte, s'assombrissent progressivement et sont gris juste avant l'éclosion.


Fig. 5. - Femelles grainées en début (œufs jaunes) et en fin (œufs gris) de la phase d'incubation.

Si la croissance, l'accouplement des adultes et l'éclosion des larves se déroulent en eau douce, le développement des larves ne peut se faire qu'en eau saumâtre (salinité 10 à 14 ‰). Dans la nature, seules les larves écloses dans la partie aval des cours d'eau pourront se développer car elles atteindront l'estuaire entraînées par le courant.

La vie larvaire se déroule en onze stades successifs et dure quatre à six semaines selon la température de l'eau.

A la métamorphose, la larve se pose sur le fond où elle va désormais vivre et se nourrir. Cette post-larve est un véritable adulte en miniature puisqu'elle en possède la morphologie mais ne mesure qu'un centimètre et ne pèse que 10 mg. Après quelques jours, la jeune chevrette, ou juvénile, remonte la rivière attirée par l'eau douce où elle mènera sa vie d'adulte.

La fig. 6 récapitule le cycle biologique de la chevrette.

La migration

La larve se développe en eau saumâtre. Devenue «juvénile», elle remonte en eau douce où elle grossit, devient adulte. se reproduit.

2.6 - Comportement et structure sociale en élevage

Quand on ensemence un bassin et que l'on étudie la population après plusieurs mois de grossissement, on constate que les femelles ont pratiquement toutes la même taille alors que les mâles ont des tailles très variables. Cette très forte hétérogénéité de taille est caractéristique de cette espèce. La fig. 7 montre la différence de dispersion des tailles dans une population de chevrettes et de pénéides de même poids moyen. Chez la chevrette cette hétérogénéité a une influence déterminante pour les méthodes d'élevage qui doivent chercher à exploiter cette contrainte plutôt que la subir.


Fig. 6. - Le cycle biologique de Macrobrachium rosenbergii

L'examen séparé de l'évolution de la croissance des mâles et de celle des femelles montre que l'hétérogénéité de croissance ne concerne que les mâles et que cette tendance à la dispersion est extrêmement précoce. Elle est fondée sur une double compétition:

- compétition alimentaire: elle est relativement peu importante dans les stades jeunes pour lesquels la part de l'alimentation naturelle, aisément disponible, est prédominante. Elle est par contre plus significative pour les tailles plus grandes où l'alimentation est surtout, en élevage, à base de granulé artificiel dont la répartition souvent hétérogène dans le bassin et la granulométrie (2,5 à 3,5 mm de diamètre) favorisent les plus grandes tailles.


Fig. 7 - Comparaison d'une population de chevrettes et de pénéides à poids moyen identique.

- compétition sociale: certains mâles manifestent très tôt une agressivité et un sens territorial marqués. Les autres mâles s'ordonnent rapidement par rapport à ces animaux dominants.

La couleur des pinces et leur proportion par rapport au corps permettent de classer les mâles en trois catégories ou «morphotypes» (fig. 8).

- les petits mâles à pinces claires,
- les mâles à pinces oranges, de taille intermédiaire,
- les grands mâles à pinces bleues de taille supérieure.

Ces trois types de mâles ont des rôles bien précis dans la population:

Les grands mâles à pinces bleues sont les individus dominants; ils assurent l'essentiel de la reproduction. Agressifs, ils utilisent beaucoup d'énergie à défendre avec leurs pinces un territoire où les femelles se réfugient pendant la reproduction. Cette zone se matérialise par une dépression dans le sol où peuvent se réfugier les femelles de son «harem» lors du moment critique de la mue. Ces animaux muent plus rarement, leur croissance se ralentit et leur corps se recouvre souvent d'algues qui leur donnent une couleur verdâtre.


Fig. 8. Identification de trois morphotypes de mâles et d'une femelle dans une population de chevrettes.

Les mâles à pinces oranges sont sub-dominants, c'est-à-dire qu'ils peuvent devenir «pinces bleues» à leur prochaine mue. Ils ne sont pas inféodés à la défense d'un territoire et n'ont pas de comportement reproducteur; ils consacrent toute leur énergie à la croissance qui est rapide.

Les petits mâles à pinces claires sont des individus dominés. De petite taille et très mobiles, ils participent parfois à la reproduction en se glissant entre un mâle à pinces bleues et une femelle. Dominés par les deux catégories précédentes, leur croissance est faible.

Dans une population adulte de chevrettes dont le sex-ratio est normalement 1/1, les proportions de ces trois morphotypes sont constantes (5 à 10 % de pinces bleues, 15 à 25 % de pinces oranges et 20 à 25 % de pinces claires) ce qui montre qu'elles correspondent à un état d'équilibre pour la population. Lorsqu'un mâle dominant à pinces bleues disparaît (mort ou pêché), un des plus gros mâles pinces oranges le remplace et acquiert en une mue de longues pinces bleues. La place laissée par le mâle pinces oranges est alors occupée par un des plus gros pinces claires qui devient lui-même pinces oranges.

L'évolution d'un mâle dans la population est donc:

pinces claires ® pinces oranges ® pinces bleues

Cette «compensation» du déséquilibre créé par la disparition d'un animal dominant et qui se traduit par une stimulation de la croissance s'appelle la croissance compensatoire. Ce phénomène essentiel régit la croissance des mâles en élevage. La croissance compensatoire s'exerce efficacement quand une pêche sélective retire d'un bassin la majorité des gros individus donc les mâles dominants. L'inhibition est alors levée et les individus dominés se remettent à grandir, les mâles à pinces oranges comme les mâles à pinces claires. L'écrémage efficace et régulier des mâles dominants est donc le véritable moteur de la croissance de la moitié de la population.

III. Exploitation

3.1 - Situation générale

Les diverses espèces Macrobrachium sont exploitées dans le monde de façons très diverses: pêcheries traditionnelles et élevages extensifs à main-d'œuvre familiale du Sud-Est asiatique; polyculture avec des carpes, mulets, tilapias ou poissons-chat. L'espèce Macrobrachium rosenbergii est exploitée en élevage semi-intensif dans des fermes spécialisées qui peuvent atteindre plusieurs dizaines d'hectares.

L'objectif principal dans la propagation de cet élevage autour de la ceinture tropicale au début des années 70 a été la diversification agricole surtout dans les régions de monoculture (canne à sucre); il permettait de mettre sur le marché local et international un produit à assez forte valeur commerciale. Aujourd'hui, l'élevage contrôlé se propage même dans les zones de collecte traditionnelle, avec notamment l'introduction d'écloseries permettant la planification en quantité et en temps des ensemencements de post-larves et donc à terme la programmation des pêches et de l'approvisionnement du marché.

3.2 - La pêche

Pour la collecte dans le milieu naturel, les pêcheurs traditionnels du Sud-Est asiatique capturent les Macrobrachium avec divers engins:

- éperviers (filet plombé circulaire à lancer) utilisés en Thaïlande, en Indonésie, aux Philippines;

- barrières en filet ou en bambou tressé, mesurant jusqu'à 200 m de long, placées le long des berges des estuaires, recouvertes à marée haute et qui retiennent poissons, crabes et crevettes à marée basse; ce style de pêcherie est très répandu dans toute l'Asie;

- pièges en lattes de bambou contenant un appât (déchets de poisson, boule d'argile et de son de riz), déposés le soir et relevés au matin depuis de petites embarcations;

- seines*, utilisées dans les zones de végétation submergée et qui capturent à la fois poissons et crevettes. Aux Philippines, dans les zones à fonds sableux ou vaseux, des filets en «V» fixés à la proue de canots à moteur sont poussés pendant 2 à 3 heures à faible vitesse;

- pêche à l'hameçon appâté avec de la noix de coco en Birmanie; cette méthode capture essentiellement de gros animaux (60-90 g).

Il existe une centaine d'espèces du genre Macrobrachium qui sont pêchées dans le monde. Il est très difficile de donner une estimation fiable des productions de chevrettes tant par la pêche que par l'élevage. Il est impossible, d'une part, de tenir des statistiques précises dans les régions asiatiques (éloignement et multiplicité des sources), et d'autre part, l'identification de ces espèces parmi les nombreux autres crustacés récoltés n'est pas toujours claire (confusion dans les noms locaux, nomenclatures douanières différentes d'un pays à l'autre), sans compter l'existence des marchés parallèles qui échappent aux statistiques. Les principaux pays exportateurs sont le Bangladesh, la Thaïlande, l'Indonésie, les Philippines et le Brésil (Tableau II).

Tableau II

LES DIX PREMIERS PRODUCTEURS DE CREVETTES D'EAU DOUCE DE PECHE (COLONNE DE GAUCHE) ET D'ELEVAGE (COLONNE DE DROITE). (STATISTIQUES FAO, AQUACULTURE DIGEST ET ENQUETE IFREMER 1989) EN TONNES.

PECHE

ELEVAGE

Bangladesh

43000

Thaïlande

15000

Indonésie

13000

Taïwan

3500

Philippines

11000

Brésil

450

Brésil

10000

Mexique

360

Vietnam

5000

France (Dom-Tom)

200

Thaïlande

4000

Rép. Dominicaine

110

Japon

3970

Porto-Rico

90

Birmanie

3800

Malaisie

70

Mexique

3220

Japon

55

Inde

400

Etats-Unis

50

TOTAL

100000

TOTAL

20000

3.3 - Elevage

L'ensemble du cycle biologique de l'espèce étant maîtrisé en captivité, l'élevage est totalement indépendant des stocks naturels. L'introduction de quelques individus des deux sexes dans une région est suffisante pour y développer l'élevage à grande échelle. Les exemples d'une telle autonomie vis-à-vis des populations naturelles concernent tous les élevages qui se sont développés en dehors de l'aire de répartition géographique naturelle de l'espèce. Pour la majorité d'entre eux, les premiers individus importés provenaient d'Hawaï, de la race qui a été dénommée «Anuenue» du nom du lieu du laboratoire de Fujimura à Honolulu où ont été mis au point les premières méthodes d'élevage.

Quelques chevrettes des deux sexes suffisent pour démarrer dans une région un élevage très important.

Cet élevage a souvent été considéré, au début de sa propagation, comme un moyen de répondre aux besoins de développement ou de restructuration d'économies agricoles en difficulté (par exemple, dans des régions de monoculture de la canne à sucre en crise économique). Dans ces cas, la mise en place s'est faite selon une programmation régionale et il a été inséré en activité de diversification dans des petites entreprises agricoles. Ce sont alors des fermes de petite dimension, alimentées en post-larves à partir d'une écloserie régionale. Il a aussi concerné des projets individuels à grande échelle, généralement intégrés (ferme, écloserie, conditionnement), les promoteurs étant souvent des fabricants d'aliment de bétail, des entreprises de travaux publics.

Dans les départements et territoires d'Outre-Mer français, cet élevage, démarré au début des années 80 à une échelle significative, a permis de répondre aux besoins du marché local demandeur d'un produit connu, apprécié et rare (Tahiti, la Martinique, la Guadeloupe); en Guyane française, il s'est inscrit dans un vaste programme de développement agricole comme une spéculation à cycle court destinée à l'exportation vers la France. La phase de développement a porté globalement sur une période de 10 ans avec une dynamique très marquée de 83 à 86 dans l'installation des fermes dans l'ensemble des Antilles et de la Guyane. L'arrêt de croissance enregistré à partir de 1987 correspond à la couverture du marché antillais et à un arrêt de développement guyanais confronté à des problèmes de ventes à l'exportation. La solution passe par une politique de commercialisation entreprise à partir de la fin 88.

IV. Les techniques d'élevage

L'élevage comporte deux étapes:

- la première pour obtenir les post-larves: c'est l'élevage des larves en écloserie;
- la seconde pour obtenir les animaux de taille commerciale: c'est l'élevage proprement dit, ou le grossissement, en bassins de terre.

Les géniteurs nécessaires à chaque nouveau cycle d'élevage proviennent le plus souvent de populations en phase de grossissement au sein desquelles des femelles grainées sont prélevées.

4.1 - La production des post-larves (l'élevage des larves): la phase écloserie

4.1.1. - Caractéristiques du développement des larves de Macrobrachium rosenbergii

Cette phase se déroule en reproduisant, dans un environnement contrôlé, les conditions nécessaires au développement des larves dans leur milieu naturel, ce milieu étant saumâtre exclusivement pendant cette phase. Les larves de Macrobrachium rosenbergii maintenues en eau douce meurent en 2 jours, de même que celles maintenues en eau de mer normale (certaines espèces de Macrobrachium des îles de la ceinture font leur développement larvaire en eau de mer comme, par exemple, M. lar de la zone Pacifique).

D'un point de vue morphologique, la larve évolue très progressivement depuis le stade 1, stade de l'éclosion (elle mesure 2 mm, a les yeux sessiles et n'a comme appendices complets que les appendices céphaliques), jusqu'au stade 11, stade précédant la métamorphose (elle mesure alors 8 mm et présente tous les appendices formés). Le développement est lent, 2 jours en moyenne pour chaque stade, la première post-larve apparaissant entre le 18 e et le 22 e jour.

D'un point de vue pondéral, cette évolution est moins régulière: pendant les 12 premiers jours d'élevage, la larve multiplie son poids par un coefficient 2,5 (0,3 à 0,75 mg). Cet accroissement rapide de poids s'accompagne de besoins alimentaires importants à base de protéines animales; ils atteignent, vers le 20 e jour d'élevage, 100 % du poids des larves par jour en nourriture hydratée.

Ces caractéristiques de la phase larvaire (nombre élevé de stades, leur évolution très progressive et les besoins alimentaires importants) se traduisent en élevage par des risques d'allongement de la durée du cycle, responsable d'une grande dispersion des stades larvaires, par une métamorphose très étalée dans le temps et par des risques de pollution de l'eau par les produits d'excrétion et les déchets alimentaires. Ces risques peuvent conduire à des mortalités limitant le nombre de post-larves produit.

Les techniques d'écloserie qui ont été successivement mises au point, se différencient par l'importance accordée à la prise en compte de la prévention de ces principaux risques. Les plus efficaces sont celles qui sont conçues pour un contrôle précis:

- des facteurs déterminant le développement des larves (facteurs de l'environnement et alimentation);

- de la qualité de l'eau des élevages sur l'ensemble du cycle.

4.1.2. - Exemple d'une technique intensive: la technique du Centre Océanologique du Pacifique (IFREMER)

4.1.2.1. - Présentation

Trois objectifs ont été suivis dans son élaboration:

- le premier, rendre les élevages indépendants de l'environnement extérieur de l'écloserie pour qu'ils ne soient pas soumis à ses variations;

- le second, pouvoir exercer un contrôle actif permanent sur les élevages pour maîtriser leur déroulement;

- le troisième, limiter les risques de dérive de l'entretien journalier pour réduire les écarts de résultats des cycles de production successifs par rapport à la norme et mettre cet entretien à la portée d'une main-d'œuvre sans qualification préalable.

Ainsi, la technique est devenue un ensemble cohérent dans lequel les bâtiments et les équipements, les protocoles et les procédés ont été définis et mis au point les uns par rapport aux autres pour aboutir à la fiabilité recherchée.

4.1.2.2. - Description de l'écloserie (exemple de l'écloserie de Guyane Aquaculture SA, filiale de l'IFREMER, située à Cayenne, Guyane française)

L'écloserie réunit un certain nombre de fonctions autour de l'élevage larvaire proprement dit (voir fig. 9, 10 et 11):

- l'éclosion des larves;
- la préparation de l'eau des élevages;
- la préparation de la nourriture (nauplii d'artemia et aliment composé);
- l'activation de la biomasse bactérienne pour la filtration biologique;
- le stockage de post-larves et leur livraison (fig. 11);
- l'observation optique des larves et l'analyse chimique de l'eau;
- l'approvisionnement du site en fluides (eau de mer, eau douce, air) et en énergie (secteur et secours);
- l'entretien des équipements.

Chacune de ces fonctions est considérée comme une entité spécialisée, distincte des autres dans son implantation et dans son organisation interne. Cette conception de l'écloserie permet de régir chacune de ces fonctions à son niveau technologique optimal, de simplifier et d'adapter aux besoins précis la distribution des fluides (eaux et air) et d'électricité (dont le réseau secouru), de maîtriser les problèmes sanitaires en isolant les différentes fonctions biologiques de l'élevage (bacs de ponte, élevage larvaire, stockage de post-larves, incubation des artemia, activation de la biomasse bactérienne filtrante).

Dans ce contexte, le travail des opérateurs est défini avec précision dans les tâches quotidiennes de production, d'entretien, de suivi et de contrôle des élevages et des traitements spécifiques à appliquer.

4.1.2.3. - Les tâches liées à la production

4.1.2.3.1. - Comptages et manipulations des larves et des post-larves

Les comptages sont précis grâce à des recoupements entre plusieurs techniciens et les manipulations se font avec précaution.

Les comptages ont lieu:

- au démarrage de l'élevage: l'ensemencement a lieu à 100 larves/litre, les larves étant comptées par échantillonnage dans un volume d'eau déterminé après leur collecte dans le bac d'éclosion par attraction à la lumière;

- en fin d'élevage, à la pêche des post-larves; différentes méthodes existent (échantillonnage dans un volume d'eau, pesée dans un volume d'eau ou après égouttage des post-larves, épuisettes graduées;


Fig. 9. - Schéma d'un module d'élevage équipé en circuit fermé avec filtration biologique.


Fig. 10. - Vue de la zone d'élevage larvaire.


Fig. 11 - Zone de stockage et de livraison des post-larves (comptage à l'épuisette graduée).

- le comptage en cours d'élevage ne peut se faire valablement par échantillonnage que si la répartition des larves est parfaitement homogène dans le volume du bac, ce qui n'est obtenu par une vive aération que dans les bacs cylindro-coniques.

Les manipulations des larves se font au moment de leur transfert: il faut leur éviter les stress mécaniques en utilisant correctement les dispositifs de concentration et les stress physiologiques en équilibrant la température des eaux.

4.1.2.3.2. - La préparation de l'eau de l'élevage

Le protocole précis est fixé en fonction de la qualité de l'eau de mer et de l'eau douce disponibles sur le site. L'objectif est de disposer d'une eau de bonne qualité et de manière constante toute l'année. Pour cela:

- elle est débarrassée des matières en suspension par décantation, puis par filtration (filtre à sable de type piscine);

- elle est traitée au chlore au minimum pendant 24 h (hypochlorite de calcium à 3 ppm* de chlore actif) pour limiter le nombre de germes bactériens qu'elle contient et déchlorée avec du thiosulfate de sodium (7 mg/litre de thiosulfate fixent 1 mg/litre de chlore libre pour donner du chlorure de sodium) avant son utilisation.

Les jeunes larves sont très sensibles à la présence de chlore libre et un contrôle systématique de son élimination est effectué avec un réactif coloré, l'ortho-tolidine (quelques gouttes dans 10 ml).

Dans la technique originelle, l'eau des bacs d'élevage est changée tous les jours, complètement. La cuve de préparation de l'eau saumâtre est située dans la zone d'élevage pour équilibrer les températures de l'eau de l'élevage et de l'eau neuve.

Dans sa forme adaptée à la filtration biologique, l'eau des élevages n'est pas changée (sauf nécessité particulière liée, par exemple, à un mauvais fonctionnement du filtre), jusqu'à la première pêche des post-larves: en conséquence, les cuves de préparation sont situées en dehors de la zone d'élevage.

4.1.2.3.3. - La préparation et l'utilisation du filtre biologique

Les bactéries du cycle de l'azote qui transforment l'ammoniaque excrétée par les larves en nitrite puis en nitrate, se développent sur des morceaux de madrépore rassemblés en pochons d'un volume unitaire de 10 litres.

Ces bactéries sont activées avec de l'alcali volatil (ammoniaque du commerce à 22 ou 28 degrés Baumé; 22° B = 192 g de NH 4/l de solution) ou un sel d'ammonium (citrate par exemple). Cette activation se fait selon deux méthodes différentes:

- dans le filtre biologique: au fur et à mesure que l'élevage larvaire se déroule, l'excrétion d'ammoniaque stimule le développement des bactéries initié avec du citrate d'ammonium 10 jours avant l'ensemencement des larves;

- dans un bac particulier extérieur à la zone d'élevage larvaire et préalablement au cycle: l'utilisation de doses croissantes d'alcali volatil jusqu'à atteindre une capacité d'oxydation de l'ammoniaque et des nitrites en 24 h comparable à celle qui sera nécessaire en cours d'élevage; le transfert des pochons de madrépores activés se fera progressivement durant l'élevage, au fur et à mesure que la quantité d'ammoniaque excrétée augmente.


Fig. 12. - Le filtre biologique. Mise en place des pochons de substrat activé.

Qualité de l'eau en écloserie

Décanter
Filtrer
Chlorer, déchlorer et contrôler

Bien gérer le filtre biologique qui élimine l'ammoniaque résultant de l'élevage.

La seconde méthode constitue une fonction à part entière dans l'écloserie et nécessite en cela une zone aménagée et un travail supplémentaire quotidien de gestion de la biomasse bactérienne.

En contrepartie, ses résultats sont plus constants, surtout dans des écloseries qui fonctionnent d'une manière continue toute l'année.

4.1.2.3.4. - La préparation de la nourriture

Les larves sont nourries avec des nauplii d'Artemia vivants et congelés et avec un aliment composé (acal) sec ou humide, à base de calmar, distribué sous forme de particules calibrées en fonction de la taille des larves.

Les cystes d'Artemia sont traités à l'hypochlorite de calcium avant leur incubation, pour les stériliser superficiellement et faciliter l'éclosion. L'incubation se fait en ambiance chaude et lumineuse. La récupération des nauplii se fait essentiellement au bout de 24h (60%) avec un reliquat récupéré à 42h (15 %). La séparation des nauplii et des cystes morts a lieu au moment du soutirage au goutte à goutte et par lavage sur un tamis de 200 microns de vide de maille laissant passer les nauplii.

Les nauplii vivants sont donnés deux fois par jour, à 8 h et à 1 3 h.

Les nauplii congelés sont utilisés systématiquement à 7 h et en secours quand la récolte du jour est insuffisante.

La quantité de nauplii nécessaire quotidiennement est calculée à partir d'une grille alimentaire perfectionnée au cours de la mise au point de la technique. La quantité de cystes à incuber est déduite des besoins en nauplii donnés par la grille et du taux d'éclosion des cystes contrôlé systématiquement deux à trois fois durant le cycle d'élevage par échantillonnage dans un volume d'eau après dilution ad hoc du prélèvement.

L'acal (aliment composé alginaté) est utilisé sec (il est acheté sous cette forme) ou frais; il est alors fabriqué quotidiennement à l'écloserie.

Les particules ont une taille précise, qui croît en cours d'élevage au fur et à mesure du développement des larves. Il est distribué à 10 h et à 16 h.

4.1.2.4. - Les tâches liées à l'entretien des élevages

- La forme des bacs, cylindro-conique ou en baignoire profonde à section parabolique, et le matériau de construction (résine polyester armée de fibre de verre) facilitent et simplifient l'entretien en cours d'élevage ou en période d'assec. Les équipements sont adaptés à la mise en œuvre et à l'entretien des bacs: trop-plein central à baïonnette avec une ouverture au 1/3 inférieur de sa hauteur, filtre central à manchon filtrant amovible (4 manchons de mailles différentes allant de 0,189 à 0,7 mm, équipent chacun des bacs, diffuseurs d'air situés en position précise et fixe dans le bac pour brasser l'eau d'une façon homogène, balai de mousse pour nettoyer la paroi du bac en eau, siphon pour éliminer des restes de nourriture concentrés au point central du fond du bac par mise en rotation de la masse d'eau grâce à la rame prévue à cet effet, lunette de calfat pour observer les larves en pleine eau et les post-larves fixées sur la paroi, éponge pour éliminer les larves mortes collées sur le bord émergé du bac. Tous ces équipements sont nettoyés après leur utilisation à l'eau chlorée, dans une cuve située à côté des bacs d'élevage et mis à sécher.

- le milieu d'élevage est débarrassé des déchets solides en suspension (restes d'aliments, cystes d'artémia, mues, fécès), lors du changement d'eau qui a lieu une fois par jour, le soir, dans la technique originelle et en permanence dans la technique adaptée à la filtration biologique en circuit fermé. La maille des manchons des filtres centraux est adaptée à la taille des larves.

Dans le circuit fermé, la majorité des déchets éliminés du bac sont arrêtés dans le filtre à sable dont le nettoyage par circulation inversée avec injection d'air, a lieu deux fois par jour à 7h et à 13h.

Une partie des déchets se dépose également dans les canalisations du circuit fermé ou dans le filtre biologique sous forme de mousse sur sa paroi émergée, sous l'effet de l'aération, ou sur le substrat à bactéries qui peut se colmater. Aussi, les canalisations, le bac tampon du circuit fermé et l'intérieur du filtre biologique sont nettoyés tous les deux jours à partir du 1 5e jour d'élevage.

- L'entretien courant des élevages s'accompagne de précautions sanitaires élémentaires pour limiter les risques d'apparition des bactéries pathogènes. Ces bactéries n'ont pas une origine extérieure à l'écloserie. Elles apparaissent au sein des populations bactériennes qui se développent en cours d'élevage dans l'ambiance chaude et humide de l'écloserie; elles s'adaptent aux larves et peuvent devenir virulentes surtout pour des larves jeunes. Deux types de précautions sont respectés pour limiter ce risque:

· entre chaque élevage, un vide sanitaire complet de l'écloserie est pratiqué en nettoyant l'ensemble de l'installation au chlore et au produit antibactérien (à base d'ammonium quaternaire), tous les réseaux d'eau étant démontés et mis à sécher;

· en cours d'élevage, les équipements d'entretien et de mise en œuvre d'un bac ne sont jamais transférés dans un autre module de l'écloserie, chaque bac ayant son propre équipement.

Les précautions sanitaires: une absolue nécessité

Entre chaque cycle d'élevage:

· tout nettoyer
· tout démonter
· tout sécher

En cours d'élevage: veiller à utiliser pour chaque bac le propre équipement de ce bac. NE PAS INTERVERTIR DE BAC A BAC !

4.1.2.5. - Les tâches liées au suivi et au contrôle des élevages

Ce sont des mesures de facteurs de l'environnement, des analyses d'eau, des observations de larves.

4.1.2.5.1. - Les facteurs de l'environnement

Intervenant directement sur le développement larvaire, ils sont, en plus de la salinité, la température qui détermine la vitesse de passage des différents stades et la lumière qui influe sur leur activité, c'est-à-dire, principalement la prise de nourriture.

L'écloserie est conçue pour que ces deux facteurs soient d'un contrôle facile: elle est fermée, ce qui réduit l'influence de la température extérieure; elle est équipée de baies vitrées qui donnent un bon éclairage latéral au niveau des bacs et d'un faîtage translucide pour équilibrer la luminosité intérieure.

La température est maintenue à son niveau optimum (29-31°C) par une résistance chauffante dans le circuit fermé; elle est contrôlée soit manuellement, soit automatiquement avec un thermostat. En cas de luminosité insuffisante les jours de pluie, des spots de 400 W sont allumés au-dessus des bacs. La température est mesurée dans les bacs à 7 h et à 16 h. La salinité est contrôlée au réfractomètre ou à la sonde YSI au moment de la préparation de l'eau des élevages: elle est maintenue à 12 ‰ pendant toute la durée de l'élevage; la flore bactérienne est également activée dans une eau à 12 ‰. Les post-larves sont stockées à 4 ‰ et livrées à 2 ‰.

4.1.2.5.2. - Les principales analyses de l'eau portent

- sur le contrôle de l'ammoniaque et des nitrites dans les élevages larvaires et dans le bac d'activation de la biomasse bactérienne pour la filtration biologique (méthode colorimétrique à partir de produits en kit et d'un photomètre);

- sur le contrôle du chlore (ortho-tolidine) dans les cuves de préparation de l'eau des élevages.

Les concentrations maximales admises en élevage sont:

- pour l'ammoniaque: 1 mg/l N-NH 3/NH4 + soit 1,3 mg/l NH 3 NH 4+;
- pour les nitrites: 0,3 mg/l N-NO 2 soit 0,9 mg NO 2;
- pour le chlore: 0,1 mg/l de chlore libre.

4.1.2.5.3. - Les observations quotidiennes des larves

Elles constituent un élément essentiel du contrôle car elles permettent de prévoir l'évolution des élevages alors que les mesures et les analyses constatent des situations établies.

Les observations directes , in situ, sont facilitées dans cette technique puisque l'eau est claire et le volume réduit; l'arrêt de l'aération permet d'observer les restes de nourriture, les cadavres et surtout le comportement des larves. Les larves en bonne santé remontent en surface où elles forment des essaims; elles sont bien pigmentées et très actives; elles chassent en surface les Artemia ou elles agrippent les particules alginatées. Si elles cherchent à s'attaquer, cela signifie soit qu'il n'y a pas assez de nourriture et qu'elles se la disputent, soit que certaines larves sont en état de faiblesse par rapport à d'autres parce qu'un problème pathologique commence à se manifester: bactéries ou parasites extérieurs ou encore empoisonnement des larves en mue par une concentration en ammoniaque ou en nitrite élevée.

Les observations au microscope (grossissement 100, 250 et 400) apportent la confirmation de ces observations directes et permettent d'identifier l'origine des comportements anormaux.

Les bactéries sont de différents types:

- des bactéries chitinolytiques*, responsables de nécroses (plaques noires entourées de bactéries en bâtonnet) sur les appendices les plus jeunes;

- bactéries filamenteuses (Leucothrix) développées dans les zones du corps où il y a des courants d'eau;

- bactéries se développant dans l'appareil digestif responsables de la maladie des «estomacs noirs» (aspect granuleux des estomacs et tube digestif vide).

Les parasites externes sont essentiellement des ciliés ( Epistylis ou autres) et des champignons qui peuvent recouvrir totalement la surface du corps jusqu'à lui donner un aspect cotonneux; quand le bac est contaminé par des polypes fixés sur la paroi, les larves peuvent être atteintes par des nématocystes fichés dans leur tégument et provoquant leur mort s'ils sont nombreux.

Les problèmes liés à la qualité de l'eau s'identifient par la déformation des appendices céphaliques (base des antennes et antennules en «guidon de vélo» qui est la conséquence d'une mue ratée, les larves se déposant sur le fond du bac et mourant très rapidement.

Les observations au microscope se font soit sur quelques larves prises dans le bac, soit sur les dépôts récupérés lors du siphonnage quotidien de chaque bac qui s'effectue à 13 heures.

Les observations à la loupe binoculaire (grossissement 16 et 40) permettent de déterminer le stade de développement des larves et l'indice de réplétion de l'estomac pour apprécier leur activité alimentaire.

- Un échantillon de 80 larves par bac est examiné tous les jours pour établir le stade moyen du développement des larves (tab. III). Cet indicateur appelé LSI (Larval Stage Index), qui correspond à la moyenne pondérée des stades observés, est absolument nécessaire à acquérir et à suivre, car il permet de savoir, au jour le jour, si l'élevage progresse normalement ou s'il prend du retard. Cet indicateur est reporté sur le tableau de bord de l'écloserie regroupant les LSI de tous les bacs, ce qui permet au responsable d'écloserie d'avoir une vision globale des élevages en cours.

Le L.S.I. se fait tous les matins à 8 h en amenant au laboratoire un échantillon de chaque bac. Si le L.S.I. prend du retard, il faut en identifier la cause.

- L'indice de réplétion (I.R.) se fait deux fois par jour à 9 h 30 et à 16 h sur 50 larves quand les larves ont eu à manger et doivent donc avoir un estomac plein. L'indice 100 correspond à un estomac plein. L'indice 75 correspond à un estomac au 3/4 plein; l'indice 50 à un estomac à moitié plein, la moyenne pondérée de ces indices individuels permet de connaître l'I.R. moyen. Un indice moyen inférieur à 75 est un indicateur de manque de nourriture si des restes d'aliments ne sont pas observés; si des restes d'aliment sont observés, l'I.R. prévient alors qu'un problème d'ordre pathologique apparaît dans l'élevage.

4.1.2.5.4. - L'enregistrement des données

L'ensemble des mesures, des analyses, des observations, ainsi que les événements marquants sont consignés tous les jours dans des cahiers et sur des fiches appropriées; ces documents sont:

Tableau III

CRITERES DE RECONNAISSANCE DES STADES LARVAIRES SUCCESSIFS.

STADES

CRITERES DE RECONNAISSANCE

1

Yeux sessiles*

2

Yeux pédonculés*

3

Apparition des uropodes

4

Développement du 5ème péréiopode

5

4ème péréiopode développé

6

Pléopodes en bouton

7

Apparition du 3ème segment du flagelle antennaire, pléopodes biramés

8

Apparition des soies sur les pléopodes

9

Apparition de l'appendice interne sur l'endopodite des pléopodes

10

Apparition de dents sur la face supérieure du rostre

11

Apparition de dents sur la face inférieure du rostre

- fiche d'observation par bac (date, température, L.S.I., aliment - nature et quantité -, I.R., entretien);

- une fiche journalière de préparation d'Artemia et un enregistrement sur un cahier des taux d'éclosion;

- une fiche de préparation d'acal frais;

- un cahier d'observation des produits du siphonnage dans chaque bac;

- un cahier pour la pêche, le stockage et les livraisons des post-larves;

- un cahier pour le suivi du fonctionnement des filtres biologiques et du transfert du substrat activé.

L'enregistrement de toutes ces données est indispensable pour contrôler le travail des opérateurs, constituer la mémoire de l'écloserie et permettre de faire évoluer la technique.

4.1.2.6. - Le traitement des élevages

Le contrôle et le suivi précis et régulier des élevages permettent d'identifier les problèmes au moment de leur première manifestation et d'intervenir en conséquence. Une absence de contrôle et de suivi peut entraîner la perte brutale de bacs complets parce qu'elle est lice presque toujours à un entretien insuffisant.

Les interventions sont essentiellement de deux types:

- le changement d'eau;
- le traitement aux antibiotiques.

Le changement d'eau est justifié dans la technique en circuit fermé quand le filtre biologique fonctionne mal et n'arrive pas à limiter les concentrations d'ammoniaque et de nitrite. Le changement est partiel quand la concentration en NO 2 est supérieure à 1 mg/l.

Le changement d'eau total est justifié quand en plus de concentrations élevées en ammoniaque et en nitrite, l'eau est très chargée, le filtre à sable ne suffisant plus à la clarifier.

Le traitement aux antibiotiques est nécessaire dès que les larves sont atteintes par des bactéries ou des parasites ou dès qu'elles présentent des malformations. Plusieurs antibiotiques ont été essayés en élevage larvaire: pénicilline, tétracycline, auréomycine, chloramphénicol.

C'est le chloramphénicol qui est employé le plus couramment car son spectre antibactérien est très large. Il est actif directement sur les bactéries couramment rencontrées dans les élevages. Dans les cas de parasites externes et de stress physiologique des larves, il agit comme facteur de remise en forme, soit par ses propriétés propres, soit en contrôlant des bactéries opportunistes qui se manifestent avec virulence sur des larves affaiblies.

Les traitements au chloramphénicol portent sur trois jours de suite, en utilisant des doses décroissantes: 30 mg/m³ le 1 er jour, 20 g/m³ le 2 e jour, 10 g/m³ le 3 e jour. Le traitement est plus efficace dans une eau propre que dans une eau chargée. Généralement, il est effectué après un changement d'eau, le chloramphénicol étant administré en cours de remplissage dans une eau parfaitement propre. Il peut être utilisé en maintenant le circuit fermé et le filtre biologique en fonctionnement, car le chloramphénicol n'agit pas sur les bactéries du cycle de l'azote.

4.1.3. - La livraison des post-larves

Après leur métamorphose, les post-larves sont gardées à l'écloserie 4 jours avant d'être livrées aux aquaculteurs.

La livraison se fait dans des sacs plastique remplis à moitié d'eau à très faible salinité (2 ‰), les sacs étant placés à l'intérieur de récipients plastique ou en carton pour les protéger. 8000 post-larves sont livrées par sacs de 50 l remplis de 20 l d'eau; la partie supérieure du volume du sac est remplie d'oxygène légèrement sous pression et fermée avec deux élastiques. Pour des expéditions par voie aérienne le sac n'est pas gonflé complètement afin de ne pas risquer d'éclater avec la dépressurisation partielle et la densité de post-larves est abaissée à 200/l, ce qui permet d'excellentes survies sur 48 h de transport.

La livraison

- Un sac en plastique de 50 litres
- rempli de 20 litres d'eau
- On y introduit 8 000 post-larves de chevrettes
- On gonfle (pas trop) avec de l'oxygène
- On ligature
- On met le sac dans un carton ou dans une caisse
- On envoie ou on transporte

4.2 - L'élevage en bassin: le grossissement

4.2.1. - Principe

L'élevage de la chevrette jusqu'à la taille commerciale se pratique en bassins de terre. Il est de type semi-intensif: une partie des paramètres de l'élevage sont contrôlés par l'aquaculteur comme le nombre d'animaux introduits dans le bassin, la quantité d'aliment composé, le contrôle des prédateurs et des compétiteurs, les échanges d'eau, la récolte par vidange totale, etc...., alors que d'autres ne le sont pas: les paramètres physico-chimiques du milieu d'élevage comme la qualité du sol et des eaux, l'ensoleillement, la pluviosité, la température, le régime des vents, dépendent de l'environnement naturel du bassin et de la climatologie locale.

Dans de telles conditions, la biomasse* maximum qui peut être atteinte à un moment donné est de 100 à 200 g de chevrette par mètre carré et le rendement global d'une exploitation se situe entre 2 et 3 t/ha/an pour une gamme de classes commerciales comprise entre 10-20 et 40-50 individus au kilo avec une majorité pour les classes 20-30 et 30-40.

4.2.2. - Les différents modes de gestion de la population (les schémas d'élevage)

L'exploitation de la population prend en compte:

- l'organisation naturelle en groupes hiérarchisés;

- la croissance très hétérogène des individus en fonction du groupe auquel ils appartiennent et, pour les mâles, le phénomène de la croissance compensatoire (parag. 2.6).

Elle repose sur des interventions en cours d'élevage qui sont généralement de deux types:

- l'élimination régulière des individus dominants, par des pêches sélectives lorsqu'ils atteignent la taille commerciale; des individus des classes de taille inférieure prennent alors leur place dans la hiérarchie avec un gain de poids important;

- le tri de la population en lots homogènes, le lot de taille inférieure se restructurant comme une population normale en exprimant une croissance importante pour la tête de lot.

Les principaux modes de gestion ont été élaborés à partir de ces deux types d'intervention.

4.2.2.1. - Le mode «en continu» ou «multicohorte»

C'est le mode le plus ancien mis au point par Fujimura à Hawaï. Son principe repose sur un ensemencement en continu en post-larves à intervalle de temps régulier et sur la pêche sélective des gros individus quand ils ont la taille commerciale; le bassin peut rester en exploitation ininterrompue pendant 4 à 5 ans.

Ce schéma, simple à l'origine, a subi des améliorations dans la chronologie des ensemencements et dans les méthodes de suivi et de contrôle de la population en cours d'élevage, apportées par l'équipe IFREMER intervenant aux Antilles et en Guyane à partir de 1982. Ce mode de gestion a été l'outil du développement de cet élevage dans ces régions.

Une variante de ce mode de gestion a été appliquée à une grande échelle à la ferme de Sabana Grande à Puerto-Rico. C'est un élevage en continu à deux phases, la seconde phase étant ensemencée régulièrement par des individus prégrossis (7 à 10 g de poids moyen) sélectionnés dans la première phase d'élevage.

4.2.2.2. - Le mode en «discontinu» ou monocohorte

Le mode en «discontinu» ou monocohorte (fig. 14)

Dans sa forme simple, il consiste à amener une population de post-larves, ensemencée en une seule fois, à la taille commerciale, la récolte se faisant d'abord par des pêches sélectives puis par une vidange totale du bassin; il est ensuite remis en eau pour une autre production. A la vidange, une fraction des animaux (plus ou moins importante en fonction de l'âge de la population, de la densité...) n'a pas atteint la taille commerciale; elle est généralement remise en élevage dans un autre bassin pour terminer sa croissance.

De multiples variantes existent dans ce mode discontinu. Les plus élaborées et, par conséquent, les plus difficiles à mettre en œuvre consistent à répartir régulièrement la population en lots homogènes par des tris totaux pour amener plus rapidement l'ensemble des animaux à la taille commerciale.

4.2.2.3. - Le prégrossissement (la phase nurserie)

Ces différents schémas d'élevage peuvent tous inclure une phase initiale particulière, le prégrossissement, ou phase nurserie, qui correspond au démarrage de la croissance de la population et au passage du stade post-larve au stade juvénile.

La pratique du prégrossissement répond à plusieurs avantages sur le plan de l'élevage et de la production:

- la taille des post-larves étant très petite (entre 10 et 20 mg), leur densité peut être très élevée (jusqu'à 250/m²); ainsi la surface d'élevage est mieux occupée que dans le cas d'ensemencement direct dans le bassin de grossissement et la superficie réservée au prégrossissement a une très forte productivité (en 2 mois, le poids moyen atteint 0,5 g. ce qui représente une biomasse de 125 g/m² pour 250 juvéniles; 5 productions par an donnent une production de 6,25 t de biomasse par hectare);


Fig. 13. - Principe du mode de gestion de la population en continu, en une phase et en deux phases.


Fig. 14. - Principe du mode de gestion en discontinu et du mode de gestion en lots homogènes par tris successifs.

- les bassins de nurserie étant de petite dimension, l'éleveur peut mieux le gérer et mieux contrôler les paramètres physico-chimiques du milieu d'élevage et l'alimentation qui doit être adaptée par sa qualité, sa forme, sa taille et la densité de sa répartition; cette qualité de suivi se traduit par une survie à 2 mois meilleure que si l'ensemencement s'était fait directement dans le bassin de grossissement;

- en fin de prégrossissement, les animaux sont plus robustes et mieux aguerris à leur environnement que les post-larves et leur mise en élevage dans les bassins de grossissement se fera avec un risque de mortalité très faible, ce qui permet au producteur de mieux connaître son cheptel.

4.2.2.4. - Le choix du mode de gestion

S'il y a, dans la théorie, des modes de gestion qui permettent d'exploiter d'une façon plus rationnelle et plus complète une population aussi hiérarchisée, dans la pratique, le choix du mode repose sur un ensemble de facteurs faisant que, dans un contexte donné, un mode est plus efficace qu'un autre. Les principaux facteurs à prendre en compte sont les suivants:

- le climat local et, plus particulièrement, les variations de température au cours de l'année: si une saison froide existe (température inférieure à 22° C pendant quelques mois), l'élevage en discontinu doit être retenu (Caroline du Sud, Israël, La Réunion...);

- le marché: si c'est un marché de grosses tailles (10-20 et 20-30), le continu est bien adapté;

- les moyens de l'éleveur: s'il a peu d'équipements et peu de technicité (c'est le cas par exemple quand cet élevage est introduit comme une activité de diversification de la petite agriculture tropicale), le continu doit être privilégié.

D'une façon plus générale:

- le continu ne permet qu'une exploitation partielle de la population, puisque le nombre d'animaux commercialisé correspond, au mieux, à 40 % des ensemencements; le contrôle de l'alimentation est d'autre part difficile à effectuer et le taux de conversion est généralement élevé pour le pourcentage d'animaux récoltés (de l'ordre de 4);

- le discontinu autorise un contrôle précis de la population à intervalles de temps courts, ce qui permet à l'éleveur d'avoir une connaissance plus précise de son cheptel; le taux de conversion est généralement beaucoup plus bas (entre 2,5 et 3).

Choix du grossissement

- En continu: si l'éleveur a peu de connaissances, peu d'équipements, peu de moyens

si le marché demande des grosses chevrettes

Taux de conversion de l'aliment: 3,5 à 4

- En discontinu: si l'éleveur a de bonnes connaissances techniques, une grosse exploitation et des moyens importants

s'il existe une saison fraîche

Taux de conversion de l'aliment: 2,5 à 3

Mais quel que soit le mode de gestion de l'exploitation que l'éleveur retient, la pratique de l'élevage reste la même; elle repose:

- sur un bassin qui répond à des normes précises;

- sur la gestion du milieu d'élevage qui conditionne la qualité de l'environnement quotidien de la chevrette et la part de son alimentation d'origine naturelle;

- sur le suivi du cheptel et le contrôle de sa croissance et de sa survie;

- sur son alimentation;

- sur la récolte des individus de taille commerciale et leur premier conditionnement à la ferme.

4.2.3. - Le bassin d'élevage

4.2.3.1. - Le site d'implantation

Son choix se fait à partir des critères suivants:


Fig. 15. - Ferme de type industriel en Guyane française (38 ha).

- ressource en eau (disponible toute l'année pour un taux de renouvellement quotidien du volume total des bassins de 10 %);

- topographie et nature du sol (faible pente pour éviter des terrassements trop importants et sols imperméables);

- accessibilité et viabilité (accès praticable en toutes saisons, électrification du site).

4.2.3.2. - Le bassin

Il est construit pour durer longtemps (amortissement sur 15 à 20 ans) et pour cela certains principes de construction doivent être respectés, notamment le compactage et la pente des digues; il répond à des normes précises pour que l'éleveur puisse appliquer complètement la technique d'élevage:

- il est rectangulaire (rapport longueur/largeur: 2 à 3,5); la largeur maximale est de l'ordre de 40 m pour que la pêche au filet soit efficace et pour que l'aliment puisse être distribué sur l'ensemble de la surface; sa surface moyenne est de 0,5 ha;

- le fond est dur, compacté, débarrassé d'aspérités, en pente douce vers l'évacuation. La profondeur minimum admise est de 0,70 m; la profondeur maximum 1,40 m. Si ces profondeurs ne sont pas respectées, les problèmes sont divers: développement de plantes aquatiques dans les profondeurs trop faibles; impossibilité de pêcher au filet sans vider partiellement l'eau et risque de stratification dans les parties profondes;

- les digues doivent être très bien compactées et en pente douce (1/3), sinon elles s'effondrent. Elles sont recouvertes d'herbes gazonnantes pour les protéger de l'érosion pluviale. Elles ont une largeur minimum de 3 mètres pour les rendre circulables.

4.2.3.3. - Le réseau hydraulique

- l'alimentation en eau se fait par gravité, à partir d'un captage dans une rivière située en amont des bassins ou par pompage dans un cours d'eau ou dans une nappe souterraine;

- la distribution se fait par tuyau PVC enterré pour des fermes de petite dimension ou par canaux; si l'eau pompée est très chargée en particules terrigènes, elle doit être décantée avant l'entrée dans le bassin; des dispositifs spéciaux en amont du réseau de distribution doivent être installés; les canaux jouent le rôle de décanteur et ils doivent être régulièrement curés;

- l'arrivée d'eau dans le bassin doit être commandée par un dispositif d'arrêt (une vanne ou un dispositif à planchettes). Elle est située en tête du bassin et au-dessus du plan d'eau. Elle est équipée d'un filtre en forme de sac d'une maille de 0,5 mm pour empêcher l'introduction de poissons prédateurs ou compétiteurs; le filtre doit être régulièrement nettoyé en dehors de la zone du bassin. Le contrôle du débit se fait avec un récipient de volume connu et un chronomètre;

- l'évacuation de l'eau du bassin se fait par différents dispositifs, le plus ancien étant le moine en béton à planchettes en bois, le plus commode étant la fosse en béton équipée d'un bi-tube; il permet l'évacuation de l'eau du fond et de l'eau de surface. A l'extérieur peut être aménagée une pêcherie, facilitant la récupération des animaux lors de la vidange.

4.2.4. - La gestion du milieu d'élevage

4.2.4.1. - Description

Quelques jours après la mise en eau d'un bassin et sous l'influence de l'activité biologique qui s'y développe, un milieu aquatique complexe se met en place. C'est un milieu eutrophique*, régulièrement enrichi en matières organiques par les aliments apportés pour les chevrettes et par différents déchets endogènes* et très peu renouvelé (10 % par jour en moyenne).

Il «digère» ces apports de matières organiques en les recyclant par différentes voies: la plus importante se situe sur le fond du bassin qui reçoit l'ensemble des déchets organiques; ils y sont dégradés par des décomposeurs* successifs jusqu'à leur minéralisation* en sels minéraux qui enrichissent la tranche d'eau dans laquelle se développe l'échelon primaire d'une chaîne trophique normale, le phytoplancton.

Par ce fonctionnement «normal», le milieu assure à la population de chevrettes:

- l'oxygène dont elle a besoin pour respirer, grâce au phytoplancton qui, comme toute cellule végétale, produit de l'oxygène pendant la journée par photosynthèse (c'est la principale source naturelle d'oxygène au sein du bassin);

- une part de son alimentation puisée dans les chaînes trophiques et plus particulièrement dans la fraction benthique; cet apport est surtout significatif pour les jeunes stades;

- le recyclage des déchets dont les concentrations deviendraient rapidement létales.

Ce fonctionnement peut devenir anormal par exemple quand l'équilibre se rompt entre l'apport des matières organiques et leur recyclage. L'échelon fragile du milieu est le phytoplancton qui réagit le premier à ce fonctionnement dystrophique*: après une phase de développement intense (eau très verte), il s'effondre en une nuit, meurt et sédimente sur le fond; l'eau devient alors transparente. La cause de cet accident est l'asphyxie des cellules végétales pendant la nuit par manque d'oxygène dans le milieu. Le déficit en oxygène touche également la population de chevrettes qui peut subir des pertes importantes.

La gestion du milieu d'élevage apparaît donc comme un travail essentiel de l'éleveur pour l'orienter en permanence au profit des animaux élevés. Le volume d'eau d'un bassin étant très important (5000 m³ en moyenne) et l'état du milieu à un instant donné étant le résultat d'un enchaînement très progressif de réactions diverses (biologiques, chimiques ou physiques), une gestion efficace du milieu d'élevage se fera par anticipation pour prévenir une évolution dystrophique et non pas pour regénérer un milieu dégradé.

L'éleveur intervient dans la mise en place et dans l'entretien du milieu d'élevage pour qu'il reste équilibré et il le suit et le contrôle par la mesure régulière de plusieurs indicateurs physiques et chimiques représentatifs de son fonctionnement.

4.2.4.2. - Mise en place et entretien

La qualité et le fonctionnement du milieu d'élevage sont très dépendants de l'environnement naturel des bassins (composition minérale de l'eau et du sol; abondance et diversité des souches planctoniques, végétales et animales des eaux alimentant le bassin; climatologie locale - ensoleillement, pluviosité, régime des vents, températures...).

L'éleveur intervient avant et pendant le remplissage du bassin pour corriger certains déficits minéraux et biologiques, et en cours d'élevage pour contrôler l'évolution du phytoplancton influencé par des conditions atmosphériques locales.

Les déficits minéraux concernent le calcium et dans une moindre mesure le magnésium; ils jouent un rôle important dans la dynamique biochimique du milieu d'élevage à tous les niveaux de la chaîne trophique; ils sont indispensables pour la chevrette, notamment le calcium pour le durcissement de la carapace. L'éleveur apporte des amendements calcaires avant la mise en eau du bassin; l'apport de calcium se fait généralement sous la forme de carbonate de granulométrie fine pour être plus efficace, à des doses comprises généralement entre 1 et 3 t/ha/an. Il en apporte également en cours d'élevage par dispersion dans l'eau.

Les déficits biologiques peuvent être compensés avant la mise en eau par un apport de débris végétaux (paille de riz par exemple), activés par de la fiente de poule dont l'utilisation peut aller de 1 à 3 T/ha/an en élevage semi-intensif.

L'aquaculteur accélère le développement du phytoplancton à la mise en eau en faisant un inoculum de cellules végétales à partir d'un bassin voisin en exploitation et en utilisant un engrais chimique de type «3 x 17». La technique de la bouteille flottante, qui assure une diffusion lente de l'engrais, est recommandée.

En cours d'élevage, l'éleveur devra intervenir plutôt pour limiter le développement du phytoplancton que pour le stimuler. Il procédera par des changements d'eau réguliers afin de le contrôler progressivement ou par des renouvellements massifs pour le contrôler rapidement. En cas de pénurie d'eau, il devra utiliser des algicides (à base de cuivre dont la concentration active est de 0,2 à 0,6 ppm de cuivre); pour éviter de tels produits chimiques qui risquent de provoquer des effets brutaux dont les répercussions affecteront les chevrettes, il peut opacifier l'eau en mettant en suspension la boue du fond avec une pompe, ce qui aura pour effet d'arrêter la multiplication des algues en limitant la pénétration de la lumière dans la tranche d'eau superficielle. D'une façon générale, l'emploi de ces différents produits pour contrôler la qualité du milieu d'élevage et son évolution se fera avec précaution et progressivement, au fur et à mesure que l'aquaculteur aura vu leurs effets. Des interventions brutales par l'emploi de doses massives d'un produit quelconque sont à proscrire.

4.2.4.3. - Les indicateurs du milieu

Ce sont la température, le pH, l'oxygène dissous, la dureté, l'alcalinité, la turbidité.

Ils sont utilisés d'abord pour juger de la qualité de l'environnement des chevrettes (s'il n'y a pas à tous moments suffisamment d'oxygène dissous dans l'eau, et particulièrement dans l'eau du fond, toutes les interventions de l'aquaculteur, hors celle qui consisterait à corriger rapidement ce facteur, n'auraient aucun effet et les chevrettes mourraient), ensuite pour juger de l'évolution du milieu d'élevage qui doit donc toujours se situer loin des risques de dystrophie.

Ils doivent être acquis avec rigueur et selon des rythmes précis propres à chacun. Les mesures sont faites à la même heure, au même endroit, avec des appareils identiques régulièrement étalonnés.

La température . Elle conditionne:

- la vitesse de croissance des chevrettes, car celles-ci ne régulent pas leur température interne (la température optimum est de 28 à 30° C);

- la quantité maximum d'oxygène dissous dans l'eau (9,2 mg d'oxygène/l à 20° C, 8,4 mg/l à 25° C, 7,7 mg/l à 30° C) .

Elle peut servir d'indicateur précis de la stratification de la masse d'eau d'un bassin.

L'aquaculteur doit connaître la fluctuation quotidienne et les fluctuations annuelles de la température des bassins.

C'est une donnée de base. Elle se mesure en surface, au fond et à l'arrivée d'eau, matin et soir.

Le pH.

Il mesure la teneur en ions H+, soit l'acidité de l'eau; sa valeur et ses variations sont directement liées à l'activité biologique du bassin.

Il augmente le jour, par l'appauvrissement du milieu en gaz carbonique par le fait de l'activité photosynthétique du phytoplancton. Il diminue la nuit, par l'enrichissement du milieu en gaz carbonique qui provient de la respiration de l'ensemble des êtres vivants contenus dans le bassin.

Il a une importance essentielle dans les réactions chimiques qui se déroulent au sein du bassin, ainsi que dans la physiologie de la chevrette (dans les échanges ioniques à travers les membranes cellulaires).

Sa valeur optimale pour les chevrettes se situe entre 7 et 8,5. Les valeurs à partir de 9 sont létales pour les post-larves. Plus que la valeur absolue du pH, c'est la durée d'exposition à des valeurs extrêmes - basses (5,0) et élevées (au-dessus de 9,5) et des variations très rapides qui provoquent les mortalités. La vitesse de variation dépend du pouvoir tampon de l'eau, constitué par sa teneur en ions carbonates (CO 3--) et bicarbonates (HCO 3-): dans une eau à réserve alcaline* de 60 mg/l d'équivalent CaCO 3, le pH variera moins vite que dans une eau à 20 mg/l.

D'autre part, plus le pH augmente, plus l'ammoniaque, produit d'excrétion des chevrettes, est sous sa forme NH 3 toxique:

à 30° C,

à pH 7 l'ammoniaque est dissocié en 0,7% NH 3 + 99,3% NH 4+


à pH 9 l'ammoniaque est dissocié en 40% NH 3 + 60% NH 4+;

La mesure du pH s'effectue soit par pH-mètre calorimétrique (Hach, Cifec...), soit par pH-mètre électronique.

Dans la pratique, le pH-mètre calorimétrique est souvent préféré malgré sa précision inférieure (au 1/5); dans les climats chauds et humides, le pH-mètre électronique dérive très rapidement et doit être réétalonné fréquemment.

Il doit être relevé régulièrement, le matin (à 7 h) et le soir (17 h).

L'oxygène dissous

C'est le paramètre le plus important à suivre et à contrôler.

Il doit être mesuré au niveau du fond, là où les chevrettes vivent. En effet, si dans des milieux homogènes la teneur en oxygène des couches d'eau de surface et de fond sont voisines et évoluent en cours de journée parallèlement, dans les bassins stratifiés, ces valeurs peuvent être très éloignées et évoluer de manière totalement indépendante.

A 2 mg/litre d'oxygène, les chevrettes ne peuvent plus équilibrer leurs besoins; elles cherchent à fuir le fond et se concentrent sur les berges, le muscle s'opacifie et elles meurent.

La concentration pour une croissance normale se situe entre 5 et 7 mg/litre.

Les accidents liés à un déficit en oxygène apparaissent régulièrement en fin de nuit, vers 4 h du matin: les réserves constituées durant la journée précédente par l'activité photosynthétique du phytoplancton ne sont pas suffisantes pour répondre à la demande biologique en oxygène de l'ensemble des êtres vivants présents dans le bassin (des chevrettes jusqu'aux bactéries) et à la demande chimique (les oxydations minérales).

L'aquaculteur peut alors intervenir en brassant et en aérant artificiellement le milieu d'élevage par différents procédés mécaniques. Les moyens adaptés à cet élevage sont:

- le système à micro-turbine et injection d'air par effet venturi (aérateur «AIRE-02»);
- le système à palettes qui battent la surface de l'eau (aérateur «paddle-wheel»).

Ces brasseurs-aérateurs peuvent être installés en permanence dans des élevages qui visent des rendements élevés et qui correspondent donc à des biomasses instantanées importantes en cours de production. Ils peuvent être utilisés en secours et mis en place dans le bassin uniquement pour prévenir l'accident. Les aérateurs de secours sont montés généralement sur la prise de force d'un tracteur.

La mesure de l'oxygène s'effectue le plus souvent in situ, en utilisant un oxymètre électronique muni d'une sonde. Certains de ces équipements sont très robustes et très fiables et ne présentent pas les inconvénients de dérive signalés pour la mesure du pH. La sonde oxygène est généralement couplée à une sonde température permettant de prendre les 2 paramètres au cours de la même intervention.

La mesure du matin (7 h) permet d'estimer les valeurs qui ont été atteintes en fin de nuit; la mesure du soir (17 h) permet de prévoir ces mêmes valeurs. En cas de risque de déficit, l'aquaculteur intervient.

La dureté (TH)

Elle représente la concentration en calcium et magnésium. Elle se mesure par une méthode calorimétrique. Le calcium est nécessaire pour la croissance de la chevrette et le durcissement de sa carapace. Sa valeur minimum pour répondre à la demande de l'élevage est de 20 mg/l d'équivalent CaCO 3. Si la dureté est inférieure, l'éleveur apportera des amendements avant la mise en eau et ensuite, progressivement, en cours d'élevage.


Fig. 16 - Brasseur-aérateur à micro-turbine AIRE-02.


Fig. 17 - Brasseur-aérateur à palettes intervenant en secours.

L'alcalinité (TAC)

Elle représente la concentration en carbonates et bicarbonates. Elle se mesure également par une méthode colorimétrique.

La quantité de bicarbonates et carbonates détermine la quantité d'ions H+ qui pourront être relâchés (pendant le jour) ou fixés (pendant la nuit).

L'alcalinité doit avoir une valeur minimum de 20 mg/l d'équivalent CaCO 3. En dessous de cette valeur, le pouvoir tampon est négligeable. La correction de l'alcalinité s'obtient par apport de carbonate de calcium et s'inscrit donc dans la procédure d'amendement global.

La turbidité

Elle peut avoir deux origines:

- une origine «biologique» provoquée par les algues unicellulaires en suspension dans l'eau et dont la densité peut dépasser 100 000 cellules/ml;

- une origine «terrigène» provoquée par des particules minérales en suspension présentes généralement en période de pluies et apportées dans le bassin lors du pompage, ou plus généralement par le ravinement des berges mal protégées.

Dans les conditions d'une turbidité «terrigène» limitée, la mesure de la turbidité «biologique» au moyen du disque de Secchi* est un indicateur du développement du phytoplancton. Elle évolue au cours des journées ensoleillées, au fur et à mesure que la densité des cellules végétales augmente. L'aquaculteur doit apprendre, par des mesures quotidiennes, à mettre en relation la lecture du disque de Secchi et les mesures de pH et d'oxygène qu'il effectue en même temps, afin de déterminer, pour les conditions de son exploitation, l'étalonnage de cet indicateur. Il doit se situer entre 20 et 50 cm.

Le suivi régulier de l'ensemble de ces paramètres permet à l'aquaculteur de connaître le milieu d'élevage, de prévoir son évolution et d'intervenir, le moment voulu, pour le maintenir dans un équilibre favorable à la survie et à la croissance des chevrettes.

4.2.5. - La gestion du cheptel

Quel que soit le schéma d'élevage retenu (continu ou discontinu), l'éleveur doit connaître d'une façon précise le cheptel qu'il a en élevage dans chaque bassin, le nombre d'individus, leur poids moyen et la structure de la population:

- le nombre, pour savoir si le cheptel a subi des pertes anormales à partir de l'ensemencement des post-larves dont le nombre est connu;

- le poids moyen, pour suivre la croissance;

- la structure, pour suivre son exploitation.

Le nombre et le poids moyen permettent de calculer la biomasse en élevage pour le calcul de la ration alimentaire qui doit lui correspondre.

Pour acquérir ces différents indicateurs, l'aquaculteur met en œuvre plusieurs techniques qui interviennent aux diverses étapes de l'élevage, à l'ensemencement des post-larves, en cours d'élevage, à la pêche. Au cours des manipulations des animaux, l'aquaculteur peut les observer pour apprécier leur état (couleur, intégrité des appendices, présence de nécroses sur la carapace, etc.).

4.2.5.1. - Contrôle du nombre d'individus

Le nombre de post-larves ensemencées en début d'élevage est connu. A l'ensemencement, une mortalité importante peut apparaître si les conditions de milieu sont défavorables ou si des poissons prédateurs sont présents dans le bassin (il faut les éliminer avant l'apport des post-larves avec un produit piscicide à base de Roténone* active à 0,10-0,24 ppm de roténone pure).

Le principal paramètre qui provoque des pertes massives de post-larves est le pH qui doit être inférieur à 9. Les risques de mortalité sont très réduits quand l'ensemencement a lieu le soir plutôt qu'en début ou en milieu de matinée lorsque le pH évolue vers des valeurs élevées.

Quand ensemencer?

Plutôt le soir que le matin.

Le contrôle de l'ensemencement se fait au moyen d'une cage de survie (cube à parois grillagées - toile moustiquaire de 1 mm de largeur de maille - de 0,5 mm d'arête, contenant 50 post-larves, immergée sur le fond du bassin; deux cages sont utilisées par bassin); le comptage de contrôle se fait à 24 h et à 48 h; ils donnent seulement une tendance de la survie et non pas une estimation précise.

En cours d'élevage, l'estimation de l'effectif en élevage est plus difficile. Elle nécessite la mise en œuvre de méthodes statistiques.

4.2.5.2. - Calcul du poids moyen

Il est obtenu par un échantillonnage de la population. L'échantillonnage s'effectue par capture d'un petit nombre d'animaux au moyen d'un filet de petite maille (4 à 6 mm). C'est le filet «statistique», dont la dimension moyenne est de 30 x 3m.

Le coup de filet se fait depuis la berge où l'on maintient une des extrémités du filet. L'autre extrémité décrit un large demi-cercle dans le bassin puis est remontée sur la berge et les animaux sont regroupés dans la poche. Cet échantillon est placé dans une cage flottante et les animaux peuvent être observés, mesurés, pesés, triés, marqués.


Fig. 18. - Contrôle d'une cage de survie.

Les animaux ne se répartissent pas uniformément dans un bassin (les petits individus sont plutôt vers l'arrivée d'eau alors que les plus gros préfèrent les zones profondes); il est nécessaire de faire plusieurs coups de filet en différents endroits du bassin pour obtenir une image représentative de la population.

Les animaux pêchés sont pesés globalement dans une cage tarée, puis sont comptés un par un. En divisant le poids total par le nombre d'animaux, on obtient le poids moyen d'un individu. S'il y a une grande quantité d'animaux à peser et à compter, lors d'une vidange d'un bassin par exemple, on peut se limiter à comptabiliser le poids total et à faire un calcul du poids moyen sur des échantillons prélevés régulièrement au cours de la pêche.


Fig. 19. - Echantillonnage à l'aide du filet statistique.

Le poids moyen est calculé une fois par mois et reporté sur un graphique qui montre la croissance de la population. Elle est appréciée par rapport a d'autres courbes pour savoir si l'élevage se déroule dans de bonnes conditions ou pas. Une courbe à pente anormalement faible peut avoir comme origine un aliment de qualité médiocre ou de quantité insuffisante, des paramètres de l'environnement défavorables ou de fortes interactions au sein de la population qui bloquent la croissance.


Fig. 20. - Concentration des animaux de l'échantillon dans la poche du filet statistique.


Fig. 21. - Courbes de croissance obtenues par le calcul du poids moyen. REF: courbe de référence; A: bonne croissance; B: mauvaise croissance.

4.2.6. - L'alimentation

Elle est constituée par l'aliment composé que l'aquaculteur distribue régulièrement, et par une nourriture naturelle très varice qui se développe dans le bassin, en particulier sur les détritus qui s'y accumulent. Cette part d'origine naturelle peut être, dans certaines conditions, très importante, mais il est très difficile de la quantifier avec précision.

Aussi, l'aliment composé doit répondre aux besoins connus de l'animal d'un point de vue qualitatif et quantitatif. Une partie de ces besoins qualitatifs sont connus et les aliments élaborés à partir de ces données sont multiples.

Tableau IV

BESOINS NUTRITIONNELS GLOBAUX DE LA CHEVRETTE.

BESOINS

% DU POIDS SEC

Protéines

25-30

Lipides

4 - 6

Minéraux (Ca, P,...)

12-16

Fibres (maximum)

10

Vitamines A, D3, E, C, B6

0,5

Tableau V

EXEMPLE DE FORMULE D'ALIMENT CHEVRETTE UTILISE EN GUYANE FRANÇAISE.

COMPOSITION

% DU POIDS SEC

Brisures de riz

9

Son de riz

15

Issues de blé

10.2

Tourteau de palmiste

1 0

Tourteau de soja

25

Farine de poisson (64% prot.)

7,5

Farine de viande (50% prot.)

5

CPSP (Concentré de protéines solubles de poisson)

5

Prémix (vitamines + minéraux)

5

Carbonate de calcium

7,5

Liant

0,8

- Présentation de l'aliment composé

Il est sous forme granulé. En plus de la nature et de la proportion des constituants, la qualité de l'aliment dépend aussi de sa fabrication: les farines doivent être finement moulues et d'une granulométrie homogène pour éviter les zones de fracture dans le granulé; dans la technique de fabrication par pressage à sec et vapeur, l'adjonction d'un liant est indispensable pour que le granulé garde sa cohérence au moins deux heures après sa distribution. Ce temps est nécessaire pour que la chevrette, qui mange lentement, puisse ingérer la majorité de ses constituants.

- Distribution

La qualité d'aliment à distribuer varie en fonction de l'âge des animaux et de la température. Pour des températures de l'eau de 28 à 30° C, les ratios suivants sont employés:

Tableau VI

CALCUL DE LA RATION ALIMENTAIRE EN FONCTION DE L'AGE DE LA POPULATION.

AGE (mois)

1

2

3

4

5

6

etc....

% de la biomasse

8

6

4

3

2

2

2...

En mode continu, la ration alimentaire quotidienne représente 25 à 30 kg/ha pour une population stabilisée.

La distribution de la ration journalière se fait, généralement, en une seule fois, en fin d'après-midi, car les chevrettes adultes sont surtout actives pendant la nuit. Le granulé doit être réparti sur l'ensemble de la surface du bassin d'une façon très homogène pour être accessible à l'ensemble des individus et limiter la compétition pour la recherche de la nourriture au sein de la population. Il est distribué soit à la main, soit mécaniquement avec un engin à palettes ou pneumatique.

- Contrôle de la consommation

Le contrôle de la consommation de l'aliment, pour ajuster régulièrement les quantités distribuées (les ratio indiqués doivent être considérés comme des bases de calcul), est difficile à exercer, surtout si l'aliment a une mauvaise tenue à l'eau et qu'il se délite très rapidement. Différentes façons de procéder existent: l'utilisation d'une mangeoire, la poignée de granulé distribué près de la surface, l'observation en plongée quand l'eau n'est pas trop turbide, le raclage du fond avec une épuisette à maille fine; certains techniciens ont mis au point des méthodes statistiques basées sur l'observation des blessures superficielles des animaux (antennes ou appendices coupés, blessures...); la quantité d'aliment est augmentée quand le pourcentage d'animaux blessés augmente.

Quel que soit le moyen retenu par le technicien d'élevage, il est important que la consommation de l'aliment soit contrôlée. C'est un poste très important dans le prix de revient de la chevrette et une bonne utilisation de l'aliment permet de faire des économies significatives.

Le taux de conversion exprime la quantité d'aliment qui a été distribuée pour produire 1 kg de chevrettes de taille commerciale. L'expérience a démontré que l'éleveur avait toujours tendance à donner trop d'aliment, ce qui correspond à une perte d'argent et à une dégradation accélérée du milieu d'élevage.

En mode d'élevage discontinu, le suivi précis de la population et de la consommation de l'aliment permet d'obtenir des taux de conversion de 2,5; en mode continu, ils peuvent dépasser 4.

- Le stockage

L'aliment doit être stocké sur la ferme en prenant certaines précautions pour éviter son altération rapide et notamment celle des vitamines. Le local de stockage devra être ventilé ou en atmosphère conditionnée afin de protéger l'aliment de la chaleur et de l'humidité. Les sacs seront sur des palettes, et non pas entassés à même le sol, afin de faciliter la circulation d'air et éviter le moisissement.

L'alimentation représente, dans la technique de production, le facteur qui permettra de faire des gains significatifs de productivité. Ces gains seront le fruit non seulement d'une amélioration de la qualité de l'alimentation (aliment composé et productivité naturelle du bassin stimulée) mais aussi d'une adaptation de la distribution prenant mieux en compte les besoins dans le temps et le comportement des animaux.

4.2.7. - La récolte des animaux

Elle s'effectue le plus souvent par une pêche sélective dans le bassin. La récolte par vidange totale est elle-même précédée de pêches sélectives pour réduire le nombre d'animaux à manipuler et à trier.

- La pêche sélective s'effectue avec un filet de mailles adaptées à la taille des animaux qu'il faut récolter: la maille de 25 mm (largeur de la maille) est sélective pour des animaux de 40 g; la maille de 20 mm pour des animaux de 25 g. Des filets de mailles inférieures sont utilisés lors des tris du cheptel; la maille de 14 mm est sélective à 9 g.

- Le filet de pêche doit mesurer au moins deux fois la largeur du bassin; pour pêcher efficacement un bassin de 40 m de large, le filet doit avoir environ 80 m de long. Il a une hauteur en travail (mailles au carré) de 2,5 à 3 m. C'est généralement un filet droit; il peut être équipé d'une poche de 2 m de profondeur, située soit au milieu de la largeur, soit dans le premier tiers. Cette poche est fixe ou montée avec une fermeture à glissière afin de pouvoir être détachée après la pêche quand elle contient la récolte; le filet est alors utilisé immédiatement dans un autre bassin avec une nouvelle poche.


Fig. 22. - Récolte par pêche sélective.

Le filet est lourdement plombé, à 200 à 300 g par mètre linéaire. Un tel poids permet de racler le fond du bassin pour trier l'ensemble des animaux. Dans des bassins boueux, ce poids est un handicap considérable pour tirer le filet car la ligne de plombs s'enfonce dans le sédiment. Une technique efficace consiste à alléger la ligne de plomb (100 à 150 g par mètre linéaire) et à la doubler d'une ralingue épaisse qui glisse sur la boue.

La ligne de flottaison doit être continue afin que les animaux ne puissent pas s'échapper par le haut du filet (5 à 6 flotteurs par mètre).

- La pêche s'effectue à 4 à 6 personnes qui tirent le filet dans le sens de la longueur du bassin, en raclant les berges et en veillant à ce que la ligne de fond ne se soulève pas. Lorsque le bassin a été complètement balayé, la poche finale est refermée près de l'arrivée d'eau pour rincer les animaux et leur apporter l'oxygène dont ils ont besoin.

La traction du filet peut être facilitée par l'emploi d'un tracteur qui tire, à partir de la berge, un côté du filet.

Les animaux récoltés sont mis en cage dans le bassin pour un premier tri permettant d'éliminer les animaux mous s'ils ne sont pas commercialisables.

La récolte par vidange est utilisée en système discontinu. Elle s'effectue tôt le matin pour éviter un réchauffement excessif de l'eau en fin de vidange. Lors de la phase finale, quand les animaux sont rassemblés près de l'évacuation, il faut apporter de l'eau fraîche et oxygénée près de la fosse d'évacuation pour y attirer l'ensemble des animaux. Il ne faut jamais faire arriver l'eau fraîche par le haut du bassin, ce qui entraînerait une remontée massive des chevrettes à contre-courant.

4.2.8. - Le traitement et le conditionnement

Le traitement du produit après la pêche est une étape capitale pour lui conserver toutes ses qualités organoleptiques et sanitaires. A la mort de l'animal et à température ambiante, les enzymes libérés par l'hépatopancréas et les bactéries du milieu commencent rapidement à dégrader les protéines des muscles. Dans le temps, cette dégradation se propage du céphalothorax vers l'extrémité de la queue. Cette dégradation fait perdre la fermeté de la chair qui devient cotonneuse à la cuisson. L'activité des enzymes étant inhibée par le froid, un protocole strict est mis en œuvre immédiatement après la pêche.

Les animaux sont tués par immersion dans un récipient contenant un mélange d'eau et de glace sur le bord même du bassin. Les récipients sont apportés au local du premier conditionnement situé sur la ferme et les animaux sont transférés pendant 30 min dans des bacs d'eau propre et de glace fondante.

Après ce refroidissement qui a bloqué les processus enzymatiques, les animaux sont rapidement triés et dirigés vers le conditionnement définitif pour la mise en marché. Celui-ci se fera soit sur la ferme, soit dans un atelier spécialisé vers lequel le produit sera transporté en bacs isothermes avec de la glace (1 kg de glace pour 1 kg de chevrettes) en prenant la précaution de ne jamais empiler les animaux en plusieurs couches et de ne pas les faire baigner dans l'eau de fonte de la glace.

Les différents modes de conditionnement sont les suivants:

- pour une vente en frais, les chevrettes sont rangées dans des boîtes isothermes de 2,5 kg de capacité nette contenant de la glace enfermée dans un sac plastique étanche ou un «gel pack» (glace artificielle); le délai de consommation du produit frais est de 5 jours;

- pour une vente en congelé, deux procédés sont employés:

· le trempage dans un bain de saumure à - 20° C; la saumure contient du sirop de maïs qui a comme effet de laisser les chevrettes libres entre elles après leur congélation,

· le tunnel de congélation en vaporisant de l'eau, en cours de congélation, pour éviter la dessication superficielle de la carapace (technique du «glazing»).

Le bain de saumure est le procédé qui semble le mieux adapté pour les chevrettes.

Toutes les opérations de manipulation après la pêche et de conditionnement doivent se faire avec un soin maximum, car la qualité finale du produit mis en marché en dépend directement. Cette qualité doit être parfaite pour servir de label au produit d'aquaculture.

V. La commercialisation

Les marchés traditionnels des chevrettes ont été pendant longtemps uniquement les marchés des régions où elles étaient exploitées dans le milieu naturel. Dans les régions insulaires où il n'y a pas de pêche de crevettes de mer, les chevrettes sont très populaires et très appréciées; elles font partie de la gastronomie locale.

En dehors de ces marchés régionaux, l'exportation vers les principaux pays consommateurs de crevettes (USA, Japon, Europe), s'est faite à partir des ressources naturelles importantes des pays du sud-est asiatique; ce produit a été commercialisé comme un substitut bas de gamme de la crevette pénéide et a suivi les mêmes voies de distribution, conditionné en queues, en bloc de 2 kg, sans identification précise. La qualité bas de gamme correspondait plus à l'effet d'un conditionnement médiocre (qui a son origine dans le fait que la chevrette est un produit de collecte très dispersé dans les campagnes, sans chaîne de froid à partir de la capture) qu'aux qualités propres de l'animal.

Le développement de l'élevage a concerné d'abord les régions où le produit était connu et apprécié; la commercialisation s'est faite sur la base d'un prix de vente des chevrettes locales, prix très élevé par leur raréfaction due à une surexploitation des stocks naturels souvent liée au développement touristique de ces régions.

D'autres programmes de développement ont été initiés en vue d'une exportation vers les principaux pays consommateurs. Sur ces marchés, les productions se sont trouvées en concurrence avec les exportations des pays du sud-est asiatique dont le conditionnement a évolué à partir du milieu des années 80 vers un produit entier, identifié.

Ces problèmes de concurrence ont surtout touché les régions où les coûts de production étaient élevés, comme Puerto Rico ou la Guyane française.

Face à ce problème de compétitivité, de vraies politiques commerciales ont été entreprises pour donner une image spécifique au produit d'aquaculture. Trois exemples illustrent cette démarche:

- celui de la ferme de Sabana Grande à Puerto Rico;

- celui de l'entreprise de commercialisation de chevrettes de New York, «Sweet Water Prawn, Inc.»;

- celui du Groupement d'Intérêt Economique des producteurs de chevrettes de Guyane française.

La politique commerciale est de vendre un produit haut de gamme justifiant un prix élevé:


Fig. 23. - Exemples de supports publicitaires pour la commercialisation de la chevrette suivant une stratégie haut de gamme.

Sa qualité est parfaite; il a une identité («Langostino del Caribe» ou «Sweet Water Prawn» ou «Crevette bleue des Caraïbes»); il est présenté aux clients avec des supports publicitaires expliquant son origine, sa spécificité (goût, texture, faible taux de cholestérol...), et la façon de le préparer (fiches recettes). Pour accentuer à la fois sa qualité haut de gamme et la différence avec la concurrence, il est vendu frais après un transport par avion à partir des lieux de production.

L'accueil des clients (grandes surfaces, restaurants) est très positif et permet de situer l'avenir de cet élevage dans une perspective favorable.

Toutes les photographies sont de:
Denis LACROIX - IFREMER.

VI. Bibliographie

AQUACOP 1983. - Intensive larval rearing of Macrobrachium rosenbergii in recirculating system. 1st international biennal conference on Warm Water Aquaculture. Crustacea. 9-11 february, 1983, Brigham Young Univ. Hawaii.

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GRIESSINGER J.M. - L'élevage de la chevrette ( Macrobrachium rosenbergii ) en Guyane: plan de développement, bilan, perspectives. Aqua Revue, 1986, 7, 21-24.

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JOHNSON S.K. - Diseases of Macrobrachium. In: M.B. New (Editor), Giant Prawn Farming. Developments in Aquaculture and Fisheries Sciences, 10. Elsevier Publishing Co., Amsterdam, 1982, pp. 269-277.

LACROIX D., and FALGUIÈRE J.C. - Procédure d'ensemencement, de restockage, d'alimentation et de récolte de Macrobrachium rosenbergii en système continu. Seconde version. Rapport C.N.E.X.O. FA. - Martinique, 1984, 23 p.

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SMITH T.I.J., SANDIFER PA., JENKINS W.E. and STOKES A.D. Effect of population structure and density at stocking on production and commercial feasibility of prawn ( Macrobrachium rosenbergii ) farming in temperate climates. J. World Maricul. Soc., 1981, 12 (1), 233-250.

II Elevage de la crevette pénéide

par
M. AUTRAND

I. INTRODUCTION

L'élevage de la crevette pénéide est une activité très ancienne dans certaines régions du monde, où elle est pratiquée très simplement et de manière extensive.

Dans les années 70, cette activité a connu un nouvel essor grâce au développement de nouvelles techniques d'élevage. Aujourd'hui, l'élevage de certaines espèces de crevettes pénéides est devenu une activité économique extrêmement importante dans certains pays de la ceinture intertropicale qui ont su, dans un contexte géo-économique souvent très favorable, adapter rapidement et efficacement les avances technologiques.

C'est le cas de l'Equateur, où cette forme d'aquaculture spécialisée s'est développée de manière fulgurante par l'occupation de zones marginales impropres à l'agriculture et en utilisant les ressources importantes en juvéniles du milieu naturel. Après une phase de développement totalement anarchique, ce véritable «front pionnier» s'est un peu mieux structuré et l'activité aquacole a atteint une certaine maturité en recherchant une moindre dépendance vis-à-vis du milieu naturel et une amélioration des rendements.

Les écloseries se sont ainsi multipliées (non sans problème), les aliments composés fabriqués localement ont été améliorés et ont permis une intensification progressive des élevages. Le marché, pendant longtemps uniquement tourné vers les Etats-Unis, se diversifie de plus en plus.

C'est également le cas de Taïwan où le «boum» de l'élevage de la crevette est encore plus récent, mais tout à fait extraordinaire, à travers une filière intensive calquée, au départ, sur le modèle japonais.

De nouveaux producteurs apparaissent déjà, tels que la Chine continentale, la Thaïlande et le Mexique.

Ainsi, la part de la production aquacole dans la production mondiale s'est accrue très rapidement pour atteindre près de 25 % en 1988.

1988 est cependant l'année de la première grande crise pathologique, aussi bien à Taïwan qu'en Equateur. Ces pays semblent payer aujourd'hui une montée en puissance brutale et anarchique, peu soucieuse du milieu naturel. Les brassages de technologie ont, de fait, multiplié les risques pathologiques et la proximité, sinon l'imbrication, des structures de production a facilité la contamination.

Toute la difficulté de rédiger un document comme celui-là est de présenter un état des techniques dans une conjoncture particulièrement délicate qui peut finalement entraîner une remise en cause de certains systèmes de production.

Gageons que cette crise permettra plutôt une nouvelle progression technologique et surtout une plus grande prise en compte de l'environnement.

Il. Les données biologiques de base

2.1 - Classification, morphologie, distribution

Les crevettes pénéides constituent un groupe très ancien de crustacés décapodes; ce sont principalement des animaux marins, bien que certaines espèces affectionnent les zones estuariennes.

Dans la classification systématique*, les pénéides appartiennent à l'embranchement des Arthropodes, classe des crustacés, ensemble des malacostracés, sous-classe de Eucaridés, ordre des Décapodes, sous-ordre des Natantia, famille des Penaeidae, et genre Penaeus.

On distingue le genre Penaeus du genre Macrobrachium (section des caridae) par des caractéristiques morphologiques et biologiques particulières. Chez les crevettes pénéides, le bord antérieur de chaque segment abdominal est recouvert par la carapace du segment précédent. Chez les Macrobrachium, les œufs sont portés pendant le développement embryonnaire sur les pattes abdominales, ce qui n'est pas le cas chez les pénéides dont le développement ovarien est interne. Les crevettes pénéides pondent par ailleurs un nombre d'œufs très supérieur aux crevettes Macrobrachium.

La famille des crevettes pénéides comprend plus de 300 espèces réparties surtout dans les mers chaudes et tempérées. La plupart des espèces vivent dans des zones peu profondes. La distribution des pénéides est plus ou moins délimitée par l'isotherme 20°, correspondant à la température estivale des eaux de surface.


Paenaeus monodon.

Le tableau ci-dessous présente les espèces commerciales importantes ainsi que leur localisation géographique et leur appellation commune (d'après la F.A.O.):

Tableau

Espèce

Appellation commune

Localisation géographique

Penaeus semisulcatus

- Green tiger prawn



- Crevette tigrée verte

Indo-pacifique

Penaeus merguiensis

- Banana prawn



- Crevette banane

Indo-pacifique

Penaeus indicus

- Indian white prawn



- Crevette royale blanche

Indo-pacifique

Penaeus monodon

- Giant tiger prawn



- Crevette géante tigrée

Indo-pacifique

Penaeus japonicus

- Kuruma ebi



- King prawn



- Crevette impériale

Indo-pacifique

Penaeus orientalis

- Fleshy prawn



- Crevette charme

Indo-pacifique

Penaeus latisulcatus

- Western king prawn



- Crevette royale occidentale

Indo-pacifique

Penaeus esculentus

- Brown tiger prawn



- Crevette tigrée brune

Indo-pacifique

Penaeus notialis

- Northern pink shrimp

Atlantique Est

Penaeus setiferus

- Northern white shrimp



- Crevette Ligubam du Nord

Atlantique Ouest

Penaeus duorarum

- Northern pink shrimp

Atlantique Ouest

Penaeus aztecus

- Northern brown shrimp



- Crevette royale grise



- Camarón café norteño

Atlantique Ouest

Penaeus subtilis

- Southern brown shrimp



- Crevette café



- Camarón café sureño

Atlantique Ouest

Penaeus schmitti

- Southern white shrimp



- Camarón blanco

Atlantique Ouest

Penaeus brasiliensis

- Redspotted shrimp



- Crevette royale rose



- Camarón rosada con manchas

Atlantique Ouest

Penaeus californiensis

- Yellowled shrimp



- Crevettes pattes jaunes



- Camarón patiamarillo

Pacific Est

Penaeus vannameî

- Whiteleg shrimp



- Camarón blanco

Pacific Est

Penaeus stylirostris

- Blue shrimp



- Camarón azul

Pacific Est

Penaeus brevirostris

- Crystal shrimp



- Crevette cristal



- Camarón cristal

Pacific Est

Penaeus occidentalis

- Western white shrimp



- Crevette royale blanche



- Camarón blanco del Pacífico

Pacific Est

Penaeus kerathurus

- Caramote prawn



- Caramote

Méditerranée et Atlantique Est


- Camarón langostino Español



Aspect général d'une crevette pénéide


Gonade développe d'une femelle mature

ORGANES SEXUELS


Petasma (mâle).


Thélycum (femelle).

2.2. - Cycle biologique et mode de vie

Le cycle biologique des crevettes pénéides peut être divisé en quatre phases successives qui se caractérisent par des changements morphologiques, mais également de comportement et d'habitat très importants.

Phase 1: la reproduction

Elle a lieu, en général, en mer, dans des profondeurs de quelques dizaines de mètres.

L'accouplement se produit très souvent au crépuscule. Sans entrer dans le détail des systèmes de reproduction, on distingue deux groupes d'espèces qui se différencient par la conformation du thélycum (organe sexuel femelle):

- Les espèces à thélycum fermé, chez lesquelles l'accouplement se produit après la mue, la ponte pouvant survenir plusieurs jours, voire plusieurs semaines plus tard. Dans ce cas, les poches appelées spermatophores, contenant les spermatozoïdes, sont implantées dans le thélycum de la femelle.

- Les espèces à thélycum ouvert, chez lesquelles l'accouplement se produit seulement quelques heures avant la ponte, lorsque l'ovaire est mûr; les spermatozoïdes étant déposés à l'extérieur du thélycum.

Dans les deux cas, les œufs sont fécondés au moment de l'expulsion puis dispersés dans l'eau. L'éclosion survient une douzaine d'heures plus tard, si les conditions de température sont favorables. Une femelle, selon sa taille, est capable de pondre plusieurs centaines de milliers d'œufs. A l'éclosion apparaît le nauplins, premier stade du développement larvaire. Ce stade (qui comprend six sous-stades) dure environ 2 à 3 jours, pendant lesquels la larve ne s'alimente pas. Le nauplius nage grâce à des appendices et, est très attiré vers la lumière (surface).

Phase 2: le développement larvaire

Les deux stades larvaires suivants sont appelés zoé et mysis. Ils durent au total 8 à 10 j et se caractérisent par des changements anatomiques et physiologiques importants.

La larve zoé possède un tube digestif et se nourrit d'algues phytoplanctoniques de très petite taille. Le stade zoé dure environ 4 jours.

La mysis commence sérieusement à ressembler à une petite crevette bien qu'elle se déplace par saccade et la tête en bas. Les mysis deviennent très rapidement carnivores et consomment des proies vivantes (zooplancton). Lorsque la mysis subit sa dernière métamorphose, elle devient post-larve et adopte la morphologie et le comportement d'une crevette. Elle nage à l'horizontale mais peut aussi se déplacer vers le fond. Chez certaines espèces commence à ce stade une migration vers les eaux côtières et les lagunes d'eau saumâte qui durera plusieurs semaines à plusieurs mois.

Phase 3: la phase juvénile

Les jeunes crevettes ou juvéniles vont passer une période plus ou moins longue dans les zones estuariennes ou les baies littorales. Certaines espèces affectionnent plus que d'autres ces zones d'eaux saumâtres, peu profondes, souvent turbides, où elles trouvent, semble-t-il, une nourriture abondante. Après quelques semaines, les juvéniles regagnent la zone littorale extérieure et les eaux plus océaniques.

Les habitats, les comportements, l'alimentation, peuvent, dès la phase juvénile, se différencier fortement d'une espèce à l'autre. Cependant, les jeunes crevettes manifestent toutes une activité nocturne très importante (recherche de nourriture, mues, déplacements), tandis qu'en phase diurne l'activité est réduite, voire très ralentie (enfouissement de certaines espèces).

Phase 4: la phase adulte

Lorsque les caractères sexuels apparaissent, le juvénile adopte alors sa morphologie définitive et atteindra la maturité sexuelle quelques mois plus tard.

Les données relatives au mode de vie et au type d'habitat des crevettes de mer sont souvent encore très incomplètes et manquent pour de nombreuses espèces. Au cours de la croissance, on observe fréquemment un dimorphisme sexuel qui peut être plus ou moins marqué selon les espèces. D'une manière générale, les femelles adultes sont nettement plus grosses que les mâles.

La croissance est liée au cycle des mues. Ce phénomène est obligatoire et se produit avec plus ou moins de fréquence selon le poids de l'animal et les variations de certains paramètres physico-chimiques du milieu. La mue est commandée par une hormone particulière dont la sécrétion est déclenchée par des stimulations externes (photo-périodisme, augmentation de la température de l'eau, etc....).

La croissance varie très fortement en fonction des conditions d'environnement mais aussi des espèces.

Certaines espèces de crevettes ont été sélectionnées en raison de leur rapidité de croissance dans les conditions de captivité, même à des densités d'élevage parfois très élevées. Parmi celles-ci, quatre se distinguent particulièrement, il s'agit de p. monodon, p. vannamei, p. stylirostris et p. japonicus.

A partir de juvéniles âgés de 20 à 40 jours, un poids moyen supérieur à 20 g peut être atteint en quatre à six mois d'élevage.

Plusieurs facteurs influent sur la croissance dans les conditions d'élevage. Il s'agit principalement de la température de l'eau, de la salinité, de la qualité de l'aliment et de la densité d'élevage.

Le facteur température paraît prépondérant pour certaines espèces comme p. monodon . Il a été établi que la vitesse de croissance de cette espèce à une température de 28° C était deux fois plus rapide qu'à 24,5° C, celle-ci devenant quasi nulle à une température inférieure à 22° C.

En ce qui concerne la salinité, il existe également un optimum qui se situe le plus souvent à une valeur inférieure à la salinité normale de la mer (point d'osmorégulation). Cependant, certaines espèces sont plus marines que d'autres. On obtient par exemple d'excellents résultats d'élevage à une salinité comprise entre 30 et 36 ‰ pour p. japonicus alors qu'une salinité de 15-25 ‰ convient mieux à p. monodon .

L'alimentation joue également un rôle capital. Les nombreuses recherches menées ces dernières années ont mis en évidence des exigences nutritionnelles très différentes selon les espèces. Il n'existe donc pas un aliment crevette, mais un aliment adapté à chaque espèce et même aux performances attendues de ces espèces en élevage. On peut ainsi admettre qu'un aliment destiné à des élevages extensifs ou semi-intensifs ait une composition plus «simple» qu'un aliment destiné à l'élevage intensif. En effet, la productivité naturelle, dans le premier cas, suppléera aux carences éventuelles de l'aliment composé (vitamines, oligo-éléments, acides gras, etc....), alors que dans le second cas (intensif), l'aliment devra apporter tous les éléments nécessaires à la croissance des animaux.

Des besoins nutritionnels différents pour chaque espèce se traduisent par des aliments de nature, donc de coût, très différents. Cet aspect est d'extrême importance pour l'élevage quand on sait que le poste aliment représente la charge d'exploitation la plus lourde. A titre indicatif, on peut dire que pour une filière donnée et à densité d'élevage identique, il faudra:

- un aliment à 60 % de protéines pour p. japonicus ;
- un aliment à 40 % de protéines pour p. monodon ;
- un aliment à 30 % de protéines pour p. vannamei et p. stylirostris .

Par conséquent, un aliment pour p. japonicus pourra coûter 4 à 6 fois plus cher qu'un aliment pour p. vannamei .

La densité (ou la charge) en crevettes est également un facteur influençant la croissance de façon très variable selon les espèces.

Dans des conditions d'élevage «optimum», certaines espèces atteindront très rapidement un seuil de croissance à une taille limitée (et souvent insuffisante compte tenu des exigences du marché); pour d'autres, le seuil de croissance surviendra à une taille acceptable commercialement même à une densité d'élevage très élevée.

Ainsi, p. indicus plafonnera très rapidement à un poids de 10-12g pour une densité d'élevage comprise entre 5 et 15 crevettes/m², alors que p. vannamei atteindra sans problème un poids moyen de 20 g à plus de 100 crevettes/m².

Le potentiel de croissance d'une espèce en élevage dépend donc de caractères biologiques propres à l'espèce, mais également des performances de cette espèce dans des conditions d'élevage précises, et par conséquent de l'état du savoir-faire biotechnique.

III. Les sites favorables a l'élevage des crevettes

3.1 - Généralités

Le choix du site est primordial pour l'élaboration d'un projet d'aquaculture. Il est donc nécessaire d'effectuer l'étude d'un site avec méthode, en prenant en compte un certain nombre de facteurs et de conditions, qui peuvent être énumérés comme suit:

Conditions climatiques

- Température de l'air
(moyenne, minimum, maximum, amplitude diurne...).

- Précipitations
(répartition, fréquence, hauteur, orages, tempêtes...).

- Vents
(direction, variations saisonnières, force...).

- Humidité relative.

Caractéristiques de l'eau et du milieu:

- Physiques: courants, houle, amplitude de la marée, variations de température et de salinité (journalières, saisonnières), turbidité.

- Chimiques: pH, gaz et éléments dissous, présence de composés toxiques (métaux lourds, pesticides, hydrocarbures, etc....).

- Bactériologique.

Ainsi que des éléments suivants:

- Disponibilité en eau douce:

· rivière (débit et variations saisonnières);

· eau souterraine (niveau de la nappe, présence de forage ou de puits).

- Environnement biologique:

· productivité* naturelle (productions primaires et secondaires apparentes, activité photosynthétique);

· présence éventuelle de crevettes pénéides dans le milieu naturel (identification, stade, fréquence...);

· risques d'eutrophisation, crise dystrophique.

Caractéristiques du terrain:

- type de sol (nature, texture, plasticité);
- perméabilité;
- granulométrie;
- acidité et acidité potentielle (autre toxicité);
- topographie générale (niveau moyen en relation avec le niveau des hautes mers, pente générale);
- risques d'inondation;
- aspect de la côte (nature du sol, stabilité du littoral, bathymétrie).

Conditions socio-économiques:

- accessibilité, distance des centres urbains (ports et aéroports);
- occupation du sol;
- disponibilité en main-d'œuvre;
- électricité, télex, téléphone.

Coûts locaux:

- prix du terrain;
- coût de construction (terrassement, génie civil);
- coût des équipements (pompes, bacs, filtres, etc....).

Activités dans la région:

- population;
- agriculture, industries;
- risques de pollution (industrielle, domestique, agricole, minière...).

Restrictions .

- contraintes légales (autres);
- compétition pour l'espace et l'utilisation des eaux;
- extensions possibles.

L'étude d'un site n'est pas seulement réalisée pour déterminer si le site est favorable ou non à l'élevage des crevettes, mais il convient également d'analyser les modifications et aménagements nécessaires pour mener à bien la réalisation d'un projet réaliste sur ce site. Le diagnostic d'un site doit donc toujours être envisagé dans une optique d'aménagement. Il repose donc en partie sur l'expérience professionnelle de celui qui le réalise.

En général, l'étude de site s'effectue selon une approche à trois niveaux:

1) La consultation de la documentation existante permettra d'obtenir une information préliminaire relative à l'environnement ainsi qu'aux facteurs logistiques et économiques (données climatologiques, économiques, cartes, photos satellite, etc....).

2) La visite du site, associée à une enquête sur place, complètera les informations recueillies préalablement.

Au cours de cette phase, il est souvent indispensable de réaliser préalablement un survol de la zone qui permet d'obtenir à la fois une vision globale du site et de replacer celui-ci dans son environnement.

3) Des observations et mesures in situ (sol, qualité de l'eau, topographie générale, etc.) apporteront les données de base nécessaires à la préparation de l'étude du projet.


Construction de bassins en Chine.


Bacs de nurserie à l'écloserie d'Inbiosa (Equateur).


Ferme semi-intensive en Equateur.


Bassin d'élevage intensif. Aquacop/Tahiti.

On ne sélectionnera pas un site de ferme intensive avec exactement les mêmes critères qu'un site de ferme semi-intensive. Chaque type de réalisation, reflet d'un choix technologique, est soumis à certaines contraintes. Lorsqu'il convient d'étudier la réalisation d'une écloserie, les facteurs à prendre en considération sont également bien spécifiques.

3.2. - Sélection d'un site d'écloserie

Une écloserie est un ensemble d'unités qui participent à la production de post-larves. Ces unités sont en général rassemblées dans un bâtiment appelé écloserie. Il est cependant fréquent de devoir intégrer au projet d'écloserie d'autres bâtiments (bureaux, ateliers, logements), ainsi que de petits bassins (géniteurs, nurserie). Il faut donc prévoir l'espace nécessaire à la réalisation de toutes ces installations. Les éléments importants à prendre en compte au niveau des choix de site sont les suivants:

Les conditions d'environnement

Les températures extrêmes, la direction des vents dominants, la fréquence des précipitatins, l'ensoleillement sont des facteurs à prendre en considération pour disposer le bâtiment, l'orienter, prévoir ou non l'isolation thermique de certaines zones, la ventilation des locaux, l'utilisation d'air conditionné, etc....

La qualité de l'eau est le facteur primordial dans le choix d'un site d'écloserie. Il faut en premier lieu que les caractéristiques de l'eau pompée soient aussi proches que possible des caractéristiques de l'eau océanique, à savoir:

- une salinité constante comprise entre 30 et 36 ‰;
- une température supérieure à 25° C et inférieure à 30° C (ceci n'est évidemment rencontré qu'en zone tropicale, ailleurs il convient d'installer un système de réchauffement);
- un pH voisin de 8.2.

Pour l'implantation de la station de pompage et surtout le choix de la technique de pompage, il faut prendre en compte la courantologie, la houle, l'amplitude des marées, la bathymétrie et la stabilité du littoral. Il convient de porter une grande attention à la qualité de l'eau et aux risques de pollution (proximité d'industries, agriculture industrielle, rejets domestiques...).

Les insecticides, pesticides, hydrocarbures et métaux lourds ont des effets négatifs sur les larves même à basse concentration, par exemple, des concentrations de quelques micro-grammes/l de CU ++ entraînent des nécroses sur les larves.

Il faut également considérer le site dans son contexte géographique et se soucier de l'occupation de l'arrière-pays. Un site d'écloserie n'occupe pas une superficie très importante (quelques hectares), il convient néanmoins de ne pas négliger:

- la surface disponible réelle (compétition fréquente avec d'autres activités sur la zone littorale) et le coût du foncier;

- l'accès au pompage et les conditions de rejet;

- la topographie (plane, peu surélevée pour minimiser les coûts de pompage);

- la qualité des sols (stables, imperméables si l'on envisage de construire des bassins en terre pour le stockage des géniteurs).

Les conditions logistiques et économiques

Les sites d'écloseries sont souvent situés dans des zones assez éloignées des fermes pour des raisons liées aux caractéristiques de l'eau recherchée.

Un des facteurs importants est l'accessibilité.

Il est important que l'écloserie puisse être reliée aisément à un centre urbain afin qu'un support logistique faible puisse être assuré sur le plan:

- approvisionnement en énergie (électricité et/ou carburant);
- fourniture de pièces détachées et maintenance en général;
- fourniture du petit consommable indispensable (aliments frais, artémia, produits médicaux et chimiques...).

Il faut penser aussi aux conditions de vie du personnel.

Il est important que l'écloserie puisse livrer, sans délais trop longs ni incidents de parcours, des post-larves à l'unité de grossissement et pour cela, il est souhaitable de disposer de moyens de communication (téléphone, télex).

Il convient également de s'assurer de la disponibilité en main-d'œuvre à proximité.

Quand il s'agit de réaliser une évaluation de l'investissement, il est nécessaire de prendre en compte l'achat du terrain, mais aussi le coût des études préliminaires et surtout de l'acquisition d'une technologie.

3.3. - Sélection d'un site de ferme

On peut considérer deux cas de figure selon le choix technologie effectué:

- Dans le cas d'un élevage intensif, la surface nécessaire peut être limitée à quelques hectares, voire quelques dizaines d'hectares. A l'heure actuelle, 90 % des fermes intensives de crevettes élèvent p. monodon . L'élevage de cette espèce en intensif impose des contraintes spécifiques:

· grossissement de préférence en eau saumâtre (15-30 ‰);
· obligation d'utiliser un très bon aliment;
· nécessité de disposer d'un système d'aération.

Le choix de cette filière est donc aussi lié à un contexte général, dans la mesure où certaines exigences (aliment de qualité, maintenance) ne peuvent être satisfaites partout. Le choix du site est donc étroitement lié dans ce cas aux conditions logistiques et aux disponibilités en eau saumâtre (mélange eau douce/eau de mer).

- Dans le cas d'un élevage de type extensif ou semi-intensif, le facteur décisif est la surface disponible. Ce type de ferme couvre généralement des superficies très importantes (plusieurs centaines d'hectares). Les exigences en matière de qualité d'eau sont moins rigoureuses (bien qu'une eau saumâtre reste toujours préférable). Cette filière permet plus de souplesse d'exploitation et un problème ponctuel d'accessibilité, un retard d'approvisionnement en aliment, ou un petit incident de pompage, ne risquent pas de mettre en péril l'exploitation.

Il convient d'examiner l'ensemble des conditions globalement souhaitées pour la réalisation d'une ferme de grossissement de crevettes en mer.

Les conditions climatiques

Les conditions climatiques les plus favorables à l'élevage des crevettes correspondent sensiblement à celles d'un climat de type équatorial, à savoir:

- température de l'air comprise entre 25 et 30° C, avec un minimum de variations annuelles et une amplitude journalière très limitée;

- précipitations moyennes réparties tout au long de l'année;

- vents réguliers, de direction constante et de force inférieure à 4 (échelle Beaufort);

- absence de tempête, de précipitations brutales, de cyclones...

Il est évident que toutes ces exigences sont rarement rencontrées. On se trouvera très souvent dans des conditions climatiques marquées soit par l'alternance de deux saisons (fraîche et sèche puis chaude et humide), soit par des périodes de sécheresse suivies de fortes précipitations ponctuelles. Dans ce cas, il conviendra d'étudier particulièrement les problèmes de variations de salinité, d'inondation, d'érosion des digues.

Les caractéristiques de l'eau

Il est important d'examiner en premier lieu les possibilités de pompage, en fonction de l'amplitude de la marée, de la bathymétrie, des courants et de la stabilité du littoral.

De bonnes conditions de prise d'eau seront rencontrées très souvent au niveau de chenaux protégés, dont la masse d'eau est bien renouvelée grâce au balancement de la marée. Cependant, dans les zones tropicales à longue saison sèche, et à marnage* insuffisant, il peut arriver que les chenaux piègent une masse d'eau qui deviendra vite sursalée sous l'effet de l'évaporation. Les grands estuaires aux multiples chenaux sont néanmoins à rechercher. On trouvera là, très souvent, des conditions d'eau saumâtre, une bonne partie de l'année; de plus, l'eau douce apportée contient généralement de éléments minéraux et nutritifs, qui sont de véritables fertilisants naturels.

Les principaux standards de qualité d'eau recherchés sont les suivants:

- température: 24 à 32° C (optimum 28° C);
- salinité: 10 à 35 ‰ (mais variable selon les espèces (1);
- pH 7.5 à 8.8;
- O 2 dissous: jamais en-dessous de 3 ppm;
- fer: inférieur à 2 ppm;
- ammoniaque: moins de 0,3 mg de NH 3-N/litre (non ionisé);
- nitrite: inférieur à 6 mg NO 2-N/litre;
- nitrate: inférieur à 100 mg NO 3-N/litre.

(1) La plupart des espèces pénéides tropicales ont un optimum de croissance en eau dessalée. Mais certaines espèces telles p. japonicus, p. schmitti, p. stylirostris , supportent parfaitement des salinités comprises entre 35 et 38 ‰.

Sur le plan bactériologique, les contraintes sont moins évidentes dans la mesure où un organisme pathogène pour l'homme ne l'est pas nécessairement la crevette. Néanmoins, on évitera les zones contaminées par des effluents domestiques.

Les besoins en eau douce sur le site sont plus ou moins importants selon le niveau d'intensification de l'élevage. Si l'eau de pompage est de salinité relativement élevée, il conviendra d'évaluer les ressources en eau douce souterraine afin de procéder à des mélanges, ceci n'est réalisé que dans le cas d'élevages intensifs avec p. monodon . Les autres utilisations de l'eau douce sont principalement d'ordre domestique, pour l'entretien du matériel, et éventuellement pour le conditionnement des crevettes.

Il convient également d'évaluer la qualité de l'environnement biologique. Une bonne productivité naturelle apparente est de bon augure quand on sait la part importante de cette dernière dans l'alimentation des crevettes en élevage (particulièrement en extensif).

La présence de mollusques filtreurs, de poissons, de crevettes dans le milieu naturel, est un facteur positif. Il peut arriver que des quantités massives de post-larves de crevettes de l'espèce souhaitée soient présentes (souvent saisonnièrement) dans le milieu naturel. Cette situation peut permettre de différer la réalisation d'une écloserie dans la mesure où la fourniture de post-larves «sauvages» peut être assez régulière et en tout état de cause d'un coût acceptable.

Il est également parfois possible de capturer des crevettes adultes dans la zone d'implantation d'un projet. Cependant, dans la plupart des cas, l'approvisionnement est irrégulier du fait des fluctuations de population lices aux migrations des crevettes.

Le terrain et les sols

La topographie générale du site doit être examinée avec attention car il est important de disposer d'une zone plate, vaste et peu surélevée par rapport au niveau de la mer.

On peut distinguer schématiquement trois types de terrain:

1) La zone intertidale* haute, correspondant très souvent dans les pays tropicaux à la forêt de palétuviers (ou mangrove). C'est l'espace souvent colonisé par l'aquaculture traditionnelle asiatique (1) qui utilise les mouvements de marée pour l'alimentation des bassins. Hormis le fait que les rendements obtenus par ce type d'exploitation sont médiocres, l'utilisation de ces zones pour l'aquaculture présente deux inconvénients majeurs:

- La destruction de la forêt de palétuvier peut entraîner à terme un déséquilibre de l'écosystème et des répercussions sur les stocks naturels de poissons et de crustacés.

- Les sols de mangrove* ont en général un potentiel sulfate acide élevé. Des réactions chimiques complexes se produisent qui entraînent une acidification marquée du sol, aggravée dans le cas d'une déforestation et de travaux de terrassement. L'acidification a des effets directs sur les crevettes en élevage et des mortalités très importantes sont souvent observées après les fortes précipitations (ruissellement sur les digues de bassin entraînant le sol superficiel très acide).

L'effet de l'acidification est également néfaste sur la faune et la flore (alimentation naturelle des crevettes). Il convient donc d'être extrêmement prudent quant au choix de ce type de filière d'élevage, même si les coûts d'exploitation sont très peu élevés.

CARACTERISTIQUES DES SOLS DE MANGROVE.


Sols acides

Sols normaux

pH

3,5

7,2

Aluminium (ppm)

230

Trace

Fer

110

25

Sulfates

1500

550

Phosphates

14

10

(1) «Tambak» indonésien.

2) Les zones (généralement alluviales) plates, salées, et dépourvues de végétation, situées à l'extrême limite supérieure de la zone intertidale (appelées tannes ou «salitrales» en Amérique Latine).

Ces terrains à dominante argileuse ont en général un potentiel d'acidité très inférieur à celui des zones de mangrove. La construction de grands bassins (plusieurs hectares) alimentés par pompage, ne modifie que peu ou pas le sol en place qui devient de fait le fond des bassins. L'exploitation de ces zones n'entraîne pratiquement pas d'inconvénient pour l'environnement dans la mesure où le terrain en place est conservé et où l'on adapte le projet à la topographie et en particulier au drainage naturel.

Cependant, ce type de site, du fait de la nécessité de recourir au pompage, oblige à pratiquer une exploitation aquacole semi-intensive (plus haute densité d'animaux, utilisation d'aliments composés, etc....), beaucoup plus lourde financièrement que l'élevage extensif traditionnel et qui, de ce fait, ne peut guère être abordé que d'un point de vue «industriel».

3) Les plaines littorales argilo-limoneuses situées au-dessus du niveau des plus hautes mers. Ces zones peuvent également convenir à la réalisation des fermes, sous réserve qu'elles ne soient pas marécageuses.

Le plus souvent, ces plaines littorales sont exploitées par l'agriculture et/ou couverts de forêts. Dans ce cas, le coût du terrain est un élément non négligeable, alors qu'en général les tannes, n'ayant aucune vocation particulière, ont une faible valeur foncière.

On dira donc, en schématisant, que les terrains de type 1 sont plutôt le domaine d'une aquaculture traditionnelle extensive. Les terrains de type 2, celui des grandes fermes semi-intensives (cas de l'Equateur). Les zones de type 3 sont plus facilement occupées par des fermes intensives de par leur surface limitée, mais aussi leur meilleure accessibilité (cas de Taiwan).

Dans tous les cas, il convient de se préoccuper de la nature des sols et voir si ceux-ci conviennent à la réalisation de bassins en terre compactée.

Les sols à dominante argileuse sont recherchés, on procède pour cela à des prélèvements d'échantillons et à des analyses visant à déterminer:

- la nature du sol et son homogénéité;
- la plasticité;
- la granulométrie;
- la perméabilité;
- le pH.

Des mesures permettant d'apprécier les possibilités de compactage sont également effectuées (indice proctor) dans la phase de préréalisation, parallèlement à l'exécution d'un levé topographique détaillé.

3.4. - Les conditions économiques

Au-delà des aspects purement biotechniques, il convient également d'évaluer la viabilité économique d'un projet et en particulier:

- le prix du terrain (et les éventuelles contraintes juridiques); les coûts de construction;
- l'accessibilité (construction de routes ?);
- la disponibilité et le coût de la main-d'œuvre locale;
- les possibilités d'approvisionnement en consommable (énergie /carburant);
- les possibilités de conditionnement et d'évacuation des produits.

Tous ces éléments permettent d'établir l'étude de faisabilité du projet.

Selon les pays et l'état de complexité des projets, ces coûts sont très variables. A titre indicatif, l'ordre de grandeur des investissements nécessaires à la réalisation d'une grande ferme semi-intensive, en Amérique Latine, est le suivant:

REPARTITION DU COUT DES PRINCIPAUX POSTES PAR RAPPORT A L'INVESTISSEMENT TOTAL (EN POURCENTAGE).

Ferme semi-intensive (200 à 500 hectares)

Principaux postes

% du total

- Terrassements

46 %

- Génie civil et hydraulique

9 %

- Station de pompage

18 %

- Bâtiments d'exploitation et habitations

7 %

- Equipement électrique

5 %

- Autres équipements (atelier pêche, scientifique, véhicules...)

15 %


100%

Le coût de l'hectare aménagé s'établit selon les sites et les pays entre 8000 et 15000 US$.

Ces investissements peuvent atteindre 50000 $/ha dans le cas de ferme de type intensif.

L'investissement nécessaire à la réalisation d'une écloserie industrielle pour une gamme de production comprise entre 50 et 250 millions de post-larves par an s'établit généralement entre 8000 et 12000 US$ par million de post-larves produites.

Le conditionnement s'effectue dans une unité spécifique. Le coût du conditionnement est en général de l'ordre de 0.5 à 0.7 US$/kg de crevettes.

Le coût de production total d'un kg de crevettes produit selon la filière semi-intensive se situe entre 3 et 4 $.

La répartition des charges d'exploitation (hors frais financiers) est en général la suivante:

Charges

%

- Post-larves (achat)

15 à 25

- Aliment

30 à 50

- Engrais

3 à 5

- Main-d'œuvre

10 à 15

- Combustible

5 à 15

- Maintenance

3 à 5

- Amortissement

10 à 15

Nota: Sur la base de 1 US$ = 6 FF.

COMPARAISON DE QUELQUES ASPECTS IMPORTANTS CONCERNANT TROIS TECHNIQUES D'ELEVAGE APPLIQUEES A UNE MEME ESPECE P. VANNAMEI .


Elevage extensif

Elevage semi-intensif

Elevage intensif

Provenance des juvéniles

milieu naturel

milieu naturel ou écloserie et géniteurs sauvages

écloserie et élevage de géniteurs en captivité

Prix des post-larves

20 à 60 F/1000 pL

30 à 100 F/1000 pL

30 à 100 F/1000 pL

Densité de stockage

0,5 à 2 crevettes/m²

5 à 15 crevettes/m²

100 crevettes/m²

Surface moyenne des bassins

0,5 à 20 ha

1 à 20 ha

0,15 a 0,5 ha

Renouvellement d'eau

par la marée (qq jours/mois) par pompage (moins de 2 % par jour)

pompage 2 à 100 % par jour

pompage 10 à 50 % par jour

Aération

non

non

20 cv/ha

Aliment

productivité naturelle

aliment composé 25-35 % de protéines

aliment composé 30 à 40 % de protéines

Coût de l'alimentation

néant

2, 5 à 4 F. kg

4 à 6 F. kg

Taux de conversion de l'aliment

néant

1,3 à 2,5

2,5 à 3,5

Taux de survie depuis P20

50%

40 à 80 %

70 à 80 %

Rendement

0,2 à 0,6 t/ha/an

1 à 4 t/ha/an

18 à 25 t/ha/an

Poids atteint en élevage (6 mois)

20 à 30 g

18 à 22 g

20 g

Coût de production ex-farm

inférieur à 10 FF/kg

entre 20 et 30 F/kg

entre 60 et 90 F/kg


Ecloserie en Malaisie.


Ecloserie pénéide. Station de Saint-Vincent (Nouvelle-Calédonie).

IV. Le choix d'une stratégie d'élevage

Le choix d'une stratégie d'élevage, c'est d'abord le choix d'une espèce, puis celui d'une technique d'élevage.

4.1. - Choix de l'espèce

Le choix d'une espèce est guidé par de très nombreux critères :

- certains purement biologiques (mode de reproduction, poids atteint, nombre d'œufs pondus ..);

- d'autres sont essentiellement des données propres à l'espèce dans les conditions d'élevage (vitesse de croissance, survie, etc....);

- enfin, l'état du savoir-faire biotechnique, pour l'espèce retenue, doit avoir atteint un niveau de fiabilité suffisant. Ainsi, pour plusieurs espèces, un savoir-faire est disponible permettant des productions de masse.

REPARTITION GEOGRAPHIQUE DES ESPECES AQUACOLES.

Espèce pour

Zone tempérée

Zone intertropicale

Amér. lat.


chaude

Asie

Afrique

Pacifique

Caraïbe.


Penaeus japonicus

+






Penaeus monodon


+

+

+



Penaeus indicus


+

+

+



Penaeus stylirostris


+

+

+

+

+

Penaeus vannamei


+

+

+

+

+

Penaeus merguiensis


+

+

+



Penaeus orientalis

+

+

+

+

+

+

Penaeus schmitti





+

+

Il est bien évident que ce choix est également dicté par la zone géographique où se trouve le projet et par la présence éventuelle d'une espèce intéressante dans la zone retenue.

Il est cependant possible aujourd'hui d'envisager des élevages de crevettes dans des régions favorables où les espèces candidates n'existent pas. Dans ce cas, il convient d'introduire l'espèce souhaitée et de réaliser des élevages de géniteurs en captivité. C'est aujourd'hui possible pour la plupart des espèces précitées, depuis la mise au point d'une technique d'élevage spécifique dans les installations IFREMER / FRANCE AQUACULTURE de Tahiti et de Nouvelle Calédonie. Cette possibilité présente bien évidemment des risques dans la mesure où une perte du stock de géniteurs peut entraîner la paralysie du projet. Elle peut être cependant envisagée pour de gros projets disposant de la technologie adaptée.

Quelques caractéristiques et performances principales de ces espèces sont résumées dans le tableau ci-après:

A l'heure actuelle, les trois espèces les plus cultivées dans le monde sont:

- p. monodon : Asie principalement;
- p. vannamei : Amérique latine et Pacifique principalement;
- p. stylirostris : Amérique latine et Pacifique principalement.

Ces choix ont été effectués en prenant en compte certaines caractéristiques intéressantes de ces espèces en élevage, à savoir, principalement:

- un taux de croissance rapide et un poids commercial atteint en moins de six mois;
- un caractère d'eurhyalinité marqué (adaptation à des salinités variant de 2 à 40 ‰;
- une bonne adaptation aux variations de température dans la gamme 25-32°;
- élevage possible en bassin de terre à fond argileux;
- bonne résistance aux conditions du milieu et une excellente adaptation à l'élevage (bonne résistance aux manipulations, facilité de pêche...);
- une bonne valeur marchande.

CARACTERISTIQUES DE QUELQUES ESPECES DE PENAEUS EN ELEVAGE.

Espèces

Gamme de températures favorables

Résistance aux manipulations

Taux de protéines dans l'aliment

Filière d'élevage

PM atteint en 150j depuis 1 g

Inconvénients

P. monodon

25-32°

Bonne

35-45 %

- Extensif

30-100 g

Nécessite un bon aliment





- Semi-intensif

25-30 g






- Intensif

20-40 g


P. stylirostris

20-30°

Médiocre

30-35 %

- Extensif

30 à 40 g

Sensible aux conditions de milieu





Semi-intensif

20 à 30 g


P. vannamei

24-32°

Moyenne

30-35 %

- Extensif

30 à 35 g

Taille relativement petite





- Semi-intensif

15-22 g






- Intensif

15-22g


P. merguiensis

22-32°

Faible

40-50 %

- Extensif

15 à 30 g






- Semi-intensif

3,5 g

Petite taille





- Intensif

1,5 g


P. japonicus

18-28°

Très bonne

> 60 %

- Extensif

20 à 40 g






- Semi-intensif

15 à 25 g

Aliment cher

P. indicus

22-32°

Bonne

40-45 %

- Extensif

20 à 30 g






- Semi-intensif

8 à 12 g

Taille modeste

P. orientalis

14-30°

Assez bonne

35-45 %

- Extensif

25 à 35 g

Reproduction captivité encore peu étudiée





- Semi-intensif

18 à 25 g






- Intensif

12 à 14 g



Salle de culture d'algues. Saint-Vincent (Nouvelle-Calédonie).


Construction d'une écloserie. FEGA/Indonésie.


Ferme d'élevage de crevettes/chevrettes (Aquacop Tahiti).


Centre Océanologique du Pacifique (Aquacop-IFREMER/Tahiti).

Ces espèces se différencient cependant par le poids atteint en fin d'élevage. P. monodon et dans une moindre mesure P. stylirostris atteignent un poids de 10 à 30 % supérieur à p. vannamei dans des conditions d'élevage identiques. En contrepartie, la valeur marchande de p. vannamei est un peu plus élevée et le coût de l'aliment nécessaire à sa production est sensiblement inférieur à celui qui convient à p. monodon .

4.2. - Les techniques d'élevage

4.2.1. - Les «filières de base»

On distingue généralement trois filières d'élevage possibles, dont les caractéristiques essentielles sont résumées ci-après.

L'extensif

Pratiqué en bassin de terre ou en lagunes plus ou moins aménagées, ce type d'élevage est développé traditionnellement en Asie («Tambak» en Indonésie).

Les renouvellements d'eau sont faibles, généralement réalisés naturellement par la marée.

L'élevage s'effectue à basse densité (inférieure à 2 crevettes/m²) en monoculture ou en association avec d'autres animaux (poissons: Chanos chanos ), généralement sans apport de nourriture. L'éleveur se contente de laisser fonctionner le cycle naturel de production-dégradation de la matière vivante, à son rendement optimum, en améliorant parfois ce dernier par apport de fertilisants.

Les rendements sont inférieurs à 800 kg/ha/an.

Le semi-intensif

C'est une voie d'élevage très pratiquée en Amérique latine, et considérée comme fiable et bien maîtrisée à l'heure actuelle.

L'élevage se pratique dans des bassins de terre de grandes dimensions disposant d'ouvrages hydrauliques permettant un renouvellement d'eau satisfaisant (par pompage).

Ce type d'élevage s'effectue à des densités moyennes comprises entre 5 et 15 crevettes/m², avec un apport d'aliment composé.

Les rendements obtenus sont fonction des conditions climatiques, du soin apporté à l'élevage et de l'organisation des cycles de production. Ils sont compris entre 2 t et 4 t par hectare et par an.

L'intensif

Cette voie d'élevage repose sur des techniques plus récentes. Le grossissement est réalisé dans de petites enceintes (quelques milliers de m³) équipées d'un système d'aération.

On peut distinguer schématiquement trois techniques:

- la technique américaine de «raceway», basée sur un fort courant de renouvellement d'eau (rendement de plusieurs dizaines de t/ha/an sur p. vannamei et p. stylirostris );

- la technique asiatique, intermédiaire entre le semi-intensif et «l'hyper-intensif» de type «raceway». Basée sur une forte aération, des renouvellements d'eau séquentiels et l'apport d'aliments performants (rendements à 6 à 20 t/ha/an pour p. monodon );

- la technique française (Aquacop), basée sur un recyclage des déchets d'élevage par des bactéries nitrifiantes. Elle nécessite une aération importante mais de faibles renouvellements d'eau et l'apport d'aliments composés (rendements obtenus 20 à 30 t/ha/an sur plusieurs espèces). Cette technique se développe en Polynésie française à une échelle commerciale.

La technique asiatique est à l'heure actuelle développée à grande échelle et les résultats obtenus à Taïwan et plus récemment en Thaïlande, sont particulièrement convaincants. Les coûts de production sont en général nettement plus élevés que pour l'élevage semi-intensif classique (l'espèce élevée est p. monodon ):

- L'aliment est en général deux à trois fois plus cher.
- La consommation d'énergie est plus élevée (aération) ainsi que les charges de maintenance.
- Le personnel doit être fiable et qualifié.

Le système intensif n'est pas systématiquement applicable partout. Les techniques extensives ou semi-extensives peuvent être parfaitement rémunératrices dans certains pays dans la mesure où beaucoup de sites sont disponibles, que leur mise en exploitation ne génère pas nécessairement des investissements importants, et que l'on dispose localement d'un aliment composé simple et bon marché.

4.2.2. - Les étapes de l'élevage

On distingue trois étapes dans l'élevage des crevettes: l'élevage larvaire, le prégrossissement et le grossissement.

L'élevage comporte trois étapes:

- l'élevage larvaire en écloserie;
- le prégrossissement dans une nurserie;
- le grossissement en bassins jusqu'à la taille commerciale.

4.2.2.1. - L'élevage larvaire

Il s'effectue dans une écloserie. L'écloserie est un ensemble d'unités ayant chacune une fonction propre et devant nécessairement fonctionner de manière synchrone, pour que la production de post-larves soit fiable et régulière.

Cet ensemble se compose:

- de bassins de stockage des reproducteurs;
- d'une zone de maturation;
- d'une zone de ponte-éclosion;
- de la salle d'élevage larvaire;
- de la salle de production d'algues;
- d'une unité de production d'artémia.

La séquence de fonctionnement de l'écloserie est généralement basée sur une alternance des périodes de production et des vides sanitaires.


Etapes de production

Description des différentes unités:

- Les bassins d'élevage des reproducteurs

Les techniques d'élevage des reproducteurs ont été récemment maîtrisées en particulier par IFREMER à Tahiti et en Nouvelle-Calédonie. Cette technologie demeure cependant peu répandue et la plupart des écloseries doivent s'approvisionner en géniteurs du milieu naturel.

Les enceintes d'élevage sont de simples bassins le plus souvent en terre, où s'effectuent toutes les étapes du grossissement. Les crevettes sont sélectionnées dès le stade juvénile et traitées de manière à obtenir des reproducteurs sains, en un minimum de temps. Les futurs géniteurs seront élevés soit de manière intensive ( p. vannamei ), soit de façon très extensive ( p. monodon ).

SCHEMA TYPE DE PRODUCTION DE GENITEURS.


Densité initiale AX/m²

Durée mois

Récupération sélection

Phase 1

4,5

4

1/3

Phase 2

1,5

4

1/3

Phase 3

0,5

4

1/3

Total


12


La maturation

Les crevettes sont placées dans des bacs circulaires à une charge maximum de 300 g/m²; elles reçoivent une alimentation particulière à base de nourriture fraîche et d'aliments composés spécifiques.

La température est maintenue entre 27 et 30° C.

La maturation et la ponte sont obtenues assez souvent après ablation oculaire unilatérale.

Chaque femelle est susceptible de pondre 1 à 3 fois par mois.

La ponte et l'éclosion

Les femelles prêtes à pondre sont isolées dans de petits bacs cylindro-coniques. La ponte survient généralement dans la nuit et les œufs récupérés sur des filtres sont placés en incubateurs.


Figura


France Aquaculture


Ecloserie crevettes shrimp hatchery

L'éclosion se produit quelques heures plus tard, et les nauplii récupérés sont transférés directement en bacs d'élevage larvaire.

L'élevage larvaire

L'élevage larvaire est réalisé dans des bacs cylindro-coniques ou en forme de «U», d'un volume unitaire variable selon la capacité de production (entre 1 m³ et 15 m³). La technique utilisée, dite intensive, est schématisée ci-après.

La production d'algues

Les algues unicellulaires sont utilisées comme nourriture par les larves de crevettes au stade «Zoé». Elles doivent répondre à des critères spécifiques: taille adaptée, multiplication rapide, bonne acceptation par les larves.

Ainsi, seules des souches d'algues préalablement sélectionnées et testées sont cultivées. La technique de production consiste à réaliser des «blooms» successifs dans des volumes croissants. L'organisation de la production respecte un protocole rigoureux.

La production d'artémia

L'artémia est un petit crustacé utilisé comme proie vivante. Les œufs de durée (ou cystes), peuvent être stockés et utilisés en fonction des besoins. L'éclosion est obtenue en 24 ou 36 h et les nauplii produits sont directement distribués aux larves de crevettes.

La qualité des cystes est cependant très variable, le nombre d'œufs par gramme est généralement compris entre 100000 et 300000 et le taux d'éclosion se situe entre 30 et 80 %.

4.2.2.2. - Le prégrossissement

Il s'agit d'une étape de transition entre l'écloserie et la phase de grossissement à proprement parler. Son intérêt se situe à deux niveaux:

- Les bassins de grossissement peuvent ainsi être ensemencés avec un nombre de juvéniles connu. A cette taille les risques de mortalité sont limités. Ainsi, le suivi du bassin est plus efficace, particulier au niveau de l'appréciation des besoins alimentaires.

- La gestion de la ferme est plus rationnelle. L'étape de prégrossissement raccourcit la durée des grossissements et permet une rotation plus rapide des bassins.

Il peut être réalisé selon plusieurs filières et dure entre 10 jours et 2 mois (poids moyen atteint 0,05 g à 1 g).

On distingue:

a) Le prégrossissement intensif «classique» en bassin de terre de 1000 à 5000 m² sans aération (densité 80/m² à 150 PL/m²).

Dans ce type de structure, la croissance est d'autant plus rapide que la présence de zooplancton dans le bassin est importante. Dans un élevage bien mené, l'indice de conversion est inférieur à 2.

b) Le prégrossissement hyper-intensif en petit volume avec une forte aération. La tendance actuelle est de réaliser des prégrossissements en cycle court (10 à 20 jours) appelés aussi «nurserie».

Les meilleurs résultats de prégrossissement sont obtenus dans les conditions suivantes:

- bon état des post-larves à l'ensemencement;
- température comprise entre 26 et 30° C;
- salinité comprise entre 25 et 35 ‰;
- ensemencement monospécifique et groupé;
- apport d'aliment de bonne qualité (artémia congelé, micro particules).

4.2.2.3. - Le grossissement

Ainsi qu'on l'a vu, il existe plusieurs filières de grossissement déterminées par la densité d'animaux en élevage.

Le grossissement s'effectue, dans la majorité des cas, dans des bassins de terre construits sur une surface plane. Les digues sont également en terre compactée, construites en déblais-remblais ou par apport de terre. Il est très rare que les bassins soient creusés dans le sol, pour deux raisons fondamentales:

- Le niveau des terrains recherchés est généralement bas pour minimiser les coûts de pompage (d'autre part, les terrains surélevés sont généralement agricoles, donc de coût très élevé). Les vidanges de bassins seraient donc impossibles à réaliser gravitairement.

- Les coûts de construction seraient très élevés, compte tenu de l'importance des déblais à évacuer.

Chaque bassin est alimenté en eau par des conduites à partir d'une station de pompage ou plus fréquemment par l'intermédiaire d'un canal en charge.

L'eau entre et sort par l'intermédiaire de dispositifs appelés moines, comportant des panneaux de filtration et un système de régulation du débit.

La hauteur d'eau est généralement comprise entre 0,80 et 1,50 m. Les fonds de bassin sont réglés de manière à réaliser une vidange rapide suivie d'un assec du sédiment. Cet assec peut être suivi d'un hersage superficiel destiné à faciliter la minéralisation de la matière organique.

Dans le cas d'élevage intensif, les bassins sont également munis de dispositifs d'aération de l'eau.

4.2.3. - Les conditions d'élevage

4.2.3.1. - La préparation du bassin

Préparation du fond

Les fonds en terre plus ou moins argileux ou boueux lourds qui s'imprègnent d'eau sont plus difficiles à assainir. Entre deux élevages, la durée d'un assec minimum est d'une dizaine de jours. Une fois bien asséché, il est important d'aérer le sol en utilisant un équipement agricole tel que la herse ou la charrue à disques, ce qui permet une oxydation de la matière organique réduite et une destruction des organismes pathogènes. L'aération du sol par hersage n'est toutefois pas recommandée dans le cas de sols très acides.


Coupe d'un moine


Vue de dessus


Coupe d'un digue


Moine de vidange


Schéma d'une ferme industrielle

Le pH d'un sol acide peut être amélioré par le chaulage, le chaux présente l'avantage de désinfecter, de réorganiser la structure du sol en favorisant son activité biologique. Il est important de bien lessiver un bassin à sol acide avant la remise en eau.

L'élimination des prédateurs et des compétiteurs

Si le fond et les digues ne sèchent pas bien, il convient d'éliminer les crabes, les mollusques et éventuellement les poissons qui peuvent se maintenir dans les zones humides; on utilise généralement du chlore ou de la rotenone. Pendant l'élevage, l'arrivée des prédateurs (poissons, crabes) et compétiteurs (poissons, mollusques, crustacés) est limitée par la mise en place de mailles de filtration au niveau des moines d'entrée d'eau. Ces panneaux de filtration à mailles fines doivent être nettoyés et contrôlés plusieurs fois par jour.

4.2.3.2. - Le suivi du milieu et des animaux

Les paramètres physico-chimiques ainsi que l'alimentation naturelle des crevettes (plancton et meiofaune benthique) ont une relation étroite avec le milieu et son évolution. La productivité naturelle est elle-même plus ou moins dépendante de l'alimentation et de l'excrétion de crevettes, de la décomposition de l'aliment et des autres déchets organiques, ainsi que de la minéralisation progressive du substrat.

Afin d'éviter une évolution défavorable du milieu, il est important de pouvoir réaliser des changements d'eau massifs, mais aussi de contrôler rigoureusement la ration alimentaire et la fertilisation.

Fertilisation

Elle a comme objectif de développer la production naturelle consommable par les crevettes et d'augmenter la production planctonique particulièrement au début de l'élevage quand la biomasse est réduite.

Les engrais organiques sont utilisés directement par les bactéries hétérotrophes et suivent le cycle normal de minéralisation bactérienne.

Les engrais inorganiques sont efficaces mais peuvent déclencher des blooms de phytoplancton rapides et souvent instables. D'une manière générale, les engrais azotés favorisent la production primaire et les engrais phosphatés la production benthique.

Il est recommandé de réaliser plusieurs fertilisations, en particulier les 15 premiers jours suivant la mise en eau. Pendant l'élevage, la quantité totale comme la fréquence d'utilisation des engrais sont fonction de la richesse de l'eau, de la richesse du sol et de l'évolution du milieu.

On obtient une bonne dilution des engrais inorganiques (qui s'utilisent seulement dans l'eau) en les déposant dans un sac à l'entrée d'eau, ou dans des bidons flottants dans le bassin.

Contrôle du milieu d'élevage

Ce contrôle a deux objectifs:

- conserver au milieu une stabilité de la productivité naturelle (phytoplancton, zooplancton, production benthique);

- garder une qualité physico-chimique compatible avec une bonne survie et croissance des crevettes.

Les moyens d'intervention sur le milieu sont essentiellement le renouvellement d'eau et l'aération.

En pratique, il convient d'assurer un faible renouvellement d'eau continu en début d'élevage (0 à 10 % du volume d'élevage par jour) pouvant monter jusqu'à 20-30 % par jour en fin d'élevage.

Cependant, des changements d'eau ponctuels élevés peuvent s'avérer nécessaires en cours d'élevage.

L'aération est utilisée dans les élevages intensifs. Elle a pour but d'assurer un maintien du taux d'oxygène dissous (qui ne doit pas descendre en dessous de 3 mg/litre).

L'élevage à haute densité (hyper-intensif) nécessite l'établissement d'un floc algal et bactérien dans le milieu d'élevage, lequel floc participe de façon active à l'auto-épuration des matières azotées provenant des déchets de l'élevage (faeces, résidus d'aliments).

Le maintien d'un milieu équilibré au cours d'un élevage intensif est essentiel à sa réussite, en particulier, il convient à ce que le système d'aération puisse être opérationnel en permanence, un arrêt de quelques heures pendant une période critique pouvant avoir des conséquences graves.

Contrôle quotidien:

- oxygène dissous (plusieurs fois par jour);
- pH;
- température;
- disque de Secchi (transparence);
- observation de «visu» de la couleur (vert brun) et de l'aspect de l'eau.

La couleur correspond en général au mélange de différentes espèces d'algues, toujours préférable à la domination d'une ou deux espèces: dans ce dernier cas, le bloom est plus instable.

- observation du comportement des animaux (s'ils sont immobilisés ou s'ils nagent à la surface, il peut y avoir un problème de température ou d'oxygène. S'ils nagent en permanence autour du bassin, un manque d'aliment...);

- nettoyage des mailles de filtration à l'entrée et à la sortie


Les contrôles de routine

Le diagnostic d'évolution et de gestion du milieu s'établit à partir de contrôles et d'observations.

Contrôles bi-hebdomadaires

- ammoniaque, nitrate, nitrite;
- observation des crevettes (mortalité, activité, mue, parasites, etc....).

Le suivi des animaux

- Les suivis de l'état des crevettes et de leur croissance se fait par échantillonnages successifs et réguliers. Ces échantillonnages permettent de contrôler la croissance des crevettes. On utilise des cages ou des filets de différents types (épervier) ainsi que la drague électrique (dans le cas de p. japonicus ).

Il est important de réaliser les échantillonnages en plusieurs endroits du bassin (les crevettes seront réparties de manière plus homogène si aucun aliment n'est distribué avant l'échantillonnage).

L'estimation du nombre de crevettes est essentielle. Avec l'estimation du poids moyen, elle permet de bien définir la ration alimentaire.

On peut évaluer le nombre de crevettes en observant la consommation des animaux pendant plusieurs jours. Le restant d'aliment par rapport à celui qui a été distribué donne une estimation de la consommation réelle, et par là-même permet d'estimer le nombre.

Il existe également une technique d'évaluation de la population par marquage et recapture.

Au début de chaque étape d'élevage, le nombre initial de crevettes doit toujours être évalué correctement.

Les animaux sont observés à chaque échantillonnage. Les aspects importants sont:

- la couleur et l'aspect général de la carapace;
- la fermeté de la chair;
- l'absence d'algues épiphytes, de parasites, champignons et nécroses;
- l'état des branchies et des appendices et antennes;
- l'activité des crevettes et la présence régulière de mues;
- l'absence de crevettes mortes sur le fond du bassin.

4.2.3.3. - L'alimentation

Dès que la charge en crevettes est supérieure à 20 g/m², la production naturelle doit être complétée et augmentée par l'aliment granulé. A une température de 20-25° C, il faut 2 à 3 kilos de ganulés pour produire un kilo de crevettes de taille commerciale, suivant la densité de l'élevage et la qualité du granulé.

Au cours du premier mois, la production naturelle couvre une grande partie des besoins des crevettes, mais il faut soutenir cette production en distribuant de l'aliment dès les premiers jours d'élevage pour éviter que la production naturelle soit épuisée rapidement. Elle joue un rôle essentiel en élevage extensif.

La crevette est surtout active la nuit. L'aliment granulé est fabriqué pour conserver une bonne tenue à l'eau, pendant plusieurs heures. L'aliment distribué dans la journée n'est souvent consommé que plusieurs heures plus tard et a perdu beaucoup de ses qualités nutritives. Il est donc plus efficace de le distribuer le soir ou la nuit. A faible charge (< 100 g/m²), un repas le soir est suffisant; à plus forte charge, il est recommandé de réaliser plusieurs distributions par jour.

L'aliment doit être distribué sur la plus grande surface possible du bassin afin que toutes les crevettes puissent y accéder.

La ration quotidienne varie avec le poids moyen et la température. Il n'existe pas encore de règles précises relatives à l'influence de la température sur la consommation alimentaire: seules peuvent être données quelques règles de conduite: pour des p. japonicus par exemple, à des températures de 19-20° C, la ration est environ la moitié de celle à 24-25° C; en dessous de 18° C, il ne faut donner qu'une ration d'entretien (0,5 à 1% de la biomasse tous les 2 à 3 jours) car la croissance est très faible.

Le calcul de la ration est effectué chaque semaine, après échantillonnage. Celui-ci a permis d'évaluer la biomasse. La ration quotidienne est calculée en multipliant la biomasse par la valeur trouvée sur un abaque. Suivant la température, la valeur est ajustée ou non à la baisse.

Dans tous les cas, il faut faire très attention à la consommation réelle: le calcul donne une valeur moyenne théorique qu'il faut ajuster suivant la consommation des crevettes. Cet ajustement ne se fera plutôt à la baisse car il y a presque toujours suralimentation et très rarement sous-alimentation.

Lors de la distribution, quelques poignées peuvent être jetées sur des carrelets de toile moustiquaire posés sur le fond, ces carrelés sont relevés le matin. Si des granulés sont encore visibles, la ration doit être réduite.

En cas de restes systématiques sur toutes les mangeoires, il faut:

- regarder très attentivement l'état du sédiment;
- vérifier les paramètres physico-chimiques;
- vérifier qu'une mortalité exceptionnelle n'a pas eu lieu
(ceci peut s'effectuer en plongeant dans le bassin).

4.2.4. - Les principaux milieux rencontrés (d'après Aquacop)

Il se produit parfois en début d'élevage une explosion du phytoplancton (un bloom), même en présence d'une faible charge en crevettes et sans fertilisation (ce bloom utilise les sels minéraux produits au niveau du bassin par la minéralisation de la matière organique de l'élevage précédent).

Cepenant, le premier type de milieu normalement rencontré en début d'élevage, quand la charge en crevette est inférieure à 10-30 g/m², est «l'eau claire». Ce milieu se caractérise par:

- une profondeur de disparition du disque de Secchi supérieure a 1 m;
- une quantité de chlorophylle faible;
- un pH proche de 8,5.

Il peut y avoir ponctuellement de courtes périodes d'eau claire au cours d'un élevage, à la suite d'une mortalité brutale du phytoplancton: il s'agit alors souvent d'une eau grisâtre ou laiteuse, à forte charge bactérienne. Un renouvellement d'eau important est réalisé pour favoriser le redémarrage du phytoplancton.

Cette période d'eau claire peut s'accompagner d'un développement d'algues benthiques macrophytes (très délicates à éliminer).

Une application excessive d'engrais à cette période, dans le but de favoriser la croissance du phytoplancton peut avoir pour conséquence un développement important des algues macrophytes. Ce développement peut être également lié à une dégradation du fond depuis l'élevage précédent. Ces algues sont spécialement une gêne lors de la récolte des bassins, mais elles peuvent également créer des problèmes en cours d'élevage (dégradation du milieu, crises d'anoxie* et mortalités massives...).

La bonne gestion de ce milieu est un renouvellement d'eau faible destiné à hâter l'apparition du phytoplancton, et une surveillance préventive contre la stratification de l'eau (aération légère).

La biomasse augmentant, un milieu à dominante phytoplanctonique fait suite à l'eau claire. Ce milieu se caractérise typiquement par:

- une transparence limitée;
- une teneur élevée en chlorophylle;
- un pH supérieur à 8,5;
- un taux d'oxygène montant très haut le jour (10-15 ppm) en l'absence d'aération, ou sous faible aération (le brassage entraîne un dégazage de l'oxygène en sursaturation).

L'augmentation de la densité phytoplanctonique n'est pas régulière malgré une certaine autorégulation de sa croissance; face à des ressources limitées en sels minéraux et en lumière, le phytoplancton est sujet à des fluctuations.

Les conséquences physico-chimiques de cette évolution biologique se font sentir principalement sur le taux d'oxygène qui paraît être le seul facteur limitant susceptible de se manifester dans ces conditions de biomasse, le phytoplancton assurant à lui seul une bonne épuration (élimination de l'ammoniaque en particulier).

En présence de ce type de milieu, les deux questions principales qui se posent, concernant sa gestion, sont:

- Doit-on agir préférentiellement sur le débit d'eau ou l'aération pour maintenir le taux d'oxygène au niveau souhaitable ( > 3 mgl). Ces deux réactions peuvent engendrer des milieux différents.

- Doit-on réaliser un apport d'eau continu ou discontinu. Les changements d'eau séquentiels régénèrent les blooms phytoplanctoniques, et conduisent à un certain regroupement des mues.

Les réponses sont fonction de l'appréciation (de l'expérience), de l'aquaculteur (évaluation de l'ensemble des paramètres de l'élevage et du comportement des animaux).

Quand la charge en crevettes devient élevée et qu'un renouvellement d'eau faible (inférieur à 20% par jour) n'assure plus une croissance et une stabilité suffisantes au phytoplancton, le taux d'ammoniaque peut se mettre à monter jusqu'à des valeurs d'environ 5 mg/l de NH 4-N. A ce moment, un floc bactérien nitrifiant peut se mettre en place en ajoutant son effet épurateur à celui du phytoplancton.

Les caractéristiques du milieu à floc bactérien nitrifiant sont les suivantes:

- transparence très limitée;
- teneur en chlorophylle variable;
- pH inférieur à 8,0;
- taux d'oxygène dissous bas durant la journée;
- taux de nitrites croissant puis décroissant avec la montée des nitrates.

En effet, à la différence du phytoplancton producteur d'oxygène le jour, le floc bactérien est en permanence consommateur d'oxygène.

Outre le suivi du taux d'oxygène, une attention particulière doit être apportée aux sels azotés, et en particulier à l'ammoniaque, durant sa phase ascendante qui précède juste l'installation du floc (la forme toxique n'est pas l'ion NH 4+, mais l'ammoniaque non ionisé NH 3, dont le pourcentage dépend de différents facteurs, et en particulier la salinité et le pH).

La teneur en NH 3-N ne doit pas excéder 0,1 ppm. Pour conserver ce type de milieu, il convient de ne pas dépasser un certain taux de renouvellement d'eau, ce qui peut placer l'éleveur devant un choix difficile durant la phase de montée d'ammoniaque: tout apport d'eau destiné à diminuer la teneur en ammoniaque, dilue aussi le floc naissant (il est possible de favoriser l'apparition des populations nitrifiantes par inoculation à partir d'un bassin voisin actif).

Le dernier type caractéristique de milieu résulte de l'évolution du milieu phytoplanctonique, en présence d'une charge élevée de crevettes, et d'un taux de renouvellement supérieur à 30 % par jour (ou séquentiel). Dans ce cas, le floc nitrifiant n'apparaît pas, mais la charge en bactéries hétérotrophes devient suffisamment élevée pour entraîner une baisse de pH (due à l'action acidifiante du CO 2) et empêcher la montée diurne du taux d'oxygène sous faible aération. On observe alors:

- une profondeur de disparition du disque de Secchi faible;
- un pH inférieur à 8,5;
- un taux d'oxygène dissous stable le jour;
- une absence de sels azotés (présence du phytoplancton).

La gestion de ce milieu se fait essentiellement en fonction du taux d'oxygène, en jouant sur l'apport d'eau ou d'air.

- Un renouvellement d'eau trop faible peut laisser apparaître un floc nitrifiant.
- Un renouvellement d'eau élevé diminue la charge en bactéries hétérotrophes.

Cette classification en quatre types de milieu (eau claire, phytoplancton, bactéries nitrifiantes, bactéries hétérotrophes), est une simplification de la réalité dans laquelle il peut y avoir cohabitation de plusieurs types. Les limites fournies de biomasse ou de taux de renouvellement d'eau entre deux milieux sont plus des ordres de grandeur que des valeurs absolues.

L'important est de bien surveiller la réaction des crevettes face à ces différents milieux et de disposer de moyens d'intervention rapide (changement d'eau et oxygénation).

LES DIFFERENTS MILIEUX D'ELEVAGE.

La gestion sera différente dans les 4 cas suivants:

Crevettes

Caractéristiques du milieu


MILIEU 1

Faible charge

· Transparence de plus de 1 m


· Peu de chlorophylle: EAU CLAIRE


· pH =8.5


MILIEU 2

Croissance

· Transparence faible


· Beaucoup de chlorophylle: EAU VERTE


· pH =8.5


· Teneur en oxygène fluctuante


MILIEU 3

Charge élevée

· Transparence très limitée


· Teneur variable en chlorophylle


· pH < 8


· Teneur en oxygène basse dans la journée


· Forte présence d'azote (ammoniaque, nitrites, nitrates)


MILIEU 4

Charge élevée

· Transparence très limitée


· pH = 8.5


· Teneur en oxygène stable pendant la journée


· Absence de sels azotés

BIEN SURVEILLER LA REACTION DES CREVETTES DANS CES DIFFERENTS MILIEUX

4.2.5. - Schéma opérationnel général d'un projet d'élevage de crevettes de type industriel

Ainsi qu'on l'a vu, la réalisation d'un projet important requiert la conjonction de multiples fonctions dont le développement et une synchronisation harmonieuse sont seuls gages de réussite.

Le schéma opérationnel suivant est proposé pour une ferme d'élevage d'une capacité de production de l'ordre de 500 t/an.

Les fonctions peuvent être schématisées de la façon suivante:

- production contrôlée des juvéniles: écloserie,
- grossissement des animaux: ferme;
- production d'aliments: usine aliments ,
- conditionnement des récoltes: usine de conditionnement ;
- commercialisation des produits: marketing-service commercial .

L'orchestration des cinq fonctions essentielles suppose des fonctions secondaires de liaison: transport et communication.

Le projet est dit intégré quand il gère lui-même l'ensemble de ces fonctions.

Cependant, dans la plupart des cas, la fonction «usine d'aliments» est assurée par une usine d'aliment pour bétail indépendante. Néanmoins, les responsables de gros projets assurent souvent un contrôle de la qualité des ingrédients et des aliments produits.

D'autre part, il est fréquent que l'écloserie soit située sur un autre site que celui de la ferme.

Un schéma opérationnel type est proposé ci-après.

4.2.5.1. - La direction du projet

Compte tenu de l'intérêt économique d'utiliser des services techniques en commun pour l'écloserie, la ferme et l'unité de conditionnement (même si ces installations sont physiquement dissociées), un directeur de projet coordonne ces services communs. Il possède en général des attributions plus directes dans le fonctionnement de la ferme par la prise en charge du service administratif et financier.

La direction technique est assurée (surtout dans la phase de démarrage et de transfert de technologie) par un biologiste très expérimenté assisté d'un biologiste assistant.

Cette direction technique a autorité sur:

- l'écloserie;
- le service logistique (en concertation avec le directeur de projet);
- l'unité prégrossissement des post-larves;
- l'unité grossissement;
- l'unité conditionnement.

4.2.5.2. - L'écloserie

A ce niveau, plusieurs fonctions précises sont à assurer:

- l'élevage des géniteurs;
- le suivi de la maturation;
- la production de nauplii d'artémia;
- la production d'algues unicellulaires;
- l'élevage larvaire.

L'élevage des géniteurs

Les géniteurs sont élevés en bassins de terre selon un protocole défini.

Cette fonction est assurée par une petite équipe sous la supervision du responsable de la maturation.

Le suivi de la maturation

Cette fonction est importante car elle conditionne la production de post-larves de l'écloserie. Elle doit être dirigée par un biologiste expérimenté qui supervisera à la fois:

- l'élevage des géniteurs;
- le suivi de la maturation;
- les pontes et les éclosions.

La production de nauplii d'artémia

Il s'agit également d'une fonction importante, mais qui ne comporte pas de difficultés bio-techniques particulières. Sa supervision peut donc être assurée par un technicien compétent .

La production d'algues unicellulaires

Les algues constituent la nourriture essentielle des jeunes larves de crevettes. Leur culture est délicate et doit être réalisée dans un respect rigoureux des protocoles.

Un technicien spécialiste de ces problèmes peut donc assurer la direction de cette fonction, secondé par un technicien compétent.

L'élevage larvaire

C'est la fonction capitale du niveau d'écloserie. La supervision des équipes attachées à la production de post-larves doit être impérativement assurée par un biologiste de haut niveau compétent dans le domaine de la pathologie des crevettes, assisté d'au moins 2 techniciens.

4.2.5.3. - Le service logistique

Ce service a compétence dans les domaines suivants:

- assurer la production d'énergie électrique pour l'ensemble du projet;
- assurer le bon fonctionnement de l'écloserie (filtration, eau, air);
- assurer l'approvisionnement en eau douce;
- assurer l'entretien de l'usine de conditionnement; assurer l'approvisionnement en eau de mer;
- assurer la fourniture en air surpressé de l'unité de prégrossissement;
- assurer l'entretien des équipements de transport (moteur hors bord, barges, canots);
- assurer la gestion du parc automobile;
- assurer la mise en œuvre et l'exploitation des équipements pour les pêches des bassins de grossissement, ainsi que le transport jusqu'à l'usine de conditionnement;
- assurer l'entretien général des bâtiments et des bassins;
- assurer le gardiennage des installations.

Ce service est dirigé par un ingénieur en chef qui reçoit des instructions soit du directeur de projet pour des actions requérant une coordination, soit directement du responsable conditionnement, ou du directeur technique pour des actions de routine spécifiques à chaque unité.

Cet ingénieur en chef est secondé par des techniciens et spécialistes dans chacun des domaines qu'il a à gérer.

4.2.5.4. - L'unité de prégrossissement

La solution intensive en «nurserie» est fréquemment retenue.

Compte tenu du degré de technicité élevé du prégrossissement intensif, cette unité est souvent dirigée de façon autonome par un biologiste .

Elle a pour tâche de prégrossir les post-larves que lui livre l'écloserie à la taille P4-P5 jusqu'à la taille P25.

4.2.5.5. - L'unité de grossissement

Cette unité assure la responsabilité technique du grossissement suivant un plan de gestion des bassins communiqués par la direction technique de la ferme.

L'unité grossissement est placée sous l'autorité d' un biologiste de haut niveau .

Compte tenu de la taille importante du projet, des sous-unités grossissement sont fréquemment créées et dirigées chacune par un technicien.

Elles assurent le travail de routine (distribution des aliments, contrôle de la qualité de l'eau, échantillonnage, nettoyage des filtres, labours...).

Les responsables établissent les besoins prévisionnels en aliment sur une base hebdomadaire et veillent au respect du planning d'exploitation établi par la direction du projet.

Les pêches sont également programmées par l'unité grossissement en concertation avec la direction technique qui reçoit ses instructions de la direction générale.

La direction générale donnera également ses instructions en conséquence au responsable du conditionnement.

4.2.5.6. - L'unité de conditionnement

Elle a pour rôle de conditionner les récoltes dès la sortie des bassins.

Elle travaille en coordination étroite avec les unités grossissement et la direction générale.

Dans cette unité, les crevettes provenant de la pêche des bassins, sont traitées, conditionnées et conservées jusqu'à leur expédition. Chaque étape de ce traitement demande des températures ambiantes rigoureusement contrôlées et variables d'une étape à l'autre.

Les principales étapes de la chaîne de conditionnement/conservation sont les suivantes:

- production et stockage de glace;
- stockage des pêches avant traitement;
- conditionnement des crevettes (lavage, étêtage, calibrages, traitement, mise en carton, pesage...);
- congélation;
- stockage avant expédition et mise en container.

La qualité du produit est un aspect particulièrement important. Cette unité est donc souvent dirigée par un spécialiste du conditionnement assisté d'un technicien frigoriste.

Dans la phase de transfert du savoir-faire, des experts biologistes peuvent venir appuyer l'équipe de responsables (biologistes, techniciens, ingénieurs) de chaque unité.

V. Le conditionnement et le marché

5.1. - Les techniques de récolte et de conditionnement

5.1.1. - La récolte

La pêche d'un bassin doit être réalisée de nuit de sorte que l'ensemble de l'opération soit terminée au plus tard 2 heures après le lever du soleil. Le respect de cette procédure est important car il garantit une meilleure qualité du produit en évitant les risques d'échauffement dans le bassin et au cours du transport jusqu'à l'atelier de traitement.

Dans le cas de grands bassins, il sera nécessaire de procéder à des pêches partielles avant la récolte finale, de manière à étaler dans le temps la production à traiter.

Récolte partielle

Elle se fait par l'intermédiaire d'engins de pêche fixes disposés dans les bassins pendant quelques jours ou par chalut tracté ou encore par pêche électrique.

Les filets fixes comportent en général une ou plusieurs chambres de capture. La maille est en rapport avec la taille de sélection que l'on désire.

Les crevettes qui sont capturées avec ces engins de pêche ne sont pas abîmées si l'on effectue des prélèvements fréquents.

Récolte totale

Après plusieurs récoltes partielles, la récolte finale se fait par vidange totale du bassin, et concentration des crevettes dans une fosse de pêche à l'extérieur du moine de sortie. Cependant, pour certaines espèces, il est parfois préférable d'utiliser des systèmes de pêche électrique.

En général, si la pente du fond est régulière et si le flux d'eau est régulier, les crevettes sortent sans problème. Il est également possible d'utiliser des pompes de pêche placées dans le moine-pêcherie.

Le conditionnement doit être effectué très rapidement après la récolte.

5.1.2. - Le conditionnement

Dans certains cas, les crevettes pêchées sont commercialisées vivantes ou fraîches. Ceci concerne presque exclusivement l'espèce p. japonicus et correspond à un marché très particulier mais également très limité.

En ce qui concerne les espèces tropicales, la commercialisation s'effectue en congelé et le produit fait le plus souvent l'objet d'une exportation. On peut distinguer deux phases de conditionnement.

5.1.2.1. - Le prétraitement

Cette phase regroupe 6 opérations:

Le tri

Effectué manuellement sur des tables à claires voies, permet d'éliminer les déchets (poissons, débris, végétaux et minéraux divers).

Le lavage

Permet d'éliminer les salissures attachées aux crevettes. Après lavage, les crevettes sont mises par 20 kg environ dans des bacs en plastique.

Le pesage

Nécessaire à la comptabilité de la récolte.

Le traitement au métabisulfite de soude

Ce traitement est effectué en fonction du marché et de la législation du pays importateur. Les crevettes sont immergées dans un bain de solution à 2 % de métabisulfite de soude durant environ 3 minutes. Cet antioxydant a pour but de ralentir le développement de la mélanose, en particulier au niveau du céphalothorax.

L'égouttage

Il dure quelques minutes seulement.

Le glaçage

Les bacs sont remplis de glace en paillettes et dirigés soit directement sur la chaîne, soit vers une chambre isotherme de stockage tampon à 0° C.

L'ensemble des opérations de prétraitement est généralement réalisé sur la ferme même, sous un hangar ouvert.

5.1.2.2. - Le traitement ou conditionnement

La vente de la production s'effectue préférentiellement sur les marchés européens, nord américains et japonais. On distingue 2 types de conditionnement de base: en crevettes entières ou étêtées. Le conditionnement s'effectue en usine selon un processus qui peut être fonction du marché visé.

On peut schématiser la chaîne de conditionnement comme suit:

Réception des crevettes

La réception des crevettes se fait dans un bac de lavage afin de séparer la glace des animaux.

La chaîne d'étêtage

L'étêtage se fait manuellement par du personnel posté de part et d'autre des tables.

En extrêmité de chaîne, les queues sont réceptionnées dans un bac tampon en eau glacée puis conduites vers une calibreuse mécanique.

Le calibrage

Après une dernière inspection, les queues de crevettes sont reprises par un élévateur pour introduction dans la calibreuse. Compte tenu de la faible distorsion des tailles de la production aquacole, le calibrage en 5 catégories est généralement suffisant.

Le préempaquetage

En sortie de la calibreuse, les queues sont réceptionnées sur tables pour égouttage et empaquetage en barquettes.

Les barquettes sont pesées puis dirigées vers la salle de congélation.

La congélation

Le procédé est variable, l'essentiel étant que les crevettes doivent être congelées à - 35°C en quelques heures.

L'empaquetage final

Les barquettes sont regroupées par 10 en «Master Cartons», groupées sur palette en container frigorifique à une température comprise entre - 18°C et - 22°C.

Le container standard de 20 pieds peut contenir 9 à 10 t de crevettes, le container de 40 pieds contient 18 t d'animaux.

5.2. - Le marché de la crevette

Les crevettes marines tropicales représentent approximativement 85% du total de la production mondiale de crevettes qui a dépassé 2500000 t en 1990.

On considère que l'exploitation des stocks naturels a atteint aujourd'hui son niveau maximum; l'augmentation de la production mondiale de crevettes est essentiellement due au développement très important de l'aquaculture. En 1990, on estimait la production aquacole de crevettes à environ 600000 t, celle-ci pourrait représenter 30 à 35 % de la production mondiale d'ici 1992 (2% de la production en 1981).

La plupart des pays producteurs de crevettes d'élevage sont asiatiques ou latino-américains. Il s'agit principalement de la Chine populaire, de Taïwan, de la Thaïlande et de l'Indonésie d'une part, de l'Equateur, Panama et Colombie d'autre part.

Les pays consommateurs sont presque exclusivement les pays industrialisés. La crevette est encore un produit de luxe bien que la tendance à la baisse sensible des cours, due à l'augmentation de la production, favorise la consommation du produit. Aux Etats-Unis par exemple, la crevette connaît une vogue très soutenue et fait son apparition dans les «fast food».

On distingue deux grandes catégories de crevettes:

- les crevettes tropicales (pénéides principalement);
- les crevettes nordiques (pandalidae et Crangon).

Les Etats-Unis, le Japon et l'Europe de l'Ouest (CEE) consomment plus de 50 % de la production mondiale.

5.2.1. - Le marché américain

Le marché américain est le plus important marché de consommation de crevettes du monde (1,3 kg/hab./an). L'approvisionnement est assuré à 30 % par la production nationale. La demande porte essentiellement sur des queues de crevettes tropicales. Plus de 80 % de la consommation se fait au restaurant.

Les USA viennent en deuxième position par le volume des importations (229000 t en 1988).

La consommation apparente, de près de 380000 t, en fait donc le premier marché du monde (16% de la production mondiale).

5.2.2. - Le marché japonais

Le marché japonais se caractérise par un auto-approvisionnement faible, un niveau de consommation par habitant élevé (2,5 kg/hab./an), une très grande exigence en matière de qualité, l'existence d'une demande pour des produits de forte valeur (très grosses crevettes, voire crevettes vivantes vendues jusqu'à 600 F le kg au consommateur), et enfin, une certaine diversité dans les formes des produits commercialisés.

Le Japon est le premier importateur mondial de crevettes (plus de 260000 t/an en 1988, soit près de 30 % du volume mondial de crevettes faisant l'objet d'échanges internationaux).

La production nationale s'est stabilisée autour de 60000 t par an.

La consommation apparente est d'environ 320000 t, ce qui représente 13% de la production mondiale.

5.2.3. - Le marché européen

Le marché européen est très hétérogène. La consommation moyenne de crevettes par habitant est d'environ 500 g/hab./an; elle varie cependant de 300 g/hab./an en RFA à 2,3 kg/hab./an au Danemark. Contrairement aux marchés américains et japonais, les crevettes grises et nordiques qui constituent l'essentiel de la production européenne, tiennent une place très importante dans la consommation. La quantité de crevettes tropicales consommée est très variable suivant le pays: dans le nord de la CEE, elle est minime, le produit étant méconnu; tandis que dans le sud (Italie, Espagne), celui-ci est très apprécié et consommé en plus grande quantité.

La CEE représente le troisième pôle d'importations de crevettes dans le monde (175000 t en 1985).

Parmi les principaux marchés européens, on peut citer: la France, dont la consommation apparente en 1985 était d'environ 35000 t, le Royaume Uni avec une consommation voisine de 30000 t, l'Italie avec plus de 28000 t et surtout l'Espagne, environ 50000 t.

Les crevettes d'élevage produites en France en très faible quantité sont principalement commercialisées sur place. En effet, les importations françaises de crevettes sont très importantes et constituent le premier poste déficitaire des produits de la mer.

Jusqu'en 1985, la croissance des importations était surtout le fait des crevettes nordiques, depuis trois ans, la part des crevettes tropicales s'est accrue considérablement.

Les crevettes congelées représentent environ 80 % du marché, on distingue:

- les crevettes nordiques («bouquet» non compris) sont en grande partie importées du Danemark;
- le «bouquet» provient surtout d'Irlande;
- les crevettes «grises» sont importées des Pays-Bas;
- les crevettes pénéides proviennent en grande partie des pays africains (65 % ) puis d'Asie et d'Amérique Latine.

Au niveau de la commercialisation, on distingue tout d'abord:

- les Sociétés d'Importation (spécialisées dans les produits de la mer ou le congelé);
- les grossistes et les centrales d'achat qui s'approvisionnent en grande partie au Marché d'Intérêt National (Rungis);
- les détaillants (restaurants et magasins divers).

La préférence des consommateurs va vers les crevettes entières d'assez petite taille. Les grosses crevettes tropicales sont relativement chères et encore mal connues du consommateur.

Une des caractéristiques du marché français est qu'une forte proportion des crevettes pénéides est commercialisée cuite et congelée (ou décongelée).

Le marché européen (français et espagnol) en particulier, est considéré à l'heure actuelle comme très porteur et les prix sont sensiblement plus élevés que sur les autres marchés (USA et Japon). Il s'agit également d'un marché saisonnier comportant des pics de consommation pendant les fêtes. Les prix sont donc fonction de plusieurs facteurs tels que les fluctuations saisonnières de la demande, la provenance et les catégories de crevettes ainsi que des variations de taux de change.

5.2.4. - Les prix

Les crevettes sont classées par «calibres» qui désignent le nombre d'individus à la livre ou au kg.

Plus de 80 % des crevettes commercialisées dans le monde sont conditionnées, étêtées et classées selon les normes anglo-saxones en fonction du nombre de queues de crevettes par livre.

Le prix des crevettes dépend de nombreux facteurs:

- de l'espèce: les crevettes tigrées sont les plus chères, suivies des crevettes «blanches»;
- de la taille: le prix est proportionnel à la taille - plus elles sont grosses, plus elles sont chères;
- du lieu d'approvisionnement et de la qualité du conditionnement.

Les prix prennent en compte tous ces éléments, ainsi que les fluctuations saisonnières. Comme toute matière première, l'évolution des prix est fonction de l'offre et de la demande, mais aussi de facteurs beaucoup plus imprévisibles liés à l'évolution de l'économie mondiale et aux variations de taux de change.

A titre indicatif, le tableau ci-dessous montre l'évolution de prix de la crevette d'élevage en provenance de l'Equateur sur les marchés de gros des Etats-Unis entre 1982 et 1987 (en dollar américain par livre de crevette étêtée).

Crevettes «blanches» d'Equateur

Catégorie 26-30 (queue de 15 à 18 g)

Catégorie 31-35 (queue de 13 à 14,5 g)

Catégorie 36-40 (queue de 11 à 12,5 g)

1982

6,05

4,95

4,45

1983

5,75

5,35

5,05

1984

5,20

4,65

3,90

1985

4,50

4

3,85

1986

6,10

5,35

5,05

1987

5,10

4,15

3,65


Production mondiale de crevettes de 1981 à 1990, en milliers de tonnes, poids vif (d'après LMR Shrimp Market Report).

Sources documentaires

- Documents IFREMER:

· Fiches biotechniques de la Station d'Aquaculture de Saint-Vincent (Nouvelle Calédonie).
· Rapports et Fiches de la Station AQUALIVE (Noirmoutier).
· Rapports et Fiches MEREA (Palavas-les-Flots).
· Rapports et Publications d'AQUACOP (Tahiti).

- Shrimp and Prawn Farming in the Western Hemisphere - Hanson et Goodwin, Dowden, Hutchinson and Ross Inc. USA, 1977.
- Manual on Pond Culture of Penaeid Shrimp - ASEAN, FAO/UNDP, 1978.
- Aquaculture, G. Barnabé, vol. 2, Lavoisier, 1986.

Glossaire

Aérobie: Qualifie les conditions d'existence ou les processus biologiques et chimiques qui ne se déroulent qu'en présence d'oxygène.

Alevin: Poisson nouveau-né, morphologiquement différent de l'adulte.

Amorce: Produit ou matière jetés dans l'eau ou introduits dans un piège pour attirer les poissons ou les crustacés.

Anaérobiose: Vie dans un milieu dépourvu d'air ou d'oxygène.

Anode: Electrode positive (opposé à cathode).

Anoxique: Dépourvu d'oxygène.

Biocycle: Cycle biologique d'un être vivant, allant de la naissance à la mort, en passant par l'âge adulte de la reproduction ( en élevage, allant de la naissance à la période de reproduction ).

Biomasse: Quantité de matière vivante existant dans un écosystème aquatique par unité de volume ou de superficie et exprimée en unités massiques (matière vivante du benthos, du plancton, voire d'animaux supérieurs).

Biotope: Habitat d'une biomasse: source, grosse pierre de torrent, souche immergée, secteur d'inventaire hydro-écologique.

Benthique: Qui vit sur le fond d'un cours d'eau, d'un plan d'eau.

Carbohydrates (ou hydrates de carbone): composés organiques constitués uniquement de carbone, d'hydrogène et d'oxygène; ce sont des glucides (sucres, amidon...).

Cathode: Electrode négative (opposé à anode).

Chalut: Filet composé d'une poche de récupération du poisson, de deux ailes prolongées de deux câbles reliant le chalut au bateau qui le tracte puis le relève pour récupérer la pêche.

Chitine: Substance organique de structure semblable à celle de la cellulose [polyholoside (C 6H9O4)10 (OH) 2 (NH 2)88 H 2O], constituant la cuticule (*) des crustacés (et des insectes).

Citrique (acide): Triacide-alcool que l'on peut extraire du jus de citron.

Cohorte: Ensemble d'individus ayant vécu un événement semblable pendant la même période de temps.

Cuticule: Membrane externe de certains animaux (dont les crustacés) qui contient de la chitine (*).

D.B.O. (Demande Biochimique d'Oxygène): expression de la quantité d'oxygène nécessaire à la destruction ou à la dégradation des matières organiques dans une eau, avec le concours des micro-organismes se développant dans le milieu dans des conditions données.

Diététique: Relatif à l'équilibre du régime alimentaire.

Décomposeur: Organisme vivant constituant de la microfaune benthique intervenant dans la dégradation de la matière organique jusqu'à sa minéralisation totale. Exemples: petits crustacés, larves d'insectes, vers, protozoaires, bactéries.

Dystrophe: Se dit d'un milieu surchargé en matière organique, ce qui entraîne une asphyxie et la disparition à terme de la plupart des espèces vivantes.

Ectocommensal: Etre vivant à l'extérieur d'un être d'espèce différente, en association profitable pour l'un d'eux et sans danger pour l'autre (contraire de endocommensal: être vivant à l'intérieur d'un autre être, en association profitable pour l'un d'eux et sans danger pour l'autre).

Endogène: Produit sur place.

Enzyme: Substance protéinique qui facilite, accroît, une réaction biochimique: il existe un grand nombre d'enzymes spécifiques qui jouent un rôle important dans les processus physiologiques de tous les organismes vivants (terminaison en ase (diastase, zymase...).

Epizootie: Epidémie qui frappe les animaux.

Esche: Appât fixé à un hameçon.

Estivaux: Alevins âgés d'un été.

Euryhalin: Qui vit aussi bien en eau salée qu'en eau douce.

Eutrophisation: Phénomène caractérisé par une abondance de nutrients et de phytoplancton dans l'eau pouvant entraîner une diminution de la teneur en oxygène.

Exogène: Introduit de l'extérieur.

Exosquelette: Squelette externe, carapace.

Exotoxine: Toxine bactérienne diffusant dans le milieu ambiant.

Fleur d'eau : Prolifération d'algues unicellulaires dans la couche superficielle des eaux stagnantes, leur donnant une coloration particulière.

Formol: Nom courant de la solution d'aldéhyde formique (CH 2O) utilisée pour laver, désinfecter des instruments ou des locaux, traiter des maladies, conserver des pièces anatomiques ou des animaux.

Génotype: Patrimoine génétique d'un individu dépendant des gènes hérités des parents (opposé à phénotype)(*).

Gradient: Taux de variation d'une grandeur physique: pression, température, en fonction d'une distance.

Hétérotrophe: Qualifie des organismes ayant besoin de substances organiques extérieures pour s'alimenter.

«In board» : Se dit d'un moteur marin situé (ou fixé) à l'intérieur de l'embarcation, par opposition à «out board» (hors bord).

Interface: Surface de séparation entre deux éléments, deux matières ou deux matériaux (interface sol/eau, eau de mer/eau douce...).

Intertidal (ou intercotidal): Qualifie l'espace côtier compris entre les limites extrêmes du balancement des marées.

Isotherme: De même température.

Larve: Forme embryonnaire, douée d'une vie autonome mais dissemblable de la forme définitive de l'animal (le nauplius chez les crustacés).

Lentique: Caractérise les eaux calmes, stagnantes ou faiblement courantes.

Lipide: Corps gras contenant un acide gras (huile, graisse, saindoux, beurre...).

Lotique: Caractérise les eaux courantes agitées.

Mangrove: Forêt de palétuviers.

Marnage: Différence de hauteur entre les niveaux de pleine mer et de basse mer.

Minéralisation: Transformation sous l'action de microorganismes d'un élément organique en élément minéral.

Oviducte: Conduit par lequel l'ovule ou oocyte quitte l'ovaire.

Palustre: Qui a trait aux marais.

Passive (nasse): Qui n'attire pas le poisson ou le crustacé par un appât quelconque (la nasse appâtée est active).

Périphytique: Caractérise l'ensemble des organismes vivant sur un support formé principalement par les plantes aquatiques supérieures.

Petasma: Organe sexuel mâle de la crevette.

Phénotype: Ensemble des caractères individuels correspondant à une réalisation du génotype (*), déterminée par l'action de facteurs de milieu au cours du développement de l'organisme.

Planctonique: Caractérise l'ensemble des organismes microscopiques vivant et flottant dans l'eau passivement ou non, sans pouvoir toutefois opposer de résistance effective aux courants. On désigne le plancton végétal par phytoplancton et le plancton animal par zooplancton.

Phylétique: Entrant dans l'arborescence des formes revêtues par les ascendants d'une espèce (relatif au Phylum souche).

Pleure: Prolongement de la carapace formant une membrane semi-rigide. ppm: Partie par million (un milligramme par kilo = un ppm).

Productivité: Capacité du potentiel de production organique d'un milieu ou d'un stock déterminé.

Protéolytique: Qui décompose les protéines au cours de processus métaboliques (enzyme...).

Protide: Terme général désignant les substances azotées qui contiennent des acides aminés: peptides, protéines...

Proue: Avant d'une embarcation.

Quarantaine: Isolement sanitaire d'une certaine durée (initialement 40 jours) imposé à des êtres vivants supposés contagieux.

Réserve (alcaline) : Ensemble des composés carbonatés en solution dans l'eau, capables de libérer des ions H + et donc de s'opposer à une élévation du pH.

Roténone: Produit issu de certaines plantes ( Derris), utilisé pour tuer les poissons (récupérables et comestibles).

Secchi (disque de) : Disque de 20 cm de diamètre, peint en 4 secteurs égaux noirs et blancs, qui sert à la mesure de l'opacité de l'eau.

Seine (ou senne): Filet de pêche triangulaire que l'on traîne sur des fonds réguliers et peu profonds.

Sessile: Qui n'est pas porté par un pédoncule (œil sessile: œil collé au corps).

Sex-ratio: dans une population et une espèce données, proportion de femelles par rapport aux mâles, exprimée par un quotient de nombres entiers ou par un pourcentage.

Spermiducte: Canal conduisant le sperme à l'extérieur de l'individu.

Systématique: Science des classifications des formes vivantes (par des clés de détermination).

Tampon (pouvoir) : Capacité d'un composé minéral ou organique ou, par extension, du milieu qui les contient, de freiner les variations du pH par fixation ou libération d'ions H +.

Thélycum: Organe sexuel femelle de la crevette.

Trait: Action de pêche d'un chalut, d'une seine (exprimée généralement en durée).

Trémail (ou tramail): Engin de pêche composé de trois nappes de filet superposées, celle du milieu ayant des mailles plus fines que les deux autres et piégeant le poisson dans une sorte de poche.

Trophique: Qui concerne la nutrition.

Uropode: Sixième paire d'appendices abdominaux, formant avec le telson, pièce terminale, une sorte de nageoire caudale chez l'écrevisse.

Vernaculaire: Nom d'un animal ou d'une plante dans la langue courante (le nom scientifique est donné en latin).

Vert malachite : Oxalate pur de malachité employé pour désinfecter les œufs de poissons ou de crustacés.

AGENCE DE COOPÉRATION CULTURELLE ET TECHNIQUE

L'Agence de Coopération Culturelle et Technique, organisation intergouvernementale, créée par le Traité de Niamey en mars 1970, rassemble des pays liés par l'usage commun de la langue française, à des fins de coopération dans les domaines de l'éducation, de la culture, de la communication, des sciences et des techniques, et plus généralement, dans tout ce qui concourt au développement de ses pays membres et au rapprochement des peuples.

Les activités de l'Agence dans les domaines de la coopération scientifique et technique pour le développement se groupent en cinq programmes:

- agriculture
- environnement
- énergie
- prospection et concertation en sciences et techniques pour le développement
- information scientifique et technique

La vocation de l'Agence de favoriser les échanges, la circulation des hommes et des idées et la coopération au sein de la francophonie, fait que la constitution de réseaux et la diffusion de l'information ont toujours été des actions privilégiées.

Etats membres: Belgique, Bénin, Burkina Faso, Burundi, Canada, République Centrafricaine, Comores, Congo, Côte d'Ivoire, Djibouti, Dominique, France, Gabon, Guinée, Guinée Equatoriale, Haïti, Liban, Luxembourg, Madagascar Mali, Ile Maurice, Monaco, Niger, Rwanda, Sénégal, Seychelles, Tchad, Togo, Tunisie, Vanuatu, Vietnam, Zaïre.

Etats associés: Cameroun, Egypte, Guinée-Bissau, Laos, Maroc, Mauritanie, Sainte-Lucie.

Gouvernements participants: Nouveau-Brunswick, Québec.

ACCT, 13, quai André-Citroën, 75017 Paris. Tél. (1) 45 75 62 41
Télex: AGECOOP 20 19 16. Télécopie: (1) 45 79 14 98

LE CENTRE TECHNIQUE DE COOPERATION AGRICOLE ET RURALE

Le Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) est installé depuis 1963 à Ede/ Wageningen au titre de la Convention de Lomé entre les Etats Membres de la Communauté européenne et les Etats du groupe ACP Le CTA est à la disposition des Etats ACP pour leur permettre un meilleur accès à l'information, à la recherche, à la formation ainsi qu'aux innovations dans les secteurs du développement agricole et rural et de la vulgarisation.

Siège: « De Rietkampem », Galvanistraat 9, Ede, Pays Bas
Adresse postale: CTA, Postbus 380, 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas
Téléphone: (08380)-20484
Ligne internationale: 31-8380-20484
Télécopie: (31) (0) 8380-31052
Télex: (44) 30169 CTA NL

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