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Le porc (Maisonneuve et Larose, 1994)

LE TECHNICIEN D'AGRICULTURE TROPICALE

Collection couronnée par l'Académie d'Agriculture de France et dirigée par

René COSTE

Membre de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer Ingénieur général d'agronomie (H.)

28
Le porc

par
David H. HOLNES
Expert conseil en élevage
Avec la collaboration de:
Dr Noël Chabœuf
CIRAD-IEMVT
Institut d'Elevage et de Médecine vétérinaire des pays tropicaux

Editions Maisonneuve et Larose
15, rue Victor-Cousin
F 75005 PARIS

Traduit de l'anglais par Emmanuel Scavée et Etienne François. Ingénieur chimiste et des industries agricoles, docteur en sciences agronomiques, conseiller scientifique.

Le traducteur tient à exprimer toute sa reconnaissance, pour la documentation et les précieux conseils qu'il en a reçus, à Monsieur Etienne François, ingénieur civil et des industries agricoles, docteur en sciences agronomiques, ainsi qu'à Monsieur Yves Malcourant, docteur vétérinaire.

Edition anglaise originale parue en 1992 sous le titre Ruminant nutrition dans la collection The Tropical Agriculturalist publiée par The Macmillan Press Ltd, Houndmills, Basingstoke, Hampshire RG21 2XS, Grande-Bretagne, en collaboration avec le C.T.A., établi aux Pays-Bas. Les détenteurs du copyright ne sont pas responsables des modifications apportées au texte original anglais.

Edition française publiée par Maisonneuve et Larose, l'A.C.C.T. et le C.T.A.
- Tous droits réservés.

L'édition de cet ouvrage a bénéficié d'un soutien de l'Agence de la Francophonie.

Les noms de lieux ou de personnes et leur orthographe, les limites territoriales, les jugements de valeurs sur les hommes et les faits, les idées et opinions exprimés dans cet ouvrage n'engagent que son auteur et ne sauraient être considérés comme reflétant un point de vue ou une position officielle de l'Agence de la Francophonie.

© David H. Holnes - 1991
© Maisonneuve et Larose - ACCT - 1994, 1997
ISBN: 2-7068-1113-7 et 92-9028-216-9
ISSN: 0298.3540

La loi du 11 mars 1957 n'autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article 41, d'une part, que les «copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective» et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, «toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite» (alinéa 1 er de l'article 40).

Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal

AGENCE DE LA FRANCOPHONIE (ACCT)

L'agence de la Francophonie (ACCT) créée à Niamey en 1970, sous l'appellation d'Agence de coopération culturelle et technique est l'unique organisation inter-gouvernementale de la Francophonie et le principal opérateur des Conférences bisannuelles des chefs d'Etat et de gouvernement des pays ayant le français en partage, aussi appelées Sommets francophones.

L'Agence assure le secrétariat de toutes les instances de la Francophonie. Elle déploie son activité multilatérale dans les domaines de l'éducation et de la formation, de la culture et de la communication, de la coopération juridique et judiciaire, de diverses actions au titre de la direction générale du développement et de la solidarité.

Outre son siège, situé à Paris, l'Agence dispose d'une Ecole internationale de la Francophonie à Bordeaux (France) où est située sa direction générale Education-Formation, d'un Institut de l'énergie des pays ayant en commun l'usage du français (IEPF) à Québec (Canada), d'un Bureau de liaison avec les organisations internationales à Genève (Suisse), d'un Bureau de liaison avec l'Union européenne à Bruxelles (Belgique), d'un Bureau permanent d'observation aux Nations unies à New York aux Etats-Unis, d'un Bureau régional de l'Afrique de l'Ouest à Lomé (Togo), d'un Bureau régional de l'Afrique centrale à Libreville (Gabon), d'un Bureau régional pour l'Asie-Pacifique à Hanoi (Viêt-Nam).

L'ACCT regroupe 46 pays ou gouvernements: Bénin, Bulgarie, Burkina-Faso, Burundi, Cambodge, Cameroun, Canada, Canada-Nouveau-Brunswick, Canada-Québec, Centrafrique, Communauté française de Belgique, Comores, Congo, Côte-d'Ivoire, Djibouti, Dominique, Egypte, France, Gabon, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée-équatoriale, Haïti, Laos, Liban, Luxembourg, Madagascar, Mali, Maroc, Maurice, Mauritanie, Moldavie, Monaco, :Niger, Roumanie, Rwanda, Sainte-Lucie, Sénégal, Seychelles, Suisse, Tchad, Togo, Tunisie, Vanuatu, Viêt-Nam, Zaïre.

[Le Royaume de Belgique, le Cap-Vert et Saint-Thomas-et-Prince portent à 49 le nombre des pays et gouvernements participant aux Sommets.]

LE CENTRE TECHNIQUE DE COOPERATION AGRICOLE ET RURALE

Le Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) est établi depuis 1983 à Ede/Wageningen dans le cadre de la Convention de Lomé entre les Etats de l'Union européenne et les Etats du groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Le CTA est à la disposition des Etats ACP pour leur permettre un meilleur accès à l'information, à la recherche, à la formation ainsi qu'aux innovations dans les secteurs du développement agricole et rural et de la vulgarisation.

Adresse postale: CTA, Postbus 380, 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas

LE TECHNICIEN D'AGRICULTURE TROPICALE

1. Le Riz pluvial , par Michel JACQUOT et Brigitte COURTOIS.

2. Le Maïs , par Guy ROUANET.

3. Le Bananier plantain , par Hugues TEZENAS DU MONTCEL.

4. Le Stockage des produits vivriers (en deux volumes), par Jean APPERT.

5. Le Cotonnier en Afrique tropicale , par Gérard SEMENT.

6. Le Manioc , par Pierre SILVESTRE.

7. Le Désherbage des cultures tropicales , par E.M. LAVABRE.

8. Insectes nuisibles aux cultures vivrières et maraîchères (en deux volumes), par Jean APPERT et Jacques DEUSE.

9. Les légumineuses vivrières tropicales , par Marc BORGET.

10. Le théier , par Denis BONHEURE.

11. Le caféier , par H.R. CAMBRONY.

12. L'écrevisse rouge des marais , par Jacques C.V. ARRIGNON, Jay V. HUNER et Pierre J. LAURENT.

13. Aménagements villageois et du terroir , par Gérard JOSSET.

14. Le cacaoyer , par Guy MOSSU.

15. Les plantes tropicales à épices , par M. BORGET.

16. Les crustacés tropicaux d'élevage , par J. ARRIGNON, J.M. GRIESSINGER, D. LACROIX, P. GONDOUIN et M. AUTRAND.

17. La canne à sucre , par R. FAUCONNIER.

18. Le sorgho , par J. CHANTEREAU et R. NICOU.

19. L'élevage de la volaille , par A.J. SMITH (deux volumes).

20. Manuel pratique de vulgarisation agricole , par M. MORIZE (deux volumes).

21. Ravageurs des cultures tropicales , par E.M. LAVABRE.

22. Culture des fleurs à couper , par R. KROLL.

23. Le mouton , par R.M. GATENBY (deux volumes).

24. Le lapin , par D. FIELDING.

25. Le cocotier , par G. DE TAFFIN.

26. Pisciculture en eau douce: le Tilapia , par J. ARRIGNON.

27. L'avocatier, par J.P. GAILLARD et J. GODEFROY.

28. Le porc , par D.H. HOLNES.

29. Les cultures maraîchères , par R. KROLL.

30. L'igname, par L. DEGRAS.

31. Conditionnement et commercialisation des cuirs et peaux bruts tropicaux , par A.H. ROBINET.

32. L'hévéa, par M.A. DELABARRE et J.B. SERIER.

33. Le palmier à huile , par J.C. JACQUEMARD.

34. L'alimentation des ruminants, par J. CHESWORTH.

35. Les petits fruits, par R. KROLL.

36. La production laitière, par R.W. MATTHEWMAN.

37. L'arachide, par R. SCHILLING.

Remerciements

Il m'a été donné de visiter, au Zimbabwe et dans les pays voisins, quantité d'élevages porcins, petits et grands, et de discuter de leurs problèmes avec les producteurs. A cet égard, la période au cours de laquelle j'ai exercé les fonctions de directeur du Conseil de l'Industrie porcine du Zimbabwe fut particulièrement enrichissante. Le présent ouvrage doit beaucoup à l'expérience acquise pendant toutes ces années.

Plusieurs personnes m'ont apporté leur aide par les informations, les idées et les documents photographiques qu'elles m'ont communiqués. Je tiens à exprimer ici toute ma reconnaissance au Dr Noël Chabœuf du CIRAD-IEMVT, en France; au Dr Raul H. Godoy Montañez de la Universidad Autónoma de Yucatán, au Mexique; au Dr Nimal Pathiraja de l'Université du Zimbabwe; à M. Rex Parry, de Macmillan Education; au Dr Tony Smith, du Centre de Médecine vétérinaire d'Edimbourg, en Ecosse; ainsi qu'à toute l'équipe de l'ILCA (International Livestock Centre for Africa), en Ethiopie. On trouvera dans le texte les références aux autres contributions techniques qui m'ont servi dans ce travail.

Je suis particulièrement redevable à Mme Lyn Purves qui a bien voulu relire mon manuscrit et me faire part de ses précieuses suggestions et corrections. Je veux aussi remercier Mmes Grace Kahari et Ann Smythe, qui ont tapé le texte et contribué à la préparation du manuscrit, ainsi que Mme Janine Holness pour ses illustrations originales.

Ma reconnaissance et celle des éditeurs vont encore au Dr S.H.B. Lebbie de l'ILCA, à Addis-Abeba, pour ses conseils et ses commentaires, et au Dr R.T. Wilson, également de l'ILCA, grâce auquel mon manuscrit a pu être soumis au Dr Lebbie. Merci enfin à C.T. Whittemore et à ses éditeurs, qui ont autorisé la reproduction de a figure 2.16 de la page 30 de l'ouvrage Elements of Pig Science.

Crédits photographiques: R. Matthewman (fig. 17) et A.J. Smith (fig. 20). Toutes les autres photographies ont été fournies par l'auteur.

Préface

Ce livre est le troisième d'une série de quinze ouvrages portant sur la production animale en zone tropicale publiés conjointement par le CTA et Macmillan (les deux précédents ont été consacrés à la volaille et aux ovins). L'objectif de cette collection est de fournir, tant aux étudiants qu'aux éleveurs, une information à la pointe de l'actualité. Tous les auteurs sont des spécialistes qui s'appuient sur leur expérience dans plusieurs régions ou pays tropicaux.

Depuis plus de quarante ans, la production porcine dans les pays occidentaux n'a cessé de s'intensifier, tout particulièrement en ce qui concerne le rendement par personne employée et le rendement par unité de capital investi, mais rares sont les ouvrages qui se sont penchés sur les problèmes posés par la production porcine dans des conditions tropicales et subtropicales. Les éleveurs se heurtent dans ce cas à des difficultés très différentes de celles rencontrées par leurs homologues des pays développés. Outre les évidentes disparités climatiques, l'approvisionnement adéquat en nourriture pose des problèmes chroniques, tandis que les insuffisances du contrôle vétérinaire menacent de rendre la production porcine intensive inintéressante, voire impraticable. A cela viennent s'ajouter des considérations religieuses susceptibles de s'opposer à l'élevage des porcs, et le danger de la production porcine extensive en raison des risques de transmission des maladies et parasites à la population humaine.

Le présent ouvrage tente de cerner ces problèmes et de déterminer quels sont les systèmes de production les mieux adaptés aux diverses régions tropicales et ceux qui doivent être écartés. Le sujet a été abordé de façon à ce que ni le point de vue de la production commerciale, ni celui de l'élevage rural ne soient négligés. L'ambition de cet ouvrage est d'apporter une information qui ne rebute pas le lecteur et favorise l'échange des idées, non seulement des pays développés vers les Tropiques, mais aussi entre les différents pays tropicaux. C'est en effet cette dernière forme de transfert des technologies, encore trop méconnue, qui peut se révéler l'une des plus profitables.

I. Répartition, avantages et inconvénients

1.1. - Population porcine mondiale

La population porcine mondiale est estimée à 826 millions de têtes (FAO, 1988), soit environ un porc pour six habitants de la planète. La viande de porc est celle qui représente la production la plus importante et ce, bien que d'autres espèces domestiques soient, d'un point de vue strictement numérique, plus répandues (tableau 1.1). C'est donc le porc qui, comparé aux autres espèces domestiques, offre la productivité la plus élevée.

Tableau 1.1 Comparaison des principales espèces de bétail dans le monde en termes de population et de production de viande.


Population (millions de têtes)

Production de viande (milliers de tonnes par an)

Bovins

1 253

50 098

Buffles

137


Ovins

1 174

8 801

Caprins

521


Volaille

10 050

11 495

Porcins

826

63 917

(Source: FAO, Quaterly Bulletin of Statistics, 1989. )

1.2. - Répartition et consommation

La répartition des porcs dans le monde est loin d'être homogène. Près de la moitié de la population porcine mondiale se trouve en Asie. Viennent ensuite l'Europe et l'URSS qui totalisent 30 % du cheptel. A l'inverse, dans la plupart des régions tropicales et subtropicales en voie de développement (p. ex. l'Afrique et l'Amérique latine), le nombre de porcs est relativement faible (cf. fig. 1). Néanmoins, l'accroissement de la population porcine mondiale observé au cours des dix dernières années est, dans une large mesure, imputable à l'augmentation du cheptel des pays en voie de développement, qui représente désormais 60 % de l'ensemble de la population. Il convient de noter que la majorité de ce cheptel est concentrée en Asie, et plus précisément dans un seul pays: la Chine.

Parallèlement, on observe à travers le monde des différences marquées dans les schémas de consommation de la viande de porc. Dans certaines régions d'Europe, celle-ci dépasse les 50 kg par habitant et par an, soit quelque 60 % de la consommation totale de viande. A l'autre extrême, il existe des zones en voies de développement, particulièrement en Afrique, où la consommation annuelle par habitant est de 1 à 3 kg et représente moins de 10 % de l'alimentation carnée.


Fig. 1: Répartition géographique de la population porcine mondiale (FAO, 1988)

Il existe de nombreuses raisons aux disparités dans la répartition des porcs en zone tropicale et subtropicale. En Asie et dans certaines régions de la Chine, la viande de porc est le principal composant de l'alimentation, tandis que dans les contrées où la religion dominante est l'islam, p.ex. le Moyen-Orient, le Pakistan et, en partie, l'Afrique, les musulmans n'ont pas le droit de manger du porc. Le judaïsme professe la même interdiction. Or on rencontre des peuplades juives dans les régions en voie de développement. Il faut encore prendre en considération les facteurs sociaux, qui peuvent exercer des effets positifs ou négatifs sur la population porcine. Dans certaines îles du Pacifique, notamment les îles Tonga et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le porc, symbole de richesse, est très estimé et associé aux rites nuptiaux. A l'inverse, en Afrique, c'est la viande des ruminants, et surtout des bovins, qui fournit traditionnellement l'essentiel de l'alimentation carnée, et cette préférence persiste.


Fig. 2: Accroissement de la population porcine dans les régions développées et en voie de développement (1979-88)

De tout temps, le porc a été considéré comme un animal malpropre, se vautrant dans la fange, bref un objet de dégoût et une menace pour la santé de l'homme. Nul doute qu'il n'y ait quelque vérité dans cette affirmation lorsque l'on traite le porc comme s'il s'agissait d'un éboueur. Mais le contraire n'est pas moins vrai lorsqu'on l'élève en enclos dans de bonnes conditions.

Le climat a aussi une influence sur la répartition. Pour peu qu'ils soient abrités et convenablement traités, les porcs peuvent prospérer presque partout. Mais dans des conditions de températures extrêmes, de forte humidité ou de sécheresse, les coûts de production sont accrus par la nécessité d'installations plus onéreuses et par la pénurie de nourriture appropriée.

1.3. - Avantages et inconvénients de la production porcine dans les pays en voie de développement

La tendance mondiale va vers une consommation plus élevée de viande blanche que de viande rouge. C'est dire si l'accroissement de la production de viande de porc dans les régions en voie de développement laisse entrevoir d'énormes possibilités. Par rapport aux bovins et autres ruminants, les porcs présentent certains avantages potentiels majeurs:

- Ils produisent de la viande sans contribuer à la détérioration des pâtures naturelles. Ce point est d'une importance capitale si l'on songe à la désertification ininterrompue que nous connaissons actuellement, à l'érosion des sols et à la perte des terres cultivables dans les zones tropicales et subtropicales de notre planète. Cette dégradation est due principalement aux ruminants qui, trop nombreux, appauvrissent les pâtures.

- Ils transforment les aliments concentrés en viande deux fois plus efficacement que les ruminants.

- Ils sont, potentiellement, dotés d'une productivité très élevée. Ils peuvent mettre bas, après une période de gestation relativement brève, des portées nombreuses, et ce, avec un intervalle de génération très court. Si l'on ajoute qu'ils sont d'une croissance rapide, on conçoit sans peine que leur rendement, en termes de production annuelle de viande par tonne de poids vif des femelles reproductrices, est environ six fois supérieur à celui des bovins.

- S'ils sont élevés en enclos, on pourra exploiter au maximum leur fumier et leur purin (cf. chapitre III).

- Leur taille relativement faible, par comparaison avec celle des bovins, assure une plus grande flexibilité, tant sur le marché qu'en ce qui concerne la consommation.

- La viande de porc se prête particulièrement bien au traitement industriel. Certains produits dérivés ont une durée de conservation plus longue que la viande fraîche et peuvent donc être distribués à un public plus large.

- Par rapport à l'élevage bovin, la rentabilité est plus rapide. Hormis les obstacles sociaux et religieux déjà évoqués, les problèmes posés par la production porcine sont les suivants:

- Du fait de leur estomac simple, ils sont en concurrence directe avec l'homme pour ce qui concerne l'alimentation, et particulièrement les céréales et les graines oléagineuses. Il est possible de contourner partiellement cette difficulté par une utilisation maximale des sous-produits de récoltes, des déchets alimentaires et de grains impropres à la consommation humaine.

- Ils ne peuvent être employés comme animaux de trait pour les travaux agricoles.

- Dès lors que l'on a tendance à les élever à proximité des habitations, leurs déjections risquent d'engendrer un problème de pollution.

- Certains parasites du porc sont susceptibles de s'attaquer à l'homme et, lorsque les animaux ne sont pas élevés en enclos, ils représentent une menace pour sa santé.

Il. Considérations biologiques

2.1. - Introduction

Quiconque se consacre à l'élevage du porc doit avoir connaissance de certains aspects importants de la biologie de cet animal, afin de pouvoir satisfaire aux impératifs agronomiques de la production porcine.

2.2. - Origines et évolution

Sans doute est-il difficile de cerner avec exactitude les origines du porc domestique. Mais il est probable que celui-ci descende principalement du sanglier européen ( Sus scrofa ). Au départ, les porcs vivaient dans les forêts et les régions marécageuses (qui sont d'ailleurs demeurées l'habitat du sanglier) et s'étaient donc adaptés à un environnement humide et ombragé. Ils avaient des pattes courtes, un corps puissant, profilé pour se frayer un passage dans la végétation dense des sous-bois, une tête robuste, pourvue de défenses et d'un groin renforcé par un disque cartilagineux, pour fouir le sol en quête de racines.

Si l'on se fonde sur les textes bibliques, les premiers témoignages de domestication du porc remontent à 2 000 ans avant notre ère. A mesure que l'homme développait chez le porc la production de viande, la silhouette de ce dernier connaissait d'importantes modifications par rapport au type primitif, «non amélioré». La tête relativement forte et allongée, le quartier antérieur massif, l'arrière-train fuselé et léger, le corps compact ont progressivement été remplacés par une tête plus courte, des membres antérieurs moins puissants, un corps plus long et plus large, d'une capacité supérieure, et un arrière-train charnu et bien développé (cf. fig. 3).

2.3. - Alimentation et digestion

Les 72 heures qui suivent la naissance sont pour les petits d'une importance critique. C'est pendant cette période en effet que le colostrum de la truie contient le plus d'anticorps, tandis que l'intestin du porcelet est en mesure d'assimiler les protéines intactes. De lui-même, le porcelet n'a qu'une faible résistance à la maladie, et il est donc essentiel qu'il puisse, en tétant, absorber le colostrum qui lui transmettra l'immunité passive de la truie.


Fig. 3: Evolution morphologique due à la sélection pour la production de viande

Toute insuffisance dans l'ingestion de colostrum aboutit invariablement au décès par infection du porc avant que celui-ci ait pu, de lui-même, développer son immunité active. Dans les 24 heures qui suivent la naissance, le porcelet doit normalement adopter une position d'allaitement. Il tétera la même mamelle jusqu'au sevrage. Pour autant que la production de lait soit adéquate, la lactation de la truie correspond à un litre pour 60 à 90 minutes.

2.4. - Tube digestif

Si, en zone tropicale, les porcs peuvent manger d'importantes quantités de fibres, ils n'en demeurent pas moins des animaux à estomac simple, et se distinguent donc des ruminants dotés d'un estomac complexe abritant une nombreuse population microbienne, qui leur permet de consommer davantage de substances fibreuses (fig. 4). Aussi leur aptitude à digérer et à assimiler les fibres se limite-t-elle à ce qui est digéré par la population microbienne de leur caecum, qui, comparé au rumen, ne représente qu'un volume relativement petit (cf. fig. 4). On a prétendu que les races non améliorées que l'on rencontre en Afrique ont, par rapport aux races exotiques, des facultés accrues d'assimilation des aliments fibreux. Quoique, dans une faible mesure, cela soit possible, il n'existe pas de différences anatomiques entre les appareils digestifs des deux types. En conséquence, chez tous les porcs, un régime à forte teneur en fibres aura pour effet de diluer l'apport en éléments nutritifs disponibles. En cela, les porcs se distinguent des ruminants, qui sont en mesure d'utiliser des apports d'azote non protéique pour l'élaboration dans le rumen de protéines microbiennes. Ils sont donc doublement dépendants des protéines contenues dans leur alimentation: du point de vue quantitatif et du point de vue qualitatif.

L'appareil digestif du porc (fig. 4) convient à la digestion et à l'absorption d'aliments concentrés. La nourriture est d'abord réduite en bouillie par la mastication. Dans le même temps, elle s'imprègne de la salive à laquelle elle est mélangée. Cette dernière contient une enzyme, la ptyaline, qui amorce la fragmentation des molécules d'amidon en glucides plus simples. Le bol alimentaire passe alors dans l'estomac, où la présence d'acide chlorhydrique assure un milieu acide. Le suc gastrique contient de la pepsine, une enzyme qui participe à la décomposition des protéines.


Fig. 4: Comparaison des appareils digestifs des porcins et des ruminants

L'essentiel du processus d'absorption se produit dans l'intestin grêle, où les sucs digestifs sécrétés par le pancréas, le foie et l'intestin grêle parachèvent la digestion de la manière suivante:

L'amylase du suc pancréatique hydrolyse l'amidon en maltose. Grâce à des enzymes spécifiques contenues dans le suc intestinal, notamment la maltase, la lactase et la sucrase, le maltose et les autres disaccharides sont à leur tour décomposés en monosaccharides comme le glucose et le fructose, pour être ensuite absorbés par la paroi intestinale.

La trypsine du suc pancréatique agit sur les protéines pour produire des polypeptides, qui sont alors fragmentés en acides aminés par diverses peptidases contenues dans le suc intestinal, avant d'être absorbés.

La bile, sécrétée par le foie, a pour fonction d'émulsionner les graisses en fines particules, que la lipase vient alors décomposer en acides gras et en glycérine pour permettre leur absorption. La lipase est une enzyme contenue tant dans le suc pancréatique que dans le suc intestinal.

Les porcs sont omnivores: ils peuvent consommer une grande variété d'aliments d'origine aussi bien végétale qu'animale. Leurs habitudes alimentaires les portent naturellement à manger souvent de petites quantités de nourriture, ce qui tend à porter à leur maximum aussi bien la ration alimentaire que l'efficacité de l'assimilation.

2.5. - Croissance et développement

En termes pratiques, la croissance est déterminée par l'augmentation du poids corporel avec le temps et dépend, dans une large mesure, du volume de la ration alimentaire. Toutefois, selon les races de porcs, il existe entre les rations alimentaires des différences majeures, qui influent sur la croissance par unité fourragère ingérée. L'homme, pour développer le rendement biologique, a sélectionné les porcs en vue d'une croissance optimale et, donc, d'une taille adulte plus importante. On observe en conséquence que, dans les régions en voie de développement, les types non améliorés de porc communs, qui n'ont pas été sélectionnés en vue d'un rythme de croissance élevé, ont tendance à atteindre plus lentement une taille adulte plus petite (diagramme A dans la figure 5) que les races améliorées (diagramme B dans la figure 5). Il s'ensuit que si les porcs non améliorés sont abattus à un poids équivalent à celui de leurs pendants exotiques, ils le seront à un âge plus avancé et, partant, à un stade de développement différent.

Non moins importante que le rythme de croissance est la manière dont le porc se développe. La sélection a abouti, chez les races améliorées, à une plus grande propension à produire du tissu protéique. Aussi le palier correspondant au potentiel de croissance maximal est-il de 600 g chez les races améliorées pour 400 g chez les porcs non améliorés (figure 6). A mesure que la consommation de nourriture augmente, le porc non amélioré (diagramme A dans la figure 6) produit davantage de graisse que les types améliorés (diagramme B dans la figure 6). L'excès de graisse n'étant ni attrayant pour le consommateur ni d'un rapport intéressant (environ cinq fois le coût en nourriture de la production de tissus maigres), il est essentiel que les porcs soient nourris en fonction de leur capacité de croissance et de production de viande maigre.


Fig. 5: Différences des tailles adultes et impacts sur le rythme de croissance des races porcines non améliorées (A) et améliorées (B)

Les porcs mâles entiers se développent plus rapidement, ont une chair plus maigre et convertissent plus efficacement la nourriture que les femelles. Cette tendance s'inverse lorsque les mâles sont castrés. Traditionnellement, on castrait les porcs afin d'améliorer la qualité de la viande et de prévenir l'odeur sexuelle du verrat qui tend à imprégner la chair lorsque ce dernier approche de la puberté. Mais, de nos jours, les porcs grandissent plus rapidement et sont abattus plus jeunes, de sorte que le problème de l'odeur sexuelle a été considérablement réduit. La castration des porcs destinés à la boucherie ne se justifie désormais plus que dans le cas d'une croissance lente ou pour répondre à un marché hautement sophistiqué.


Fig. 6: Différences caractéristiques entre les races non améliorées (A) et améliorées (B) au regard de leur capacité à produire de la viande maigre à mesure que s'accroît la ration alimentaire (d'après Whittemore, 1987)

Les porcelets naissent avec, dans leur corps, moins de 2 % de graisse; ce qui les rend particulièrement vulnérables au froid. Par la suite, ils accumulent rapidement la graisse pour atteindre, vers l'âge de trois semaines, une proportion de 15 % par rapport à l'ensemble du corps. Ils disposent ainsi d'une réserve d'énergie lorsqu'ils doivent s'adapter à une réduction des apports lactés et surmonter le stress associé au sevrage.

2.6. - Reproduction

2.6.1. - Mâles

Le système reproducteur du verrat (cf. fig. 7) est caractérisé par une paire de testicules assez gros, dont le poids atteint jusqu'à 300 g chacun chez certaines races exotiques. En une seule éjaculation, les testicules et les autres glandes sexuelles peuvent produire un litre de sperme.

Pour faciliter la transmission de telles quantités de sperme lors du coït, l'extrémité du pénis présente une forme spiroïdale, de telle sorte qu'elle ne risque pas de se bloquer dans le col de l'utérus de la truie. La durée du coït est variable, mais peut aller jusqu'à une vingtaine de minutes.

La puberté, soit l'aptitude pour le verrat à servir une truie, survient généralement vers l'âge de quatre mois, parfois plus tôt pour les races non améliorées. Toutefois, on attend normalement jusqu'à l'âge de sept mois avant d'utiliser un verrat pour la reproduction. Les jeunes mâles risquent d'être malmenés par des truies plus âgées, avec toutes les conséquences défavorables que cela peut avoir par la suite sur leurs performances sexuelles.

2.6.2. - Femelles

L'appareil génital de la truie (cf. fig. 8) se distingue de celui des autres espèces de bestiaux par les longues cornes utérines circonvolutionnaires (d'une taille de 700 à 800 mm) destinées à accueillir de nombreux foetus. L'ovulation se produit simultanément pour les deux ovaires et comprend normalement entre 11 et 24 ovules.


Fig. 7: Le système reproducteur du mâle


Fig. 8: L'appareil reproducteur de la femelle

La puberté, qui marque le début des cycles oestraux, survient entre cinq et sept mois, sauf chez les races non améliorées, où elle apparaît parfois dès l'âge de trois mois. Le nombre d'ovules libérés à chaque ovulation -et, partant, la taille des portées potentielles-, s'accroît graduellement après quelques cycles.

L'oestrus et, donc, la période de chaleur revient tous les 21 jours environ (entre 18 et 24), sauf chez les truies qui sont pleines ou celles qui allaitent, bien que certaines, parmi ces dernières, entrent parfois en chaleur dans les élevages en troupeaux. La période de chaleur dure de un à trois jours et l'ovulation se produit le second jour de l'oestrus ou quelque temps plus tard.

Après le coït et la fécondation, les embryons se disposent régulièrement sur toute la longueur de l'utérus avant de s'implanter. La compétition pour l'espace, pour l'apport nutritif, ainsi que d'autres facteurs inconnus aboutissent souvent à des taux très inégaux de développements in utero , qui ne font qu'accroître la variation du poids à la naissance des porcelets. Les plus légers sont alors désavantagés dans la compétition qui règne au début de la vie post-natale. Ce problème tend à s'accentuer chez les truies plus âgées en raison d'une fatigue de l'utérus.

La gestation dure 114 jours, avec une tendance à se prolonger légèrement pour les petites portées. La durée de la parturition peut varier de 2 à 24 heures et sera d'autant plus longue que les porcelets sont nombreux. Toutefois, la différence de taille entre la mère et les petits, de même que le type de placentation propre aux truies font de la mise bas un processus normalement sans complications. L'incidence de porcelets mort-nés, que la mort survienne in utero ou lors de la naissance, est plus importante dans les portées nombreuses.

Dans son ensemble, le processus de reproduction chez la truie est le résultat d'une interaction hormonale complexe entre le cerveau, l'hypophyse, les ovaires et l'utérus. Il est essentiel, pour parvenir à une capacité de reproduction optimale, que l'éleveur prenne en compte ce réseau de relations.

2.7. - Comportement

Les porcs ne sont pas des animaux solitaires et apprécient les contacts sociaux entre eux, ne serait-ce que par le seul canal de la vue ou de l'odorat. D'autre part, les troupeaux porcins développent toujours une hiérarchie sociale, qui s'établit dès la naissance, au moment de la rivalité pour s'approprier une position d'allaitement. Si l'on parque ensemble des porcs étrangers d'âge plus avancé, il s'ensuivra invariablement des conflits qui risquent de déboucher sur des tensions considérables et des dommages physiques pour certains d'entre eux. Toutefois, lorsque le groupe est constitué, on peut voir, dans l'eau froide, les porcs se serrer les uns contre les autres pour maintenir leur chaleur corporelle.

Les truies, à l'instar des femelles d'autres espèces, sont nettement plus dociles au cours de la gestation que lorsqu'elles viennent d'avoir des petits. Juste avant de mettre bas, la truie ménage dans sa litière une sorte de nid. Elle est alors souvent irritable et, si elle se trouve enfermée sans pouvoir accéder au matériau nécessaire à la confection de sa bauge, elle risque, en cours de parturition, d'être en proie au stress.

Contrairement à une opinion répandue, le porc n'est pas un animal malpropre: normalement, il ne souille pas de ses excréments les endroits où il se couche. Toutefois, la promiscuité ou quelque autre forme de perturbation tendent à modifier ce comportement. Il lui arrive aussi, lors de fortes chaleurs, de se rouler dans ses propres fèces et son urine pour que leur évaporation lui procure un rafraîchissement.

De récentes études ont mis en lumière l'importance de l'interaction entre porcs et humains dans la productivité. Lorsque les porcs vivent dans la crainte de leur gardien, tant leur croissance que leur capacité de reproduction sont susceptibles d'en être freinées.

2.8. - Les effets du climat et de la température

Afin d'affronter les conditions de vie en forêt, le porc est mieux équipé pour retenir la chaleur, notamment grâce à une couche de graisse sous-cutanée bien développée, que pour l'éliminer. Seul son groin possède des glandes sudoripares, de sorte qu'il est incapable de dissiper beaucoup de chaleur par la transpiration. Qui plus est, certaines races porcines, notamment le Large White et le Landrace, sont dépourvues de protection contre le soleil et, à moins qu'elles ne puissent se réfugier à l'ombre ou se vautrer dans la boue, elles sont exposées à de graves brûlures.

Le porc, comme l'homme, est un homéotherme: il a besoin d'une température corporelle centrale constante. Le métabolisme du porc est prévu pour un fonctionnement optimal à 39°C. Aussi longtemps que la température environnante reste dans une certaine marge, appelée zone de neutralité thermique (cf. fig. 9), la peau du porc et les variations de son flux sanguin lui permettent de maintenir sans difficulté la bonne température corporelle. L'étendue de cette zone est fonction du poids de l'animal et l'on observe des différences notables selon les individus (cf. fig. 10).

La zone de neutralité s'étend, vers le bas, jusqu'à une température critique inférieure (point Y de la figure 9), qui est atteinte lorsque le porc est contraint, pour maintenir sa température corporelle, de consacrer l'énergie qu'il retire de sa nourriture à accroître sa production de chaleur. La température critique inférieure varie d'un porc à l'autre et est déterminée par un certain nombre de facteurs: par exemple, selon que le porc est gras (bien isolé) ou maigre, selon la quantité de nourriture qu'il mange et, partant, son rythme de croissance, selon qu'il essaie ou non de freiner la perte de chaleur en se couchant, selon qu'il peut ou non se blottir contre ses compagnons d'enclos et selon qu'il est ou non en mesure de changer de position pour minimiser la perte de chaleur. A terme, lorsque la température ambiante ne cesse de décroître, le porc, malgré une production de chaleur importante, n'est plus en mesure de maintenir sa température corporelle (point X dans la figure 9). Il meurt alors par hypothermie.


Fig. 9: L'influence de la température ambiante sur la température corporelle du porc et sa production de chaleur


Fig. 10: Variation de l'étendue de la zone de neutralité thermique en fonction du poids du porc

En zone tropicale, ce sont surtout les effets de la hausse des températures sur le porc qui sont intéressants.

Lorsque la température ambiante avoisine la température corporelle, le porc cherche à augmenter la perte de chaleur par évaporation et se met à transpirer (dans la mesure où ses rares glandes sudoripares le lui permettent), à haleter, à changer d'attitude et de position, à se vautrer dans l'eau, la boue ou les excréments. Il diminue en outre sa production d'énergie en s'alimentant moins.

Toutefois, les moyens dont dispose le porc pour dissiper la chaleur sont peu efficaces, surtout s'il n'a pas la possibilité de se baigner, et il a tôt fait d'atteindre la température critique supérieure (point Z dans la figure 9). Il en résulte une hyperthermie et un stress thermique qui, si la situation ne peut être inversée, entraîneront la mort.

A l'autre extrémité de l'échelle, le porcelet se révèle à la naissance extrêmement vulnérable aux températures ambiantes basses. Les porcs naissent pour ainsi dire sans couche de graisse sous-cutanée et avec de faibles réserves en glucides. Aussi sont-ils, au moment de la naissance, en proie à une chute immédiate de leur température corporelle.

Les porcelets les plus faibles risquent d'avoir à lutter pour obtenir un apport de lait suffisant et, pour peu que leur besoin de chaleur exige d'eux une dépense d'énergie, ils en arrivent bien vite à un état d'insuffisance de sucre dans le sang (hypoglycémie) et meurent de froid.

2.9. - Stress

Il ressort clairement de ce qui précède que les facteurs de tension peuvent prendre de nombreuses formes: la crainte, la douleur, la température, l'ensoleillement direct, les privations, la fatigue et les interférences dans les schémas comportementaux naturels. Tout stress conduit rapidement à une diminution des performances et de la productivité, et provoque notamment des ulcères d'estomac (tout comme pour les humains), ainsi qu'une plus grande vulnérabilité aux maladies infectieuses qui se traduit par un taux de mortalité plus élevé Il est essentiel, donc, de pouvoir reconnaître, dans des circonstances données, les principaux facteurs de stress chez le porc, afin de mettre en place des systèmes de production qui en minimisent les effets.

III. Systèmes de productions

3.1. - Systèmes de faible envergure

3.1.1 - Le porc errant

C'est la méthode traditionnelle d'élevage porcin dans la plupart des régions tropicales (stade I de la figure 11). C'est aussi la plus simple et la plus économique. Chaque famille ou village élève quelques porcs qu'on laisse vaguer librement et qui se nourrissent de ce qu'ils trouvent. A l'occasion, ils reçoivent en supplément la nourriture excédentaire, quand il y en a. Il s'agit généralement d'aliments à faible valeur nutritive: peaux de bananes, trognons de maïs, jacinthes d'eau, son de maïs, sous-produits du brassage de la bière et déchets alimentaires. Dans les pays où le porc est très estimé et destiné à des sacrifices rituels, ainsi qu'il en existe dans certaines régions d'Asie, il arrive qu'avant une cérémonie importante, quelques bêtes soient nourries en enclos pour une période d'engraissement de trois à six mois.

Dans un système où le porc fait office d'éboueur, ce sont les races indigènes qui prédominent, en raison de leur adaptation à l'environnement et de leur plus grande aptitude à supporter les conditions locales du fait de leur taille relativement faible et de leur mobilité (cf. fig. 12). La productivité est faible; ce qui est normal eu égard aux apports erratiques et souvent saisonniers en nourriture, qui se traduisent par une grande irrégularité des portées, un taux élevé de mortalité chez les porcelets et un rythme de croissance plutôt lent. Ce type d'élevage favorise particulièrement l'infestation des porcs, dont les intestins accueillent invariablement nombre d'ascarides et de ténias. L'un des dangers propres au système du porc errant est que celui-ci a accès à des sources de parasites, comme les excréments humains, qu'il risque ensuite de transmettre à l'homme par sa viande (cf. chapitre VII).


Fig. 11: L'évolution de l'élevage porcin

La majorité des porcs errants sont élevés pour l'autoconsommation et, donc, sans intention particulière d'en faire commerce. Si les porcs jouent un rôle socio-économique important, c'est plutôt à la manière d'une banque: on les vend pour faire face à des difficultés financières ou à des besoins familiaux inattendus. Leur nombre est généralement maintenu assez bas, de l'ordre de 1 à 3 femelles reproductrices par troupeau.


Fig. 12: Porcs de race indigène livrés à eux-mêmes: système du porcs errants


Fig. 13: Porcherie rudimentaire pour l'élevage semi-intensif

3.1.2. - La production semi-intensive

Les porcs sont ici élevés en enclos, ce qui contraint l'éleveur à leur procurer la nourriture (stade II de la figure 11). Dans la plupart des cas, cette méthode n'exige que des constructions rudimentaire (cf. fig. 13), et, dans certaines régions d'Asie du Sud-Est et d'Afrique occidentale, il s'agit simplement d'abris de bambou surélevés. Il arrive cependant que les porcs soient enfermés dans des prairies ou des parcs plus importants.

La nourriture se compose de déchets alimentaires, de plantes et de sous-produits. Quant à l'organisation, elle est réduite à son strict minimum. Dans ces conditions, la productivité demeure assez faible et la mortalité élevée. Bien que les races locales soient prédominantes, on rencontre, pour ce type de production, des croisements de races indigènes et exotiques dans tout le monde en voie de développement. La commercialisation est encore largement aléatoire et dictée par les besoins financiers immédiats du propriétaire. Généralement, le cheptel est ici plus important et la productivité plus élevée que ce que l'on observe dans les systèmes de porc errant.

3.1.3. - Production intensive

La principale caractéristique des systèmes intensifs à petite échelle réside dans le fait qu'au départ d'une production de subsistance, l'éleveur s'est tourné vers la production commerciale du porc. Les unités comptent jusqu'à 50 têtes. Ce genre d'élevage exige donc que le producteur cultive ou achète les aliments répondant à ses besoins spécifiques (stades III et IV de la figure 11). Il nécessite également des installations plus sophistiquées -qui comprennent généralement un revêtement de sol en béton ou en dur-, un abri, un ombrage et un parcage adéquats, des aliments appropriés et l'approvisionnement en eau (fig. 14). Pour justifier ces investissements, l'éleveur va devoir prendre des mesures de gestion afin d'optimiser la production et notamment des soins vétérinaires pour prévenir les maladies et les parasites. Quant aux animaux élevés, la tendance va principalement vers les races exotiques à plus haut rendement, ou vers un croisement entre une race exotique et une variété indigène. Que la vente s'opère de manière informelle, par l'entremise des boucheries locales, ou qu'elle accède au secteur commercial à grande échelle, elle doit désormais être planifiée pour assurer à l'entreprise des rentrées régulières.


Fig. 14: Une unité de production porcine intensive de faible envergure

3.2. - Systèmes de grande envergure

3.2.1. - Production intensive

C'est le plus répandu parmi les systèmes de production sur une grande échelle. Il s'agit généralement d'unités intensives comprenant des troupeaux de 40 à 1000 truies. On choisit des races modernes à haut rendement ou des hybrides qui sont élevés dans les meilleures conditions possibles, tant pour ce qui concerne les bâtiments qu'en matière d'alimentation et de soins, de façon à garantir une production maximale. Les porcheries sont souvent adaptées en fonction des différentes races et des conditions environnantes.

Ces unités, et particulièrement les plus importantes, se prêtent très bien à l'intégration de la production céréalière et de l'industrie agro-alimentaire, d'une part, et de la transformation et de la commercialisation, de l'autre. Ces opérations sont désormais confiées à des spécialistes afin d'obtenir une rentabilité maximale par carcasse.

3.2.2. - Production extensive

Un peu partout en Europe et en Amérique, on observe une tendance en faveur de systèmes de production moins intensifs, surtout en ce qui concerne les truies. Dans ces systèmes, dits «de plein air», les truies sont gardées dans des prairies et disposent d'abris individuels pour mettre bas et se protéger des intempéries. Une fois sevrés, les jeunes sont en général élevés selon des méthodes plus intensives. En Europe, on produit pour ce type d'élevage des truies hybrides qui offrent une meilleure résistance aux changements climatiques.

Des systèmes de production de ce genre existent en zone tropicale, où ils sont manifestement appelés à se développer. Leurs principaux avantages par rapport aux méthodes intensives sont qu'ils exigent des capitaux de départ moins élevés et que les truies ont à leur disposition d'importantes réserves de nourriture: pâtures, résidus de cultures, racines de manioc et patates douces. Dans les régions tropicales, il est essentiel que les animaux puissent trouver des endroits ombragés et des mares de fange (cf. fig. 15). En outre, des contrôles stricts et des clôtures adéquates sont indispensables pour prévenir les parasites et les contacts avec des maladies endémiques, comme la peste porcine africaine, véhiculée par le porc de brousse.

3.3. - Systèmes intégrés

L'intégration de la production porcine avec d'autres activités annexes est, depuis longtemps, largement pratiquée en Asie tropicale. On y rencontre des combinaisons variées qui font intervenir la pisciculture, la culture d'algues, la production de méthane, l'élevage canards, la culture de jacinthes d'eau et autres végétaux. Ce genre de système à deux ou trois produits permet une meilleure efficacité de l'emploi des ressources et accroît la production pour l'ensemble de l'exploitation.


Fig. 15: Dans les pays chaud, les systèmes de production extensive nécessitent la présence de mares de boue

Le lisier des porcs permet de fertiliser les viviers à poissons. Cela favorise l'apparition d'algues, qui peuvent dès lors être consommées par les poissons. Pour autant que l'on dispose de quantités d'eau suffisantes pour que les pièces d'eau conviennent à l'élevage des poissons, les porcheries peuvent soit être construites au-dessus des viviers, de façon à ce que les déjections s'écoulent directement dans l'eau, soit à proximité, avec des canalisations pour guider l'écoulement des effluents. Les poissons les plus communément exploités sont les diverses variétés de Tilapia spp , mêlées souvent à de petites populations de carpes ( Cyprinus spp ) et de poissons-chats ( Clarias spp ) ou d'autres prédateurs. Il faut entre 50 et 60 porcs pour produire assez de lisier pour un hectare de viviers, lesquels peuvent atteindre, pour une population de 20 000 à 50 000 poissons par hectare, un rendement annuel situé entre 3,5 et 5 tonnes de poisson comestible par hectare.

Dans certaines régions, on exploite les éléments nutritifs contenus dans les viviers pour cultiver des jacinthes d'eau, qui servent ensuite à nourrir les porcs. Une autre possibilité est d'employer cette eau fertilisante à l'irrigation des cultures ou, dans d'autres systèmes, d'assécher en rotation les viviers, dont le lit est alors cultivé. Une technique différente, lorsque l'on dispose d'autres aliments, consiste à employer les effluents à la production d'algues qui, une fois séchées, pourront servir à la nourriture des porcs ou de quelque autre bétail. Si le lisier des porcs se révèle insuffisant pour l'un ou l'autre système, on obtiendra une meilleure fertilisation des viviers en y adjoignant les excréments produits par un élevage de canards.

La fraction solide des excréments fournira quant à elle un engrais efficace pour les cultures, surtout s'il a été convenablement composté. C'est sans doute dans ce genre d'utilisation des produits dérivés que l'on trouvera le meilleur rapport coût-efficacité. Toutefois le lisier se révèle, quant à lui, d'une manipulation difficile pour fertiliser les terres arables et, si l'on ne veut pas le gaspiller, il vaut mieux l'exploiter à d'autres fins. Une étape importante à été franchie avec la fermentation anaérobie du lisier pour produire du méthane. Il suffit d'un digesteur relativement simple (cf. fig. 16) pour garantir une source constante de méthane susceptible de fournir l'énergie nécessaire à un usage domestique ou agricole. Actuellement, de tels digesteurs sont exploités en zones rurales un peu partout dans le monde en voie de développement. On estime que sept porcs fournissent assez de fumier pour garantir un approvisionnement en méthane qui suffit à satisfaire les besoins domestiques en énergie d'une famille de cinq personnes.


Fig. 16: Un digesteur simple pour la production du méthane

IV. Les races et l'amélioration génétique

4.1. - Les races

Il existe dans le monde plus de 90 races porcines reconnues et, estime-t-on, 230 variétés différentes, bien que, d'un point de vue numérique, certaines soient peu représentées. On peut, dans cet ensemble, établir une distinction très générale entre les types indigènes ou non améliorés (cf. chapitre II) et les types exotiques plus récents, sélectionnés et développés selon des critères commerciaux bien spécifiés.

4.1.1. - Les races indigènes (domestiques)

Ce sont celles qui prédominent dans les régions tropicales en voie de développement. Elles ont évolué vers des morphologies et des tailles variées selon les différents environnements où il leur a fallu survivre. En général, ces races sont plus petites et plus courtes sur pattes que les types exotiques (le poids des femelles à l'âge adulte se situe entre 40 et 120 kg). Elles présentent en outre les caractéristiques des races non améliorées: tête allongée, partie antérieure du corps bien développée et arrière-train moins massif. Cette silhouette leur confère une plus grande facilité à se mouvoir et à fourrager et fouger pour se procurer la nourriture. La maturité sexuelle est également plus précoce: chez les truies, le premier cycle oestral peut survenir dès l'âge de trois mois. La couleur de la peau est très variable, mais on y trouve le plus souvent du brun et du noir et, rarement, du blanc. La pilosité elle aussi varie, de sorte que l'on rencontre tant des types à la peau nue que des types à soies longues. Les principales races des régions tropicales se répartissent comme suit.

4.1.2. - Afrique

Dans de nombreux pays d'Afrique, les porcs n'ont pas été répertoriés en races bien définies et sont désignés sous les vocables de races «indigènes», «locales» ou «non améliorées». Cette situation se complique encore dans certaines régions du fait de croisements avec des souches exotiques importées.

En Afrique du Nord, les porcs sont plutôt rares et ceux que l'on rencontre en Egypte, en Tunisie, au Maroc et au Soudan sont des types très primitifs à la tête longue et effilée, aux petites oreilles en pointe, au corps maigre et peu musclé. De semblables types primitifs ont été signalés en Afrique occidentale, notamment au Zaïre et en Angola. Il y a cependant en Afrique des endroits où l'on exploite les porcs de manière plus spécifique en vue de la production de viande: le Bakosi, au Cameroun, et le Ashanti nain du Ghana sont typiques de ces régions et ont été décrits comme des races indigènes. Ce sont des porcs de petite taille (la truie adulte pèse entre 40 et 60 kg), généralement de couleur noire, avec des oreilles en pointe (fig. 17).

Sans doute les types non améliorés que l'on rencontre en Afrique orientale, centrale et australe sont-ils issus d'une souche introduite par les premiers colons européens -et ne sont donc à proprement parler pas indigènes-, mais ils sont relativement bien répandus. En Tanzanie, quelque 60 % de la population porcine est répertoriée comme indigène, et plusieurs types très différents se sont développés dans les diverses zones rurales. C'est à Mason et Maule (1960) que l'on doit la classification en deux types distincts des porcs indigènes décrits en Afrique du Sud. Il y a d'abord le type Windsnyer: un porc à dos tranchant, au groin allongé que l'on trouve également dans tout le Zimbabwe et, par endroits, au Mozambique et en Zambie (fig. 18). Ensuite vient le Kolbroek: un petit animal gras, avec un groin court et une face arrondie, qui semble être circonscrit à l'Afrique du Sud.


Fig. 17: Porcs errants du Ghana


Fig. 18: Porcs indigènes d'Afrique australe

En Afrique, la productivité de ces races non améliorées est manifestement influencée par l'environnement. (On trouvera dans le tableau 4.1 certains chiffres caractéristiques relatifs à leur capacité de reproduction.) Dans des essais menés au Zimbabwe, bien que la taille des portées ait tendance à être plus petite, le rapport entre le poids vif total de la portée et le poids de la truie au moment de la mise bas est du même ordre (11 %) que celui que l'on trouve chez les truies exotiques. L'efficacité alimentaire se révèle elle aussi comparable pour les truies indigènes et exotiques. Les truies indigènes témoignent d'une grande sollicitude dans leurs soins maternels, qui se traduit par un taux de mortalité très bas chez les porcelets, et ce sans installations sophistiquées. Néanmoins, au cours de la phase de développement, le rythme de croissance et l'efficacité alimentaire des porcs indigènes sont inférieurs à ceux de leurs homologues exotiques (cf. tableau 4.2).

4.1.3. - Asie du Sud-Est et Chine du Sud

C'est ici la Chine qui prédomine: le porc y est, depuis des siècles, le principal animal domestique destiné à la boucherie. On estime qu'il existe en Chine plus de 100 races différentes, dérivées pour la plupart du type Sus vittatus . Epstein en a fourni une description détaillée (1969). Le rôle du porc dans l'agriculture chinoise pourrait se résumer ainsi: chaque fermier élevait une ou deux truies, qu'il nourrissait avec les sous-produits de cultures et les déchets alimentaires. La généralisation de ce système a abouti à de nombreuses similitudes entre les différentes races, à savoir la docilité, la faculté de digérer et d'assimiler une alimentation qualitativement pauvre et une tendance à développer beaucoup de graisse. Dans l'ensemble, les races chinoises se caractérisent par une tête courte et arrondie, un corps large, court sur patte et peu allongé, au dos souvent creusé et au ventre pendant (ill 19).


Fig. 19: L'une des nombreuses races indigènes de Chine, caractéristique du type chinois

Par rapport aux races que l'on trouve dans le centre de la Chine, celles du Sud ont tendance à être plus petites et moins prolifiques, mais la mortalité des porcelets y est très basse. Les porcs que l'on rencontre dans toute l'Asie du Sud-Est dérivent des races chinoises, et le type ensellé est très répandu. En Thaïlande, par exemple, on considère que les génotypes locaux sont issus de la race Hainan de Chine continentale (Epstein, 1969). Une étude menée dans les régions montagneuses fait apparaître des portées caractéristiques de 7,1 porcelets par truie à la naissance et 5,8 au sevrage. Les porcs indigènes de Malaysia et de Singapour ressemblent fort au type de la Chine du Sud. Et l'on en trouve d'autres variantes au Sarawak, aux Philippines et au Sri Lanka.

Tableau 4.1 Chiffres relatifs à la fertilité et aux performances des truies indigènes en Afrique


Nigéria

Zimbabwe

Afrique du Sud

Ghana(Ashanti nain)

Taille des portées à la naissance

6,5

7,9

7,2

6,3

Taille des portées au sevrage

5,5

7,5

-

-

Mortalité (en %) avant le sevrage

15,0

5,0

-

-

Age moyen au sevrage (en sem.)

9,0

8,0

8,0

8,0

Poids moyen au sevrage (en kg)

-

7,6

9,0

7,0

Tableau 4.2 Comparaison de la croissance et de l'efficacité alimentaire des porcs indigènes du Zimbabwe et Large White, nourris par des rations provenant du commerce, entre la 8 e et la 32 e semaine


Période (en semaines)


8-16

17-24

25-32

Gain de poids corporel (kg/jour)




Indigène

0,28

0,51

0,45

Large White

0,44

0,58

0,68

Indice de consommation(kg de nourriture pour un gain de poids de 1 kg)




Indigène

3,4

3,6

5,0

Large White

2,7

3,3

4,0

4.1.4. - Amérique centrale et Amérique du Sud

Les porcs indigènes sont ici nettement moins nombreux qu'en Afrique. En conséquence, on a vu se développer davantage de races spécifiques, qui ont pu être décrites. La plupart de ces porcs relèvent du type à petit lard et sont probablement issus de porcs chinois introduits au XV e ou au XVI e siècle.


Fig. 20: Un porc indigène du Costa Rica

Le Pelon, une race de petits porcs noirs dépourvus de soies, est assez commun en Amérique centrale: on le rencontre au Mexique, au Salvador et au Costa Rica. Les truies pèsent, à l'âge adulte, environ 70 kg, et leur productivité est relativement faible. D'autres variantes du même type apparaissent un peu partout dans la région. Ainsi le Yucatan, originaire de la péninsule du même nom au Mexique, qui est plus petit, gris ardoise, avec un groin plus court. Plus au sud, en Colombie et, localement, au Venezuela et en Bolivie, on trouve une race distincte: le Criollo noir, doté de soies plutôt longues et d'un groin fin et allongé. En Bolivie cependant, le véritable Criollo est devenu très rare, en raison des conditions d'élevage qui ont favorisé les croisements avec des types exotiques d'importation. C'est pourquoi l'on rencontre dans les villages des porcs présentant une gamme complète de colorations. Il existe également des porcs de race Criollo aux îles Caraïbes.

Les porcs occupent une place assez importante dans l'économie du Brésil, où se côtoient plusieurs races indigènes. Parmi celle-ci, le Pirapitinga, un petit porc aux soies très courtes, le Piau noir tacheté de blanc, le Pereira et le Canasta, qui sont deux types gras aux soies abondantes, de couleur noire ou grise.

4.1.5. - Les races exotiques en zone tropicale

4.1.5.1. - Le Large White (Yorkshire) (fig. 21)


Fig. 21: Un verrat Large White

La race Large White a été développée dans le Yorkshire, en Angleterre, au milieu du XIX e siècle, et n'a pas tardé à connaître un grand succès partout dans le monde. Il s'agit d'un porc à croissance rapide, solidement charpenté, de bonne longueur et réputé pour la robustesse de ses pattes. Les truies sont prolifiques, attentives à leurs petits et s'adaptent bien à l'élevage en enclos.

La race est largement répartie dans toutes les régions tropicales et fort utilisée pour les croisements. En Afrique, par exemple, l'hybride le plus populaire pour la production commerciale est la truie Large White X Landrace. Ces porcs sont également utilisés comme grands-parents dans la production de la plupart des hybrides européens. A l'instar des Landrace, ils ont une peau blanche qui, faute d'endroits ombragés ou de mares, les rend très vulnérables aux brûlures du soleil des tropiques. En revanche, leur peau et leurs soies blanches font que leur couenne est mieux acceptée par les consommateurs que celle des races de couleur.

4.1.5.2. - Le Landrace (fig. 22)


Fig. 22: Un verrat Landrace

C'est une race originaire de Scandinavie qui se caractérise par des oreilles pendantes pointées vers l'avant. Elle fut développée tout spécialement pour le commerce du lard. Le corps long et lisse, aux épaules légères et aux jambons bien développés, est typique de la race. Les truies témoignent d'excellentes aptitudes à la reproduction et aux soins maternels. Leur progéniture présente une chair maigre et une croissance rapide. Le Landrace est plus sensible au stress que certaines autres races. Dans une moindre mesure que le Large White, il est, lui aussi, assez répandu sous les tropiques et très apprécié pour l'hybridation.

4.15.3. - Le Duroc (fig. 23)


Fig. 23: Une truie Duroc

C'est une race qui a été développée aux Etats-Unis, bien que l'on ait suggéré que la souche originelle comprenait une race britannique: le Tamworth. Elle se signale par sa couleur rouge sombre ou rouille. Le Duroc est une race grande à croissance rapide, sélectionnée spécialement pour l'ensemble de sa musculature et destinée à la production de viande. Une caractéristique importante est sans conteste son aptitude à atteindre un poids élevé sans produire trop de graisse. La taille des portées et les dispositions aux soins maternels des truies sont, pour leur part, assez moyennes. On prétend que le Duroc présente davantage de graisse persillée dans la viande.

La robustesse et la résistance au stress sont deux traits remarquables du Duroc et se traduisent par un taux de mortalité très bas. C'est bien sûr un élément essentiel en zone tropicale, où cette race connaît un succès croissant. Dans certaines régions d'Afrique, la production commerciale y a fréquemment recours comme dernier reproducteur avec des truies blanches hybrides.

4.1.5.4. - Le Hampshire (fig. 24)


Fig. 24: Un verrat Hampshire

Le Hampshire est un porc noir de taille moyenne dont la partie antérieure est ceinte d'une bande blanche. Originaire d'Angleterre, c'est pourtant aux Etats-Unis qu'il a été développé comme une race moderne. Les truies Hampshire sont des mères prolifiques et attentives dotées de capacités d'allaitement supérieures à la moyenne. Par rapport aux races blanches, le Hampshire est en outre mieux à même de s'adapter à des conditions d'élevage plus extensives. C'est une race charnue, musclée, qui possède un bon indice de consommation. Le Hampshire joue un rôle important dans nombre de programmes de croisement, tant pour produire des hybrides femelles que comme verrat terminal.

4.1.5.5. - Le Berkshire (fig. 25)


Fig. 25: Une truie Berkshire

La race Berkshire, bien qu'elle connaisse un certain déclin à l'échelle mondiale, demeure très appréciée dans plusieurs régions tropicales pour les programmes de croisement. Il s'agit d'un petit porc précoce, qui fut d'abord développé en Angleterre pour la charcuterie. Sa robe est noire, avec le bout des pattes et le groin blancs. Il s'est révélé d'une grande robustesse sous les tropiques et se croise facilement avec les souches indigènes. Dans certaines régions, et notamment en Birmanie où la graisse de porc est très employée en cuisine, c'est une race fort appréciée pour sa graisse.

4.1.6. - Autres races intéressantes

4.1.6.1. - Le Chester White

Cette race, développée en Amérique, s'est surtout répandue en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Les truies en sont très prolifiques, mais le rythme de croissance est plutôt lent. C'est un porc plus petit et plus gras que la moyenne.

4.1.6.2. - Le Large Black

C'est une robuste race britannique, dont les truies, dans des conditions d'élevage extensif, se révèlent des mères attentives. Toutefois, son rythme de croissance est un peu lent et sa chair plutôt grasse. Bien que le Large Black pure race soit devenu fort rare, on trouve de nombreux signes de son rayonnement sous les tropiques.

4.1.6.3. - Le Middle White

Cette race précoce, qui s'apparente au Berkshire, est originaire d'Angleterre. L'Asie du Sud-Est l'a beaucoup utilisée dans les croisements, mais elle aussi est désormais assez rare.

4.1.6.4. - Le Piétrain

Ce porc charnu à viande maigre, d'origine belge, est largement utilisé dans la production des hybrides modernes. Les tentatives d'implantation en zone tropicale se sont pour la plupart soldées par des échecs, à cause de sa grande vulnérabilité au stress. C'est ainsi que tous les Piétrain importés dans les années '60 au Zimbabwe (la Rhodésie à l'époque) sont morts de crise cardiaque à la suite de l'un ou l'autre stress.

4.1.6.5. - Le Poland China

Cette race porcine fut parmi les premières à être développées aux Etats-Unis. Elle est un peu large et grasse, mais fut largement exploitée en Amérique centrale et en Amérique du Sud. On s'emploie à développer des variétés améliorées de cette race.

4.1.6.6. - Le Tamworth

D'une couleur rouge caractéristique, c'est l'une des plus vieilles races d'Angleterre. Elle est d'une robustesse exceptionnelle, mais se développe assez lentement. Elle a connu, par le passé, un grand succès dans les régions tropicales, où elle était employée pour l'hybridation.

4.1.6.7. - Le British Saddleback

Il s'agit d'une autre race britannique robuste, obtenue par la combinaison des races Essex et Wessex Saddleback. Les truies sont des mères attentives produisant de bonnes quantités de lait. Ce porc doit son nom à sa robe noire marquée d'une selle blanche (1).

(1) En anglais, le mot «saddle» désigne une selle ou, chez certains animaux, le «manteau», c'est-à-dire le dos quand il est d'une autre couleur que le reste du corps. En fait, chez le Saddleback, il s'agit plutôt d'une ceinture blanche (NdT).

Il connaît en Grande-Bretagne un regain de popularité en ce qu'il peut transmettre sa robustesse et ses aptitudes aux soins maternels aux hybrides exploités dans les systèmes de production de plein air.

4.2. - L'interaction génotype-environnement

En matière d'amélioration génétique des porcs dans les régions tropicales, il faut bien comprendre que des porcs sélectionnés pour leur rendement supérieur dans un environnement donné ne conviendront pas nécessairement dans un contexte tout différent. C'est ce que l'on appelle l'interaction génotype-environnement. Un exemple en est qu'une diminution de l'apport alimentaire aura pour effet de réduire davantage la couche de graisse dorsale d'un porc génétiquement gras que celle d'un porc génétiquement maigre.

La sélection des génotypes visant à améliorer le rendement des porcs dans un environnement tropical doit impérativement prendre en compte ce genre d'interactions. Si des génotypes sont sélectionnés en région tempérée dans des conditions d'élevage intensif et ensuite transférés sous les tropiques, il faut alors prévoir un équipement, une nourriture et des soins adéquats, de façon à modifier l'environnement pour qu'il convienne aux génotypes concernés. Dans certains cas extrêmes, des génotypes sélectionnés pour un élevage intensif et sous un climat tempéré se sont trouvés livrés à eux-mêmes comme des porcs errants. Dans de telles situations, sans contrôle de la croissance et de la reproduction, ces animaux ont peu de chances de survivre et les génotypes locaux ou hybrides se révéleront bien supérieurs (cf. fig. 17 à 20 et 26).

4.3. - Les méthodes d'amélioration génétique

Pour accroître le rendement de ses porcs, l'éleveur a le choix entre deux grandes orientations: soit il agit sur leur environnement, soit il s'efforce de modifier leur patrimoine génétique en vue de développer leur potentiel. Les divers traits ou caractères d'un porc sont déterminés et transmis par les gènes, qui transportent le matériau héréditaire fondamental. Ces gènes peuvent être manipulés pour obtenir une amélioration de la race: la sélection, d'une part, permet d'augmenter la fréquence de gènes ou de combinaisons de gènes favorables; d'autre part, l'hybridation avec des races ou variétés différentes a pour but d'introduire de nouveaux gènes dans la population.


Fig. 26: Race hybride exotique/indigène mieux équipée que la race exotique pure pour survivre dans les conditions d'un élevage extensif

4.4. - L'amélioration par sélection

Les caractères génétiques se répartissent en caractères simples, gouvernés par une seule paire de chromosomes, comme la forme des oreilles ou la couleur de la robe, et en caractères complexes, qui font intervenir plusieurs gènes et au nombre desquels on compte les caractères de rendement comme le rythme de croissance, l'indice de consommation et la qualité de la viande. Dans le cas des caractères simples, les gènes sont normalement dominants ou récessifs. Chez l'hétérozygote (qui associe un gène dominant et un gène récessif), le gène dominant inhibe le gène récessif. Les caractères récessifs ne peuvent donc apparaître que lorsque deux gènes récessifs sont réunis chez l'homozygote (fig. 27). Cela signifie que, dans un programme de reproduction, l'occurrence d'un caractère est prévisible. Ainsi, si un caractère récessif est souhaitable (par exemple, les oreilles en pointe dans la figure 27), il suffit de ne prendre comme parents que des animaux possédant ce caractère. Ce mécanisme de transmission de l'hérédité fut découvert par un moine autrichien nommé Mendel, au cours de ses célèbres travaux sur les petits pois jaunes et verts. Aussi parle-t-on désormais de transmission mendélienne des caractères.


Fig. 27: L'hérédité des caractères simples: les oreilles pendantes (PP) sont dominantes par rapport aux oreilles en pointes (pp)

La situation est tout à fait différente lorsqu'il s'agit de caractères complexes. Prenons par exemple le taux de croissance: les individus qui, dans un environnement donné, possèdent une fréquence plus élevée de gènes favorisant la croissance se distingueront du reste de la population par leur développement plus rapide. Si donc on sélectionne ces seuls animaux pour la reproduction, la fréquence de gènes favorables en sera accrue dans la génération suivante. C'est ce que laisse apparaître la figure 28, dont le diagramme représente une population porcine classée selon le taux de croissance, où seuls les animaux prenant plus de 750 g par jour ont été autorisés à se reproduire.


Fig. 28: Pour les caractères complexes, comme le rythme de croissance, on sélectionne au sein d'une population les animaux les plus performants (zone hachurée) pour la reproduction

Voyons maintenant quels sont les principaux facteurs qui influent sur l'efficacité et la progression génétique d'un programme de sélection.

4.4.1. - Définition des objectifs

Avant de démarrer un programme de reproduction, il est essentiel que les objectifs de la sélection soient clairement définis et qu'ils ne soient pas soumis à des modifications constantes. Ce n'en est que plus important sous un climat tropical, où des caractères comme la faculté d'adaptation, la couleur de la robe et la capacité de production à partir d'une alimentation de faible qualité sont susceptibles de prendre le pas sur les considérations de rythme de croissance et de qualité de la viande. Il peut même arriver que les priorités se trouvent inversées et que l'on préfère, par exemple, les porcs gras aux porcs maigres dans certaines situations. Il convient de limiter autant que possible le nombre des caractères dans un programme de reproduction, car les progrès d'un caractère donné seront d'autant plus lents que les caractères retenus sont nombreux.

4.4.2. - Différentielle de sélection

C'est la mesure de la supériorité des parents sélectionnés par rapport à la moyenne de la population dont ils sont issus. Par exemple, dans la figure 28, la différentielle représente l'écart entre la moyenne des animaux situés dans la zone hachurée (820 g/jour) et la moyenne de la population (500 g/jour). Plus la différentielle est élevée, plus la progression génétique est appréciable. En clair, cela signifie que plus la variation d'un caractère héréditaire est importante dans une population (autrement dit, plus la courbe du graphique 28 s'aplatit), plus le champ s'élargit pour une différentielle de sélection plus élevée.

4.4.3. - Héritabilité

L'héritabilité est la mesure moyenne dans laquelle la supériorité des parents sur les individus de même génération est transmise à leur progéniture. Plus précisément, l'héritabilité indique la proportion de la variance phénotypique totale qui est due à des effets génétiques additifs. On l'exprime au moyen d'un pourcentage: une héritabilité zéro signifie qu'un caractère n'est pas héréditaire puisque l'on n'observe aucune variation génétique, tandis qu'une héritabilité de 100 % désigne un caractère entièrement héréditaire dont la variation génétique n'est pas affectée par les différences d'environnement. En général, chez le porc, les caractères concernant la reproduction sont d'une héritabilité plutôt basse, ceux liés à la croissance, d'une héritabilité moyenne, et ceux portant sur la morphologie, d'une héritabilité assez élevée (cf. tableau 4.3). La progression génétique sera toujours plus importante lorsque la sélection est orientée vers des caractères à forte héritabilité.

Tableau 4.3 Evaluation de l'héritabilité de quelques caractères importants chez le pore


Héritabilité %

Nombre de porcelets par portée

15

Taille de la portée au sevrage

7

Poids moyen au sevrage

9

Gain pondéral quotidien

21-41

Indice de consommation

20-49

Qualité de la viande

26-40

Epaisseur du lard dorsal

43-74

Longueur de la carcasse

40-87

4.4.4. - Intervalle de génération

Il se définit par la moyenne d'âge des parents à la naissance de leur progéniture et représente l'intervalle de temps qui sépare les générations. Plus celui-ci est court, plus la progression génétique est rapide. Et si l'on accouple de jeunes verrats et des cochettes, pour les remplacer dès la première portée par les animaux sélectionnés dans leur progéniture, les générations peuvent se succéder au rythme d'une par année. Même dans la situation normale, où les nouveaux géniteurs sont censés être choisis au sein des cinq premières portées, et donc avec un intervalle moyen de génération de 2-2,5 ans, les porcs conservent une avance appréciable par rapport aux autres espèces d'animaux de boucherie comme les ovins (3-4 ans) et les bovins (4-5 ans).

4.4.5. - Précision dans la mesure des caractères

Le succès d'un programme de sélection dépend au premier chef de l'exactitude avec laquelle les données sont enregistrées. Certains caractères importants sont faciles à mesurer, comme le gain de poids vif, mais pour d'autres, notamment l'indice de consommation ou les mesures de carcasse, il est plus difficile d'être précis. Avant de se lancer dans un programme de reproduction, il faut absolument être certain que les caractères concernés peuvent être mesurés avec précision.

4.4.6. - Evaluation des effets de la sélection

Lorsque l'on a déterminé les valeurs de l'héritabilité (h 2), de la différentielle de sélection (DS) et l'intervalle de génération (IG), il est possible d'évaluer le gain génétique par année en recourant à la formule suivante:

Gain génétique par année = (h 2 X DS)/IG

4.5. - Méthodes d'évaluation

4.5.1. - Test de la descendance

Les systèmes d'évaluation se sont plutôt focalisés sur l'amélioration des verrats, eu égard à l'influence assez large qu'ils exercent sur les caractéristiques transmises à la génération suivante du cheptel. Il y a longtemps déjà que les systèmes de test de la descendance du verrat sont appliqués dans le monde entier. Ils se fondent sur la mesure de la valeur relative de la progéniture d'un verrat issue de plusieurs truies et permettent donc d'estimer avec exactitude en quoi un verrat peut contribuer à l'amélioration génétique du troupeau. Toutefois, outre son coût très élevé, ce test présente l'inconvénient de s'étendre sur une longue période pour accumuler les données nécessaires à l'évaluation, de sorte que le potentiel d'un verrat ne sera connu que lorsque celui-ci aura atteint un âge relativement avancé. Son temps de vie utile s'en trouve évidemment réduit. C'est pourquoi les tests de la descendance ne sont pas effectués de manière systématique: pour les caractères à forte héritabilité, ils ont largement cédé la place au contrôle des performances. Néanmoins, le test de la descendance se révèle utile pour déterminer des caractères qui n'apparaissent pas d'eux-mêmes dans le contrôle des performances, par exemple les caractères liés au sexe et ceux qui intéressent l'abattage.

4.5.2. - Le contrôle des performances

Le principe d'un contrôle des performances est de prendre les performances d'un animal comme mesure de sa valeur génétique et, pour les caractères à forte héritabilité, d'en faire une indication quant aux performances de sa progéniture. On choisit donc les meilleurs parmi des animaux de même génération qui ont été élevés de manière comparable. La valeur et l'exactitude de ce test peuvent toujours être vérifiées par la suite au moyen d'un test de la descendance, dont les résultats devront coïncider avec ceux du contrôle des performances. Cette évaluation peut être effectuée dans une station de contrôle des performances, où tous les animaux sont testés dans un environnement standard. Pour autant que les installations le permettent, ces tests peuvent aussi se dérouler sur les lieux mêmes de l'exploitation afin d'établir des comparaisons au sein du troupeau.

Les caractères et les critères de sélection qui entrent en jeu dans un test varieront bien évidemment d'un pays à l'autre selon leur importance respective. L'usage auquel le porc doit être affecté est lui aussi déterminant. Par exemple, les critères de sélection seront différents selon que l'on attend d'un verrat qu'il engendre des jeunes truies destinées aux programmes commerciaux de croisement ou que l'on envisage de l'employer comme dernier reproducteur dans l'élevage des animaux de boucherie. Toutefois, ce sont généralement le taux de croissance, l'indice de consommation et l'épaisseur du lard dorsal qui, sous des combinaisons variées, sont à la base de la sélection.

4.6. - Méthodes de sélection

Les méthodes de sélection elles aussi peuvent varier. Citons, parmi les plus couramment utilisées, les niveaux indépendants d'élimination et l'indice de sélection.

4.6.1. - Les niveaux indépendants d'élimination

Cette méthode prévoit que l'on détermine un niveau de performances pour chaque caractère. Les porcs qui, pour l'un ou l'autre de ces caractères, n'atteignent pas la norme désirée sont automatiquement écartés. On pourrait établir une comparaison avec un système d'examen où, si vous échouez dans une matière, vous ratez toute la session. Le grand défaut de cette technique est qu'un porc aura beau témoigner des qualités remarquables au regard, par exemple, de la croissance et de l'indice de consommation, s'il n'atteint pas la norme pour ce qui est de sa conformation, il sera éliminé. On perd ainsi ses gènes pour les caractères où il excellait. Cette méthode est la plus couramment employée pour déterminer la valeur dans les programmes de reproduction d'élite.

4.6.2. - L'indice de sélection

La méthode de l'indice se fonde sur le total des points -l'indice- obtenus par un porc pour l'ensemble des caractères recherchés. Normalement, chaque caractère est pondéré en fonction de sa valeur économique et de son héritabilité. On peut donc espérer que l'animal qui possède l'indice le plus élevé se révélera d'une rentabilité supérieure. En outre, le système de cotation de l'indice peut être ajusté au gré des modifications du contexte économique. La méthode de l'indice présente l'avantage qu'une performance exceptionnelle pour l'un des caractères recherchés peut venir contrebalancer une éventuelle faiblesse ailleurs. Qui plus est, ce système de cotation permet de prendre en considération d'autres éléments: par exemple s'il existe entre deux caractères une corrélation et si le développement de l'un entraîne simultanément le déclin de l'autre.

4.7. - Programmes d'amélioration

Nous voudrions, à titre d'exemple, décrire le programme national d'amélioration porcine du Zimbabwe, qui illustre la façon dont les méthodes d'évaluation et de sélection peuvent être intégrées dans un programme d'amélioration génétique. Ce programme est construit selon une structure pyramidale (figure 29). Le noyau est constitué par un petit nombre de porcs envoyés à la station de contrôle des performances (figure 30) par quelques éleveurs agréés, dont on considère qu'ils possèdent le meilleur cheptel au point de vue génétique. Les cochettes et les verrats retenus sont alors admis dans des troupeaux de multiplication qui, en termes de valeur génétique, représentent l'échelon immédiatement inférieur. Et leur progéniture est à son tour testée sur le terrain. Les animaux dont les résultats sont satisfaisants sont ensuite mis à la disposition des producteurs commerciaux de façon à garantir un apport constant de qualité au stock de remplacement pour le cheptel commercial.


Fig. 29: La structure pyramidale de l'amélioration de la race au Zimbabwe


Fig. 30: La station centrale de contrôle des performances du Zimbabwe


Fig. 31: Jeunes verrats en évaluation

A la station de contrôle, les porcs sont regroupés deux par deux dans des cases et nourris individuellement (cf. fig. 31). Leurs performances sont mesurées sur la période où ils passent d'un poids de 35 à 86 kg. A la fin du test, on calcule l'indice de consommation et on mesure l'épaisseur du lard au moyen d'un appareil à ultrasons (figure 32). Les porcs sont jugés sur la base d'un indice calculé à partir des valeurs économiques respectives de l'indice de consommation et de l'épaisseur de la couche de graisse. Les animaux qui n'atteignent pas le niveau désiré sont écartés. On élimine également ceux qui présentent des caractéristiques sexuelles anormales, des mamelles indurées ou insuffisantes ou d'autres défauts comme des pattes trop faibles ou une conformation corporelle inadéquate.


Fig. 32: Mesure de l'épaisseur de lard dorsal, au moyen d'un appareil à ultrasons lors du contrôle des performances d'un verrat

On effectue alors des tests de performances à la ferme sur les descendants mâles ou femelles des reproducteurs sélectionnés dans la station. On examine les porcs pour s'assurer qu'ils ne présentent aucune faiblesse, et la vente est ensuite autorisée pour autant qu'ils répondent à certaines normes de performances en termes de croissance et d'épaisseur de la couche de graisse.

On pourra constater la valeur potentielle de contrôles des performances réguliers au vu des résultats d'un cheptel Landrace témoin, dont les verrats et les cochettes de remplacement ont été sélectionnés sur huit générations selon le schéma que nous venons d'évoquer (figure 33). L'amélioration de l'indice de consommation représente une économie considérable.

4.8. - La pratique de l'hybridation

Dans ce qui précède, nous avons envisagé des méthodes d'amélioration porcine reposant sur la sélection des individus au sein d'une même race. Or, un producteur dispose aussi, pour développer le rendement de ses porcs, d'autres moyens, qui font appel à l'hybridation, c'est-à-dire à l'accouplement d'individus issus de deux races ou de souches distinctes. Cette technique présente deux avantages majeurs:

- Elle exploite le phénomène d' hétérosis, qui accompagne le croisement de deux races génétiquement différentes. On estime qu'il existe une vitalité propre au métissage qui se traduit chez un hybride par des performances supérieures à la moyenne de celles des parents.

- Elle s'appuie sur la complémentarité, soit la possibilité de combiner chez un ou plusieurs individus les éléments positifs de deux races existantes, ou davantage.


Fig. 33: Amélioration de l'indice de consommation consécutive aux tests de performance effectués sur huit générations d'un troupeau Landrace témoin

On trouvera, dans le tableau 4.4, le degré d'amélioration que l'on peut espérer retirer de l'hétérosis.

Les niveaux d'hétérosis les plus élevés portent plutôt sur les caractères à faible héritabilité, notamment ceux qui ont trait à la reproduction. Le degré d'hétérosis s'accroît en proportion des divergences génétiques qui séparent la race indigène tropicale et la race exotique que l'on croise. C'est pourquoi l'hétérosis culmine toujours lors de la première hybridation (F1) et décroît avec les croisements suivants à mesure que déclinent les différences génétiques. Toutefois, le gain économique total imputable aux effets de l'hétérosis peut être cumulatif à l'intérieur d'un système de croisement. Prenons par exemple la taille des portées au sevrage: si une mère hybride F 1 laisse apparaître une progression de 11 % et si l'on observe par la suite un gain de 6 % dans le rendement de sa progéniture, l'effet cumulatif est de 17 %, soit au moins un porc supplémentaire par portée au sevrage. Il existe quantité de stratégies de croisement qui, toutes, exploitent différentes sources d'hétérosis.

Tableau 4.4 Pourcentage estimé des niveaux d'hétérosis pour quelques caractères importants dans l'économie de l'élevage porcin


Supériorité (en %) par rapport à la moyenne parentale

Taille des portées à la naissance

2-8

Taille des portées au sevrage

5-11

Poids total des portées au sevrage

10-12

Croissance après le sevrage

6-8

Caractéristiques concernant la viande

0-5

Parmi celles-ci, le croisement alternatif de deux races est sans doute le mieux adapté à la production tropicale sur une petite échelle (cf. fig. 34). Si l'on dispose d'une troisième race pure, on peut envisager un système de croisement de trois races et utiliser en rotation des reproducteurs sélectionnés dans chacune des trois races. On obtient un maximum d'hétérosis lorsque l'écart génétique entre les races parentales est important. Aussi les croisements entre les races indigènes tropicales et les races exotiques offrent-ils un potentiel considérable. Ce sont sans doute les systèmes de production semi-intensifs (cf. chapitre II) qui tireront le meilleur parti de tels croisements: la résistance et l'aptitude à fourrager du porc indigène sont ainsi complétées par la croissance et le rendement améliorés du porc exotique. On rencontre de nombreux hybrides dans ce genre de systèmes (cf. figure 26). Les deux problèmes principaux sont l'entretien des verrats exotiques destinés au croisement, car ils succombent souvent à des maladies ou par manque de soins, et la difficulté de contrôler les accouplements qui se traduit par des croisements indéterminés. Dans ces conditions, une solution possible est de recourir à des centres de gardiennage de verrats gérés par l'Etat, comme il en existe quelques-uns dans le nord du Nigéria, où les petits éleveurs peuvent mener leurs truies indigènes pour les accoupler avec des verrats exotiques de pure race. Une autre possibilité est d'encourager les producteurs privés qui pratiquent l'élevage intensif à produire des hybrides pour les vendre aux petits éleveurs. On peut encore utiliser les mêmes méthodes pour engendrer des verrats hybrides indigènes X exotiques qui seront employés dans les systèmes de production de petite taille à la reproduction avec des truies indigènes.


Fig. 34: Croisement alternatif de deux races porcines

Les avantages de l'hétérosis que l'on observe pour les caractères reproducteurs de la femelle peuvent également être exploités chez les mâles. Les verrats hybrides possèdent un instinct sexuel plus fort, des testicules plus gros et produisent davantage de sperme que les verrats pure race; ce qui en fait de meilleurs reproducteurs avec un taux de conception plus élevé. Cette aptitude renforcée à la reproduction est de toute évidence un avantage décisif dans les systèmes de production extensifs et semi-intensifs des pays en voie de développement.

Dans le monde développé, l'effet d'hétérosis est exploité au maximum par les programmes d'amélioration génétique des entreprises de reproduction privées. Chaque société entretient un réseau de troupeaux qui forment le noyau et le supernoyau où les gènes supérieurs sont concentrés. On y pratique une sélection sévère fondée sur des tests rigoureux qui englobent tous les caractères importants. La souche de race pure sélectionnée au sein du noyau sert alors à peupler des troupeaux de multiplication où des lignées et des races améliorées sont croisées. Les cochettes hybrides F1 qui en sont issues sont vendues aux producteurs commerciaux.

4.9. - Tares héréditaires

Il existe nombre de défauts anatomiques susceptibles d'affecter le rendement d'un porc. La plupart d'entre eux sont d'origine génétique et risquent donc de se transmettre de génération en génération. Ces anomalies sont soit simples (régies par une seule paire de gènes), soit complexes (régies par plusieurs paires).

4.9.1. - Tares simples

On parvient à les éliminer efficacement en écartant du troupeau les individus malsains. Citons, parmi les principales anomalies:

- Les tremblements congénitaux Les porcelets sont affectés, dès la naissance, de tremblements de la tête et des membres. C'est un défaut qui touche environ 0,1% de la population. Le gène récessif est porté par la mère et affecte ses descendants mâles dans une proportion de 50 %. Les truies qui engendrent des portées affectées doivent être éliminées.

- Le pied en massue Cette tare provoque une déformation du pied, qui apparaît enflé. Elle n'a qu'une faible incidence et est circonscrite à la race Landrace. Les parents, mâles et femelles, doivent être éliminés.

4.9.2. - Tares complexes

Celles-ci sont plus difficiles à combattre. Les meilleurs résultats sont obtenus en écartant les verrats porteurs. Toutefois, eu égard à la faible incidence de ces anomalies complexes, il peut se révéler, à long terme, plus économique de conserver un bon reproducteur qui se trouve être porteur d'une tare connue plutôt que de le remplacer par un verrat sain mais inférieur du point de vue génétique. Pour peu que l'on dispose de données suffisantes, il est possible de mettre en regard le coût de ce défaut et le gain de rendement imputable au verrat porteur. Il faudra néanmoins utiliser cet animal à la seule production de bétail de boucherie et écarter ses descendants de la reproduction. Les principales tares qui ressortissent à cette catégories sont:

- La hernie scrotale Une faiblesse dans la paroi abdominale permet à une partie de l'intestin de s'introduire dans le scrotum. L'incidence de cette anomalie est de l'ordre de 0,7 % et son héritabilité est estimée à 15 %.

- La hernie ombilicale L'affaiblissement se situe ici dans la zone du nombril. On la rencontre avec une incidence d'environ 0,6 %.

- L'imperforation de l'anus Cette malformation affecte plus ou moins 0,35 % des porcelets. Chez les mâles, la mortalité s'élève toujours à 100 %, mais près de 50 % des femelles survivent, les matières fécales étant évacuées par le vagin.

- Les pattes tournées en dehors Les porcelets naissent avec les pattes de devant, de derrière, ou parfois toutes les quatre, tournées en dehors. Il sont incapables de se tenir debout. L'incidence de cette malformation avoisine 1,5 %. L'état des porcelets affectés est susceptible d'empirer à la suite de carences nutritionnelles. Par contre, si les animaux survivent jusqu'au troisième jour, la malformation tend souvent à disparaître.

- L'hermaphrodisme Les femelles affectées ont tendance à présenter des caractéristiques mâles. On estime l'incidence de l'hermaphrodisme à 0,07 %.

- La cryptorchidie Elle se caractérise par le fait que l'un des testicules du mâle n'est pas descendu dans le scrotum. On rencontre cette malformation dans une proportion de 0,22 %.

- Tares congénitales de la femelle, notamment les «mamelons inversés» Elles se manifestent avec une incidence de 0,15 %.

4.10. - Vulnérabilité au stress - le «gène halothane»

Partout dans le monde, de nombreuses races porcines exotiques laissent apparaître un état appelé syndrome du stress porcin (SSP). L'animal est alors particulièrement vulnérable aux agressions: le transport, le fait d'être mêlé à d'autres porcs, l'effort physique, les combats ou l'accouplement,... Cela se traduit souvent par une hausse irréversible de la température, suivie d'une mort soudaine. A l'abattage, on observe également chez ces porcs une forte incidence de viande pâle, molle et exsudative peu attrayante pour le consommateur.

On sait désormais que cet état est curieusement régi par une seule paire de gènes au comportement mendélien. C'est-à-dire que le SSP apparaît lorsque deux gènes récessifs sont réunis, conformément aux lois de Mendel et comme la figure 27 le montrait pour le caractère des oreilles en pointe.

La présence de ce gène récessif dans une population peut être contrôlée facilement depuis que l'on a découvert que les porcs affectés par le SSP développent rigidité et hyperthermie quand ils sont soumis au gaz anesthésiant halothane. Le même gaz aura un effet relaxant sur les porcs résistant au stress, qu'ils soient hétérozygotes ou qu'ils ne soient pas du tout porteur du gène récessif, ou «gène halothane», ainsi qu'on l'a appelé. Selon les races, les réactions positives à l'anesthésie par halothane présentent une incidence qui varie de zéro chez le Large White et le Duroc à 80 % chez le Landrace belge et le Piétrain hollandais.

S'il s'avère nécessaire d'écarter les porcs homozygotes pour le gène halothane, ceux-ci pourront être identifiés sans difficulté grâce à l'anesthésie par halothane. D'un autre côté, les hétérozygotes offrent certains avantages, notamment une bonne musculature et une chair maigre, que l'on pourra exploiter en utilisant des verrats qui réagissent à l'halothane comme verrats terminaux sur des lignées de femelles non porteuses du gène.

4.11. - Insémination artificielle

L'insémination artificielle comprend la collecte du sperme d'un verrat et son introduction, à un stade ultérieur, dans les voies génitales d'une truie au moyen d'un cathéter. Elle diffère en cela de la saillie naturelle, où le verrat monte la truie et transmet sa semence par pénétration.

4.11.1. - Avantages

Le principal avantage de l'insémination artificielle est qu'il autorise une dispersion et un usage plus étendus des verrats de grande valeur génétique. On peut ainsi, avec l'éjaculation d'un verrat, inséminer jusqu'à 25 truies. Des progrès récents dans les méthodes de conservation du sperme on rendu possible l'importation vers les tropiques de souches génétiques d'élite en provenance des pays développés (en Grande-Bretagne, par exemple, seuls 5 % des verrats, ceux qui ont obtenus les meilleurs résultats aux contrôles des performances de la Meat and Livestock Commission peuvent être admis pour l'insémination artificielle). Jamais, sans cela, les pays en voie de développement n'auraient eu accès à un matériau génétique de cette qualité.

L'insémination artificielle présente encore d'autres avantages:

- Il n'est plus nécessaire d'acheter, d'abriter et de nourrir un verrat. Ce fait prend toute son importance dans les unités de petite taille où le nombre restreint de truies ne justifie pas la présence à demeure d'un verrat et qui n'ont d'ailleurs pas les moyens de se payer un reproducteur de valeur. Le recours à l'insémination artificielle devient particulièrement intéressant lorsque les petits producteurs participent à des programmes coopératifs de développement porcin et que leurs unités peuvent être desservies par un seul centre de gardiennage de verrats.

- Le risque de transmission de maladies de ferme en ferme par la vente et l'acquisition de verrats est écarté. En outre, l'absence de contact entre truie et verrat prévient la propagation sur le terrain de maladies de la reproduction.

- Certains problèmes pratiques, causés par les différences de tailles entre mâles et femelles, ne se posent plus. Ce genre de difficulté peut parfois réduire considérablement l'utilisation d'un verrat de forte stature.

- Les porchers sont à l'abri des dangers que comporte la préparation des verrats à la saillie.

4.11.2. - Techniques

4.11.2.1. - Collecte du sperme

Bien qu'il existe plusieurs sortes de vagins artificiels et d'éjaculateurs électriques, ils ne sont pas indispensables pour récolter le sperme. On peut très bien habituer le verrat à monter un mannequin ou une truie en chaleur et provoquer l'éjaculation par une ferme pression de la main gantée sur le pénis. Il convient d'écarter la première portion de l'éjaculat, pauvre en spermatozoïdes; la seconde peut alors être récoltée dans un flacon maintenu à 30°C, après avoir été filtrée pour en ôter la substance gélatineuse.

Il est recommandé d'observer au microscope une goutte de sperme pour évaluer son degré de fertilité et, au besoin, décider de diluer le sperme. On dispose à cette fin de plusieurs diluants et additifs. D'ordinaire, les doses individuelles sont conservées dans des bouteilles en plastique de 50 ml, et ce pendant trois jours au plus, à une température de 15 à 20°C. Normalement, le nombre de spermatozoïdes par insémination se situe, pour la production commerciale, entre 1 X 10 9 et 3 X 10 9.

4.11.2.2. - Insémination

Elle se pratique par l'insertion dans le vagin de la truie d'un cathéter de caoutchouc (fig. 35) que l'on fait tourner en sens inverse des aiguilles d'une montre jusqu'à ce que son extrémité en spirale s'emboîte dans le col de l'utérus (fig. 36a). Il suffit alors de fixer le flacon à l'autre bout et la dose de sperme s'écoulera par gravité ou sous l'effet d'une légère pression (fig. 36b). Le processus d'insémination peut durer jusqu'à 15 minutes.


Fig. 35: Un cathéter de caoutchouc utilisé pour l'insémination artificielle


Fig. 36: La technique de l'insémination

4.11.2.3. - Détermination de la période de chaleur et moment de l'insémination

Il est essentiel que le rythme de conception obtenu par insémination artificielle s'apparente à celui de la saillie naturelle. C'est pourquoi la période de chaleur doit être déterminée avec précision, de préférence en recourant à un verrat deux fois par jours afin que le moment de l'insémination soit correct. Pour pallier les imprécisions dans la détection du début de l'oestrus ainsi que les variations naturelles de la période d'ovulation, on recommande deux inséminations espacées d'environ 12 heures (cf. fig. 37). On a récemment mis au point des instruments qui mesurent la résistance électrique de la muqueuse vaginale, qui varie en fonction du cycle hormonal. On peut ainsi prédire avec précision le moment de l'ovulation et, partant, celui où l'insémination sera le plus efficace.


Fig. 37: Moments conseillés pour l'insémination artificielle (IA)

4.11.3. - Système de conservation du sperme

4.11.3.1. - Le sperme congelé

A la différence de celui du taureau, le sperme du verrat risque d'être endommagé par les processus de congélation et de décongélation. Ce n'est qu'assez récemment que des techniques efficaces de conservation par le froid de la semence du verrat ont pu être mises au point. Le sperme congelé peut être obtenu soit sous la forme de pastilles, soit en paillettes, et avoir des taux de conception satisfaisants. Cette innovation a donné un essor essentiel à l'introduction d'un matériau génétique supérieur dans les industries porcines en développement. Néanmoins, si l'on veut que les résultats soient concluants, il faut observer la plus grande minutie dans la manipulation du sperme. On constate également des différences entre les verrats, dont le sperme se prêtera plus ou moins bien à la congélation. Aussi doit-on procéder à des analyses pour chaque verrat avant d'entreprendre la congélation de sa semence.

4.11.3.2. - Le sperme «longue durée»

On dispose aujourd'hui d'additifs qui autorisent une conservation du sperme frais pendant 7 jours sans perte marquée de son pouvoir fécondant. Il est ainsi possible d'envoyer par avion partout dans le monde du sperme frais et d'inséminer les truies avec succès dans le pays de destination.

V. Principes de nutrition et ressources alimentaires en zone tropicale

5.1. - Introduction

Pour être en mesure de survivre, de se maintenir en condition et de se reproduire, le porc a besoin d'un apport d'éléments nutritifs essentiels. Ceux-ci sont présents dans divers aliments, que l'appareil digestif du porc se charge de décomposer (cf. chapitre II). Les éléments nutritifs de base passent alors dans le sang de l'animal où ils participent à des processus variés, selon ses besoins biologiques. Les principales catégories de nutriments essentiels sont les substances énergétiques, les protéines, les éléments minéraux, les vitamines et l'eau.

5.2. - Les substances énergétiques

5.2.1. - Définition

Si l'on excepte l'eau, les sources d'énergie constituent la part la plus importante des besoins alimentaires du porc et leur insuffisance aura, sur la survie de l'animal, l'impact le plus rapide. On peut définir l'énergie comme la capacité de produire un travail: elle prend des formes variées et réciproquement convertibles, telles que l'énergie chimique, l'énergie thermique ou l'énergie de rayonnement. En général, elle s'exprime en unités de chaleur, traditionnellement en calories, mais pour ce qui est de l'alimentation du bétail, c'est le mégajoule (MJ) qui est l'unité la plus communément utilisée (1 (MJ) = 0,239 MCal).

5.2.2. - Systèmes de mesure

Pour déterminer la valeur énergétique d'un aliment, on mesure tout d'abord son énergie brute (EB), soit la quantité de chaleur produite quand l'aliment est entièrement brûlé dans l'oxygène. Etant donné que le porc ne peut tirer parti de la totalité de cette énergie brute (tout n'est pas digéré), on décrit généralement en termes d'énergie digestible le contenu énergétique de l'alimentation porcine, selon la formule suivante:

énergie digestible (ED) = EB - énergie perdue dans les fèces

Dans certains cas, on parle de l'énergie métabolisable (EM), qui tient compte des pertes d'énergie dans l'urine et les gaz combustibles. Celle-ci est cependant difficile à mesurer avec précision. C'est pourquoi l'énergie digestible, qui s'en approche d'ailleurs d'assez près (EM = 0,96 X ED), s'est imposée dans l'usage courant.

Un autre système de mesure de la valeur énergétique de l'alimentation porcine est celui du «Total Digestible Nutrient» (TDN), largement utilisé aux Etats-Unis. Le TDN représente la somme des composants digestibles de l'alimentation, à savoir:

TDN

= protéines brutes digestibles


+ fibres brutes digestibles


+ extractif non azoté


+ (extrait éthéré X 2,25)

Un kg de TDN équivaut à une énergie digestible de 18,49 (MJ)

5.2.3. - Besoins d'entretien

L'entretien correspond à l'état du porc lorsque son organisme ne subit aucune modification de composition, au repos et sans qu'il produise quoi que ce soit (par exemple du lait). L'énergie dépensée pour cet entretien est convertie en chaleur, et quitte ainsi l'organisme. La quantité de chaleur produite permet de mesurer le métabolisme basal (à jeun) du porc et, partant, d'évaluer ses besoins en nourriture pour assurer ses fonctions vitales. Il faut donc distinguer, parmi les besoins du porcs, ceux qui correspondent à l'entretien et ceux relatifs à la production. Dans des circonstances ordinaires, un état d'entretien pur et simple - ni gain ni perte de graisse ou de protéine - est assez improbable. Il faut toutefois signaler que, sous les tropiques, les irrégularités de l'approvisionnement en nourriture peuvent maintenir quelque temps des porcs adultes dans des états qui n'en sont pas très éloignés. Les besoins d'entretien sont, dans une large mesure, soumis à l'environnement, et particulièrement à la température ambiante, puisqu'aussi bien la conservation que l'élimination de chaleur réclament un apport énergétique.

Un autre aspect de ces besoins est que, bien qu'ils soient en relation avec la taille corporelle, ils n'augmentent pas au même rythme que le poids, mais deviennent proportionnellement moindres à mesure que le porc se développe. En fait, ils dépendent également, et davantage encore, de la surface du corps et du poids métabolique qui correspond à la masse corporelle à la puissance 3/4 (m 0,75)

5.2.4. - Besoins en énergie nécessaires à la production

Les besoins énergétiques liés à la production sont moins dépendants de l'environnement, mais subissent largement l'influence du génotype de l'animal. En d'autres termes, cela signifie que les rations doivent être fixées en fonction des performances de l'animal. En outre, quoi qu'il en soit, les besoins énergétiques vont dépendre dans une large mesure du type de production. Si l'on cherche à obtenir la formation de graisse, les coûts énergétiques sont plus élevés car les tissus graisseux ne renferment qu'une faible proportion d'eau, à la différence des tissus protéiques qui en contiennent quelque 75 % et qui exigent en conséquence un moindre apport énergétique. Ce genre de considérations vaut également pour l'évaluation des besoins énergétiques liés à la gestation et à la lactation.

On conçoit sans difficulté que sur l'ensemble de l'énergie mise à la disposition du porc, seule la fraction excédant les besoins d'entretien peut servir aux processus de production. L'importance de cet excédent dépend bien sûr des capacités d'ingestion de l'animal, qui déclinent au cours de la croissance: alors qu' un porc de 15 kg peut manger jusqu'à quatre fois plus de nourriture que n'en réclament ses fonctions vitales, cette proportion tombe à trois fois ou moins lorsqu'il atteint 90 kg de poids vif.

5.2.5. - Les fibres

Comme nous l'avons vu dans le chapitre II, les enzymes contenues dans l'appareil digestif du porc ne sont pas en mesure de digérer les fibres qui entrent dans la composition des végétaux. Toutefois, les bactéries du caecum peuvent décomposer une faible proportion de fibres en acides gras, comme les acides acétique, propionique et lactique, lesquels deviennent ainsi des sources d'énergie disponibles. D'une manière générale, une alimentation à haute teneur en fibres tend à restreindre l'apport en autres sources énergétiques, surtout si les fibres n'ont été ni broyées ni moulues. Mais l'importance des fibres dans l'alimentation vient plutôt de ce qu'elles participent au bon fonctionnement du milieu intestinal en favorisant le transit.

5.3. - Les protéines

5.3.1. - Composition

Les protéines comptent une vingtaine d'éléments constitutifs fondamentaux: les acides aminés. Après l'ingestion, la protéine est décomposée en acides aminés, qui sont alors employés pour la formation des organes essentiels du corps et des muscles squelettiques (tissus maigres). Chez le porc, les protéines constituent entre 15 et 20 % du poids corporel total.

5.3.2. - Acides aminés essentiels

Parmi les acides aminés dont le porc a besoin, il y en a neuf que son organisme est incapable de synthétiser et qui doivent donc nécessairement être apportés par l'alimentation. S'ils ne sont pas disponibles en quantités suffisantes, l'animal ne se développera pas et risque même d'en mourir. Aussi parle-t-on d'acides aminés essentiels (cf. tableau 5.1.), pour les distinguer de ceux qui peuvent être fabriqués par l'organisme, considérés comme non essentiels.

Tableau 5.1 Les acides aminés essentiels chez le porc et leur proportion dans la protéine «idéale» pour la croissance.

Acides aminés essentiels

Quantités idéales pour les porcs en croissance (g/kg de protéine)

Lysine

70

Méthionine et cystine

35

Thréonine

42

Tryptophane

10

Isoleucine

33

Leucine

70

Histidine

23

Phénylalanine et tyrosine

67

Valine

49

(Source: ARC, 1981)

5.3.3. - Protéine idéale

Un autre élément important est la proportion dans l'alimentation des divers acides aminés essentiels en fonction des besoins spécifiques du porc. La valine et l'isoleucine, par exemple, sont assez abondantes dans la nourriture, tandis que la lysine et la méthionine y sont présentes en moindres quantités; or il en faut davantage pour satisfaire les besoins du porc. C'est pourquoi, lorsque l'apport en acides aminés essentiels dans la ration avoisine les proportions nécessaires à l'organisme, on pourrait parler de protéine «idéale», du moins pour le porc. Le Conseil britannique de la recherche agronomique (Agricultural Research Council) a ainsi défini la composition en acides aminés d'un apport protéique idéal (cf. tableau 5.1).

5.3.4. - Valeur biologique

Ce qui détermine la qualité des protéines, c'est la mesure dans laquelle leur teneur en acides aminés essentiels s'approche du dosage idéal. On parle à ce propos de la valeur biologique des protéines. Dans la pratique, l'apport protéique total utilisable dépend du premier acide aminé essentiel limitant. Dans certaines régions tropicales, par exemple, où le maïs est souvent l'ingrédient de base de l'alimentation des porcs, la lysine est généralement le premier acide aminé limitant. Dans les rations des porcs, il convient d'ajouter au maïs une source protéique à forte teneur en lysine, par exemple de la farine de soja. La farine d'arachide une autre source protéique très répandue sous les tropiques - est très riche en protéines, mais contient moins de lysine que la farine de soja. Elle est donc moins intéressante pour le porc.

5.3.5. - Digestibilité

La digestibilité des protéines est également un élément qui détermine la quantité d'acides aminés assimilables par le porc. Citons, parmi les principaux facteurs qui interviennent:

- Dégradation par la chaleur La digestibilité est amoindrie lorsque les protéines sont endommagées par la chaleur, comme cela se produit souvent lors de la préparation des farines. Sous l'effet de la chaleur, certains acides aminés ont tendance à se combiner avec d'autres composants et ne peuvent plus être assimilés. Prenons par exemple la farine de sang, dont la teneur théorique en lysine, est assez élevée, mais où la lysine, réellement disponible est présente en faible concentration.

- La mouture Si les aliments ne sont pas moulus, les composants végétaux indigestibles empêchent la pénétration des enzymes et les protéines ne sont pas digérées.

- Les glucides à faible digestibilité Si les protéines sont enfermées dans des cellules végétales qui résistent à la digestion, elles ne peuvent dès lors être libérées et parcourent le tube digestif sans être assimilées.

- Autres facteurs anti-nutritionnels.

5.3.6. - Protéines: les rapports énergétiques

L'efficacité de l'apport protéique est fonction de la quantité d'énergie disponible. C'est pourquoi la quantité de protéines par unité d'énergie digestible est plus importante que la concentration absolue en protéines. Le rapport optimal dépend de:

- L'âge du porc Le rapport optimal protéine/énergie varie à mesure que le porc se développe. Les jeunes animaux réclament un rapport plus élevé que les porcs plus âgés, dont les besoins en protéines par kg de poids vif sont moindres.

- Le génotype Pour les porcs exotiques, par exemple, un rapport protéine/énergie élevé est plus nécessaire que pour les porcs indigènes et non améliorés, dont la proportion de graisse dans la viande est plus importante.

5.3.7. - Entretien, production et équilibre

Comme dans le cas de l'énergie, les protéines disponibles dans l'organisme servent avant tout aux besoins d'entretien. Elles permettent la réparation et le remplacement des tissus, ainsi que la production d'enzymes et d'hormones. Chez les animaux en croissance, cela correspond généralement à moins d'un tiers des besoins en protéines. Les protéines sont en outre nécessaires à la croissance, à la production de tissus maigres ou à la synthèse du lait.

L'excèdent de protéines par rapport à ces besoins ou les acides aminés en surplus qui ne peuvent par conséquent être utilisés par le porc sont désaminés dans le foie. L'azote est évacué dans l'urine et les glucides restants servent de source énergétique.

5.4. - Les élements minéraux

5.4.1. - Introduction

Si les aliments protéiques et énergétiques sont censés favoriser la croissance et le rendement, il suffit de légers déséquilibres ou de carences dans les sels minéraux pour que ces apports coûteux demeurent sans effet. Les besoins des porcs en éléments minéraux sont difficiles à préciser en raison des interactions entre certains d'entre eux et du fait que tous ceux contenus dans les aliments ne sont pas digestibles.

5.4.2. - Besoins

On trouvera dans l'appendice A une estimation des besoins en minéraux pour quelques grandes catégories de porcs. Citons, parmi les principaux éléments minéraux contenus dans l'alimentation:

5.4.2.1. - Le calcium et le phosphore

Une carence en calcium ou en phosphore se traduit par une mauvaise calcification des os, qui deviennent fragiles et se brisent facilement. Elle provoque des cas de rachitisme (chez les jeunes porcs) et d'ostéomalacie (chez les porcs plus âgés). Si le calcium et le phosphore sont insuffisants dans l'alimentation des truies qui allaitent, celles-ci prendront sur leurs réserves dans le squelette, avec pour conséquence une boiterie, une paralysie des pattes arrière ou le «syndrome de la truie couchée», lorsque leur état ne leur permet plus de se lever.

Le rapport calcium/phosphore dans l'alimentation est lui aussi très important. Il ne devrait pas dépasser 1,7 :1 pour les porcs de moins de 20 kg; 2,0 :1 entre 20 et 50 kg et 2,4 :1 pour les animaux de plus de 55 kg.

5.4.2.2. - Le magnésium

Une carence se traduira par un retard dans la croissance, des pattes courbées et une démarche raide appelées «syndrome de la marche». Il est rare toutefois que le magnésium vienne à manquer dans l'alimentation, surtout si le régime est à base de maïs et de soja.

5.4.2.3. - Le sodium et le chlore

Ils sont généralement ajoutés ensemble aux rations du porc sous la forme de sel de table (NaCl). C'est pourquoi nous les envisagerons conjointement. Dans les pays chauds, le sel est d'une importance primordiale dans l'alimentation, car une carence se traduit par un manque d'appétit et une faible consommation d'eau, qui affectent bien évidemment le développement de l'animal.

Un autre problème susceptible de se poser, si le porc ne reçoit pas d'eau en quantités suffisantes, est celui de l'intoxication, qui survient lorsque la proportion de sel dans les matières sèches de l'alimentation atteint 2 %. Le porc manifeste alors des signes de faiblesse et de nervosité. Il souffre de convulsions, il titube et finit par mourir.

Dans certaines régions, surtout en cas de sécheresse, la qualité de l'eau peut être affectée par une trop forte concentration de sel. Les risques d'intoxication en sont accrus, et le porc ne boit pas suffisamment. Il est parfois nécessaire, dans ces circonstances, de traiter l'eau avant de la donner aux animaux.

5.4.2.4. - Le cuivre

Une carence en cuivre engendre de l'anémie et affaiblit les pattes, et ce, probablement, en raison de l'interaction cuivre-fer.

L'intoxication par le cuivre n'est à redouter qu'au niveau de 500 mg par kg de matière sèche dans l'alimentation, soit environ 125 fois la proportion que l'on juge nécessaire. C'est pourquoi le cuivre est souvent administré par les éleveurs en quantités bien supérieures au minimum requis, afin de favoriser la croissance.

Il faut cependant être prudent en ce qui concerne les jeunes porcs, pour lesquels une teneur en cuivre de 300 mg/kg risque de s'avérer toxique, surtout si les quantités de zinc et de fer sont peu élevées.

5.4.2.5. - Le fer

Les porcs qui manquent de fer deviennent anémiques, se développent peu et présentent une robe aux soies rugueuses. C'est un problème spécifique aux porcelets, qui naissent avec de faibles réserves de fer et n'en trouvent qu'un apport très réduit dans le lait de la truie. C'est pourquoi, dans les élevages intensifs, lorsque les porcelets n'ont pas accès à la végétation, il faut prévoir une source complémentaire de fer, soit par voie orale, soit par injection (cf. chapitre VIII).

5.4.2.6. - Le zinc

Une carence en zinc conduit à un état connu sous le nom de parakératose, qui se manifeste sous la forme de croûtes rougeâtres sur la peau, recouvrant finalement le corps tout entier. La faible croissance et le manque d'appétit en sont d'autres symptômes.

5.4.2.7. - Le manganèse

Lorsqu'elle survient en période de croissance, l'insuffisance en manganèse provoque une paralysie chez les porcs. Les truies déficientes donnent naissance à des porcelets malingres. Toutefois, une telle carence est rare dans une alimentation normale.

5.4.2.8. - L'iode

Les principaux symptômes d'une carence en iode sont le goitre et l'hypertrophie de la thyroïde. Les truies produisent des porcelets faibles et glabres.

5.4.2.9. - Le sélénium

En raison de leurs interactions, il faut envisager conjointement le sélénium et la vitamine E. Si l'un d'eux vient à manquer, l'utilisation de l'autre par l'organisme en sera affectée. Les trois principaux états induits par une carence sont: la maladie cardiaque du mûrier, l'hépatose diététique et la dystrophie musculaire. La maladie cardiaque du mûrier affecte d'ordinaire des porcs âgés de trois semaines à quatre mois et se manifeste principalement par une mort brutale consécutive à une crise cardiaque. Les examens post-mortem font apparaître des lésions des muscles cardiaques. L'hépatose diététique se déclare également à l'âge de trois semaines à quatre mois: elle est caractérisée par un oedème généralisé, puis la mort survient. On observe également une coloration bleue des oreilles. Les porcs atteints de dystrophie musculaire sont affectés d'une démarche chancelante et sont dans l'incapacité de se redresser. Cette maladie survient généralement chez les porcs à croissance rapide entre 30 et 60 kg de poids vif.

Exposée à des températures trop élevées, la vitamine E se décompose par oxydation. Le climat tropical la rend assez instable et, à moins que les rations des porcs ne soient complétées par un antioxydant, on peut craindre de voir une carence se développer. C'est précisément ce qui se produit quand l'alimentation est pauvre en sélénium - par exemple, lorsque le régime se compose d'un mélange de farines de maïs et de soja—ou quand elle contient trop de graisses insaturées.

5.4.3. - Assimilabilité

C'est en premier lieu la source de l'apport minéral qui le rend plus ou moins assimilable. Ainsi, le phosphore présent dans l'alimentation sous la forme de phytate reste combiné au calcium; ce qui réduit considérablement son assimilation. Par ailleurs, le métabolisme de l'animal affecte également l'assimilabilité des minéraux. On a pu établir que l'assimilation du calcium et du phosphore avait tendance à décroître avec l'âge et la taille des porcs, pour passer de 85 et 80 % pour un poids vif de 5 kg à, respectivement, 45 et 65 % lorsque l'animal atteint 90 kg de poids vif.

5.4.4. - Interactions

On ne saurait négliger, dans l'utilisation des minéraux par l'organisme, le rôle essentiel des interactions. Celles-ci concernent aussi bien les minéraux entre eux que les minéraux et les vitamines et les minéraux et d'autres éléments nutritifs. Ainsi, un ingrédient de l'alimentation est en mesure de freiner ou de renforcer l'action d'un autre. Citons, parmi les principales interactions:

- calcium, phosphore et vitamine D;

- vitamine E. sélénium et teneur en graisse;

- calcium et phosphore agissant sur le métabolisme du zinc; cuivre et zinc;

- cuivre et fer;

- fer, vitamine E et sélénium.

5.5. - Les vitamines

5.5.1. - Définition

On pourrait définir les vitamines comme des composés organiques, dont la présence à faibles doses (mg ou mg) est indispensable au fonctionnement normal de l'organisme. Les tissus sont incapables de les synthétiser en quantités appropriées, et leur insuffisance dans l'alimentation provoque des maladies par carence, ou avitaminoses.

5.5.2. - Besoins

On trouvera dans l'appendice A une estimation des besoins en vitamines pour quelques grandes catégories de porcs. L'alimentation des porcs doit normalement contenir quatorze vitamines, dont quatre sont liposolubles et dix hydrosolubles.

Les vitamines liposolubles sont les suivantes:

- Vitamine A Les conséquences d'une carence sont la cécité nocturne, la naissance de porcelets aveugles, le larmoiement, l'hydrorrhée nasale, le dessèchement et la rugosité des soies. En ce qui concerne la reproduction, l'avitaminose A se traduit par une atrophie ovarienne ou testiculaire et par l'accroissement de la mortalité embryonnaire.

- Vitamine D Du fait de l'interaction avec le métabolisme du calcium et du phosphore, une carence provoque le rachitisme et l'ostéomalacie. Toutefois, si les porcs ont accès à la lumière du soleil, ils seront en mesure de synthétiser par la peau une quantité suffisante de vitamine D.

- Vitamine E Nous avons déjà eu l'occasion, en évoquant le sélénium, de souligner son interaction avec la vitamine E et de décrire les principaux symptômes d'une carence. L'avitaminose E entraîne également des troubles de la reproduction et réduit la lactation.

- Vitamine K L'avitaminose K. assez rare, se traduit par un ralentissement du temps de coagulation sanguine, par des épistaxis et des hémorragies sous-cutanées.

Les vitamines hydrosolubles sont les suivantes:

- Thiamine Une carence provoque des troubles nerveux, des lésions cardiaques et accroît la mortalité des porcelets à la naissance.

- Riboflavine Les symptômes caractéristiques d'une carence en riboflavine sont la rugosité et la chute des soies de la robe, ainsi que l'apparition de dermatites. Chez la truie, la riboflavine se révèle d'une importance particulière, car une carence peut provoquer la résorption du foetus, des parturitions prématurées et entraîner l'anoestrus chez les jeunes truies.

- Niacine Une carence se traduit par des dermatites, des diarrhées et de l'anémie.

- Vitamine B6 Une faible carence provoque des vomissements et des diarrhées, mais dans les cas plus graves, on observe des mouvements désordonnés, des larmoiements et la cécité.

- Acide pantothénique Une carence provoque la desquamation de la peau et induit un trouble locomoteur connu sous le nom de «pas de l'oie».

- Biotine La rugosité des soies, les gerçures aux pieds et la boiterie sont les symptômes d'une carence en biotine, qui affecte également les capacités de reproduction.

- Acide folique Les lésions de la bouche et de la cavité buccale provoquées par une carence en acide folique rendent les porcs particulièrement vulnérables aux infections.

- Vitamine B12 C'est une vitamine essentielle pour l'état général du porc. La carence entraîne des diarrhées, des vomissements, la rugosité de la robe, la mauvaise coordination des pattes postérieures et affecte les capacités de reproduction.

- Choline Les jeunes porcelets souffrant d'une carence en choline ont les pattes tournées en dehors. Leurs chances de survie sont restreintes. Les facultés de reproduction peuvent elles aussi être atteintes.

- Vitamine C L'insuffisance en vitamine C dans le régime alimentaire, assez rare, tend à affaiblir les porcs et à provoquer des hémorragies dans tout l'organisme. Souvent, un complément de vitamine C est administré afin de renforcer les défenses immunitaires et la résistance aux infections.

5.5.3. - Assimilabilité

Un grand nombre de facteurs interviennent pour influencer la mesure dans laquelle une vitamine peut être utilisée par l'organisme. Ainsi, la niacine, du groupe des vitamines B. est présente en assez grande quantité dans les céréales, mais sous une forme combinée qui la rend inaccessible aux porcs. Certains antagonistes peuvent également intervenir dans l'alimentation et influencer l'action de la vitamine.

5.5.4. - Pertes dues à la conservation de la nourriture

D'une manière générale, on peut affirmer que le potentiel vitaminique des aliments décroît pendant la conservation. La rapidité de la perte en vitamines dépend des conditions de stockage: l'intensité de la lumière, la température ambiante, l'acidité, la présence ou l'absence d'autres substances susceptibles d'interférer, mais aussi la forme sous laquelle la nourriture sera consommée.

Dans les régions tropicales, ces conditions de conservation sont souvent tout sauf idéales. Aussi est-il essentiel de réduire autant que possible la période de stockage des aliments mélangés. D'autre part, lorsque des suppléments vitaminés ont été ajoutés à la nourriture, il faudrait toujours y adjoindre un antioxydant synthétique (comme du bleu de méthylène ou de l'éthyoxyquine), afin de renforcer la stabilité des vitamines.

5.5.5. - Interactions

Comme dans le cas des minéraux, l'action et l'efficacité des vitamines peuvent être influencées par des interactions avec d'autres vitamines, avec des éléments minéraux ou des aliments.

5.6. - L'eau

Hormis l'oxygène, l'eau est sans conteste l'élément le plus important pour la vie. Le corps du porc contient quelque 65 % d'eau, laquelle participe à la plupart des réactions chimiques qui se produisent dans l'organisme.

Dans les régions chaudes et sèches, comme les tropiques, l'eau prend une importance particulière: d'une part, il est souvent plus difficile d'en trouver et, d'autre part, il en faut davantage pour que le porc puisse stabiliser sa température corporelle. Celle-ci a tôt fait de s'élever si l'eau vient à manquer, et la mort arrive rapidement. Tout aussi essentiel est le fait qu'un approvisionnement insuffisant en eau affectera profondément la ration alimentaire du porc et, partant, ses performances, quel que soit le système de production. Il est donc capital que, sous les climats tropicaux, une réserve d'eau propre et fraîche soit laissée en permanence à la disposition des porcs.

5.7. - Facteurs anti-nutritionnels

Les protéines végétales représentent, de loin, la principale source protéique pour les porcs sous les tropiques Or, certaines d'entre elles sont associées à des facteurs anti-nutritionnels. Il peut s'agir de toxines ou d'autres substances qui interfèrent dans la digestion et l'utilisation des aliments, et qui doivent donc impérativement être prises en considération lorsque l'on établit les rations. Prenons par exemple le soja, qui contient un inhibiteur de la trypsine. Dans l'intestin du porc, l'action de la trypsine se trouve contrariée, ce qui réduit la digestibilité des protéines, au point que 30 % d'entre elles seulement seront assimilées.

5.8. - Ingestion volontaire

Plus le porc mange, plus il a de chances de disposer de nutriments excédant ses besoins d'entretien en vue des processus de production. Des travaux récents ont démontré que si l'on parvient à développer chez les jeunes porcs un appétit supérieur à la normale, les rythmes de formation de tissu protéique et de croissance s'en trouvent considérablement accélérés.

D'ordinaire, le porc maintient son équilibre énergétique en adaptant son ingestion volontaire. C'est là un élément essentiel en zone tropicale, où les porcs reçoivent souvent une alimentation à faible concentration nutritive, surtout en énergie. Pour conserver un apport énergétique suffisant, ils vont donc manger davantage, sans toutefois dépasser un certain plafond (point A de la figure 38). Au-delà de cette limite, l'ingestion cesse de compenser la dilution de la densité énergétique, et l'apport d'énergie s'effondre (cf. figure 38).

Tout l'art de nourrir les porcs sous les tropiques consiste à exploiter au maximum les ressources alimentaires peu onéreuses à faible densité en énergie tout en maintenant un apport énergétique satisfaisant. Tâche d'autant plus compliquée que la température ambiante élevée et l'approvisionnement irrégulier en eau vont contribuer à restreindre l'ingestion volontaire du porc. Il convient dès lors de prendre aussi en considération l'appétence des aliments, car une nourriture de grande valeur protéique est sans intérêt si l'on ne peut amener le porc à la consommer.

5.9. - Composition des rations

5.9.1. - Objectifs

La première chose à faire lorsque l'on détermine une ration est de définir les besoins nutritionnels des porcs. Il existe plusieurs sources auprès desquelles on pourra se renseigner pour obtenir une évaluation des besoins alimentaires du porc. Ensuite, il convient de dresser une liste des matières premières dont on dispose, et de leur composition en substances nutritives. Reste alors à combiner les ingrédients, sans perdre de vue les considérations développées dans ce chapitre, afin d'obtenir une ration convenable qui satisfera les besoins du porcs au moindre coût. Il demeure néanmoins souhaitable de toujours ménager une marge de sécurité susceptible de compenser l'une ou l'autre inexactitude en ce qui concerne les ingrédients. Ce n'en est que plus vrai en zone tropicale, afin de conserver un certaine flexibilité dans la formulation du régime, en fonction des ressources et de la situation. Les évaluations des besoins telles qu'on les rencontre dans diverses publications doivent être considérées comme des orientations générales, qu'il faut encore adapter aux performances des porcs. D'un point de vue strictement économique, il se peut que le régime visant aux performances maximales des porcs ne soit pas nécessairement le plus profitable.


Fig. 38: Rapport entre la concentration d'énergie digestible dans l'alimentation et la ration alimentaire quotidienne totale (d'après Cole, Hardy et Lewis, 1971).

5.9.2. - La méthode empirique

Les rations peuvent être composées à l'aide de quelques calculs simples, qui font varier les ingrédients jusqu'à ce que, par tâtonnements, on finisse par réunir les éléments nutritifs nécessaires. Le meilleur moyen d'illustrer la procédure à suivre est de prendre un exemple. On commence par dresser la liste des ingrédients dont dispose le producteur, en relevant toutes les contraintes dont il faudra éventuellement tenir compte (cf. tableau 5.2). (On se reportera à l'appendice B pour plus de détails.)

Ensuite, si l'on a besoin de définir une ration pour les porcs en croissance, on établit la liste de leurs besoins spécifiques (tableau 5.3).

On sait que, dans une alimentation conventionnelle, les proportions approximatives en ingrédients pour satisfaire ces besoins sont les suivantes:

Sources énergétiques

65-75 %

Sources protéiques

20-25 %

Sources de calcium/phosphore

2-3 %

Compléments minéraux et vitaminés + sel

1,5-2 %

Le tableau 5.4 illustre, à partir de ces éléments, une première tentative de composer une alimentation convenable pour des porcs en croissance. On remarquera que l'apport nutritif par lequel chaque ingrédient contribue à la ration finale est calculé sur la base d'un pourcentage. Ainsi, le maïs entre pour 72 % dans la composition du régime et son contenu en énergie digestible s'élève à 13,9 MJ/kg. En conséquence, l'apport énergétique du maïs est ici:

13,9 x 72/100 = 10,0 MJ/kg.

Tableau 5.2 Composition de quelques ingrédients caractéristiques utilisables pour l'alimentation des porcs.


Energie digestible MJ/kg

Protéine brute %

Calcium %

Phosphore %

Maïs

13,9

8,9

0,01

0,25

Farine de soja

12,5

46,0

0,25

0,60

Farine de pois chiches*

10,8

20,1

0,26

0,32

Farine d'os



22,0

9,0

* NB: La farine de pois chiches n'est disponible qu'en faibles quantités.

Tableau 5.3 Principaux besoins nutritionnels pour l'alimentation des porcs en croissance.

Energie digestible (MJ/kg)

13,0

Protéine brute (%)

16,0

Calcium (%)

0,7

Phosphore (%)

0,55

Cette première tentative pour définir une ration, comparée aux besoins présumés des porcs en croissance (tableau 5.3), fait apparaître un apport énergétique un peu faible, un apport protéique trop élevé et un apport en calcium légèrement trop bas également.

Les protéines étant probablement l'élément le plus cher de l'alimentation, il importe de les doser correctement. Pour ce faire, la technique dite du «carré de Pearson» peut rendre d'indéniables services (cf. fig. 39). On inscrit au centre du carré le taux de protéine requis dans l'alimentation (c'est-à-dire 16 %) et, dans les deux coins de gauche, les pourcentages correspondant à l'apport protéique des ingrédients (protéine brute, PB). Par une soustraction en diagonale (soit, dans la fig. 39: 16 - 8,9 = 7,1 et 42,8 - 16 = 26,8), on peut alors lire dans les coins de droite les proportions nécessaires pour obtenir une alimentation dont la valeur protéique s'élève à 16 %. C'est-à-dire 7,1 % de farine soja/ pois chiches pour 26,8 % de maïs, soit 1 part: 3,77. Il ne reste plus qu'à arrondir ces chiffres pour savoir comment, dans la pratique, composer une ration qui pourvoie aux besoins des porcs en croissance. On fera bien en outre d'acheter des compléments minéraux et vitaminés pré-mélangés que l'on ajoutera au régime en fonction des exigences nutritionnelles généralement admises (cf. appendice A).

Tableau 5.4 Ration possible pour les porcs en croissance.


Contenu kg/tonne

Energie digestible MJ/kg

Protéine brute %

Calcium %

Phosphore %

Maïs

720

10,0

6,4

0,007

0,18

Farine






de soja

210

2,6

9,6

0,05

0,13

Farine de






pois chiches

30

0,3

0,6

0,007

0,009

Farine d'os

25

-

-

0,55

0,23

Sels minéraux /Vitamines + sel

15

-

-

-

-

Total

1000

12,9

16,6

0,61

0,55







Tableau 5.5 Ration corrigée pour les porcs en croissance.


Contenu kg/tonne

Energie digestible MJ/kg

Protéine brute %

Calcium %

Phosphore %

Mais

750

10,4

6,7

0,007

0,19

Farine de soja

184

2,3

8,6

0,06

0,11

Farine de






pois chiches

26

0,3

0,5

0,007

0,008

Farine






d'os

26

-

-

0,572

0,24

Sels minéraux /Vitamines + sel

14

-

-

-


Total

1 000

13,0

15,8

0,71

0,55


Fig. 39: La technique du carré de Pearson pour calculer les taux de protéines dans l'alimentation.

5.9.3. - Composition sur ordinateur

La formulation des rations se prête assez bien à la programmation informatique. D'ailleurs la plupart des fournisseurs d'aliments, comme les exploitations à grande échelle, ont désormais recours aux ordinateurs. Il suffit de stocker en mémoire une base de données reprenant les ingrédients disponibles et leurs coûts. Le programme peut alors résoudre rapidement toute une série d'opérations par approximations successives pour aboutir à la formulation de l'alimentation requise au moindre coût. Néanmoins, il faut absolument que cette programmation soit confiée à un nutritionniste, qui veillera à ce que le résultat final soit conforme au «bon sens nutritionnel». La plus économique des rations est dépourvue d'intérêt si les porcs la jugent immangeable! (Voir, dans la même collection, l'ouvrage consacré aux volailles pour une description plus précise de la formulation sur ordinateur.)

5.10. - Les ressources alimentaires

5.10.1.- Introduction

On trouvera, dans l'appendice B, la composition des aliments susceptibles de servir à l'élevage des porcs en région tropicale.

Les aliments peuvent être répartis en sources énergétiques et sources protéiques selon leur apport nutritif principal. Pour autant, les sources énergétiques ne sont pas dépourvues de protéines. Ces composants énergétiques interviennent en quantités prépondérantes dans la ration. C'est assez dire qu'ils exerceront une influence déterminante sur le coût général de la ration.

Dans l'ensemble, l'apport énergétique provient des céréales et de leurs sous-produits, des plantes-racines, des graisses, de sous-produits de la fabrication du sucre ou de fruits variés. Les sources protéiques sont les tourteaux de graines oléagineuses, les farines de poisson, les sous-produits animaux et issues de boucheries, ainsi que diverses plantes et noix. La plupart de ces sources renferment également des minéraux et des vitamines. On pourvoit aux autres besoins grâce à des compléments minéraux et vitaminés disponibles dans le commerce.

5.10.2. - Sources énergétiques

5.10.2.1 - Maïs

Les grains de maïs sont probablement la source énergétique la plus largement utilisée -en Afrique, en tout cas, cela ne fait aucun doute. Ils ont une bonne appétence et une grande valeur énergétique. La lysine et le tryptophane en sont respectivement les premier et deuxième acides aminés limitants dans l'alimentation des porcs. L'huile du maïs risque, à forte concentration dans une alimentation restreinte, de provoquer l'apparition de graisses molles dans l'organisme.

Les sous-produits, dérivés du traitement des grains pour la consommation humaine, notamment le son, la farine de germes, les semoules, etc., ont une forte teneur en fibres et une faible valeur énergétique, mais peuvent néanmoins être utilement ajoutés à l'alimentation des porcs.

5.10.2.2. - Sorgho

Le sorgho est souvent utilisé dans les régions sèches, où il pousse plus facilement que le maïs. D'après des tests effectués au Zimbabwe, sa valeur nutritive s'élève approximativement à 95 % de celle du maïs. Certaines variétés ont une forte teneur en tanin, qui affecte le goût des grains et la digestibilité des protéines qu'ils contiennent.

5.10.2.3. - Millet

Convenablement broyé, c'est là un excellent substitut direct au maïs, susceptible de produire une graisse plus ferme. Le scirpe, ou mil pénicillaire, quelquefois parasité par un champignon toxique, l'ergot, doit être évité dans l'alimentation des truies gravides en raison des risques d'agalactie (absence de lait).

5.10.2.4. - Blé

Largement employé dans l'alimentation humaine, le blé, pour autant qu'il ne soit pas moulu trop fin, possède pour l'élevage des porcs une valeur nutritive équivalente à celle du maïs. Lorsque le froment est réservé à l'alimentation humaine, les sous-produits comme le son et le remoulage, bien que d'une valeur énergétique nettement moindre, peuvent être utilisés dans l'alimentation des porcs.

5.10.2.5. - Manioc (cassave, tapioca)

Le manioc est cultivé, principalement dans de petites exploitations, partout en Amérique latine et, par endroit, en Afrique où il constitue un produit de première nécessité dans l'alimentation humaine. Sa valeur énergétique est élevée, mais il ne contient que très peu de protéines. Il faut en tenir compte lorsqu'on le substitue aux céréales dans l'alimentation des porcs. Sa semoule fait l'objet d'exportations massives depuis l'Asie du Sud-Est vers l'Europe.

Les racines, composées à 35 % de matière sèche, peuvent être consommées crues et constituent une source énergétique d'un grand intérêt, particulièrement pour les truies sèches. Cependant, certaines précautions sont nécessaires car il existe des variétés contenant des glucosides cyanogènes qui risquent de provoquer un empoisonnement à l'acide cyanhydrique.

Une fois la racine coupée, séchée et moulue, il ne subsiste plus de cyanure à l'état libre. Des travaux effectués au Zimbabwe ont démontré que le manioc peut remplacer le maïs dans les rations des porcs, sans qu'il y ait de perte au niveau du goût, mais à condition d'y ajouter un complément protéique. Les feuilles de manioc séchées peuvent également servir de source additionnelle de protéines.

5.10.2.6. - Patate douce

Les patates douces sont elles aussi très largement cultivées dans les petites exploitations. Crus, les tubercules contiennent environ 32 % de matière sèche et sont très utiles dans l'alimentation des truies. Après séchage et mouture, la semoule obtenue possède la même valeur énergétique que la farine de mais, mais un apport protéique très restreint.

5.10.2.7. - Pomme de terre

Les pommes de terre en excédent ou impropres à la consommation humaine peuvent servir à nourrir le porcs. Elles contiennent à peu près 22 % de matière sèche, beaucoup de substances énergétiques, sous la forme d'amidon, et des protéines sans grande valeur biologique.

Il convient de cuire les pommes de terre avant de les donner aux porcs, car elles contiennent une toxine, la solanine, et un inhibiteur de la trypsine qui réduit la digestibilité des protéines. Ces deux substances sont éliminées à la cuisson.

5.10.2.8. - Igname

En Afrique occidentale, on pratique la culture extensive de l'igname à des fins de consommation humaine; de sorte qu'elle est rarement destinée à l'alimentation des porcs. Riches en amidon, les ignames crues contiennent à la fois un alcaloïde toxique, la dioscorine, et des tanins qui leur donnent un goût amer et nuisent à leur digestibilité. C'est pourquoi elles doivent être cuites avant d'être consommées.

5.10.2.9. - Riz

Riche en fibres, le riz a pour les porcs une valeur nutritive équivalente à 75 % de celle du maïs. Mais, en Asie du Sud-Est comme à Madagascar, les grains de riz constituent un aliment de première nécessité, trop important pour servir à nourrir les porcs. En revanche, les sous-produits sont souvent la seule source de nourriture pour les animaux dans les systèmes de production à petite échelle en milieu rural. Ces sous-produits, le son, les résidus de mouture et de glaçage, sont formés des germes et des enveloppes des grains. Ils peuvent représenter entre 8 et 15 % du poids de la plante, et leur utilisation pour l'alimentation des porcs explique en partie l'importance de cet animal dans les régions rizicoles.

La production industrielle de riz fournit un sous-produit de grande qualité, à la différence des techniques traditionnelles, qui ne séparent pas complètement l'écorce de l'enveloppe du grain, avec pour résultat un excès de fibres et de silice. Le son de riz «grossier», qui comprend également le germe, est riche en graisses polyinsaturées. Consommé en abondance par le porc, il risque de favoriser la formation de graisse huileuse.

5.10.2.10. - Mélasse

Ce sous-produit de l'industrie sucrière contient des glucides à forte digestibilité. Très appétente, la mélasse peut servir à rehausser la saveur de l'alimentation. C'est aussi une très bonne source de minéraux et de vitamines B. Toutefois, il vaut mieux que la proportion de mélasse dans le régime ne dépasse pas 10 %, en raison de ses effets laxatifs lorsqu'elle est consommée en trop grandes quantités.

5.10.2.11. - Pulpe de citron

Dans les régions de production, la pulpe de citron peut être utilisée comme source énergétique. On considère que, mélangée en petites quantités à la nourriture, elle possède une valeur nutritive correspondant à 47 % de celle du maïs. A cause des risques de diarrhée, on déconseille d'incorporer aux rations plus de 10 % de pulpe de citron.

5.10.2.12. - Graisse et huile

Sous les tropiques, tant la graisse animale que les huiles végétales sont le plus souvent trop nécessaires à la population humaine pour être employées, dans quelque mesure que ce soit, à l'alimentation des porcs. Il n'empêche qu'elles constituent une excellente source énergétique et offrent d'autres avantages dans la préparation d'une ration, comme de servir de liant aux substances pulvérisées, d'apporter les indispensables acides gras ou encore de produire un léger effet laxatif. Si l'on ne dispose pas de l'équipement nécessaire à l'extraction de l'huile, rien n'empêche d'utiliser les graines oléagineuses entières dans l'alimentation des porcs. Ainsi, la graine oléagineuse du soja est une très bonne source protéique et énergétique. Le soja cru renferme des facteurs anti-nutritionnels qui inhibent, notamment, l'action de la trypsine, ainsi qu'une toxine, la sojine, substances qu'il convient de détruire par l'action de la chaleur. On a développé au Zimbabwe de petites usines pour le traitement du soja par la chaleur. Les petits éleveurs des milieux ruraux peuvent, quant à eux, supprimer la toxicité du soja par ébullition pour le rendre propre à la consommation porcine.

5.10.3. - Sources protéiques

5.10.3.1. - Farine de soja

Le tourteau de soja est l'une des sources protéiques les plus répandues en région tropicale pour l'alimentation des porcs. C'est la méthionine qui est ici le premier acide aminé limitant; ce qui fait de la farine de soja le complément idéal du maïs dans la composition des rations.

Les facteurs anti-nutritionnels contenu dans le soja cru sont éliminés par la chaleur au cours du processus d'extraction de l'huile.

5.10.3.2. - Farine d'arachide

Le tourteau d'arachide compte lui aussi parmi les principales sources protéiques pour les porcs tropicaux. Malgré une forte teneur en protéines, c'est un aliment d'une valeur biologique relativement basse, particulièrement pauvre en lysine et en méthionine.

Les arachides sont très vulnérables aux moisissures, et la farine contient souvent des aflatoxines qui affectent gravement le taux de croissance des porcs. Dans certains pays (à Madagascar notamment), les moulins à huile de village produisent des tourteaux à haute teneur oléagineuse d'une grande valeur énergétique. C'est là une source protéique parfaitement adaptée aux petites exploitations de production porcine.

5.10.3.3. - Farine de graine de coton

Le tourteau de coton est pauvre en lysine et en tryptophane. Ce n'est pas à proprement parler le complément protéique idéal pour les porcs.

Les graines de coton contiennent une toxine, le gossypol, qui peut se révéler mortelle. Sans doute, dans une large mesure, le processus d'extraction de l'huile a-t-il contribué à l'éliminer, mais, par sécurité, il est préférable que la farine n'entre pas pour plus de 10 % dans la composition des rations. Au besoin, il est possible de neutraliser le gossypol en incorporant à la farine 1 % de sulfate de fer.

En Afrique centrale et occidentale, on a entrepris de distribuer aux fermiers des variétés de coton sans gossypol, et il est probable qu'à l'avenir, les tourteaux de coton seront appelés à occuper une place plus importante dans l'alimentation des porcs.

5.10.3.4. - Farine de tournesol

Le tournesol fait l'objet d'une culture assez importante dans les petites exploitations. La farine contient beaucoup de fibres (11 à 13 %) et son apport protéique est très faible en lysine. C'est pourquoi on ne la conseille qu'en petites quantités dans l'alimentation des porcs.

5.10.3.5. - Farine de sésame

Les tourteaux de sésame contiennent entre 40 et 45 % de protéines, avec un faible apport en lysine mais une teneur considérable en méthionine et en tryptophane. La farine est donc d'un grand intérêt pour les mélanges avec d'autres sources protéiques.

5.10.3.6. - Farine de noix de coco

Le tourteau de noix de coco comporte une forte proportion de fibres. Son contenu protéique est de 20 %, avec une digestibilité assez basse et une faible teneur en lysine Mieux vaut donc n'en incorporer qu'une quantité restreinte aux rations des porcs, sous peine de voir le rythme de croissance se ralentir. Dans certaines situations, comme dans les îles du Pacifique, il se peut que la farine de noix de coco soit le seul sous-produit disponible au niveau local comme source de protéines. Force est alors d'en faire un usage plus important dans l'alimentation des porcs.

5.10.3.7. - Farine d'amande de palmier

La production d'huile de palme occupe, sous les tropiques, une place grandissante. Aussi peut-on s'attendre à voir se développer les produits dérivés de l'extraction de l'huile, notamment les tourteaux d'amande de palmier. Toutefois, comme il s'agit d'une farine à haute teneur en fibres, plutôt désagréable au goût et dont le contenu protéique n'a qu'une valeur biologique moyenne, il est préférable de n'en user que modérément.

5.10.3.8. - Farine de carthame

En raison de la forte proportion de cosses dans la farine, sa teneur élevée en fibres réduit considérablement son utilisation dans l'alimentation porcine. Sa valeur nutritive est estimée à 60 % de celle de la farine de soja.

5.10.3.9. - Pois et haricots

Un peu partout en région tropicale, on cultive des pois et des haricots, qui peuvent servir à nourrir les porcs. Citons notamment les flageolets, les haricots, les canavalia ensiformis , les dolics, les pois chiches et les pois nains.

Tous ont un apport protéique comparable (18 à 20 %) et sont généralement pauvres en méthionine et quelquefois en tryptophane. La plupart des variétés contiennent des facteurs anti-nutritionnels, que la cuisson permet d'éliminer.

5.10.3.10. - Faines d'hévéa

En Asie du Sud-Est, dans les systèmes de production porcine à faibles ressources, on laisse les porcs vaguer en quête de faines d'hévéa tombées au sol. Ces graines, quand elles sont fraîches, renferment une substance toxique, l'acide cyanique, qui disparaît après quelque temps. Aussi les porcs doivent-ils apprendre à ne consommer que les faines mûres. Elles contiennent 17 % de protéines et 18 % d'huile comestible.

5.10.3.11. - Farines de poisson

Ce sont pour les porcs d'excellentes sources protéiques,. d'une grande valeur biologique et très riches en lysine. En outre, elles sont agréables au goût et contiennent beaucoup de phosphore et de calcium. Depuis quelque temps, toutefois, on les utilise de moins en moins sous les tropiques, en raison de leur rareté et de leur coût élevé.

5.10.3.12. - Farines de viande et farines de viande et d'os

Les farines produites à partir des issues de boucherie présentent des qualités variables et ne se trouvent pas d'ordinaire en abondance. A moins d'être stabilisées par un antioxydant, elles sont en outre exposées au rancissement des graisses, avec les problèmes de goût que cela suppose. Néanmoins, quand elles sont de bonne qualité, elles représentent un excellent complément aux régimes à base de céréales et sont le plus souvent ajoutées aux rations des porcs à raison de 5 à 10 %. Il faut cependant veiller à ce qu'elles aient été convenablement préparées, pour éviter la transmission de maladies, comme l'anthrax (cf. chapitre VII).

5.10.3.13. - Farines de sang

Le goût de ces farines, assez désagréable, restreint leur emploi dans l'alimentation porcine. Leur haute teneur en lysine en fait pourtant un complément alimentaire de grande valeur, quoique les protéines et acides aminés soient souvent endommagés au cours du processus de dessiccation.

5.10.3.14. - Farine de plumes

C'est un sous-produit de l'aviculture, d'une grande valeur protéique (85 %), qui nécessite un traitement par hydrolyse, faute de quoi la kératine empêcherait la digestion des protéines. Sa teneur exceptionnellement élevée en cystine, en thréonine et en arginine confère à la farine de plumes un certain intérêt comme complément alimentaire à faible dose.

5.10.3.15. - Produits laitiers

En région tropicale, le lait est normalement trop indispensable à l'homme pour être employé dans l'alimentation du porc. Tant la digestibilité que la valeur biologique des protéines sont ici très élevées.

Le lait écrémé -qui subsiste après extraction des matières grasses du lait entier pour la production du beurre—peut être consommé sous sa forme liquide ou, après dessiccation, en poudre dont le contenu protéique s'élève à 33 %. Il est d'un intérêt tout particulier pour améliorer le goût et la digestibilité des rations du «coin à porcelets».

Le petit-lait (lactosérum) dérivé de la fabrication du fromage ne contient qu'environ 5 % de matière sèche, mais peut être déshydraté pour fournir une poudre d'une valeur protéique de 15 %.

Sous leur forme liquide, les produits laitiers doivent toujours être consommés soit frais, soit souvent aigris.

5.10.4. - Autres aliments consistants

5.10.4.1 - Bananes

Les bananes mûres ont un goût très agréable pour les porcs: des études ont montré que les porcs en croissance peuvent en consommer jusqu'à 8 kg par jour. Elles ne contiennent qu' 1% de protéines, mais, par les sucres qu'elles renferment, elles constituent un complément énergétique appréciable.

5.10.4.2. - Sous-produits de brassage

Il s'agit des grains d'orge, de sorgho ou de millet, humides ou séchés, qui ont servi à la fabrication de bière. Le brassage consiste à produire de l'alcool à partir des hydrates de carbone solubles. Aussi le résidu s'enrichit-il en protéines et en fibres au cours du processus.

Bien que leur teneur élevée en fibres (15 %), leur qualité variable et leur apport protéique limité ne leur confèrent qu'un intérêt restreint pour l'élevage des porcs, ces sous-produits sont très largement employés dans les systèmes de production à petite échelle, surtout en Afrique. Dans les systèmes de production où les porcs sont livrés à eux-mêmes, il n'est pas rare que les résidus du brassage selon les techniques traditionnelles servent également à leur alimentation.

5.10.4.3. - Jacinthe d'eau

La jacinthe d'eau, dont la prolifération dans les cours d'eau de nombreuses régions tropicales constitue un véritable problème écologique, sert, en Asie du Sud-Est, à l'alimentation des porcs. Les plantes sont hachées, souvent mélangées à d'autres déchets végétaux, puis on les laisse réduire à feu doux pendant plusieurs heures, jusqu'à obtention d'une pâte. On y ajoute alors des tourteaux, du son de riz et, à l'occasion, du maïs ou du sel. La formule suivante est assez répandue:

40 kg de jacinthe d'eau
15 kg de son de riz
2,5 kg de farine de poisson
5 kg de tourteau de noix de coco

5.10.4.4. - Protéines de feuilles

Malgré leur haute teneur en fibres, qui restreint leur utilisation dans les rations, les différents fourrages verts -comme la luzerne, d'autres légumineuses, les verts de manioc ou de patate douce et l'herbe—peuvent être consommés par le porc, soit frais, soit séchés et moulus. D'une manière générale, il faut se limiter aux feuilles les plus jeunes pour réduire autant que possible l'action des fibres sur la digestion.

5.10.4.5. - Eaux grasses

Les eaux grasses et les déchets de cuisine des établissements, des hôtels, des restaurants, etc. sont pour les porcs une source importante de nourriture. On y recourt plutôt lorsque les porcs sont élevés à proximité d'une ville.

La valeur nutritive des déchets alimentaires est bien sûr très variable selon leur origine. En outre, ils risquent de transmettre des maladies infectieuses (notamment la peste porcine et la fièvre aphteuse) et doivent de préférence être bouillis avant d'être donnés aux porcs. Il n'est pas rare non plus que ces détritus contiennent des morceaux de verre, des arêtes de poisson et des morceaux de métal susceptibles de blesser les porcs.

C'est sans doute le «système de Lehmann» qui convient le mieux pour ce genre d'alimentation. Cette méthode prévoit que l'on donne chaque jour aux porcs une petite quantité déterminée d'aliments concentrés équilibrés et qu'ensuite on les laisse se nourrir ad libitum des déchets alimentaires.

5.10.4.6. - Potirons et melons

Ce sont des végétaux qui poussent très facilement sous les tropiques et que l'on rencontre communément dans les champs de maïs et autres terres de culture. Dans les petites exploitations, il est fréquent qu'on les emploie à nourrir les porcs. Ils ont une valeur nutritive très basse, et ne contiennent pratiquement pas de protéines, mais ils peuvent avoir quelque intérêt au regard du goût et de l'apport énergétique, surtout dans les systèmes de production où les porcs sont laissés errants.

VI. Le logement

6.1. - Principes

6.1.1. - Productivité et confort

Pour qu'un porc soit le plus productif possible, il lui faut un environnement thermique neutre, c'est-à-dire une température ambiante qui reste comprise entre sa température critique inférieure (TCI) et sa température critique supérieure (TCS) (cf. chapitre II). La production de chaleur métabolique du porc est alors à son minimum, et il ne doit ni brûler son énergie nutritive ni réduire son ingestion alimentaire pour maintenir sa température.

Le confort et le bien-être du porc exigent que l'on prenne en compte, outre la température, les considérations suivantes:

- protection contre d'autres agressions climatiques, comme l'ensoleillement direct, le vent et la pluie;

- aménagement d'un environnement sec et hygiénique qui ne prédispose pas le porc aux maladies;

- dans la mesure du possible, respect des schémas comportementaux propres au porc et minimisation de la dominance sociale;

- approvisionnement constant en nourriture et en eau pure;

- installations autorisant un entretien convenable;

- évacuation efficace des effluents.

6.1.2. - Conception générale

Tous les bâtiments, qu'ils soient simples ou complexes, coûtent de l'argent, et ce tant pour leur construction que pour leur entretien. Ils doivent donc impérativement être conçus avec le plus grand soin, afin qu'une amélioration de la productivité vienne justifier cet investissement. En outre, les considérations qui président à la conception des installations en zone tropicale sont parfois très différentes de celles en vigueur dans les régions plus tempérées de la planète.

Sous les tropiques, la question essentielle est généralement d'atténuer les effets d'une chaleur excessive. Parallèlement, il importe de réduire autant que faire se peut les écarts de températures, pour rester aussi près que possible de la zone de neutralité thermique du porc. Cela signifie bien souvent qu'il faut rafraîchir les porcs pendant la journée et les réchauffer pendant la nuit, surtout aux altitudes élevées, où les différences de températures en une journée peuvent atteindre 25°C. Dans la pratique, donc, les constructions doivent être conçues pour faire face à cette situation, sans négliger non plus les autres conditions nécessaires au bien-être des porcs.

6.1.3. - L'emplacement

Bien que le choix du lieu soit souvent limité, l'emplacement et la construction des installations peuvent tirer parti des vents dominants pour profiter d'une ventilation accrue. En construisant les porcheries selon un axe nord-sud, on limite la pénétration du soleil dans les cases des porcs et, partant, les risques de coups de soleil et de stress thermique. Il vaut mieux cependant que les installations ne soient pas trop exposées au froid.

L'idéal serait que la porcherie soit construite sur un terrain légèrement incliné pour faciliter le drainage et l'évacuation des déjections. Un pente permet également d'organiser plus aisément le «courant» des porcs, avec, en amont, la maternité et, en aval, les cases d'engraissement. Cela devrait faciliter l'entretien des lieux et prévenir les infections réciproques des différentes catégories de porcs par le truchement du lisier. C'est l'un des principes de base de la prévention des maladies chez les sujets les plus vulnérables, au nombre desquels les porcelets figurent en bonne place.

Citons, parmi d'autres éléments à prendre en considération: la proximité d'un bon approvisionnement en eau, l'assurance que les déjections ne risquent pas de polluer l'eau des puits et, pour les élevages plus intensifs, l'accès à une route carrossable pour le transport des aliments et des animaux.

6.1.3.1. - Le sol

Même dans les constructions modestes, on recommande l'aménagement d'un sol en béton ou en dur, afin d'empêcher les porcs de «fouger» et de creuser la terre, mais aussi, et surtout, de faciliter le nettoyage et donc de prévenir de nombreux problèmes dus aux maladies ou aux parasites.

Le sol devra assurer l'isolation aussi bien contre le froid que contre l'humidité. A cet effet, on peut recourir à de nombreux matériaux isolants, notamment ceux qui ménagent des interstices remplis d'air, comme les tessons de bouteilles, les briques perforées, les tuyaux, etc., mais c'est sans conteste le gravier qui est le plus employé. La figure 40 donne un exemple de sol convenant pour une porcherie.

Le revêtement du sol a lui aussi son importance: trop lisse et glissant, il risque d'être à l'origine de blessures par chute; trop rugueux, il écorchera les pattes et les mamelles.


Fig. 40: Un exemple de sol convenant pour une porcherie.

6.1.3.2. - La toiture

Les toits doivent protéger les porcs du soleil et des intempéries. Ils peuvent être rudimentaires, faits de matériaux locaux comme l'herbe, le feuillage, les roseaux, etc. (cf. fig. 41), ou d'éléments manufacturés comme la tôle ondulée ou le fibrociment. Un toit de chaume, par exemple, convient parfaitement dans les régions chaudes, car il fournit une bonne isolation. Malheureusement, à moins d'une protection efficace, il sera rapidement infesté par les rats et la vermine.


Fig. 41: Installations peu coûteuses construites avec des matériaux locaux.

Dans les pays chauds, il sera nécessaire d'isoler les toits de tôle ou de fibrociment à l'aide d'une couche d'herbe, d'un revêtement calorifuge ou de quelque autre matériau, ou encore de les construire suffisamment haut pour permettre une bonne circulation de l'air. Le toit devrait être surmonté d'un lanterneau (cf. fig. 42) ou d'un autre dispositif pour laisser sortir l'air chaud et garantir une aération suffisante.

6.1.3.3. - Les murs

Les murs extérieurs doivent être en mesure de retenir les porcs et de les protéger. Ils peuvent être faits de divers matériaux, depuis le torchis et les branches (cf. fig. 41) jusqu'aux briques.

Il est essentiel, dans les constructions fermées, de prévoir des volets appropriés (cf. fig. 43), des fenêtres et des portes que l'on pourra ouvrir pour assurer une ventilation maximale aux heures chaudes et refermer lorsque les températures diminuent.


Fig. 42: Un lanterneau destiné à permettre à l'air chaud de s'échapper.


Fig. 43: Les volets garantissent une ventilation maximale tout en pouvant retenir la chaleur lorsque la température ambiante diminue.

6.1.3.4. - L'espace

Le tableau 6.1 résume les recommandations quant à l'espace qu'il convient de réserver à chaque animal, selon les différentes catégories. Chez les porcs, la promiscuité est souvent cause d'une baisse des performances et de la productivité.

Tableau 6.1 Recommandations en matière d'espace disponible pour les porcs.


Superficie

Verrats

9 m²

Truies sèches


Stalles

2 m de long x 0,64 m de large même surface que pour les stalles + une aire d'exercice équivalente

Compartiments


Enclos

3-4 m² par truie

Zone de mise bas


Case, avec cage

6,2 m²

Engraissement et suivi (avec coin à porcelets)

10 m²

Post-sevrage


Cages (par animal)

0,2 m² de gisoir + 0,2 m² de caillebotis

Enclos (par animal)

0,7-0,9 m²

Porcs de type «porker»


(Case, avec aire de déjection)

0,73 m² par animal

Porcs de type «baconer»


(Case, avec aire de déjection)

0,93 m² par animal

Porcs lourds

1,10 m² par animal

Auges (par animal)


Porcs à l'engrais

0,2-0,3 m²

Truies et cochettes

0,35 m²

6.2. - Le logement des verrats

Il est essentiel que les verrats soient protégés contre les températures extrêmes, car une chaleur trop forte aurait tôt fait de restreindre la fertilité de leur semence et de réduire leur appétit sexuel.

Il leur faut en outre des constructions solides (cf. fig. 44), afin surtout d'éviter qu'ils se sauvent et se battent. On pourra, à cet effet, renforcer les murs par un treillis métallique. Quant aux portes, elles doivent être munies de gonds et de verrous robustes.


Fig. 44: Il importe que les verrats soient logés dans des constructions solides.

Il vaut mieux que la saillie des truies ne s'effectue pas dans la case du verrat. On pourra construire, à l'extérieur, un simple en clos de saillie (illustration 45), qui offre en outre les avantages d'être plus frais (du moins le soir et tôt le matin), d'assurer aux porcs un meilleur aplomb sur l'herbe ou la terre et de ne présenter aucun angle droit qui risquerait de gêner l'accouplement.


Fig. 45: Un simple enclos de saillie permettra que l'accouplement s'accomplisse dans de bonnes conditions.

6.3. - Le logement des truies sèches

6.3.1. - Enclos

Les enclos constituent le moyen le plus simple de loger les truies sèches: ce sont des parcs partagés par plusieurs truies. Il faut néanmoins éviter les troupeaux trop nombreux pour limiter les risques de bousculades et de batailles. On prévoira des aires de repos ombragées et de larges auges. Dans l'idéal, les truies devraient avoir accès à des nourrisseurs individuels, afin que l'on puisse contrôler la ration alimentaire de chaque animal.

C'est un système très répandu dans les petites unités peu intensives. Pour les cochettes, le grand intérêt de cette méthode est que les contacts entre les truies stimulent l'apparition et les manifestations de l'oestrus.

6.3.2. - Longes

La technique qui consiste à mettre les truies à la longe, comme cela se voit souvent en région tropicale, permet, dans les enclos, de contenir les truies dans une superficie donnée.

6.3.3. - Stalles

Dans le système des stalles, chaque truie est enfermée et nourrie dans un box étroit qui limite sa liberté de mouvement (illustration 46). Les principaux mérites des stalles individuelles sont qu'elles évitent les bousculades et les batailles, qu'elles facilitent le nettoyage, le nourrissage et les soins, qu'elles autorisent une alimentation répondant aux besoins individuels des truies et qu'elles restreignent les dépenses d'énergie dues aux mouvements. Leur inconvénient principal est le risque d'affaiblissement et de perte du tonus musculaire.


Fig. 46: Stalles individuelles pour les truies pleines.

Il faudra veiller à ce que tous les côtés du bâtiment soient à l'épreuve des intempéries, car, dans ce système, les truies ne sont pas en mesure de se serrer les unes contre les autres pour maintenir leur chaleur corporelle lorsqu'il fait froid.

6.3.4. - Etables à compartiments

Ce genre d'installations prévoit des aires communes pour l'exercice et les déjections des truies, et des stalles individuelles où elles peuvent se reposer et se nourrir (figure 47). Le couloir à déjections pourra être utilisé efficacement pour les passages quotidiens du verrat, afin de détecter les chaleurs. C'est pourquoi ces bâtiments sont également conçus pour abriter les verrats. En somme, les compartiments combinent les avantages des stalles (alimentation et suivi individuels) et des enclos (confort et exercice).

6.3.5. - Nourrisseurs électroniques

Dans les pays développés, la mise au point de systèmes d'alimentation électroniques a permis d'ajouter aux avantages des enclos le nourrissage individuel. Grâce à un transpondeur fixé autour de leur cou ou dans l'oreille, les truies élevées ensemble ont accès à des nourrisseurs individuels. On ne peut guère s'attendre, toutefois, à voir se généraliser un tel niveau de sophistication dans les régions en voie de développement, du moins dans un proche avenir.

6.3.6. - Maternité et soins aux portées

C'est sans doute le bâtiment le plus important de la porcherie, conçu pour faciliter la mise bas dans des conditions favorables et pourvoir aux premiers besoins des porcelets. Le développement de races de truies plus grandes, plus prolifiques et moins aptes aux soins maternels est venu renforcer la nécessité d'installations spécialisées. Car si les petites truies indigènes sont tout à fait capables, sans aide extérieure, de se confectionner un nid pour y mettre bas et d'élever leurs petits, les chances de survie des porcelets nés de truies exotiques seront fortement réduites si certaines précautions ne sont pas prises. L'équipement d'une maternité vise essentiellement aux objectifs suivants:

- éviter que les porcelets soient écrasés par la truie;

- apporter aux porcelets une température plus élevée qu'à la truie. Si le bâtiment tout entier était maintenu à la température idéale pour la portée, l'appétit de la truie en serait affecté;

- faciliter le nettoyage des lieux, afin de conserver de bonnes conditions d'hygiène.


Fig. 47: Plan d'une étable à compartiments.

6.3.7. - Cages de parturition

Il s'agit de cadres métalliques spécialement étudiés qui font généralement partie de la maternité (la figure 48 en fournit un plan). La truie est retenue dans sa cage, tandis que les porcelets circulent librement dans la petite case environnante, où ils ont accès à un coin à porcelets, à une alimentation particulière et à leur propre approvisionnement en eau. La conception et les dimensions des cages sont essentielles: il s'agit d'assurer aussi bien le confort de la truie que le bon déroulement de la mise bas (figures 49 et 50).

Le recours à de telles cages s'accroît de plus en plus, principalement en raison des avantages suivants:

- elles empêchent les truies de se coucher brutalement sur les porcelets et de les écraser;

- elles permettent l'aménagement de coins à porcelets (d'une importance décisive dans les premiers jours qui suivent la naissance) auxquels les truies n'ont pas accès;

- elles permettent aux porchers de prendre en charge les truies et leur portée sans risque de blessure;

- elles autorisent le libre accès des porcelets à leur aliment et à leur eau.


Fig. 48: Plan d'une maternité.


Fig. 49: Une case spécialement aménagée pour la mise bas, avec cage de parturition et coin à porcelets.


Fig. 50: Cage de parturition.

Le coin à porcelet, où règne une température plus élevée constitue un avantage certain, même en région tropicale, ne serait-ce que pour la nuit. La raison en est que, pour une truie, la température ambiante idéale se situe entre 16 et 18°C, tandis que les porcelets nouveau-nés ont besoin de 33 à 35°C. Il suffit d'une simple boîte fermée où les porcelets pourront se glisser et générer leur propre chaleur en se serrant les uns contre les autres. Si l'on dispose d'électricité ou de pétrole, on pourra équiper le coin d'un chauffage à infrarouge ou simple, qui non seulement procurera aux porcelets un supplément de chaleur, mais aussi les attirera plus facilement dans la boîte, pour qu'ils n'aillent pas courir le risque d'être écrasés en recherchant la chaleur de la truie.

Faute d'un équipement spécial pour les porcelets, il faudrait chauffer tout le local, avec pour conséquence une chute de la productivité de la truie. Une étude américaine a établi que, pour chaque degré au-dessus de 25 à 30°C, la truie réduit son ingestion alimentaire de 400 grammes.

6.4. - Cases à usage multiple

Il s'agit d'installations moins coûteuses et plus flexibles, sans doute plus appropriées aux conditions tropicales. Des éléments amovibles, comme des barrières de coins à porcelets et des rails de parturition, en font un endroit adapté à la mise bas et protègent les porcelets. Il suffit, au sevrage, de les retirer pour obtenir une case d'engraissement où les nourrains seront préparés pour l'abattage (cf. fig. 51 et 52).


Fig. 51: Une case à usage multiple.


Fig. 52: Case à usage multiple: les éléments adaptés à la mise bas sont amovibles, de sorte que le local peut ensuite servir à l'engraissement ou à quelque autre destination.

6.5. - Cases pour le suivi

Après 10 à 14 jours, lorsque les truies ne représentent plus un menace pour leur progéniture, on peut normalement les installer dans des bâtiments moins coûteux que les maternités. Il faut alors prévoir un «refuge» pour les porcelets, dans le genre du coin dont les cases à usage multiple sont équipées. L'avantage de ce système est qu'il permet à la truie de se mouvoir librement.

6.6. - Cages de sevrage

Le sevrage constitue pour les porcelets un double traumatisme: il y a, d'une part, la séparation d'avec la mère et, d'autre part, le changement dans l'alimentation. Ils sont de ce fait très vulnérables aux maladies, et particulièrement à celles qui affectent le système digestif, avec un risque de mortalité très élevé. C'est pourquoi, en Europe tout d'abord, on a mis au point des bâtiments de post-sevrage destinés à prodiguer aux porcelets les conditions optimales pour surmonter ces problèmes. Par la suite, les cages de sevrage ont été adaptées pour des climats plus chauds. Elles se composent fondamentalement d'un gisoir au sol plein où les animaux peuvent se reposer ou se nourrir et d'une aire de déjection sur caillebotis de bois ou de métal (figures 53 et 54). Ainsi, lorsqu'il fait froid, les porcelets peuvent se blottir les uns contre les autres dans leur niche couverte et produire eux-mêmes la chaleur nécessaire à leur confort. La ventilation est assurée par les volets rabattables à charnière centrale qui servent de couvercle à la niche (cf. fig. 54). Aux heures les plus chaudes, les nourrains pourront se rafraîchir en s'étendant sur le caillebotis, protégés du soleil par la toiture qui recouvre tout le bâtiment. Le caillebotis permet l'écoulement des déjections, qui peuvent dès lors être évacuées par le bas, sans que les porchers aient à pénétrer dans la cage avec des bottes, des brosses et des pelles souillées.

D'ordinaire, les porcs passent trois à quatre semaines dans ces cages, avant d'être transférés dans les locaux d'engraissement. Il est possible, lorsque les nourrains grandissent, de déplacer les nourrisseurs pour leur laisser plus d'espace (cf. fig. 54).


Fig. 53: Une cage de sevrage, vue de face.


Fig. 54: Vue en coupe d'une cage de sevrage.

6.7. - Sevrage en bandes

Le système traditionnel de sevrage consiste à rassembler des portées de même âge dans de grandes salles qui peuvent accueillir jusqu'à 50 nourrains. Après 3-4 semaines, on les sépare en plusieurs groupes, qui sont dirigés vers les unités de croissance et d'engraissement.

Il faut prévoir une grande longueur d'auge pour l'eau et les aliments. On préférera en outre la litière au caillebotis dans ce système. Enfin, on aménagera une niche bien protégée, isolée au besoin par un toit de bois ou de chaume, pour procurer aux animaux un supplément de chaleur.

6.8. - Unités de croissance et d'engraissement

Les impératifs fondamentaux pour de bons locaux d'engraissement sont relativement simples: un gisoir aménagé sur un sol bien sec et une aire de déjection distincte. Le bâtiment doit protéger les porcs contre le soleil et les intempéries, tout en garantissant une ventilation adéquate. Il n'est pas nécessaire de séparer les cases par des murs solides, qui entraveraient la circulation de l'air dans les locaux. Dans l'idéal, les cases devraient être conçues pour accueillir 8 à 10 porcs jusqu'à l'abattage (cf. fig. 55).


Fig. 55: Plan d'un bâtiment de croissance et d'engraissement conçu pour 8-10 porcs.

6.9. - Systèmes de production extensive

La production extensive (cf. chapitre III) convient particulièrement pour les truies. Celles-ci sont parquées dans des prairies où des arches ont été installées pour qu'elles puissent mettre bas. Au Zimbabwe, des expériences ont été menées, qui mettaient à la disposition des truies différents types d'arches au moment de la mise bas. Il en est ressorti que les bêtes choisissaient de préférence un modèle proche de celui utilisé en Grande-Bretagne (figure 56). La principale différence est que le climat tropical impose ici que les toitures soient isolées par une couche de 5 cm d'herbe, par exemple. Ces abris peuvent bien sûr être construits avec des matériaux moins onéreux, mais il est alors difficile de leur assurer une solidité satisfaisante pour éviter qu'ils soient détruits par les truies. Il faut encore prévoir de larges zones suffisamment ombragées, de même que des mares à l'intention des porcs élevés selon cette méthode. Comme nous l'avons signalé précédemment, il est possible de maintenir les truies à l'attache dans une prairie, afin de les circonscrire dans une surface donnée de pâture ou autre fourrage.


Fig. 56: Arche pour la mise bas dans les systèmes de production extensive.


Fig. 57: Une mare bien construite.

VII. - Pathologie

7.1. - Prévention des maladies

Les répercussions économiques d'une maladie, lorsqu'elle atteint un troupeau de porcs, peuvent prendre des dimensions énormes tant en ce qui concerne le coût de son éradication qu'en termes de baisse de la productivité. En conséquence, la priorité absolue doit être donnée aux mesures préventives. C'est pourquoi nombre des méthodes de gestion envisagées dans le chapitre VIII cherchent à prévenir les maladies ou du moins à limiter l'impact de celles qu'on ne saurait éviter. On peut ainsi définir une stratégie générale, fondée sur une gestion compétente, sur des installations bien conçues et sur une alimentation saine, afin de réduire les risques au maximum.

Parallèlement, il est indispensable que le producteur possède quelques notions des principales affections susceptibles de se déclarer dans un troupeau porcin, ne serait-ce que pour poser un diagnostic et prendre les mesures qui s'imposent sans perdre de temps. C'est d'autant plus crucial en région tropicale que l'on ne peut compter sur l'assistance régulière d'un vétérinaire. Outre les carences nutritionnelles qui ont été traitées dans le chapitre V, les principaux problèmes d'ordre pathologique sont l'infestation parasitaire, les maladies infectieuses et quelques maladies non spécifiques.

7.2. - Les parasites

On définit les parasites comme des organismes vivant aux dépens d'un autre, appelé hôte, dont ils tirent leur nourriture. On distingue les ectoparasites, qui vivent en dehors de l'organisme du porc, et les endoparasites, qui colonisent les tissus et les organes internes du corps de l'hôte. Il est rare que le parasitisme aboutisse à la mort de l'hôte, sauf en cas d'infestation massive ou lorsqu'il s'ajoute à d'autres agressions.

7.2.1. - Ectoparasites

Pour la plupart, ces parasites provoquent une irritation de la peau, qui se traduit souvent par des plaies et une vulnérabilité accrue à d'autres infections. Les parasites externes les plus répandus sont les sarcoptes, les tiques, les poux, les puces et les mouches.

7.2.2. - Les sarcoptes de la gale

A peine visibles à l'œil nu, ces acariens passent leur cycle de vie tout entier sous la peau du porc, mais ils peuvent néanmoins survivre jusqu'à huit jours en dehors de leur hôte. L'espèce la plus commune est Sarcoptes scabiei , responsable de la gale sarcoptique.

L'infection se manifeste tout d'abord par des croûtes et une apparente sécheresse de la peau autour des yeux, des oreilles et du groin. Les sarcoptes se répandent alors sur l'ensemble du corps, et leurs galeries provoquent l'inflammation et le gonflement de la peau. Le porc se gratte sans cesse et ses performances décroissent.

Le meilleur moyen d'en venir à bout est d'appliquer un traitement régulier contre la gale, soit par immersion soit par vaporisation, sans oublier de désinfecter les cases. Il faudra également éliminer les animaux victimes d'infestations chroniques. Enfin, on trouve désormais sur le marché certains traitements systémiques très efficaces contre la gale.

7.2.3. - Les tiques

C'est là un problème qui ne se pose que pour les porcs errants ou dans les systèmes de production plus extensive. On compte de nombreuses espèces de ces acariens suceurs de sang, qui peuvent être, à l'occasion, vecteurs de maladies graves (entre autres la babésiose). Il leur faut généralement plus d'un hôte pour accomplir leur cycle de vie. Un acaricide approprié permet de les éliminer par immersion ou par vaporisation.

7.2.4. - Les poux et les puces

Ces parasites, qui vivent à la surface de la peau, sucent le sang, provoquent des irritations et peuvent devenir un véritable problème si les conditions d'hygiène ne sont pas satisfaisantes. La méthode la plus efficace pour les faire disparaître est de traiter les porcs et leur habitat par vaporisation d'insecticides adéquats. En ce qui concerne les poux, il convient d'accorder une attention toute particulière aux oreilles des porcs.

7.2.5. - Les mouches

Sur les lieux d'un élevage porcin, les mouches constituent une véritable nuisance, en ce qu'elles sont source de désagréments et qu'elles sont susceptibles de piquer et de transmettre des maladies infectieuses. La moindre écorchure sur la peau de l'animal ou une blessure récente auront toujours pour effet de les attirer.

La lutte contre les mouches exige l'application d'insecticide sur les lieux de prolifération, comme les tas de fumier, les déchets et les pièces d'eau. Les bâtiments des porcheries et les porcs eux-mêmes devront également être traités. Une autre technique efficace consiste à empoisonner les mouches au moyen d'appâts non toxiques pour les porcs.

7.2.6. - Endoparasites

7.2.6.1. - Les nématodes

Ces parasites représentent un risque non négligeable lorsque les porcs sont laissés libres ou gardés sur des sols non bétonnés. Le grand ver rond ( Ascaris lumbricoides ) est très répandu et peut faire des ravages dans un troupeau de porcs. L'ascaris adulte vit dans l'intestin grêle: il peut atteindre 300 mm de long et 6 mm de large (fig. 58). La femelle est capable de pondre des milliers d'œufs par jour, lesquels sont évacués dans les déjections des porcs. Après 21 jours, ils sont en mesure d'infecter un autre animal qui les aurait ingérés. Ces œufs sont extrêmement résistants et conservent leur pouvoir d'infection même pendant plusieurs années. Le cycle de vie de l'ascaris (cf. figure 59) commence par l'éclosion des œufs dans l'organisme après leur ingestion. Ensuite, les larves migrent vers le foie, puis vers les poumons, où elles entraînent une irritation qui provoque de la toux et affecte les performances des porcs, surtout chez les plus jeunes. Le foie est également atteint, au point parfois de rendre l'animal impropre à la consommation («foie avec taches de lait» ou «milk-spot»). Qui plus est, en cas d'infection grave, les vers adultes risquent d'obstruer en partie l'intestin grêle, avec pour conséquence l'affaiblissement des porcs et une perte de poids.

Le trichure ( Trichuris suis ) est un autre ver nuisible, qui atteint 35 mm à l'âge adulte et colonise le gros intestin où il cause des dommages importants à la paroi intestinale, provoquant des diarrhées et une perte de poids. L'oesophagostome ( Oesophagostomum spp .) vit lui aussi dans le gros intestin. Il s'enkyste sous la forme de nodules dans la muqueuse intestinale et peut être à l'origine de diarrhées (contenant parfois du sang) ou d'une anémie. Le stéphanure ( Stephanurus dentatus ) colonise le rein du porc, et ses œufs sont évacués par l'urine. Après ingestion, les larves passent du foie aux reins, ce qui a pour effet d'endommager les tissus. Ce ver représente un handicap majeur pour les systèmes de stabulation libre de Madagascar et des îles du Pacifique, et c'est bien souvent cette menace qui force la décision d'enfermer les porcs. Le métastrongyle ( Metostrongylus spp .) est également une source de problèmes pour les porcs élevés en liberté. L'infestation passe ici par un hôte intermédiaire, avalé par le porc: le ver de terre. Ces parasites des poumons entraînent de la toux et de l'irritation et prédisposent à une pneumonie secondaire.


Fig. 58: Ascarides adultes dans l'intestin grêle.


Fig. 59: Cycle de vie de l'ascaride.

Les sources d'infection habituelles, pour les parasites internes, sont l'eau et les aliments contaminés. On combat les parasites en brisant leur cycle de vie, c'est-à-dire, pour les porcs élevés en liberté, en les déplaçant régulièrement vers de nouvelles pâtures et, pour les porcs élevés en étable, par des nettoyages fréquents et une bonne évacuation des déjections. Parallèlement, à moins d'être absolument sûr que le troupeau est sain, il faudra administrer systématiquement des vermifuges à large spectre aux animaux destinés à la reproduction, et les jeunes porcs devront être traités peu de temps après le sevrage.

7.2.6.2. - Les cestodes

Le plus commun est le Taenia solium , pour lequel le porc fait fonction d'hôte intermédiaire: le ver solitaire adulte vit dans l'intestin de l'homme. C'est par les déjections humaines que le porc entre en contact avec les œufs. Les larves s'enkystent alors dans les muscles de l'animal, essentiellement dans les environs du cœur et de la langue.

Si la viande du porc est ensuite mangée par l'homme, les larves se développent et leur cycle de vie est accompli. Aussi les porcs infestés (ladrerie porcine) sont-ils déclarés impropres à la consommation. On élimine ce parasite en empêchant l'accès des porcs aux déjections humaines. Dans certains pays, des experts sont chargés d'examiner les animaux vivants mis en vente sur les marchés pour voir s'ils ne présentent pas de cysticerques (larves de ténias) dans la langue. Le prix payé au producteur dépendra de ce qu'ils auront découvert.

7.3. - Les maladies infectieuses

Dans la plupart des pays, les maladies suivantes sont soumises à déclaration et à des mesures légales:

7.3.1. - La peste porcine africaine

Il s'agit d'une maladie virale très contagieuse qui, sous sa forme aiguë, peut entraîner un taux de mortalité de 100 %. Les symptômes caractéristiques sont la perte de l'appétit, le fait de voir les porcs se blottir les uns contre les autres, l'apparition de petites taches pourpres sur la peau, la mauvaise coordination des mouvements et les difficultés respiratoires.

En Afrique, aussi bien les porcs de brousse que les phacochères sont susceptibles de transmettre le virus, tout en étant eux-mêmes immunisés contre la maladie. C'est pourquoi il est de la plus haute importance que les contacts entre les porcs domestiques et les espèces sauvages soient évités. On pourra, à cet effet, recourir à des doubles clôtures et surveiller les mouvements des animaux. Qui plus est, les phacochères sont infestés par une tique ( Ornithodoros moubata ) qui peut servir de vecteur biologique. L'infection peut encore se produire par contact avec des porcs atteints ou par le biais d'eau et d'aliments contaminés. Il n'existe ni vaccin ni traitement efficace: les bêtes infectées doivent être séparées des animaux sains. La maladie, originaire d'Afrique orientale, se répand progressivement dans tout le continent.

7.3.2. - La fièvre aphteuse

Considérée comme la plus contagieuse des maladies virales, cette affection provoque l'apparition de vésicules sur les pieds, le groin, les mamelles, ainsi que dans la bouche et la gorge. Les aphtes sont très douloureux pour les porcs, qui ne parviennent plus à manger et doivent souvent être abattus.

C'est une maladie endémique dans certaines régions d'Afrique, où le virus est véhiculé par les buffles. Les porcs peuvent être infectés par l'ingestion de viande cuite ou d'os contaminés dans leur alimentation.

Il n'y a pas de traitement à cette maladie. Lorsqu'elle se déclare dans les environs, il est possible de vacciner les porcs. Encore faut-il s'assurer que le vaccin soit le bon, car il existe de nombreuses souches pour ce virus.

7.3.3. - La fièvre charbonneuse ou charbon bactéridien

C'est une maladie bactérienne aiguë souvent mortelle, qui peut aussi être fatale à l'homme. On distingue deux grands types de signes: soit un gonflement des quartiers postérieurs qui gêne la respiration, soit la mort soudaine accompagnée d'un écoulement de sang par les orifices corporels. Il faudra éviter d'ouvrir la carcasse si l'on suspecte la fièvre charbonneuse, car on risquerait de libérer des spores infectantes. Il conviendra donc de l'enterrer assez profondément pour éviter tout risque de contamination.

L'infection se transmet par contact avec les carcasses d'animaux morts du charbon ou par la présence de spores dans les aliments ou sur les pâtures. Il existe un vaccin efficace contre cette maladie.

7.3.4. - La rage

Les porcs enragés témoignent une excitation intense, bavent, cherchent à mordre d'autres animaux, manquent de coordination dans leurs mouvements et meurent après 2 à 3 jours. Chez l'homme également, cette maladie peut se révéler mortelle. Il faudra frapper au cœur pour abattre les animaux contaminés, car tout dégât au cerveau serait susceptible de propager le virus.

Les porcs sont infectés par contact avec la salive des animaux atteints, essentiellement les chiens et les chacals. C'est donc ce genre de risque qu'il convient d'éviter en priorité.

7.3.5. - La trypanosomiase

Cette maladie, bien que principalement circonscrite aux régions africaines où l'on rencontre la mouche tsé-tsé, peut néanmoins frapper les porcs. Elle est provoquée par un protozoaire, Trypanosoma vivax ou T. congolensis , véhiculé par la mouche tsé-tsé. La trypanosomiase se traduit par une débilitation, une anémie et, finalement, la mort. Il arrive que, sous sa forme aiguë, elle induise sporadiquement une mort brutale, sans symptômes préalables. Il existe cependant des médicaments efficaces, mais plutôt onéreux.

On rencontre, en Asie et en Amérique tropicale, une autre forme de trypanosomiase, qui semble se propager. La cause en est Trypanosoma evansi , transmis par certaines espèces de Tabanus, une mouche piqueuse.

7.3.6. - Autres maladies infectieuses

7.3.6.1. - La brucellose

C'est une maladie d'origine bactérienne, aussi appelée «avortement contagieux», susceptible de provoquer chez les truies une stérilité temporaire ou permanente. Le signe le plus couramment observé est l'avortement, à l'un ou l'autre stade de la gestation, selon que la contamination remonte à plus ou moins longtemps. Chez les verrats, la brucellose peut entraîner une inflammation des testicules débouchant sur une stérilité permanente.

La maladie se transmet par l'accouplement ou par contamination de l'eau et des aliments. Il n'existe pas de traitement: les animaux atteints doivent être éliminés, et ce d'autant plus que la brucellose peut toucher les humains; du moins les risques sont-ils relativement importants dans certains systèmes d'élevage traditionnels. Il semble qu'en Asie du Sud-Est et dans les îles du Pacifique, la brucellose ait tendance à se répandre.

7.3.6.2. - La coccidiose

Il s'agit d'une affection causée par des organismes appelés coccidies, dont on a répertorié dans le monde treize espèces infectieuses pour le porc. Les coccidies attaquent la paroi intestinale et semblent être de plus en plus fréquemment à l'origine de diarrhées chez les porcelets, surtout lorsque ceux-ci sont élevés en étable. La maladie se manifeste par des diarrhées de couleur gris-vert, tandis que les porcelets perdent du poids et se déshydratent rapidement.

La coccidiose se répand par le biais de déjections contaminées. Aussi est-il possible de prévenir la maladie par un bon entretien des locaux et des nettoyages fréquents. On pourra administrer des médicaments, les coccidiostatiques, à des fins tant prophylactiques que curatives.

7.3.6.3. - La cystite et la néphrite

La cystite est provoquée par l'infection bactérienne de la vessie et l'infection subséquente du rein. C'est une maladie particulièrement répandue chez les truies élevées en étable. Elle se caractérise par la présence de pus, et ensuite de sang, dans les urines. Elle fait intervenir d'ordinaire des variétés de Streptococcus et de Corynebacterium. Bien que les antibiotiques, à forte dose, puissent avoir une action bénéfique, l'affection est généralement mortelle, en raison de la difficulté d'acheminer les antibiotiques jusqu'au foyer de l'infection.

On pourra, par mesure préventive, appliquer un traitement antibiotique au fourreau pénien des verrats et éviter le confinement des truies pour qu'elles puissent prendre de l'exercice.

7.3.6.4. - La colibacillose entérique

La cause principale de mortalité des jeunes porcelets réside dans les diarrhées provoquées par la bactérie Escherichia coli . La présence de colibacilles dans l'appareil intestinal, et principalement dans le gros intestin, est normale. Mais il arrive, à la suite de certaines agressions, que l'on observe une prolifération rapide de ces bactéries dans l'intestin grêle. Elles produisent alors une toxine qui suscite dans l'intestin grêle une perte massive de liquides, avec pour conséquences des diarrhées et une déshydratation.

Le problème posé par les diarrhées imputables au colibacille concerne au premier chef les tout jeunes porcs âgés de moins de dix jours. La santé des truies n'est pas affectée et les porcelets continuent à téter, mais ils souffrent de fortes diarrhées, qui risquent d'alourdir gravement la mortalité. L'infection se propage peu à peu parmi les jeunes porcelets.

La première mesure préventive qui se puisse envisager consiste en une bonne prise en charge des porcelets: il convient de leur éviter les facteurs de stress, qui sont à l'origine des diarrhées. Des antibiotiques, s'ils sont administrés dès l'apparition des symptômes, peuvent s'avérer efficaces. On dispose de vaccins à appliquer aux truies et aux cochettes, pour favoriser la transmission d'anticorps supplémentaires aux porcelets par le biais du colostrum.

Les colibacilles peuvent également provoquer un oedème intestinal chez les porcs récemment sevrés, généralement entre 8 et 25 kg de poids vif. Ce sont surtout les porcs à croissance très rapide qui sont touchés. Le symptôme caractéristique est la formation d'un oedème dans la région de l'estomac et des intestins. La démarche des porcs se fait chancelante et, souvent, la mort survient après des convulsions. La proportion des animaux atteints peut varier considérablement. On estime généralement que l'oedème est en grande partie imputable à l'une ou l'autre source de stress, particulièrement la surconsommation d'aliments à haute densité protéique. Il est possible d'endiguer l'affection en réduisant la ration alimentaire, en augmentant la teneur en fibres de la nourriture et en diminuant le contenu protéique de la ration.

7.3.6.5. - La pneumonie enzootique

Cette affection, causée par des mycoplasmes, est assez répandue dans certaines régions tropicales. Les mycoplasmes ne survivent pas longtemps hors de l'organisme. Aussi est-ce le contact étroit entre des porcs infectés et des animaux sains qui est le mode de transmission le plus courant.

Citons, parmi les signes cliniques: la hausse de la température corporelle et l'accélération de la respiration, accompagnée d'accès de toux. La pneumonie enzootique est une maladie complexe, qui fait intervenir le stress et divers facteurs environnementaux. Les mycoplasmes résistent aux antibiotiques. La meilleure stratégie reste de préserver les troupeaux de tout contact avec la maladie. Un traitement antibiotique peut se révéler utile pour traiter la maladie et prévenir les infections secondaires qui risquent souvent de se déclarer.

7.3.6.6. - Le rouget du porc

L'agent responsable du rouget est une bactérie qui vit normalement dans la terre. La maladie peut revêtir trois formes distinctes: aiguë, subaiguë et chronique. Sous sa forme aiguë, il lui arrive couramment de provoquer une mort brutale. Les porcs atteints donnent des signes manifestes de constipation, ont une température élevée (41-42°C), tandis que leurs oreilles, l'abdomen et les pattes prennent une coloration rouge violacé. Cette couleur apparaît sur des plaques plus ou moins rectangulaires, formant saillie sur la peau. Traitée à temps, la forme subaiguë, quant à elle, est moins grave. Plus préoccupante est la forme chronique, qui entraîne une arthrite chronique, le gonflement et la raideur des articulations, ainsi que des troubles cardiaques. Les animaux atteints sont impropres à la consommation.

Un traitement rapide aux antibiotiques, sitôt la maladie diagnostiquée, devrait permettre d'en venir à bout. On dispose aussi d'excellents vaccins; et un programme de vaccination systématique est conseillé à titre préventif. La maladie se transmet au contact de la terre ou d'un autre animal. Etant donné que le rouget, à l'instar de la brucellose, est transmissible à l'homme, une grande prudence s'impose pour les personnes qui approchent les animaux infectés.

7.3.6.7. - L'épidermite exsudative («Greasy pig disease»)

Cette maladie provient d'une infection par une bactérie de la peau, le Staphylococcus hyiens , et affecte les porcs âgés de une à sept semaines. La peau se couvre d'écailles, qui aboutissent à la formation de croûtes, et prend un aspect graisseux avec des soies emmêlées. On n'observe pas de fièvre et les animaux ne se grattent pas. A un stade peu avancé, cette maladie fait penser à une carence en zinc (cf. chapitre V).

On pourra baigner les animaux infectés dans des solutions appropriées, associées à des antibiotiques à large spectre.

7.3.6.8. - Métrite-mammite-agalactie (complexe MMA)

Ce syndrome est un problème très courant qui dérive d'une infection bactérienne chez les truies primipares. Il peut se manifester comme une entité ou comme une combinaison des affections concernées. Chez les truies souffrant de mammite, on remarque un gonflement et une inflammation des glandes mammaires, accompagnés ou non d'une infection de l'utérus (métrite). Dans tous les cas, on observe une absence de sécrétion lactée (agalactie) qui entraîne l'affaiblissement et la mort des porcelets par inanition dès le deuxième ou le troisième jour.

De nombreux facteurs de stress, notamment une alimentation inadéquate, une température ambiante élevée, de la nervosité, une autre maladie ou une rétention placentaire, peuvent contribuer à prédisposer la truie au complexe MMA. Il faut donc mettre tout en œuvre pour éviter les stress dans la maternité. Le plus important, pour les truies en proie au syndrome MMA, est de relancer la lactation, ce qui peut se faire par injection d'une hormone, l'ocytocine. On pourra utiliser des antibiotiques pour traiter la métrite et la mammite. Pour prévenir le complexe MMA, on veillera en outre à ce que les truies puissent prendre suffisamment d'exercice et reçoivent un approvisionnement en eau abondant durant la gestation.

7.3.7. - La peste porcine classique

On l'appelle classique pour la distinguer de la peste porcine africaine. C'est une maladie virale aiguë extrêmement contagieuse et, souvent, mortelle.

L'affection se propage par contact entre les animaux, ou encore par les déjections et autres sécrétions corporelles contaminées. L'anorexie et la fièvre constituent les premiers symptômes, suivis par une inflammation des yeux. On observe une suppuration qui colle ensemble les paupières. Les porcs souffrent de fortes diarrhées, de tremblements et d'une mauvaise coordination. Souvent la mort survient après 4 à 7 jours.

On ne connaît aucun traitement efficace. Le mieux est de procéder à un programme de vaccination lorsqu'il y a un risque d'épidémie.

7.3.7.1. - La babésiose porcine

Cette maladie est transmise par une variété de tique, le Rhipicephalus, et touche principalement les porcs adultes. Les signes les plus manifestes sont une température élevée (41-43°C), la perte de l'appétit, l'affaiblissement, la constipation et la mort dans les 24-30 heures.

On dispose de médicaments efficaces pour combattre la babésiose, mais on peut prévenir la maladie en empêchant l'infestation par les tiques.

7.3.7.2. - La salmonellose

La salmonellose est une autre maladie entérique, provoquée par une bactérie, la Salmonella spp . C'est généralement vers l'âge de deux mois que les porcs sont atteints: ils maigrissent, sont pris de fièvre et de diarrhées nauséabondes. On observe d'ordinaire une certaine mortalité dans les groupes infectés.

La maladie se déclare souvent à la suite d'une autre agression, particulièrement d'une forte infestation par les vers. C'est pourquoi les soins apportés aux animaux et de bonnes conditions sanitaires peuvent faire office de mesures préventives. Les antibiotiques et les sulfamides contribueront à combattre la maladie.

7.3.7.3. - Les virus SMEDI

L'acronyme SMEDI englobe plusieurs troubles de la reproduction, comme la mortinatalité, la momification, la mortalité embryonnaire et la stérilité (en anglais: Stillbirth, Mummification, Embryo Death et Infertility), d'origine virale et imputables principalement au parvovirus porcin et aux entérovirus.

C'est en fait le moment de l'infection de la truie ou de la cochette qui va déterminer les signes cliniques. Si l'infection se produit au cours du cycle oestral ou lors de la saillie, la truie donnera des signes de retour en chaleur régulier ou irrégulier, ou encore ne produira qu'une portée très réduite si tous les embryons ne meurent pas. Si la truie est contaminée après 35 jours de gestation, les foetus vont mourir et se dessécher, jusqu'à présenter à la mise bas un aspect «momifié». Ce genre de problèmes peut entraîner une grave chute de la productivité dans un troupeau.

A défaut de traitement, on dispose désormais de programmes de vaccinations efficaces. Si l'on ne peut se procurer les vaccins, il est conseillé de mettre les cochettes, les porcs récemment admis dans le cheptel en contact avec les déjections provenant de la maternité trente jours avant l'accouplement. Cette exposition aux virus favorisera leur immunisation.

7.3.7.4. - La dysenterie porcine (entérite hémorragique)

C'est une maladie provoquée par un grand spirochète qui se traduit par de graves diarrhées de couleur rouge-noir. Les animaux atteints perdent rapidement du poids. L'affection se propage par des excréments contaminés. Aussi une hygiène satisfaisante suffit-elle, dans une large mesure, à son éradication. On trouve sur le marché plusieurs traitements antibiotiques efficaces.

7.3.8. - La grippe porcine

La grippe ou influenza est une affection respiratoire très contagieuse imputable à un virus. Elle se déclare d'ordinaire à la suite d'une agression du milieu, et particulièrement d'un changement rapide dans la température ambiante. Bien qu'elle n'entraîne qu'une faible mortalité, cette maladie peut avoir d'importantes répercussions économiques, en ce qu'elle se traduit par des retards de croissance et qu'elle diminue la prise de poids des animaux.

D'habitude, la grippe commence à se manifester par une toux, accompagnée de fièvre et d'anorexie. Le mal se propage rapidement, la respiration se fait saccadée et les soies prennent un aspect rugueux. Cet état peut encore être compliqué par une infection bactérienne secondaire.

La prévention passe par une gestion attentive et l'élimination des facteurs de stress. Les porcs à l'engrais et les truies reproductrices peuvent être vaccinés.

7.3.9. - La variole du porc

Il s'agit d'une maladie virale, transmise soit par contact direct, soit par des ectoparasites comme les poux. Dans la région de la tête, des oreilles et du ventre, la peau se couvre de petites taches rouges (d'un diamètre approximatif de 1,25 cm) qui finissent par former des croûtes.

Le traitement est à base de soins locaux. Il faut détruire les poux et appliquer des mesures d'hygiène générale.

7.3.10. - La gastro-entérite transmissible (GET)

La GET est une maladie virale qui se traduit par une diarrhée aiguë, des vomissements et une mortalité précoce chez les jeunes porcelets. Elle affecte également des porcs plus âgés, entraînant diarrhées et vomissements, mais rarement la mort.

Il n'existe pas de traitement. Les animaux contaminés pourront être isolés, ou abattus et enterrés. Il est probable qu'après une infection le troupeau tout entier sera immunisé.

7.4. - Maladies non spécifiques

7.4.1. - Les abcès

Ils sont le résultat d'une irritation, d'une inflammation ou d'une plaie infectée par une bactérie -il s'agit d'ordinaire de souches de Staphylococcus ou de Streptococcus. L'organisme du porc réagit à cette invasion en produisant une poche de pus. Les abcès se manifestent sous l'aspect de tuméfactions ou d'excroissances souvent chaudes au toucher et finissent par former une zone molle que l'on pourra percer et cureter. Ils peuvent être superficiels (cf. fig. 60) ou se constituer à l'intérieur du corps, provoquant un affaiblissement de l'animal, gênant la respiration ou l'ingestion, ou encore n'être découverts qu'à l'abattage.


Fig. 60: Un abcès douloureux dans la région du cou.

Les abcès sont douloureux et risquent de réduire fortement les performances des porcs ou la valeur de la carcasse. Aussi doit-on s'efforcer d'en limiter les causes éventuelles dans une porcherie. Par mesure préventive, on évitera tous les objets tranchants ou piquants dans les cases des porcs, on veillera à ce que le sol ne soit pas trop rugueux, surtout pour les tout jeunes porcelets, on stérilisera le matériel servant aux injections et on maintiendra de bonnes conditions d'hygiène générale.

On peut ponctionner les abcès mûrs et les traiter avec des antibiotiques, mais l'efficacité de ces derniers n'est pas toujours garantie.

7.4.2. - Les ulcères de l'estomac

Les ulcères ont tendance à survenir en réaction au stress chez des porcs de tous âges. Ils sont très répandus dans les souches génétiques développées en vue d'une croissance rapide et d'une mince couche de lard dorsal. La ration alimentaire a également son importance et l'on observe une incidence d'ulcères plus élevée pour une alimentation finement moulue, à forte densité énergétique.

S'il n'y a pas d'hémorragie, on peut fort bien ne constater aucun signe extérieur. Dans d'autres cas, les porcs perdent l'appétit, se blottissent les uns contre les autres et maigrissent. La mortalité dépend de la gravité de l'ulcération.

On ne connaît aucun traitement spécifique, hormis la suppression des facteurs de stress. Une modification du régime par l'augmentation de la teneur en fibres contribue souvent à améliorer l'état des animaux.

7.4.3. - Le syndrome d'hémorragie intestinale

Ce syndrome affecte les porcs de 40 kg ou davantage, que l'on retrouve généralement morts. L'examen post-mortem révèle essentiellement d'importantes quantités de sang dans l'appareil intestinal, sans inflammation de la paroi.

A l'heure actuelle, on ignore encore les causes de ce problème, mais on suppose qu'il est lié à des facteurs environnementaux.

7.5. - Tableau de diagnostic rapide

Signes cliniques

Maladie ou état morbide

Agalactie

MMA. Intoxication alimentaire par l'ergot.

Anémie

Nématodes. Babésiose. Carence en fer. Trypanosomiase.

Anorexie

Peste porcine africaine. Peste porcine classique.


Babésiose. Ulcère. Grippe porcine.

Avortement

Brucellose. Babésiose. Toute maladie engendrant une température corporelle élevée.

Constipation

Babésiose

Déshydratation

Coccidiose. Colibacillose entérique.

Diarrhée

Nématodes. Coccidiose. Colibacillose entérique.


Peste porcine classique. Salmonellose. Dysenterie porcine. GET.

Ecoulements

Fièvre charbonneuse.

de l'anus

Syndrome d'hémorragie intestinale.

de la vulve

MMA

des yeux

Peste porcine classique.

Emaciation

Nématodes. Ulcères. Coccidiose. Cestodes. Salmonellose.

Fièvre

Toutes les maladies imputables aux bactéries, protozoaires ou virus.

Gonflements/ampoules


tête

Fièvre aphteuse. Abcès.

corps

Abcès. Fièvre charbonneuse. Œdème intestinal.

pieds

Fièvre aphteuse.

mamelles

MMA.

Mort brutale

Fièvre charbonneuse. Trypanosomiase aiguë.


Rouget aigu. Syndrome d'hémorragie intestinale.

Nervosité

Peste porcine africaine. Peste porcine classique.


Rage

Respiration (pénible/rapide)

Peste porcine africaine. Grippe porcine.

Salivation

Fièvre aphteuse. Rage.

Stérilité

Brucellose. SMEDI.

Toux

Nématodes. Cestodes. Pneumonie enzootique.


Grippe porcine.

Troubles cutanés

Gale. Poux. Mouches. Rouget. Variole du porc.


Epidermite exsudative. Peste porcine africaine.

Urine (coloration)

Cystite. Babésiose.

VIII. Gestion pratique

8.1. - Considérations générales

Il ne fait aucun doute que la gestion exerce une influence déterminante sur la rentabilité d'un troupeau porcin. Le producteur doit s'efforcer d'intégrer des considérations comme le bien-être et la productivité de ses animaux dans le cadre du rapport coût-efficacité. Pour y parvenir, il lui faudra nécessairement prêter une certaine attention aux questions de détails.

Commençons par quelques facteurs déterminants dans une porcherie:

- La conduite du troupeau Nous englobons sous ce terme l'ensemble des relations entre l'éleveur et ses porcs. Ces derniers sont très sensibles à une atmosphère calme et paisible. Le bon porcher doit être ferme, mais aussi attentif aux besoins des animaux. Il guettera constamment la moindre anomalie dans le comportement ou l'état des porcs, et apprendra ainsi à parer aux difficultés avant qu'elles se présentent.

- La manipulation des porcs Elle participe d'une bonne prise en charge des animaux et doit s'effectuer dans le plus grand calme. Il est essentiel d'attraper et de transporter les porcs en veillant à les perturber le moins possible. Pour prendre un porcelet en train de téter, il faut l'approcher par derrière et le soulever d'un coup par une patte arrière ou par les deux, au-dessus de l'articulation. On peut alors le tenir par les épaules. Les porcs plus âgés devront être empoignés des deux mains derrière les épaules, puis soulevés et fermement maintenus contre soi. Lorsqu'il s'agit de les faire avancer, il faut absolument se souvenir que les porcs ne peuvent être menés par devant (c'est-à-dire par la tête, comme une vache, par exemple), mais doivent être dirigés de l'arrière. L'instinct naturel des porcs les pousse à se précipiter vers toutes les ouvertures qu'ils rencontrent. Tout l'art consiste donc à tirer le meilleur parti de murs, de barrières et de planches pour que la seule direction qui s'offre au porc soit celle que vous souhaitiez lui voir prendre.

Il peut à l'occasion être nécessaire d'immobiliser une truie ou un verrat pour leur administrer un traitement. La meilleure méthode est de préparer un nœud coulant et de le passer autour de la bouche du porc de façon à ce qu'il ceigne le groin juste à l'endroit de l'articulation des maxillaires. Une fois le nœud en place, on le maintient serré. Au besoin, on pourra enrouler le reste de la corde autour d'une clôture ou d'un piquet, mais normalement, un homme, qui la tiendrait fermement selon un angle de 35° par rapport à l'horizontale, doit être en mesure d'immobiliser l'animal, lequel se bornera à résister à la traction et se prêtera au traitement sans bouger. Pour le libérer rapidement, il suffit de former une boucle en serrant le nœud, qui se défera par une simple traction sur l'autre extrémité de la corde.

- L'entretien On ne saurait trop insister sur l'importance d'une bonne hygiène dans une porcherie. Cela contribue non seulement à limiter les risques de maladie pour les porcs, mais encore à améliorer les conditions de travail, et donc le moral de l'équipe. Quel que soit le programme d'entretien, il doit permettre d'appliquer la technique du «tout plein, tout vide», qui consiste à peupler les bâtiments en une seule fois et à les vider de même. Pour ce qui concerne la maternité, il faut prévoir une semaine de battement entre chaque bande de truies pleines. Dans les cases d'engraissement, un intervalle de cinq jours est suffisant après chaque groupe de porcs à l'engrais. Sitôt libérées, les cases seront récurées et nettoyées à fond, traitées aux désinfectants, puis maintenues sèches jusqu'à la fin de la période de battement.

8.2. - Les verrats

«Le verrat est la moitié du troupeau», dit-on souvent, mais cela n'empêche pas que la prise en charge des verrats soit fréquemment l'un des aspects les plus négligés dans un élevage porcin.

8.2.1. - Le jeune verrat

L'introduction d'un jeune verrat dans un troupeau exige les plus grands soins et l'attention la plus vigilante durant sa période d'adaptation au troupeau. Il faut prévoir assez de temps entre l'acquisition et l'utilisation des verrats, qui devront être logés à part pendant un mois. On veillera cependant à ne pas les isoler complètement des truies et des cochettes, A leur arrivée, ils doivent d'abord être traités contre les vers et contre la gale. On conseille également de leur faire prendre de l'exercice quotidiennement, afin de les habituer, d'une part, à leur gardien et, d'autre part, au cadre et aux odeurs de la porcherie. La nourriture doit suffire à la croissance du verrat, sans pour autant le rendre gras et indolent. A cet effet, 2 à 2,5 kg de l'aliment standard pour les truies et les porcs en sevrage constituent d'habitude une ration quotidienne adéquate.

Un verrat est apte à la saillie vers l'âge de 7,5 à 8 mois. La première fois, on aura soin de lui présenter une truie de petite taille, bien en chaleur, qui se tient parfaitement immobile. On lui évitera ainsi un risque de frustration grâce à une première saillie réussie et une expérience sexuelle satisfaisante. On ne laissera sous aucun prétexte un jeune verrat parmi un groupe de truies, car, s'il venait à y être malmené, son appétit sexuel pourrait bien être inhibé par la suite. Au cours des premiers mois de son utilisation comme reproducteur, on s'abstiendra de surmener le verrat: en principe, il ne faudrait pas dépasser deux saillies par semaine.

8.2.2. - Le verrat adulte

8.2.2.1. - Condition physique

Seule une bonne conduite du verrat peut lui assurer la corpulence et la vigueur idéales pour la saillie. Il a besoin de rations équilibrées, dosées de façon à ce qu'il ne devienne ni trop gras ni trop maigre.

8.2.2.2. - Environnement

Des recherches ont remarqué une sérieuse réduction du comportement sexuel chez les verrats adultes (c'est-à-dire de plus de dix mois) que l'on isole des truies. Il convient donc de leur assurer une stimulation suffisante en les logeant de façon à ce qu'ils puissent voir et entendre les truies et les cochettes.

En région tropicale, il est impératif de protéger autant que possible les verrats contre les températures trop élevées, sous peine de voir diminuer leur appétit sexuel et leur production de sperme. La conception des bâtiments est ici déterminante (cf. chapitre VI). Sous les climats chauds, l'aspersion des animaux, soit manuellement soit par des arroseurs programmés pour fonctionner par intermittence, ainsi que l'accès à des mares peuvent contribuer à limiter les risques de stress thermique et de coups de soleil. Il importe également de procéder aux saillies soit tôt le matin, soit dans la soirée, lorsque les températures sont normalement plus basses.

8.2.2.3. - Les circonstances de la saillie

Nous avons déjà souligné la nécessité d'un enclos spécialement conçu pour la saillie (cf. fig. 61 dans le chapitre VI). Une étude australienne est récemment venue confirmer l'intérêt d'un enclos de saillie en démontrant que le comportement sexuel des verrats était moindre lors de l'accouplement dans leur case que dans l'enclos de saillie, avec pour conséquence un pourcentage plus faible de cochettes, fécondées.

8.2.2.4. - Nombre de truies par verrat

Pour éviter de surmener le verrat, il vaut mieux que les truies à saillir ne soient pas trop nombreuses. A cet égard, la norme recommandée correspond à un verrat pour vingt truies et cochettes, mais cela concerne les périodes d'utilisation intensive. Dans les unités où les verrats sont peu nombreux, il peut être préférable de prévoir deux jours par semaine, et non plus un, pour les truies en sevrage, afin de mieux répartir la charge des saillies sur les verrats.

8.2.2.5. - Fréquence d'utilisation

L'aptitude à saillir sans interruption varie fortement d'un verrat à l'autre, mais, d'une manière générale, le surmenage tend à réduire la qualité et l'abondance du sperme, avec pour conséquence des portées plus petites et un nombre plus important de retours en chaleur chez les truies.

A partir de 10 mois, un verrat bien entretenu devrait être capable d'effectuer cinq à six saillies par semaine, tout en conservant un taux de fertilité satisfaisant. D'un autre côté, il ne faut pas non plus que les verrats soient sous-utilisés: des intervalles de plus de 14 jours risquent de réduire la fertilité du sperme et, partant, la taille des portées.


Fig. 61: Un montoir (d'après Manners, 1955, in Journal of Ministry of Agriculture (England and Wales), vol. 59, p. 419).

8.2.2.6. - Boiterie

Des enquêtes menées dans de nombreux pays ont fait apparaître que quelque 20 % des verrats réformés le sont pour des problèmes d'aplombs et de boiterie. Mieux vaut prévenir que guérir: on évitera les sols trop rugueux ou sales. Le béton fraîchement coulé est très préjudiciable à la peau et aux pieds en raison de sa forte alcalinité.

On pourra également renforcer la corne du pied par un complément de biotine (une vitamine) dans l'alimentation (cf. chapitre V) et par des pédiluves dans une solution à 5 % de formol du commerce ou de sulfate de cuivre.

8.3. - Les truies

8.3.1. - La jeune truie cochette

D'ordinaire, les truies sont éliminées après leur quatrième lactation. Cela signifie que les primipares contribuent, à raison de 25 % à la productivité d'un troupeau. On conçoit dès lors toute la nécessité d'optimiser leurs performances.

Les cochettes sélectionnées sur les lieux de l'élevage doivent être retirées, à l'âge de cinq mois, des cases d'engraissement pour être regroupées dans des cases spacieuses ou des salles, ou même des enclos en plein air. On les nourrira de façon à ce qu'elles poursuivent leur croissance sans devenir trop grasses: 2 à 2,5 kg de l'aliment standard pour les truies et les porcs en sevrage constituent d'habitude une ration quotidienne adéquate.

Les cochettes, nouvellement acquises, quant à elles, exigent une attention et des soins tout particuliers, ainsi qu'une «période d'intégration» dans le troupeau. Dans l'idéal, elles devraient être achetées par bandes au moins six semaines avant la saillie. On veillera à les examiner soigneusement pour s'assurer qu'elles n'ont subi aucun dommage et on fera le nécessaire pour qu'elles mangent normalement dans leur nouvel environnement. Les cochettes seront logées dans des cases ou des salles. On les laissera accéder aux déjections de la maternité, pour qu'elles puissent s'immuniser contre les virus responsables de stérilité ou d'autres maladies. Par la suite, elles pourront être intégrées progressivement au reste du troupeau.

Le but principal de la conduite des cochettes doit être d'amener aussi vite que possible les cochettes de remplacement à la puberté. C'est en effet ainsi que l'on pourra atteindre les objectifs suivants:

- éliminer les cochettes qui ne témoignent pas d'activité de reproduction à un stade précoce;

- disposer d'un groupe de jeunes cochettes sexuellement actives;

- procéder à l'accouplement de cochettes qui en sont à leur deuxième chaleur ou davantage, ce qui augmente les chances d'une première portée plus nombreuse (cf. chapitre II).

Afin de susciter le déclenchement de la puberté, on mettra chaque jour les cochettes en présence d'un verrat pendant 10 à 15 minutes. On choisira à cet effet un verrat âgé de 9 à 10 mois au moins, déjà utilisé pour la saillie, dont l'odeur sexuelle (les phéromones) est suffisante pour avoir un effet stimulant sur les truies. C'est à l'âge de 145 à 170 jours que les cochettes sont le plus sensibles à la présence du verrat.

Si la première chaleur tarde à se manifester, on pourra recourir à d'autres techniques qui donnent parfois de bons résultats:

- les mêler à d'autres cochettes;

- les transférer dans de nouvelles installations;

- leur faire faire un voyage en camion ou dans une remorque.

Les cochettes de races exotiques doivent avoir atteint 120 kg au moment de la saillie et être en bonne condition physique. Une alimentation ad libitum au cours des 14 à 20 jours précédant l'accouplement contribue à stimuler l'ovulation et, donc, la taille des portées. On choisira pour saillir les cochettes un verrat dont le poids ne risque pas de poser des problèmes. Si le verrat est lourd, un montoir (figure 61) peut rendre des services. La cochette se tient dans le montoir et le verrat prend appui sur une planche avec ses pattes de devant et supporte ainsi lui-même une partie de son poids. Toutefois, ce genre de dispositif ne facilite pas toujours la saillie, et le mieux est encore d'éviter les écarts de poids trop importants entre la cochette et le verrat.

8.3.2. - Carrière des truies

Sans doute insiste-t-on beaucoup sur la prolificité des truies exprimée en fonction du nombre de porcelets élevés par portée. Mais en dernière analyse, c'est le nombre de porcs sevrés en bonne santé qu'elle aura produit sur l'ensemble de sa «carrière» qui donne la mesure de sa rentabilité. La gestion d'un élevage doit donc viser à maximiser cette production, compte tenu des contraintes de chaque entreprise.

Toutefois, avant d'envisager les diverses étapes du cycle de reproduction d'une truie, à savoir la mise bas, l'allaitement, le sevrage, l'accouplement et la gestation, il faut bien comprendre que celles-ci ne peuvent être traitées séparément. Chaque étape influera sur la suivante et, en matière d'alimentation, par exemple, il peut y avoir d'importants effets de report d'une phase à l'autre.

Les conceptions sur la meilleure stratégie en matière d'alimentation des truies ont varié au fil du temps, mais on s'accorde aujourd'hui à considérer que le mieux est de réduire au maximum les fluctuations pondérales au cours du cycle de reproduction tout entier. Cela revient à dire qu'il faut à la truie des rations plus petites durant la gestation et plus importantes ( ad libitum ) en période d'allaitement. De cette façon, non seulement la truie ne sera pas trop grasse et trop lourde pour mettre bas -il y aura donc moins de risques de problèmes à la parturition, mais elle n'aura non plus pas trop maigri au sevrage, évitant ainsi les retards dans la réapparition de l'oestrus et le prochain accouplement. Parallèlement, au cours des trois à quatre premiers cycles de reproduction au moins, l'alimentation doit permettre la poursuite de la croissance et un gain de poids régulier. On recommande souvent à cet égard un gain pondéral de 12 à 15 kg d'un sevrage à l'autre pour les quatre premiers cycles (cf. fig. 62).

De récents travaux menés à l'université d'Edimbourg par le professeur Whittemore et ses collègues suggèrent que, particulièrement en ce qui concerne les truies plus maigres que l'on élève à l'heure actuelle, l'état des réserves de graisse de l'animal est probablement plus important pour la reproduction que le gain de poids. Par exemple, une truie de 160 kg peut tout aussi bien être un animal faiblement charpenté mais gras qu'une bête de forte carrure en piètre condition. C'est pourquoi on a développé une technique d'évaluation de l'état des truies, qui est largement utilisée pour contrôler leurs réserves corporelles en certains points stratégiques tout au long du cycle de reproduction. Les animaux sont notés sur la base d'une combinaison d'appréciations visuelles et de palpation de différents endroits, tels les os iliaques, l'attache de la queue, la région lombaire, l'épine dorsale et les côtes. On trouvera dans le tableau VIII.1 une description simplifiée de ce système d'évaluation. C'est un outil d'une grande utilité pour la gestion et l'estimation des besoins en nourriture, qui permet de se fixer comme objectif d'atteindre certaines notes pour des points bien définis tout au long du cycle de reproduction.


Fig. 62: Recommandations en matière d'augmentation du poids des truies au cours des cycles successifs (parités).

Tableau 8.1 Le système d'évaluation de l'état des truies (d'après le Service britannique de documentation et de développement agricole).

Note

Description

Evaluation de la couche de graisse sur:



la colonne vertébrale



les apophyses de l'épine dorsale



les hanches

0

Emaciée

Aucune couche de graisse sur les os

1

Chétive

Os proéminents, mince couche de graisse

2

Passable

os palpables sans pression de la paume

3

Bonne

Forte pression de la paume nécessaire pour sentir les os

4

Grasse

On ne sent plus les os

5

Très grasse

Formation de graisse supplémentaire impossible

Cette nouvelle approche de l'alimentation de la truie, non plus en fonction de besoins fixes, mais selon son état, convient particulièrement aux régions tropicales, car elle autorise un recours plus efficace à des aliments non conventionnels de moindre densité nutritive. On jugera de l'intérêt de ces aliments au regard de leurs effets sur la corpulence des truies, et surtout des truies sèches.

8.3.3.- La mise bas

La mise bas, ou parturition, est sans aucun doute l'une des étapes les plus critiques du cycle de reproduction. Les problèmes qui surviennent à ce stade ont tôt fait d'accroître le taux de mortalité et de réduire le rendement des truies comme des porcelets. Un éleveur compétent doit savoir comment se déroule une mise bas normale, afin de pouvoir repérer toute anomalie et y remédier.

Deux ou trois semaines avant la mise bas, il faudra traiter la truie au vermifuge, pour limiter les risques de transmission de vers à la portée. Elle sera transférée dans la maternité une semaine avant la date prévue pour la mise bas. On ne saurait trop recommander de la laver préalablement avec de l'eau savonneuse, pour éliminer toute trace de déjection, et de détruire par vaporisation les sarcoptes et les poux dont elle est infestée.

Il faut à tout prix éviter la constipation, qui viendrait interférer dans le processus de parturition. Si l'on observe dans le troupeau une tendance à la constipation, on veillera à modifier le régime, pendant la dernière semaine de gestation, par des compléments de son, de quelque fourrage vert ou de graisses.

L'imminence de la mise bas se manifeste par deux signes qui ne trompent pas, à savoir:

- la truie témoigne une agitation croissante (qui contraste avec sa passivité en fin de gestation) et entreprend de confectionner un nid avec sa litière;

- douze heures avant le part, on peut tirer du lait de la mamelle.

Il vaut mieux, bien que ce ne soit pas indispensable, que dans les élevages intensifs, chaque parturition soit placée sous la surveillance d'un porcher, choisi parmi les plus compétents. C'est évidemment impossible dans les conditions d'un élevage extensif, où les truies sont généralement mieux à même de mettre bas sans assistance.

Les deux principaux problèmes susceptibles de survenir lors de la parturition sont les suivants:

- Le travail se révèle douloureux, particulièrement pour les cochettes si les porcelets sont assez gros. Il peut alors arriver que la mère s'en prenne à ses petits (cannibalisme). Si cela se produit, il faudra ôter un à un les porcelets jusqu'à la fin de la mise bas. On les représentera ensuite à la truie, sans relâcher la surveillance. On peut aussi accoutumer la truie, mais il sera parfois nécessaire de la museler (un morceau coupé dans la jambe d'une vieille botte en caoutchouc fera très bien l'affaire) ou de lui administrer des calmants.

- Mise bas prolongée Une fois la parturition commencée, tout intervalle de plus de 30 minutes dans la présentation des porcelets suggère que l'un d'entre eux reste coincé dans la filière d'expulsion. Il faut alors que le porcher se désinfecte le bras, puis l'introduise doucement dans la filière et libère le porcelet bloqué. Etant donné qu'alors la truie risque d'interrompre le travail, on recourra généralement à une injection simultanée d'ocytocine pour relancer les contractions et la mise bas se poursuivra normalement. La seule indication certaine que la mise bas est achevée est l'expulsion du placenta.

8.3.4. - Mortinatalité

Des enquêtes effectuées en Europe révèlent que le taux de mortinatalité peut varier de 1 % à 12 % de l'ensemble des porcelets à la naissance; autant dire que, dans certains cas, elle se signale comme la plus importante cause de mortalité chez les porcelets et affecte gravement la productivité.

On considère que les asphyxies et l'affaiblissement au cours de la mise bas sont responsables de plus de 70 % des cas de mortinatalité et que, parmi ceux-ci, 70 % surviennent lors de la naissance des derniers 30 % de porcelets. La raison en est la forme et la longueur de l'utérus de la truie (cf. chapitre II), qui implique que les porcelets les plus éloignés doivent parcourir 0,3 m après la rupture du cordon ombilical. C'est ce cordon qui, intact, fournit au porcelet son oxygène à partir du sang de la mère. Sitôt le cordon rompu, le porcelet commence à suffoquer et, s'il n'est pas sorti dans les cinq minutes qui suivent, il cessera d'essayer de respirer.

De nombreux facteurs sont susceptibles de prolonger la mise bas et, partant, d'augmenter le nombre de porcelets mort-nés. Citons notamment:

- Les portées nombreuses Puisque le travail, dans son ensemble, prendra plus de temps, les derniers porcelets à naître courent plus de risques de mourir par suffocation.

- Les portées très petites Le stimulus risque alors d'être insuffisant pour déclencher des contractions utérines efficaces.

- Les truies âgées Après cinq ou six portées, le tonus utérin tend à décroître, ce qui affecte l'efficacité du travail.

- Le patrimoine génétique de la truie L'efficacité de la mise bas peut varier d'une lignée à l'autre. Si l'on constate qu'une souche de porcs présente une incidence régulièrement supérieure de mortinatalité, elle devra être éliminée.

- L'alimentation Les truies ne doivent être ni trop grasses ni trop maigres et ont besoin de réserves d'énergie suffisantes.

- Une température ambiante élevée La chaleur a tendance à épuiser la truie plus rapidement.

- Des maladies affectant les porcelets Des porcelets morts ou «momifiés» risquent de ralentir le travail, augmentant ainsi le danger pour les porcelets vivants.

Dans les troupeaux qui connaissent des problèmes de mortinatalité, il faut absolument essayer de limiter autant que possible les facteurs de risque évoqués ci-dessus.

8.3.5. - Le porcelet nouveau-né

A la naissance, le porcelet ne dispose que de réserves d'énergie très limitées (cf. chapitre II); c'est là un point essentiel qu'il ne faut jamais perdre de vue dans leur prise en charge si l'on veut leur garantir de bonnes chances de survie. Et le traumatisme de la mise bas ne fait que renforcer le problème.

Un porcelet sain et de bonne taille se mettra sur ses pattes dans les minutes qui suivent la naissance et cherchera instinctivement la mamelle de la truie. Il devrait en moyenne obtenir sa première tétée de colostrum dans les 45 minutes. Il sera alors mieux à même, grâce à la valeur énergétique élevée du colostrum, de s'approprier une mamelle. Pour leur part, les porcelets plus faibles et plus petits (moins d'1,0 kg pour les races exotiques) éprouvent plus de difficulté à atteindre la mamelle et, s'ils y parviennent, ils sont généralement défavorisés dans la compétition qui les oppose aux autres porcelets et risquent davantage de mourir sans une aide extérieure.

L'air excepté, le colostrum est pour le porcelet la substance la plus importante dans les premières heures de son existence. Sans cette source essentielle d'énergie et d'anticorps, la mort est inévitable.

Certaines techniques de gestion peuvent contribuer à la survie des porcelets, à savoir:

- Une température constante On veillera à ce que le porcelet ne soit pas exposé au froid ou aux courants d'air, car il lui faudrait alors utiliser son énergie pour maintenir sa chaleur.

- L'adoption C'est une technique éprouvée et largement répandue. Lorsque plusieurs truies mettent bas à quelques heures seulement d'intervalle, les portées sont égalisées en faisant adopter des porcelets par les truies dont les portées sont moins nombreuses. Les porcelets plus petits ont ainsi de meilleures chances de survie dans les portées dont on aura réduit la taille d'origine. On préférera, dans cette technique, faire adopter les porcelets les plus vigoureux. Il faudra veiller également à ce que les porcelets adoptés puissent téter convenablement et, donc, à ce que les mamelles de la truie nourricière ne soient pas trop grosses.

- L'interruption de la tétée Sitôt que les plus gros porcelets auront reçu une bonne tétée de colostrum (environ une heure à la mamelle), on les installe dans un coin chauffé pour les deux heures suivantes. Ainsi les autres porcelets plus petits auront accès à la mamelle et pourront profiter de leur part de colostrum. On pourra répéter ce procédé deux fois au cours des 18 premières heures.

- Les suppléments Il est possible d'augmenter l'apport de colostrum aux porcelets plus petits et plus faibles par des suppléments de colostrum conservé à leur intention. On pourra en obtenir en trayant les truies avant ou pendant la mise bas. Le colostrum recueilli sera conservé à très basse température, puis administré aux porcelets au moyen d'un biberon ou, mieux encore, d'une sonde stomacale. Il s'agit d'un tuyau souple de plus ou moins 25 cm de long que l'on introduit par la gorge jusque dans l'estomac.

- Les compléments de graisse dans l'alimentation de la truie En ajoutant, dans les 7 à 10 jours qui précèdent la mise bas, des compléments de graisse aux rations de la truie, on peut augmenter la teneur en graisse, et donc en énergie, de son lait. Il est ainsi possible de renforcer légèrement les réserves énergétiques et la vitalité des porcelets.

On conseille également, après la mise bas, de procéder aux opérations suivantes:

- Dans les douze heures qui suivent la naissance, immerger le cordon ombilical dans une solution iodée. Les cordons trop longs seront raccourcis à 15 cm avant l'immersion dans l'iode dilué. On évite ainsi les risques d'infection par le nombril, cause d'une maladie articulaire qui provoque le gonflement des articulations. Les porcelets atteints se développent mal et peuvent en mourir.

- Procéder, dans les 24 heures à la résection des canines, afin d'éviter les blessures aux mamelles de la truie.

- Dans les trois jours qui suivent la mise bas, administrer du fer aux porcelets gardés à l'intérieur pour prévenir les risques d'anémie. Les injections constituent le meilleur moyen, mais, à défaut, on pourra répandre dans la case de la terre enrichie au sulfate de fer.

- L'encochement des oreilles, ou tout autre système d'identification, peut aussi être effectué à ce stade.

8.3.6. - La truie allaitante

Les truies heureuses font les meilleures mères. C'est pourquoi il faut s'efforcer de leur garantir tout le confort possible.

Juste après la mise bas, les truies seront examinées pour dépister et traiter sans retard d'éventuelles maladies, particulièrement les problèmes relatifs au complexe MMA (cf. chapitre VII).

La parturition peut faire perdre à la truie jusqu'à huit litres de fluides corporels provenant de l'utérus et autres tissus sur une période de quatre à six heures. Aussi est-il essentiel de prévoir un approvisionnement considérable en eau fraîche, sous peine de provoquer une agalactie.

L'alimentation de la truie allaitante -du moins si, au moment de la mise bas, elle n'était pas trop grosse- devra viser à minimiser la perte de poids imputable à la lactation. Hormis les cas de portées très petites, cela revient généralement à nourrir la truie à volonté deux fois par jour. Si, en dépit de cela, la truie continue à accuser une importante perte pondérale, on pourra stimuler son appétit par des rations plus fréquentes, ou encore par une alimentation humide plutôt que sèche, surtout sous les climats chauds.

En période d'allaitement, l'organisme de la truie est fort sollicité. Il faudra donc veiller tout particulièrement à ce que la température ambiante ne s'écarte pas de sa zone de neutralité thermique (cf. chapitre II).

Dans les régions tropicales, il n'est pas souhaitable que la période d'allaitement soit inférieure à cinq semaines. Dans certains cas, il sera même plus rentable qu'elle se prolonge encore au-delà. Sans doute cela contraste-t-il avec la situation dans les pays développés -où le sevrage intervient souvent entre trois et quatre semaines-, mais la qualité des aliments pour porcelets dans les régions en voie de développement ne permet généralement pas de sevrer les animaux avant cinq semaines sans que cela pose de problèmes.

8.3.7. - La méthode du «creep feeding»

Le «creep feeding» est un aliment qui doit son nom à ce qu'il est traditionnellement servi dans le coin à porcelets («creep», en anglais), sans que la truie puisse y accéder. La production de lait de la truie culmine aux environs de trois semaines après la mise bas, pour se mettre ensuite à décliner. Aussi est-il nécessaire, passé ce stade, d'apporter aux porcelets quelque aliment solide pour combler le déficit.

Cette méthode offre encore d'autres avantages:

- Les porcelets ainsi alimentés ont une meilleure croissance que ceux nourris au seul lait de la truie.

- Leur système digestif s'adapte plus facilement au passage de l'alimentation lactée à l'alimentation solide. Les risques de troubles digestifs et de ralentissement de la croissance au sevrage en sont réduits.

- Les réserves de la truie sont moins sollicitées, de sorte qu'elle sortira de la période d'allaitement avec de moindres pertes de masse corporelle et, donc, mieux préparée à un nouveau cycle de reproduction.

- La nourriture attire les porcelets à l'écart de la truie, ce qui limite les risques d'écrasement.

Les rations doivent être composées avec le plus grand soin, particulièrement en ce qui concerne leur digestibilité et leur appétence, deux éléments indispensables pour satisfaire les besoins nutritionnels des jeunes porcelets avant le sevrage, et même après jusqu'à l'âge de huit semaines. Dans l'idéal, il faudrait prévoir une alimentation à base de lait écrémé en poudre, complétée par des graisses insaturées et des protéines non lactées de bonne qualité. En région tropicale, la rareté et le coût des produits lactés, d'ailleurs souvent réservés à l'alimentation humaine, ont tendance à se répercuter sur la qualité du «creep feeding». Néanmoins, les régimes plus simples à base de farine de maïs et de soja peuvent se révéler très efficaces.

C'est vers l'âge de sept jours qu'il faudrait commencer à donner aux porcelets de petites quantités d'aliments solides pour les y habituer progressivement. On pourra alors augmenter les rations en fonction de leur appétit jusqu'au sevrage. On veillera constamment à la fraîcheur des aliments par un apport fréquent de petites portions. On stimulera l'ingestion volontaire des porcelets en leur assurant un approvisionnement séparé en eau fraîche.

8.3.8. - Le tarissement de la truie

Dès le sevrage, on entreprendra de tarir la truie et de favoriser sa venue en chaleur le plus tôt possible, afin qu'elle puisse être à nouveau féconde. Un autre objectif essentiel est d'amener la truie à produire une ovulation importante: un grand nombre d'ovules constitue bien sûr un premier pas vers une portée considérable à la prochaine mise bas.

Dans des conditions normales, on peut relancer l'activité ovarienne en séparant la truie de ses petits et donc en interrompant le stimulus de la tétée. L'oestrus devrait alors se manifester dans les quatre à sept jours suivants. En outre, certains procédés de gestion contribuent à éviter les risques de retard:

- Transférer la truie dans un bâtiment où elle sera en contact, par l'odorat, l'ouïe et la vue, avec le verrat.

- La garder en présence d'autres truies récemment taries, dont la venue en chaleur aura un effet stimulateur. On évitera néanmoins de les réunir tant qu'elles ne seront pas habituées les unes aux autres.

- Donner aux truies la possibilité de prendre de l'exercice. A cet égard, les étables à compartiments sont idéales (cf. chapitre VI).

- Après le sevrage, nourrir abondamment les truies jusqu'à réapparition de l'œstrus. C'est une méthode particulièrement profitable pour les primipares et pour les truies maigres.

8.3.9. - La conduite des saillies

L'efficacité de l'accouplement repose sur deux éléments essentiels: savoir détecter la venue en chaleur et, ensuite, procéder à la saillie au bon moment. On peut ainsi, en veillant à faire monter les truies durant leur période de fertilité maximale (cf. figure 37), réduire les risques de retour en chaleur ou de portée trop petite.

Dans la pratique, les signes caractéristiques de l'oestrus sont les suivants:

- rougissement et gonflement de la vulve (pas toujours manifeste);

- les truies enfermées passent moins de temps couchées;

- les truies se montrent plus alertes et, chez les races aux oreilles en pointe, leurs oreilles se redressent;

- elles se laissent chevaucher par le verrat ou par d'autres truies;

- elles émettent un grognement caractéristique;

- elles manifestent un «réflexe d'immobilisation» lorsque l'on exerce une pression sur leur dos.

Dans l'idéal, l'accouplement devrait se produire dans un lieu spécialement conçu pour la saillie (cf. chapitre VI), dans le calme et sous la surveillance d'un porcher qui s'assurera de son bon déroulement. En région tropicale, les truies pourront sans difficulté être saillies à l'extérieur, sous un arbre. Cela vaut généralement mieux que de procéder à l'accouplement dans la case du verrat si l'on ne dispose pas d'enclos de saillie. On veillera à ce que la saillie ait lieu aux heures les plus fraîches de la journée.

Bien conduit, un seul accouplement suffit parfaitement à assurer un taux de conception satisfaisant et des portées nombreuses. Néanmoins, il est généralement plus sûr de faire saillir les truies deux fois, à douze heures d'intervalle, la première fois intervenant douze heures environ après que l'on ait observé l'immobilisation de la truie. Dans certaines unités, on recourt à une triple saillie, avec des intervalles de douze heures. C'est une méthode qui pourra être envisagée si le système de la double saillie ne donne pas de résultats satisfaisants.

8.3.10. - La période de gestation

Le jour qui suit la saillie, il convient de réduire la ration des truies, car une suralimentation à ce stade se traduirait par des pertes accrues d'embryons. D'autres précautions peuvent encore être prises pour minimiser les pertes: éviter les températures ambiantes excessives et toute autre source de stress qui ne se justifie pas au début de la gestation.

Toutes les truies devront être maintenues sous surveillance pour détecter les retours en chaleur et les femelles qui doivent être à nouveau saillies. On pourra, si l'on dispose du matériel nécessaire, confirmer la gestation à l'aide d'un appareil de détection. Il en existe plusieurs modèles sur le marché; la plupart se fondant sur le principe du sonar pour repérer dès le début de la gestation l'augmentation du flux sanguin dans l'utérus et les pulsations cardiaques des fœtus. Faute de détecter les truies «vides», on s'expose à des frais importants, car celles-ci peuvent n'être finalement découvertes que lorsqu'elles sont censées mettre bas.

La gestation se prête parfaitement à une alimentation plus consistante, d'une part parce qu'au cours de cette période, l'appétit de la truie dépasse largement ses besoins en éléments nutritifs -du moins lorsque ces derniers lui sont apportés sous une forme concentrée- et, d'autre part, parce que les aliments grossiers ont un effet «bourratif» plus satisfaisant pour l'animal. Pour autant que la ration soit équilibrée et qu'elle maintienne la truie en bonne condition, on peut ainsi réaliser de substantielles économies. En outre, le nourrissage des truies sèches une fois par jour présente également un intérêt financier.

8.3.11 - Elevage extensif de troupeaux de truies

Qu'elles appartiennent à une race indigène, croisée indigène X exotique ou hybride exotique, les truies utilisées dans les systèmes extensifs sont généralement plus robustes et témoignent des aptitudes aux soins maternels mieux développées que celles destinées à l'élevage en étable. Elles pourront néanmoins tirer profit d'une gestion et d'une prise en charge efficaces. En voici quelques aspects importants:

- Prévoir des mares et des zones assez ombragées.

- Installer à l'écart des arches ou des nids pour la mise bas, afin que les truies puissent y établir leur territoire le moment venu.

- Pourvoir de litière les arches de mise bas pour que les truies puissent y préparer leur nid.

- Veiller à ce que les truies ne se méfient pas de leurs gardiens, afin que ces derniers puissent intervenir sans difficulté dans les moments critiques comme la parturition.

- Veiller à ce que les aliments consistants soient disséminés sur une large superficie au moment du nourrissage, afin que toutes les truies puissent avoir accès aux aliments. Si, par exemple, les racines de manioc sont disposées en tas, il arrive souvent que les truies dominantes empêchent les autres de s'en approcher.

- Prévoir un nombre adéquat de truies par verrat.

- Adopter un programme rigoureux de lutte contre les vers, à moins qu'une rotation régulière des truies vers de nouvelles pâtures soit assurée.

8.4. - Le sevrage

8.4.1. - Les stress imputables au sevrage

Les trois semaines qui suivent le sevrage correspondent à une période critique pour les jeunes porcs, qui se trouvent simultanément confrontés à plusieurs sources de stress. Citons, notamment:

- le traumatisme psychologique de la séparation avec la mère;

- le stress social d'être mis en contact avec des nourrains provenant d'autres portées;

- le stress imputable à l'environnement inconnu d'une nouvelle case;

- la modification importante de l'alimentation, associée à la suppression de l'allaitement;

- l'interruption de l'apport en immunoglobulines et autres protections immunitaires que représentait le lait de la truie.

8.4.2. - Les objectifs du sevrage

Cette période doit viser à l'achèvement du processus de transition que constitue le sevrage sans mortalité ni interruption de la croissance, ainsi qu'à une accélération de cette dernière. C'est un point d'autant plus important que les porcs ont, à ce stade, un potentiel de développement élevé et que tout facteur qui viendrait entraver le rythme de croissance pourrait s'avérer dommageable. Toute la difficulté réside dans le fait que le changement d'alimentation se traduit souvent par des diarrhées qui, à leur tour, favorisent la multiplication de colibacilles et l'apparition de gastro-entérites et d'oedèmes intestinaux (cf. chapitre VII).

8.4.3. - Conduite du sevrage

On peut, par une bonne gestion, réduire le stress de la période du sevrage et, de ce fait, favoriser une croissance continue et limiter la mortalité. A cet effet, certaines considérations importantes doivent être prises en compte.

- Il faut éviter autant que possible de manipuler et de perturber les porcelets juste avant le sevrage. Aussi faudra-t-il procéder aux interventions indispensables deux semaines, au moins, avant le sevrage.

- Avant le sevrage, on encouragera chez les porcelets une ingestion maximale des aliments de «creep feeding», qui seront encore servis pendant deux semaines au moins aux animaux sevrés.

- Pour tirer le meilleur profit du fort potentiel de croissance des jeunes porcs, on recommande une alimentation ad libitum . Il faudrait cependant restreindre la ration alimentaire dès les premiers signes de diarrhée. Si le problème persiste, on envisagera d'accroître la teneur en fibres et de réduire le contenu protéique de l'alimentation. On peut aussi ajouter au régime des antibiotiques pour prévenir les diarrhées, mais il importe de ne pas perdre de vue les risques d'une utilisation abusive. L'administration continue d'antibiotiques à des fins prophylactiques peut se traduire par une résistance accrue de la population bactérienne aux effets du médicament. Les antibiotiques deviennent alors relativement inefficaces lorsqu'une maladie importante se déclare. C'est pourquoi il faudra toujours veiller à doser correctement les antibiotiques et réserver certains d'entre eux à un usage exclusivement thérapeutique.

- Au sevrage, on procédera à la mise en lots des porcelets, qui seront choisis en fonction de leur poids au sein des différentes portées. Après ce regroupement, il faudra éviter les batailles trop violentes par une surveillance constante au cours des premières heures, ou encore par l'aspersion des porcelets avec de l'huile. Le fait de conserver la répartition des portées originelles écarte sans doute les risques de conflit, mais se traduit par des lots de tailles différentes et nuit à l'homogénéité des rythmes de croissance.

- On réduira autant que faire se peut les variations de température dans le bâtiment (cf. chapitre VI). En aucun cas, les cases ne devront être surpeuplées, au point d'empêcher les porcs de se disperser suffisamment pour se maintenir au frais. Si l'excès de chaleur devient un problème, il faudra y remédier par l'humidité du sol ou prévoir des mares.

- Dans l'idéal, tous les porcelets devraient être en bonne condition physique au sevrage et disposer de réserves de graisse pour mieux supporter le stress. Les portées plus faibles devraient être laissées avec la truie au-delà de cinq semaines. Il peut encore être profitable de pratiquer un sevrage scindé, où les porcelets les plus gros seront retirés les premiers, tandis que les autres resteront une semaine de plus au contact de la truie.

- Les porcelets doivent disposer à tout moment d'un approvisionnement en eau fraîche pour stimuler leur ingestion volontaire.

8.5. - Les porcs à l'engrais (croissance-finition)

8.5.1. - Objectifs

Vers l'âge de huit à neuf semaines, le porc en croissance a surmonté les stress du sevrage et son système digestif est en mesure d'assimiler divers sources protéiques et énergétiques. Les porcs à l'engrais consomment quelque 80 % de toute la nourriture utilisée dans un élevage porcin; c'est assez dire l'importance de l'indice de consommation dans la productivité au cours de cette période.

Il va de soi que le système de gestion adopté doit correspondre aux objectifs de chaque unité, lesquels peuvent aller d'une consommation locale au moindre coût possible par carcasse à une production aussi sophistiquée que celle du bacon. Ce sont ces considérations qui déterminent le type de porc à produire. Il faudra ajuster en conséquence l'alimentation et la gestion afin d'optimiser les performances (voir à ce propos le chapitre II). Une production rurale de petite envergure, par exemple, visera à tirer le meilleur parti d'aliments moins onéreux et de qualité moindre. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que le porc en croissance n'a qu'une aptitude réduite à assimiler les fibres et que des aliments trop grossiers risquent de nuire à son développement, au point parfois de perdre tout intérêt économique. Un élevage commercial orientera ses priorités vers différents facteurs, comme l'indice de consommation, le coût en nourriture par animal, le rythme de croissance, la teneur en viande maigre de la carcasse ou un classement selon les avantages économiques respectifs de ces différents facteurs pour l'ensemble de la production.

Dans l'industrie commerciale, les porcs de boucherie se répartissent traditionnellement comme suit:

- les porcs de type «porker», abattus à moins de 65 kg de poids vif;

- les porcs de type «baconer», abattus entre 70 et 90 kg de poids vif;

- les porcs lourds, abattus entre 90 et 140 kg de poids vif.

D'une manière générale, on peut affirmer que plus le porc est lourd à l'abattage, moins le kilo de viande coûte cher.

8.5.2. - Systèmes d'alimentation

On pourrait résumer de la manière suivante les grands choix qui s'imposent en matière de systèmes d'alimentation:

- Alimentation rationnée ou ad libitum Anciennement, tous les porcs à l'engrais étaient rationnés pour éviter la production de carcasses trop grasses. Mais les souches exotiques actuelles donnent des porcs qui peuvent être abattus plus jeunes, sans être devenus trop gras, et qu'il est possible dès lors de nourrir ad libitum . C'est donc en fonction des caractéristiques de chaque unité que l'on jugera s'il est ou non nécessaire de rationner les animaux.

Les avantages d'une alimentation ad libitum sont qu'elle réclame moins de travail, qu'elle favorise un rythme de croissance plus rapide et un poids de carcasse plus important pour un âge donné. En général, les porcs étant mieux repus, ce système évite également toute compétition autour de l'auge. Il faut veiller à ce que les nourrisseurs soient conçus pour fonctionner efficacement et limiter les pertes. La figure 63 représente un nourrisseur bien adapté, efficace et assez peu onéreux, développé en Afrique. Si le besoin se fait sentir de restreindre l'ingestion d'éléments nutritifs, on pourra augmenter la teneur en fibres du régime.

- Nourrissage à l'auge ou au sol Le nourrissage au sol a le mérite d'une utilisation plus économique de la surface disponible. Il diminue en outre les risques de bousculade et l'effet de compétition. En revanche, même en limitant les aliments à ce qui est ingéré dans les 20 minutes, ce système engendre plus de déchets, de problèmes dus à la poussière et, si des diarrhées surviennent, de problèmes dus à la transmission de maladies que le nourrissage à l'auge. Un point essentiel, si l'on opte pour ce second procédé, est de prévoir une longueur d'auge adéquate (cf. chapitre VI).

La fréquence du nourrissage à l'auge influence également l'indice de consommation. Des travaux ont établi qu'en nourrissant les bêtes deux fois par jour au lieu d'une, on pouvait obtenir de légères améliorations du rythme de croissance, des besoins en nourriture jusqu'à l'abattage et du rendement de carcasse (voir ci-après).

- Alimentation humide ou sèche Il existe deux principaux types d'alimentation humide. Soit la nourriture est diluée jusqu'à pouvoir être distribuée dans les cases par des tuyauteries ou par une auge continue, soit l'eau est ajoutée à l'aliment dans l'auge. Le premier système ne convient véritablement qu'aux unités plus importantes, où le mélange et la distribution peuvent être semi-automatiques. Des expériences, au Zimbabwe, ont démontré que l'addition d'eau aux aliments dans l'auge, avec un rapport farine/ eau de 1 :1 ou 1:2, peut économiser quelque 5 % de nourriture et avancer de 10 jours la date d'abattage par rapport à l'alimentation sèche. Toutefois, les aliments humides devront être entièrement ingérés dans la journée sous peine d'être avariés.

- Farine ou granulés Quel que soit l'aliment, la présentation sous forme de granulés se révèle de 5 % supérieure aux farines en matière de gain de poids et d'indice de consommation. Ces améliorations des performances doivent cependant être mises en regard du coût excédentaire des granulés. Qui plus est, on ne dispose pas toujours, sous les tropiques, du matériel nécessaire au conditionnement sous forme de granulés.

- L'utilisation d'aliments grossiers Un procédé qui a fait ses preuves dans les exploitations de petite et moyenne envergure est de scinder l'alimentation en aliment de base et concentré protéique. Ainsi, dans certaines unités de Madagascar, on arrache deux fois par semaine des racines de manioc qui sont directement distribuées aux porcs à volonté. D'autre part, on leur apporte quotidiennement une ration fixe de concentré protéique (500 g pour les nourrains jusqu'à 50 kg de poids vif, 750 g pour les porcs en finition de plus de 50 kg). De tels systèmes d'alimentation séparée accroissent la valeur ajoutée de la production agricole. Sans doute ne sont-ils pas parfaits au point de vue de l'équilibre nutritif, mais ils optimisent le rendement économique de la production.


Fig. 63: Un nourrisseur automatique fabriqué à partir d'un vieux bidon.

8.5.3. - L'eau

On ne saurait trop insister sur l'importance de l'eau pour les porcs en croissance dans les régions chaudes. La clé d'un engraissement réussi est une ingestion alimentaire maximale, or le premier facteur susceptible d'entraver celle-ci est souvent l'absence d'un approvisionnement régulier en eau propre et fraîche.

8.5.4. - Les sexes

Dans des conditions d'élevage intensives où les porcs atteignent un rythme de croissance élevé, la castration des mâles ne se justifie guère (cf. chapitre II). On recommande en conséquence de séparer les animaux à l'engrais selon le sexe, sauf dans les petites unités de production où cela ne pourrait être réalisé. Il sera ainsi possible de pourvoir à leurs besoins nutritifs différents et d'éviter les risques de puberté précoce des verrats en raison de contacts prolongés avec les cochettes, En revanche, dans les systèmes plus extensifs caractérisés par une croissance plus lente des animaux, il pourra être nécessaire de castrer les mâles pour prévenir l'apparition de l'odeur sexuelle imprégnant la carcasse.

8.5.5. - Les vices de comportement

La caudophagie est le vice le plus répandu, mais on observe parfois d'autres formes de cannibalisme comme les morsures aux oreilles et à la vulve. Si le sang vient à couler, des blessures graves peuvent s'ensuivre, qui débouchent souvent sur des infections secondaires.

C'est principalement dans des conditions de confinement intensif que les comportements vicieux se font jour. On les attribue en général au désœuvrement et à l'ennui. Nombre de facteurs sont susceptibles d'entraîner la caudophagie, mais sous les climats chauds, il semble bien que les principaux soient le surpeuplement, le manque de litière, l'insuffisance de ventilation et une carence en sel.

Il suffit d'un peu de litière pour prévenir à coup sûr la caudophagie. A défaut, il peut être utile de suspendre en guise de jouet une chaîne au plafond.

8.5.6. - Le rendement de carcasse

Il s'agit du rapport du poids de la carcasse au poids vif à l'abattage, qui peut avoir une incidence significative pour la rentabilité. Les porcs nourris aux aliments grossiers de moindre densité énergétique et nutritive développent une capacité intestinale plus importante, en proportion de la taille du corps. Aussi leur rendement de carcasse est-il moins élevé.

8.6. - La réforme des truies

Le maintien de la productivité générale du troupeau passe par une politique de réforme qui permette d'éliminer les truies au moment adéquat. Dans la plupart des cas, les motifs pour lesquels on réforme une truie sont manifestes: boiterie ou autre infirmité, problèmes à la mise bas, piètres qualités maternelles et fertilité insuffisante. Toutefois, pour régulières et satisfaisantes qu'elles puissent être, les performances d'une truie finiront bien par se mettre à décliner avec l'âge, sans doute aux environs de la dixième portée. Si sa production est bonne, on a tout intérêt à se fixer pour règle de la conserver jusqu'à ce que ses performances tombent sous la moyenne de celles des cochettes, du troupeau. Pour autant, il est essentiel de disposer de cochettes, productives qui viendront remplacer les truies à réformer.

8.7. - Les primipares

Il convient ici d'évoquer un système assez récent de production de porcs à l'engrais, qui pourrait trouver une application en région tropicale. Il consiste à faire saillir de jeunes cochettes, et à les abattre sitôt après le sevrage de leur première portée. Leurs carcasses sont alors très comparables à celles de porcs lourds castrés. Ce système exploite un phénomène connu sous le nom d'anabolisme gravidique, qui se caractérise, pendant la gestation, par une production de tissus maternels dont le rendement, en termes de transformation des aliments, est très élevé. Près de 50 % du gain de poids total pendant la gestation correspondent à une prise de poids corporel, l'autre moitié se rapportant aux produits de la conception. C'est un système qui pourrait être associé, à titre complémentaire, à un élevage de truies conventionnel. Il faudra généralement garder dans le troupeau quelques truies plus âgées pour assurer l'immunisation contre les maladies de la reproduction. Néanmoins, c'est un procédé qui peut s'avérer utile pour produire de la viande à moindre coût dans un élevage porcin.

8.8. - Les documents d'enregistrement

Si l'on veut contrôler le rendement tant technique qu'économique d'un élevage porcin, il est absolument essentiel de conserver certaines données de base. Celles-ci devraient englober tous les aspects de l'entreprise pour permettre l'évaluation des performances des verrats, de la productivité des truies, de la croissance des porcs à l'engrais et du rendement des porcs en croissance et en finition. Il est ainsi possible, en consultant l'histoire récente de l'exploitation, de procéder à l'examen critique de chaque phase de production et de mettre en évidence les faiblesses.

Il existe plusieurs systèmes d'enregistrement. Les tableaux 8.2 à 8.6 reprennent quelques exemples simples de fiches utilisables. L'important est que ces documents permettent des enregistrements au jour le jour, dont les données pourront ensuite être rassemblées, aux fins d'analyse, dans des fiches individuelles ou des fiches de performances du troupeau.

Tableau 8.2 Journal des saillies

Truie n°
Date du sevrage
Parité
Saillies:
Date verrat Date verrat Date verrat
Date prévue de mise bas
Date de la mise bas
Naissances:
Vifs Morts sevrés:
Nombre Date
Age au sevrage (en jours)

En ce qui concerne la reproduction, il convient avant tout de tenir un journal précis des saillies de toutes les truies et cochettes, de la porcherie (tableau 8.2). Le détail des performances concernant la mise bas et l'allaitement pourra ensuite être consigné sur des fiches individuelles pour chaque truie (tableau 8.3). Toutes ces informations peuvent encore être réunies dans la fiche de carrière d'une truie (tableau 8.5), qui donne une estimation de sa contribution aux performances du troupeau. Il est en outre possible d'établir des fiches individuelles de performances des verrats (cf. tableau 8.5), qui, lorsqu'elles feront apparaître des différences importantes d'un animal à l'autre, permettront de réformer les verrats les moins productifs.

Tableau 8.3 Fiche individuelle d'une truie

Truie n°

Date de saillie

Verrat n°

Race



Date prévue pour la mise bas


Date de mise bas

Total des naissances


Nés vifs

Porcelets mis en nourrice


Porcelets adoptés

Date de l'injection de fer



Sevrés


Date du sevrage

Poids total de la portée au sevrage


Poids moyen des porcelets au sevrage

Remarques



Tableau .4 Fiche de performances d'un verrat.

Verrat n°

Date de naissance

Race

Truie n°



Date de saillie



Retour en chaleur



Naissances



Sevrés



Poids total de la portée au sevrage



Remarques



L'ensemble de ces données, combinées au détail des ventes de porcs, fournira ainsi un rapport complet des performances du troupeau (tableau 8.6), qui pourront dès lors être contrôlées par le producteur sur une base mensuelle et semestrielle.

Tableau 8.5 Fiche de carrière d'une truie.

Truie n°

Race

Date de naissance
Portée
Intervalle sevrage-saillie en jours
Date de saillie
Date réelle de mise bas
Nés vifs
Mort-nés
Sevrés
Porcelets + ou -
Poids de la portée au sevrage
Remarques

Tableau 8.6 Rapport de performances d'un troupeau.

Données

Mois

Mois

Mois

Moyenne mensuelle

Objectifs

Nombre de truies






Nombre de cochettes,






Nombre de verrats






Nombre de truies saillies






Nombre de naissances






Taux de natalité






Porcelets nés vifs






Porcelets mort-nés






% de mortinatalité






Total porcelets nés/truie






Porcelets nés vifs/truie






Mortalité des porcelets






Mortalité des porcs en sevrage






Mortalité des porcs à l'engrais






Porcs vendus






Porcs nés/truie/an






Porcs vendus/truie/an






On dispose, dans certains pays, de chiffres portant sur la production moyenne nationale et sur les objectifs de production envisageables. On pourra les obtenir auprès de services consultatifs gouvernementaux ou d'autres organismes. Chaque producteur est ainsi en mesure de confronter les performances de son troupeau à celles des autres cheptels élevés dans la région.

IX. Transformation et commercialisation

9.1. - Transport

Le transport vers l'abattoir est une source de stress susceptible d'entraîner la mort de porcs durant le trajet et en attente de l'abattage, ou encore de nuire à la qualité de la viande. Citons, parmi les stress auxquels sont soumis les animaux à ce stade: les manipulations de chargement et de déchargement, le changement d'environnement, la confrontation avec des porcs étrangers, l'inconfort du voyage et le stress thermique, qui est sans doute l'élément le plus important sous le climat tropical.

Certaines mesures peuvent cependant atténuer ces agressions:

- Veiller à ce que le quai d'embarquement soit bien conçu, équipé de solides parapets et mis à bonne hauteur par rapport à la bétaillère, qu'il s'agisse d'un camion ou d'une remorque.

- Manipuler toujours les porcs avec calme et douceur. Eviter d'employer des bâtons et des piques.

- Ne pas nourrir les animaux dans les douze heures qui précèdent l'embarquement.

- Eviter d'effectuer le chargement et le trajet aux heures chaudes de la journée.

- Asperger les porcs à l'eau froide avant le chargement et répéter l'opération dans la bétaillère.

- Prévoir une bétaillère couverte, bien aérée et pourvue de litière. Veiller à ce que le plancher ne soit pas glissant et à ce que les parois soient assez hautes pour que les porcs ne puissent les franchir. Dans la mesure du possible, répartir les animaux par groupes de 10, tout au plus, et ne jamais mélanger des porcs de poids différents.

- Ne pas s'arrêter en route.

9.2. - Les opérations d'abattage

9.2.1. - L'attente à l'abattoir

L'attente à l'abattoir appelle les mêmes remarques que le transport des porcs: il convient de les enfermer par petits groupes dans des cases ombragées et de les asperger d'eau. Les porcs doivent être traités avec douceur, maintenus au calme et surveillés constamment pour éviter les batailles. Pour ne pas les affoler, on les préservera autant que possible du spectacle et des odeurs du processus d'abattage. Tous les avantages potentiels acquis au cours de l'engraissement pourraient être réduits à néant si les porcs venaient à mourir ou à subir quelque dommage à ce stade.

9.2.2. - L'anesthésie

Pour éviter des souffrances inutiles aux animaux, ceux-ci devront toujours être anesthésiés avant la saignée. Bien menée, l'anesthésie garantit une saignée rapide, plus complète, et minimise les contractions musculaires qui sont à l'origine des problèmes de viande exsudative (voir ci-après). On distingue trois grandes catégories de techniques d'anesthésie:

- L'anesthésie mécanique L'animal est assommé à l'aide d'un pistolet à projectile captif ou d'un autre instrument.

- L'électronarcose On recourt à une paire de pinces pour faire passer une charge électrique dans la tête du porc. Un courant de 1,25 ampère et de 300 à 600 volts induit la perte de conscience en l'espace d'une seconde.

- L'anesthésie gazeuse Les porcs sont introduits dans un tunnel empli, à raison de 70 à 80 %, de dioxyde de carbone, où ils sombrent dans l'inconscience en deux secondes.

9.2.3. - La saignée

Sitôt l'animal anesthésié, il faudra le suspendre par les pattes arrière et lui sectionner les vaisseaux sanguins du cou pour obtenir une saignée complète. Le sang sera récolté dans des récipients propres.

9.2.4. - L'échaudage et l'épilage

L'immersion de la carcasse dans une eau à 65-75°C permet de décoller les soies, qui pourront être enlevées au racloir. On éliminera par flambage les soies excédentaires.

Les petits éleveurs qui pratiquent l'abattage à la ferme pourront employer pour l'échaudage une barrique d'eau chauffée sur un feu. Par contre, si l'eau est rare et si l'on n'utilise pas la peau de l'animal, il reste la possibilité de procéder à l'épilage en recouvrant la carcasse d'une couche serrée de paille ou d'herbe sèche (5 cm environ) que l'on enflammera. On raclera ensuite la peau pour en éliminer la surface carbonisée et les soies résiduelles.

9.2.5. - L'éviscération

On pratique une longue fente dans le ventre du porc, depuis la poitrine jusqu'aux jambons. Pour prévenir toute contamination de la viande, il importe de prélever intact l'intestin dans toute sa longueur. On pourra alors ôter les autres viscères, puis vider et nettoyer l'intestin à part.

9.3. - Hygiène de la viande

Une carcasse récemment abattue offre un terrain idéal à la prolifération de bactéries. Aussi les conditions d'hygiène jouent-elles un rôle crucial dans la prévention des infections. Le mieux serait de réfrigérer les carcasses immédiatement après l'abattage, jusqu'au moment de la cuisson. Lorsqu'on ne dispose pas du matériel nécessaire, on devra conserver les carcasses dans une pièce fraîche, les protéger des mouches avec un voile, puis les vendre et les consommer sans délai.

A l'abattoir, toutes les carcasses devront être examinées par un expert, qui recherchera dans la viande et les abats la moindre trace d'une infestation parasitaire (ladrerie porcine, foie avec taches de lait, poumons endommagés, etc. - cf. chapitre VII) ou d'un autre état morbide. La carcasse suspecte est déclarée impropre à la consommation et brûlée.

Il convient de procéder à une inspection similaire des carcasses d'animaux abattus à la ferme, si l'on veut éviter toute transmission de maladies ou de parasites à l'homme.

9.4. - Qualité des carcasses

Chaque pays possède son propre système d'évaluation de la qualité des carcasses, où interviennent généralement de nombreux critères; lesquels détermineront le prix payé au producteur. Les quatre principaux éléments pris en considération sont les suivants:

- Conformation Il s'agit de la forme de la carcasse. Les carcasses dont les morceaux nobles, comme les jambons et les filets, sont faiblement développés sont classées dans les catégories inférieures. Ce sont principalement les facteurs génétiques qui déterminent la conformation (cf. chapitre II), mais la nutrition peut elle aussi avoir une influence.

- Teneur en graisse On évalue d'ordinaire la quantité de tissus adipeux dans la carcasse en mesurant l'épaisseur du gras de couverture en un site donné. Au Zimbabwe, par exemple, la mesure est effectuée au point «K», situé à 7,5 cm de la fente (ligne médiane) au niveau de la dernière côte (cf. fig. 64). En Grande-Bretagne, c'est le site de mesure «P2», à 6,5 cm de la fente, qui est utilisé. On définit alors, en fonction de la demande du marché, l'épaisseur de graisse correspondant à une carcasse de premier choix.

- Teneur en muscles de la carcasse Les systèmes de classification des carcasses fondés sur la mesure du gras de couverture ont pour principal inconvénient de ne pas prendre en compte la quantité de tissus maigres de la carcasse. En fait, dans un groupe de porcs, les animaux les plus charnus auront souvent la couche de gras la plus lourde et, donc, seront sous-classés. On a récemment mis au point un matériel capable de mesurer l'épaisseur musculaire de la carcasse et, partant, d'estimer sa teneur totale en tissus maigres. Ces progrès permettront à l'avenir un classement des carcasses en fonction de leur teneur en muscles.

- Qualité de la graisse On a tendance à sous-classer les carcasses qui laissent apparaître une couche de graisse molle et huileuse, plutôt que bien ferme. La raison en est qu'elles ne peuvent être employées sur le marché plus coté de la viande fraîche et des salaisons. La présence de graisse molle peut avoir pour origine une cause génétique, mais elle risque davantage d'être due à une forte proportion de graisses insaturées dans l'alimentation. Un rythme de croissance irrégulier, qui entraîne une alternance fréquente d'utilisation et de formation du dépôt adipeux, aboutit parfois au même résultat.


Fig. 64: La mesure «K» de lard dorsal servant au classement au Zimbabwe, prise sur une section perpendiculaire de la demi-carcasse au niveau de la dernière côte.

9.5. - Qualité des viandes

Qualité des carcasses et qualité de la viande sont deux choses distinctes. Cette dernière se rapporte à l'attrait de la viande pour le consommateur. Elle prend en considération plusieurs aspects, dont les plus importants sont les suivants:

- La couleur et la texture La viande de porc est plus pâle et plus tendre que celle des ruminants; cela fait partie de ses caractéristiques. Mais on observe ici des degrés très différents. Il existe ainsi des viandes très pâles, aqueuses et molles, dites «exsudatives» ou «PSE» (en anglais «pale, soft, exsudative»), que l'on trouve chez porcs homozygotes porteurs du «gène halothane» (cf. chapitre IV) et chez ceux qui, avec ou sans prédisposition génétique, ont souffert d'une manipulation traumatisante avant l'abattage. Ce caractère est dû à une chute rapide de l'acidité au moment de l'abattage qui affecte le pouvoir de rétention d'eau des tissus maigres et se traduit par un suintement et une pâleur excessive de la viande. A l'autre extrême, on rencontre des viandes sèches, fermes et sombres ou «DFD» («dry, firm, dark»), qui sont une conséquence directe du stress précédant l'abattage. En outre, lorsque les porcs sont abattus à un âge plus avancé, on remarque une réduction de la pâleur et de la tendreté des viandes.

La texture peut être influencée par la quantité de graisse intramusculaire ou «persillé» dans la viande. Celle-ci varie de 1 % chez les porcs maigres à près de 3 % chez les porcs gras et joue un rôle non négligeable dans l'intérêt culinaire de la viande. La race Duroc a tendance à développer davantage de graisse intramusculaire que les races blanches et fournit donc une viande de meilleure qualité sous ce rapport.

- La flaveur et l'odeur La viande de porc prend parfois le goût de l'alimentation des animaux, surtout lorsque celle-ci comporte une forte proportion de farine de poisson ou de graisse rance. Toutefois, la principale source de préoccupation demeure l'odeur sexuelle qui risque d'imprégner la viande de verrats. C'est cependant un problème qui ne se pose pas si les mâles entiers grandissent assez vite pour être abattus avant l'âge de six mois.

9.6. - La commercialisation

9.6.1. - Utilisation de la viande de porc

Le dernier stade de la production porcine est la vente des produits finis. A cet égard, la viande de porc se révèle extrêmement polyvalente. Les nombreux produits susceptibles d'être mis sur le marché se regroupent en quelques catégories principales:

- Viande fraîche C'est généralement le produit le plus important en région tropicale, où le secteur de la transformation est limité. Par rapport aux animaux utilisés pour la transformation, les porcs destinés au marché de la viande fraîche sont d'ordinaire abattus plus jeunes et moins lourds («porkers»). Pour la vente en gros, les carcasses peuvent être découpées en divers morceaux (cf. fig. 65) qui offrent des possibilités de préparation variées.

- Salaisons Cette catégorie recouvre plusieurs sortes de lards et de jambons, préparés en saumure ou fumés, deux procédés qui allongent leur durée de conservation par rapport aux produits frais. Le bacon et le jambon proviennent de porcs de type «baconer», plus lourds que le type «porker» (cf. chapitre VIII).

- Autres préparations Il s'agit de tous les types de saucisses, boudins, saucissons, pâtés, hamburgers et pâtes de viande produits à partir des morceaux de moindre valeur des carcasses de «porkers», de «baconers», ou encore provenant de porcs lourds, de truies et de verrats adultes.


Fig. 65: Morceaux de découpe d'une carcasse de porc.

Outre la viande proprement dite, on emploie d'autres produits dérivés du porc:

- Panne (graisse de porc) C'est un produit séparé commercialisé pour l'alimentation humaine (saindoux), l'alimentation animale ou la fabrication de savon.

- Peau La peau du porc peut être traitée pour fournir un cuir de qualité.

- Soies Elles peuvent servir à la fabrication de brosses et font l'objet d'une demande toute particulière pour les blaireaux et les pinceaux.

- Intestins On utilise les boyaux pour faire des saucisses et des boudins.

- Abats Tous sont comestibles. Le foie, surtout, est apprécié.

- Sang Dans de nombreux pays, le sang est récolté séparément pour la préparation de boudins et d'autres mets destinés à la consommation humaine.

- Issues Les os, le sang et les tissus impropres à la consommation humaine sont utilisés dans la préparation d'aliments pour animaux.

- Corne La corne du pied sert à fabriquer de la gélatine et de la colle.

9.6.2. - La viande de porc dans l'alimentation humaine

Les consommateurs n'ont que rarement une pleine conscience des avantages spécifiques de la viande de porc. Citons, parmi les principaux:

- Valeur calorique Le porc maigre, s'il renferme une forte concentration d'éléments nutritifs, est relativement pauvre en calories et, parmi les principaux aliments carnés, seule la chair de poulet possède une moindre valeur calorique (cf. tableau 9. 1). C'est donc une viande qui autorise une consommation plus importante et qui, de ce fait, offre plus de satisfaction au consommateur. Sans doute ces considérations valent-elles surtout pour les pays développés, mais on observe dans les nations en voie de développement particulièrement dans les zones urbaines et leur périphérie- une tendance croissante des consommateurs à prendre conscience de la nécessité de réduire les graisses dans l'alimentation.

- Digestibilité Le porc est assimilable à 98 % par l'appareil digestif humain.

- Valeur protéique Le porc contient les huit acides aminés que le corps humain est incapable de synthétiser. C'est donc un aliment protéique très complet et de grande valeur.

- «Rassasiement» Le porc maigre présente grande valeur de «rassasiement»; c'est-à-dire qu'il procure au consommateur une sensation durable de satiété qui contribue à éviter les excès de table.

- Cholestérol Le niveau de cholestérol dans le porc est assez bas: 0,009 % de la viande maigre.

- Eléments minéraux Le porc a une teneur relativement élevée en fer élément essentiel pour la prévention de l'anémie- et en zinc -qui favorise la cicatrisation, le développement osseux et tissulaire.

- Vitamines La viande de porc est particulièrement riche en vitamines B et compte parmi les premières sources alimentaires de thiamine.

Tableau 9.1 Comparaison de la teneur en calories des principaux aliments carnés (calculée pour une portion moyenne de 85 g de viande maigre).


Nombre de calories pour 85 g de viande maigre

Bœuf

228

Agneau

221

Foie

220

Porc

206

Poulet

144

N.B. Multipliés par 42, les chiffres donnent la valeur en kJ.

9.6.3. - Systèmes de commercialisation

Le commerce des porcs peut revêtir différentes formes:

- Ventes privées En région tropicale, c'est la méthode la plus répandue chez les petits éleveurs. Un ou plusieurs porcs sont vendus à des consommateurs des environs, à d'autres producteurs, à des bouchers ou à des intermédiaires. Les animaux sont vendus sur pied, pour un prix qui fait souvent l'objet de marchandages. Ce système a le mérite d'être le plus simple, mais, dans le monde rural, les particuliers qui ne sont pas au fait des prix en vigueur risquent d'être lésés par des spéculateurs et des revendeurs. C'est pourquoi, dans certaines régions rurales, des coopératives se sont constituées pour garantir des prix corrects aux producteurs membres.

- Ventes publiques Les porcs sont conduits sur une place de marché, où ils sont vendus au plus offrant, sur pied, à la criée. L'figure 66 représente un marché aux porcs, en région rurale, au Nigéria.

- Ventes directes à un abattoir ou à un boucher Cette méthode convient mieux aux productions à grande échelle. Le principal inconvénient de la vente directe est l'effet de variation cyclique du marché que l'on observe dans la plupart des pays. Lorsque l'offre est réduite, les prix augmentent, ce qui incite les éleveurs à accroître leur production et, dès lors, les prix diminuent. Puisqu'il faut environ un an pour que le producteur réagisse aux fluctuations des prix, le cycle se reproduit tous les 12 à 18 mois. La stabilité du marché en souffre et la production est agitée d'un va-et-vient d'exploitants qui se lancent dans l'élevage porcin puis abandonnent.

- Ventes contractuelles Pour se mettre à l'abri de la variation cyclique du marché porcin, les producteurs ont la possibilité de passer un contrat avec un abattoir pour la livraison d'un certain nombre de porc sur une période déterminée et à un prix donné. Cela lui permet en outre de planifier sa production à plus long terme.


Fig. 66: Un marché aux porcs du Nigéria, en région rurale.

X. Postface: Considérations économiques et planification

Il ne fait aucun doute que la rentabilité potentielle de la production porcine varie considérablement d'un pays à l'autre, voire d'une région à l'autre dans un même pays. Il existe néanmoins quelques questions fondamentales que celui qui se destine à l'élevage porcin en région tropicale doit avoir résolues, quelle que soit l'importance qu'il envisage de donner à son exploitation. Faute de quoi, il s'expose invariablement à des pertes financières et à des déceptions.

Les principales questions que doit se poser le futur éleveur sont les suivantes:

- Y a-t-il un marché assuré pour mes porcs, à des prix adéquats? Puis-je mener mes porcs au marché sans trop de frais, ou encore puis-je installer mon exploitation plus près du marché? Y a-t-il un espoir d'expansion du marché qui permettrait à l'avenir des rentrées plus importantes?

- Ai-je les fonds suffisants pour démarrer? Au cours de la première année d'exploitation, il faut compter avec les investissements -bâtiments et matériel- et les frais de fonctionnement pour l'achat des animaux, des aliments et la main-d'œuvre. Pour un élevage naisseurs-engraisseurs, les charges financières ont tendance à culminer vers la fin des douze premiers mois d'exploitation, tandis que l'argent ne commencera à rentrer qu'après cette période.

- Puis-je intégrer à mon élevage porcin quelque autre forme de production pour accroître la valeur ajoutée de mon entreprise (cf. chapitre III)?

- Puis-je obtenir des animaux qui conviennent au type de système envisagé?

- Puis-je disposer de bêtes de qualité à un prix correct?

- Puis-je me procurer un approvisionnement adéquat en nourriture?

- L'approvisionnement en eau est-il convenable, au point de vue tant de la qualité que de la quantité?

- Est-ce que j'aime travailler au contact des animaux, et particulièrement des porcs? Une réponse affirmative permet d'espérer de bons résultats en ce qui concerne les soins aux animaux.

- Ai-je des compétences suffisantes en gestion? Le succès d'un élevage porcin est une question de précision et la main-d'œuvre disponible en zone tropicale a rarement l'expérience et les qualifications requises.

Ce n'est que lorsque ces questions auront reçu une réponse satisfaisante que l'on pourra se lancer dans la production porcine.

Appendice A. Estimation des besoins nutritifs des porcs (compte tenu des ressources alimentaires disponibles en région tropicale)

Concentration dans l'alimentation l'ingestion)

Magnésium (g/kg)


Manganèse (mg/kg)

Porcs à l'engrais

Zinc (mg/kg)

Catégories de poids (kg)

Fer (mg/kg)

5-10, 10-20, 20-65, 65-120.

Cuivre (mg/kg)

Reproducteurs

Iode (mg/kg)

Truies gestantes, Truies allaitantes, Verrats

Sélénium (mg/kg)


Vitamine A (u.i./kg)

Energie digestible (MJ/kg)

Vitamine D3 (u.i./kg)

Protéine brute (g/kg)

Vitamine E (mg/kg)

Lysine (g/kg)

Biotine (mg/kg)

Méthionine + cystine (g/kg)

Riboflavine (mg/kg)

Tryptophane (g/kg)

Thiamine (mg/kg)

Calcium (g/kg)

Vitamine B12 (mg/kg)

Phosphore (g/kg)

Acide pantothénique (mg/kg)

Chlorure de sodium (g/kg)

Choline (mg/kg)

Appendice B. Composition des principales ressources alimentaires pour le nourrissage des porcs en région tropicale (analyses sur des échantillons équivalents)

Macro-composants
Matière sèche %
ED MJ/kg
Fibres %
Méthionine + cystine %
Tryptophane %

1. Sources énergétiques




(a) Céréales et sous-produits céréaliers


Maïs

Son de riz

Farine de germes de maïs

Résidus de glaçage du riz

Son de maïs

Sorgho

Millet

Blé

Riz

Son de blé



(b) Autres sources énergétiques


Bananes

Pommes de terre

Racines de manioc

Patates douces

Farine de manioc

Igname

Mélasse




2. Sources protéiques




Farine de sang

Farine de viande

Pois chiches

Farine de viande et d'os

Farine de noix de coco

Farine d'amandes de palmier

Farine de graines de coton

Pois nains

Farine de plumes

Farine de carthame

Farine de poisson

Farine de graines de sésame

Farine d'arachides

Lait écrémé (déshydraté)

Flageolets

Farine de soja

Farine de graines de lin

Farine de graines de tournesol

Farine de luzerne




3. Aliments grossiers




Sous-produits de brassage (graines séchées)


Feuilles de bananier

Potirons et melons

Feuilles de manioc

Eaux grasses (en moyenne)

Pulpe de citron

Jacynthes d'eau



Eléments minéraux




Calcium %

Fer mg/kg

Phosphore %

Zinc mg/kg

Chlorure de sodium %

Manganèse mg/kg

Magnésium %

Iode mg/kg

Cuivre mg/kg




1. Sources énergétiques




(a) Céréales et sous-produits céréaliers




Maïs

Son de riz

Farine de germes de maïs

Résidus de glaçage du riz

Son de maïs

Sorgho

Millet

Blé

Riz

Son de blé



(b) Autres sources énergétiques




Bananes

Pommes de terre

Racines de manioc

Patates douces

Farine de manioc

Igname

Mélasse




2. Sources protéiques




Farine de sang

Farine de graines de lin

Pois chiches

Farine de luzerne

Farine de noix de coco

Farine de viande

Farine de graines de coton

Farine de viande et d'os

Farine de plumes

Farine d'amandes de palmier

Farine de poisson

Pois nains

Farine d'arachides

Farine de carthame

Flageolets

Farine de graines de sésame

Lait écrémé (déshydraté)

Farine de graines de tournesol

Farine de soja




3. Aliments grossiers




Sous-produits de brassage (graines séchées)

Pulpe de citron


Potirons et melons

Feuilles de bananier

Eaux grasses (en moyenne)

Feuilles de manioc

Jacynthes d'eau



Vitamines




A u.i./kg

Thiamine mg/kg

E mg/kg

B12 mg/kg

Biotine mg/kg

Acide pantothénique mg/kg

Riboflavine mg/kg

Choline mg/kg



1. Sources énergétiques




(a) Céréales et sous-produits céréaliers




Maïs

Son de riz

Farine de germes de maïs

Résidus de glaçage du riz

Son de maïs

Sorgho

Millet

Blé

Riz

Son de blé



(b) Autres sources énergétiques




Bananes

Pommes de terre

Racines de manioc

Patates douces

Farine de manioc

Igname

Mélasse




2. Sources protéiques




Farine de sang

Farine d'arachides

Pois chiches

Flageolets

Farine de noix de coco

Farine de graines de lin

Farine de graines de coton

Farine de luzerne

Farine de plumes

Farine de viande

Farine de poisson

Farine de viande et d'os

Farine d'amandes de palmier

Lait écrémé (déshydraté)

Pois nains

Farine de soja

Farine de carthame

Farine de graines de tournesol

Farine de graines de sésame




3. Aliments grossiers




Sous-produits de brassage (graines séchées)


Feuilles de bananier

Potirons et melons

Feuilles de manioc

Eaux grasses (en moyenne)

Pulpe de citron

Jacynthes d'eau

Glossaire

Acaricide: produit chimique qui détruit les acariens, notamment les tiques.

Acides aminés: éléments fondamentaux des protéines.

Ad libitum: se dit d'une alimentation non rationnée, où l'animal mange en fonction de son appétit.

Agalactie: absence ou insuffisance de lait chez la truie.

Anthelmintique: ou «vermifuge»; substance qui détruit les parasites.

Antibiotique: substance, synthétisée par des micro-organismes, capable de faire obstacle au développement et à la multiplication d'autres micro-organismes.

Anticorps: substance produite par l'organisme en réaction à l'introduction dans celui-ci d'un corps étranger (antigène).

Antioxydant: agent qui empêche ou freine la dégradation par oxydation d'autres substances.

Avortement: expulsion prématurée du foetus avant le terme de la gestation.

Bacon: viande de porc préparée en saumure, fumée ou non.

Caecum: partie du gros intestin qui, chez le porc, contient des microbes capables de digérer partiellement les fibres.

Castrer: pratiquer l'ablation des testicules sur un porc mâle.

Cochette: jeune truie, avant sa première portée.

Colostrum: première sécrétion lactée après la mise bas.

Concentré: se dit d'un aliment qui renferme une forte concentration d'éléments nutritifs, pauvre en fibres et d'une grande digestibilité.

Conformation: forme et structure physique du corps ou de la carcasse d'un animal.

Croisement alternatif: croisement de deux races qui consiste à croiser en retour chaque génération avec une des races parentales, alternativement.

Diarrhée: fréquence et liquidité des fèces.

Endémique: se dit d'une maladie qui sévit régulièrement dans une zone ou un pays déterminé.

Environnement: tout ce qui entoure et influe sur les animaux.

Enzyme: catalyseur biologique produit par les cellules vivantes.

Eviscération: extraction des intestins et autres organes internes.

Flushing: procédé qui consiste à augmenter la ration d'une truie juste pendant la période de la saillie pour stimuler l'ovulation.

Gène: une unité du matériau héréditaire dans un chromosome.

Génotype: patrimoine génétique d'un individu.

Gestation: période qui va de la fécondation à la mise bas.

Hémorragie: saignement abondant dû à la rupture de vaisseaux sanguins.

Hétérezygote: dans l'hérédité mendélienne simple, lorsqu'un caractère est déterminé par une seule paire de gènes, l'hétérozygote se caractérise par la présence d'un gène dominant et d'un gène récessif.

Homéotherme: se dit d'un animal à sang chaud.

Homozygote: dans l'hérédité mendélienne simple, lorsqu'un caractère est déterminé par une seule paire de gènes, l'homozygote se caractérise par la présence de deux gènes dominants (homozygote dominant) ou récessifs (homozygote récessif).

Hybride: produit d'un croisement entre deux animaux de race pure.

Hyperthermie: élévation de la température centrale du corps d'un animal.

Hypothermie: chute de la température centrale du corps d'un animal.

Immunité: faculté de résister à une infection.

In utero : dans l'utérus.

Indice de consommation: quantité de nourriture nécessaire à un animal pour gagner une unité de poids.

Insémination artificielle (IA): dépôt dans les voies génitales d'une truie ou d'une cochette au moyen d'un cathéter de semence préalablement récoltée sur un verrat.

Lactation: période au cours de laquelle la truie produit du lait pour nourrir ses petits.

Maladie soumise à déclaration: maladie qui, selon la loi, doit obligatoirement être déclarée aux services vétérinaires gouvernementaux.

Mâle entier: porc mâle qui n'a pas subi l'ablation des testicules (cf. «castrer»).

Mise bas: ou «parturition» ou «accouchement»; pour une truie, acte de donner naissance à ses petits.

Niveau d'entretien: niveau correspondant à la satisfaction des besoins nutritifs d'un animal au repos pour assurer le fonctionnement de ses fonctions vitales, sans gain de poids, sans fourniture de travail ou de productions.

Œdème: gonflement des tissus dû à l'accumulation de fluides dans l'organisme.

Œstrus: période d'acceptation du mâle par la truie en chaleur, qui s'immobilise lorsque le verrat la chevauche.

Omnivore: capable de manger n'importe quel type d'aliments, d'origine végétale ou animale.

Parturition: cf. «mise bas».

Portée: ensemble des porcelets nés d'une truie lors d'une même mise bas.

Prophylactique: qui vise à la prévention d'une maladie.

Puberté: stade atteint par le jeune animal lorsqu'il devient apte à la reproduction.

Rances: se dit de graisses et d'huiles qui, sous l'effet de l'oxydation, prennent une odeur et un goût désagréables.

Rendement de carcasse: poids de la carcasse exprimé en pourcentage du poids vif à l'abattage.

Ruminant: animal doté d'un estomac en 4 compartiments dont le premier de grande taille, le rumen, lui permet de digérer d'importantes quantités de fibres.

Rythme de croissance: gain de poids vif d'un animal par unité de temps.

Sevrage: action de séparer les jeunes porcs de leur mère pour faire cesser l'allaitement.

Sous-cutané: sous la peau.

Sous-produit: produit dérivé qui s'ajoute au produit principal pour lequel une activité (notamment l'élevage) a été développée.

Température ambiante: température qui règne dans le milieu environnant.

Thérapeutique: qui vise à traiter et à guérir une maladie.

Vaccin: substance renfermant en suspension des organismes tués ou affaiblis dont l'introduction dans le corps de l'animal provoque l'apparition d'anticorps pour immuniser le sujet contre une maladie.

Vermifuge: cf. «anthelmintique».

Verrat terminal: reproducteur destiné à la seule production d'animaux de boucherie.

Ouvrages et articles conseilles

AGRICULTURAL RESEARCH COUNCIL (ARC). - The Nutrient Requirements of Pigs. CAB, Slough (Grande-Bretagne), 1981.

ANGLADETTE A. - Le riz, Maisonneuve et Larose (coll. Techniques agricoles et productions tropicales), Paris, 1966.

BELLIS D.B. - Practical Pig Production in Zimbabwe, manuel technique nf1, Ministère de l'Agriculture, Harare (Zimbabwe), 1978.

DEVENDRA C., FULLER M.F. - Pig Production in the Tropics, Oxford University Press, Oxford (Grande-Bretagne), 1972.

ENGLISH P.R., SMITH W.J., MACLEAN A. - The Sow - Improving Her Efficiency, Farming Press, Ipswich (Grande-Bretagne), 1971.

ENGLISH P.R., FOWLER V.R., BAXTER S. SMITH W.J. - The Growing and Finishing Pig: Improving Efficiency, Farming Press, Ipswich (Grande-Bretagne), 1988.

EPSTEIN H. - The Origin of the Domestic Animals in Africa, vol. 2, Africana Publishing Corporation, New York, 1971.

EUSEBIO J.A. - Pig Production in the Tropics, Longman, Harlow (Grande-Bretagne), 1980.

FOOD AND AGRICULTURAL ORGANISATION OF THE UNITED NATIONS (FAO) - Quaterly Bulletins of Statistics, 1988 et 1989, FAO, Rome.

MINISTRY OF AGRICULTURE, FISHERIES AND FOOD. - Pig Environment, brochure n° 2410, MAFF Publications, Grande-Bretagne, 1982.

PATHIRAJA N. - «Improvement of Pigmeat Production in Developing Countries. 1. Exploitation of hybrid vigour (heterosis)», in World Animal Review, n° 60, 1986, pp. 18-25.

PATHIRAJA N. - «Improvement of Pigmeat Production in Developing Countries. 2. Selection Schemes», in World Animal Review, n° 61, 1986, pp. 2-10.

POND W.G., MANER J.H. - Swine production in temperate and tropical environments. W.H. Freeman and Co, San Francisco, 1974.

SERRES H. - Précis d'élevage du porc en zone tropicale , IEMVT, Ministère de la Coopération et du Développement, La Documentation Française, 2 e édition, 1989, 331 p.

WALTERS J.R. - «Peri-urban piggeries in Papua New Guinea», in Intensive Animal Production in Developing Countries , BSAP, Grande-Bretagne, 1981.

WHITTEMORE C.T. - Elements of Pig Science , Longman, Harlow (Grande-Bretagne), 1987.

Bibliographie complémentaire

DELATE J.J. - Utilisation de gènes chinois dans un programme de développement de l'élevage porcin en zone tropicale (Utilisation of chinese pig genes in a programme of pig production development in a tropical area). Molenat M. (éd.), Legault C. (éd.), Symposium sur le porc chinois (Chinese pig symposium), Toulouse (FRA), Jouy-en-Josas (FRA), 1990.

DELATE J.J., BABU R. - Détermination d'équations barymétriques sur des porcs rustiques en milieu tropical (Predicting live-weight from body measurements in rustic pigs from tropical area). 22 es Journées de la Recherche porcine en France, Paris (FRA), 1990.

DELATE J.J., LE GUYADEC P., LE DUOT P., DUCLOS J.M. - Croissance et reproduction des porcs rustiques d'origine française selon le milieu d'élevage en Haïti (Growth and reproductive performances of french hardy pigs according to the management system in Haïti). 23 es Journées de la Recherche porcine en France, Paris (FRA), 1991.

GAUTHIER J. - Contribution à l'étude de l'élevage de porcs rustiques en Haïti. Mémoire (DESS Productions animales en régions chaudes), Maisons-Alfort (FRA), 1991, 80 p.

GRIMAUD P., BEAUMONT C., HOUCHOT A. - Optimisations technique et économique de l'engraissement du porc charcutier en Nouvelle-Calédonie (Technical and economic optimisation of butchery pig fatteningg practises in New Caledonia). Revue d'Elevage et de Médecine Vétérinaire de Nouvelle-Calédonie (FRA), 1988, pp. 27-33.

HOUCHOT A. - L'alimentation de la truie reproductrice en élevage industriel néo-calédonien (Feeding breeding sows in industrial pig farming in New Caledonia). Revue d'Elevage et de Médecine Vétérinaire de Nouvelle-Calédonie (FRA), 1993, pp. 41-53.

ROCHE C. - Intérêts et contraintes de la «conduite en bandes» d'un troupeau de truies (Interest and contrainsts of the "group husbandry" of pig herd). Mémoire (DESS Productions animales en régions chaudes), Maisons-Alfort (FRA), 1991, 97 p., CIRAD-IEMVT.

ZOURÉ C. - Composition et valeur alimentaire pour les porcs et les volailles des trouteaux de coton. Rapport bibliographique, Maisons-Alfort (FRA), 1990, 67 p., IEMVT.

Version texte