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L'avocatier (Maisonneuve et Larose, 1994)

LE TECHNICIEN D'AGRICULTURE TROPICALE
Collection couronnée par l'Académie d'Agriculture de France et dirigée par

René COSTE

Membre de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer Ingénieur général d'agronomie (H.)

27

L'avocatier
par

J. P. GAILLARD et
J. GODEFROY

Agence de Coopération Culturelle et Technique
13, quai André-Citröen F 75015 PARIS

Centre technique de Coopération agricole et rurale (C.T.A.)
Postbus 380
NL 6700 AJ WAGENINGEN

Editions Maisonneuve et Larose
15, rue Victor-Cousin
F 75005 PARIS

LE TECHNICIEN D'AGRICULTURE TROPICALE

1. Le Riz pluvial , par Michel JACQUOT et Brigitte COURTOIS.

2. Le Maïs , par Guy ROUANET.

3. Le Bananier plantain , par Hugues TEZENAS DU MONTCEL.

4. Le Stockage des produits vivriers (en deux volumes), par Jean APPERT.

5. Le Cotonnier en Afrique tropicale , par Gérard SEMENT.

6. Le Manioc , par Pierre SILVESTRE.

7. Le Désherbage des cultures tropicales , par E.M. LAVABRE.

8. Insectes nuisibles aux cultures vivrières et maraîchères (en deux volumes), par Jean APPERT et Jacques DEUSE.

9. Les légumineuses vivrières tropicales , par Marc BORGET.

10. Le théier , par Denis BONHEURE.

11. Le caféier , par H.R. CAMBRONY.

12. L'écrevisse rouge des marais , par Jacques C.V. ARRIGNON, Jay V. HUNER et Pierre J. LAURENT.

13. Aménagements villageois et du terroir , par Gérard JOSSET.

14. Le cacaoyer , par Guy MOSSU.

15. Les plantes tropicales à épices , par M. BORGET.

16. Les crustacés tropicaux d'élevage , par J. ARRIGNON, J.M. GRIESSINGER, D. LACROIX, P. GONDOUIN et M. AUTRAND.

17. La canne à sucre , par R. FAUCONNIER.

18. Le sorgho , par J. CHANTEREAU et R. NICOU.

19. L'élevage de la volaille , par A.J. SMITH (deux volumes).

20. Manuel pratique de vulgarisation agricole , par M. MORIZE (deux volumes).

21. Ravageurs des cultures tropicales , par E.M. LAVABRE.

22. Culture des fleurs à couper , par R. KROLL.

23. Le mouton , par R.M. GATENBY (deux volumes).

24. Le lapin , par D. FIELDING.

25. Le cocotier , par G. DE TAFFIN.

26. Pisciculture en eau douce: le Tilapia , par J. ARRIGNON.

27. L'avocatier, par J.P. GAILLARD et J. GODEFROY.

28. Le porc , par D.H. HOLNES.

Les opinions exprimées ainsi que les orthographes des noms propres et les limites territoriales figurant dans le présent document n'engagent que les auteurs et nullement la position officielle et la responsabilité de l'Agence de Coopération Culturelle et Technique et le Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale.

REMERCIEMENTS

Les auteurs remercient leurs collègues du département des cultures fruitières et horticoles (FLHOR) du CIRAD qui leur ont fourni des informations utiles à la rédaction de cet ouvrage et ceux qui les ont aidés dans l'édition (dactylographie, figures), en particulier, B. Aubert, Ph. Cao Vav, D. Ducelier, F. Mademba Sy, J. Marseault, J.P. Meyer, J.Y. Rey et C. Vuillaume, agronomes; F.X. Cote et J. Marchal, physiologistes; R. Hugon, S. Quilici et J.L. Sarah, entomologistes; X. Mourichon, physiopathologiste; M.L. Caruana, virologiste; J.C. Dumas et G. Duverneuil, agro-technologues; D. Lœillet et C. Picasso, agro-économistes; C. Loison-Cabot et T. Pham Van, documentalistes; R.M. Allaz et M. Luc, secrétaires; D. Cassan et B. Thibaud, informaticiennes.

© Maisonneuve et Larose - A.C.C.T., 1994
ISBN: 2-7068-1114-5 et 92-9028-215-0
ISSN: 0298.3540

La loi du 11 mars 1957 n'autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article 41, d'une part, que les «copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective» et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, «toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite» (alinéa 1 er de l'article 40).

Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.

Préface

L'avocat s'intégrant de plus en plus dans les habitudes alimentaires des pays occidentaux, constitue un facteur de développement de nombreux pays tropicaux et méditerranéens. L'urbanisation galopante des pays du Sud constitue une concentration de besoins alimentaires dont une partie de la ration lipidique et vitaminique peut être procurée par les avocats. La conjonction de ces demandes est un appel à la vulgarisation de la culture de l'avocatier.

Cet ouvrage a été conçu pour répondre aux besoins de connaissances techniques exprimés par les agents de vulgarisation, les agriculteurs et leurs organisations professionnelles. Il valorise vingt ans de recherches en pays tropicaux et sur la base centre de Montpellier, menées dans le cadre du département fruitier du CIRAD, l'IRFA, devenu depuis le CIRAD-FLHOR

Les auteurs de ce livre, J.P. GAILLARD et J. GODEFROY, se sont attachés à procurer aux lecteurs tous les éléments nécessaires à l'élaboration d'itinéraires techniques adaptés à des situations varices. La conception et la conduite du verger y sont particulièrement traités avec un langage de praticien. Le chapitre consacré à l'économie a volontairement davantage priviliégié les éléments de prix de revient au champ que ceux liés au marché proprement dit.

La forme synthétique de cet ouvrage s'appuie sur des connaissances scientifiques et pratiques reconnues internationalement. L'iconographie proposée illustre, parfaitement, les principales problématiques rencontrées avec la culture de l'avocatier, notamment les aspects sanitaires.

Les auteurs ont écarté volontairement une approche trop agro-industrielle, souvent mal adaptée aux situations des pays tropicaux, pour se consacrer davantage à des itinéraires appropriables par des petites et moyennes unités de production.

Nous sommes convaincus que les opérateurs agricoles des pays concernés par la culture de l'avocatier trouveront, dans cet ouvrage, les réponses à leurs préoccupations techniques quotidiennes.

J.L. RASTOIN
Directeur du CIRAD-FLHOR
Département des Productions Fruitières et Horticoles

I. L'avocatier dans le monde

1. Origine géographique

Malgré les difficultés de déterminer l'ère d'origine précise des espèces de Persea cultivés, en raison de l'existence de nombreuses populations sauvages et d'une certaine imprécision dans la classification botanique, à l'époque des premières recherches de systématique, engagées au cours des années 1934-1935 les spécialistes s'accordent pour en fixer l'origine dans les régions d'altitude d'Amérique Centrale, particulièrement au Mexique et au Guatémala.

La dotation au carbone de noyaux fossiles découverts dans les vallées de Tehuacon et de Daxaca au Mexique donne comme estimation: 7 à 8 000 ans avant J.C.; ceux trouvés dans la Moche Valley, au Pérou, datent de 1 500 à 2 000 ans avant J.C.; ces fossiles semblent avoir pour origine le centre-est du Mexique.

2. Historique de la diffusion

Dès la découverte du nouveau monde en 1492, les Européens constatèrent la présence de l'avocatier cultivé depuis le nord du Mexique jusqu'au Pérou. Bien qu'il existe une race antillaise, elle n'a jamais été trouvée à l'état spontané aux Antilles.

L'avocatier a été décrit pour la première fois en 1510, par le géographe espagnol Martin FERNANDEZ DE ENCISO, dans son livre Suma de Geografia parus à Séville en 1519. Les arbres qu'il décrit auraient été observés dans la région de Santa Marta en Colombie. Les «conquistadors» ont largement contribué à la diffusion de l'avocatier hors de la vaste région occupée autrefois par les peuples Mayas et Aztèques.

A partir de ces zones, les Espagnols ont propagé l'avocatier au cours des XVI e et XVII e siècles au Vénézuéla, aux Antilles, au Chili, à Madère et aux Canaries. On cite, par ailleurs, que l'avocatier aurait été introduit dès 1450 par les Incas.

Les Français l'implantent à la Réunion, à Madagascar et en Martinique au XVIII e siècle. En Afrique, la diffusion a été assurée à la fin du XIX e siècle par les Portugais, les Espagnols, les Allemands, les Anglais et les Français.

Les introductions aux Etat-Unis (îles Hawaï, Floride, Californie), à partir du Mexique, datent de la première moitié du XVIII e siècle. En Californie, la diffusion a été, essentiellement, faite par les Pères franciscains.

En Malaisie et aux Philippines, l'introduction de l'avocatier est signalée vers 1900 et au Brésil vers 1925.

Dans le Bassin Méditerranéen, la diffusion est plus récente à l'exception de l'Algérie où elle daterait du milieu du 18 e siècle. Il n'est signalé au Maroc qu'à partir de 1931 et les premiers avocatiers greffés sont plantés en Corse en 1956 par l'IFAC devenu, par la suite, IRFA (Institut de Recherches sur les Fruits et Agrumes tropicaux).

En Afrique de l'ouest francophone, la culture des variétés greffées, sélectionnées aux Etats Unis, est développée sous l'impulsion de l'IFAC à partir des années 1950. C'est dans ces mêmes années que la culture des variétés commerciales se développe en Israël en Afrique du Sud et en Australie.

En Espagne, cette culture se développe beaucoup plus tard; à partir de 1970. La principale région productrice est le sud de la péninsule; les îles Canaries ont, également, développé la culture de l'avocatier mais les tonnages produits ne représentent que 10 à 15 % de la production espagnole.

3. Aires de culture de l'avocatier dans le monde

L'aire de culture s'est très largement étendue hors des limites de la zone d'origine du genre Persea. En effet, on trouve, actuellement, l'avocatier cultivé plus ou moins intensivement de part et d'autre de l'équateur, jusqu'à une latitude proche de 43°.

D'après les estimations de la production d'avocats publiées par la FAO pour l'année 1990, les principaux pays producteurs sont les suivants: Mexique, U.S.A., République Dominicaine, Brésil (320 à 115 000 t); Colombie, Indonésie, Haïti, Vénézuéla, Zaïre, Chili (80 à 40 000 t); Salvador, Israël, Cameroun, Afrique du sud, Guatémala, Espagne, Pérou, Costa-Rica, Congo, Philippines, Australie, Madagascar (38 à 20 000 t). On remarquera que le Guatémala, l'un des pays d'origine de l'avocatier, n'est que le quinzième pays producteur mondial.

Soixante seize pour cent des fruits sont produits sur le continent américain, contre 11 p. cent en Afrique, 9 p. cent en Asie, 2 p. cent en Europe et en Océanie.

Il. Botanique

1. Taxonomie

Les recherches sur l'origine de l'avocatier ont été rendues difficiles du fait d'incertitudes sur la détermination des Persea à l'époque des travaux de POPENOE. dans les années trente. Il faudrait ajouter qu'en 1934, les grandes différences d'appellations vernaculaires entre les diverses régions où les Espagnols ont découvert l'avocatier cultivé compliquèrent la tentative de taxonomie. Actuellement, les spécialistes de la taxonomie s'accordent sur la classification au niveau de la classe (Dicotylédone), de la famille (Lauracées) et du genre ( Persea). Au niveau de l'ordre, certains botanistes admettent que le genre Persea appartient aux Magnoliales, alors que d'autres le classent dans les Ranales. Une majorité considèrent que les variétés cultivées appartiendraient à deux espèces: Persea americana et Persea nubigena .

1. Persea americana Miller (synonyme P. gratissima Gaertn) qui est subdivisé en deux sous-espèces:

a) P. americana Miller var. americana qui serait le type originel de la race antillaise (West Indian Avocado)

b) P. americana Miller var. drymifolia (Schlecht et Cham.) qui serait le type originel de la race mexicaine (Mexican Avocado).

Ces deux Persea ont leur habitat naturel dans la zone 1700 à 2 000 mètres des Chiapas du Mexique et du Guatemala et aux mêmes altitudes en Equateur.

2. Persea nubigena L. Williams est, également, subdivisé en deux sous-espèces:

a) P. nubigena L. Williams var. nubigena, qui est le type spontané de la race guatémaltèque découvert par Popenoe dans les Chiapas du Mexique.

b) P. nubigena L. Williams var. Guatemalensis, qui est le type sélectionné de la race guatémaltèque.

Une dizaine d'autres espèces de Persea observées en Amérique Centrale et du Sud sont citées dans la littérature; la poursuite des explorations dans les zones d'origine de l'avocatier permet de penser que d'autres types de Persea pourraient être, encore, découverts.

L'étymologie du mot Avocat, Avocado en anglais et en italien, Aguacate en espagnol, Abacate en portugais, Advogado ou Avocato en allemand, provient, probablement, de «Ahuacate», utilisé au XVII e siècle par les Espagnols, qui l'avaient eux-mêmes emprunté au dialecte Aztèque «Ahuacatl» ou encore «Avocatl».

2. Morphologie et biologie florale

2.1 - Aspect général

L'avocatier est un arbre pouvant atteindre en forme libre 10 à 15 mètres de hauteur. Son port est très variable suivant les variétés et selon le processus de multiplication. Les arbres de semis ont une forme érigée orthotrope, due à une forte dominance apicale. Les arbres greffés ont un port pouvant prendre différents aspects: érigé (var. Lula), en boule (var. Peterson), en gobelet (var. Collinson, en pyramide (var. Zutano). L'écorce du tronc est lisse et cendrée. Le bois est tendre et cassant d'où la nécessité de bien former les arbres et de les protéger par des brise-vent, ainsi que prévoir le tuteurage des branches charpentières pour les variétés à port étalé (var. Fuerte).

Les feuilles sont persistantes, coriaces, entières, acuminées; de vert clair au stade juvénile, elles deviennent vert foncé brillantes à l'âge adulte. Froissées, les feuilles des variétés mexicaines et de certains de leurs hybrides dégagent une odeur d'anis caractéristique. Les feuilles de l'avocatier renferment un principe amer, l'abacatine, ayant des propriétés diurétiques.

2.2. - Les fleurs

Les fleurs sont petites (10 à 15 mm), jaunâtres à verdâtres, hermaphrodites (fig. 1) ; elles sont portées par des particules axillaires ou terminaux. L'initiation florale se produit, environ, deux mois avant floraison. La période de floraison est très variable en fonction des variétés et de la climatologie.

Une inflorescence est composée de quelques fleurs à plus d'une centaine (fig. 2) . Un avocatier à l'âge adulte peut porter plus d'un million de fleurs, dont moins de 1 % arriveront au stade nouaison.


Fig. 1. - Diagramme floral de l'avocatier.

2.3. - Biologie florale et pollinisation

La fleur de l'avocatier, bien qu'hermaphrodite, présente des caractéristiques très nettes de dichogamie, à savoir que les organes mâles et femelles d'une même fleur ne sont pas fonctionnels simultanément.

Chaque jour, deux séries de fleurs s'ouvrent sur un même arbre. Une première série s'ouvre le matin sans donner de pollen; elle est au stade femelle; vers midi, les fleurs se referment et s'ouvrent une deuxième fois l'après-midi du jour suivant; elles émettent alors du pollen mais ne sont plus fécondables: elles sont donc mâles et le soir elles se ferment définitivement. Cette première série, constituant un cycle de dianthèse, est représentative du comportement de nombreuses variétés; elle a été appelée groupe A. Inversement, les variétés dont les fleurs s'ouvrent la première fois l'après-midi en étant fonctionnellement femelles et la deuxième fois le lendemain matin (2 e anthèse) en étant fonctionnellement mâles (fig. 3 et 4) ; (fig. 3 bis et 4 bis) , sont appelées groupe B.


Fig. 2. - Inflorescence d'avocatier.

Floraison de l'avocatier (cliché Tillon).


1. Inflorescence stade C.


2. Inflorescence stade E.


3. Nouaison


4. Pistil.


5. Fleur au stade mâle.


Avocatier de 10 ans (Cameroun).


Avocatier en fleurs (clichés Gaillard).


Fig. 3. - Coupe longitudinale d'une fleur d'avocatier au stade femelle (groupe A).


Fig. 4. - Coupe longitudinale d'une fleur d'avocatier au stade mâle (groupe B).

La synchronisation de cette dianthèse est diurne; en effet, par ce processus, chaque arbre est mâle une partie de la journée et femelle une autre partie de la journée.

Théoriquement, d'après ces principes de biologie florale, un arbre isolé ou une plantation monoclonale ne peuvent être fécondés et donc fructifier, ce qui impliquerait nécessairement, au niveau d'un verger, de prévoir au minimum deux variétés de groupes complémentaires ayant leur floraison à la même période.

En réalité, si l'appartenance à l'un de ces groupes est une caractéristique variétale indépendante des conditions extérieures, la synchronisation de la dianthèse n'est pas toujours aussi rigide que nous venons de la décrire. Les variations climatiques, en particulier les changements de température pendant la floraison, entraînent des perturbations importantes dans le déroulement des cycles floraux, avec pour conséquence un chevauchement des phases mâles et femelles. Ce type d'observations a été fait par de nombreux chercheurs dans différentes régions du monde. Ce chevauchement explique que dans certains vergers ou pays où une seule variété est cultivée (ex. var. Lula en Martinique), les arbres produisent des fruits.


Fig. 3 bis et 4 bis. - Synchronisation de la dianthèse chez l'avocatier.

Plus récemment, il a été démontré que la longueur du jour pouvait avoir une influence notoire sur la durée des phases mâles et femelles, avec des réponses différentes selon les variétés.

En absence d'études de biologie florale des variétés cultivées dans une région donnée il est, toutefois, prudent de ne prendre aucun risque et de faire alterner, dans un verger, des variétés des groupes A et B. de façon à être certain d'obtenir une bonne pollinisation (cf. chapitre VII, paragraphe 13).

Mentionnons que si les facteurs climatiques et, en particulier, la température ont une influence sur les mécanismes de la dichogamie, ils ont également des effets très importants sur le comportement des insectes vecteurs du pollen, mais surtout sur la viabilité du pollen lui-même.

2.4 - Le fruit

2.4.1 - Description générale

Le fruit de l'avocatier, appelé avocat, est une grosse baie de forme et de poids variables selon les variétés. L'avocat peut être de forme sphérique, piriforme, ovale ou très allongée (fig. 5) ; son épiderme peut être de couleur verte, rougeâtre, violette ou noire. La peau est mince et lisse (1,5 mm) pour les fruits de race mexicaine, épaisse et plus ou moins subérifiée pour les fruits de race guatémaltèque, plus ou moins épaisse et lisse pour les fruits de race antillaise.

La pulpe de l'avocat est crémeuse, riche en matières grasses, de couleur jaune verdâtre à jaunâtre, de saveur douce et agréable avec quelquefois un goût de noisette chez certaines variétés.

La cavité centrale du fruit renferme un noyau libre ou adhérent de forme sphérique ou conique ou allongée.

Dans un fruit dont le poids peut varier, en fonction des variétés, de 50 g à plus de 900 g. les proportions entre les poids du noyau, de la pulpe et de la peau sont, également, très variables. Par rapport au poids total du fruit, le poids de la graine peut varier de 8 à 24 %, celui de la peau de 9 à 15 % et celui de la pulpe de 63 à 77 %. Le noyau d'avocat contient une saponine et des substances grasses ayant des propriétés astringentes; autrefois les graines d'avocat servaient à la fabrication d'une encre indélébile.


Fig. 5. - Formes de fruits les plus courantes chez l'avocatier.

2.4.2 - Anatomie du fruit

Le fruit ou péricarpe est composé de trois parties concentriques (fig. 6)


Fig. 6. - Coupe longitudinale d'un avocat.

a) L'épicarpe ou exocarpe qui forme la peau ou l'écorce de fruit est recouvert d'une mince pellicule cireuse.

b) Le mésocarpe composé de cellules parenchymateuses parmi lesquelles sont dispersées des cellules plus grandes, contenant de l'huile.

c) L'endocarpe constitué de plusieurs rangées de cellules parenchymateuses, reposant sur l'enveloppe extérieure du noyau. L'endocarpe représente la majeure partie de la pulpe comestible. Les cellules contiennent un peu plus d'amidon que celles du mésocarpe, ainsi que de l'huile en gouttelettes et sous forme de cristaux.

2.4.3 - Composition du fruit

La principale caractéristique de l'avocat est sa grande teneur en matière grasse qui varie de 5 à 30 % du poids de la pulpe fraîche. Aucun autre fruit, à part l'olive, ne peut lui être comparé à ce point de vue. Il est, également, riche en protéines (2 à 4 %) et en sels minéraux (1 à 2 %), particulièrement en potassium, phosphore, magnésium, et soufre. A titre d'exemple, la composition moyenne en éléments minéraux d'un avocat de la variété «Fuerte», pour 100 g de pulpe fraîche, est de 680 mg de K. 46 mg de P,41 mg de Mg et 35 mg de S.

La teneur en eau est de 60 à 80 % et celle en sucre de 3 à 10 %.

2.4.4 8 - Valeur alimentaire

La forte teneur en matière grasse de l'avocat lui donne une valeur énergétique considérable: 245 calories pour 100 g de pulpe. Cette matière grasse, émulsionnée dans les cellules du fruit est particulièrement digestible: 94 % de coefficient d'utilisation.

Sa forte teneur en sels minéraux et en protéines donne à l'avocat une valeur spéciale dans la catégorie des aliments constructeurs.

Enfin, sa teneur en vitamines fait de ce fruit une excellente source vitaminée. En effet, l'avocat est riche en vitamines A et B2, moyennement riche en D et E et il contient des quantités appréciables de vitamines K. H et PP. Les vitamines liposolubles (A, D, E et K) sont particulièrement, intéressantes car les autres fruits n'en contiennent pas ou peu.

2.5 - Les racines

Comme pour la majorité des plantes, le développement du système racinaire de l'avocatier dépend beaucoup du sol, du climat et des techniques culturales.

Du point de vue du sol, les racines se développent d'autant plus en profondeur que les horizons pédologiques sont moins différenciés, que le sol a une bonne structure, une faible cohésion (meuble), une faible résistance à la pénétration et qu'il est profond. Le climat intervient, surtout, vis-à-vis de l'humidité du sol. Dans les régions où le sol est humide en surface toute l'année ou une grande partie, les racines ont tendance à se développer superficiellement, surtout si le drainage est imparfait. Parmi les techniques culturales qui ont une influence, on peut mentionner: le travail du sol (ex labour, dimensions du trou de plantation), l'irrigation, la fertilisation appliquée en surface et le paillage. Les trois dernières pratiques citées favorisent un développement des racines dans l'horizon supérieur.

Dans la majorité des cas, les racines des avocatiers sont, dans une forte proportion localisées dans les 25 à 30 premiers centimètres de sol mais, quand il n'y a pas d'obstacle physique à leur pénétration, en profondeur, elles peuvent se développer jusqu'à plus de 1 mètre de profondeur

A l'île de la Réunion, dans une terre à texture argileuse, des avocatiers de 5 ans ont une très forte proportion de racines dans les 30 premiers centimètres et sont présentes jusqu'à 60 cm; latéralement, les plus longues racines mesurent 5 mètres.

En Afrique du Sud, DURAND et CLAASSENS (1987), décrivent, selon les profils pédologiques, des enracinements différents. La densité racinaire est homogène sur 90 cm de profondeur quand le sol est lui-même homogène du point de vue de la texture et de la structure. En revanche, dans un sol où les horizons supérieurs (A) et sous-jacent (B) ont des textures (argile: 9 % et 20 %) et des structures différentes, la majorité des racines sont localisées dans les 30 centimètres supérieurs; la densité racinaire est faible de 30 à 60 cm et très faible de 60 à 90 cm. Dans les deux cas, les arbres ont des racines latérales de 6 mètres de longueur.

L'un des auteurs qui a étudié l'enracinement d'avocatiers adultes dans divers sols, au Cameroun, en Côte d'Ivoire et en Martinique, observe dans la plupart des profils culturaux une concentration des racines des avocatiers dans l'horizon supérieur (15/20 cm). Dans quelques sols où les profils pédologiques sont homogènes, la densité racinaire est moins hétérogène, entre l'horizon supérieur et les horizons sous-jacents (30 à 100 cm). Les profondeurs maximales de la présence de racines sont un peu supérieures à 1 mètre.

Ces quelques exemples ont été présentés pour montrer que l'avocatier, comme d'autres arbres fruitiers, n'avait pas un système racinaire «type», tel que décrit dans certains ouvrages sur cette espèce, mais que le développement des racines dépendait, beaucoup, du profil pédologique. Si, dans la majorité des cas observés, l'enracinement est superficiel, il existe des sols dans lesquels les racines se développent en profondeur jusqu'à plus d'un mètre de profondeur.

III. Races et variétés d'avocatiers

1. Les races d'avocatiers

Il existe trois grandes races d'avocatiers dont la classification s'appuie sur trois espèces et sous-espèces différentes:

- la race mexicaine ( Persea americana Miller var. drymifolia)

- la race guatémaltèque ( Persea nubigena L. Williams var. Guatemalensis);

- la race antillaise ( Persea americana Miller var. americana).

1.1 - La race mexicaine

Elle est originaire des hautes terres du Mexique; relativement rustique par son adaptation aux basses températures, cette race est assez différente des deux autres par plusieurs caractères botaniques:

- les feuilles sont, en général, petites et dégagent une odeur d'anis caractéristique lorsqu'on les froisse;

- les fleurs sont plus pubescentes et la floraison est plus précoce que chez les autres races; l'écart floraison-récolte est de 7 à 9 mois;

- les fruits sont petits, dépassant rarement 250 g; leur peau est très mince et lisse; la teneur en huile de la pulpe est élevée (> 15 %), celle-ci est souvent fibreuse; le noyau est généralement gros et parfois libre.

Cette race est, également, tolérante aux températures élevées et à des degrés hygrométriques relativement bas. Par contre, elle est très sensible à la salinité. Elle est plus tolérante au Phytophthora cinnamomi que les autres races. Ce champignon parasite des racines, qui cause de très graves dégâts (dépérissement des arbres), sera étudié au chapitre V: Ecologie.

La race mexicaine, par elle-même, présente peu d'intérêt au point de vue commercial car la majorité des fruits sont de trop petit calibre; par contre, elle présente un avantage lorsque la résistance au froid et la tolérance au Phytophthora sont des caractères recherchés en qualité de porte greffe (ex.: variété 'Duke') ou en qualité de géniteur dans un programme d'hybridation. Enfin, sa forte teneur en matières grasses est une caractéristique intéressante lorsque les fruits sont utilisés pour la production d'huile.

1.2 - La race guatémaltèque

La race guatémaltèque se caractérise par des feuilles plus grandes, vert foncé uniforme sur les deux faces et sans odeur d'anis. Par ailleurs, sa tolérance au froid, bien qu'étant inférieure à celle de la race mexicaine, est intéressante pour les zones marginales de culture. Le volume des fruits peut varier considérablement mais, d'une manière générale, ils sont plus gros que ceux de la race précédente. Leur peau est épaisse, très dure et verruqueuse. Proportionnel à la grosseur du fruit, le noyau est presque toujours adhérent. La teneur en huile est moyenne (10 à 20 %). L'écart floraison-récolte est de 8 à 10 mois, quelquefois plus dans les régions froides de Californie (12 à 14 mois). Cette race est un bon géniteur pour la création d'hybrides interraciaux (apport de gènes relatifs à la petite dimension du noyau).

1.3 - La race antillaise (appellée «West Indian Avocado» par les anglo-saxons)

Malgré son nom, cette race n'est pas originaire des Antilles mais probablement de Colombie; elle se caractérise par des grandes feuilles d'un vert moins prononcé que la race guatémaltèque, sans odeur d'anis.

Les fruits sont généralement gros, de 400 g à plus de 900 g. Leur peau est relativement mince lisse, luisante, de couleur vert tendre ou jaune verdâtre ou rougeâtre à maturité. La pulpe est aqueuse, pauvre en huile (< 10 %); le noyau, souvent libre, est gros, à surface plus ou moins côtelée.

Les deux variétés les plus cultivées et les plus commercialisées dans le monde.


Hybride de races guatémaltèque x mexicaine. Fruits: 250 à 400 g.


Race guatémaltèque.


Fuerte.


Haas - Fruits 250 à 300 g.


Variétés de race mexicaine.(1)


Variétés de race mexicaine.(2)


Variétés de race mexicaine.(3)


Variétés de race guatémaltèque. (1)


Variétés de race guatémaltèque.(2)


Variétés de race guatémaltèque.(3)


Variétés de race guatémaltèque.(4)


Variétés de race antillaise.(1)


Variétés de race antillaise.(2)

Cette race est la plus sensible au froid et à l'aridité, mais elle est la plus tolérante à la salinité. L'écart floraison-récolte est de 5 à 7 mois.

Les fruits de la race antillaise sont fragiles; ils présentent souvent des phénomènes de brunissement interne (chilling injury) aux températures habituellement utilisées pour le stockage et le transport réfrigéré (+6°C, + 8°C) des fruits des autres races. Les variétés antillaises sont, en général, bien adaptées aux régions tropicales humides et sont plus généralement destinées à l'approvisionnement des marchés locaux.

Dans les pays tropicaux où les trois races sont présentes à la même latitude, la race antillaise est cultivée du niveau de la mer à 1000 mètres, la race guatémaltèque de 800 à 1800 mètres, la race mexicaine de 1500 à 2 500 mètres.

Il faut indiquer qu'il n'existe pas d'incompatibilité entre ces trois races qui sont interfertiles et que la plupart des grandes variétés commerciales sont des hybrides interraciaux; par exemple, la variété la plus mondialement connue, 'Fuerte', est un hybride naturel 'mexicain x guatémaltèque'. Le tableau I résume les caractères permettant de différencier les trois races entre elles.

2. Description des variétés d'avocatiers

On connaît plus de 220 variétés d'avocatiers dont le quart sont des hybrides des différentes races. Bien entendu, toutes ces variétés ont des intérêts divers, aussi nous limiterons nos descriptions à celles les plus intéressantes sur le plan commercial.

2.1 - Variétés de race mexicaine

Tableau I Caractères de différenciation entre les trois races d'avocatiers (d'après B.O. Bergh)

Caractères

Race mexicaine

Race guatémaltèque

Race antillaise

Arbre




Adaptation à un climat de type

Semi-tropical à méditerranéen

Subtropical

Tropical

Tolérance au froid

Le plus tolérant (- 5 à -7°C)

Moyennement tolérant (-2°C à -4°C)

Sensible (- 1 à - 2°C)

Tolérance à la salinité


Moyennement tolérant

Tolérant

Tolérance au Phytophthora

Légèrement tolérant

Sensible

Très sensible

Pubescence

Très pubescent

Peu pubescent

Peu pubescent

Taille des feuilles

Petites

Moyennes à grandes

Grandes

Couleur des feuilles adultes

Vert pâle cireux

Vert foncé

Vert clair

Odeur

Forte odeur d'anis

Sans odeur d'anis

Sans odeur d'anis

Pérlanthe




Persistance

Très persistant

Peu persistant

Peu persistant

Couleur

brun

Vert

Vert rougeâtre

Fruit




Forme

Allongé

Arrondi

Allongé

Calibre

Petit

Variable

Variable à gros

Couleur

Brun

Vert


Peau

Très mince, cireuse

Epaisse, rugueuse

Mince, brillante

Teneur en huile

Elevée

Moyenne

Faible

Présence de fibres

Fréquent

Rare

Rare

Conservation au froid

Très bonne

Bonne

Mauvaise

Noyau

Gros, parfois libre, lisse

Petit, adhérent, lisse

Gros, parfois libren rugueux

Cotylédons

Lisses et minces

Lisses et minces

Rugueux et épais

Ecart floraison-récolte

7 à 9 mois

10 à 12 mois

5 à 7 mois

Vingt pour cent des variétés appartiennent à la race mexicaine, parmi la quarantaine connue, nous en décrivons cinq:

- 'Duke': variété du groupe A. Fruit vert, presque lisse, piriforme, d'environ 300 g. de qualité excellente; teneur en huile de la pulpe de 22 %. Cette variété est très vigoureuse, productive et résistante au froid et au vent. Elle a été sélectionnée en Californie à usage de porte- greffe, puis multipliée par voie végétative, en raison d'une certaine tolérance constatée à l'égard du Phytophthora cinnamomi.

- 'Gottfried': variété du groupe A originaire de Floride, portant des fruits piriformes allongés, petits à moyens (200 à 400 g). Peau lisse, brillante, de couleur vert foncé, devenant violacé à maturité. Chair vert clair, onctueuse, de bonne qualité, ayant parfois quelques fibres; noyau adhérent; teneur en huile de 9 à 15 %.

- 'Mexicola': variété du groupe A. Petit fruit noir, lisse, sphérique à piriforme, à peau mince; poids de 100 g à 200 g; de qualité excellente mais à gros noyau. Intéressant pour sa richesse en huile (20 à 22 %) et sa résistance au froid.

- 'Topa Topa' : variété du groupe A. Fruit de 200 à 300 g. noir violacé, lisse, luisant, de forme allongée, piriforme, noyau libre. Fruit de qualité médiocre. Teneur en huile de 15 %. Cette variété tolérante au froid est utilisée comme porte-greffe et comme pollinisateur de la variété 'Fuerte'.

- 'Zutano': variété du groupe B encore cultivée sur une assez grande échelle en Californie. Arbre à port érigé, assez résistant au froid, peu alternant. Fruit piriforme de 200 à 400 g, de couleur vert clair, finement ponctué de vert jaune. Chair ferme de bonne qualité; teneur en huile de 15 à 18 %.

2.2 - Variétés de race guatémaltèque

Cette race comporte le plus grand nombre de variétés:

- 'Anaheim': variété du groupe A. Arbre à port érigé. Fruit vert, moyennement rugueux, luisant, elliptique, d'un poids moyen de 400 à 700 g, noyau pointu. Très bonne qualité organoleptique.

Teneur en huile de 10 à 15 %. Variété très productive mais sensible au froid.

- 'Corona': variété cultivée au Chili; assez résistante au froid. Arbre peu vigoureux mais de bonne productivité. Fruit ovale à piriforme, de couleur vert foncé, de 200 à 300 g. à peau épaisse. Chair de bonne qualité renfermant 20 à 23 % d'huile. Noyau relativement petit et adhérent.

- 'Edranol': variété du groupe B largement cultivée en Afrique du Sud et en Australie. Arbre vigoureux assez résistant au froid. Fruit vert olive, légèrement rugueux, piriforme, d'un poids moyen de 250 à 350 g. Peau fine pour une variété guatémaltèque, coriace; noyau très petit. Teneur en huile de 2 à 22 %.

- 'Gwen': variété récente du groupe A. Fruit vert foncé à peau épaisse, de forme ovoïde et de poids moyen de 140 à 350 g. Chair crème clair d'excellente qualité. Noyau moyen.

- 'Hass': variété du groupe A. Hautement productive et très cultivée au Mexique, en Californie, en Israël et en Espagne. Fruit vert, piriforme, poids moyen de 250 à 350 g. devenant brun à maturité. La peau est fine mais verruqueuse. Le noyau est petit, adhérent. Chair ferme d'excellente qualité, non fibreuse, contenant 18 à 23 % d'huile.

- 'Linda': variété du groupe B. originaire de Californie. Fruit elliptique, très volumineux, d'un poids variant de 500 à 1 000 g. Couleur rouge sombre à maturité. Chair jaune et excellente. Noyau petit et libre. Teneur en huile de 15 à 20 %. Le calibre et la couleur de ce fruit, par ailleurs excellent, nuisent beaucoup à sa commercialisation.

- 'Nabal': variété du groupe B. Fruit à coque très épaisse, quelquefois sphérique, mais ordinairement ovoïde, vert sombre, plus ou moins lisse en fonction de la zone de culture, d'un poids moyen de 300 à 500 g. Noyau assez petit et rond, adhérent à la chair. Teneur en huile de 12 à 5 %.

- 'Reed': variété du groupe A, cultivée en Californie, dont les caractéristiques du fruit sont proches de celles de Nabal.

- 'Sharwil': variété du groupe B cultivée en Australie, tolérante au froid. Fruit de couleur verte, d'un poids moyen de 350 g. à petit noyau.

- 'Taylor': variété du groupe A. Fruit vert sombre, de poids moyen de 300 à 500 g. ovale ou piriforme, peau rugueuse, chair jaune pâle, d'excellente qualité. Teneur en huile de 13 à 17 %. Variété vigoureuse, productive, assez résistante au froid. Le port très élancé de l'arbre rend la cueillette assez difficile.

- 'Tonnage': cette variété du groupe B a pour origine un semis de 'Taylor'. Fruit piriforme, avec le pédoncule placé obliquement, noyau de taille moyenne, faiblement adhérent. Poids moyen de 350 à 500 g. Peau vert sombre, granuleuse, épaisse. Chair jaune pâle contenant 10 à 12 % d'huile. Plus précoce que 'Lula', cette variété semble présenter un intérêt aux Antilles.

2.3 - Variétés de race antillaise

Quinze pour cent des variétés connues appartiennent à cette race. Parmi la trentaine de variétés décrites citons:

- 'Peterson': variété du groupe A, précoce, très connue en zone tropicale humide. Arbre très vigoureux, ayant un port en boule compacte très caractéristique. Fruit ovale à sphérique, d'un poids moyen de 200 à 400 g. Peau très fine, lisse, brillante, de couleur vert franc devenant clair à maturité. Chair jaune franc de bon goût, contenant 4 à 7 % d'huile. Noyeau petit, aplati, adhérent. Les fruits sont en grappe serrée, nécessitant parfois un éclaircis sage; ils sont sensibles aux coups de soleil et très sensibles au Cercospora. Cette variété ne s'est pas développée sur les marchés d'exportation à cause de sa forme et de sa sensibilité aux basses températures de conservation.

- 'Pollock': variété du groupe B. Arbre à port étalé, produisant des fruits oblongs, lisses, de gros calibres, poids moyen de 400 g à 1 000 g. Peau fine, souple, peu résistante, de couleur vert clair à vert jaune à maturité. Chair jaune d'or de bonne qualité, à faible teneur en huile: 3 à 6 %. Fruit très fragile, rendant très difficiles les transports maritimes réfrigérés. Variété très précoce, largement cultivée en Floride et en zone tropicale humide. Elle ne présente un réel intérêt que pour les marchés intérieurs. Le calibre du fruit et la difficulté de conservation la font rejeter des marchés d'exportation sur l'Europe. Cette variété est moins sensible au Cercospora que 'Peterson'.

- 'Waldin': variété du groupe A. Fruit oblong à ovale, avec un aplatissement caractéristique sur le côté. Peau lisse vert pâle à jaune verdâtre. Chair de qualité moyenne, jaune pâle ou verdâtre. Poids moyen de fruits de 400 à 800 g. Noyau moyen à gros, faiblement adhérent. Teneur en huile de 6 à 8 %. Production en Floride d'octobre à décembre. L'arbre est vigoureux, à croissance rapide. Recommandé comme porte-greffe dans le sud de la Floride.

2.4 - Hybrides guatémaltèque x mexicain

Sur la vingtaine d'hybrides cultivés mentionnons:

- 'Bacon': cette variété du groupe B à port érigé est résistante au froid. Fruit ovoïde de couleur vert brillant, poids moyen de 250 à 300 g. Noyau adhérent. Teneur en huile de 16 à 18 %.

- 'Ettinger': cette variété du groupe B. vigoureuse, à port érigé, est essentiellement cultivée en Israël. Fruit piriforme, de couleur vert brillant, à peau fine, d'un poids moyen de 250 à 350 g. contenant 18 à 22 % d'huile. Noyau moyen, parfois non adhérent.

- 'Fuerte': variété du groupe B. commercialement et mondialement la plus connue. Fruit vert, piriforme, de calibre plutôt petit, poids moyen de 250 à 400 g. peau fine s'enlevant facilement, noyau moyen de forme conique. Chair excellente, de couleur jaune pâle et verdâtre près de la peau, teneur en huile de 16 à 25 %.

Cette variété est la plus cultivée en Californie et en Israël et elle tient une place importante au Brésil, en République Sud-Africaine et en Espagne. En Floride et en zone tropicale humide, elle est peu productive. C'est une variété assez résistante au froid, dont les fruits ont une bonne aptitude à la conservation à basse température (6°C). En zone tropicale humide, Fuerte ne doit être cultivée qu'en altitude.


Variétés hybrides de races guatémaltèque x mexicaine.


Variétés hybrides de races guatémaltèque x mexicaine.


Variétés hybrides de races guatémaltèque x mexicaine.


Variétés hybrides de races guatémaltèque x mexicaine.

- 'Lula': variété du groupe A, précoce, très cultivée en Floride et en Martinique. Peu alternante, elle procure des rendements élevés aux Antilles (> 15 t/ha). Fruit vert clair, piriforme, à peau presque lisse, poids moyen de 350 à 500 g. Chair jaune pâle, de très bonne saveur. Noyau assez gros, adhérent. Teneur en huile de 8 à 12 %. Variété à port érigé, sensible au Scab. Bien adaptée au transport maritime réfrigéré.

- 'Nowels': variété du groupe A à port semi-érigé, tolérante au froid, alternante. Fruit piriforme, de couleur verte, à peau épaisse, d'un poids moyen de 200 à 300 g. Chair ferme, de bonne qualité, contenant 16 à 20 % d'huile. Noyau adhérent.

- 'Regina': Variété du groupe A à port semi-étalé, tolérante au froid, ayant donné de bons résultats en Corse et en Californie. Arbre vigoureux, très productif mais alternant; Fruit piriforme, de couleur verte, à peau assez épaisse, d'un poids moyen de 200 à 300 g. Noyau petit, adhérent. Teneur en huile de 18 à 20 %.

- 'Rincon': variété du groupe A, assez tolérante au froid, ayant donné des résultat intéressants dans certaines régions de Californie. Arbre peu vigoureux, à port étalé, très productif mais alternant; Fruit piriforme, de couleur vert brillant, à peau épaisse et lisse, d'un poids moyen de 200 à 300 g. Noyau adhérent. Teneur en huile de 16 à 18 %.

- 'Ryan': variété du groupe B, cultivée en Afrique du Sud. Fruit vert, piriforme, à peau coriace, peu rugueuse, d'un poids moyen de 250 à 400 g. Noyau assez gros. Chair de bonne qualité, teneur en huile de 20 %.

- 'Whitsell': variété récente du groupe B. Fruit vert à peau épaisse, de forme ovoïde et de poids moyen de 200 à 400 g. Chair jaune crème, de bonne qualité, riche en huile. Cette variété est issue d'un semis de Hass.


Variétés hybrides de races guatémaltèque x antillaise.(1)


Variétés hybrides de races guatémaltèque x antillaise.(2)


Variétés hybrides de races guatémaltèque x antillaise.(3)


Variétés hybrides de races guatémaltèque x antillaise.(4)

2.5 - Hybrides guatémaltèque x antillais

La plupart de la trentaine de ces hybrides sont originaires de Floride.

- 'Booth 7' : variété du groupe B, vigoureuse et productive, très connue en Floride et dans les zones tropicales. Fruit rond, obovale, d'un poids moyen de 300 à 400 g. à peau luisante, verte, faiblement granuleuse, épaisse, ligneuse. Chair jaune clair. Noyau moyennement adhérent. Teneur en huile de 10 à 14 %. Sa forme ronde est un handicap sur le marché français.

- 'Booth 8' : variété du groupe B, la plus cultivée en Floride. Fruit ovale d'un poids moyen de 350 à 500 g. Peau de couleur verte, faiblement rugueuse, assez épaisse et ligneuse. Chair de couleur crème. Gros noyau adhérent. Teneur en huile de 8 à 16 %.

- 'Choquette': variété du groupe B très productive, alternante. Fruit ovale, de très gros calibre, poids moyen de 500 g à 1 000 g. Peau assez lisse, luisante, vert foncé, d'aspect coriace. Chair jaune. Noyau adhérent. Teneur en huile de 6 à 12 %. Cette variété est sans intérêt pour les marchés d'exportation mais est appréciée sur les marchés locaux.

- 'Hall': variété du groupe B. Fruit vert foncé, piriforme, très allongé, d'un poids moyen de 300 à 500 g. chair jaune foncé. Noyau assez gros, adhérent. Teneur en huile de 10 à 12 %. Variété productive mais alternante. La forme particulière du fruit et sa sensibilité au Scab et à la Cercosporiose constituent un frein à sa culture pour les marchés d'exportation.

- 'Hickson': variété du groupe B. très alternante. Le fruit est ovale, à peau verte, faiblement rugueuse, épaisse, fragile et cassante. Noyau petit, adhérent, chair jaune clair. Poids moyen de 300 à 500 g. Teneur en huile de 6 à 12 %.

2.6 - Hybrides mexicain x antillais

Ces hybrides sont très rares chez les variétés cultivées et, aucun, ne présente un intérêt majeur.

IV. Sélection - génétique

1. Objectifs de la sélection

Toutes les espèces de Persea sont diploïdes: 2 n chromosomes = 24.

La sélection de l'avocatier est possible car le matériel végétal disponible présente une grande variabilité génétique.

Les objectifs de la sélection de l'avocatier sont très nombreux. Certains peuvent être considérés comme généraux et entrer dans les préoccupations à des degrés variables de tous les pays producteurs d'avocats comme par exemple la résistance au Phytophthora, la haute productivité, l'absence d'alternance, la qualité de la pulpe (teneur en huile, absence de fibres), la durée de conservation des fruits après récolte; d'autres sont plus spécifiques à des contraintes particulières d'un pays producteur (facteurs édaphiques limitants) ou d'un pays consommateur (calibre des fruits, couleur, etc.).

Les objectifs de la sélection de l'avocatier s'appliquent à trois domaines plus ou moins liés:

- la sélection sur les porte-greffe;

- la sélection sur les variétés;

- la sélection sur les caractéristiques du fruit.

1.1 - Critères de sélection des porte-greffe

Nous nous limiterons à mentionner les objectifs majeurs des sélectionneurs, étant entendu qu'il n'existe pas de porte greffe «miracle», ayant toutes les qualités réunies. Comme, toujours, en agronomie, le choix d'un porte greffe est un compromis entre des caractères intéressants et d'autres moins.

1.1.1 - Tolérance ou résistance au Phytophthora

Ce champignon qui s'attaque aux racines et à la base des troncs, entraînant le dépérissement des arbres, est un des facteurs limitants majeurs de cette culture, dans de nombreuses régions, particulièrement dans celles à climat tropical humide. Il existe quelques fongicides de lutte efficaces, au moins dans le cas d'attaques de virulence modérée, mais le coût des traitements augmente fortement les frais de culture. Dans le cas de petits vergers de type familial, l'utilisation de ces fongicides est, rarement, envisageable. La sélection de porte-greffe tolérants ou résistants au Phytophthora, particulièrement à P. cinnamomi intéresse donc tous les arboriculteurs et constitue une priorité pour les sélectionneurs.

1.1.2 - Tolérance à la salinité

Ce caractère est important dans les régions où les sols et/ou les eaux d'irrigation sont salés car l'avocatier est, avec les agrumes, une espèce très sensible à la salinité (cf. chapitre V, paragraphe 2). Des résultats positifs ont été obtenus avec des plants de semis de race antillaise (cf. chapitre VI, paragraphe 2.1.1.3.).

1.1.3 - Tolérance au calcaire

L'excès de calcaire, surtout sous la forme dite «active», induit de la chlorose ferrique. Certaines lignées antillaisses et leurs hybrides sont, relativement, tolérantes à la chlorose.

1.1.4 - Tolérance au froid

Ce caractère de sélection revêt toute son importance dans les zones à risque fréquent de gelée. Les premiers résultats de sélection montrent qu'il faut rechercher ce caractère dans la race mexicaine, en rappelant toutefois que le porte-greffe bien lignifié est moins sensible au gel que la variété greffée.

1.1.5 - Induction d'un effet nanisant

Ce critère de sélection peut présenter un intérêt en zone tropicale humide, où la croissance est rapide et le développement des arbres important, ce qui rend difficile la récolte et la réalisation des traitements antiparasitaires. Les lignées mexicaines apportent une petite contribution à cet objectif

1.2 - Critères de sélection des variétés

Deux aspects sont à considérer, d'une part les caractéristiques physiologiques de la variété, d'autre part celles des fruits. Comme pour les porte-greffe le choix d'une variété est un compromis entre divers caractères plus ou moins présents, énumérés ci-dessous.

a) Aspect physiologique: facilité de greffage et croissance rapide du greffon; bonne productivité tout en ayant un développement de la frondaison modéré; tolérance au froid, à la chaleur et/ou à la salinité selon les conditions écologiques; tolérance aux attaques des ravageurs et aux maladies cryptogamiques; précocité de première mise à fruit; périodes de récolte; homogénéité de la maturité sur l'arbre; absence d'alternance.

b) Aspect caractéristique de la récolte et qualité des fruits: facilité de cueillette; calibre, forme et homogénéité; couleur et épaisseur de la peau; résistance aux ravageurs et aux maladies; dimension et adhérence du noyau; maturité homogène de la pulpe et sa couleur; absence de fibres; goût et parfum; haute teneur en lipides, surtout pour les avocats cultivés pour la production d'huile; longue durée de conservation sur l'arbre avant la récolte et après.

Il appartient à l'arboriculteur de choisir, parmi le grand nombre de variétés existantes celles convenant le mieux en fonction des conditions écologiques, de celles du marché et de l'utilisation des fruits consommés frais ou destinés à la transformation.

2. Méthodes de sélection de l'avocatier

A cause du phénomène de dichogamie, on peut considérer l'avocatier comme une plante allogame, ce qui signifie que les populations naturelles d'avocatiers sont constituées d'hybrides créés à chaque génération par la dispersion aléatoire du pollen. Elles sont, par conséquent, très hétérogènes.

Les principes de la sélection sont ceux utilisés, couramment, pour les diverses espèces fruitières: sélection massale basée sur le phénotype, sélection clonale, sélection après reproduction sexuée, autopollinisation, hybridation, mutations induites par des produits radioactifs ou avec la colchicine.

V. Ecologie

1. Exigences climatiques

1.1 - Généralités

Comme nous l'avons indiqué au début de cet ouvrage (Aires de culture de l'avocatier dans le monde), cette espèce est susceptible d'être cultivée sous des climats très différents, de l'équateur à 43 degrés de latitude, qui correspond à celle de la Corse dans l'hémisphère nord, et du niveau de la mer jusqu'à 2 500 mètres d'altitude au Mexique, au Guatémala et au Rwanda. Dans une étude sur le climat des aires d'origine des avocatiers, J.C. PRALORAN (1970) observe que les trois races ont en commun deux exigences climatiques:

· une saison sèche marquée, pour induire une bonne floraison. Dans les régions à climat tropical humide, où les saisons sèches sont courtes et peu marquées, les floraisons sont moins abondantes et plus étalées.

· des températures minimales ne s'abaissant pas au dessous de 7°C et des températures maximales atteignant au moins 19 et 20°C à l'époque de la floraison, pour que le phénomène de dichogamie, entre les variétés des groupes A et B. se produise sans perturbation.

Le second point, qui ressort de cette étude, concerne le comportement similaire des variétés d'origines mexicaine et guatémaltéque, et au contraire, les différences de réaction des variétés dites antillaises, d'origine colombienne. Les deux premières races citées, ainsi que certains hybrides, ont une bonne résistance au froid. Ces deux races végètent encore normalement dans les climats caractérisés par des températures moyennes modérées ou faibles.

La maturation de leur fruit n'exige pas beaucoup de chaleur. Cependant, leur acclimatation en Californie, au Maroc et en Israël prouve, aussi, leur résistance à de fortes chaleurs.

Au contraire, les variétés antillaises sont, typiquement, des variétés de climat tropical à saison sèche marquée.

Grâce à l'existence de trois races issues, probablement, d'une très ancienne sélection ayant eu pour objet, une adaptation à certains types de climats, les avocatiers offrent une gamme de variétés adaptées à des conditions climatiques très varices, et en conséquence, de nombreuses régions sont favorables à leur culture. Mais, compte tenu de cette diversité, la réussite d'une plantation d'avocatiers dépend, en grande partie, du choix judicieux des variétés et des porte- greffe, en fonction de leurs exigences climatiques.

Avant d'étudier plus en détail l'influence des diverses composantes du climat sur le comportement de l'avocatier, précisons les principales exigences climatiques des trois races qui sont:

· Des besoins en chaleur faibles pour la race mexicaine, moyens pour la race Guatémaltèque, élevés pour la race antillaise.

· Des besoins en eau relativement faibles pour la race mexicaine, moyens pour les races guatémaltèque et antillaise.

· Pour ces trois races, des besoins élevés d'ensoleillement (2 300 à 2 500 heures par an).

1.2 - Température et résistance au froid

Elle joue un grand rôle: les variétés des pays froids poussent bien en climat tropical humide mais ne produisent pas. En revanche, les variétés adaptées à ce type de climat peuvent être détruites par le froid. D'une manière générale, comme toute espèce fruitière, la croissance et le cycle de production sont d'autant plus courts que la température est plus élevée. L'optimum est de 25°C pour la moyenne des mois chauds est de 15°C pour la moyenne des mois froids.

En ce qui concerne les températures minimales, il est difficile de donner des valeurs précises car les effets du froid dépendent, pour une même variété, de nombreux facteurs, en particulier:

· de l'âge de l'arbre, de sa vigueur, du stade végétatif et de son état sanitaire;

· de la durée des basses températures et de leur fréquence, ainsi que du passage plus ou moins rapide des températures positives aux températures négatives.

A titre d'ordre de grandeur, indiquons comme températures critiques: - 5 à 7°C pour les variétés de race mexicaine; - 2 à - 4°C pour les variétés de race guatémaltèque; 0 à - 2°C pour les variétés de race antillaise.

Parmi les variétés commerciales citées au chapitre III: Bacon, Duke, Fuerte, Topa Topa, Zutano ont une bonne résistance au froid; Edranol, Hass, Nabal, Taylor sont sensibles (- 2°C); Anaheim, Booth 7 et 8, Choquette, Hickson, Lula, Peterson, Pollock et Waldin sont très sensibles (1°C);

Des températures trop élevées et prolongées, supérieures à 36°C, peuvent, aussi, avoir des effets néfastes, sur le feuillage (flétrissement), sur la fécondation (dessication du pollen et des pièces florales), sur la nouaison (chute des fruits par abaissement excessif de l'humidité de l'air). Les vents chauds et secs sont, aussi, préjudiciables; ils peuvent faire avorter les fleurs et faire tomber les jeunes fruits. La chair des fruits est altérée au dessus de 45°C.

Comme nous l'avons mentionné au paragraphe traitant de la biologie florale (chapitre II), le mécanisme dichogamique de la floraison est soumis à l'influence de la température. La durée du cycle floral diminue quand la température augmente.

La température joue un rôle, également, sur le processus de maturation des fruits sur l'arbre et sur leur qualité. Les fruits peuvent, après leur complet développement, rester d'autant plus longtemps sur l'arbre que la température est modérée.

Au Cameroun, pour une même variété, une amélioration de la qualité (saveur, teneur en huile) est constatée avec l'altitude, donc avec l'abaissement des températures et, dans ce cas particulier, avec l'accroissement de la durée annuelle d'insolation.

1.3 - Pluviométrie - hygrométrie

En examinant la pluviométrie des aires d'origine de l'avocatier, on remarque que celle-ci est très variable en quantité annuelle et inégalement répartie en fonction de l'altitude. Pour ne rappeler que les extrêmes, on relève 665 mm à Toluca et 1562 mm à Jalapa pour les hautes terres du Mexique, 671 mm à Quetzaltenango et 1 394 mm à Observatorio pour les hautes terres du Guatemala, 1137 mm à Aracetaca et 1475 mm à Santa Marta pour les basses terres de Colombie.

Apparemment, l'avocatier aurait une grande souplesse d'adaptation à la pluviosité; cependant, il faut souligner que les faibles précipitations relevées en altitude sont compensées par une humidité relative élevée et des basses températures. Il faut également rappeler que les variétés d'origine mexicaine ou guatémaltèque sont moins exigeantes en eau que les variétés antillaises.

Dans la plupart des pays producteurs d'avocats, une pluviométrie déficitaire, lorsqu'elle existe, est compensée par l'irrigation (Californie, Israël, Floride, Afrique du Sud, côte Sous-le-Vent en Martinique, Corse, etc.). On indiquera à cet effet, dans le chapitre consacré à la phytotechnie, les techniques d'irrigation recommandées pour l'avocatier.

D'une manière générale, l'avocatier exige une quantité d'eau bien répartie, de l'ordre de 1 200 à 1 600 mm/an. Les besoins sont variables en fonction des stades végétatifs, faibles durant la période d'induction florale ou de repos végétatif, plus élevés de la nouaison à la récolte.

L'avocatier exige également une humidité suffisamment élevée au moment de la floraison (70 à 80 %), puis plus modérée pendant la phase de grossissement des fruits. Un degré hygrométrique trop élevé est favorable au développement de maladies et de certains ravageurs tant sur les feuilles que sur les fruits (en particulier Cercosporiose, Scab, Anthracnose, Thrips et Cochenilles).

Un déficit hydrique de courte durée (2 mois) est favorable à une initiation florale, notamment sous certains climats tropicaux non caractérisés par des abaissements de température suffisants pour entraîner un arrêt complet de végétation.

Une pluviosité excessive au moment de la floraison, provoque des phénomènes de couture pouvant entraîner une chute de production importante. D'autre part, des précipitations trop fréquentes nuisent à l'efficacité des traitements fongicides souvent nécessaires dans les zones tropicales humides, et gênent les travaux de cueillette dans les pays où la récolte a lieu en saison des pluies.

Enfin, une pluviosité annuelle élevée (> 1 800 mm), surtout si elle est inégalement répartie au cours de l'année, donc avec des mois très pluvieux (> 300 mm), augmente les risques de développement du Phytophthora. Lorsque les sols ne drainent pas parfaitement, il est, souvent, préférable d'établir les vergers dans des régions moins humides (800 à 1 200 mm/an) et d'irriguer en saison sèche.

1.4 - Le vent et la grêle

Comme la majorité des arbres fruiters, l'avocatier est sensible à tous les vents et pas seulement aux vents violents du type, tornades ou cyclones, qui brisent les branches ou déracinent les arbres et font chuter les fleurs et les fruits.

Les fleurs peuvent être détruites par les vents secs et, par son action mécanique. Tous les vents peuvent provoquer indirectement des blessures sur les fruits, par frottement ou par transport de grains de sable. Les dégâts par frottement sont, particulièrement, fréquents sur les variétés fructifiant en grappes telles que: «Peterson», «Booth 7 et 8»,«Lula».

Les vents secs (ex. siroco, harmattan) sont préjudiciables à la plante d'une façon générale (forte augmentation de l'évapotranspiration), mais surtout en période de floraison.

La grêle peut, aussi, provoquer des dégâts sur les fruits.

Enfin, mentionnons que l'avocatier est sensible aux embruns salés qui provoquent des nécroses marginales sur les feuilles.

1.5 - Luminosité

L'avocatier est une plante héliophile; les régions dont l'ensoleillement est supérieur à 2 000 h/an lui sont favorables (ex.: en Californie et Israël, ensoleillement de 3 000 à 3 500 h/an). Cependant, un rayonnement trop intense peut occasioner des brûlures sur les branches, les troncs ou les fruits. On peut protéger les arbres des brûlures par blanchiment des charpentières et des troncs, par un badigeon de lait de chaux ou, dans le cas des jeunes arbres, par une protection avec des petites ombrières disposées au dessus ou autour.

2. Exigences édaphiques

Le premier facteur à prendre en compte est l'état de drainage du terrain : drainages externe et interne. L'avocatier est, avec les agrumes, mais encore davantage, extrêmement sensible à l'hydromorphie du sol, même lorsque celle-ci est faible et temporaire. Cette sensibilité tient à la présence d'un champignon du genre Phytophthora, qui s'attaque aux racines et à la base du tronc. Ce parasite que nous avons, déjà, mentionné dans les pages précédentes, se développe non seulement dans les sols où il y a des caractères d'hydromorphie identifiables à l'observation morphologique du profil (taches rouille ou noires d'oxydoréduction du fer ou du manganèse), mais aussi dans les sols où la macroporosité est faible. Les terres à texture sableuse, particulièrement celles riches en sable grossier, ont les macroporosités les plus élevées. C'est pour cette raison que, dans les régions tropicales, les sols à texture sableuse sont ceux qui conviennent, généralement, le mieux à la culture de l'avocatier. D'autre part, dans la majorité des cas, ces sols ont une perméabilité élevée et se ressuyent rapidement après une pluie.

Le second facteur à considérer est la position topographique, laquelle interfère, aussi, sur l'humidité et le drainage du sol. Les terrains situés en haut ou milieu de versant se ressuyent plus rapidement que ceux situés en bas de versant ou dans les bas-fonds qui reçoivent de l'eau de l'amont (drainage oblique; éventuellement eaux de ruissellement). La texture sableuse du sol n'est, donc, pas, toujours, un critère de choix suffisant. On préfèrera les terrains situés en milieu et haut de versant ou sur un plateau plutôt que ceux situés en bas de versant ou dans une dépression. D'autre part, quelles que soient les caractéristiques physiques du sol, il faut éliminer les zones inondables.

Un troisième facteur à prendre en compte est la profondeur du sol qui doit être de 1 mètre au minimum mais mieux de 1,50 mètres, afin de permettre aux racines, et, en particulier aux pivotantes, d'exploiter un volume de sol maximum.

La profondeur peut être limitée par un horizon induré (ex. carapace, cuirrasse latéritique, tuf calcaire ou volcanique), par la roche mère, par une nappe phréatique temporaire (saison des pluies) ou permanente, par un horizon toxique chimiquement (ex. sels). Indépendamment d'empêcher le développement racinaire, la présence d'un horizon induré ou de roches peut induire de l'hydromorphie, en favorisant la formation d'une nappe d'eau en dessus, dite nappe «suspendue».

Une exception concerne les horizons graveleux ou caillouteux qui limitent la profondeur de terre utile pour les racines, sans pour autant être un obstacle à l'infiltration des eaux pluviales. La présence de graviers (éléments de 0,2 à 2 centimètres) dans une proportion de 10 à 15 % du volume de terre n'est pas un inconvénient majeur. Dans les sols volcaniques, la présence de graviers de ponce (ex. lapillis synonyme: pouzzolane) est même plutôt un facteur favorable car ces éléments grossiers améliorent la perméabilité et la macroporosité du sol.

En résumé, en l'état actuel de la culture de l'avocatier, pour les zones tropicales humides (pluviosité annuelle > 1200 mm) nous conseillons de limiter les aires de culture aux sols à texture sableuse ou sablo-argileuse, avec un drainage externe et interne parfait. Du point de vue climatique, il est préférable de choisir des zones où il faudra irriguer plutôt que des zones où la pluviosité est abondante (> 1 800 mm par an). Précisons que ces conditions écologiques sont définies en fonction des risques d'attaques des racines et/ou des troncs par le Phytophthora cinnamomi. Le jour où l'on disposera d'un porte greffe très résistant à ce champignon et que les techniques de multiplication utilisées, actuellement, ou à l'étude permettront la production d'un porte-greffe par voie végétative, à des coûts modérés, le problème se posera différemment (cf. chapitre VI, paragraphe 2). En effet, l'avocatier végète très bien dans les sols à texture moyennement ou fortement argileuse pourvu que ceux-ci aient une bonne structure et drainent correctement.

En ce qui concerne les caractéristiques chimiques, l'avocatier, comme la majorité des plantes cultivées, préfère les terres riches en éléments fertilisants. Toutefois, dans la mesure où il est possible de fertiliser, donc de corriger les déficiences du sol, seuls certains éléments à des quantités toxiques pour la plante constituent un facteur limitant majeur pour cette culture. La toxicité aluminique ou manganique peut être supprimée en élevant le pH au dessus de 4,5 à 5,0 par des apports d'amendements calciques ou calco-magnésiens, ainsi que par des apports de phosphates calciques. La toxicité due à des excès de sels divers est beaucoup plus difficile à maîtriser. Il existe des techniques d'amélioration des sols salés mais, compte tenu de la très grande sensibilité de l'avocatier aux sels, il est préférable d'éviter de cultiver cette espèce fruitière dans les sols salés et dans les régions où il est nécessaire d'irriguer, quand les eaux sont salées. Les deux ions les plus toxiques sont le chlore et le sodium. Les seuils de toxicité de Cl- dans la solution du sol (extrait de pâte de terre saturée d'eau) sont respectivement de: 5,0, 6,0 et 7,5 mé/l pour les races: mexicaine, guatémaltèque et antillaise. En ce qui concerne le sodium, le degré de saturation en sodium du complexe absorbant (Na échangeable x 100/capacité d'échange cationique; avec Na et CEC exprimés en mé/100 g de terre), doit être inférieur à 15 %.

Le bore, contrairement au sodium, est un élément essentiel à la croissance des plantes. Les besoins sont relativement faibles, aussi les limites entre les seuils de déficience et de toxicité sont étroites. Bien que ces seuils varient selon les types de sol, on peut considérer comme ordre de grandeur des teneurs critiques minimale et maximale: 0,5 à 1,5 mg/kg de terre, pour le bore analysé par la méthode de Berger et Truog (extraction à l'eau bouillante).

Autant il est facile de corriger la carence en bore par des pulvérisations foliaires d'une solution de pentaborate de soude à 0,2 %, à répéter, si nécessaire, 2 à 3 fois en cours de végétation, autant il est difficile de lutter contre un excès et cela est valable pour tous les éléments. Le lessivage, dans la zone racinaire par un excès d'eau d'irrigation est une technique, à condition que l'eau ne contienne pas du bore en excès. Les autres techniques préconisées sont d'augmenter un peu la fumure azotée et, dans les terres acides, d'apporter de la chaux afin d'accroître le pH du sol, ce qui diminue la solubilité du bore.

Concernant le pH, dans les régions tropicales humides, l'avocatier végète bien dans les sols à pH compris entre 5,5 et 6,5 mais ces limites ne sont pas strictes. Il faut, toutefois éviter les sols à pH < 5 car, en dessous de cette valeur, les teneurs en aluminium et en manganèse augmentent. En Israël et en Floride, l'avocatier est cultivé sur des sols calcaires, donc à pH basique. Certains sols à pH trop élevé (pH > 8) peuvent induire des chloroses ferriques. Les porte-greffe les plus tolérants au calcaire peuvent supporter jusqu'à 15 % de CO 3Ca «actif».

3. Qualité de l'eau d'irrigation

La principale qualité d'une eau utilisée pour l'irrigation est de ne pas être salée. Dans les régions où il peut exister un doute sur la qualité de l'eau, il est indispensable de faire effectuer des analyses d'eau. La composition d'une eau variant au cours de l'année, il est souhaitable de l'analyser en fin de saison sèche et en fin de saison des pluies.

Le seuil de tolérance de la conductivité électrique (ECW) est de 0,9 dS/m. Une EC W de 1,7 réduit le rendement potentiel de 25 % et une EC W de 2,4 de 50 %.

Comme pour le sol, les seuils de tolérance au chlore varient selon le porte greffe: race mexicaine 3,3 mé/l, race guatémaltèque: 4,0 mé/l, race antillaise 5,0 mé/l, Pour le chlorure de sodium, les auteurs américains et israéliens indiquent les limites suivantes: race mexicaine: 120 à 150 mg/l, race guatémaltèque: 200 à 250 mg/l, race antillaise: 350 à 500 mg/l, II faut rappeler que l'utilisation de toute eau salée, même faiblement, nécessite de prendre un certain nombre de précautions dans la conduite des irrigations et, dans ce cas, les conseils d'un spécialiste sont recommandés.

En ce qui concerne le bore, il est souhaitable que l'eau d'irrigation n'en contienne pas plus de 0,5 à 0,75 mg/l,

La teneur en fer doit être, également, prise en compte pour le choix du système d'irrigation. Quand les eaux sont ferrugineuses (> 1 mg/l de Fe) le fer précipite dans les canalisations et colmate les goutteurs et les micro-jets.

Les eaux calcaires provoquent des inconvénients similaires dus au dépôt de calcaire, principalement à la sortie des distributeurs. Les solutions techniques pour pallier ce problème sont plus faciles à réaliser et moins onéreuses que pour les dépôts de fer (nettoyage avec des solutions anticalcaires).

VI. La multiplication de l'avocatier

«La propagation de l'avocatier se fait soit par voie sexuée (semis), soit par voie asexuée dite voie végétative (bouturage, marcottage, greffage, culture de tissus in vitro ).

Qu'il s'agisse de multiplication sexuée ou asexuée, mais surtout de la seconde, ce travail nécessite une bonne technicité de la part du praticien, technicité qui ne s'acquiert pas, uniquement, dans les livres mais par des stages de terrain, chez un pépiniériste compétent. Il n'est pas possible dans le cadre de ce livre, de traiter ce sujet qui justifie, à lui seul, un ouvrage de ce type (en préparation). Aussi, nous nous limiterons à résumer les différentes techniques de multiplication. L'arboriculteur aura, rarement, intérêt à produire les plants lui-même et aura avantage à les acheter dans une pépinière vendant des plants sains et vigoureux. C'est un mauvais calcul de s'imaginer que de produire son matériel végétal soi-même, revient moins cher que d'acheter des arbres prêts à planter.

1. Multiplication par voie sexuée

Naturel, ce procédé consiste à élever un arbre à partir d'un embryon, c'est-à-dire à partir d'un noyau placé dans des conditions favorables de germination. Inutilisée pour la mise en place de vergers intensifs, la multiplication par semis a été le vecteur des premières diffusions de l'avocatier dans le monde. Il faut, aussi, signaler que la multiplication non contrôlée à partir de noyaux, a été à l'origine des premiers cultivars commerciaux, propagés, par la suite, par voie végétative.

L'avocatier issu de semis, en dehors de son aspect «non conforme» à l'arbre et au fruit dont provient le noyau, présente d'autres inconvénients comme une mise à fruits tardive, un port très élancé, une faible productivité... C'est pour pallier ces inconvénients que les arboriculteurs préfèrent les plants issus de multiplication végétative, en particulier les arbres greffés.

La multiplication par voie sexuée est, toujours, utilisée dans trois domaines:

a) Dans les pays en voie de développement, pour la création de petites plantations à caractère familial, dont la production est destinée à l'autoconsommation et dont les excédents sont commercialisés sur les marchés locaux ou, encore, servent à l'alimentation du bétail.

b) Dans les pépinières diffusant du matériel végétal sélectionné, comme porte-greffe des variétés commerciales greffées.

c) Dans les centres de recherches de sélection des porte-greffe et des variétés.

1.1 - Choix des semences (noyaux)

Si tout le patrimoine génétique du pied-mère ne se transmet pas par voie sexuée, quelques caractères de celui-ci demeurent et, pour cette raison, certains pépiniéristes avertis prélèvent leurs noyaux sur des variétés bien déterminées. Les noyaux doivent provenir de fruits récoltés mûrs sur des arbres indemnes de viroses connues. Par mesure préventive contre le Phytophthora, il est fortement conseillé de ne pas ramasser des fruits tombés au sol.

1.2 - Conservation et traitement des noyaux

Il est préférable de réduire le temps de conservation des noyaux. Si pour des raisons diverses il est nécessaire de les stocker quelques mois, il faut, auparavant, les laver à l'eau puis les tremper dans un bain fongicide et les conserver «au sec» dans un endroit sombre et frais (< 20°C). Au-delà de deux à trois mois, la conservation doit se faire dans une enceinte réfrigérée entre 4 et 6°C.

Qu'il s'agisse de noyaux stockés ou récoltés récemment, il est souhaitable de les désinfecter avant le semis, par trempage dans un bain d'eau chaude thermostatée à 49-50° C pendant trente minutes. Certains pépiniéristes complètent cette désinfection par trempage dans une solution aqueuse de fongicide.

1.3 - La mise en germination

Les noyaux sont mis en stratification, en position verticale, l'apex étant à la surface du milieu de semis. Pour favoriser la germination, certains pépiniéristes retirent la pellicule enveloppant le noyau; d'autres font une incision apicale et basale.

1.4 - Les milieux de semis

Le semis peut être effectué sur différents milieux.

1.4.1 - En pleine terre

Deux éventualités sont possibles: en plein champ ou en pépinière.

Le semis en plein champ a l'avantage de ne pas nécessiter de transplantation mais on court de graves risques d'échecs au semis et/ou au greffage (problème d'entretien, de surveillance...). Cette technique est déconseillée pour la création de vergers. Elle peut, toutefois, être utilisée pour planter quelques arbres autour de l'habitation; dans ce cas, il est conseillé de semer 2 à 3 noyaux en poquets et de ne conserver, ensuite, que l'arbre le plus vigoureux.

Le semis en pépinière en pleine terre est, également, déconseillé, surtout si le sol est hétérogène, lourd, granuleux et/ou caillouteux. Il peut être envisagé dans les sols profonds, meubles, à texture sableuse et quand il n'y a pas de risques que le sol soit contaminé par des champignons parasites. Lorsqu'on utilise cette technique on sème les noyaux à des écartements de 40 x 40 cm, de façon à ne pas avoir à transplanter les plants au stade de la pépinière. Le greffage est effectué sur place et les jeunes arbres sont transplantés au champ à racines nues.

1.4.2 - En bacs de semis, en caissettes ou en pots fabriqués avec du polyéthylène perforé

Dans les deux premières techniques, les noyaux sont placés côte à côte ou à une distance de 5 à 10 cm les uns des autres; dans la troisième on met un noyau par pot. Cette dernière technique permet de supprimer le repiquage. Les noyaux sont recouverts d'une couche de sable, qui après tassement doit laisser voir le sommet.

Ces procédés sont les plus largement utilisés; ils permettent le contrôle des milieux (substrat, parasites), nécessitent une faible superficie, facilitent les opérations d'irrigation et d'ombrage, permettent, pour les semis en bacs et en caissettes, une sélection des jeunes plants au moment du repiquage.

Les milieux utilisés sont très variables d'un pays à l'autre; ils tiennent compte des substrats dont le pépiniériste peut disposer localement, tels que: sable, terre légère, tourbe, perlite, vermiculite, employés, le plus souvent, en mélange.

Quelle que soit la nature du substrat, il y a deux principes à respecter: le milieu doit être léger et bien filtrant; il doit être indemne de Phytophthora, de verticillium et de symphyles. Les pépiniéristes qui utilisent de la terre ou du terreau doivent impérativement procéder à une désinfection préalable par voie thermique ou chimique.

1.5 - Le repiquage

Il s'effectue quand les plantules ont une vingtaine de centimètres de hauteur. A ce stade, on effectue une première sélection, en éliminant les «seedlings» chétifs ou de mauvaise conformation. Plusieurs techniques sont possibles: repiquage soit en pleine terre, soit en pot ou en conteneur mais seule la seconde est recommandée. Les pots sont fabriqués avec des sachets de polyéthylène noir perforé, d'épaisseur 7 à 10 microns, de diamètre 20 à 25 cm, de hauteur 30 à 40 cm et de volume 10 à 12 litres. Le substrat qui sert pour remplir les pots doit avoir les mêmes propriétés que celui utilisé pour les bacs de semis, c'est-à-dire être filtrant et indemne de parasites animaux ou végétaux. Les conteneurs, fabriqués en plastique «rigide» (épaisseur 1 à 2 mm), sont moins utilisés, car d'un prix de revient plus élevé.

2. Multiplication par voie asexuée

Des différentes méthodes de multiplication asexuée ou végétative: greffage, bouturage, marcottage et culture de tissu, le greffage est de beaucoup la technique la plus couramment utilisée pour l'avocatier, mais, aussi, pour les autres espèces fruitières arbustives tropicales.

2.1 - Le greffage

Cette méthode permet, non seulement, de conserver les caractères génétiques du cultivar à multiplier mais encore: d'introduire et d'adapter des espèces ou des variétés étrangères sur des espèces locales et, par le biais des porte-greffe, de conférer à une variété des caractères de précocité, de vigueur (ou de nanisme), de tolérance à certains facteurs limitants du milieu tels que: le froid, la sécheresse, l'acidité, l'alcalinité, le parasitisme racinaire, etc...

2.1.1 - Les porte-greffe de l'avocatier

On peut considérer, actuellement, que plus de 95 % des porte-greffe sont multipliés par semis, selon les méthodes décrites aux paragraphes précédents. Ce mode de multiplication est utilisé, essentiellement, pour des raisons de facilité, de rapidité et de prix de revient. Il n'en demeure pas moins vrai que cette technique est loin de donner toute satisfaction, aussi, il faut espérer que les recherches en cours sur le bouturage et la culture in vitro, permettront, à moyen terme, la multiplication végétative «commerciale» des porte-greffe d'avocatier. La reproduction par voie sexuée (noyau) est source de disjonction des caractères donc d'hétérogénéité, non seulement au niveau d'une population de porte-greffe déjà fortement hétérozygote mais, également, sur les caractères transmis à des greffons provenant d'une même origine.


Noyau germé au stade repiquage (cliché Gaillard).


Repiquage en sachet et greffage stade juvénile (cliché Gaillard).


Porte-greffe issus de semis en plein champ (cliché Gaillard).


Elevage des plants en sachets et pots métalliques (cliché Gaillard)(1).


Elevage des plants en sachets et pots métalliques (cliché Gaillard)(2).


Greffe en fente de têté (cliché Gaillard).


Greffe en placage de côté (cliché Gaillard 1).


Greffe en placage de côté (cliché Gaillard 2).


Greffe en fente en côté (cliché Gaillard).


Greffe à l'anglaise compliquée de côté (cliché Gaillard).

2.1.1.1 - Critères de sélection des porte-greffe

L'ordre d'importance ou la hiérarchisation des caractères recherchés pour les porte-greffe est très variable d'un pays à l'autre, en fonction des contraintes du milieu (climat, sol, parasitisme, qualité de l'eau d'irrigation), des variétés cultivées, des techniques culturales (ex mécanisation de la récolte), des besoins du marché (précocité, calibre, teneur en huile, etc...).

Il est évident qu'il est impossible et, pas toujours nécessaire, de trouver toutes les caractéristiques favorables sur un même porte-greffe; cependant, des équipes de chercheurs s'efforcent de regrouper quelques caractères prioritaires à leurs pays sur un même hybride ou sur un type de Persea nouveau. De cet ensemble, on peut retenir quelques caractères prédominants servant de cadre à la recherche actuelle sur les porte-greffe, parmi lesquels on peut citer:

- la résistance au Phytophthora cinnamomi qui est le premier facteur limitant de la culture de l'avocatier dans de nombreux pays: Californie, Mexique, Antilles, Amérique Centrale, Brésil, Afrique du Sud, de l'Est, de l'Ouest et Centrale, l'Australie.

- la résistance à la salinité et au chlore: en Israël, en Californie, au Texas, en Australie.

- la résistance à la chlorose: en Floride et en Israël,

- la résistance au froid: en Californie, en Israël, dans les pays Nord-méditerranéens: Espagne, France (Corse), Italie, Afrique du Nord, en Nouvelle Zélande et dans certains pays d'Amérique du Sud: Uruguay, Argentine, Chili.

Le tableau II résume les principaux porte-greffe utilisés dans le monde.

2.1.1.2 - Porte-greffe tolérants au Phytophthora cinnamomi

Les recherches dans ce domaine ont été largement dominées durant ces quarante dernières années par les travaux des chercheurs de l'Université de Riverside en Californie.

Un certain nombre de Persea originaires d'Amérique latine se sont révélés tolérants au Phytophthora mais, malheureusement, tous ces Persea sont incompatibles au greffage avec les variétés commerciales de Persea americana. Ils ont, cependant, été retenus comme géniteurs dans les travaux d'hybridation.

Les chercheurs américains ont mis en évidence que les racines des espèces sensibles au Phytophthora sécrétaient une substance qui attire les zoospores de P. cinnamomi. En revanche, certaines espèces de Persea résistantes produisent une substance toxique: l'acétate de borbonyl, isolé, en particulier, sur Persea borbonia.

Parmi les sélections mentionnées dans la bibliographie comme les plus performantes actuellement citons: Martin Grande récente appellation: (G 755) et Duke 7 obtenus par croisement de races Mexicaines et Guatémaltèques, ainsi que Toro Canyon et Thomas de race Mexicaine. Ces deux dernières variétés ont été sélectionnées, récemment, dans des vergers en voie de dépérissement (WHILEY et al, 1990). Actuellement, Duke 7 est la plus cultivée et considérée comme la plus performante, alliant une bonne tolérance à P. cinnamomi à une bonne productivité et homogénéité des arbres. Mais, malgré les améliorations obtenues avec ces porte-greffe, aucun ne confère une protection absolue contre le Phytophthora. La tolérance est due, soit à une capacité de régénérer les racines détruites par le champignon (ex Duke 7), soit à une résistance physiologique qui retarde le développement des lésions (ex Martin Grande). Il faut, d'autre part, noter que le greffage de ces porte-greffe (clonés) est plus difficile que sur ceux issus de semis «courants». En Californie, le greffage sur ces porte-greffe ne dispense pas de l'utilisation de fongicide dans les vergers d'avocatiers.

Tableau II Principaux porte-greffe utilisés dans le monde.

Pays

Principaux porte-greffe utilisés

Australie

Duke 6 - Duke 7 - G 22 - Huntala.

Californie

Duke 6 - Duke 7 - Topa Topa - Mexicola - G 6 - G 755.

Canaries

Antillais locaux.

Colombie

Valle 5 - Tumaco (Antillais).

Floride

Waldin - Lula.

Israël

Nabal dans les sols sableux pauvres en chaux.


Type Nahlat: sélection d'Antillais résistant au sel, au chlore, aux sols lourds. Ex.: Fuchsia 20, GVAR-AM 13 et d'autres sélections comme Anaheim 3, Lula 3.

Mexique

Mexicains locaux - P. schiedeana - Edranol - Zurtano.


Nabal.

Martinique

Waldin.

Réunion

Black round.

Cameroun

Hybrides locaux:


Antillais X Guatémaltèque.

Mexicain X Guatémaltèque.

Corse

Zutano - Fuca - Nowels - P. nubigena - Topa Topa.

Pérou

Locaux mexicains - Duke - Worsham - Nabal - Villacampa.

Côte-d'Ivoire

Hybrides locaux.

Nouvelle-Zélaénde

Hopkins et tous hybrides mexicains.

Les recherches se poursuivent avec différentes approches dont une est la recherche de clones de Persea americana résistants. Pour ce faire, des prospections sont entreprises dans de nombreux pays d'Amérique Centrale et du Sud, en particulier dans les zones d'origine de l'avocatier. Mexique et Guatemala.

2.1.1.3 - Porte-greffe tolérants à la salinité et au chlore

Comme nous l'avons étudié au chapitre V: Ecologie, les avocatiers de race mexicaine sont les plus sensibles au chlore et ceux de race antillaise les plus tolérants; les avocatiers de race Guatémaltèque sont intermédiaires.

Concernant la résistance à la salinité et au chlore, les principaux travaux de sélection ont été conduits en Israël, depuis 1960. Une première sélection, parmi une population de plus de 300 types d'avocatiers issus de semis de race antillaise et quelques hybrides: antillais x guatémaltèque, a permis d'isoler un sous-groupe qualifié de «Hard west Indian», dont certains hybrides, issus de cette sélection, ont été multipliés par voie végétative pour créer une tête de clone. Ainsi, «Fuchs 20» s'est révélé le plus tolérant au chlore, greffé avec les variétés «Fuerte» et «Hass». Mentionnons aussi, «Anaheim 3», «Lula 3», «Benik 3116» et «Gvar-Am 13».

2.1.1.4 - Porte-greffe tolérants à la chlorose

Certains sols à pH trop élevé (pH > 8) par excès de calcaire peuvent induire des chloroses, notamment par blocage du fer, du zinc et du manganèse, et, aussi, provoquer des déséquilibres cationiques K/Ca ou Mg/Ca.

Les trois races d'avocatiers réagissent différemment à la chlorose. Les porte-greffe de race antillaise et certains hybrides sont les plus tolérants, ex: 'Waldin' utilisé en Floride. Les porte-greffe de race guatémaltèque sont les plus sensibles; ainsi la variété 'Nabal' utilisée autrefois en Israël a été abandonnée dans les régions où les risques de chlorose sont élevés. Les porte-greffe de race mexicaine et certains de leurs hybrides sont généralement de tolérance intermédiaire entre les deux races précédentes. C'est par exemple le cas de la variété 'Lula', hybride mexicain x guatémaltèque.

2.1.1.5 - Porte-greffe tolérants au froid

Le problème de la résistance au froid se pose dans certains pays à hiver plus ou moins rigoureux (température inférieure à 0° C) comme la Floride, la Californie, Israël, le Maroc, la Corse, l'Espagne, la Nouvelle-Zélande, le Chili, ou l'Argentine.

Dans le cadre de cette collection, destinée, principalement, aux techniciens d'agronomie tropicale, ce sujet ne justifie pas d'être développé. Le lecteur intéressé pourra se reporter à l'ouvrage de J.P. GAILLARD (1987).

2.1.1.6 - Porte-greffe nanisants

L'induction d'un effet nanisant se traduisant par une frondaison moins développée, a pour conséquence des économies sur les coûts de cueillette, de taille, de traitements phytosanitaires et permet d'augmenter la densité de plantation.

Des chercheurs Californiens, ont montré que quelques porte-greffes de race mexicaine auraient un certain effet nanisant, tels le 'MT 4', 'Jalna', 'Wurtz' et 'Nowels', de même que le type 'Nahlat' utilisé en Israël et certains Persea comme schiedeana, flocosa et nubigena.

L'obtention d'arbres «nains» intéresse, surtout, les producteurs des régions tropicales humides où les arbres, du fait de conditions climatiques très favorables à la croissance, atteignent des développements très importants (hauteur: 7 à 8 mètres, diamètre de la frondaison: 8 à 10 mètres). Les recherches sur l'avocatier étant, principalement, conduites aux Etats-Unis, en Israël et, plus récemment, en Espagne, la sélection des porte-greffe sur le caractère «nanisant» est peu étudiée.

2.1.1.7 - Compatibilité entre porte-greffe et greffon

Toutes les espèces du genre Persea ne sont pas compatibles entre elles. L'incompatibilité peut se manifester à des degrés variables; elle peut être totale et immédiate; elle peut être partielle, à savoir que le porte-greffe se développe plus rapidement que le greffon; inversement le greffon se développe davantage que le porte-greffe et provoque un étranglement et, à terme, la mort de l'arbre, dans certains cas. Une mauvais affinité rend fragile le point de greffe et il se produit, souvent, des ruptures du tronc à ce niveau.

Les variétés commerciales d'avocat qui appartiennent à l'espèce americana (races mexicaines et antillaise) ou nubigena (race guatémaltèque), sont compatibles, évidemment, avec les variétés appartenant à la même espèce, ainsi qu'avec d'autres mais pas toutes. Parmi les espèces compatibles avec P. americana citons: aguacate de mico, flocosa, gigantea, longipes, nubigena, schiedeana, melanocarpa. On notera que P. americana et P. nubigena sont compatibles entre eux.

2.1.2 - Les techniques de greffage

Plus encore que la production de plants par semis, les techniques de greffage ne peuvent s'acquérir que par la pratique. Même un greffeur confirmé doit greffer régulièrement pour rester performant et ne pas «perdre la main». Il existe plus d'une dizaine de méthodes de greffage de l'avocatier dont le choix de l'une, plutôt que des autres dépend, beaucoup, des habitudes locales et des préférences ou des aptitudes du greffeur.

Nous nous limiterons à une présentation succincte des trois principales techniques de greffage de l'avocatier utilisées, actuellement, dans le monde:

- la greffe en fente de côté

- la greffe en fente en tête

- la greffe à l'anglaise compliquée

Un bon greffeur doit obtenir un taux de réussite supérieur à 90 %.

2.1.2.1 - La greffe en fente de côté ou «Side grafting» (fig. 7)

La technique de greffage en fente de côté est l'une des plus utilisées pour la multiplication de l'avocatier. Elle peut s'opérer sur jeunes plants à 20-25 cm de hauteur mais il est recommandé de le faire sur des plants plus grands, afin de greffer plus haut, entre 30 et 45 cm, à titre de mesure préventive contre les attaques de Phytophthora sur le tronc et sur les premières charpentières.

Le greffon, d'une dizaine de centimètres de longueur, est prélevé sur une pousse terminale ou non terminale mais ayant des yeux bien gonflés; il doit être vert et peu aoûté et d'un diamètre voisin de celui du porte-greffe; après pincement des pétioles, il est taillé en double biseau et encastré dans une fente oblique de 2 à 3 cm de long effectuée sur le porte-greffe.

2.1.2.2 - La greffe en fente de tête ou «Wedge or Cleft grafting» (fig. 8)

Cette technique de greffage est largement utilisée à la Martinique, en Floride et aux Canaries; elle permet de greffer des plants très jeunes; elle présente l'avantage d'avoir des points de greffe solides par une meilleure continuité orthotrope des assises génératrices. Comme pour la greffe anglaise que nous décrirons ci-après, le sujet est rabattu à 15-20 cm au-dessus d'un œil. Le porte-greffe est alors fendu diamètralement sur une longueur de 2 à 4 cm selon la taille du porte-greffe et du greffon. Le greffon, long de 12 à 15 cm, portant trois à quatre yeux, est taillé en double biseau sur 3 à 4 cm et inséré dans la fente du porte-greffe. L'ensemble est ligaturé et mastiqué.

2.1.2.3 - La greffe à l'anglaise compliquée ou «Whip and Tongue grafting (fig. 9)

Le qualificatif «compliqué» est employé pour distinguer cette méthode de la greffe à l'anglaise simple ou «Whip grafting».

Cette technique implique un rabattage du sujet à 30-40 cm de hauteur et un diamètre identique du porte-greffe et du greffon. Les parties devant entrer en contact sont incisées en biais sur un tiers du biseau, afin d'obtenir deux languettes qui s'encastrent dans les tailles correspondantes. Cette méthode est utilisée en Floride et à la Réunion.


Fig. 7. - Greffe en fente de côté.


Fig. 8. - Greffe en fente en tête.

2.1.2.4 - Le surgreffage

Cette technique, qui s'applique à des vergers adultes dont on désire changer la variété, sera étudiée au chapitre VIII. Elle consiste à rabattre les arbres et à greffer, soit directement sur charpentière ou sur tronc, soit sur les repousses émises après le rabattage.

2.2 - Le bouturage

Il consiste à séparer une fraction d'un végétal (racine, tige, feuille, pétiole...) et à la mettre dans des conditions favorables à la rhizogenèse et au débourrement d'yeux à bois latents permettant de créer une nouvelle plante.

Cette technique de multiplication a été expérimentée, puis mise en œuvre dans certaines pépinières pour la propagation de l'avocatier dans le but de pallier l'hétérogénéité des porte-greffe obtenus par voie sexuée.

Quand un type d'avocatier a été sélectionné pour un ou plusieurs caractères recherchés, les seules méthodes permettant de fixer cette tête de clone à usage de porte-greffe sont le bouturage, le marcottage ou la culture de tissus. Parmi ces trois techniques, le bouturage a donné des résultats intéressants et a trouvé des applications en expérimentation et chez quelques pépiniéristes avancés, soucieux de procurer à leur clientèle des scions greffés dont le porte-greffe est parfaitement identifié, conforme et homogène.


Fig. 9. - Greffe anglaise compliquée.

Plus encore que la production «traditionnelle» de plants, par semis du porte-greffe et greffage de la variété choisie, le bouturage est une technique très délicate ne pouvant être réalisé que par des pépiniéristes spécialisés dans ce mode de multiplication et disposant des infrastructures adéquates. Une description détaillée des méthodes utilisées est donnée dans le livre de J.P. GAILLARD «l'avocatier, sa culture, ses produits» (1987).

En Californie, la Brokaw Nursery produit de l'ordre de 50 000 plants par an, principalement des porte-greffe des variétés Duke 7 et Martin Grande, (Brokaw, 1987). Cette firme utilise une méthode de bouturage, à partir d'un jeune greffon (MOLL et WOOD, 1980). La production de porte-greffe par cette technique est, également, pratiquée en Afrique du Sud et en Israël mais, même dans les trois pays cités, la multiplication par semis de noyaux est, encore, très répandue, comme dans le reste du monde. Dans les pays d'Afrique de l'Est, de l'Ouest et Centrale, ainsi qu'aux Antilles et à la Réunion, aucune pépinière ne produit de porte-greffe obtenus par bouturage.

2.3 - Marcottage

Cette méthode de multiplication consiste à provoquer l'enracinement d'une partie d'un végétal encore rattaché au pied-mère, puis à séparer cette partie une fois enracinée, pour constituer un nouvel individu. Les expériences de marcottage tentées dans divers pays, ont montré que ce procédé de propagation long, difficile et coûteux n'avait pas d'intérêt pratique.

2.4 - Les cultures de tissus

La technique de la culture de tissus in vitro, largement utilisée pour d'autres espèces fruitières, a fait l'objet de recherches aux Etats-Unis, en Israël, en France, en Espagne, en Australie et en Afrique du Sud. A l'heure actuelle, il n'existe pas de technique sûre et vulgarisable, ayant dépassé le stade expérimental.

3. Conclusion

Contrairement à d'autres espèces fruitières tropicales telles que le manguier et les agrumes, le noyau d'avocatier ne contient pas d'embryons nucellaires, ce qui est un problème pour la multiplication des clones de porte-greffe. Actuellement, seule la technique du bouturage est utilisable mais elle n'est pas pratiquée de façon courante par les pépiniéristes, car c'est une méthode qui nécessite beaucoup de technicité et les coûts de production sont élevés. Pour ces raisons, la majeure partie des vergers d'avocatiers sont, encore, plantés avec des arbres dont le porte greffe est obtenu par semis de noyaux. Des recherches sur les cultures de tissus in vitro sont en cours dans plusieurs pays mais, actuellement, ce mode de multiplication végétative est, encore, au stade expérimental.

En revanche, la propagation d'une variété commerciale d'avocats ne pose pas de problèmes, les techniques de greffage étant parfaitement au point et connues. Un bon greffeur obtient plus de 95 % de réussite des plants greffés.

Dans certaines conditions de culture, par exemple en plantation de type familial ou extensif, l'avocatier de semis peut se justifier. Les qualités gustatives des avocats produits sur des arbres issus d'un semi direct n'ont, souvent, rien à envier à celles des variétés dites «commerciales». Les principaux défauts des avocats récoltés sur des arbres de semis sont d'avoir un noyau non adhérent à la pulpe, donc d'être très «fragiles» au transport et d'avoir un rapport: pulpe/noyau faible. Ces inconvénients sont minimes pour des avocats destinés à être consommés localement et quand la notion de rendement ou de productivité est secondaire. L'important, pour l'agriculteur, est d'avoir des arbres rustiques, qui produiront chaque année des fruits avec le minimum de soins et de dépenses.

VII. Création d'un verger - Aménagement du terrain

1. Généralités

La conception d'un verger: aménagement de la parcelle à planter, plantation proprement dite puis sa gestion technique et économique dépend du type de verger que l'on désire créer. Avant d'entrer dans le vif du sujet, nous rappellerons, brièvement, les trois types de vergers les plus fréquents.

a) Le verger dit «de case» dont la production est consommée par la famille, laquelle réalise les travaux culturaux. La superficie est faible: inférieure à 1 hectare.

b) Le verger familial dont la récolte est destinée en partie à la famille et en partie à la commercialisation sur les marchés de proximité (villages, villes). La main d'œuvre est, principalement, familiale mais elle peut, aussi, être salariée. Dans ce cas, il s'agit, en général, d'ouvriers agricoles embauchés à titre temporaire, au cours de l'année. Souvent, ces salariés travaillent «au contrat» (synonymes: «à la tâche», «à l'entreprise»), c'est-à-dire qu'ils sont payés pour exécuter un travail défini, exemple: désherbage d'une surface donnée, creusement de trous de dimensions précises, etc...) La superficie de ce type de verger dépasse, rarement, 5 hectares.

c) Le verger commercial dont l'objectif est de produire des fruits frais mis dans un circuit commercial organisé et destinés à être vendus sur les grands marchés urbains nationaux (exemple: Mexique, Etats Unis, Israël, Espagne, etc...) ou à l'exportation. La main d'œuvre est constituée d'ouvriers salariés permanents et temporaires. La superficie est très variable, d'une dizaine d'hectares à plus d'une centaine, voire plus de mille hectares dans le cas de grandes sociétés.

Seul le verger commercial permet de supporter des investissements d'aménagement (et de gestion), relativement, importants mais il faut, toujours, avoir présent à la mémoire, que plus les contraintes écologiques et géographiques (réseaux routiers ou ferroviaires, éloignement du port ou de l'aéroport, qualité et coût de la main d'œuvre, etc...) sont nombreuses, moins la culture sera rentable. Il est indispensable, avant de créer un verger de ce type, de faire une étude de marché et une étude économique (investissements à consentir, frais de gestion et de transport, etc.).

2. Choix du site

Dans le cas du verger de case ou familial le choix est, généralement, extrêmement réduit. Au mieux, l'agriculteur pourra choisir parmi les terres dont il est propriétaire ou locataire, la parcelle convenant le mieux à la culture de l'avocatier qui est, rappelons-le, une culture très exigeante du point de vue des caractéristiques édaphiques. Si le minimum de conditions favorables ne sont pas réunies, il est préférable de choisir des espèces plus rustiques. En effet, il est peu réaliste de s'engager dans des travaux d'aménagements «lourds», tels que: nivellement, drainage ou l'installation d'un réseau d'irrigation nécessitant le transport de l'eau sur de longues distances.

Les caractéristiques écologiques du site doivent être aussi proches que possible des conditions optimales pour cette espèce, décrites au chapitre V: pluviosité annuelle de l'ordre de 1 200 à 1600 mm avec une petite saison sèche (2 mois); sol profond à texture sableuse, drainant parfaitement.

Lorsque les conditions climatiques nécessitent la pratique de l'irrigation, il faut s'assurer qu'il existe des ressources en eau quantitativement suffisantes (rivière, forage, lac naturel ou artificiel) et que cette eau est de bonne qualité chimique (eau non ou très faiblement salée).

Le relief du terrain doit être pris en considération en fonction du mode de gestion du verger: avec ou sans mécanisation.

Une pente inférieure à 5 ou 6 %, ne pose aucun problème de mécanisation (travail du sol, traitements chimiques, récolte). Jusqu'à 10 %, les problèmes sont mineurs puis ils augmentent avec l'accroissement de la déclivité. Il semble raisonnable de fixer le seuil maximum à 10 %. Quand tous les travaux culturaux sont réalisés manuellement, il est possible de planter sur des terrains à plus forte pente mais sans dépasser, toutefois, 20 à 25 %. Dans certains pays andins, en Afrique de l'Est (Rwanda, Burundi) à l'île de la Réunion ou aux Antilles, par exemple, il existe des vergers de type familial sur des pentes supérieures à 25 %, mais cela n'est pas sans poser des problèmes de gestion, en particulier pour les récoltes.

Dans les vergers commerciaux, des déclivités de cet ordre sont incompatibles avec l'obtention d'une productivité élevée. En effet, dans ces conditions topographiques, l'exécution de certains travaux culturaux est plus pénible et plus longue qu'en terrain plat, ce qui se «répercute» sur le coût de la main d'œuvre.

Au dessus de 30 % de pente et jusqu'à 40 et même 50 %, il est possible d'aménager le terrain en terrasses mais cette technique très onéreuse n'est envisageable que dans le cas d'une agriculture subventionnée ou limitée à des régions de montagne où les populations, très travailleuses, ont une tradition ancienne de ce type d'aménagement des versants montagneux.

Les autres facteurs à considérer, en plus de ceux liés au milieu physique, sont d'ordre économique et social (distance des points de vente ou d'embarquement, importance et qualité des infrastructures routières, disponibilité en main d'œuvre, sa qualification, son coût...) ainsi que ceux relevant du domaine législatif et de la politique financière (statut foncier, facilités de prêts, subventions, avantages fiscaux...).

3. Choix du système de culture

Un verger d'avocatiers peut être conçu selon trois systèmes différents: culture monospécifique (synonyme pure), cultures associées temporaire ou permanente.

a) Culture monospécifique:

C'est le cas le plus général dans les pays où l'avocatier est cultivé de façon intensive.

b) Culture associée temporaire:

Deux motivations peuvent conduire à l'introduction de cultures temporaires dès la création d'un verger d'avocatiers.

La première concerne l'occupation de l'espace libre: l'avocatier étant un arbre de grand développement, il est planté à de faibles densités (de l'ordre de 100 à 200 arbres à l'hectare). Nombreux sont les paysans à penser que la place perdue les premières années pourrait être judicieusement valorisée par une autre culture, notamment lorsque leur exploitation est limitée en superficie.

La seconde est de nature financière; en effet, l'avocatier n'entre en production qu'après trois ou quatre ans de culture. L'investissement de départ et les frais d'entretien durant les années improductives provoquent, dans certains cas, des difficultés de trésorerie. Une culture temporaire intercalaire à cycle rapide, dont la production est commercialisée, permet des rentrées d'argent. Si on part du principe que la culture pérenne reste avant toute chose à privilégier, une gestion raisonnée de la place disponible est envisageable. En fonction de la climatologie, du système d'irrigation retenu, de la demande du marché, diverses cultures intercalaires sont possibles, par exemple:

- cultures légumières: tomates, aubergines, cucurbitacées, etc.;

- cultures vivrières: arachides, niébé, maïs, sorgho...;

- cultures fruitières: fraisier, papayer, bananier, pépinière...;

- cultures ornementales: fleurs coupées...;

Les surfaces occupées par ces cultures doivent être dégressives dans l'espace et limitées dans le temps. Par exemple, pour des

écartements de 10 m x 10 m, les cultures intercalaires conduites en ligne pourront occuper:

- la première année 8 m de large;

- la deuxième année 6 m de large;

- la troisième année 4 m de large, et disparaître définitivement les années suivantes.

Quelle que soit la culture intercalaire entreprise, elle ne devra pas être faite au détriment de l'avocatier, à savoir qu'il faudra qu'elle soit normalement fertilisée et irriguée (sauf s'il s'agit d'une culture pluviale), qu'elle n'abrite pas des parasites néfastes à l'avocatier ( Verticillium avec les solanacées), qu'elle ne provoque pas un phénomène d'étiolation par ombrage excessif (bananier, papayer). En outre, il faudra éviter les plantes trop épuisantes ou à repousses permanentes (ex. manioc, taro, igname).

c) Culture associée permanente:

Ce cas est, très fréquent dans les petites exploitations familiales, d'Afrique, du Sud-Est Asiatique ou des Antilles. En fait, il est difficile de parler d'un verger d'avocatiers proprement dit. On rencontre, sans ordonnancement précis, un mélange de différentes espèces fruitières (avocatier, agrumes, goyavier, bananier, manguier, kolatier, etc.) entre lesquelles ou sous lesquelles sont cultivées des espèces aussi diverses que des légumes, des céréales, des arachides... Satisfaisant pour l'autoconsommation dans une structure sociale donnée, ce mode de culture économe ne permet pas d'exprimer tout le potentiel qu'on peut attendre d'une culture rationnelle de l'avocatier. Dans ce type de système, les travaux d'aménagement sont réduits au minimum indispensable: creusement du trou de plantation et confection de la butte; exceptionnellement assainissement.

4. Précédents culturaux

Les précédents culturaux peuvent être de natures très variées: forêt, savane, ancien verger, cultures fruitières non arbustives, canne à sucre, céréales, cultures légumières, etc. On rappellera que certains précédents peuvent présenter des inconvénients derrière une défriche d'arbres, les risques de pourridiés doivent être pris en compte, et après certaines cultures de solanacées les risques de Verticillium ne doivent pas être négligés.

Dans le cas de défrichement de la forêt, il est indispensable d'extraire les souches et les grosses racines des arbres dans les 30 à 40 premiers centimètres supérieurs pour éviter la contamination des racines d'avocatiers par divers pourridiés qui se développent sur les matières végétales en décomposition. L'extirpation des souches et des racines est très difficile à réaliser manuellement, aussi, même dans le cas de vergers de type familial, il est recommandé de louer les services d'une entreprise de travaux publics pour effectuer ce travail qui s'effectue avec un outil à dents recourbées, du type ripper. D'autre part, il est souhaitable d'attendre une ou deux années avant de planter et d'occuper le terrain par une culture dite «nettoyante», telles que des cultures maraîchères ou vivrières.

Si le terrain est une savane à roniers et à Imperata, après arrachage et débardage de cette végétation, il faut extirper les organes souterrains par des passages de ripper, puis de pulvériseur à disques, de façon à épuiser les rhizomes. Comme pour la végétation forestière, ce travail est difficile à réaliser manuellement. Un moyen de se «débarrasser» de l' Imperata est le semis d'une plante de couverture telle que Stylosanthes hamata (cf. chapitre VIII).

5. Nivellement

Les opérations de nivellement sont à exécuter avec beaucoup de prudence et, seulement, quand elles sont, vraiment, indispensables. Cette réserve est motivée par les conséquences, souvent, désastreuses du nivellement. Cette pratique qui décape l'horizon humifère de certaines zones, peut entraîner la «stérilité» totale du sol.

Le nivellement peut, toutefois, être indispensable dans certains cas; par exemple, après débroussaillement, de façon à éviter de laisser le terrain avec des micro-cuvettes qui seront autant d'endroits où l'eau de ruissellement stagnera, provoquant des conditions édaphiques néfastes pour les avocatiers. Un autre cas, est la nécessité d'un planage du terrain pour irriguer par gravité.

Dans tous les cas, l'agriculteur ou l'agronome responsable de la plantation du verger doit être présent sur le terrain, au moment de l'exécution des travaux par l'entreprise, laquelle a, souvent, plus l'habitude de construire des routes que d'aménager des terrains agricoles.

6. Epierrage

Le terme épierrage est employé pour désigner l'opération consistant à extraire de la parcelle les éléments grossiers de différentes dimensions: cailloux (2 à 7,5 cm), pierres (7,5 à 25 cm) et blocs (> 25 cm); elle peut être nécessaire si la culture est mécanisée. En culture manuelle, la présence d'éléments grossiers, dans une proportion pas trop excessive (< 30 %) n'est pas une contrainte majeure.

Il est peu réaliste, pour des raisons de prix de revient, d'envisager l'épierrage d'un terrain dont la densité d'éléments grossiers est supérieure à 15-20 %. En culture mécanisée et selon les outils qui seront utilisés (sous-soleuse, charrue, pulvériseur à disques, gyrobroyeur, etc.), il est indispensable d'éliminer les pierres et les blocs et souhaitable d'extraire les cailloux, au moins les plus gros. Pour enlever les blocs, trop lourds pour être manutentionnés à la main, il faut utiliser des outils qui permettent de les lever pour les transporter. La technique consistant à pousser les blocs avec une pelle de bulldozer est, vivement, déconseillée car l'expérience montre que l'horizon humifèra est, aussi, entraîné.

L'épierrage se fait avant les travaux de préparation du sol mais il est souvent nécessaire d'en effectuer un second après le passage des outils de travail du sol ou après le creusement des trous.

7. Assainissement et drainage

En préalable, il nous semble nécessaire de définir les deux termes de ce paragraphe tels qu'ils sont utilisés par OLLIER et POIREE dans leur ouvrage sur l'assainissement agricole (1981).

L'assainissement comporte la mise en œuvre de tous les procédés d'évacuation des eaux nuisibles par les, ou l'une des techniques suivantes: aménagement d'émissaires, drainage et asséchement. Le drainage est donc l'une des trois techniques utilisées pour l'assainissement des terres.

Dans le chapitre traitant de l'écologie (V), nous avons beaucoup insisté sur la nécessité de ne planter l'avocatier que sur des terrains drainant parfaitement, non favorables au développement du Phytophthora. Si les caractéristiques physiques du sol ne sont pas conformes à cette exigence, des travaux d'assainissement peuvent être nécessaires. Il faut, toutefois, avoir présent à l'esprit qu'un drainage artificiel, aussi bien fait soit-il, ne remplace jamais un bon drainage naturel. Si le terrain nécessite de gros travaux d'assainissement, il n'est pas raisonnable de planter des avocatiers; il faut soit trouver un autre site, soit choisir une culture plus tolérante à l'hydromorphie du sol.

Nous considérons donc que les travaux d'assainissement nécessaires doivent être limités à la rectification ou à l'approfondissement des émissaires naturels (rivière, marigot); à la rigueur, au creusement d'un canal artificiel sur une courte distance pour évacuer les eaux du périmètre; au creusement d'un fossé de ceinture pour empêcher les eaux de ruissellement ou de drainage oblique, venant de l'amont, de pénétrer dans le verger; de creuser des fossés en bordure des chemins afin d'évacuer les eaux qui tombent sur ces chemins.

L'assainissement du terrain avec des réseaux denses de fossés, ou de drains enterrés ou bien la modification du modéle (exemple ados), sont déconseillés pour une espèce fruitière aussi sensible à l'hydromorphie. Il y aura, toujours, une période dans l'année où l'aération du sol sera déficitaire et où les conditions d'humidité du terrain seront favorables au développement du Phytophthora.

8. Brise-vent

Dans les régions soumises à des vents fréquents et violents, il est nécessaire de prévoir l'implantation d'un réseau de brise-vent. Les effets des brise-vent en culture d'avocatiers sont bien connus. Ils permettent une meilleure activité des insectes pollinisateurs en période de floraison, ils diminuent les phénomènes de dessèchement des fleurs et des jeunes fruits, ils limitent les ruptures de branches et les chutes de fruits. Le choix d'un brise-vent n'est pas, toujours, facile et comme, souvent, en agronomie l'espèce arbustive «idéale» n'existe pas. Parmi les qualités recherchées citons: une bonne adaptation au climat et au sol, une croissance rapide, la rusticité, un feuillage à feuilles persistantes filtrant le vent (réduction de la vitesse) mais ne l'arrêtant pas (effet tourbillonnaire), avec un système racinaire qui ne concurence pas les avocatiers. La distance protégée étant proportionnelle à la hauteur du brise-vent, celle-ci doit être suffisante pour que les haies ne soient pas trop rapprochées, réduisant ainsi la surface cultivée et gênantes dans le cas de culture mécanisée. Dans la pratique, on prend comme base de calcul des espacements: 10 à 15 fois la hauteur du brise-vent.

Une autre condition importante est qu'il ne faut pas que le brise-vent soit une plante hôte des parasites de l'avocatier. Cet aspect phytosanitaire exclut d'utiliser les avocatiers de semis comme brise-vent, expérience tentée au Cameroun. Sur le plan de la protection du vent, les résultats étaient satisfaisants, mais il était nécessaire de faire les mêmes traitements phytosanitaires que sur les arbres du verger.

En raison de leur système racinaire puissant et concurrentiel des espèces comme le bambou et l'eucalyptus sont déconseillés, malgré leur rusticité et leur croissance rapide.

En zone humide l'érythrine ( Eryithrina fusca ) est largement utilisée, par exemple en Floride et en Martinique. En région aride, le filaos ( Casuarina equisetifolia ) donne de bons résultats; le neem ( Melia azadirachta ), le tamaris, le prosopis ( Prosopis cineraria ) et certains Cassia peuvent être, également utilisés. En zone méditerranéenne, le cyprés horizontal ( Cupressus horizontalis ) et le cyprés de l'Arizona ( Cupressus arizonica ) sont les espèces à recommander.

Généralement, les brise-vent sont plantés, simultanément, avec les avocatiers. Pour avoir une protection réelle dès la plantation, on est amené à installer des brise-vent provisoires soit avec des végétaux (semis de sorgho ou de pois d'Angol, de part et d'autre de chaque ligne de plantation), soit avec des brise-vent artificiels (tiges et/ou feuilles de divers végétaux assemblées ou tressées, ou bien toiles synthétiques de 1,50 à 2 m de haut, placées en demi-lune autour de chaque arbre ou en ligne continue perpendiculairement au vent dominant).

9. Clôture

Il peut être nécessaire de clôturer le verger pour se protéger des animaux divagants (bovins, chèvres) et/ou limiter les vols. Le plus efficace est une clôture en grillage mais le coût en est élevé. Pour les clôtures vivantes on utilise, généralement, des espèces épineuses. Dans le cas de petits vergers, la clôture peut servir, également, de brise-vent.

10. Préparation du sol

L'itinéraire de préparation du sol doit être décidé en fonction du profil pédologique. Il est souhaitable de demander l'avis d'un agropédologue. Trois options sont possibles, indépendamment du mode de gestion (mécanisé ou manuel): non travail, travail du sol avec retournement, travail sans retournement.

Le cas le plus fréquent, ne justifiant aucun travail, est celui des terres à texture très sableuse, à structure particulaire et très meuble. Comme exemple, on peut citer un verger du Sénégal établi sur un sol formé sur une dune ancienne et constitué de 93 à 96 % de sable, sur une profondeur de plusieurs mètres.

Le travail du sol est justifié quand celui-ci peut améliorer la structure: accroissements de la porosité et de la vitesse d'infiltration des eaux, diminution de la cohésion; tous ces facteurs agissent dans le sens d'un meilleur développement des racines, latéralement et en profondeur.

Lorsqu'il n'y a pas de contraintes pédologiques à mélanger les horizons et pas de risques d'érosion, le labour de défoncement (0,50 à 0,60 m de profondeur), avec une charrue à soc, sera, généralement, choisi; les conditions optimales de travail sont un sol à l'état frais. Dans le cas contraire, on préférera un travail du sol sans retournement. Plusieurs types d'outils peuvent être utilisés: chisels sous-soleur, décompacteurs, à défaut sous-soleuses. Dans tous les cas, ces outils doivent pouvoir travailler jusqu'à 0,60-0,70 m de profondeur. Pour qu'il y ait un bon éclatement du sol, il faut travailler dans une terre à l'état sec et à une vitesse aussi rapide que possible, ce qui nécessite un tracteur d'une plus ou moins forte puissance, selon le nombre de dents de l'outil et la résistance mécanique du sol. Les sous-soleuses ne sont pas le meilleur outil, mais comme elles sont très répandues, il est, toujours, possible de s'en procurer une. Il existe des sous-soleuses mono ou multi-dents; il est souhaitable de travailler avec, au moins, deux dents. Davantage encore qu'avec les autres types d'outils cités, un sous-solage n'est efficace que s'il est réalisé dans un sol à l'état sec et avec une vitesse de travail supérieure à 5 km/h. D'autre part, pour avoir une bonne efficacité, l'espacement entre deux raies ne doit pas être supérieur à 0,50 mètre. Comme l'écartement entre deux dents est, en général, de l'ordre de 1 mètre, il faut faire deux passages consécutifs décalés de 0,50 mètre.

La technique que nous préconisons, dans le cas d'un travail du sol sans retournement et quand la terre a une stabilité structurale de courte durée (cas fréquent des sols tropicaux), est de ne travailler avant la plantation, que des bandes de 2,50 mètres de largeur, centrées sur les lignes d'arbres. Ces bandes sont élargies, progressivement, les deux ou trois premières années, au fur et à mesure du développement des arbres et de leurs racines.

Une amélioration de la préparation du sol, consiste à faire deux bandes travaillées croisées de 2,50 mètres. Chaque jeune arbre planté dispose, ainsi, d'un volume de terre bien ameublée, sur une surface de 6,25 m². Quand la mécanisation n'est pas possible, le travail du sol consiste à creuser un trou de: 0,80 à 1 mètre dans les trois dimensions, pour chaque arbre. Selon que les horizons peuvent être mélangés ou non, on met la terre dans le trou sans prendre de précaution spéciale, ou au contraire, en modifiant le moins possible, l'ordre des horizons. Dans les deux cas, on conservera un peu de terre de l'horizon humifère pour mettre en contact avec les racines du jeune avocatier. Une fois la plantation des arbres terminée, on effectuera un labour superficiel manuel dans un rayon de 1,50 à 2 mètres du jeune plant, ou mieux sur toute la superficie.

Une technique intermédiaire entre la culture entièrement manuelle et la culture mécanisée est de limiter la mécanisation au creusement des trous. Au lieu d'être creusés manuellement, les trous peuvent l'être avec une pelle rétro ou une tarière fixée sur un tracteur. Dans les deux cas, cette technique n'est applicable qu'aux sols où les horizons peuvent être mélangés. Avec une tarière il est impossible de ne pas mélanger les horizons; avec une pelle rétro cela est, théoriquement, possible mais très difficile à obtenir des conducteurs, à moins d'un présence permanente et encore... Le creusement des trous avec une tarière présente le risque de fabriquer de véritables «pots de fleurs» dans lesquels les racines d'avocatiers seront «prisonnières». Pour cette raison, entre autre, nous déconseillons cette technique. Un second inconvénient est que la structure du sol est totalement dégradée. Le risque de lissage des parois du trou n'est pas absent avec la pelle mécanique; dans ce cas, il faut piqueter les parois avec une pioche, avant de remettre la terre.

Les avis sont controversés, quant à savoir s'il faut préparer le terrain ou les trous quelques mois avant la plantation, afin de laisser la terre se tasser ou, comme nous le préconisons, de planter aussi rapidement que possible après le travail du sol. Comme, déjà, mentionné dans la majorité des sols tropicaux, la stabilité structurale des agrégats est faible, aussi l'effet bénéfique du travail du sol est de courte durée. Souvent, après une saison des pluies, le sol a repris son état structural initial. En conséquence, nous recommandons de préparer le terrain en saison sèche et de planter en début de saison pluvieuse.

La raison évoquée, par les partisans de différer la plantation, est d'éviter la formation d'une cuvette au pied du jeune arbre, après quelques mois, du fait du tassement de la terre. Ce risque peut être évité si la plantation est faite sur buttes (cf. ci-dessous, paragraphe 13.2).

11. Choix des variétés et des porte-greffe

11.1 - Choix des porte-greffe

Les connaissances sur les aptitudes des porte-greffe ou de leur interaction sur les variétés greffées sont bien moins connues chez l'avocatier que chez les agrumes ou les rosacées fruitières. Il n'en demeure pas moins vrai que certaines populations de porte-greffe issues de variétés connues ou parfois de clones, ont des comportements mieux adaptés à des situations climatiques ou pédologiques différentes; il n'apparaît pas nécessaire de revenir sur ces différentes aptitudes, largement développées dans le chapitre consacré à la multiplication de l'avocatier (chapitre VI, paragraphe 2). Généralement, dans les pays en voie de développement, les porte-greffe utilisés sont issus de noyaux «tout venant» de la population locale d'avocatiers la plus représentative.

Si le verger à créer n'est qu'une unité isolée sans extension importante prévisible, il y a tout intérêt à acheter des plants greffés dans une pépinière. Au contraire, si le futur verger n'est que le premier maillon d'une opération de développement de grande envergure, il est nécesaire de prévoir la création d'une pépinière et à proximité de celle-ci, un jardin semencier pour la production de porte-greffe ainsi qu'un parc à bois pour la production de greffons.

11.2 - Choix des variétés

L'analyse des facteurs climatiques est prépondérante pour décider du choix des variétés à implanter. Il faut rappeler que la création d'un verger d'avocatiers implique des décisions dont on mesure les effets à long terme et qu'une erreur sur le choix de variétés mal adaptées peut remettre en cause toute la rentabilité du verger. Il faut considérer que le changement de variété en cours de culture par la méthode du surgreffage permet de faire face à une situation nouvelle imprévisible au moment de la création du verger, mais ce n'est là qu'une solution de sauvegarde, délicate à mettre en œuvre.

Les caractères généraux d'une zone climatique permettent d'orienter le choix vers une gamme de variétés plutôt que vers une autre. Par exemple, en climat froid de type méditerranéen, on aura tout intérêt à choisir des variétés de race mexicaine ou d'hybrides de mexicain. Inversement, en zone tropicale humide proche de l'équateur, les variétés de race antillaise ou d'hybrides d'antillais seront mieux adaptées. Sous les climats intermédiaires, l'éventail offert par toutes les variétés hybrides inter-raciales permet de faire un choix judicieux.

Si le climat permet de déterminer une gamme de variétés pouvant accomplir leur cycle normal, cette base est insuffisante pour choisir un nombre limité de variétés répondant aux besoins des marchés auxquels on destine la récolte. Le choix d'une variété s'opère encore:

a) En fonction de sa période de production. Il est en effet inutile de produire des fruits, même de belle qualité, à une époque où on sait, pertinemment, que le marché est saturé ou que les habitudes alimentaires portent les consommateurs vers d'autres fruits;

b) En fonction de la durée de conservation. L'approvisionnement d'un marché local n'est pas exigeant quant à la durée de conservation, mais quand des pays comme la Martinique, le Cameroun, l'Afrique du Sud décident d'exporter sur l'Europe par voie maritime, il leur faut choisir des variétés aptes à se conserver en atmosphère réfrigérée pendant un durée de trois à quatre semaines;

c) En fonction des caractéristiques des fruits recherchées par le consommateur (critères fournis par l'étude de marché). Il est en effet difficile de vendre un fruit rond quand le consommateur préfère un fruit piriforme; il est encore plus difficile de vendre un fruit de 500 à 600 g quand le consommateur recherche un fruit de 300 g. ou bien encore de vendre un fruit très pauvre en huile (< 5 %) si le consommateur préfère un fruit très gras (> 15 %), ou inversement.

La satisfaction du consommateur n'est pas encore suffisante pour l'ultime choix de l'arboriculteur qui doit faire intervenir la notion rentabilité. Toutes les contraintes précédentes étant plus ou moins surmontées, il faut encore choisir des variétés à haute productivité. Dans cette notion de productivité, l'aspect rendement brut par hectare doit être modulé. Entre plusieurs variétés a priori satisfaisantes et de rendement brut par hectare équivalent, il faut retenir:

- celles qui sont les moins sensibles à certaines maladies (Cercosporiose, Anthracnose, Phytophthora);

- celles qui ont peu d'écarts de triage dus au calibrage;

- celles qui sont faciles à récolter (récolte groupée, port ramassé de l'arbre, fruits facilement détachables);

- celles qui ont une première mise à fruit précoce.

En fonction de ces diverses considérations, l'arboriculteur devra choisir parmi les variétés les plus intéressantes sur le plan commercial (époque de récolte) et la productivité (cf. chapitre III).

La plupart des pays producteurs d'avocats dont le marché se limite à la consommation intérieure ont sélectionné des variétés locales relativement bien adaptées à leurs conditions climatiques respectives. C'est le cas du Mexique, du Brésil, du Pérou, de la Colombie, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande.

On peut rappeler, en conclusion sur le choix des variétés, qu'il reste souhaitable de prévoir des variétés pollinisatrices de groupe opposé, dont la floraison se situe à la même période que les variétés dominantes retenues. Cette conception du verger est quelque peu controversée mais il a été prouvé, sur plusieurs vergers monovariétaux qui semblaient produire normalement, qu'une plantation en intercalaire d'arbres d'un groupe opposé entraînait une augmentation de rendement.

Enfin, un dernier conseil concernant le choix de la variété (et du porte-greffe), est de se renseigner au moment de créer un verger de l'état d'avancement des recherches sur ces sujets, car il s'agit d'un domaine où les connaissances évoluent.

12. Choix du dispositif de plantation et densité

Il est possible de planter l'avocatier selon des dispositifs différents: plantations en carré, en rectangle, en quinconce ou en courbes de niveau sur les terrains en pente, quand il y a des risques d'érosion.

Les écartements entre les arbres, sont fonctions du facteur développement des arbres au stade adulte, donc fonction de la variété et de la zone climatique (tableau III). Ainsi, en région tropicale humide où les arbres ont un développement végétatif important, on plante à des écartements de 9 à 10 mètres (100 à 125 arbres à l'hectare), tandis qu'en région méditerranéenne, les écartements sont, seulement, de 6 à 8 mètres (150 à 200 arbres à l'hectare).

Le dispositif en rectangle (écartement entre les lignes plus élevé que sur les lignes) est le plus couramment utilisé, dans les vergers mécanisés, plantés aux densités les plus élevées, afin de permettre le passage des engins dans les interlignes, pour effectuer les opérations de traitements phytosanitaires, d'épandages d'engrais, de taille, de récolte et d'entretien général.

Une technique utilisée en Californie mais, fortement, déconseillée en région tropicale, est de planter à très haute densité (jusqu'à trois fois la densité finale), puis de procéder à des arrachages successifs d'arbres au fur et à mesure de leur développement.

Tableau III Distances de plantation de l'avocatier dans les principaux pays producteurs.

Pays

Distance sur la ligne (m)

Distance interligne (m)

Nombre théorique (arbres/ha)

Californie

6

6

277

- «Hass»


2 éclaircies

70



12 X 12


- «Fuerte»

7

7

204

Floride

8 à 9

8 à 9

123 à 156

Israël

6

8

208

Espagne

8

8

156

Australie

5 à 6

10

166 à 200

Antilles

8

8

156

Corse

6

8

208

Nouvelle-Zélande

9

9

123

Côte-d'Ivoire

10

10

100

Cameroun




Afrique du Sud

6 à 8

6 à 8

156 à 166

Mexique


8 à 10

125

13. Plantation

13.1 - Piquetage

Il consiste à matérialiser à l'aide de jalons le futur emplacement des arbres, en respectant les distances de plantations préalablement définies.

Selon le mode de préparation du sol, cette opération s'effectue avant (trous de plantation) ou après (labour) le travail du sol. Quand celui-ci est limité à des bandes (cf. ci-dessus, paragraphe 10) un prè-piquetage est nécessaire de façon à matérialiser l'emplacement des lignes de plantation des arbres.

Il est toujours, souhaitable d'avoir un relevé topographique à une grande échelle (1/1 000 ou 1/2 000) de façon à dessiner un parcellaire général du verger, tenant compte de la distribution des routes, des chemins d'accés, des servitudes de drainage (fossés), du réseau d'irrigation (canalisations primaires), du maillage des brise-vent et des bâtiments d'exploitations. Le piquetage d'une plantation en lignes ne pose pas de problème; celui en courbes de niveau est plus difficile et peut nécessiter l'assistance d'un topographe (fig. 10) .

La pente n'étant pas le seul facteur intervenant dans les processus d'érosion, il est difficile de donner une valeur, seuil en dessus de laquelle la plantation en courbes de niveau s'impose. Quelle que soit la pente, il y a intérêt à planter les lignes d'arbres perpendiculairement à la ligne de plus grande pente de terrain. Selon le degré d'érodabilité du terrain on peut proposer l'échelle de pente suivante, justifiant la plantation en courbes de niveau: très érodable: > 10 %; moyennement érodable: > 15 %; peu érodable: > 20 %. Ces valeurs sont valables pour un verger où le sol est maintenu, couvert par de la végétation dans les interlignes (cf. chapitre VIII paragraphe 1).


Fig. 10. - Exemple de plantation en courbes de niveau, avec un écartement de 10 X 10 mètres.

13.2 - Confection des buttes

La terre nécessaire à la confection des buttes doit être prélevée au niveau des interlignes et non près des buttes. Elles peuvent être faites manuellement à la pelle de terrassier ou mécaniquement à la pelle rétro. Les pelles frontales (lames de bulldozer) ne doivent pas être utilisées car elles lissent et compactent la surface du sol.

Si des amendements calco-magnésiens ou phosphatés sont nécessaires, ce qui doit être déterminé par des analyses de terre, ceux-ci sont mélangés à la terre des buttes. Dans les sols chimiquement pauvres, on conseille des apports par arbre de 1 à 2 kg d'amendements calcique ou calco-magnésiens (chaux, dolomie, chaux magnésienne) et d'engrais phosphaté (scories de déphosphoration, phosphate calcique, phospal). Il est, d'autre part, toujours souhaitable quand cela est matériellement et économiquement possible, d'apporter une fumure organique (fumiers composts, etc.) à des quantités de 25 à 50 kg par butte.

13.3 - Epoque de plantation

Elle dépend du type de climat.

En climats de type tropical ou subtropical, la transplantation en motte permettrait, à condition d'avoir la maîtrise de l'eau, de planter à toute période de l'année. Cependant, une garantie de meilleure reprise et le souci d'économiser l'eau conduisent la plupart des arboriculteurs à planter les avocatiers en début de saison des pluies, soit d'avril à juin dans l'hémisphère nord et en novembre-décembre dans l'hémisphère sud.

Il est préférable de planter par temps couvert ou aux heures fraîches de la journée, surtout quand on plante à racines nues.

En climats de type méditerranéen, à saison froide plus ou moins marquée, la date de plantation est, surtout, choisie en fonction de la rigueur de l'hiver. Dans les zones où les risques de gel sont peu à craindre, il est courant de planter à l'automne, de fin octobre à début décembre, dans l'hémisphère nord et en juin dans l'hémisphère sud.

Une plantation précoce permet aux jeunes avocatiers de «s'installer», de bénéficier des précipitations naturelles hivernales et de démarrer très tôt au printemps. Inversement, si des températures trop basses sont à craindre, il est préférable de planter au début du printemps: avril-mai dans l'hémisphère nord, novembre-décembre dans l'hémisphère sud.

13.4 - Préparation du matériel végétal

Sachant qu'il est très rare et déconseillé de transplanter les avocatiers à racines nues, il n'est pas nécessaire de prévoir un stockage des plants en jauge. Les avocatiers étant transplantés en motte (tontines, pots plastique ou conteneurs), les jeunes arbres dont on aura bien humecté le substrat au préalable, sont disposés sur le terrain au fur et à mesure des besoins du chantier de plantation. Si un préstockage des plants est nécessaire, il doit se faire sous ombrage léger, en prenant soin de maintenir une bonne cohésion des mottes par des arrosages fréquents. Si les jeunes avocatiers ont une motte ancienne bien constituée, d'un volume important (> 51) et qu'ils ont subi une phase d'endurcissement sans ombrage, le choc dû à la transplantation est négligeable et ne rend pas indispensable une opération d'effeuillage... Si les jeunes avocatiers ont une motte récente (tontine), il est recommandé de les manipuler avec précaution et de procéder à un léger effeuillage de manière à diminuer les effets de la transpiration.

Un tri sévère des arbres doit s'opérer avant plantation; il faut éliminer ceux dont le point de greffe est trop bas, éliminer les plants trop chétifs ou étiolés et ceux dont le point de greffe semble trop fragile (mauvaise soudure). Ce tri permet de classer les arbres par calibre et de constituer des blocs homogènes.

C'est à ce stade que doit s'opérer la répartition entre variétés de groupe A et variétés de groupe B si on souhaite, sous certains climats et avec certaines variétés, améliorer le taux de nouaison. Il faut préciser, toutefois, que l'alternance variétale s'opère par ligne et qu'il est déconseillé de planter sur une même ligne des variétés différentes (dispositif en diagonale). On rappelle qu'il n'y a pas de règle stricte quant aux proportions d'arbres A et d'arbres B pour des variétés ayant une même époque de floraison, celles-ci pouvant être 50-50, 25-75, 20-80, soit une ligne sur deux, une ligne sur trois, une ligne sur quatre d'une variété A par rapport à une variété B ou inversement.

Sachant qu'un certain nombre d'arbres auront une mauvaise reprise ou disparaîtront pour des raisons diverses, il est conseillé de prévoir un «stock» de remplacement d'environ 5 % avec des arbres de même âge conservés en pépinière dans des gros conteneurs.

13.5 - Plantation proprement dite

Creuser sur le sommet de la butte un trou de la dimension de la motte. Le jeune plant doit se trouver en position surélevée, de telle manière qu'aprés tassement naturel de la terre, le collet de l'arbre ne soit pas enterré et à fortiori le point de greffe, si les arbres ont été greffés bas.

Une erreur à éviter, quand les plants sont fournis en sac de polyéthylène, est de laisser une partie ou la totalité du plastique dans le trou de plantation. Cette erreur est assez fréquente. Tasser légèrement la terre au contact des racines et arroser (401. d'eau/arbres).

En verger non irrigué, il peut être nécessaire, en fonction du climat, de prévoir quelques arrosages (arrosoir ou tuyau plastique relié à une citerne) au cours de la première année. Dans ce cas, creuser une cuvette autour du plant.

Si la culture est mécanisée, on veillera à ce que les arbres soient bien alignés sur les lignes et sur les rangs. Nous ne décrirons pas, dans cet ouvrage, les diverses méthodes d'alignement, communes à toutes les espèces arbustives, qui sont connues de tous les arboriculteurs et décrites dans tous les traités sur la culture des plantes pérennes. Mentionnons, seulement qu'en arboriculture fruitière, la méthode de la règle à planter est, souvent. utilisée.

13.6 - Soins après plantation

Comme mentionné au paragraphe précédent, des arrosages (20 à 40 l/d'eau par semaine) ou de l'irrigation peuvent être nécessaires pendant la phase de reprise des jeunes plants. Le paillage de la cuvette autour du tronc du jeune arbre est souvent appliqué pour limiter l'évaporation et la pousse des mauvaises herbes.

Il est important de ne pas sous-estimer la sensibilité d'un jeune avocatier aux coups de soleil et aux vents desséchants ou froids; aussi est-il recommandé, sous certains climats, de procéder à un loger ombrage des plants pendant quelques mois (utilisation de palmes, de graminées disposées sur des piquets, ou blanchissage du tronc avec un lait de chaux, ou protection du tronc par un cylindre en carton de couleur claire). Contre le vent, on peut utiliser soit des brise-vent individuels (toiles ou claies) en demi-cercles orientés face aux vents dominants, soit des brise-vent en ligne [toiles ou plantation d'une graminée (mais, sorgho), ou d'une légumineuse (pois d'Angol)]. Il est aussi, souvent nécessaire de tuteurer les jeunes arbres.

Enfin dans les régions où des risques d'attaque de rongeurs sont élevés, il est recommandé de protéger la base du tronc des jeunes plants par des cylindres en polyéthylène ou du grillage.

VIII. Gestion technique d'un verger

Il n'y a pas une technique universelle de gestion d'un verger mais des techniques qui doivent être raisonnées en fonction du système de culture (culture monospécifique ou associée), du type d'exploitation (verger de case, familial ou commercial), du type de gestion (culture mécanisée ou manuelle), des ressources humaines (disponibilité, compétence et coût de la main d'œuvre), de la destination de la production, du prix de vente des avocats etc. Il est impossible de dissocier la gestion technique de la gestion économique. Ainsi dans les pays où la main d'œuvre est bon marché ou dans les vergers de type familial il faut favoriser les pratiques permettant de réduire les intrants; exemple: paillage, désherbage manuel. Inversement, dans les pays où les coûts salariaux sont élévés, le maximum d'opérations culturales doivent être mécanisées.

1. Entretien du sol

L'objectif de l'entretien est la lutte contre les mauvaises herbes (végétation adventice).

Nous distinguerons quatre grandes options en nous limitant à la culture monospécifique, car les options en culture associée dépendent des plantes en présence.

a) sol maintenu sans végétation par l'utilisation d'herbicide (option: non-culture)

b) sol désherbé manuellement ou mécaniquement avec un outil (option: travail du sol)

c) couverture permanente du sol par la végétation (option: couverture-permanente)

d) paillage


Couverture du sol avec des pailles autour de l'arbre. Brise-vent de peupliers et de Pennisetum.


Entretien du sol par désherbage chimique de toute la superficie (clichés Vuillaume).

En fait, nous verrons dans la suite de ce paragraphe, que ces quatre options sont, souvent, associées dans un verger, selon qu'il s'agit de la ligne d'arbres ou de l'interligne (option mixte).

1.1 - La non-culture

Elle consiste à maintenir le sol nu, par l'application d'herbicide, sur toute la surface du verger. Cette technique est recommandée quand il n'y a aucun risque d'érosion; elle est, donc pratiquement limitée aux terrains plats. Les premières années il est recommandé d'utiliser des herbicides de contact. Par la suite, les herbicides systémiques peuvent être employés en particulier le glyphosate (2 à 3 kg de matière active à l'hectare) mais il faut éviter les projections sur les feuilles d'avocatiers, car elles provoquent des brûlures.

En région tropicale, l'intérêt de cette technique est de ne pas favoriser le développement du Phytophthora des racines. En région méditerranéenne, quand il y a des risques de gelée, le maintien d'un sol sans herbe permet de gagner 2°C, par rapport au sol couvert de végétation.

1.2 - Travail du sol

Cette pratique a pour but de détruire la végétation adventice. Compte tenu de l'enracinement très superficiel de l'avocatier et des risques de lésions des racines par les outils, lésions qui favorisent la pénétration des champignons parasites, cette pratique doit être utilisée avec beaucoup de prudence en culture mécanisée. Le travail du sol avec des outils du type pulvériseur à disques ou chisel, effectuant des façons superficielles doit être limité aux interlignes non colonisés par les racines d'avocatier. A partir de la plantation, il faut donc réduire la surface travaillée chaque année, jusqu'à la suppression. Le même principe doit être respecté dans le cas d'une culture d'engrais vert avec enfouissement.

Quand le désherbage est fait manuellement, un binage très superficiel avec une houe ne présente pas d'inconvénients. C'est cette pratique que nous recommandons dans les vergers de type familial de faible superficie; elle permet de réduire les dépenses d'intrants (herbicides).

Le travail du sol sur la totalité du verger a le même inconvénient que le désherbage, quant aux risques d'érosion.

1.3 - Couverture permanente

Le maintien d'une couverture végétale est nécessaire quand il y a des risques d'érosion. Cette couverture peut être constituée par la végétation adventice constituée en majorité de graminées, ou par une espèce choisie, dite plante de couverture.

L'avantage de la végétation naturelle est de ne poser aucun problème pour l'établir et son entretien se limite des fauches manuelles ou avec un gyrobroyeur. Le principal inconvénient, en culture mécanisée, est que les nombreux passages de tracteur nécessaires pour faucher la végétation (plus d'une dizaine par an en région tropicale humide), compactent le sol à l'interface: sol-feutrage des racines de graminées (vers 10-15 cm) créant un horizon hydromorphe, favorable au développement du Phythophthora. En Martinique le dépérissement de vergers d'avocatiers a pu être «enrayé» par la destruction du tapis végétal.

Une autre technique est d'implanter une plante de couverture, choisie parmi les espèces à port rampant. Les plus cultivées sont celles de la famille des légumineuses, en raison de leur possibilité de fixation symbiotique de l'azote atmosphérique, à condition qu'il y ait, dans le sol, des bactéries fixatrices (rhizobiums). Les observations des nodosités, effectuées sur les racines de diverses espèces nous laissent penser que, dans les conditions naturelles, la fixation est souvent faible. Il serait nécessaire d'inoculer les graines ou le sol mais l'absence de production d'inoculum au stade industriel rend cette technique inapplicable par les arboriculteurs.

Les deux espèces les plus cultivées dans les vergers d'avocatiers sont le Pueraria et le Stylosanthes. L'entretien nécessite plusieurs fauches par an: 2 à 3 pour le Stylosanthes, 4 à 6 pour le Pueraria en région tropicale humide. La hauteur de coupe doit être au minimum de 25 centimètres; l'outil le plus utilisé est le gyrobroyeur.

En ce qui concerne le Pueraria, il est indispensable de bien maîtriser son développement, sinon il envahit les arbres. Un autre inconvénient est que le mulch formé par les feuilles fanées crée à la surface du sol un milieu humide, favorable au développement du Phytophthora, comme cela a été observé en Côte d'Ivoire. A priori, on peut penser que cet inconvénient existe avec toutes les plantes de couverture.

1.4 - Paillage

Le paillis est efficace pour empêcher la pousse des mauvaises herbes et protéger le sol de l'érosion mais c'est une pratique onéreuse qui est, souvent, difficilement envisageable avec une main d'œuvre salariée. D'autre part, l'approvisionnement en paillis suppose d'avoir des parcelles en végétation naturelle, ou en jachère à proximité du verger. Généralement, cette technique n'est utilisée que pour pailler autour des jeunes arbres.

1.5 - Option mixte

Dans la majorité des situations écologiques, il faut concilier la nécessité d'une couverture végétale pour protéger le sol de l'érosion et celle de favoriser une bonne aération des racines d'avocatiers, aussi les arboriculteurs adoptent une solution intermédiaire, consistant à maintenir de la végétation dans les interlignes et à désherber de part et d'autre des lignes d'avocatiers ou autour des arbres, dans un rayon un peu supérieur à la limite de la frondaison. Le désherbage peut être effectué soit par voie chimique, soit manuellement, soit en paillant ou plusieurs de ces techniques combinées. La largeur des bandes de couverture végétale dépend du développement des arbres et du degré d'érodabilité du terrain; ces bandes doivent être dans le sens des courbes de niveau.

2. Taille

Les avocatiers doivent recevoir une taille de formation. La taille d'entretien consiste à supprimer les branches mal placées ou trop basses, de façon à former un tronc d'environ 0,50 mètres de hauteur. Par la suite, la taille sera réduite au strict minimum. Elle consiste, principalement, à supprimer les branches mortes, ou trop basses dont les fruits sont en contact avec le sol ou encore, les branches enchevêtrées au milieu de la frondaison. Quand les arbres deviennent trop grands (hauteur supérieure à 4-5 mètres), il est nécessaire de procéder à l'écimage pour faciliter la cueillette. Cet écimage peut être répété au cours de la vie de l'arbre. Toutes les coupes pratiquées sur les branches doivent être suivies d'un masticage pour éviter la pénétration des champignons et des insectes.

Les premières années, il est, souvent, nécessaire de supprimer les repousses sur le porte-greffe.

3. Tuteurage

Des productions abondantes, en particulier sur les variétés à port étalé, peuvent entraîner des éclatements de charpentières sous le poids des fruits à l'approche de la récolte, notamment dans les régions ventées ou à forte probabilité de tornades. Pour diminuer les pertes de récolte et les blessures aux arbres, il est recommandé de procéder au tuteurage au moyen de perches en bois ou en bambous.

4. Le surgreffage

Au cours de la vie d'un verger, on peut être amené à changer de variété pour des raisons diverses, sans vouloir nécessairement arracher et replanter. Cette décision de l'arboriculteur fait appel au surgreffage. Les raisons qui conduisent à changer de variété sont, pour les plus courantes:

- variété peu productive;

- variété non adaptée au marché;

- variété trop sensible à des attaques parasitaires;

- nécessité d'introduire ou d'augmenter une variété pollinisatrice;

- profiter de la régénération d'un verger pour introduire une variété nouvelle.

Le surgreffage peut s'appliquer sur des arbres d'âges différents, sous réserve que ceux-ci soient sains et possèdent un système racinaire actif. Il serait inutile et hasardeux de surgreffer des arbres en mauvais état et très hétérogènes.

Le surgreffage n'est autre qu'un greffage particulier qui s'opère soit sur les pousses qui partent des charpentières après le rabattage des arbres à une hauteur de 1,0 à 1,50 mètres du sol, soit directement sur les charpentières ou les troncs recépés.

Comme le greffage en pépinière, cette opération nécessite beaucoup de technicité, donc une formation pratique. Dans les pays où il y a des pépiniéristes, la meilleure solution est de faire effectuer le surgreffage par les greffeurs; 4 à 5 interventions dans le verger sont nécessaires.

5. Fertilisation et nutrition

Le but de la fertilisation est de permettre une bonne nutrition de la plante, tout en maintenant ou même en améliorant la fertilité naturelle du sol.


Avocatier 10 mois après le surgreffage.


Avocatier 18 mois après le surgreffage.


Rabattage en vue du surgreffage. (Clichés F. Mademba-Sy)

Les facteurs à prendre en compte pour raisonner la fertilisation sont: la fertilité chimique du sol appréciée par le diagnostic «sol» (analyses de terre); l'âge de l'arbre les premières années et, au stade adulte, le niveau de production d'avocats; les caractéristiques physico-chimiques du complexe d'échange du sol et le climat, en particulier la pluviosité, lesquels conditionnent les pertes d'engrais, donc leur taux d'utilisation par la plante. Les sols ayant des réseves en éléments minéraux nutritifs abondants sont rares dans les aires de culture de l'avocatier, aussi il est, presque toujours, nécessaire de fertiliser, au moins, en azote et en potassium. La fumure minimale doit compenser les quantités d'éléments exportés par les récoltes et celles nécessaires à la formation de l'arbre depuis la plantation jusqu'au stade adulte. Les bilans minéraux effectués sur des arbres et sur des fruits donnent des ordres de grandeur des besoins nutritifs.

5.1 - Immobilisations et exportations des éléments minéraux

Les résultats des bilans minéraux d'un arbre et de fruits de différentes variétés sont résumés dans les tableaux IV et V ; par similitude avec l'expression de la composition des engrais, les teneurs en phosphore, potassium, calcium et magnésium sont, également, exprimées en oxydes:

Les quantités d'éléments immobilisés dans les organes végétatifs sont dans l'ordre décroissant, le potassium, l'azote, le calcium, le phosphore et le magnésium. Dans le verger étudié, où les arbres sont plantés à une densité élevée pour cette espèce (240 arbres/ha), les masses immobilisées dans un hectare d'avocatiers sont de l'ordre de 480 kg de K 2O, 380 kg de N, 310 kg de CaO, 90 kg de P 2O5 et 70 kg de MgO.

La composition des fruits varie en fonction de la variété, ainsi que des conditions écologiques et de culture, en particulier la fumure. Comme les immobilisations dans l'arbre, les deux constituants minéraux les plus importants quantitativement dans les fruits sont le potassium et l'azote. Selon l'origine des avocats, les rapports K/N varient de 1,0 à 1,8 et les rapports K 2O/N de 1,2 à 2,2.

Tableau IV Masse des éléments minéraux en kilogrammes, des organes végétatifs, aériens et souterrains, d'un avocatier greffé de 6 ans, cultivé en Martinique; variété «Lula».

Matière fraîche

Matière sèche

N

P*

K*

Ca*

Mg*

Cl

Na

507

207

1,5

0,2

1,6

0,9

0,2

0,3

0,01




(0.4)

(2,0)

(1,3)

(0.3)



Les chiffres entre parenthèses sont les teneurs exprimées en oxydes: P 2O5, K 2O, CaO et MgO.

Tableau V Exportations des éléments mineraux en kilogrammes par tonne (ou grammes par kilogramme) des fruits d'avocatiers.

Variétés et pays

Source

N

P*

K*

Ca*

Mg*

Cl

S

Na

Fuerte

LAHAV

1,1

0,2

2,0

0,2

0,5

0,2

0,8

0,1

Israël



(0,4)

(2,4)

(0,3)

(0,8)




Lula

MARCHAL

2,8

0,4

4,5

0,1

0,2




Martinique



(0,8)

(5,5)

(0,2)

(0,3)




Pollock

AVILAN

2,9

0,6

3,0

0,6

0,3







(1,4)

(3,6)

(0,8)

(0,5)




Waldin


3,0

0,8

3,5

0,7

0,3




Vénézuéla



(1,8)

(4,2)

(1,0)

(0,5)




* Les chiffres entre parenthèses sont les teneurs exprimées en oxydes: P 2O5, K 2O, CaO et MgO.

Un autre facteur de variation des exportations d'éléments minéraux, autre que celui de la composition des fruits, est l'hétérogénéité de la production des arbres et des rendements à l'hectare (cf. chapitre X, paragraphe 5). A titre indicatif, on peut considérer comme un rendement moyen pour l'avocatier: 10 à 15 t/ha/an et 50 à 100 kg de fruits par arbre.

5.2 - Fertilisation

A l'exception de la plantation où des composés organiques divers peuvent être mélangés avec la terre de la butte ou du trou de plantation, la fertilisation de l'avocatier est faite sous forme d'engrais minéraux.

Le tableau VI résume les formules de fertilisation NPK appliquées en verger commercial dans divers pays. Pour l'homogénéité et la simplification du tableau, nous avons, seulement, indiqués les fumures de la première année et celles des arbres adultes, en production. Dans tous les pays, le principe est d'augmenter la fumure chaque année de la plantation jusqu'au stade adulte, puis d'appliquer une fertilisation uniforme après l'entrée des arbres en production (6 à 10 ans selon les conditions écologiques).

On constate des différences importantes entre les fumures appliquées dans les divers pays. Dans la plupart des pays producteurs: Floride, Californie, Israël, Afrique du Sud, la fertilisation azotée est raisonnée en fonction des résultats du diagnostic foliaire (D.F.), bien qu'il ne soit pas, toujours, possible d'établir des relations entre les rendements et les teneurs en azote des feuilles.

Les apports d'engrais sont fractionnés en 2 à 4 épandages annuels et même davantage, quand ils sont apportés avec l'eau d'irrigation. Ils sont épandus, soit autour de l'arbre un peu au-delà de la limite de la frondaison, soit de part et d'autre des lignes d'avocatiers, dans la zone désherbée.

Tableau VI Fertilisation minérale annuelle appliquée dans différents pays (en grammes par arbre).

Pays

Source

Ages des arbres (année)

N

K2O

P2O5

Espagne

ALVAREZ DE LA PENA

1

100

100

Selon DF*



Adulte

600

1 600


Israël

LAHAV

1

40

2 500

selon DF*



Adulte

500 à 1 250 selon les variétés et DF



Corse

VOGEL

1

100

50

25



Adulte

1000

500

250

Afrique du Sud

KOEN

1

100

60

300



Adulte

900

1000

1 500

Côte d'Ivoire

MERLE

1

180

150

400



Adulte

900

900

400

Martinique et Guadeloupe

BERTIN

1

200 à 300

100 à 200

300 à 400



Adulte

700 à 1 250

500 à 1 000

300 à 400

Floride

JEANTEUR

Adulte

1 100 à 1 600

Identique ou un peu inférieur à N

Apport quand P feuilles < 0,1 %

* DF = diagnostic foliaire.

L'azote est appliquée sous forme d'urée, de sulfate ou de nitrate et le potassium sous forme de chlorure, sulfate ou nitrate. Compte tenu de la sensibilité de l'avocatier au chlore, il est préférable d'éviter l'emploi de chlorure de potassium, surtout dans les pays à faible pluviosité ou quand cet élément est, déjà, présent dans le sol ou dans les eaux d'irrigation. Différentes formes d'engrais phosphatés sont utilisés, phosphates calciques, phospal, scories de déphosphoration. L'apport de phosphore est, souvent, effectué avec celui de N et K en employant des engrais complexes NPK; dans ce type d'engrais, le phosphore est, fréquemment, du phosphate d'ammonium.

Plutôt que de transposer les fumures pratiquées ailleurs dans des conditions écologiques différentes, en absence d'expérimentation régionale, il nous paraît préférable de raisonner la fertilisation en fonction des exportations d'éléments minéraux, donc des rendements, des caractéristiques chimiques du sol (diagnostic sol) et des caractéristiques climatiques, en particulier la pluviosité. De notre point de vue, le diagnostic foliaire (DF) est plus un «outil» de contrôle de la nutrition que de programmation de la fertilisation.

A titre d'exemple, dans l'hypothèse d'une production par arbre de 100 kg d'avocats exportant: 2,9 g de N. 4,4 g de K 2O et 1,3 de P 2O5 par kilogramme, la fumure doit apporter au minimum par arbre: 300 g de N, 450 g de K 2O et 130 g de P 2O5. Aux quantités exportées par les récoltes, il faudrait ajouter celles immobilisées dans les pousses de l'année mais qui sont très difficiles à quantifier. En effet, les éléments minéraux contenus dans les pousses proviennent en partie du sol et en partie des migrations des feuilles anciennes vers les feuilles jeunes En revanche, il faudrait tenir compte dans le bilan, des restitutions par les feuilles mortes et les bois de taille, quand les arbres sont recépés. Dans la majorité des sols, nous considérons que les quantités d'éléments minéraux immobilisées dans les organes végétatifs peuvent être fournies par le sol, ainsi que par les pluies lesquelles en région tropicale, contiennent 1 à 1,5 mg d'azote par litre.

Une autre imprécision concerne le coefficient d'utilisation des engrais qui dépend de plusieurs facteurs, particulièrement des pertes par lessivage de l'azote et du potasium. Le phosphore est peu lessivé mais dans les sols très pauvres, il peut être rétrogradé. Compte tenu de la dynamique de N et K dans les sols tropicaux, nous conseillons de calculer les apports de fertilisants en majorant les exportations par les récoltes d'un coefficient fonction de la pluviosité annuelle:

Pluviosité annuelle (<mm)

Coefficient de majoration

< 1 000

0,25

1000 à 1500

0,50

1 500 à 2 000

0,75

> 2 000

1,00

En raison de l'action sur le pH et la structure du sol des cotions Ca et Mg, les fertilisations calcique et magnésienne doivent être raisonnées en fonction des teneurs de ces éléments sur le complexe d'échange. Les exportations par les récoltes sont faibles comparées à celles des autres éléments majeurs, puisqu'une production de fruits par arbre de 100 kg exporte de l'ordre de 70 g de CaO et 40 g de MgO. Les apports de Ca et Mg, effectués, le plus souvent, avec de la dolomie (30 % de CaO et 20 % de MgO) ou de la chaux magnésienne (40 à 50 % de CaO et 30 à 35 % de MgO), doivent être programmés de façon à maintenir le pH du sol entre 5,5 et 6,0 et les teneurs minimales en calcium et en magnésium échangeables dans les limites suivantes:

Ca: 2,5 à 3,0 mé/100 g de terre, Mg: 0,8 à 1,2 mé/100 g de terre.

Les engrais azotés étant la principale cause d'acidification des sols et de leur appauvrissement en calcium et magnésium (lessivage), les quantités minimales d'amendement calco-magnésien à apporter doivent permettre de neutraliser leur action acidifiante (tableau VII).

Tableau VII Quantités de dolomie ou de chaux magnésienne en grammes, nécessaires pour neutraliser 100 grammes d'engrais azoté.

Engrais

Dolomie

Chaux magnésienne

Sulfate d'ammonium à 21 % de N

110

70

Urée à 45 % de N

80

50

Phosphate mono amonique à 11 % de N

60

40

Phosphate diamonique à 17 % de N

90

60

Nitrate d'ammonium à 34 % de N

60

40

En ce qui concerne les oligo-éléments, des apports ne sont effectués que quand on observe des symptômes de déficiences visibles sur les arbres détectés ou lors d'un contrôle de la nutrition des avocatiers par diagnostic foliaire. Les applications se font, généralement, par pulvérisations sur le feuillage.

Les carences les plus fréquentes sont celles en zinc qui peuvent se rencontrer dans tous les types de sols et la carence en fer dans les sols calcaires ou alcalins.

La déficience en zinc est traitée par des pulvérisations, soit de sulfate de zinc (600 g + 300 g de chaux pour neutralisation, pour 100 litre d'eau), soit d'oxyde de zinc (250 g pour 100 litre d'eau). Le traitement de la carence en fer se fait par apport dans le sol de chélate de fer en solution dans l'eau (arrosage). Le coût de ces produits est élevé, aussi dans les sols propices à la chlorose ferrique, le choix du porte-greffe doit se faire en fonction de ce critère (cf. chapitre VI, paragraphe 2.1.1.4)

Dans la gamme recommandée des pH (5,5 à 6,0), il n'y a pas de risques de toxicité aluminique ni manganique.

5.3 - Contrôle de la nutrition

Si la fertilisation est un facteur important de la nutrition, elle n'est pas le seul. D'autres facteurs interviennent, en particulier l'alimentation hydrique et le fonctionnement des racines lié au volume de terre prospecté, aux conditions d'aération (absence d'hydromorphie) et à leur état sanitaire (parasitisme animal ou végétal). L'arboriculteur doit avoir présent à l'esprit qu'une mauvaise nutrition peut être due à d'autres causes qu'à des teneurs insuffisantes en éléments minéraux dans le sol.

L'état nutritif d'un arbre ou d'un verger peut s'apprécier visuellement et par analyses foliaires (D.F); ces deux méthodes sont complémentaires. Pour un agronome expérimenté, le diagnostic foliaire, souvent couplé avec le diagnostic sol, est surtout utilisé pour confirmer (ou infirmer) un diagnostic de terrain.

5.3.1 - Contrôle visuel des déficiences

L'état végétatif d'un arbre, sa vitesse de croissance, son niveau de production sont de bons indices pour apprécier son alimentation minérale.

Les descriptions des symptômes de déficiences en divers éléments qui suivent ont été faites sur des avocatiers cultivés sur sable et alimentés avec une solution nutritive ne contenant pas l'élément étudié. Dans un verger, les symptômes ne sont pas aussi accentués car il y a, rarement, carence totale en un élément; d'autre part, il peut y avoir juxtaposition de plusieurs carences.

Selon les éléments, les symptômes s'observent sur les jeunes feuilles (S, Ca, B, Zn, Mn, Fe), les vieilles feuilles (Mg, P, K) ou sur l'ensemble du feuillage (N)

5.3.1.1 - Symptômes généralisés

Carence en azote

Chlorose généralisée avec accentuation sur les vieilles feuilles. Coloration jaune-vert pâle et mat des feuilles, à tendance rosée sur les plus jeunes. Plages presque blanches qui sont le siège de nécroses. Rameaux et pétioles chlorotiques.

Croissance ralentie et développement fortement réduit. Tiges et rameaux fluets. Feuilles petites, gaufrées, s'enroulant vers le bas sur les jeunes plants, ou en V sur les plants plus âgés. Nanisme des jeunes plants.

5.3.1.2 - Symptômes sur jeunes feuilles

Carence en soufre

Chlorose sur jeunes feuilles qui reverdissent partiellement lorsqu'elles sont plus vieilles. Coloration jaune or, jaune rosé uniforme et brillante des jeunes feuilles. Celles intermédiaires sont vert jaune, plus touchées à leur extrémité qu'à leur base. Les vieilles feuilles sont vert pâle à vert, quelquefois chlorotiques à leur extrémité. Quand la carence est sévère on note quelques nécroses en bout de vieilles feuilles.

Jeunes rameaux fluets et minceur des feuilles confèrent au feuillage une fragilité particulière. Port retombant des feuilles des bouquets terminaux.

Croissance en hauteur quasi normale, mais volume et poids de l'arbre réduits de moitié par rapport à la normale.

Carence en calcium

Croissance et développement de l'arbre fortement réduits. Mortification des zones de croissance. Développement anarchique et désordonné des méristèmes terminaux des rameaux. Raccourcissement des entre-nœuds. Inhibition et quelquefois mort des bourgeons terminaux et développement des bourgeons latéraux qui, le plus souvent, meurent, sèchent et tombent; quelques-uns se développent mais ils sont souvent inhibés très tôt.

A l'extrémité de chaque rameau principal, constitution d'une importante rosette de petites feuilles lancéolées, très serrées les unes contre les autres du fait du raccourcissement extrême des entrenœuds, plus ou moins assymétriques, quelquefois en «faucille». Les feuilles sont déformées par de profondes échancrures marginales et percées, soit de trous, soit de boutonnières. Quelques nécroses sur nervures.

Chlorose marginale principalement apicale qui gagne vers les espaces internervaires et vers le bas de la feuille. Puis nécroses brun rougeâtre restant le plus souvent marginales. Les vieilles feuilles et quelques jeunes bourgeons tombent, dénudant la base des rameaux.

Carence en bore

Croissance et développement de l'arbre fortement réduits. Mortification des zones de croissance. Développement anarchique et désordonné des méristèmes terminaux. Raccourcissement des entre-nœuds. Inhibition et souvent mort des bourgeons terminaux; développement des bourgeons latéraux qui le plus souvent, sont précocement inhibés. Croissance branchue des plants; distorsion de leurs rameaux et «balais de sorcière». Tiges caverneuses et nécroses superficielles de l'écorce.

Feuilles réduites, lancéolées, quelquefois «en faucille», plus ou moins déformées. Limbes rigides et cassants, gaufrés et souvent déchirés en boutonnières. Taches ou plages chlorotiques et nécroses en bout des jeunes feuilles qui se «recroquevillent».

Carence en zinc

Parfois les symptômes peuvent n'affecter que quelques branches d'un arbre et quelques arbres d'un verger. Ils apparaissent sur les rameaux terminaux dont les feuilles sont petites, étroites, avec des plages chlorotiques internervaires. Les nervures et les franges de limbe les bordant restent vertes, sauf dans les cas les plus sévères. La couleur des taches chlorotiques de formes irrégulières peut évoluer du vert jaune au jaune et même au blanchâtre. Aux stades avancés, les entre-nœuds sont raccourcis, les jeunes feuilles sont disposées en rosette. Dans les cas extrêmes, les feuilles s'incurvent, les limbes des vieilles feuilles portent des taches nécrotiques et les rameaux se dessèchent.

Carence en manganèse

Chlorose vert jaune à jaune vert des espaces internervaires des jeunes feuilles, les nervures bordées d'une étroite bande de tissu, restant vertes. Quand la carence s'accentue, la chlorose devient plus jaune et peu de nervures restent alors vertes.

Carence en fer

Chlorose vert pâle jaunâtre, du limbe des jeunes feuilles, les nervures principales et secondaires, très fines, gardant leur teinte verte. En carence sévère la feuille devient presque blanche et les nervures perdent leur coloration. L'arbre peut dégénérer complètement.

5.3.1.3 - Symptômes sur vieilles feuilles

Carence en magnésium

Croissance en taille quasi normale mais développement en volume réduit par rapport à des plants normaux.

Chlorose sur vieilles feuilles débutant près de la nervure centrale et progressant dans les espaces internervaires vers les bords de la feuille. Les bords de la nervure principale et des nervures secondaires principales restent verts sur 2 à 4 mm de large. La chlorose d'abord diffuse, s'affirme et gagne en surface la totalité des espaces entre les nervures secondaires principales; de vert jaune pâle elle devient jaune or et ses contours sont très nets. Pas de larges nécroses mais de nombreux points nécrotiques brun rouge apparaissant au milieu des espaces chlorotiques. La sénescence des vieilles feuilles est accélérée.

La chlorose magnésienne gagne vers les plus jeunes feuilles et en carence sévère peut intéresser tout le feuillage de l'arbre.

Carence en phosphore

Réduction de croissance et de développement importante.

La croissance du bourgeon terminal est pratiquement inhibée; il reste latent ou émet très peu de feuilles de dimensions normales mais inclinées à 45° vers le sol, inclinaison due au fléchissement des pétioles. Feuilles en «tuiles» à bords plus ou moins ondulés et enroulés vers la face inférieure. Rameaux fluets.

Le feuillage de coloration vert foncé à tendance bleutée devient rapidement vert sale avec des reflets gris-violet ou bronze. Puis, sur vieilles feuilles, de part et d'autre des nervures principales et secondaires principales, s'installe une ponctuation blanchâtre.

Symptômes de carences sur feuilles (clichés Martin-Prével).


Témoin Carences


Carence en soufre.


Carence en Mg.


Carence en fer.


Symptômes de carence en N.


Symptômes de carence en Ca.


1. Toxicité due au chlore.


2. Toxicité due au sodium. (Cliché Lahav).


3. Chlorose ferrique. (Cliché Martin-Prével).

Cette ponctuation se nécrose en même temps qu'apparaissent sur des demi-limbes ponctuations et plages nécrotiques.

Les feuilles tombent sans être, totalement, nécrosées.

Carence en potassium

La carence en potassium se manifeste sur les vieilles feuilles qui jaunissent rapidement, soit en plages soit en totalité; les parties de limbes chlorotiques sont jaune à jaune or. Ce jaunissement est suivi d'une nécrose ponctiforme ou en plages brun rouge, débutant à la base des feuilles. Cette nécrose gagne les pétioles puis chemine le long des nervures et peut s'étendre à toute la feuille qui prend une teinte rousse caractéristique. Souvent la feuille tombe avant nécrose complète. Ces arbres sont rabougris.

5.3.2 - Contrôle visuel des toxicités

Nous ne décrirons que les deux plus fréquentes qui sont les toxicités en chlore et en sodium, dans le cas de sols ou d'eaux salés, conditions qu'il faut éviter lors du choix de l'implantation du verger cf. chapitre V, paragraphes 2 et 3)

5.3.2.1 - Toxicité en chlore

Les symptômes s'observent sur les feuilles qui viennent de terminer leur croissance; leur pointe jaunit (tip burn), prend une couleur brun havane et se dessèche. Dans les cas les plus sévères, ce symptôme gagne les bords puis le reste du limbe. Les feuilles chutent prématurément. Cette toxicité provoque un ralentissement de la croissance et une réduction du rendement.

5.3.2.2 - Toxicité en sodium

Les effets du chlore et du sodium sont généralement confondus, ces deux éléments étant souvent associés (chlorure de sodium). A la différence avec l'excés de chlore, cette toxicité ne débute pas à l'apex de la feuille, mais elle provoque l'apparition de points de nécroses internervaires près des bords ou à l'intérieur de la feuille; progressivement, leur taille s'accroît; les rameaux peuvent se dessécher.

5.3.3 - Diagnostic foliaire

La fiabilité du diagnostic foliaire dépend en grande partie de l'échantillonnage. L'âge de la feuille, sa position sur les rameaux et sur l'arbre, l'époque de l'année ont une influence sur sa composition minérale. La méthode d'échantillonnage standardisée consiste à prélever des feuilles adultes non sénescentes. Selon les zones climatiques, ce stade correspond à des feuilles d'âge différent. Il est vivement conseillé, avant de procéder à l'échantillonnage de demander au laboratoire d'analyses de communiquer le protocole; l'échantillon doit être composé d'une centaine de feuilles, prises sur 25 arbres.

Malgré les nombreux travaux sur la nutrition de l'avocatier, quelques auteurs seulement proposent des standards d'interprétation des analyses. La difficulté est qu'il n'est pas possible d'avoir des standards de valeur universelle, utilisables dans toutes les conditions écologiques et pour toutes les variétés. L'arboriculteur aura intérêt à confier ses analyses à un laboratoire ayant une bonne connaissance de sa région et qui lui fera l'interprétation des résultats. A titre d'ordre de grandeur, les physiologistes considérent comme teneurs satisfaisantes, exprimées par rapport à la matière sèche: 2 % de N; 1 % de K; 0,3 % de P; 1,5 % de Ca et 0,4 % de Mg.

6. Irrigation

Plus encore sur ce sujet que sur les précédents, il est impossible de donner une «recette» applicable à tous les types de vergers et dans toutes les conditions écologiques mais, seulement, les éléments de raisonnement et des conseils sur la façon de gérer, au mieux, l'alimentation hydrique de la plante, de façon à obtenir la meilleure productivité.

L'avocatier est à la fois très sensible au stress hydrique et à l'excès d'humidité du sol; à titre comparatif, il est encore plus sensible à ces deux contraintes que les agrumes. C'est par conséquent, une plante qui ne supporte pas d'erreur, même minime, dans la conduite des irrigations.

Un autre problème, commun à toutes les espèces fruitières, est que la superficie du couvert végétal varie au cours de la vie du verger et, d'un verger à l'autre, avec la densité de plantation. Les variations du couvert végétal, en fonction de l'âge des arbres, compliquent la modélisation des estimations de leurs besoins eau sur des bases bioclimatologiques: notion d'évapotranspiration réelle «ETR» ou maximale «ETM»

A tite d'exemple, le couvert végétal d'avocatiers dont le diamètre de la frondaison est de 1 mètre et la densité de plantation de 125 arbres à l'hectare est, seulement, de 1% de la surface plantée; celui d'arbres adultes de diamètre de frondaison de 8 mètres est de 65%.

6.1 - Besoins en eau

Nous distinguerons deux phases dans la vie du verger, la phase juvénile et la phase adulte.

6.1.1. Phase juvénile

Elle est caractérisée par une augmentation importante et continue du volume de l'arbre, donc du couvert végétal et de ses besoins en eau. Elle va de la plantation, jusqu'à l'entrée en pleine production des arbres, soit suivant les zones climatiques jusqu'à la 6 e ou 8 e année. Dans un verger monospécifique, la seule méthode rationnelle est l'irrigation localisée. En cultures associées, telle qu'une culture intercalaire, l'irrigation en couverture totale est envisageable. Dans les deux cas, l'irrigation doit être conduite en fonction des besoins des avocatiers, appréciés par l'aspect du feuillage. L'irrigation est nécessaire un peu avant que l'arbre manifeste des signes de flétrissement qui persistent après la nuit. Une teinte plombée du feuillage, un léger enroulement des limbes constaté en début de matinée indiquent le besoin en eau. Avec un peu d'habitude, un arboriculteur reconnaîtra ces symptômes.

6.1.2 - Phase adulte

Elle correspond à des arbres en production, âgés de plus de 6 à 8 ans, dont les frondaisons sont proches ou se touchent sur les lignes.

En première approximation, les quantités d'eau peuvent être estimées à 70 % de l'évapotranspiration potentielle «ETP», soit un coefficient cultural: Kc = 0,70. Cette estimation peut servir de base, dans un premier temps, au praticien pour irriguer mais il lui appartient, ensuite, d'adapter les irrigations à ses conditions particulières. En effet, ce coefficient cultural de 0,70 doit être considéré comme une valeur moyenne, variable selon la saison et le stade végétatif de l'arbre. D'autre part, l'agriculteur n'a, au mieux, qu'une estimation de l'ETP au niveau régional (stations météorologique ou de recherche); des écarts non négligeables, entre l'ETP régionale et celle du verger (microclimat), peuvent exister. L'observation de l'état hydrique du feuillage est, souvent, le meilleur critère d'appréciation des besoins en eau, comme au stade juvénile.

6.2 - Techniques d'irrigations et conduite

Dans les ouvrages traitant de l'irrigation, des auteurs classent, généralement, les techniques d'irrigation en 3 catégories:

- irrigation de surface (cuvettes, planches, raies)

- irrigation par aspersion (sur et sous frondaisons)

- micro-irrigation (goutte à goutte, micro-jet)

Le choix d'un système d'irrigation dépend de la culture, des disponibilités en eau, de la technicité de l'agriculteur et de ses préférences, de sa capacité d'investissement.

Nous ne développerons pas les avantages et les inconvénients de chaque technique, sujet qui justifierait, à lui seul, un ouvrage. Nous nous limiterons à mentionner les techniques que nous considérons les mieux adaptées aux vergers fruitiers en zone tropicale, dans la majorité des cas.


Irrigation en cuvette (clichés J. Cassin 1).


Irrigation en cuvette (clichés J. Cassin 2).

Dans les jeunes plantations, nous recommandons l'irrigation au moyen de cuvettes; l'apport d'eau est effectué avec des tuyaux souples, branchés sur une canalisation fixe ou une citerne. Le remplissage des cuvettes avec de l'eau acheminée par gravité est à exclure pour les espèces fruitières sensibles aux excès d'eau car il est très difficile, avec cette technique de maîtriser les quantités apportées. Le tronc de l'arbre ne doit pas être en contact avec l'eau, d'où la nécessité de faire une double cuvette (fig. 11) .

Les cuvettes (circulaires ou carrées) sont confectionnées chaque année avant le commencement de la campagne d'irrigation. La première année, les cuvettes couvrent, environ 1 m² (carré de 1 m de côté ou cercle de 0,60 m de rayon); ensuite, leurs dimensions sont augmentées chaque année en fonction du développement des arbres.


Fig. 11. - La double cuvette. Le tronc de l'arbre se trouve protégé de tout contact avec l'eau d'irrigation ou la terre humidifiée par la cuvette interne (vide sanitaire). Remarquez que le bourrelet externe de la cuvette est situé au-delà de l'aplombh de la frondaison.

La mise au point des doses et des fréquences d'irrigation se fait en observant, conjointement, l'état hydrique de l'arbre et la profondeur de percolation de l'eau, en effectuant des sondages à différentes profondeurs avec une tarrière, 24 à 48 heures après l'irrigation.

Afin de favoriser un bon développement latéral et vertical des racines, la dimension des cuvettes doit être un peu supérieure à l'aplomb de la frondaison de l'arbre et les quantités d'eau apportées à chaque irrigation suffisantes pour mouiller le sol en profondeur. Il est difficile de donner des valeurs chiffrées, car la profondeur du front d'humectation du sol doit dépendre de la vitesse de croissance de l'arbre; par exemple, 0,30 mètre la première année, puis augmentation de 0,10 m chaque année. Des irrigations trop fréquentes avec des doses insuffisantes, favorisent un développement superficiel des racines; il en est de même dans les zones à climat très humide, sans période à déficit hydrique important.

Les besoins en eau étant différents, en fonction du climat de la zone et, pour une même région, selon la saison, les quantités peuvent varier du simple au double.

Pour la zone tropicale humide, les auteurs du livre: «la culture de l'avocatier en Côte d'Ivoire» (MERLE et al, 1968), recommandent après plantation des apports de 15 litres d'eau par cuvette deux fois par semaine, puis 30 litres par semaine après la reprise des arbres. En deuxième année et suivantes les quantités sont, progressivement, augmentées: 50, 100, 150, 200 litres par semaine en cinquième année.

Pour la zone soudano-sahélienne (Burkina-Fasso), J.P MEYER (1983) estime les besoins à 100 litres par cuvette et par apport la première année, puis une augmentation progressive, de façon à arriver à 4 ou 500 litres en cinquième ou sixième année, avec des cadences d'irrigation de 5 à 7 jours, soit 4 à 6 irrigations mensuelles.

La micro-irrigation, avec deux microjets disposés de part et d'autre de chaque arbre utilisée dans un verger expérimental du Burkina Faso a donné des résultats satisfaisants. La 1 ère année en période de demande climatique maximale, trois irrigations d'une heure par semaine (60 l x 3 = 180 l/arbre) sont suffisantes; en 2 e année, il faut 5 irrigations de 90 l/arbre par semaine (450 l/arbre). La micro-irrigation est à proscrire quand les eaux ne sont pas physiquement pures (éléments solides en suspension) ou quand elles contiennent plus de 1 milligramme par litre de fer, car à partir de cette concentration, il peut y avoir des dépôts d'oxyde de fer dans les tuyaux et les diffuseurs. Cette méthode d'irrigation, pratiquée avec succès dans des pays à haut niveau de technicité (exemple Israël) ne doit être choisie qu'après une étude des caractéristiques hydrodynamiques du sol et de la qualité de l'eau.

La méthode d'irrigation à la cuvette, décrite ci-dessus, ne présente aucune contrainte technique; son seul inconvénient est de nécessiter de la main d'œuvre, ce qui peut constituer un facteur limitant dans les pays où les coûts salariaux sont élevés.

Dans les vergers adultes, l'irrigation à la cuvette est une méthode bien adaptée aux pays où le coût de la main d'œuvre est, relativement, bas. Pour diminuer le nombre d'ouvriers chargés du déplacement des tuyaux flexibles servant à remplir les cuvettes' si le relief de la parcelle est plat ou à très faible pente, il y a intérêt à remplacer les cuvettes par des planches réunissant 2, 3 OU 4 arbres. Ces planches sont confectionnées sur le même principe que les cuvettes, c'est-à-dire avec un bourrelet extérieur se situant entre 0,80 et 1 mètre, de l'aplomb de la frondaison des arbres et avec un vide sanitaire au niveau des troncs.

Les quantités d'eau à appliquer à chaque irrigation et leur fréquence nécessitent quelques mises au point préalables qu'il s'agisse de cuvettes ou de planches. Comme mentionné, ci-dessus, (cf. paragraphe: 6.1.2), les données climatiques (ETP, coefficient cultural: Kc), sont une base fiable d'estimation des besoins, mais l'observation de l'état hydrique du feuillage reste, comme au stade juvénile, un critère majeur d'aide à la décision d'irriguer. Les caractéristiques hydriques du sol (vitesse d'infiltration, capacité de rétention en eau) sont, également, à prendre en considération. Celles-ci sont en relation avec la texture et la structure. Pratique ment, les quantités d'eau apportées doivent permettre de mouiller le sol sur 1 à 1,20 mètre de profondeur, mais compte tenu de la sensibilité de l'avocatier à l'hydromorphie, il n'est pas souhaitable que de l'eau stagne dans les cuvettes ou les planches, plus de 8 à 10 heures. Vingt quatre heures après l'irrigation, le sol doit être parfaitement ressuyé.

Des conditions optimales d'humidité pour la plante sont, également, optimales pour le développement du Phytophthora, aussi est-il préférable que les avocatiers subissent un léger stress hydrique plutôt que l'aération du sol ne soit insuffisante. Pour cette raison, il n'est pas souhaitable de faire des irrigations à une fréquence trop élevée. Quatre irrigations mensuelles doivent être considérées comme un maximum; cette cadence peut être nécessaire quand la demande climatique est très grande, par exemple, en région soudano-sahélienne, à la période la plus chaude. Comme l'écrit H. REBOUR dans son livre «le verger méditerranéen,» (1955): «Il est recommandé de faire varier le degré d'humidité du sol dans les limites aussi larges que possible, en s'approchant du point de fanage, de façon à faire respirer le sol à pleins poumons ».

Ayant acquis, au cours des années, une bonne connaissance des caractéristiques de sa parcelle, l'arboriculteur peut réaliser, certes, de façon empirique, des apports d'eau convenablement adaptés aux besoins de ses arbres. Cependant, l'empirisme sur lequel repose cette pratique des irrigations nécessite d'être contrôlé, afin de pallier toute insuffisance ou tout gaspillage d'eau.

Le praticien doit vérifier, constamment lors de mise au point, ensuite de temps à autre, l'état d'humectation du sol avant et après une irrigation, sur 1 à 1,20 mètre de profondeur. Nous mentionnerons, ci-dessous, les instruments de mesure qui peuvent être utilisés mais le plus simple et le moins onéreux pour l'arboriculteur est d'effectuer des prélèvements d'échantillons de terre à l'aide d'une tarrière. Tout agriculteur ou agronome doit être capable d'apprécier les différents degrés d'humidité d'une terre: sec, frais, humide, très humide. Ces contrôles renseignent sur la bonne exécution de l'irrigation.

Si 24 heures après une irrigation (après ressuyage du sol), il est constaté que l'échantillon du sol prélevé à 1 mètre n'a pas été convenablement humidifié, il conviendra d'augmenter la dose d'irrigation. Inversement, si la profondeur de sol mouillé est trop grande (> 1,50 m), la quantité d'eau apportée est trop abondante. Enfin si le dessèchement du sol entre deux irrigations touche la zone d'activité des racines, il faudra réduire la durée entre deux apports d'eau.

Une autre méthode d'irrigation qui peut être pratiquée est l'irrigation par aspersion. Entre les deux options possibles: sur et sous-frondaison, notre préférence va à la seconde. Dans les pays où les coûts salariaux sont élevés, il est recommandé d'opter pour des installations fixes bien qu'elles nécessitent des investissements plus importants que des installations mobiles ou mixtes (canalisation de distribution fixe mais canalisation de liaison mobile). Ce conseil est valable pour l'aspersion sur frondaison. Parmi les avantages de l'irrigation sous-frondaison, comparée à celle sur frondaison, citons: le faible débit des asperseurs (2 à 3 mm/heure) qui dégrade moins la structure que des forts débits; meilleure répartition de l'eau au sol dans le cas des arbres fruitiers; pas de contraintes vis-à-vis des traitements phytosanitaires sur le feuillage, moins d'eau s'écoulant le long du tronc, créant une zone où l'humidité est excessive. Le réglage de l'angle de projection des asperseurs est important; le jet doit être rasant, de façon à ne pas arroser le feuillage ce qui provoque des excés d'eau à l'aplomb de la frondaison.

La conduite des irrigations (quantité et fréquences) s'effectue de la même façon que pour l'irrigation à la cuvette ou en planche.

Bien que la micro-irrigation soit utilisée dans les pays producteurs d'avocats: Israël, Floride, Californie, Afrique du Sud, Australie, Martinique, nous déconseillons cette méthode dans les pays où la main d'œuvre n'est pas d'un haut niveau technique. D'autre part, le principe de la micro-irrigation est de maintenir une partie du sol (bulbes) à une humidité permanente; ces conditions sont très favorables au développement du Phytophthora.

Suivant le stade végétatif de l'arbre, un déficit hydrique a des conséquences plus ou moins grandes sur leur production. Une phase très critique est la période entre la floraison et la nouaison et plus généralement entre la floraison et la récolte. Au contraire, comme mentionné au chapitre traitant de l'écologie (V), un déficit hydrique durant la période d'induction florale favorise une floraison abondante. En effet, dans les régions tropicales où les températures sont toujours élevées, c'est le stress hydrique qui permet le repos végétatif des arbres, repos nécessaire pour induire la floraison.

6.3 - Instruments de contrôle de l'alimentation hydrique

Des instruments peuvent être utilisés soit pour apprécier l'état hydrique de l'arbre, soit pour mesurer l'humidité du sol.

Les indicateurs physiologiques, dont certains sont complémentaires, sont le potentiel hydrique des différents organes (tige, feuille, racine), la conductance stomatique, les variations de diamètre des troncs, des branches charpentières ou des fruits.

L'humidité du sol peut être mesurée par gravimètrie (poids frais, poids sec), avec l'humidimètre à neutrons (sonde à neutrons), avec des tensiomètres à eau ou des sondes poreuses dont on mesure la résistivité.

La plupart des instruments cités pour mesurer l'état hydrique de l'arbre et du sol font appel à une technologie assez complexe et sont destinés, davantage, à des expérimentateurs ou à des chercheurs qu'à des praticiens. Pour ces derniers, on peut conseiller les tensiomètres à eau ou les sondes de type résistance électrique dont il existe de nombreux modèles sur le marché. L'utilisation de ces appareils n'est, toutefois, pas aussi simple que le prétendent les constructeurs et un certain nombre de mises au point sont souvent nécessaires. En particulier, le seuil d'humidité au dessous duquel il faut déclencher l'irrigation doit tenir compte des caractéristiques physique du sol, de la demande évaporative et de la variété. Utilisés avec discernement ces instruments sont une aide à la décision d'irriguer et ils permettent de mieux gérer l'irrigation. Ces appareils sont d'usage fréquent aux USA, en Israël et en Afrique du Sud pour piloter l'irrigation dans les vergers d'avocatiers.

Personnellement, nous pensons que le raisonnement de l'irrigation sur une base bioclimatique (ETP x Kc), plus des contrôles fréquents de l'état d'humidité du sol par sondages à la tarrière et, bien entendu, l'observation de l'état hydrique du feuillage, permettent d'irriguer de façon satisfaisante et d'éviter des erreurs importantes.

6.4 - L'irrigation dans les pays producteurs d'avocats

Les quantités moyennes d'eau apportées dans différents pays pour des arbres adultes sont données à titre indicatif; elles ne présument, en rien, des volumes nécessaires dans des conditions écologiques données.

En Corse (France) où la pluviosité annuelle moyenne est de 800 mm, R. VOGEL (1989) conseille des apports de 6 à 8000 m³ d'eau (600 à 800 mm) par an et par hectare, et de 1 000 à 1 400 m³ par mois. Des volumes du même ordre sont mentionnés pour la Californie par J.P. GAILLARD (1987).

ALVARES DE LA PEÑA (1979), préconise pour l'Espagne (pluviosité 800 mm/an), des irrigations 4 à 5 000 m³ si le terrain est desherbé et de 5 à 6 000 m³ s'il est enherbé. Le même auteur mentionne qu'en Israël, où la pluviosité annuelle est de 500 à 700 mm, 20 à 24 irrigations sont effectuées au printemps et en été, avec une cadence de 7 à 14 jours, représentant un total de 6 à 8 000 m³/ha/an.

En Sicile les apports sont à 4 à 6 000 m³/ha/an et en Egypte de 12 000 m³ (CALABRESE, 1989).

En région soudano-sahelienne les besoins en eau peuvent atteindre 9 000 à 10 000 m³ (GAILLARD, 1987).

Pour la Côte d'Ivoire, MERLE et al. (1968), recommandent des volumes de 300 litres par cuvette et par semaine ou, en irrigation par aspersion, quatre irrigations de 25 mm par mois pour la région sud et cinq pour les régions centre et nord qui sont plus sèches. A notre avis, il serait préférable d'augmenter les doses par irrigation (30 à 35 mm) et de diminuer la cadence (3 à 4 par mois).

Dans les zones où la pluviosité annuelle est voisine ou supérieure à 2 000 mm, avec une saison sèche de courte durée, par exemple dans le sud du Cameroun ou sur le versant atlantique de la Martinique, l'avocatier peut être cultivé sans irrigation.

IX. Le parasitisme

1. Maladies cryptogamiques

L'avocatier héberge un certain nombre de champignons pathogènes aussi bien sur ses organes souterrains: racines et bases des troncs, que sur ses parties aériennes: feuilles, inflorescences et fruits.

L'importance de ces diverses maladies varie, bien entendu, avec les pathogènes, mais également avec les régions climatiques et géographiques où sont implantés les vergers d'avocatiers. C'est ainsi que, généralement, les maladies des parties aériennes, feuilles et fruits, sont plus nombreuses et plus importantes dans les zones tropicales humides que dans les régions subtropicales. En revanche, les maladies racinaires sont présentes dans la presque totalité des aires de cette culture.

Nous ne citons dans cet ouvrage que les maladies les plus fréquentes dans les diverses zones de culture de l'avocatier. Pour plus de détails, on se reportera au livre sur l'avocatier de J.P. GAILLARD (1987).

1.1. - Maladies des racines et de la base des troncs

Deux groupes de pathogènes assurent la majeure partie des dégâts causés au système souterrain de l'avocatier. Il s'agit, d'une part, de plusieurs espèces de Phytophthora, parmi lesquelles prédomine Phytophthora cinnamomi , et d'autre part, d'espèces regroupées sous le terme général de «pourridiés»


Phytophthora cinnamomi. 1. Dépérissement général dû à une attaque sur les racines.


Phytophthora cinnamomi. 2. Lutte par injection de fongicide sur le tronc.


Cercospora purpurea (cliché Mourichon).


«Scab» Sphaceloma perseae (cliché Laville).


Pourriture pédonculaire à Fusarium sp. (cliché Laville).


Attaque pédonculaire Botryodiplodia (cliché Laville).


Oospora (cliché Laville).

1.1.1. - Maladies à Phytophthora spp.

Ce sont plusieurs de ces espèces et plus particulièrement Phytophthora cinnamomi qui provoquent les dégâts les plus graves aux vergers d'avocatiers. En effet, ces maladies sont présentes dans la presque totalité des aires de culture de ce fruitier et aucune des variétés, greffées ou utilisées comme porte-greffe, ne peut être considérée comme totalement résistante. La lutte est donc particulièrement difficile et onéreuse.

Symptômes

On distingue deux types de symptômes, selon le lieu principal d'attaque de Phytophthora cinnamomi , parfois présents sur le même arbre.

Attaque racinaire

Les feuilles des arbres atteints sont de petite taille, jaune verdâtre et flétries. Elles chutent fréquemment et ne sont pas remplacées. L'ensemble de la frondaison paraît très clairsemé et les extrémités des branchettes sont dénudées et sèches. Les sujets atteints présentent parfois un nombre important de fruits mais de petite taille. La plupart des radicelles et des racines moyennes sont de couleur brun foncé, le cortex est détruit et s'effrite sous les doigts. Au stade final, il est pratiquement impossible d'observer de nouvelles racines vivantes. L'arbre ne peut plus s'alimenter; il dépérit et sèche, paraissant mourir de soif, alors que le sol alentour demeure humide.

Attaque de la base du tronc - chancre

On observe, dans les premiers stades, de larges taches aqueuses sur l'écorce, irrégulières et de couleur brun foncé. L'écorce se craquèle et un liquide brun clair, légèrement gommeux, suinte.

En dégageant l'écorce atteinte, on observe un brunissement du bois sous-jacent et la zone atteinte effectivement est bien plus importante que ne le laisseraient supposer les nécroses externes. Les branches correspondant à la zone nécrosée du tronc se dessèchent. Le chancre se développe vers le haut, et parfois, ceinture tout le tronc. L'arbre meurt.

A ces symptômes, se superposent, fréquemment, ceux des attaques racinaires. Sur ces chancres, P. cinnamomi domine mais on peut également isoler P. cactorum et P. citrophthora .

Facteurs favorables à la maladie

La température du sol a une influence marquée sur le développement et l'importance de la maladie. Vers 15°C, les dégâts sont en général très faibles, mais entre 27°C et 30°C ils sont maximum.

Dans une gamme de pH du sol situés entre 4,5 et 7,5, on observe des attaques sévères sur racines. Si l'on abaisse le pH vers 3,5 elles diminuent fortement, mais ce niveau est, également, très défavorable à la croissance de l'avocatier.

L'humidité du sol a une influence directe sur la gravité des attaques racinaires. Celles-ci sont d'autant plus fortes que l'humidité est élevée. C'est pourquoi la maladie est, toujours, plus intense et se développe plus rapidement dans les sols mal drainés, peu profonds et à fort pouvoir de rétention en eau. Une conduite défectueuse des irrigations engendre, également, l'aggravation de la maladie.

Il faut, enfin, rappeler que P. cinnamomi attaque, de préférence, les racines non blessées et vigoureuses et que, chez l'avocatier, contrairement à d'autres espèces fruitières, les racines atteintes ont un faible pouvoir de régénération ultérieurement.

Pour les chancres de base de tronc, ils sont favorisés par des micro-blessures, craquelures naturelles de l'écorce dues à la croissance, blessures accidentelles (coups de machette ou projection de pierres par les outils de désherbage) ou blessures causées par des insectes foreurs de galeries. Après curetage et traitement antifongique (cuivre ou Aliette), il y a cicatrisation totale et régénération partielle de l'écorce.

Méthodes de lutte

La maladie étant présente dans la quasi-totalité des vergers d'avocatiers et parmi les peuplements subspontanés, les recherches de méthodes de lutte efficaces ont été nombreuses et varices. Parmi les mesures préventives recommandées, il faut mentionner l'utilisation en pépinière de plants non contaminés, en prenant la précaution de cueillir les fruits destinés à fournir les noyaux et non de les ramasser à terre. Ensuite, le choix de l'emplacement du verger devra tenir compte des facteurs favorables à la maladie, afin d'éviter de planter dans ces conditions (cf. chapitre V, paragraphe 2).


Anthracnose à Glomerella cingulata. Symptômes externes et internes (clichés Laville)(1).


Anthracnose à Glomerella cingulata. Symptômes externes et internes (clichés Laville)(2).


Formation liégeuse après blessure (cliché Laville).


«Sun blotch» sur rameaux et sur fruits (clichés Aubert-Mourichon)(1).


«Sun blotch» sur rameaux et sur fruits (clichés Aubert-Mourichon)(2).

Mesures chimiques

Il existe actuellement plusieurs produits fongicides utilisables, soit en désinfection totale du sol, soit en application foliaire. La désinfection totale du sol n'est envisageable que pour les petites superficies mais, même dans ces conditions, il est, toujours, préférable de cultiver l'avocatier sur un sol non infesté, car cette technique est très onéreuse. Elle est pratiquée avec succès pour les pépinières ou pour la désinfection des substrats des cultures hors sol, avant plantation. On peut utiliser le bromure de méthyle à la concentration d'environ 50 g par mètre carré et des fumigants comme le Vapam, le Mylone et le DD.

Un autre mode d'assainissement, qui a donné de bons résultats dans une pépinière de Côte d'Ivoire, est le suivant:

1) Traitement préventif «Ridomil» (0,7 litre épandu autour de chaque plant, d'une solution fongique contenant 2 g de Ridomil à 25 p. cent de Metalaxyl par litre d'eau), le jour du repiquage, soit 2 mois, environ, après le semis.

2) Traitement identique de rappel deux mois après le repiquage.

3) Avant la transplantation des avocatiers en plein champ, traitement préventif «Aliette» (pulvérisation sur le feuillage des jeunes plants d'une solution à 3 g par litre d'Aliette à 80 p. cent de Phosethyl d'aluminium).

Dans les vergers, des applications foliaires d'Aliette donnent d'excellents résultats dans la protection des racines. Ce fongicide a, en effet, la propriété de migrer du feuillage vers les racines et d'empêcher le développement des nécroses. Des traitements doivent être effectués périodiquement, à un rythme variable avec les conditions climatiques de la région et l'intensité des attaques. En fonction de ces critères, il est nécessaire de faire une ou deux applications annuelles, voire trois, en période pluvieuse.

La quantité de solution fongique à pulvériser, composée de 250 g d'Aliette à 80 p. cent de matière active pour 100 litres d'eau, est de 10 à 15 litres par arbre adulte. Pour obtenir une bonne efficacité, il est indispensable de débuter les traitements par la totalité du verger, dès que les premiers symptômes de dépérissement apparaissent sur un ou plusieurs arbres, car tout ralentissement de l'activité physiologique de l'arbre compromet la migration descendante du phoséthyl Al et son efficacité. Les avocatiers atteints pourront nécessiter une application fongique supplémentaire.

Dans la région de Nyombé, au Cameroun, où la pluviosité annuelle est de 2 500 à 3 000 mm, les agronomes du CIRAD conseillent 3 applications par an: en début (mai-juin), milieu (juillet-août) et fin (octobre-novembre), de saison des pluies. Dans les régions où un seul traitement est nécessaire, celui-ci doit être fait en début de période pluvieuse.

De bons résultats ont, également, été obtenus en Afrique du Sud, par injection dans les troncs de faibles doses de phoséthyl Al, à raison de deux injections par an de 0,4 g m.a par mètre carré de frondaison.

Sur des avocatiers en cours de dépérissement, un traitement au Ridomil, appliqué par arrosage du sol sur la surface de la frondaison (5 g de m. a. au m² traité), a une très bonne efficacité (REY, communication orale).

Utilisation de porte-greffe résistants

C'est évidemment, la méthode de lutte la plus intéressante et l'objectif majeur des sélectionneurs, comme nous l'avons développé au chapitre VI, paragraphe 2.1. Mais, bien que des progrés aient été réalisés ces dix dernières années sur la sélection de variétés peu sensibles à P. cinnamomi , on ne possède pas, encore, de variété agronomiquement valable et totalement résistante, dans les conditions écologiques des régions tropicales humides et subtropicales. D'autre part, à l'exception de quelques pays, tels que les Etats Unis, Israël ou l'Afrique du Sud, il n'existe pas de pépinière commerciale produisant des porte-greffe multipliés par voie végétative (bouturage), seule méthode permettant à une variété de conserver son patrimoine génétique. Comme nous l'avons, déjà, mentionné, des recherches sont en cours sur la multiplication de l'avocatier par culture de tissus mais la production de plants obtenus par culture in vitro n'a pas, encore, dépassé le stade expérimental.

En conclusion, à l'heure actuelle, la méthode de lutte chimique reste la plus utilisée et la plus efficace; son inconvénient est son coût élevé, variable selon les pays. Pour cette raison, nous considérons que la prévention qui consiste à n'implanter des vergers d'avocatiers qu'avec du matériel végétal parfaitement sain et dans des terrains non infestés, dont les caractéristiques édaphiques sont peu favorables au développement du Phytophthora (cf. chapitre V, paragraphe 2), reste la meilleure solution car la plus économique, la moins contraignante et la moins polluante.

1.1.2. - Pourridiés

On regroupe sous ce terme des attaques de racines et de bases des troncs, causées par plusieurs groupes d'espèces dont Armillaria mellea et Dematophora necatrix . Ces espèces envahissent les parties ligneuses après avoir détruit les zones corticales, et les symptômes qu'elles provoquent sont très semblables. Malheureusement, ces espèces sont toujours, déjà, bien installées sur les parties souterraines, lorsque les premiers symptômes apparaissent sur la frondaison.

On observe un jaunissement des feuilles accompagnant une perte générale de vigueur, plus ou moins rapide, et, souvent, la mort du sujet atteint intervient subitement. L'écorce des parties enterrées, grosses racines et base des troncs, est plus ou moins altérée et, en la dégageant, on note la présence de cordonnets mycéliens, blancs ou presque noirs selon les espèces, appliqués sur le bois, ainsi que des agrégats en forme de palmettes ou de petits éventails. A ce stade de la maladie, c'est-à-dire presque toujours lorsqu'on note pour la première fois un dépérissement du feuillage, aucune méthode de lutte n'est susceptible de guérir l'arbre atteint.

Les mesures sont donc essentiellement préventives. Il est important, pour de jeunes vergers implantés sur des défrichements récents, d'éliminer la totalité des souches et des grosses racines, car tout débris ligneux enterré peut servir de foyer de contamination. Il en est de même des replantations de vergers anciens d'avocatiers ou d'autres arbres.

En cas de replantation sur un emplacement d'arbre atteint, mort et éliminé, on peut, après avoir étalé la terre du trou et attendu quelques mois, désinfecter l'emplacement au bromure de méthyle ou par arrosage d'une solution à 1% de Difolatan.

Par ailleurs, il faut, impérativement, éviter tout excès d'humidité, permanent ou temporaire, à la base des troncs (irrigation par exemple).

1.2. - Maladies des inflorescences, du feuillage et des petits rameaux

Sur les jeunes inflorescences, on peut observer des taches poudreuses gris blanc, dues à une attaque d'Oïdium sp. Cette pourriture compromet la nouaison. Cette maladie, peut être combattue par les traitements fongicides appliqués pour lutter contre les autres attaques fongiques des feuilles et des fruits au verger (bouillies cupriques, dithiocarbamates), mais les fongicides du groupe des benzimidazoles (Bénomyl, Carbendazime) ou les mélanges: soufre + Mancozèbe ou Tridémorphe + Manèbe sont, en général, plus efficaces.

Sur feuilles, on retrouve les principaux parasites des fruits au verger (cf. ci-dessous, paragraphe 1.3).

L'Anthracnose à Colletotrichum provoque des nécroses brun rouille devenant plus foncées, situées en bordure de limbe et accélère la chute des feuilles.

Le Cercospora purpurea induit de petites taches anguleuses, isolées ou coalescentes, de couleur jaunâtre puis brune.

Le Scab à Sphaceloma perseae provoque, sur les feuilles jeunes, des taches presque rondes, brunes puis noires, de 2 à 3 mm de diamètre. Lorsqu'elles sont nombreuses et coalescentes, elles perturbent la croissance des feuilles et celles-ci présentent des déformations du limbe. Les variétés «Lula», «Collinson», »Hickson« et »Booth 7«, sont souvent plus atteintes que » Peterson«et»Hall«, par exemple.

Sur les rameaux, on isole facilement les espèces de la mycoflore présente sur les feuilles et les fruits, mais les nécroses sont, souvent, moins importantes et moins nettes.

Toutes ces attaques sur les parties aériennes peuvent être combattues par des traitements fongicides, en utilisant les produits habituels, déjà, mentionnés (bouillie cuprique, Kocide, dithiocarbamates, benzimidazoles, etc.).

Pour les zones tropicales humides, la difficulté réside dans le choix de la fréquence des traitements. En période pluvieuse, au Cameroun par exemple, pour obtenir un état sanitaire satisfaisant des parties aériennes, on peut être amené à traiter tous les dix à quinze jours, ce qui, compte tenu de périodes moins favorables, oblige à envisager jusqu'à quinze à vingt traitements par an et remet en cause la rentabilité des vergers d'avocatiers situés dans ces zones.

1.3 - Maladies des fruits

On distingue les maladies des fruits au verger de celles survenant après récolte. Ces dernières sont souvent initiées au verger mais ne s'expriment pleinement qu'en entrepôt.

1.3.1. - Maladies des fruits au verger

Anthracnose à Colletotrichum

C'est la maladie la plus importante des fruits au verger des zones tropicales humides. Le Colletrotrichum gloeosporioïdes peut infester les jeunes fruits dès leur nouaison. A ce stade, ce champignon développe des nécroses sèches, brun noir, sur l'épiderme, entraînant des déformations sur les jeunes fruits. Si l'attaque est sévère, les jeunes fruits chutent rapidement. Sur fruit plus développé, les spores du Colletotrichum germent puis entrent en repos sous forme d'appressorium, structure de résistance et de conservation. Parfois le parasite pénètre les premières couches cellulaires ne provoquant que des petites lésions ponctuelles sèches de couleur brun noir. L'activité de ces infections ne reprend, après un long temps de latence, qu'au moment de la maturation des fruits, ce qui signifie que les dégâts les plus importants sur fruits bien développés ne s'expriment, le plus souvent, qu'après la cueillette. Les spores de Colletrotrichum sont essentiellement véhiculées par les eaux de pluie et la rosée. La majeure partie des variétés cultivées peuvent être atteintes. Les méthodes de lutte doivent protéger les jeunes fruits et empêcher les spores de germer et de pénétrer dans les fruits développés. L'importance et la fréquence des infections étant lices aux conditions climatiques, le nombre des traitements nécessaires sera inévitablement plus élevé dans les zones tropicales humides. On recommande, dans les zones favorables, un traitement tous les quinze ou vingt jours, durant toute la période de croissance des fruits. Ces traitements sont également efficaces sur l'Anthracnose des feuilles et sur d'autres maladies fongiciques des parties aériennes (Scab, Cercospora etc.). On peut utiliser les bouillies cupriques (4 g/l) et, de préférence, celles qui adhèrent fortement aux feuilles et aux fruits comme le Kocide, les dithiocarbamates (Mancozèbe, Zineb) à environ 3 g par litre, les benzimidazoles (Benommyl, Méthylthiophanate, Thiabendazole à environ 0,30 g/litre.

Cercosporiose à Cercospora purpurea

Ce champignon provoque sur l'épiderme des fruits de petites taches jaune clair évoluant en petits cratères foncés. Les nécroses de Cercospora peuvent servir de porte d'entrée au Colletotrichum. Les traitements efficaces sont les mêmes que ceux utilisés pour lutter contre l'Anthracnose.

Scab à Sphaceoma perseae

Cette maladie est plus fréquente et déprécie fortement les fruits. Elle se caractèrise par l'apparition de taches irrégulières, de quelques millimètres de diamètre, de couleur brune, devenant plus ou moins coalescentes et liégeuses. Les nécroses sont limitées à l'épiderme et n'envahissent jamais la pulpe. Elles servent, également, de porte d'entrée aux spores de Colletrotrichum.

Les traitements recommandés pour l'Anthracnose le sont aussi pour le Scab.

Les variétés «Lula» et «Duke» sont, particulièrement, sensibles.

1.3.2. - Maladies des fruits après récolte

La plupart de ces maladies sont initiées au verger et leur évolution après récolte dépend largement des délais et des conditions de transport et de conservation.

Anthracnose A Colletotrichum

Les infections survenues au verger et demeurées latentes jusqu'au développement complet des fruits, induisent des nécroses importantes à partir de la phase climactérique du processus de mûrissement des avocats.

A partir des petites lésions épidermiques ponctuelles provoquées par les appressoria, de larges taches nécrotiques de couleur brun, presque noir, se développent et confluent. La pulpe sous-jacente noircit et la pourriture gagne le noyau. En fin d'évolution, l'épiderme se couvre d'acervules porteurs d'amas de spores de couleur rose saumon. La vitesse de développement de cette pourriture dépend de la température de transport et de conservation, mais surtout de l'état de maturité du fruit. La maladie se développe d'autant plus rapidement que la sénescence du fruit est plus avancée.

Il n'est pratiquement pas possible d'appliquer un traitement fongicide efficace sur les fruits cueillis pour éviter cette pourriture, car il est très difficile d'atteindre les appressoria sous-cuticulaires, sans laisser d'importants résidus fongicides dans la pulpe. La lutte contre cette maladie d'entrepôt doit donc être réalisée au verger.

Pourriture Pédonculaire à Botryodiplodia

La maladie débute dans la zone pédonculaire ou à partir de la cicatrice du pédoncule lorsque celui-ci a été arraché.

On note l'apparition de petites taches brun clair, aux contours mal définis, qui s'étendent rapidement et confluent en donnant à l'ensemble un aspect digité. La pulpe est, ensuite, envahie jusqu'au noyau. En phase finale, l'épiderme se dessèche, durcit et devient noir ainsi que la pulpe.

Ce pathogène pouvant se comporter comme un parasite de blessures, toute lésion accidentelle ou naturelle facilite son activité et doit donc être évitée. L'infection se réalisant au verger, c'est à ce stade que les traitements doivent intervenir. Dans la pratique, les fongicides utilisés pour lutter contre ce champignon étant les mêmes que ceux contre l'Anthracnose, il n'est pas effectué de traitement spécifique contre Botryodiplodia (cf. paragraphe 13. 1.).

Pourritures A Fusarium spp.

Différentes espèces du genre Fusarium, F. roseum, F. solani, F. oxysporum, F. moniliforme sont à l'origine de nécroses importantes observées sur des fruits entreposés.

Les symptômes sont sensiblement les mêmes pour toutes ces espèces. On observe un brunissement des zones épidermiques attaquées, suivi, pour les variétés à coque mince, d'un ramollissement sensible. La chair est ensuite envahie à son tour. Le développement de ces nécroses est lié à la température. Avec un entreposage relativement court, à des températures voisines de 10°C à 12°C, on limite notablement l'activité de ces parasites.

Ces mêmes espèces colonisent, également, la plaie de coupe du pédoncule et, de là, gagnent la zone pédonculaire de la pulpe. Fréquemment, les faisceaux vasculaires du fruit sont envahis préférentiellement et noircissent.

2. Maladies à viroïde

La seule maladie à viroïde connue actuellement, sur avocatier est «l'avocado Sun blotch». Elle est apparue en 1928 en Californie.

Les symptômes les plus nets apparaissent sous forme de tirets et de taches jaunes, parfois presque blanches, sur l'écorce des rameaux, les limbes des feuilles et sur les fruits. Sur ces derniers, les lésions peuvent être plus rougeâtres. Sur les rameaux et les fruits, les tirets sont parfois déprimés. Les symptômes sur fruits s'initient, fréquemment, radialement à partir de la base du pédoncule. Les fruits produits sont petits et déformés. Les arbres atteints n'expriment pas, toujours, ces symptômes.

Le «Sun blotch» est, parfois, associé à des incompatibilités de greffes.

Il semble établi que l'agent causal est un viroïde, transmissible par greffe, par le pollen et le noyau. Jusqu'à maintenant, aucun insecte vecteur n'a été signalé.

Les arbres malades ne peuvent être guéris; c'est pourquoi la méthode de lutte est essentiellement préventive. Elle consiste en l'indexation des arbres destinés à fournir aussi bien les porte-greffe que les greffons et cette indexation dure entre trois mois et deux ans. La difficulté réside dans le fait que les plants issus de noyaux prélevés sur des arbres infectés mais apparemment sains ne manifestent, à leur tour, aucun symptôme, alors que des greffons sains, greffés sur des porte-greffes contaminés, présentent rapidement des symptômes sévères. L'indexation consiste à prélever des greffons sur des arbres suspects et à les greffer sur des seedlings des variétés «Hass» ou «Collinson» élevés en serre à 20°C-30°C. Si les arbres suspects sont porteurs du viroïde du Sun Blotch, des symptômes apparaîtront sur les jeunes plants greffés en quelques mois. Cette technique longue tend à être remplacée par des méthodes biochimiques rapides faisant appel à l'électrophorèse (identification du RNA viroïde).

Quelle que soit la méthode utilisée, seuls des laboratoires très spécialisés peuvent faire cette indexation.

Tableau VIII Principaux ravageurs de l'avocatier.


Organes atteints

Symptômes

Protection

Ravageur du système racinaire




Pantomorus godmani

Racine

Destruction de l'écorce racinaire

Pas de lutte entreprise


Ravageur des rameaux et des troncs



Copturomimus ssp

Rameaux et branches

Galeries dans l'écorce; exsudation de culcitol.

Lutte chimique très difficile. Choisir des variétés peu sensible

Xyleborus morstatti

Rameaux

Galeries dans l'écorce;

Pas de lutte entreprise

Oncideres Poecila

Branches

Incision autour des branches

Pas de lutte entreprise

Ravageurs du feuillage
Oligoncychus yothersi
Oligonychus punicae

Feuilles

Coloration grise à brune

Pulvérisation d'acaricide à la période de chute des feuilles, avant la poussée végétative. Favoriser l'activité des insectes et acariens prédateurs

Hemiberlesia lataniae

Feuilles

Présence de l'insecte, vieillissement accéléré du feuillage.

Pas de lutte chimique entreprise

Chrysomphalus dicthyospermi

Feuilles

Présence de l'insecte, vieillissement accéléré du feuillage

Lutte biologique naturelle suffisante.

Sabulodes caberata

Feuillage

Défoliation importante

Equilibre biologique souvent satisfaisant




Lutte chimique intégrée par pulvérisation d'insecticides appropriés

Euglyphis fibra

Feuillage

Défoliation

Pulvérisation d'insecticides de contact dès l'apparition des chenilles

Ravageurs de l'inflorescence




Anomala undulata

Partie florale

Destruction des ovaires

Pas de lutte entreprise

Ravageurs du fruit




Heilipus spp

Noyau

Galeries dans le noyau, pas de symptômes externes

Pas de lutte entreprise

Conotrachelus spp




Stenoma catenifer

Noyau

Galeries dans la pulpe et le noyau; orifice de pénétration

Pas de lutte entreprise

Amorbia essigana

Epiderme du fruit et feuilles

Feuilles liées ensemble. Alimentation aux dépens de l'épiderme du fruit

Pulvérisation d'insecticides de contact contre les chenilles. L'œuf est parasité par Trichogramma minutum

Argyrotaenia citrona

Epiderme du fruit et feuilles

Idem A. essigana

Idem A. essigana

Heliothrips haemorrhoidalis Selenothrips rubrocinctus

Epiderme du fruit et feuille

Coloration rouille du fruit, brune des feuilles

Pulvérisation d'insecticide organophosphoré à la période de chute des feuilles avant la nouvelle pousse végétative






1. Larves et nymphes de Selenothrips rubrocinctus.


2. Dégâts sur fruits dûs à Selenothrips rubrocinctus.


3. Cochenille Hemiberlesia palmae.


4. Exsudats sur tige dûs à Xylaborus morstatti.


4. Ravageurs de l'avocatier (clichés Vilardebo).

3. Les ravageurs de l'avocatier

EBLINGEN en 1959 a recensé près de quatre cents insectes, acariens et autres ravageurs susceptibles de s'alimenter et/ou de se développer au détriment de l'avocatier dans le monde mais, de fait, le nombre d'entre eux ayant une importance économique est assez réduit. Souvent, la présence d'un ravageur est localisée dans l'espace et dans le temps, ce qui explique leur beaucoup plus faible incidence économique que des maladies fongiques telles que le Phytophthora ou l'Anthracnose. Pour cette raison, ce sujet n'est pas développé dans le présent ouvrage. L'inventaire des principaux ravageurs, les organes de l'arbre atteints, les symptômes et les moyens de lutte sont résumés dans le tableau VIII. Le lecteur qui le souhaite, trouvera dans le livre de J.P. GAILLARD (1987), un inventaire plus complet, ainsi que l'étude de leur cycle biologique.

4. Protection phytosanitaire au champ - Les matériels de traitement

Nous ne rappellerons pas les différentes maladies et ravageurs ainsi que les moyens de lutte déjà décrits ci-dessus. Nous nous limiterons à citer les différents matériels de traitement utilisés en culture d'avocatier qui sont, pour la plupart, également utilisés en arboriculture fruitière, en général.

4.1. - Traitements du sol

On est amené à traiter le sol, d'une part pour désinfecter ou stériliser les substrats utilisés en pépinière et, d'autre part, pour lutter en plein champ ou en pépinière contre le Phytophthora cinnamomi . Pour l'application de produits volatils ou gazeux, on utilise, généralement, des bâches imperméables sous lesquelles on injecte le produit de traitement. Pour les produits liquides, ils peuvent être appliqués, soit sur le sol au moyen de grandes quantités d'eau (40 l/m²), soit au pal injecteur lorsqu'il s'agit de traiter de petites surfaces.

4.2. - Traitements des parties aériennes

En fonction du degré de mécanisation des exploitations et en fonction des quantités de solution à apporter à l'hectare, les traitements phytosanitaires de l'avocatier sont effectués au moyen de différents types d'appareils.

4.2.1. - Les pulvérisateurs simples

Parmi ceux-ci, il faut distinguer: a) Les appareils à dos d'homme, à pression entretenue ou à pression préalable. Capacité: 10 à 15 l. Ils sont généralement utilisés en pépinière ou sur de très jeunes arbres, ou bien encore pour l'application localisée d'herbicides; b) les appareils motorisés à grande capacité. Ces pulvérisateurs, équipés de rampes ou de lances et de cuves de 500 à 3 000 l, sont portés ou tractés. Les produits sont pulvérisés à très forte pression.

4.2.2. - Les pulvérisateurs à jet porté

Avec ces appareils, le liquide sous pression, fragmenté au moyen d'une buse, est repris par un violent courant d'air issu d'une turbine. Souvent utilisés en culture d'avocatier, ces appareils permettent une très bonne pénétration des produits de traitement à l'intérieur de la frondaison (800 à 1 500 l de solution à l'hectare).

4.2.3. - Les pulvérisateurs pneumatiques

Plus connus sous le nom d'atomiseurs, ces appareils permettent une faible consommation de solution à l'hectare (100 à 200 l), grâce à une bonne distribution de très fines gouttelettes (50 à 100 microns). Efficaces avec les fongicides de synthèse courants, ils ne permettent pas d'appliquer la bouillie bordelaise, ni certains insecticides nécessitant de grandes quantités de solution pour être actifs (lutte contre les cochenilles).

4.2.4. - Les seringues à injection

La lutte contre le Phytophthora cinnamomi sur un nombre limité d'arbres et dans les cas urgents peut faire appel à l'utilisation de seringues d'une capacité de 50 à 60 ml, pour l'injection dans les troncs soit de phosethyl aluminium, soit de métalaxyl.

X. Récolte - Emballage - Transport Rendement

Un des critères les plus importants pour développer avec succès le commerce de l'avocat frais est de pouvoir assurer une qualité régulière et satisfaisante au consommateur. La qualité est la résultante de la combinaison de différents facteurs: la bonne adaptation d'une variété dans un milieu donné, les techniques culturales, la maturité du fruit au moment de la récolte, les techniques de récolte, la mise en œuvre de procédés adaptés de conditionnement, de transport et de conservation.

Dans ce chapitre, nous examinerons successivement les aspects: maturité, récolte, emballage et transport. Un paragraphe sera, également, consacré aux rendements. Les problèmes d'entreposage, de conservation et de commercialisation qui concernent les réceptionnaires et les distributeurs des pays importateurs ne sont pas traités dans cet ouvrage (cf. GAILLARD, 1987).

1. Maturité du fruit sur l'arbre au moment de la récolte

On considère qu'un avocat est mature lorsqu'il a atteint sur l'arbre un stade particulier de son développement tel que, après cueillette, il puisse mûrir tout en conservant une texture et des qualités organoleptiques agréables et acceptables pour le consommateur.

Il faut rappeler que la particularité de l'avocat, à la différence de la majorité des fruits, est de ne pas atteindre la phase climactérique à la fin de la phase du développement, tant qu'il reste attaché sur l'arbre. En moyenne, il faut compter six mois entre la floraison et la récolte. Ce laps de temps est plus long pour les petits fruits que pour les gros fruits qui doivent donc être récoltés les premiers. Egalement, les fruits situés au sommet de l'arbre ont une maturité plus précoce. Il faut, en conséquence, prévoir plusieurs passages pour récolter tous les fruits d'un arbre.

L'avocat ne mûrissant qu'une fois cueilli, il peut être conservé pendant un certain temps sur l'arbre, tout en ayant atteint sa maturité physiologique. Pour les principales variétés cultivées en régions tropicales, la durée possible est de un mois à un mois et demi. Mais, un fruit cueilli tardivement se conservera moins longtemps, aussi il faut récolter les fruits d'autant plus tôt que les délais de transport seront plus longs et qu'ils seront consommés plus tardivement.

Pour déterminer le moment de la récolte, le test le plus simple et qui donne cependant de bons résultats consiste à cueillir, à l'approche de l'époque de la maturité, des fruits de différentes tailles: gros, moyens et petits et on observe leur maturation à la température ambiante: - si les avocats mûrissent normalement dans la semaine qui suit en présentant leur consistance de consommation avec le goût et le parfum spécifique de la variété, on peut commencer la récolte, - si les avocats se ramollissent en se ridant, avec un goût de vert, sans parfum, la maturité de cueillette n'est pas atteinte. Il arrive souvent au cours du test que seuls les gros fruits mûrissent normalement. On ne commence, alors, la cueillette que des gros fruits et on attend pour les autres catégories que le test soit positif. Comme l'époque de la maturité de cueillette n'est pas connue avec précision il faut commencer les tests légèrement avant la date présumée et faire autant de tests que nécessaire pour déterminer le bon moment de la cueillette.

Dans plusieurs pays producteurs tels que les Etats Unis, Israël, l'Afrique du sud et l'Australie, le stade de récolte des fruits est déterminé en fonction de leur teneur en huile. Dans certains de ces pays, les normes de commercialisation sont fixées en fonction de ce critère.

2. Récolte

Les avocats doivent, toujours, être cueillis en coupant les pédoncules avec un sécateur, à 0,5 à 1 cm au dessus du fruit. Il ne faut surtout pas arracher les fruits, en raison des risques des pourritures à Diplodia. Après cueillette des fruits à portée de main, les avocats situés dans les parties supérieures de l'arbre sont récoltés avec des échelles ou des cueille-fruits. Ceux-ci sont constitués par une perche légère de 3 à 4 mètres de hauteur, au bout de laquelle est fixée une poche de toile d'environ 20 cm de diamètre, maintenue ouverte par un cercle métallique qui porte une lame sur le côté. Cette lame permet de couper convenablement le pédoncule et le fruit est recueilli dans la poche qui peut contenir plusieurs avocats.

Dans les grands vergers commerciaux, établis sur des terrains plats, il est possible d'utiliser des nacelles élévatrices montées sur tracteur, qui permettent aux cueilleurs d'être à portée des fruits.

Généralement, le cueilleur dispose d'un calibreur attaché à la ceinture, d'un sac de récolte placé devant lui, d'une contenance d'environ 10 kg d'avocats et dont le fond est replié, permettant, ainsi, de le vider lentement dans une caisse, sans être obligé de reprendre les fruits un par un. Les caisses de récolte, en bois ou en plastique, ont une capacité d'une vingtaine de kilogrammes de fruits. Il y a intérêt à transporter le plus rapidement possible les avocats au hangar d'emballage. S'ils doivent rester quelques temps sur la plantation, il faut mettre les caisses à l'ombre. Quel que soit le mode transport utilisé du champ au hangar, celui-ci doit être fait avec le maximum de précautions, afin d'éviter les chocs sur les fruits.

3. Emballage

Le conditionnement des fruits pour l'expédition dépend du marché où se fera la vente.


Différents modèles de plateforme de récolte (Clichés Vuillaume et Gaillard)(1).


Différents modèles de plateforme de récolte (Clichés Vuillaume et Gaillard)(2).


Différents modèles de plateforme de récolte (Clichés Vuillaume et Gaillard)(3).


Différents modèles de plateforme de récolte (Clichés Vuillaume et Gaillard)(4).

Quand la commercialisation est faite dans le pays même ou dans les centres urbains ou les villages des pays frontaliers, les avocats sont acheminés directement du verger au lieu de commercialisation, sans conditionnement ou, seulement, un tri en fonction du calibre. Les conditions de transport sont, généralement, très mauvaises ce qui nuit beaucoup à la qualité des fruits quand ils arrivent sur les marchés. Ces mauvaises conditions de transport et de manutention sont la cause de pertes importantes de fruits. Ce problème, lié aux mentalités des producteurs ou des revendeurs est commun à tous les fruits. Sous prétexte que les fruits sont destinés aux marchés locaux ou frontaliers, ils sont acheminés des lieux de production aux lieux de vente sans aucun soin, souvent en vrac dans les camions. Un minimum de précautions permettrait d'améliorer, sans frais supplémentaires, la qualité et d'obtenir de meilleurs prix de vente.

Quand les fruits sont destinés à l'exportation, un conditionnement très soigné est indispensable.

Le temps passé entre la récolte et le conditionnement doit être le plus court possible. La durée maximum entre la récolte au champ et la mise au froid doit être inférieure à 48 heures. La préréfrigération des fruits avant leur conditionnement est parfois utilisée en cas d'engorgement de la station d'emballage; elle est très efficace si elle est mise en œuvre dans les 2 heures qui suivent la récolte (chambre à + 10°C pendant 24 heures).

A la station de conditionnement, les fruits subissent les opérations suivantes, lesquelles suivant les tonnages expédiés sont réalisées manuellement ou mécaniquement.

a) Nettoyage

Cette opération a pour but d'enlever toute trace de résidus de pesticides ou de poussière. Manuellement, elle est effectuée avec une brosse, dans un bain d'eau. Mécaniquement, les fruits transportés par des convoyeurs à rouleaux ou par une chaîne à godets, arrivent sur une première série de rouleaux tournant à des vitesses différentes, permettant d'éliminer feuilles, branchettes, morceaux de pédoncules ou tout corps étranger. Ensuite, les avocats passent sur une série de rouleaux brosseurs qui assurent leur nettoyage. Sur certaines chaînes, ce nettoyage se fait sous pulvérisation d'eau.

b) Tri et parage

Comme, déjà, mentionné, les avocats doivent avoir un morceau de pédoncule de 0,5 à 1 cm. Si cette opération est exécutée correctement lors de la cueillette, très peu de fruits nécessitent une rectification de la longueur du pédoncule. A ce stade de la chaîne, le tri se fait en trois catégories:

- fruits impropres à la commercialisation (blessures, coups de soleil prononcés, nécroses ou taches diverses dues à des maladies: Scab, Cercospora, Anthracnose, piqûres d'insectes);

- fruits de deuxième choix (petites anomalies);

- fruits de premier choix.

c) Calibrage

Le tri par calibre peut faire appel à différents systèmes:

- calibrage au diamètre;

- calibrage au poids.

Une bonne corrélation existant entre le diamètre et le poids du fruit; le diamètre sert de référence pour établir le poids moyen d'un carton. Le tableau IX concerne les normes de commercialisation du marché européen; le calibre correspond au nombre d'avocats permettant de remplir des cartons contenant de 4,0 à 4,5 kg de fruits.

La calibreuse distribue les fruits en diverses catégories sur des tables tournantes, autour desquelles sont placés les emballeurs. Sur le marché français, les avocats de 250 à 300 g sont les plus prisés.

d) Emballage proprement dit

Chaque fruit est repris unité par unité et disposé dans des cartons de différentes tailles selon les usages commerciaux des pays producteurs et importateurs, avec divers modèles d'alvéoles ou de cloisons internes, assurant une bonne protection des fruits. Un grand nombre de types de cartons sont utilisés suivant les pays et, dans un même pays, suivant leur destination. La gamme va des cartons de 4 à 4,5 kg de fruits à 15,0 ou 15,5 kg (U.S.A.), pouvant contenir de 8 à 42 avocats selon leur capacité et le calibre des fruits. Dans certains cas, chaque fruit reçoit une étiquette (label commercial) et/ou bien est emballé dans une papillote de papier. La frisure de bois ou de papier autrefois utilisée pour protéger les fruits, a été progressivement abandonnée.

Les cartons, toujours perforés, ont différentes caractéristiques de fermeture: soit couvercle télescopique, soit rabats collés ou agrafés. Sur chaque emballage doivent figurer clairement: la nature du produit, la catégorie, le nombre de fruits, la variété, l'origine du produit, la marque.

Après emballage et étiquetage, les cartons sont généralement palettisés pour expédition immédiate ou préstockage en enceinte réfrigérée (6 à 10°C selon les variétés).

Tableau IX Corrélations: calibre-poids.

Calibres

Poids moyen d'un fruit (en g)

Fourchette de poids (en g)

8

500

480-520

10

400

360-440

12

330

300-360

14

285

260-310

16

250

240-260

18

220

200-240

20

200

190-210

22

180

175-185

24

165

160-170

26

155

150-160

Une tentative de normalisation commerciale est en cours. Pour sa part, sur la base de recommandations de la C.E.E. et de l'O.N.U, l'O.C.D.E.* met en place un système de normalisation applicable aux pays importateurs européens. Les dispositions concernent les caractéristiques suivantes de présentation: la maturité, la classification en catégorie extra, I et II, les calibres, les tolérances, le marquage des colis.

*Organisation de Coopération et de Développement Economique, regroupant 24 pays développés.

e) Préstockage

L'entreposage des avocats exige certaines conditions pour être efficace. Il faut disposer:

- d'une installation ayant une puissance frigorique de 600 à 800 frigories/heure par tonne d'avocats, afin d'obtenir une température de l'air de refroidissement située entre 12 à 6°C, en fonction des variétés stockées: températures les plus basses pour les variétés mexicaines, guatémaltèques et hybrides, températures les plus élevées pour les variétés antillaises;

- d'un coefficient de brassage de 80 à 100; l'arrimage des cartons dans l'enceinte réfrigérée doit être fait de manière à permettre une bonne circulation de l'air de refroidissement. Le renouvellement doit être continu, uniforme, vertical;

- d'une humidité relative d'environ 85 %;

- d'une enceinte où seuls les avocats sont stockés; en effet, d'autres fruits ou légumes qui dégagent de l'éthylène peuvent déclencher ou accélérer le processus de maturation.

4. Transport

Selon les pays producteurs et destinataires, les avocats sont expédiés par voies terrestre, maritime ou aérienne; le choix est fait en fonction des coûts de transports et des possibilités matérielles. Dans certains pays africains n'ayant pas de frontière maritime, l'avion est, souvent, l'unique possibilité, car l'acheminement par route ou chemin de fer, jusqu'au port d'embarquement ainsi que le passage des frontières posent des problèmes. Le transport doit, en effet, se faire en camions, wagons ou containers réfrigérés. Au cours du transport maritime qui peut durer de 4 à 17 jours, suivant les provenances et les destinations, les avocats doivent être maintenus à une température de l'ordre de 6 à 7°C (cales ou containers). Quand les fruits ont été préréfrigérés au stockage, il est important qu'il n'y ait pas de rupture de la chaîne de froid. La mise à la température de transport doit se faire progressivement, par palliers. Ce principe est valable lors de la préréfrigération quand les délais de voyage sont longs. Pour éviter la déshydratation des fruits, donc leur flétrissement, il faut les enduire de cire; cette opération se fait à l'emballage.

5. Rendement

Le niveau de production conditionne, évidemment, la rentabilité d'une plantation de type commercial. Dans les vergers familiaux, la notion de rendement est moins importante; l'arboriculteur pourra préférer avoir des rendements seulement moyens, mais des coûts faibles de gestion.

Un avocatier greffé peut donner des fruits dès la deuxième année qui suit la plantation mais cette production, sans intérêt commercial, épuise l'arbre, aussi il est préférable de les éliminer peu après la nouaison. A la troisième année, on peut laisser quelques avocats (une dizaine maximum) et à la quatrième année, 30 à 40 fruits. L'entrée en production commerciale commence à la cinquième ou sixième année; la durée varie en fonction de divers facteurs, principalement: les conditions écologiques, les variétés et les techniques culturales. Ces mêmes facteurs influent sur les rendements. Les niveaux de production cités dans la littérature par divers auteurs varient suivant les pays, selon une distribution dont la moyenne est de l'ordre de 10 t/ha. Au Cameroun, dans une région écologiquement favorable à la culture de l'avocatier, la production annuelle moyenne des arbres d'un verger expérimental est de 120 kg et le rendement à l'hectare de 12 tonnes. A l'île de la Réunion, également en verger expérimental, les productions sont du même ordre de grandeur. En Côte d'Ivoire, 7 à 9 t/ha/an (70 à 90 kg par arbre) sont considérées comme satisfaisantes en verger commercial. En Corse, les productions moyennes sont de 8 à 10 t/ha, ce qui représente 40 à 50 kg de fruits par arbre adulte. En Martinique, le rendement moyen obtenu avec la variété «Lula», la plus cultivée, est de 12 à 15 t/ha; certaines années particulièrement favorables, il peut atteindre 20 t. En Californie et en Israël, avec les variétés «Fuerte» et «Hass» les niveaux de production se situent entre 8 et 12 t/ha. Les rendements sont un peu plus élevés en Afrique du Sud: 10 à 15 t. Dans un verger expérimental du Vénézuela de 10 ans, les rendements atteignent 20 à 25 t/ha avec les variétés Waldin et Pollock mais, seulement, de 5 et 9 t avec les variétés Santa Ana et Santa Clara. Aux îles Canaries les meilleurs vergers produisent 15 t/ha, mais les rendements les plus fréquents sont de 7 à 10 t/ha, avec des densités de 150 à 200 arbres à l'hectare (ALVAREZ de la Peña, 1979).

Ces chiffres donnent une idée de la variabilité des productions. Dans les projets d'études de développement de la culture de l'avocatier en verger commercial, 8 à 10 t/ha/an, sont, généralement, pris comme base de rendements commercialisables.

XI. Utilisation et transformation de l'avocat

1. Utilisation

Outre la consommation «directe» des fruits frais, généralement comme hors d'œuvre avec un assaisonnement mais, aussi, avec du sucre comme dessert, la pulpe d'avocat est consommée en purée épicée par les mexicains (Guacamole) et les antillais (Féroce). Aux îles Hawaï l'avocat sert à la fabrication de sorbet et de crème glacée.

Une seconde utilisation, est la fabrication d'huile d'avocat pour la consommation humaine ou bien la fabrication de produits cosmétologiques ou pharmaceutiques. En cosmétologie, l'huile d'avocat sert à la préparation des crèmes de beauté, des huiles de massage, des shampooings, des savons de luxe. En pharmacie, les pommades à base d'huile d'avocat sont utilisées en dermatologie pour leur propriété régénérante de la peau, due en particulier, à la richesse de l'huile en vitamine A. Enfin, les tourteaux de presse, après extraction de l'huile, peuvent servir d'aliment de bétail.

2. Composition de la pulpe d'avocat

La pulpe, qui représente selon les variétés de 55 à 80 % du poids des fruits, est riche en lipides. Les teneurs sont variables en fonction des variétés, du stade de maturité du fruit et des conditions écologiques de culture. Elles peuvent varier de 6 à 8 % pour les variétés de race antillaise, à plus de 20 % chez certaines variétés de races mexicaines ou guatémaltèques ou bien leurs hybrides Le reste de la pulpe est constituée d'eau (70 à 80 %), de protéines (2 à 3 %), de glucides (2 à 5 %), d'éléments minéraux (1 à 2 %) et de fibres (2 à 3 %). L'avocat contient, également, des vitamines comme, déjà, mentionné (cf. chapitre I, paragraphe 2.4.4).

Il est bien évident, que l'extraction d'huile n'est économiquement envisageable qu'avec les variétés à teneurs élevées en lipides (tableau X). A titre comparatif, pour les variétés les plus riches, les proportions d'huile dans la pulpe sont du même ordre de grandeur que celles de la pulpe des olives (15 à 25 %).

Tableau X Teneurs en huile de diverses variétés d'avocats.

Variété

Race*

% du poids de pulpe

% du poids du fruit

Fuerte

G x M

15,1

22,8

Mexicola

M

14,2

21,9

Hass

G

12,6

22,9

Linda

G

12,3

19,9

Gottfried

M

11,5

15,5

Edranol

G

11,0

20,0

Booth 8

A x G

10,3

15,9

Booth 7

A x G

9,6

14,7

Nabal

G

9,0

12,3

Hickson

G x A

8,9

12,2

Lula

G x M

7,8

11,5

Collinson

G x M

7,6

11,5

Choquette

A

5,2

7,2

Waldin

A

5,0

6,2

Peterson

G x A

5,8

8,0

Pollock

A

5,5

8,1

* A = Antillaise; G = Guatémaltèque; M = Mexicaine; x = hybride.

3. Extraction de l'huile

On peut distinguer trois grands groupes de méthodes: a) par pression, b) par centrifugation, c) par solvant. Ces différents procédés sont décrits dans le livre sur l'avocatier de J.P. GAILLARD (1987). Dans cet ouvrage, nous décrivons, seulement, la méthode d'extraction par pression mise au point par l'Institut de Recherches sur les Fruits et Agrumes (IRFA), principalement par L. HAENDLER et H. GUYOT, dont l'intérêt principal est de pouvoir être réalisée au stade artisanal par le producteur d'avocats, sans nécessiter d'investissements trop importants ( figures 12 à 14 dues à J.C. DUMAS).

Les fruits, cueillis à l'époque normale de maturité, sont traités quand ils sont jugés aptes à la consommation. Ils peuvent néanmoins, sans inconvénient, avoir légèrement dépassé ce stade.

Après dénoyautage, opération qui peut être faite manuellement car très rapide, la pulpe et la peau sont broyées puis chauffées dans un récipient en acier inoxydable à 75-80°C pendant 30 minutes, avec un brassage constant. Le mélange est, ensuite, additionné de 15 % de sable propre et sec, de granulométrie moyenne. Un sable à grains hétérogènes convient bien, alors qu'un sable à gros grains donne une forte proportion d'impuretés lipidiques (débris cellulaires). Ce mélange est mis dans une presse hydraulique, à toile de nylon ou de tergal, qui permet d'obtenir une pression minimale de 60 kg/cm². Aux Antilles, des presses atteignant des pressions de 200 à 250 kg/cm 2 sont utilisées. La montée en pression doit se faire lentement, avec des palliers successifs pour permettre un écoulement plus complet et éviter toute expulsion de débris cellulaires. Le pressage est terminé quand l'écoulement de liquide est arrêté. Ce dernier est mis à décanter, puis on sépare la partie supérieure constituée d'huile (densité = 0,91 à 0,92) de la partie la plus dense constituée d'eau. L'huile est, ensuite, filtrée sur une toile de coton et mis dans des récipients de verre ou de fer galvanisé ou vitrifié. Pendant toutes les opérations d'extraction, il faut éviter de mettre l'huile en contact avec du fer ou du cuivre.

Pour le stockage, il faut maintenir l'huile à l'abri de l'air, de la lumière et de la chaleur. Il faut donc utiliser des récipients opaques et remplis au maximum. En région tropicale, il faut stocker le moins longtemps possible à la température ambiante et, toujours, dans un local «frais».


Fig. 12. - Extraction pulpe humide + charge de presse.


Fig. 13. - Préparation des toiles de presse.

Le taux d'extraction, qui représente le pourcentage d'huile extraite de la quantité totale, est de 85 à 93 %, ce qui peut être considéré comme satisfaisant sur le plan industriel. Les rendements en huile, par rapport au poids des fruits, varient de 3 à 15 % selon les variétés.


Fig. 14. - Extraction de l'huile d'avocat: chargement de la presse.

Pour une unité de traitement de 1 tonne de fruits par jour, il faut prévoir:

- un local de 80 à 100 m² pour l'atelier d'extraction, non compris le magasin de stockage,

- une cuve de 250 litres avec agitateur en inox et chauffage,

- une presse hydraulique atteignant facilement 60 kg/cm²,

- des décanteurs,

- des filtres.

La main d'œuvre nécessaire est de 5 ouvriers et d'un contremaître.

Il est, évidemment, indispensable avant de créer un atelier d'ex traction d'huile, de faire une étude économique, afin d'en estimer la rentabilité.

En général, l'extraction d'huile est faite sur les écarts de triage des fruits destinés à la vente, à l'exportation en frais. A titre d'ordre de grandeur, on considère qu'un atelier d'extraction doit traiter 100 tonnes de fruits par an pour être rentable. Si on estime les écarts de tri à 25 p. cent, la production d'avocats doit être de 400 tonnes, ce qui nécessite 50 à 60 hectares de verger d'avocatiers. Un atelier coopératif de cette importance ou plus grand, si les tonnages de fruits à traiter le justifient, peut être une solution plus économique. Enfin, un arboriculteur équipé pour traiter les avocats produits sur son verger peut acheter des fruits produits dans la région. Il s'agit, le plus souvent, d'avocats récoltés sur des arbres de semis dont la teneur en huile est variable. A titre indicatif, des fruits d'avocatiers de semis de Guinée et du Cameroun, ont des teneurs en huile de la pulpe de 5 et 18 % et un rendement total, avec un taux d'extraction de 87 %, de 3 et 8 % d'huile, par rapport au poids total des fruits.

Extraction de l'huile de la pulpe d'avocat (clichés Dumas).


Malaxage et chauffage de la pulpe.


Presse hydraulique.

XII. Eléments du prix de revient de la culture de l'avocatier

Etablir un coût de production de l'avocat n'a de valeur significative que pour une situation donnée et pour une période limitée dans le temps. En effet, il n'y a aucune commune mesure entre un kiboutz israélien, une grande exploitation californienne ou une exploitation familiale africaine. A chaque situation correspondent des objectifs de production, un milieu naturel, un environnement socio-économique particulier.

Tous ces facteurs vont intervenir à des degrés divers dans l'établissement des coûts de production.

1. Les objectifs de production

Produire des avocats pour satisfaire l'autoconsommation, pour approvisionner des marchés urbains nationaux ou pour exporter sur des marchés étrangers n'implique pas les mêmes contraintes. Dans le premier cas, on utilise généralement des itinéraires techniques rudimentaires prenant rarement en compte les traitements phytosanitaires des fruits et excluant toute main d'œuvre salariée et tous frais inhérents au conditionnement et à la conservation. Dans le cas opposé d'une récolte destinée à l'exportation sur des marchés concurrentiels et très éloignés des lieux de production, on fait le plus généralement appel à des techniques culturales sophistiquées et à des procédés de conditionnement, de conservation et de transport onéreux.

2. Le milieu naturel

Les caractéristiques du milieu naturel peuvent avoir des incidences considérables sur les coûts de production. Il y a notamment lieu de prendre en compte les facteurs suivants:

- la topographie du terrain qui dans certains cas interdit ou contrarie fortement la mécanisation. Dans les pays où la main d'œuvre est chère, des terrains trop accidentés ou nécessitant des aménagements très onéreux peuvent constituer un facteur limitant à la rentabilité;

- les caractéristiques physico-chimiques des sols. Nous avons montré, dans les chapitres précédents, que des sols lourds à tendance hydromorphe peuvent limiter la productivité des arbres, diminuer leur longévité et créer des conditions favorables au développement du Phytophthora cinnamomi . Ce sont là autant de raisons qui contribuent à augmenter les coûts de production;

- la climatologie et, en particulier, la distribution des précipitations peuvent amener, si celle-ci est mauvaise, à installer un réseau d'irrigation dont l'amortissement et le fonctionnement pèseront, inévitablement, sur les coûts de production;

- le parasitisme. Si on compare des situations extrêmes comme la Corse et la zone côtière du Cameroun, on constate que, dans le premier cas, la lutte contre le Cercospora purpurea est inconnue parce que non nécessaire et que, dans le deuxième cas, aucun verger ne peut produire d'avocats de première qualité sans appliquer douze à quinze traitements de fongicides par an. On pourrait encore citer, dans le domaine du parasitisme, l'incidence notoire de la lutte contre l'Anthracnose, le Scab ou le Phytophthora.

3. L'environnement socio-économique

Parmi les facteurs socio-économiques pouvant avoir une forte influence sur les coûts de production, il faut relever:

- le coût de la terre (acquisition, location, remboursement d'emprunts),

- le coût de la main d'œuvre et sa qualification; ce poste constitue généralement les plus grands écarts entre les pays producteurs d'avocats;

- le coût des intrants et du transport; les prix des engrais, des pesticides, des carburants sont également d'une très grande variabilité d'un pays à l'autre;

- le crédit et la fiscalité; l'accès au crédit et les taux d'intérêt pratiqués, le montant des impôts et des taxes sont autant d'éléments décisifs dans les cas de rentabilité marginale.

Tous ces facteurs pèsent différemment d'un pays à l'autre sur les prix de revient de l'avocat; par ailleurs, ils sont pour certains très fluctuants. On comprendra, ainsi, mieux combien il est aléatoire d'indiquer dans un ouvrage le prix de revient de l'avocat car il y a, à la date de la rédaction, autant de prix de revient que de pays producteurs et, à l'intérieur de ceux-ci, que de types d'exploitations. Toutefois, il nous a paru intéressant, à titre d'exemple, de comparer deux situations dans des conditions écologiques semblables mais dans deux pays où les coûts de main d'œuvre sont, extrêmement, différents. Le premier exemple est pris dans un pays africain: le Cameroun, le second dans un département français d'outre-mer: la Martinique.

4. Eléments du prix de revient

4.1 - Frais de plantation d'un verger

Nous nous sommes placés dans le cas de la création d'un verger implanté dans un site très favorable, ne nécessitant aucun aménagement préalable tel que: défrichage, nivellement, épierrage, assainissement hydrique, brise-vent, clôture, irrigation.

Le tableau XI indique les opérations effectuées, avec les temps de travaux correspondants (main d'œuvre et tracteurs) et, pour les intrants, les quantités.

Tableau Xl Frais de plantation de 1 ha de verger d'avocatiers (125 arbres/ha).

Travail au sol

Fumure

· déstruction de la végétation herbacée: 5 h

· fumier: 3 000 kg

· sous-solage croisé: 7 h

· dolomie: 250 kg

· labour de défoncement: 20 h

· phosphate: 125 kg

Piquetage

· transport des engrais: 6 h

· main d'œuvre coupe des piquets: 6 h

Plantation

· transport des piquets: 2 h

· achat des plants

· main d'œuvre piquetage: 24 h

· transport des plants: 4 h

Confection des buttes et des cuvettes

· main d'œuvre plantation: 48 h

· main d'œuvre: 72 h

· main d'œuvre tuteurage: 8 h (avec piquets utilisés pour le piquetage)


· main d'œuvre arrosages: 24 h

Dans l'exemple étudié, la préparation du sol consiste en un labour de défoncement, précédé d'un sous-solage pour faciliter le travail de la charrue, et de la destruction de la végétation herbacée avec un pulvériseur à disques. Ces travaux sont, évidemment, effectués mécaniquement avec des tracteurs de puissances adaptées aux outils. En revanche, les buttes sont confectionnées manuellement, ainsi que toutes les autres opérations culturales.

Les frais de plantations sont près de trois fois plus élevés en Martinique qu'au Cameroun: 30 500 F et 10 900 F/ha; ces écarts sont dûs aux différences de coûts salariaux de la main d'œuvre qui sont neuf fois plus élevés en Martinique: 44,50 F/heure au lieu de 5,00 F/heure. Au Cameroun, le poste «main d'œuvre» représente 10 % des frais de plantation, contre 30 % en Martinique. Ces différences de coûts salariaux, se répercutent sur les prix d'utilisation des tracteurs.

4.2 - Frais de gestion d'un verger

Les tableaux XII et XIII récapitulent les frais de gestion d'un verger au cours des cinq premières années qui suivent la plantation et ceux d'un verger adulte. L'étude est faite en considérant que tous les travaux sont effectués manuellement, à l'exception des traitements phytosanitaires qui sont réalisés avec les pulvérisateurs tractés.

Tableau XII Frais de gestion de 1 ha de verger d'avocatiers les cinq premières années après la plantation (125 arbres/ha).

Année

1re

2e

3e

4e

5e

Soins aux arbres (taille et égourmandage)






· main d'œuvre (heures)

8

32

32

48

56

Désherbage






· herbicide (litres)

20

20

20

20

20

· main d'œuvre (heures)

130

130

130

130

130

Fumure






· urée (kg)

25

185

170

200

230

· engrais NPK (kg)



170

400

600

· dolomie (kg)



200

300

400

· main d'œuvre (heures)

16

16

24

32

32

Défense des cultures






· insecticide (litres)


2

2

2

2

· acaricide (litres)




1

2

· fongicide (kg)


1

1

2

4

· application (heures de tracteur)


3

3

6

12

Tableau XIII Frais de gestion de 1 ha de verger d'avocatiers adultes (125 arbres/ha).

Soins aux arbres (taille)

Défense des cultures

· main d'œuvre: 56 h

· insecticide: 6 litres

Désherbage

· acaricide: 2 litres

· herbicide: 20 litres

· fongicide: 6 kg

· main d'œuvre: 130 h

· application: 18 heures de tracteur

Fumure

Récolte

· urée: 250 kg

· main d'œuvre: 21 h par tonne

· engrais NPK: 800 kg


· dolomie: 500 kg


· main d'œuvre: 40 h


Les coûts comparés entre la Martinique et le Cameroun (figure 15) montrent, comme pour la plantation, que les dépenses sont 2,5 fois à 3 fois plus élevées en Martinique: 72 000 et 30 000 F/ha les cinq première années, 11 000 et 32 500 F/ha pour des avocatiers adultes, en pleine production.

En Martinique, le poste «main d'œuvre» représente 59 % des frais de culture les cinq premières années et 44 % dans un verger adulte, contre 16 et 12 % au Cameroun; les frais de récolte sont, respectivement, de 0,95 F/kg et de 0,11 F.

Les investissements minimums à consentir pour créer un verger d'avocatier de type commercial, avant d'avoir une production significative (> 5 t/ha) est de l'ordre de 40 000 F en Afrique et de 100 000 F dans les départements d'outres mer (plantation + entretien jusqu'à la cinquième année).


Fig. 15. - Coûts comparés de la gestion de 1 hectare d'avocatiers au Cameroun (C) et en Martinique (M) (densité: 125 arbres/ha).

Ces deux exemples illustrent, s'il en est besoin, la nécessité d'une étude économique préalable à la création d'un verger dans chaque cas particulier. Ces coûts prévisionnels d'installation et de gestion doivent, évidemment, être comparés aux recettes espérées afin de juger de la rentabilité des investissements. Dans cet ouvrage, nous nous limitons à l'aspect agronomique. Une étude économique complète doit comprendre, en plus, les coûts de conditionnement, d'emballage et de transport jusqu'au lieu de commercialisation ou d'achat par le grossiste. Quand les avocats sont destinés à l'exportation, il faut tenir compte, dans l'estimation des tonnages commercialisés, des écarts de triage lors du conditionnement des fruits; ceux-ci sont, au minimum, de 20 à 25 %. Souvent, les écarts sont vendus sur les marchés locaux ou pour l'extraction de l'huile, à des prix beaucoup plus bas qu'à l'exportation.

XIII. Production et marche de l'avocat dans le monde

L'avocat n'a suscité un intérêt commercial que depuis une vingtaine d'années.

Les données qui suivent qui empruntent, largement, à une étude de D. LOEILLET, responsable de 1'«observatoire des marchés» au CIRAD, sont celles disponibles à la date de cette étude, en juin 1992 (communication personnelle).

1. Production mondiale

Les estimations pour l'année 1990 (source FAO, 1992) sont de 1,5 millions de tonnes d'avocats, ce qui représente un peu moins de 1% de la production mondiale des fruits tropicaux et méditerranéens qui est proche de 180 millions de tonnes. Quantitativement, l'avocatier est l'espèce fruitière la moins cultivée après les agrumes (41% des fruits), le bananier (26 %), le plantain (14 %), le manguier (9 %), l'ananas (5 %), le dattier (2 %) et le papayer (2 %).

Le continent américain est le plus grand producteur (77 %), suivi de l'Afrique (12 %), de l'Asie (9 %), de l'Europe (2 %) et de l'Océanie (0,3 %). Les principaux pays producteurs (fig. 16) sont: le Mexique (22 % de la production mondiale), les U.S.A. (11 %), la République dominicaine (9 %), le Brésil (8 %), la Colombie (6 %), l'Indonésie (5 %), Haïti (4 %), le Vénézuela, le Zaïre et le Chili (3 %), le Salvador, l'Afrique du Sud, le Cameroun et Israël (2,5 %), l'Espagne (2 %).

Quatre pays produisent plus de 100 000 tonnes d'avocats par an; il s'agit du Mexique, qui fait figure de géant avec 320 000 t, des U.S.A. avec 160 000 t, de la République Dominicaine avec 133 000 t et du Brésil avec 115 000 t. Une production importante est à mentionner en Colombie, Indonésie et Haïti (80 à 60 000 t). Les pays du bassin méditerranéen sont, pour leur part, loin derrière, avec en-tête Israël (35 000 t), l'Espagne (28 000 t) et la Grèce (1 000 t).

Comme nous le mentionnons, ci-dessous, d'autres sources d'informations laissent supposer que les statistiques FAO sont sous-estimées pour certains pays tels que le Mexique, les Etats-Unis, Israël et l'Espagne.


Fig. 16. - Principaux pays producteurs d'avocats (85 % de la production mondiale), 1990; source FAO.

2. Principaux pays producteurs

Au Mexique , les superficies d'avocats seraient d'environ 83 000 hectares, à la fin de la dernière décennie. Au niveau production, le chiffre de la FAO et celui de l'Institut de Recherches Mexicain, l'INIFAP, divergent fortement, puisque ce dernier estime la production totale à 625 000 t, soit le double de celle de la FAO. Le rendement moyen par hectare, selon l'INIFAP, est de 7 tonnes.

La période de forte récolte s'étend de septembre à février. Les trois quarts des vergers sont irrigués. La variété Hass, de race guatémaltèque, est dominante à 98 %. Les autres variétés sont: Zutano de race mexicaine; Bacon, Fuerte, Rincon et Lula, hybrides guatémaltèques x mexicain; Choquette, Hall, Booth 7 et 8, hybrides guatémaltèque x antillais. Comparé à son potentiel et à son important volume de production, le Mexique n'est pas, encore, un grand pays exportateur d'avocats. Des efforts sont faits, depuis quelques années, pour combler son retard, face à d'autres grands exportateurs, comme l'Afrique du Sud ou Israël.

Aux Etats Unis, selon les sources officielles du Service de Statistiques Agricoles floridien, la production totale d'avocats en 1990 s'élevait à 181000 t, soit un chiffre, légèrement, supérieur à celui de la FAO pour la même année, 160 000 t. Deux états produisent la presque totalité de la production américaine: la Californie avec 150 000 t (83 %) et la Floride avec 30 000 t (16 %); le troisième état producteur est Hawaï avec, seulement, 600 t (0,3 %). Il faut, également, citer qu'il existe au Texas de petites plantations de «Lula» et d'autres cultivars, mais le froid est le principal facteur limitant de la culture.

Les surfaces allouées à cette production s'élèvent à 34 600 hectares, réparties à 87 % en Californie, 12 % en Floride et moins de 1% aux îles Hawaï.

En Californie, les variétés cultivées sont, principalement: Fuerte commercialisé de novembre à avril et Hass de janvier à mai. Les autres variétés, telles que Bacon, Zutano et Rincon sont récoltées en automne et en hiver.

En Floride, la campagne débute avec les variétés de race antillaise: Pollock et Waldin de juin à août, puis les hybrides guatémaltèque x antillais: Booth 8, Booth 7, Hall et Collinson en septembre-octobre. La campagne se termine avec Lula (guatémaltèque x mexicain), Monroe, Choquette et Booth 3 (guatémaltèque x antillais), d'octobre à janvier.

Aux îles Hawaï, la variété la plus représentée est Sharwil, de race guatémaltèque.

En République dominicaine, la production est à la fois orientée vers les marchés locaux et l'exportation. Les variétés composant le verger sont de race antillaise. Les quelques exportations vont, surtout, vers les Etats Unis.

Au Brésil, la majeure partie de la production est consommée localement. L'avocatier est cultivé dans la plupart des Etats mais seuls les Etats de Sao Paulo et de Minas Gerais ont établi des vergers importants, orientés sur la commercialisation, en dehors de l'Etat. La production de Sao Paulo serait d'environ 85 000 t pour 10 000 ha de vergers. De petites quantités sont livrées, régulièrement, vers l'Europe, à la même époque que les exportations sud-africaines. La production de Minas Gerais est consommée localement ou expédiée vers Rio de Janeiro.

Les premiers vergers ont été plantés en Waldin (antillaise) et Taylor (guatémaltèque), puis Fuerte (guatémaltèque x mexicaine) est devenue la variété dominante du fait de sa qualité, de son calibre moyen et de sa bonne tolérance au froid.

3. Pays exportateurs vers la CEE

En 1991, les 12 pays de la Communauté Economique Européenne (CEE) ont importé 114 000 tonnes d'avocats, dont 40 000 t ont été réexportées sur d'autres pays européens soit 74 000 t. A ces quantités il faut ajouter 18 000 t vendues par l'Espagne dans les autres pays de la CEE et 2 000 t en provenance des Canaries.

Outre ces deux régions qui approvisionnent la CEE, dans une proportion de 20 %, les deux principaux pays exportateurs sont Israël (27 %) et la République Sud-Africaine (26 %), soit plus de la moitié des avocats commercialisés dans la CEE. Les autres pays qui fournissent des tonnages significatifs (supérieur à 1 000 t) sont le Mexique (11 %), le Kenya (3 %) et le Brésil (1 %). On notera la régression des Etats Unis dont les exportations sur les pays de la CEE, de 8 à 9 000 t à la fin des années 1980 sont, actuellement, inférieures à 1 000 tonnes.

Israël est le premier pays exportateur du monde; son commerce est axé, surtout, vers la CEE pour 80 %, le solde étant exporté vers les autres pays d'Europe. La production israélienne pour la campagne 1991/1992 est estimée à près de 70 000 t, dont 55 000 t seront exportés sur l'Europe et, principalement, sur la France. On notera que ces estimations, de source israélienne, sont le double de celles publiées par la FAO pour l'année 1990. Les plantations se situent, pour près de la moitié d'entre elles en Galilée, de la frontière Libanaise jusqu'au sud de Gaza et représentaient en 1989, 11 300 hectares.

Les trois grandes variétés cultivées en Israël sont: Hass, variété de race guatémaltèque, Fuerte et Ettinger, hybrides guatémaltèque x mexicain. En 1986, ces trois variétés représentaient 90 % de la production totale, avec la proportion suivante: 28, 38 et 24 %. Il faut noter que les nouvelles plantations de ces dernières années sont pour 40 % de la variété Hass, aussi il est probable que ce soit, actuellement, cette variété qui soit la plus importante. Avec ces trois variétés, Israël peut alimenter le marché de l'avocat une grande partie de l'année; Ettinger de septembre à novembre, Fuerte de novembre à mars et Hass de février à avril. Parmi les préoccupations commerciales d'Israël, il faut mentionner le développement des variétés précoces et tardives pour assurer sa présence sur les marchés européens sur une, encore, plus grande partie de l'année. Quatre vingt quinze pour cent des expéditions sont faites par voie maritime (3 à 4 jours).

La République Sud-Africaine a multiplié sa production par 5 depuis 30 ans; c'est le plus important pays exportateur du continent africain. En 1990, les exportations vers les pays de la CEE ont été de 26 000 t dont 70 % en France, 19 % en Grande Bretagne et 7 % en Allemagne. Les vergers anciens sont, surtout, plantés en Fuerte, Edranol (guatémaltèque), et Ettinger. L'avantage de l'Afrique du Sud, du fait de sa situation dans l'hémisphère sud, est de produire à contre saison d'Israël et de l'Espagne. Avec les trois variétés citées, la production s'étale de mai à août-septembre. Une expansion s'est faite ces dernières années avec les variétés Hass et Ryan (guatémaltèque x mexicain) pour que la récolte s'étale jusqu'en octobre-novembre.

L'Espagne, dont le verger d'avocatiers était, pratiquement, inexistant à la fin des années 1980, a maintenant près de 10 000 hectares dont 1 000 pour les Canaries et 3 000 ha de jeunes plantations non encore entrées en production. Sur la péninsule, l'extension de cette culture s'est faite principalement dans le sud, dans les régions de Grenada et de Malaga (80 % de la production espagnole). Le climat et les sols sont favorables à cette culture. Les 20 % restant se répartissent entre Hueva, Murcia, Cadiz et Almeria. Le développement de la culture de l'avocatier est le fait d'initiatives privées; les interventions gouvernementales sont rares et les aides financières également.

Entre les campagnes 1983/1984 et 1991/1992, les volumes de production sont passés de 11 000 à 43 000 t. Les prévisions de production à l'horizon 1995 sont de l'ordre de 70 000 t, soit une augmentation sur 5 ans de 230 %, par rapport à la campagne 1990/1991 qui était de 30 000 t. Les exportations sont effectuées en quasi totalité sur le marché européen.

La répartition par variété, en 1990, est indiquée dans le tableau XIV.

Cette gamme de variétés permet d'assurer un approvisionnement du marché de l'avocat de septembre à mai. L'Espagne est en concurrence avec Israël quant aux dates de production.

4. Principaux pays importateurs de la CEE

La France est le premier pays importateur d'avocats, 76 000 t en 1991 sur 114 000 t (67 %), suivi de la Grande Bretagne (14 %), de l'Allemagne (8 %) et des Pays Bas (5 %). La France réexporte sur l'Europe et les autres pays de la CEE 15 000 t, soit une consommation nationale de 61 000 t. Elle est, de loin, le plus gros consommateur d'Europe avec une consommation par habitant de 1,1 kg par an soit 5 à 6 avocats (sources statistiques 1987 de la population française, 55,6 millions). Le second pays est le Danemark avec 0,5 kg, suivi de la Grande-Bretagne: 0,3 kg, des Pays-Bas et du Bénélux (0,2 kg), de l'Allemagne (RFA): 0,15 kg. L'Espagne, la Grèce et l'Italie étant producteurs, les quantités consommées sont difficiles à évaluer. Ces chiffres montrent qu'un accroissement du marché européen est possible dans les années à venir. L'avocat n'est plus un produit de luxe mais un fruit de consommation courante. La France s'approvisionne, pour plus des trois quarts de ses importations, en Israël (31 %), République Sud Africaine (27 %) et Espagne-Canaries (24 %). Treize pour cent, seulement, proviennent du Mexique, premier producteur mondial.

La Martinique qui, dans le milieu des années 1985, exportait un peu plus de 4 000 t, essentiellement sur la France, a exporté en 1990 moins de 500 t des variétés Lula (guatémaltèque x mexicain) ou Tonnage (guatémaltèque).

En Afrique de l'ouest, particulièrement en Côte d'Ivoire, où des programmes de développement de cette culture, ont été initiés dans les années 1960, avec un objectif d'exportation, les productions sont, pour l'essentiel, commercialisées sur le marché national. En 1990 la Côte d'Ivoire n'a exporté sur l'Europe que 33 t dont 24 en France et le Cameroun 7 t. Le seul pays du continent africain, avec l'Afrique du Sud, exportant des quantités notables est le Kenya avec 3 000 t.

Tableau XIV Production espagnole de fruits de différentes variétés.

Variétés

En %

Période de récolte

Hass

60

Décembre à mai

Fuerte

20

Octobre à décembre

Bacon/Zutano

10

Septembre à octobre

Reed

5

Mars à mai

Autres

5

Octobre à mai

Total

100


Lexique

Anthèse: moment de l'épanouissement d'un fleur et de la libération du pollen.

Allogamie: fécondation croisée par une plante qui est un individu différent de celui qui porte les graines, quoique de la même espèce, de la même variété ou du même cultivar.

Dianthèse: épanouissement alterné des fleurs hermaphrodites en phase mâle, puis femelle et vice versa.

Dichogamie: disposition au sein des fleurs dites dichogames, nécessitant la fécondation croisée par suite de la maturité successive (et non simultanée) des étamines et du pistil.

Climactérique: crise d'émission supplémentaire de gaz carbonique au cours de la maturation des fruits, après laquelle ils commencent à achever leur maturité.

Clône: ensemble des plantes provenant de multiplication végétative, issues d'un seul pied-mère.

Coulure: chute des fleurs ou des boutons ou des jeunes fruits par suite de causes accidentelles.

Embryon nucellaire: embryon d'origine asexuée.

Hydromorphie: excès d'eau dans le sol.

Nouaison: époque du développement des fruits où leur nutrition se décide et où leur pédicalle se consolide, tandis qu'il se flétrit et se rompt chez les fruits où le déclenchement du développement a avorté.

Organoleptique: synonyme de gustatif.

Orthotrope: caractère de la croissance d'une pousse selon une orientation verticale.

Plagiotrope: caractère de la croissance d'une pousse selon une orientation horizontale.

Rhizogénèse: ensemble des phénomènes et des causes qui déterminent la naissance d'une racine là où il n'en préexistentait aucune ébauche.

Scion: première pousse, en pépinière, d'un jeune arbre greffé n'ayant encore subi aucune intervention quant à sa formation.

Seedling: plante issue d'un semis de graines.

Taxinomie ou taxonomie: science de la classification des êtres vivants. Syn.: systématique.

Bibliographie de base

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Agence de coopération culturelle et technique

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