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Le sorgho (Maisonneuve et Larose, 1991)

Collection dirigée par
René COSTE

Membre de l'Académie des Sciences d'Outre - Mer
Ingénieur général d'agronomie (H.)

18

Le sorgho par
J. Chantereau et R. Nicou
Ingénieurs de recherche
IRAT/CIRAD

Agence de Coopération
Culturelle et Technique
13, quai André - Citröen
F 75015 PARIS

Centre technique de Coopération agricole et rurale (C.T.A.)
Postbus 380
NL 6700 AJ WAGENINGEN

Editions Maisonneuve et Larose
15, rue Victor - Cousin
F 75005 PARIS

Les opinions exprimées ainsi que les orthographes des noms propres et les limites territoriales figurant dans le présent document n'engagent que les auteurs et nullement la position officielle et la responsabilité de l'Agence de Coopération Culturelle et Technique et le Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale.

REMERCIEMENTS

Nous remercions de leur concours, pour la rédaction et la mise en forme de cet ouvrage, les spécialistes de l'IRAT (département des cultures vivrières du CIRAD), notamment:

· Mlle G. FLIEDEL et M. J. FAURE, technologues,
· M. P. BAUDIN, phytopathologiste,
· MM. M. BETBEDER - MATIBET et A. RATNADASS, entomologistes,
· M. C. GOUNEL, cartographe,
· M. J.C. LEGOUPIL, hydraulicien,
· M. J.C. MAUBOUSSIN, sélectionneur,
· MM. P SALEZ et M. TARDIEU, agronomes,
· le Professeur G. SALLE, biologiste des plantes parasites à Paris VI.

Photo de couverture: Panicule de sorgho, Cl. Chantereau.

© G. - P Maisonneuve et Larose et A.C.C.T., 1991

ISBN: 2 - 7068 - 1023 - 8 et 92 - 9028 - 181 - 2
ISSN: 0298.3540

La loi du 11 mars 1957 n'autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article 41 d'une part, que les «copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective» et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, «toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite» (alinéa 1 er de l'article 40).

Cette représentation ou reproduction. par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.

Le technicien d'agriculture tropicale

1. Le Riz pluvial, par Michel JACQUOT et Brigitte COURTOIS.

2. Le Maïs, par Guy ROUANET.

3. Le Bananier plantain, par Hugues TEZENAS DU MONTCEL.

4. Le Stockage des produits vivriers (en deux volumes), par Jean APPERT.

5. Le Cotonnier en Afrique tropicale, par Gérard SEMENT.

6. Le Manioc, par Pierre STT VESTRE.

7. Le Désherbage des cultures tropicales, par E.M. LAVABRE.

8. Insectes nuisibles aux cultures vivrières et maraîchères (en deux volumes), par Jean APPERT et Jacques DEUSE.

9. Les légumineuses vivrières tropicales, par Marc BORGET.

10. Le théier, par Denis BONHEURE.

11. Le caféier, par H.R. CAMBRONY.

12. L'écrevisse rouge des marais, par Jacques C.v. ARRTGNON, Jay V. HUNER et Pierre J. LAURENT.

13. Aménagements villageois et du terroir, par Gérard JOSSET.

14. Le cacaoyer, par Guy Mossu.

15. Les plantes tropicales à épices, par M. BORGET.

16. Les crustacés tropicaux d'élevage, par J. ARRIGNON, J.M. GRTESSTNGER, D. LACROIX, P. GONDOUTN et M. AUTRAND.

17. La canne à sucre, par R. FAUCONNTER.

18. Le sorgho, par J. CHANTEREAU et R. NTCOU.

I. L'économie du sorgho

En 1988, pour une production céréalière mondiale de 1 800 millions de tonnes, le sorgho n'a représenté que 62 millions de tonnes, loin derrière les trois céréales les plus importantes: blé, riz et mais, derrière l'orge mais devant l'avoine, le millet et le seigle (tab. I).

Le sorgho représente donc moins de 4 % de la production mondiale de céréales.

Après une pointe de 75,7 millions de tonnes en 1985, on note en 1988 un fléchissement de la production de 20 % environ dû à la conjugaison de baisses simultanées dans plusieurs pays d'Amérique, baisses non compensées par l'accroissement de 15 % de la production asiatique.

Tableau I
Production de céréales dans le monde en 1988

Céréales

Rang

Production en milliers de tonnes

% du total

Blé

1

509 952

29,4

Riz

2

483 466

27,9

Maïs

3

405 460

23,4

Orge

4

168 423

9,7

Sorgho

5

61787

3,6

Avoine

6

38 848

2,2

Millet

7

31536

1,8

Seigle

8

29 617

1,7

Total


1 729 150

100,0

Les Etats - Unis sont encore en tête des pays producteurs avec 14,7 millions de tonnes (22 Mt en 1985), soit 24 % (30 % en 1985) de la production mondiale (tab. II).

Tableau II

Producteurs importants

Rang

Pays

Production M de tonnes

En pourcentage de la production mondiale

1

Etats - Unis

14,7

24

2

Inde

11

18

3

Chine

6

10

4

Mexique

5,5

9

5

Nigeria

4,9

8

6

Soudan

4,6

7

7

Argentine

3,2

5

8

Australie

2

3

En ce qui concerne le continent africain, pour une production totale de céréales de 89 millions de tonnes, soit 5 % de la production mondiale, le classement par culture est sensiblement différent: le sorgho arrive au deuxième rang après le maïs et assure 14 % de la production céréalière (tab. III).

Tableau III
Répartition des céréales en Afrique

Rang

Céréales

Production en milliers de tonnes

1

Maïs

30 313

2

Sorgho

15 280

3

Blé

13 630

4

Millet

13 330

5

Riz

9 470

6

Orge

5 570

7

Avoine

190

8

Seigle

5

Les pays gros producteurs (au - delà du million de tonnes) sont le Nigeria et le Soudan déjà cités, l'Ethiopie et le Burkina Faso. Quatre pays viennent ensuite avec des productions significatives: le Niger avec 600 000 t, la République Sud Africaine (480 000 t), la Tanzanie (420 000 t) et l'Ouganda (290 000 t).

1.1 - Les surfaces consacrées au sorgho

Elles ont été en 1988 de 45,6 millions d'hectares, 5e rang au plan mondial comme pour la production. Ces surfaces représentent 6,3 % des surfaces céréalières.

L'Afrique et l'Asie ensemble consacrent près de 36 millions d'hectares à la culture du sorgho (soit les trois - quarts du total mondial) pour une production qui représente environ la moitié du total mondial.

1.2 - Les rendements à l'hectare (fig. 1)

Le rendement moyen à l'hectare du sorgho a été de 1 355 kg en 1988, ce qui situe le sorgho à la 7e et avant - dernière place (le riz, en tête, étant donné pour 3 300 kg/ha). Ce résultat couvre des disparités importantes. L'Amérique du Nord atteint 3 496 kg/ha (dont les Etats - Unis 4 005 kg/ha), l'Asie 958 kg/ha (l'Inde 688 kg/ha, la Chine 3 215 kg/ha) et l'Afrique 870 kg/ha (le Botswana 229 kg/ha, le Sierra Leone 2 375 kg/ha).

1.3 - Les échanges internationaux

Les trois grands pays exportateurs ont été en 1987/1988, les


Fig. 1. - Les rendements à l'hectare.

Etats - Unis (5,7 millions de tonnes), l'Argentine (I million de tonnes), l'Australie (0,8 million de tonnes).

Les quatre grands importateurs ont été le Japon (4 millions de tonnes), le Mexique (1,3 millions de tonnes), l'URSS (1,4 millions de tonnes) et le Vénézuela (0,5 million de tonnes).

L'ensemble du continent africain n'a pratiquement rien exporté et importé 200 000 tonnes.

II. Zones et types de culture (exemples en Afrique)

Le sorgho est une céréale importante particulièrement pour les zones chaudes à pluviométrie réduite de la zone tropicale. Toutefois le sorgho, de par sa plasticité, est susceptible de croître dans des zones différentes: on le rencontre en altitude sous des pluviométries importantes (Rwanda), en zone désertique sous irrigation, ou hors saison des pluies, se contentant alors de l'eau disponible dans certains sols (Nord-Cameroun et Nord-Sénégal).

Le sorgho est aussi cultivé hors de la zone tropicale (en France, en Italie, en Yougoslavie, en Israël, etc...), mais ce sont les Etats - Unis qui, dans cette aire climatique (entre 30° et 40° de latitude nord), lui consacrent le plus d'attention.

En France, le sorgho très concurrencé par le tournesol, ne se voit consacrer que 60 000 ha environ, la moitié de cette surface étant située dans la région de Toulouse.

En Afrique de l'Ouest (fig. 2), le sorgho, essentiellement (mais pas exclusivement) en culture pluviale et souvent associée, occupe au plan géographique une zone importante (dite B). Il existe au nord (zone A) où toutefois le mil est plus abondant, et au sud (zone C) où le maïs prédomine.


Fig. 2. - Zones de culture du sorgho en Afrique de l'Ouest.

2.1 - La culture pluviale du sorgho: exemple de la culture traditionnelle en pays Mossi au Burkina Faso

Le sorgho est la céréale la plus répandue au Burkina Faso. Actuellement on estime à 1,3 millions d'hectares les surfaces qui lui sont consacrées. Son mode habituel de culture est bien illustré par les pratiques traditionnelles en pays Mossi:

La culture du sorgho y est partout pratiquée en saison des pluies, là où les précipitations sont supérieures à 400 - 500 mm.

Généralement ce sont les sols les plus lourds près des bas fonds, que le paysan réserve en priorité aux écotypes photosensibles à long cycle. Il arrive aussi qu'il consacre une partie des champs situés à proximité des cases à la culture des sorghos de type précoce, intervenant alors comme variétés de soudure. Ce n'est que lorsque le cultivateur a des disponibilités réduites en terre qu'il ensemence en cette céréale des terres gravillonnaires.

Si le terrain est cultivé pour la première fois ou revient à la culture après une jachère de longue durée (situation de plus en plus rare), il est défriché, en saison sèche, de façon relativement poussée mais sans dessouchage.

Lorsque le champ a été cultivé l'année précédente, les débris végétaux sont rassemblés en tas et brûlés sur place. Cette opératin a lieu un peu avant la saison des pluies ou juste à son début, en avril - mai.

La période des semailles est très échelonnée dans le temps. Elle peut aller d'avril à juillet selon les contraintes subies par le cultivateur. Au commencement de l'hivernage, le terrain est ensemencé sans autre préparation du sol que l'une de celles décrites précédemment et sans apport de fertilisants. Si les semis ont lieu plus tardivement, le paysan effectue un sarclage pour éliminer les mauvaises herbes. Les semis interviennent généralement après une bonne pluie; ils peuvent cependant être réalisés en sec, en particulier si les pluies s'installent tardivement.

Bien souvent, après la levée, un accident climatique ou autre occasionne la mort des jeunes plants. Le paysan recommence alors les semis autant de fois que nécessaire.

Le sorgho est semé à plat et en poquets relativements alignés. Les distances entre lignes sont de l'ordre de 80 cm et les distances entre poquets sur la ligne, varient de 40 à 70 cm. La culture du sorgho en milieu traditionnel est rarement pure. L'association la plus fréquente est celle qui est faite avec le niébé (Vigna unquiculata) semé dans les mêmes poquets que ceux de la céréale.

Le démariage est très limité; le plus souvent il n'y en a pas. Le paysan laisse s'opérer une régulation naturelle des tiges fructifères.

Les sarclages sont faits à la daba selon les possibilités offertes par le calendrier cultural et les disponibilités en main d'œuvre. Les premiers semis peuvent bénéficier de deux, voire trois sarclages. Par contre certains champs tardifs, notamment de brousse, peuvent ne pas être désherbés. Entre ces deux situations on trouve tous les intermédiaires.

Si l'enherbement est important au second sarclage, l'herbe est ramenée avec de la terre aux pieds des poquets par une sorte de buttage.

En octobre, il arrive, sur certaines jachères destinées l'année suivante à du sorgho, que le paysan fasse un enfouissement d'herbe à la daba (ceci s'apparente à un engrais vert). Cette pratique tend à disparaître en raison de la diminution des surfaces consacrées à la jachère.

La récolte intervient à maturité sauf pour quelques variétés à grains sucrés (prélevés au stade grain pâteux). Généralement les sorghos à grains rouges sont récoltés avant les sorghos à grains blancs, compte tenu de leur plus grande précocité.

Après la récolte, la paille est souvent abandonnée sur pied à la divagation des animaux. Cependant, de plus en plus, les tiges sont coupées, mises à l'abri et utilisées progressivement pour l'alimentation du bétail ou pour servir de combustible.

L'année suivante, le sorgho revient généralement sur lui - même. Il en est ainsi tant qu'un début d'épuisement des sols n'est pas constaté. Celui - ci se révèle par une diminution de la croissance végétative des plantes, une baisse de la productivité ainsi que par le développement des attaques de Striga. Arrivées à ce stade, les parcelles sont alors cultivées quelques temps en mil avant de retourner à la jachère.

2.2 - La culture de décrue

2.2.1 Exemple de la culture des sorghos au Cameroun

Au nord du Cameroun et dans les autres Etats du bassin du lac Tchad entre les 10e et le 13e degrés de latitude nord, les cultivateurs disposent de sorghos fort appréciés au plan de l'alimentation humaine et occupant dans le temps et dans l'espace une situation très particulière.

On distingue, dans la partie septentrionale du Cameroun, deux grands groupes de sorghos repiqués, les «babouri» et les «muskwari» (appelés «berbéré» au Tchad). Ils appartiennent aux races caudatum et durra (voir chap. III). Le pédoncule de la panicule est assez souvent crossé et le grain est de taille imposante (jusqu'à 40 g pour mille grains).

Les premiers sont repiqués sur des sols à tendance hydromorphique avant la fin des pluies.

Les seconds sont repiqués sur des vertisols à la fin des pluies.

Les sorghos «muskwari» sont plantés sur les «karé» (1), terroir qui leur est propre. Ce sont des vertisols à haute teneur en argile (40 % le plus souvent) présentant des fentes de retrait en saison sèche, une adhésivité et une plasticité importantes à l'état humide.

(1) Karé: c'est le pluriel de Karal en foulfouldé.

Sur le «karal», la surface du sol présente un micro - relief mamelonné et des fentes de retrait de 2 à 3 cm de large qui descendent très profondément (jusqu'à 80 cm). A l'arrivée des pluies, l'eau pénètre dans ces fentes entraînant des éboulements de terre. Les fissurations se comblent peu à peu pour disparaître finalement dès que la pluviométrie passe le cap des 300 mm.

Les semis ont lieu en pépinières vers le 15 août pour la région de Mora, vers le 15 septembre, plus au sud, à Maroua. Le semis des pépinières est effectué à la volée et à plat sur un terrain ameubli à la houe. Celles - ci sont installées souvent à proximité d'anciennes termitières ou sur des levées de terre qui côtoient les pistes. Le semis est effectué en une seule fois alors que la date d'arrêt des pluies qui conditionne le repiquage ne peut être connue à l'avance. Aussi, afin de disposer de plants en état d'être repiqués, les paysans jouent sur l'hétérogénéité des pépinières qui module la précocité et éventuellement se procurent des plants chez des voisins ou des cultivateurs habitant d'autres zones.

En vue d'assurer une bonne reprise, les plants doivent présenter une tige de 1 cm de diamètre environ, une hauteur de 30 cm et des feuilles larges. Pour cela, la densité de semis en pépinière doit être relativement faible (écartements de 5 cm en tous sens entre les plantes).

La préparation du sol consiste à couper à ras toute la végétation, arbustive ou herbacée, qui est présente sur le «karal» et à la brûler ensuite. Quelquefois le labour est pratiqué sur les vertisols drainant bien.

Le repiquage est effectué 30 à 40 jours après le semis. Pour cela le cultivateur fore un trou de 20 à 25 cm de profondeur en enfonçant dans le sol, par percussion, un gros pieu terminé en pointe et parfois ferré. Deux à trois percussions sont nécessaires. On dispose alors dans le trou ainsi créé deux plants de sorgho que l'on enfonce en prenant soin que les racines adhèrent bien au fond du trou. On remplit d'eau celui - ci, ce qui représente un apport compris entre 1500 et 2 500 litres d'eau à l'hectare. Un seul sarclage est effectué dans les trois ou quatre semaines qui suivent le repiquage. L'épiaison a lieu courant décembre et la récolte est en général effectuée fin février. Les rendements sont de l'ordre de 700 à 800 kg/ha de grain sec. Le facteur limitant est incontestablement l'eau.

La culture des «babouri» est pratiquée sur des formations moins argileuses que celles sur lesquelles on cultive le «muskwari». En surface, la texture est sableuse et la teneur en argile des horizons inférieurs est comprise entre 20 et 30%.

Ces sols sont sensibles à la battance. On observe un glaçage des sols et l'apparition de flaques d'eau dès le début des pluies. La pénétration de l'eau est mauvaise, mais à aucun moment il n'y a submersion totale.

Les semis des pépinières ont lieu entre le 15 juillet et le 15 août sur billons de grande taille (50 à 75 cm de large à la base et au moins 50 cm de haut). Ceux - ci sont montés à la main ou à la charrue avec dans ce cas - là une finition à la main. Le semis est fait en lignes continues sur le sommet des billons. Le repiquage intervient trois à cinq semaines après le semis de la pépinière sur un terrain soit préparé manuellement (désherbé et travaillé à la houe) ou qui vient d'être labouré. Un plant de sorgho bon à repiquer présente une hauteur de 40 à 50 cm et un diamètre de tige de 1 à 1,5 cm. Il est «habillé» par réduction du feuillage. On place un seul plant dans un trou ouvert à la houe. Un ou deux désherbages sont effectués: le premier est particulièrement soigné.

Deux variétés principales à grains farineux coexistent dans le nord Cameroun. Le «walé mansan» à grain blanc et le «madessé» à grain rouge.

Le rendement en culture traditionnelle avoisinerait les 700 kg/ha.

2.2.2 - Exemple de la culture de décrue le long de la vallée du fleuve Sénagal

Sur cette zone frontalière entre la Mauritanie et le Sénégal, on trouve une culture de sorgho assez proche de celle rencontrée dans les Etats riverains du lac Tchad. Cette culture est conduite en saison sèche sur des terroirs particuliers dits «ouallo» (2) et sans faire appel à l'irrigation. Cette culture est soumise à un régime de vents d'est brûlants qui peuvent certaines années compromettre les perspectives de récolte.

(2) Le terme ouallo désigne la zone inondable de la vallée du Sénégal. La construction des barrages sur le fleuve Sénégal risque de faire disparaître à long terme ce type de culture. Des étapes progressives sont prises en compte dans la programmation du régime futur imposé au fleuve.

La durée de submersion des sols varie entre trois et cinq mois (crue en juillet - août et décrue à la fin de l'année). La superficie cultivable, variable suivant les années, est lice à l'importance de la crue et au volume de céréales produit en saison des pluies. Les variétés appartiennent en général à la race durra et comprennent 4 grands types: les «samba souki», les «pourdi», les «sevil» et les «diaknate».

Les sols sur lesquels on conduit cette culture sont fortement hydromorphes (sols «hollaldé»). On y observe de larges fentes de retrait en saison sèche. Ces sols sont pauvres en azote, en matière organique et en phosphore.

Le désherbage du futur terrain de culture est fait ou devrait être fait avant l'inondation afin de disposer d'un terrain propre.

Le semis est effectué dès que l'on peut pénétrer sur le champ. Le cycle végétatif est d'autant plus allongé que le sorgho est semé plus tôt. Le paysan fait sauter une croûte de terre de quelques centimètres d'épaisseur en se servant d'une houe à manche coudé («tongo»), puis creuse un trou de quelques centimètres de profondeur (12 à 15) grâce à un lourd pieu de bois d'un diamètre de 6 à 7 cm à bout pointu. Six à huit grains sont déposés au fond de ce trou. La levée a lieu une semaine plus tard. La densité de semis doit être proche de 2 500 poquets par hectare. Les acridiens sont fréquents sur les champs de «ouallo». On peut en contenir le nombre en disposant des appâts empoisonnés constitués de son ou de farine auxquels on ajoute un insecticide.

Traditionnellement, on n'apporte aucun engrais à cette culture; on démarie à deux plantes par poquet, ce qui rejoint les densités pratiquées avec le «muskwari», on sarcle immédiatement après. Le sarclage ne semble pas indispensable si le paysan a pris soin de nettoyer son terrain avant la crue, sinon cette opération indispensable demande quelques précautions afin de ne pas obturer les trous ou coucher les plantes avec les mottes de terre. De toute manière, cette façon culturale est longue et pénible.

Une protection contre les oiseaux mange - mil est nécessaire: dans ce but, le gardiennage des parcelles est systématique. Parfois les particules sont emmaillotées avec des herbes humides qui, en séchant, assurent une protection. La récolte est faite à maturité, voire à sur - maturité et les récoltes sont rentrées. Les rendements se situent aux alentours de 400 kg/ha.

2.3 - La culture irriguée

2.3.1 - En zone sahélienne

Le développement à partir des années 70 des grands aménagements hydro - agricoles (vallées du fleuve Sénégal et du fleuve Niger...), la multiplication plus récente des petits périmètres irrigués villageois ont conduit la recherche agronomique à élaborer des systèmes de cultures vulgarisables et à définir avec le paysan les conditions techniques permettant au sorgho de valoriser au mieux les ressources en eau disponibles.

D'une façon générale:

- Les variétés locales ne répondent que très peu aux compléments d'irrigation pour la production de grain; la satisfaction des besoins maxima en eau agit surtout sur la production de paille.

- Le sorgho représenté par du matériel sélectionné type hybride (américain ou obtention IRAT) ou type lignée pure précoce IRAT 204, à paille courte (1 - 2 mètres) est bien adapté aux conditions de la culture irriguée.

- Avec ces variétés modernes, il est pratiquement possible en zone sahélienne de cultiver du sorgho toute l'année, mais seules deux saisons sont intéressantes: la saison des pluies et la saison sèche froide, cette dernière ayant les rendements potentiels les plus élevés (jusqu'à 65 qu/ha).

Au terme de plusieurs années d'expérimentation dans les casiers aménagés des principales vallées pluviales du Sahel, la culture du sorgho irrigué est maintenant bien maîtrisée.

Dans la vallée du Sénégal, ce sont les sols «fondé» qui se prêtent le mieux à la culture irriguée du sorgho. Les autres sols du «ouallo», les «hollaldé» (encore plus riches en argile) conviennent également mais ont avant tout une vocation rizicole. Les sols dunaires du «dieri», du fait de leur texture sableuse, peuvent être exploités sous réserve d'une irrigation par aspersion.

Sur les terrasses du fleuve Niger (au Niger), il y a, sur de très faibles distances, une très grande hétérogénéité des sols: textures variables (5 à 65 % d'argile, 5 à 35 % de limons), structures souvent instables sous irrigation (jusqu'à la prise en masse). Dans ce contexte, les meilleurs rendements de sorgho sont obtenus sur les sols argileux bien structurés par opposition aux sols sablo - limoneux ou argilo - limoneux déstructurés.

La parcelle à préparer est mise en eau avant la date optimale de semis. Après ressuyage la parcelle, une fumure minérale de fond est appliquée.

Un labour permet l'enfouissement de cette fumure. Cette opération est, soit effectuée au tracteur comme dans la vallée du Sénégal, soit réalisée mécaniquement en traction animale sur les terrasses du Niger. Etant donné les températures élevées et les risques importants de dessiccation du sol, le labour est exécuté en bandes étroites et suivi sans délai de l'affinage.

Le semis est fait sur billons. en poquets aux densités recommandées soit manuellement soit mécaniquement. Dans ce dernier cas, l'enfouissement des graines est assuré régulièrement (3 à 5 grains par poquet, et à une profondeur de 5 cm. Les semences sont déposées au flanc du billon (2/3 supérieur) pour se protéger des remontées salines et permettre une bonne humectation à la germination. La réussite du semis mécanique permet de supprimer le démariage qui, autrement, doit intervenir une dizaine de jours après la levée.

Une irrigation à la raie suit le semis. Par la suite, les apports d'eau se font selon les besoins.

Les sarclages sont réalisés manuellement ou mécaniquement. L'outil alors utilisé doit être muni d'une dent fouilleuse disposée en avant du corps butteur permettant de briser la croûte de battance qui se forme dans la raie d'irrigation et

éventuellement d'enfouir un engrais de couverture (généralement l'urée).

Après la floraison, en saison sèche froide, une surveillance des parcelles de sorgho est nécessaire du lever au coucher du soleil, pour préserver la récolte des attaques d'oiseaux. En hivernage, la contrainte de gardiennage est beaucoup moins forte.

2.3.2 - En zone désertique: exemple du projet Sarir en Lybie

Le projet avait pour objectif la mise en valeur agricole de 50 000 hectares de sols sableux désertiques en utilisant des eaux souterraines abondantes. Il a démarré en 1979 par la mise en culture de 8 500 hectares (dont 5 300 hectares de sorgho) au centre du plateau désertique du SARIR (28° nord, 22° est), caractérisé par:

- une absence quasi totale de pluviométrie (10 mm/an);

- une amplitude thermique saisonnière très importante (du gel en hiver à plus de 40°C en été);

- une évaporation annuelle (classe A) de 3 800 mm/an avec des évaporations journalières pouvant dépasser 15 mm de mai à septembre;

- des besoins en eau du sorgho de plus de 10mm/jour pendant les période de pointe;

- des sols sableux mais compacts pouvant être considérés comme un simple support inerte avec une réserve en eau très faible de l'ordre de 20 à 30 mm facilement utilisables.

Dans ce contexte, le système d'irrigation est constitué de pivots d'environ 500 mètres de rayon, alimentés chacun par un forage. La dose maximale possible est de 10,4 mm par hectare et par jour en saison chaude (juin - octobre).

Les variétés utilisées sont des hybrides (Argence, Dekalb B 38, NK 265). Les semis effectués du 1 er au 30 juin, donnent une récolte échelonnée du 1 er au 31 octobre.

Le travail profond de ces sols par un labour ou un sous - solage a un effet positif sur les rendements.

La fertilisation adoptée dans ces conditions est la suivante: 200 unités d'azote, dont 150 sous forme d'urée injectée dans l'eau d'irrigation tous les 10 jours. 140 unités de phosphore en un seul apport de super triple. La potasse est apportée par l'eau d'irrigation. Un complexe d'oligo - éléments (Cu, Zn, Mn, Fe) est apporté par traitement foliaire.

A l'époque où le projet recourait à l'appui technique IRAT/ CIRAD, les rendements moyens ont été de l'ordre de 4 tonnes/ha. Les meilleurs rendements ont dépassé les 7 t/ha. Le prix de revient (hors amortissement des investissements) de la tonne était de l'ordre de 2 000 FF (1982 - 83), soit le double du prix sur le marché international.

III. Origine et diffusion les races de sorgho

Le sorgho appartient à la famille des Poacées, tribu des Andropogoneae, genre Sorghum, espèce bicolor. Originaire d'Afrique, cette espèce est actuellement répandue dans l'ensemble de la zone intertropicale et déborde largement dans les régions tempérées. Les très nombreuses variétés existantes ont fait l'objet de diverses classifications.

La plus récente et la plus fonctionnelle est celle de Harlan et De Wet reprise par l'IBPGR (1). Elle distingue cinq races principales et dix races intermédiaires sur les caractéristiques de l'épillet et de la particule (fig. 3 et 4):

(1) IBPGR: International Board for Plant Genetic Ressources.

1 - Les guinea sont les sorghos typiques d'Afrique de l'Ouest; la panicule est lâche et porte des épillets dont les glumes généralement baillantes renferment un grain elliptique. Ce sont des sorghos généralement de grande taille et photosensibles.

2 - Les durra se retrouvent essentiellement en Afrique de l'Est, au Moyen Orient et en Inde; leur panicule très compacte est généralement portée par un pédoncule crossé; les qlumes sont petites et collées sur un grain globuleux.

3 - Les caudatum sont surtout cultivés en Afrique Centrale et en Afrique de l'Est; ils sont caractérisés par un grain dissymétrique, aplati sur la face ventrale, bombé sur la face dorsale; la forme de la panicule peut être très variable.

4 - Les kafir sont surtout répandus en Afrique du Sud; le grain est symétrique et les glumes de taille variable; la panicule est relativement compacte et cylindrique. Ce sont des sorghos de petite taille.

5 - Les bicolor se retrouvent dans toute l'Afrique, mais sont surtout répandus en Asie, ce sont les sorghos aux caractères les plus primitifs: la panicule est généralement lâche et le grain petit est entièrement couvert par des glumes de grande taille et fermées.

6 - Les dix races intermédiaires présentent des combinaisons de caractères empruntés à plusieurs races principales.

Fig. 3. - Les cinq races principales du sorgho (Harlan, De Wet, 1972) (Dessins d'après Snowden, 1936).


Guinea


Durra


Caudatum


Kafir


Ricolor


Fig. 4. - Distribution des cinq grandes races de sorghos cultivés.

Harlan et De Wet proposent un schéma de domestication en deux phases. Dans un premier temps, un sorgho primitif de type bicolor aurait été domestiqué en bordure sud du Sahara.

Les races modernes auraient ensuite été développées indépendamment à partir de ce type primitif dans diverses région d'Afrique.

Les études de diversité enzymatique confirment globalement ce schéma de domestication.

Par la voie maritime, le sorgho a atteint l'Asie avant l'ère chrétienne, l'Inde d'abord puis la Chine.

Le sorgho s'est déplacé vers l'Europe depuis l'Inde et l'Afrique à travers l'Arabie et la Perse. Il a atteint l'Amérique du Nord à la fin du XIX e siècle.

IV. Morphologie

4.1 - Les racines

Le sorgho se caractérise par un système racinaire puissant qui explique en grande partie sa capacité à supporter des aléas importants en matière d'alimentation en eau.

Schématiquement, on reconnaît des racines adventives qui prennent naissance au niveau du collet et s'enfoncent profondément dans la terre (jusqu'à 2 m); les ramifications qu'elles émettent donnent les racines latérales qui assurent l'exploration du sol dans toutes les directions.

Il existe des différences variétales en matière de volume ou de taux de croissance du système racinaire. Elles sont difficiles à étudier et, donc, à exploiter. Aussi recourt - on au travail du sol, qui favorise la pénétration racinaire, pour assurer aux plantes un bon développement de leur appareil souterrain.

4.2 - Les tiges

La plante de sorgho comprend une tige principale accompagnée de talles issues du développement de bourgeons adventifs sur le collet du maître brin.

Le nombre de talles par pied varie tant en fonction des caractéristiques variétales que des conditions de culture; il est très élevé chez les sorghos fourragers, moyennement élevé chez les sorghos tropicaux de type guinea et généralement faible, voire nul, avec les hybrides nord - américains (à haute productivité) particulièrement lorsqu'ils sont semés à forte densité.


Fig. 5. - Morphologie du plant de sorgho

A: plant à la montaison (tige principale)
B: feuille
C: panicule
D: ramification terminale de la panicule avec les 2 types d'épillets:
- épillet fertile sessile
- épillet stérile pédicellé.
E: fleur.
Source: Tropical crops Monocotyledons. J.W. Purseglove, Longman (Ed.).

La hauteur de la plante à maturité varie beaucoup (de 50 cm à plus de 5 m). Les variétés à paille courte ont souvent des talles plus élevées que la tige principale alors que c'est l'inverse avec les sorghos de grande taille.

L'épaisseur des tiges est également très variable avec un diamètre basal pouvant aller de 5 mm à 3 cm.

Les tiges ont généralement une croissance érigée. Leur consistance est solide. Les tissus internes peuvent être secs ou juteux, insipides ou sucrés (riches en saccharose); dans ce dernier cas, on parle de sorghos sucrés.

Sur les entre - nœuds de la base des tiges peuvent se développer des racines qui aident à l'ancrage des plantes.

4.3 - Le pédoncule

L'entre - nœud supérieur qui porte l'inflorescence est appelé pédoncule. Sa croissance est indépenante des autres parties de la tige. Il est droit sauf chez les sorghos de la race durra où l'on voit souvent des écotypes à pédoncule crossé. C'est le cas de certains sorghos repiqués du Nord - Cameroun.

En raison de caractères variétaux ou de l'influence du milieu (sécheresse notamment), on observe parfois des sorghos avec un pédoncule court dégageant mal l'inflorescence de la dernière gaine foliaire. On parle alors de mauvaise exsertion.

4.4 - Les feuilles

En fonction des cultivars et de leur situation, les feuilles portées par les tiges varient en nombre (de quelques unités à plus de 30). Elles sont constituées d'un faux limbe et d'une gaine. A maturité, le faux limbe peut avoir une longueur allant de 30 cm à 135 cm et une largeur allant de 1,5 cm à 13 cm au point le plus large.

Le bord des feuilles peut être droit ou ondulé. Chez les jeunes plants, il est scabre et tranchant, ce qui permet de distinguer précocément le sorgho du mais.

La nervure centrale des feuilles est de couleur blanche ou jaune chez les types à tige sèche. Avec les variétés à moelle juteuse, cette coloration tourne au vert avec souvent une fine bande blanche centrale.

Sous l'action d'attaques fongiques ou d'insectes, des tâches se manifestent sur les feuilles. Si elles sont de couleur rouge, on reconnaît un sorgho de type «anthocyané». Si elles sont de couleur jaune, on identifie un sorgho de type «tan». Cette distinction, facile à faire en saison des pluies, l'est beaucoup moins en saison sèche.

Certaines variétés de sorgho ont des poils de taille microscopique sur la face inférieure des feuilles. Ce sont les trichomes. Leur présence est intéressante car elle est associée à la résistance des jeunes plantes à la mouche du pied: Atherigona soccata.

4.5 - La panicule

L'inflorescence, chez le sorgho, est une panicule. Elle est constituée d'un axe central, le rachis, d'où partent des branches primaires. Celles - ci produisent des branches secondaires et même tertiaires. La ramification ultime est un racème. Il porte les épillets par paire. L'un des épillets est sessile et fertile, l'autre est pédicellé et stérile. Seul l'épillet sessile terminal de chaque racème est différent. Il est accompagné de deux épillets pédicellés.

Les branches primaires sur le rachis sont souvent groupées en verticille. On peut cependant rencontrer des arrangements hélicoïdaux.

L'importance relative des différentes parties constitutives de la panicule contribue à la reconnaissance des formes raciales. Ainsi les sorghos à balai sont caractérisés par un rachis très court associé à des branches primaires très longues; les sorghos guinea, par un rachis et des branches primaires longues; les sorghos durra par une réduction générale de toutes les ramifications.

L'épillet sessile comporte deux «fleurs» mais seule la fleur supérieure est complète. Il ne produit donc, normalement, qu'une graine. Il arrive cependant, chez quelques variétés, que la seconde fleur soit également fertile et que l'épillet sessile puisse donner deux graines. Ce type de sorgho est désigné sous le nom de sorgho à grain double.

Les épillets sessiles peuvent être aristés.

Chaque fleur complète comprend deux stigmates et trois étamines.

Le nombre d'épillets fertiles par panicule est variable. On en compte habituellement de 2 000 à 4 000.

4.6 - Le grain

La graine de sorgho (fig. 6) est un caryopse composé de trois parties principales: l'enveloppe qui constitue le péricarpe, le tissu de réserve ou albumen et l'embryon.


Fig. 6. - Schéma du grain (d'après Sautier D., O'Deye M., 1989).

L'épaisseur du péricarpe varie selon les cultivars. Elle joue un rôle dans le décorticage des grains.

Entre le péricarpe et l'albumen peut se trouver une couche hautement pigmentée, la couche brune encore appelée testa. Sa présence ou son absence constitue une caractéristique variétale. Riche en composés taniques, elle paraît conférer des qualités de résistance aux moisissures aux graines qui en sont pourvues. Par contre, elle colore les préparations culinaires, leur donne de l'amertume et diminue leur digestibilité. Ces sorghos à couche brune sont peu appréciés par les oiseaux.

L'albumen du sorgho présente à l'extérieur une couche périphérique de cellules riches en vitamines, protéines et huile: la couche d'aleurone. Sous cette première assise cellulaire se trouve l'albumen corné, vitreux, caractérisé par l'existence de granules d'amidon pris dans une matrice protéique dense. Vient ensuite l'albumen interne, farineux, où les granules d'amidon sont insérés dans une matrice protéique peu importante avec de nombreuses lacunes.

La richesse du grain en albumen vitreux est variable. Elle est souvent élevée chez les écotypes africains guinea (cas des «Kende» jouant le rôle de substitut du riz au Mali). Il semble exister une relation négative entre la grosseur du grain (composante du rendement) et la vitrosité (critère de qualité en alimentation humaine).

Quelques sorghos ont un albumen jaune contenant un niveau élevé en pigments caroténoïdes qui améliorent la valeur nutritive des grains. En contrepartie, leur sensibilité aux moisissures est accrue.

La couleur du grain est la résultante de l'action de plusieurs facteurs dont les principaux sont:

- la couleur du péricarpe qui peut être blanche, jaune ou rouge;
- l'épaisseur du péricarpe;
- la présence ou l'absence de couche brune;
- la couleur jaune ou blanche de l'albumen.

On évalue souvent le poids du caryopse avec des échantillons de 1 000 graines. Il rend compte à la fois de données culturales et variétales de la plante. L'étude de la collection mondiale des sorghos, conduite à l'ICRISAT, a donné des valeurs du poids de 1000 grains allant de 6 à 85 grammes.

V. Physiologie

5.1 - Croissance et développement

Les physiologistes ont l'habitude de considérer trois phases dans le cycle du sorgho:

- la première va du semis à l'initiation florale;
- la seconde, de l'initiation florale à la pollinisation;
- la dernière, de la pollinisation à la maturité.

Le repérage de l'initiation florale nécessite la dissection de la plante; aussi il semble préférable pour le praticien de se référer à des stades plus aisément repérables du développement.

5.1.1 - Germination et émergence

Quand la graine de sorgho est semée dans un terrain humide, elle s'inhibe et gonfle. Si le sol est chaud (températures supérieures à 20°C), la germination a lieu rapidement. C'est le cas lors de la saison des pluies en zone tropicale. Le coléoptile émerge du sol 3 ou 4 jours après le semis. En conditions plus froides de contre - saison ou dans les régions tempérées, l'apparition des plantules peut demander de une à deux semaines.

Une fois le coléoptile à l'air libre, une première feuille perce son extrémité. L'émission des feuilles suivantes se fait rapidement.

Dans le même temps, la croissance racinaire est active, d'abord par l'émission d'une racine séminale unique puis par l'apparition de racines adventives. C'est essentiellement la vitesse de développement de ces dernières qui fait que le sorgho, comparativement au mil et au maïs, a de loin l'enracinement le plus long dans cette phase d'installation de la culture.

En ce qui concerne les besoins minéraux, on considère que la graine assure à la jeune pousse, une part relativement élevée de ses besoins minéraux tant que ses réserves ne sont pas épuisées. Cet épuisement intervient en une dizaine de jours. Ensuite la plante est totalement dépendante du milieu.

Le sorgho, comme toutes les céréales, demande pour la réussite de sa culture, une bonne germination des semences et une bonne émergence des plantules. Cependant, en plus des précautions habituelles pour les semis, il convient d'apporter des soins particuliers aux semences en raison du niveau souvent faible de leur vigueur germinative. Cette situation s'explique par la sensibilité des graines à des moisissures, qui les détériorent en cours de maturation.

5.1.2 - Développement végétatif

Après l'émergence, la plante devenue entièrement autotrophe, commence une intense croissance végétative. Grâce à une photosynthèse en C4, le sorgho a un taux de production de matière sèche élevé, relativement aux quantités d'eau absorbées.

En bonnes conditions, le tallage commence quinze jours environ après le semis. Le tallage est limité dans le temps par un mécanisme physiologique interne. Il peut reprendre lors de circonstances exceptionnelles: cassure de tiges par accidents, aléas climatiques ou attaques parasitaires. Si de tels événements se produisent à un stade avancé du cycle végétatif, la reprise du tallage ne sera pas basale mais se situera au niveau d'entre - nœuds placés plus haut sur les tiges.

La température optimale pour la croissance végétative se situe le plus souvent vers 33° - 34°C. Le rythme d'émission des feuilles est alors d'une tous les cinq jours environ.

Durant la phase de croisance, on peut trouver, dans les parties aériennes de la plante un principe toxique, la durrhine qui, sous l'action d'enzymes digestives, s'hydrolyse en donnant de l'acide cyanhydrique Les quantités mises en évidence dans les sorghos varient selon les variétés et les conditions de culture; elles diminuent avec l'âge de la culture Les plantes encore jeunes, en reprise de croissance après une période de sécheresse, et les repousses après une coupe, sont les principales sources potentielles d'empoisonnement pour le bétail La durrhine est détruite quand la plante est transformée en foin ou ensilée.

Parallèlement, les racines se développent en nombre, taille et volume. Leurs capacités d'alimentation minérale se situent essentiellement dans les 30 premiers cm du sol. Par contre il semble y avoir des possibilités appréciables d'absorption d'eau à des profondeurs beaucoup plus importantes Jusqu'à 1,80 m).

L'initiation florale se produit généralement lorsque la plante est haute de 50 à 60 cm. La poursuite du développement végétatif qui intervient après et qui peut être importante (par élongation des tiges notamment) est uniquement assurée par la croissance cellulaire.

L'apparition de l'inflorescence est précédée par un gonflement de la gaine de la dernière feuille. En 6 ou 10 jours par croissance du pédoncule, la panicule se dégage. C'est la phase de montaison. Normalement la floraison intervient lorsque la panicules s'est entièrement déployée.

5.1.3 - Floraison

Cette phase marque un changement profond dans la physiologie de la plante. Le sorgho est une plante de jours courts, c'est - à - dire que sa floraison n'est induite que si, dans un cycle de 24 heures, la durée de la période diurne est inférieure à une valeur critique.

En rapportant la durée du cycle végétatif des sorghos en fonction de la durée du jour, ce phénomène est rendu par une hyperbole (fig. 7).

A partir de ce graphe, on peut schématiquement identifier trois types de situation révélant la diversité de comportement d'une même variété.

- Première situation: la variété pousse sous un régime de longueurs, de jours très inférieurs à la valeur critique. Elle paraît non phosensible et son cycle végétatif reste à peu près constant quelle que soit la date de semis.

- Deuxième situation: la croissance de la variété a lieu lorsque les durées de la phase diurne sont légèrement inférieures au seuil critique. Les plantes réagissent à la photopériode par des cycles végétatifs variant beaucoup avec les dates de semis (cycles croissants en situation de jours grandissants, cycles raccourcissants en jours diminuants).

- Troisième situation: avec des longueurs de jours supérieurs à la valeur seuil, la variété ne fleurit pas et se maintient à l'état végétatif.

Ainsi la notion de photosensibilité d'un cultivar paraît relative. Elle se définit par rapport à une latitude et une saison de culture données. Elle interfère avec les besoins thermiques des plantes, variables selon les variétés. La prise en compte de


Fig. 7. - Durée phase végétative - Réaction photopériodique schématique. toutes ces données est finalement nécessaire pour expliquer les observations de terrain.

A titre d'exemple, le comportement des variétés guinea qui, généralement, ne fleurissent pas ou difficilement en contre - saison sous les tropiques, s'interprète ainsi:

Avec des besoins thermiques élevés et subissant les températures basses des mois de décembre - janvier, elles ne se développent pas ou très lentement alors que les jours courts sont favorables à l'induction florale. A partir du mois de mars, les températures deviennent suffisantes pour une reprise de croissance mais alors les jours ont dépassé la valeur critique. Il faut attendre septembre ou octobre, avec le raccourcissement diurne, pour que la floraison se produise.

Le seuil photopériodique, pour les variétés tropicales, est souvent compris entre 12 et 13 heures. Pour la matériel de la zone tempérée, la valeur critique passe à plus de 14 heures.

La floraison commence par le sommet de la panicule et descend très régulièrement. Sa durée est en moyenne d'une semaine. Elle est active juste avant le lever du soleil et en début de matinée.

L'épillet prêt à fleurir voit ses glumes s'ouvrir. Les stigmates se dégagent en premier puis, un à deux jours plus tard, les anthères apparaissent. Si le temps est sec, leur déhiscence intervient pratiquement en même temps. Ce sont essentiellement les stigmates de la partie supérieure de la panicule, exposés avant que ne commencent les premières libérations de pollen, qui expliquent un certain pourcentage de pollinisation croisée chez le sorgho normalement considéré comme une plante autogame. Le taux d'allogamie généralement observé est en effet faible, de l'ordre de 6 %. Il varie néanmoins de O % pour certaines variétés complètement cleïstogames, à 30 % chez certains sorghos (fourragers ou appartenant à la race guinea).

La pollinisation a lieu le matin après disparition de la rosée. La viabilité du pollen est courte, de l'ordre de 2 à 4 heures. Par contre la période de réceptivité des stigmates est beaucoup plus longue, elle commence un peu avant leur libération des glumes pour s'achever plusieurs jours après.

La sensibilité des sorghos à la sécheresse est maximum durant la phase d'épiaison - floraison. Elle se manifeste, entre autres, par l'échaudage des panicules. Des températures basses au moment de la pollinisation peuvent également provoquer l'avortement des fleurs. Ce phénomène est parfois observé sous les tropiques en contre - saison froide.

En plus de cette stérilité occasionnelle, il en existe une autre dont l'importance économique est grande, l'androstérilité ou encore stérilité mâle, qui se révèle par des étamines non fonctionnelles inaptes à produire du pollen viable. A l'origine de cette déficience, on trouve chez les sorghos des facteurs génétiques différents qui s'expriment de deux façons:

- soit seuls et la stérilité est de type génique;

- soit en interaction avec un cytoplasme particulier (le plus souvent il s'agit du cytoplasme «Milo» et la stérilité est de type génocytoplasmique. C'est elle qui a rendu possible, à travers le monde entier, le développement des hybrides commerciaux de sorgho.

5.1.4 - Remplissage du grain et maturité

Sitôt la pollinisation opérée, le grain commence son développement. Selon le cycle des variétés et les facteurs climatiques, il lui faut de 30 à 50 jours environ pour se remplir complètement. Ce sont essentiellement les feuilles supérieures de la plante qui, par leur activité photosynthétique, assurent l'accumulation des réserves.

En cas de sécheresse, on pense que la matière carbonée constitutive des tiges est mise à contribution pour l'alimentation du grain. Ce phénomène favorise l'affaiblissement de la base du pied, révélé par de la verse et des attaques de Macrophomina phaseolina (pourriture charbonneuse du pied).

Après être passé par un stade laiteux puis pâteux, le grain arrive à maturité physiologique. On observe alors l'apparition d'un point noir à sa base, dans la région du hile. Son poids est alors maximum avec un taux d'humidité se situant autour des 30 %.

A la récolte, la composition du grain se caractérise:

- par une teneur en protéines influencée par le génotype et le milieu. Elle varie de 7 à 26 % avec une moyenne de 15 % pour les cultivars ordinaires. Les protéines sont surtout constituées de kafirines, protéines de qualité médiocre;

- par une teneur en amidon comprise entre 60 et 75 %, cet amidon étant constitué de 3/4 d'amylopectine et 1/4 d'amylose à l'exception des types de sorgho dit «cireux» à l'amidon entièrement composé d'amylopectine.

Le plus souvent, les graines de sorgho n'ont pas de dormance. Lorsque toutefois elle se manifeste, elle est rarement supérieure à trois semaines - un mois et semble liée à des teneurs élevées du grain en tanins.

A la fin de son cycle, le sorgho voit ses feuilles sécher et tomber progressivement, les premières à le faire étant les plus anciennes. Comme il y a des différences variétales dans l'expression de ce caractère, cette sénescence peut commencer lors du remplissage du grain, ou bien après.

Les sorghos domestiques sont des plantes annuelles mais il est possible, après une récolte, de couper les tiges pour stimuler une culture de repousses. Le système racinaire peut ainsi supporter jusqu'à deux ou trois cycles culturaux.

Les racines des plantes moribondes se décomposent en libérant des composés toxiques qui peuvent nuire à la culture suivante. C'est le phénomène d'allélopathie (voir à ce sujet le paragraphe 8.7.2 consacré aux cultures succédant au sorgho).

5.2 - Les besoins en eau du sorgho

Les besoins en eau d'une culture sont déterminés par l'évolution de la consommation hydrique d'une surface cultivée dont les plantes sont bien alimentées en eau, avec une croissance de l'appareil végétatif (externe et racinaire) se réalisant dans de bonnes conditions d'alimentation minérale et sanitaire (Evapotranspiration réelle maximale ETM).

L'expérience et la pratique agricole dans les zones arides et semi - arides soulignent le caractère «idéal» de cette notion d'ETM, compte tenu de la multiplicité des conditions favorables qui doivent être rassemblées. C'est pourtant une notion utile qui permet:

- l'adaptation des cultures aux zones agroclimatiques;

- l'adaptation du cycle des variétés aux cycles pluviométriques; I

- une meilleure estimation des doses d'irrigation lorsque celle - ci est possible ou qu'elle s'avère indispensable.

L'ETM est évaluée à partir de la demande évaporative en utilisant les coefficients culturaux K et K'. Ces derniers représentent, pour chaque décade du cycle de la culture, le rapport entre la consommation maximale mesurée aux champs et la demande évaporative. Celle - ci est calculée à partir des données climatiques (ETP Penman) ou mesurée sur un bac d'évaporation normalisé (par exemple Evaporation bac classe A = EVa).

En ce qui concerne le sorgho, on dispose d'un certain nombre de données provenant de la zone semi-aride tropicale ouest africaine (Sénégal, Burkina Faso, Niger, Nigeria).

Dans le tableau IV, se trouvent rassemblées les estimations des besoins en eau en fonction de la longueur du cycle de la variété.

Tableau IV
Besoins en eau du sorgho pendant la saison des pluies dans différentes conditions en Afrique de l'Ouest

Sites

Variétés

Longueur du cycle jours

Coefficient cultural

Besoin en eau mm




Semis Montaison

Epiaison Floraison

Maturation

Cycle complet


Sénégal Bambey

CE 67

90

0,55

0,93

0,76

0,70

390

Burkina Faso. Saria

IRAT 277

110/120

0,73

0,93

0,99

0,90

482

Niger Tarna

137 - 62

110/120

0,78

1,2

0,98

0,95

500

Burkina Faso Saria

E 35 - 1

120

0,88

1,16

1,26

0,99

623

Burkina Faso Mogtedo

V 126

135

0,96

0,95

0,84

0,91

682

Nigeria Samaru

LOCAL

200

0,76

1,00

0,41

0,71

708

On a fait figurer les coefficients culturaux moyens par phase (semis - montaison/ épiaison - floraison/ maturation) et sur l'ensemble du cycle cultural.

Les besoins en eau varient dans une fourchette de 350 à 750 mm en fonction:

- De la longueur du cycle:

· environ 350 à 400 mm pour un cycle court de 90 jours

· 480 à 600 mm pour un cycle moyen 110/120 jours

· autour de 700 mm pour les longs cycles (supérieurs à 130 jours).

- De la masse du couvert végétal: grosseur des tiges et surface foliaire. C'est ce qui fait la différence entre la variété IRAT 277(rapport Grain/Paille 0,35) et la variété E 35 - 1 (G/P = 0,25).

- De la pluviométrie elle - même: en cas de fortes périodes de sécheresse les variétés à forte masse végétative évaporent plus. C'est le cas du E35 - 1 qui en 1984, année très sèche au Burkina Faso, a eu une ETM de 762 mm, alors qu'elle était de 623 mm en 1986, année plus humide.

Les coefficients culturaux sont maxima pendant la phase épiaison - floraison, sauf pour les variétés à surface foliaire importante (E 35 - 1) pour lesquelles ils restent très élevés pendant la maturation.

Sur l'ensemble du cycle le coefficient cultural augmente avec la longueur du cycle jusqu'à 120 jours et décroît de nouveau ensuite. Ceci peut s'expliquer par le fait que les variétés très tardives voient se dérouler leur maturation alors que la saison sèche est installée et que la plante est capable de s'adapter aux faibles réserves en eau du sol. Le coefficient culturel devient très bas (0,41 en moyenne pendant la maturation pour les variétés de 200 jours).

Pour assurer un rendement maximum du sorgho, il faut donc que la plante puisse consommer 400 mm pour un cycle court, 700 mm pour un cycle long. Mais il est évident que compte tenu des différentes pertes par ruissellement, percolation, évaporation, des possibilités réelles d'absorption du système racinaire du sorgho, et de la capacité de rétention du sol, une disponibilité en eau supérieure d'au moins 30 à 40 % aux besoins est nécessaire.

Pour une variété de cycle court, il faut une pluviométrie bien répartie située entre 500 et 600 mm; 650 à 800 mm pour une variété de cycle moyen, 950 à 1 100 mm pour une variété de cycle long, si l'on veut assurer le rendement optimal dans des conditions de bonne fertilité des sols. Cela dépendra en grande partie des techniques d'économie de l'eau appliquées et des capacités de résistance à la sécheresse de la variété utilisée.

5.3 - Résistance à la sécheresse du sorgho

Les cultures vivrières utilisent pour résister à des contraintes hydriques plusieurs stratégies que l'on regroupe en trois grandes catégories:

- l'échappement,
- l'évitement,
- la tolérance (1).

(1) Pour plus de précision sur les mécanismes de ces stratégies, on se référera aux ouvrages spécialisés, et en particulier ceux de A. Blum du Volcani Center Bet Dagan (Israël).

Aucun génotype de sorgho ne peut être classé comme universellement résistant à la sécheresse. Des génotypes variés possèdent un grand nombre de caractères de résistance, mais ne les possèdent pas tous. Pour permettre à la plante de mieux traverser les périodes de sécheresse, il faut donc combiner le choix des variétés avec les techniques culturales d'économie de l'eau les plus adaptées au contexte pédoclimatique.

VI. Le sorgho et l'amélioration des variétés

Les agriculteurs savent voir et apprécier les différences existant entre leurs variétés dans l'usage qu'ils en font, les terroirs et les systèmes de culture où ils les placent. Ils ont à la fois le souci de conserver les variétés héritées du passé et celui d'essayer les variétés nouvelles qu'ils ont vues ou dont ils ont entendu parler. Les sélectionneurs de sorgho tiennent compte de ce contexte dans leur travail.

6.1 - Les variétés locales

Lorsqu'une prospection est entreprise dans un pays où le sorgho est traditionnellement cultivé, on repère dans chaque village des variétés locales bien typées. Les paysans les désignent sous des noms vernaculaires qui, le plus souvent, rendent compte d'une caractéristiques marquante mais qui ne les différencient pas complètement les unes des autres. En effet, avec une certaine pratique, on se rend compte que, par ressemblance sur un point particulier, deux cultivatars en fait distincts peuvent recevoir la même appellation tandis qu'il arrive que le même écotype se retrouve sous des dénominations différentes chez les ethnies voisines. En plus il existe des noms locaux pour désigner des ensembles de variétés présentant chacun une identité propre. Les plus connus en Afrique sont:

- les «kende» du Mali, guinea margaritiferum de hauteur moyenne à grain petit et vitreux;
- les «keninke» toujours du Mali, guinea gambicum à grande paille et gros grain;
- les «muskwari» du Cameroun, sorghos de type durra ou apparentés durra repiqués sur des sols lourds;
- les «zera - zera» d'Ethiopie, caudatum à beau grain clair.

L'évaluation des prospections d'écotypes locaux se fait en stations agronomiques par des observations au champ et l'analyse des résultats d'essais. Les variétés les plus intéressantes repérées par ce travail font fréquemment l'objet d'amélioration par des sélections de type massal. Les autres sont généralement maintenues en collection. Dans les deux cas, le recours à l'autofécondation est nécessaire afin d'interdire les mélanges intervariétaux mais il s'accompagne d'une diminution de la richesse génétique initiale du matériel collecté.

Parmi les écotypes locaux africains intéressants, un certain nombre méritent d'être cités en raison de leur importance culturale ou de leur rôle comme géniteur dans les programmes de sélection:

Sénégal

Mali

Burkina

Niger

SH 60
RT 50
Hadien - Kori

SH 2D2
Tiemarifing
CSM 388

S 29
Gnofing

Bagoba
Mourmoure
Jan - Jaré

Tchad

Ghana

Ethiopie

Afrique du Sud

51 - 69

Naga White

E - 35 - 1

Framida

6.2 - Les créations variétales

Evaluer et trier des écotypes locaux est, en général, la première démarche d'un sélectionneur au démarrage de son programme d'amélioration variétale. Dans ce cas, il exploite directement la variabilité existante dans sa zone d'intervention. Afin d'aller plus loin, il lui appartient de chercher également à utiliser une variabilité provoquée. Il a alors la possibilité d'obtenir du matériel original approprié à des objectifs qui tiennent compte des évolutions humaines et technologiques du milieu qui l'environne.

L'induction de variabilité se fait à partir de croisements dirigés entre deux lignées.

On peut utiliser directement l'hybride tissu du croisement en profitant de sa vigueur hybride. L'utilisation de tels hybrides F1 dont les semences, en pratique, sont produites par utilisation de la stérilité génocytoplasmique, est surtout le fait des pays avancés qui disposent de structures semencières bien établies.

On peut également vouloir combiner dans une même variété des caractéristiques intéressantes dispersées chez deux variétés différentes. On les croise (le plus souvent en castrant un des parents), et au lieu d'utiliser directement le croisement on en tire, par sélection généalogique dans les descendances en disjonction, du matériel conforme à l'objectif initial. Plusieurs années d'autofécondation sont nécessaires pour fixer les recombinants recherchés. Les produits obtenus sont des lignées dont les caractéristiques sont stables et que le paysan peut multiplier lui - même si on lui fournit régulièrement les semences de départ.

Pour les pays de l'Afrique de l'Ouest, les principales obtentions variétales sont des lignées tirées de sélections généalogiques. Néanmoins quelques hybrides performants y ont été créés. Parmi les deux types de matériel, on peut citer certains cultivars de valeur:

LIGNÉES ISSUES DE CROISEMENTS ENTRE ÉCO-TYPES AFRICAINS

IRAT 10

: croisement 137 - 62 (Soudan)

x Jan Jaré (Niger)

IRAT 11

: croisement Hadien - Kori (Sénégal)

x Mourmoure (Niger)

IRAT 204

: croisement IRAT 11

x IS 12610 (Ethiopie)

ICSV 1049 BF

: croisement E - 35 - 1 (Ethiopie)

x Framida (Afr. du Sud)

LIGNÉES ISSUES DE CROISEMENTS ENTRE ÉCO-TYPES AFRICAINS ET MATÉRIEL INTRODUIT

IRAT 16

: croisement IS 2220 (USA)

x Hamo Kire (Niger)

IRAT 174

: croisement a4d4/1 - 4 - 1(américano - nigérien)

x Madjeri (Cameroun)

IRAT 202

: croisement IS 2220 (USA)

x Naga - White (Ghana)

ICSV 1063 BF

: croisement E - 35 - 1 (Ethiopie)

x Najjadh (Inde)

F2 - 20

: croisement (MN 1056 x 68 - 20) (USA)

x 7410.195.11 (Sénégal)

HYBRIDES CRÉÉS EN AFRIQUE DE L'OUEST

IRAT 179
IRAT 325

Leur vocation culturale ainsi que celle d'autres créations variétales est précisée dans le tableau V.

6.3 - Bien choisir sa variété

Il faut choisir la variété que l'on veut cultiver en fonction | de la situation dans laquelle on se trouve et de ce que l'on en attend comme produit.

Généralement, il convient d'utiliser un matériel dont le cycle soit «calé» sur la saison de culture et notamment qui arrive à maturité au moment de la fin de la saison des pluies. Cela permet d'éviter d'une part, la sécheresse et, d'autre part, les moisissures des graines

Tableau V
Aptitudes culturales de quelques cultivars de sorgho
A - Lignées pure s


Cycle semis-maturité

Type de culture

90-100 jours

100-120 jours

> 120 jours

Culture

IRAT 202

IRAT 9

IRAT 16

pluviale

IRAT 204 (1)

IRAT 10

IRAT 174

intensive

IRAT 205

IRAT 11




IRAT 277




Framida




ICSV 1049 BF




ICSV 1063 BF




F2-20


B - Hybrides F1


Cycle semis - maturité

Type de culture

90 - 100 jours

100 - 120 jours

Pluvial et irrigué

IRAT 179



IRAT 325


Culture irriguée

IRAT 180

IRAT 181


(hivernage)

saison froide

(1) Egalement excellente lignée pour la culture irriguée d'hivernage ou de saison sèche froide.

Dans le cas d'une agriculture traditionnelle, les variétés manifestant de la photosensibilité sont préférables. Grâce à celle - ci, les sorghos fleurissent à date relativement fixe indépendamment de la date de semis. Le paysan peut alors subir les caprices de la pluviométrie en disposant d'une certaine souplesse dans la mise en place de ses semis.

Pour une agriculture plus intensive, le paysan a intérêt à utiliser les cultivars modernes productifs, peu ou pas photosensibles. Il lui appartient de maîtriser ses dates de semis pour faire coïncider la maturité de son matériel avec la fin de la saison des pluies.

De façon plus spécifique, le choix variétal doit prendre en compte le niveau technologique du paysan et les conditions de commercialisation de la récolte:

Exemple 1: culture pratiquée sans intrant, non commercialisce, destinée à couvrir les propres besoins alimentaires du producteur. Les variétés locales par leur rusticité et l'habitude alimentaire que les paysans en ont, conviennent le mieux.

Exemple 2: culture effectuée en vue de dégager quelques excédents destinés à la vente sur le marché local. Le paysan peut exploiter du matériel sélectionné, fixé, partiellement local.

Exemple 3: culture essentiellement destinée à la vente en grosses quantités et dans le cadre d'une exploitation utilisant des machines et des intrants. Le recours à du matériel sélectionné hautement productif, type hybride F1, est recommandable. L'exportation de la récolte susceptible de transformation technologique rend moins contraignantes les exigences alimentaires des consommateurs locaux. Il est tout à fait possible d'utiliser du matériel exotique.

6.4 - La multiplication des semences

C'est le moyen de mettre à la disposition de l'agriculteur la variété qu'il a choisie, créée et évaluée pour lui par la recherche, que celle - ci soit privée ou publique.

Le renouvellement des semences, nécessaire pour maintenir le niveau de pureté des variétés lignées - pures, devient absolu ment indispensable dans le cas des hybrides F1. On se reportera au manuel Vandevenne - Bono 1987 pour approfondir ces questions en cas de besoin.

On trouve les deux situations suivantes:

6.4.1 - Le cultivar est une lignée pure

Une fois que la variété a été adoptée par le paysan, les semences peuvent soit être achetées à l'organisme semencier, soit être obtenues par une multiplication-relai sur l'exploitation ou le village à partir d'une faible quantité de semences de pureté parfaite fournie par l'organisme semencier. Celui - ci assure des générations successives de multiplication portant les appellations G pour les premiers stades, R pour les suivants à partir du noyau fourni par la station de création. Pour le sorgho, faiblement allogame, ce noyau est constitué de panicules autofécondées. C'est également ainsi que la recherche conserve ses variétés en collection.

6.4.2 - Le cultivar est un hybride commercial

On ne peut utiliser les semences récoltées sur un tel hybride car, par nature, elles donnent des plants très hétérogènes, certains étant, de plus, stériles. Il convient donc de renouveler les semences tous les ans.

La production d'un hybride F1, dit commercial, est obtenue par le croisement de deux parents:

- une lignée mâle stérile A qui joue le rôle de parent femelle;

- une lignée mâle fertile R qui féconde la femelle et restaure la fertilité chez l'hybride.

C'est une affaire de spécialistes car il faut établir un plan précis prévoyant la production régulière dans l'espace et dans le temps des différents parents (en particulier la lignée A qui est elle - même produite par recroisement avec sa lignée B dite mainteneuse). (Voir annexe).

VII. Les ennemis du sorgho

7.1 - Les maladies

De nombreuses maladies causées par des microorganismes variés (champignons, bactéries, virus) sont susceptibles d'attaquer le sorgho. Les phytopathologistes les ont regroupées en des ensembles pratiques aidant à leur diagnostic sur le terrain:

- les fontes de semis,
- les maladies foliaires,
- les maladies des tiges et racines,
- les mildious,
- les charbons,
- autres maladies des inflorescences,
- les moisissures des grains,
- les maladies à virus.

Prises individuellement, les maladies diffèrent par l'importance des dégâts qu'elles occasionnent. Le tableau VI établi à partir d'un travail de Frederiksen (1982) présente, par grandes zones climatiques mondiales, la situation de celles jugées avoir un impact économique.

Pour ce qui est de l'Afrique de l'Ouest, ressortent comme véritablement majeure, les maladies suivantes:

- la maladie des bandes de suie,
- l'anthracnose,
- la pourriture charbonneuse,
- le charbon de la panicule,
- le charbon couvert,
- les moisissures des grains.

Il importe cependant de distinguer le cas des sorghos traditionnels et celui du matériel sélectionné.

Les premiers, par leur adaptabilité et leur rusticité, ne subissent, généralement, que peu de dommages sous la pression des pathogènes. Néanmoins, dans certaines conditions, des cas rares d'explosions parasitaires peuvent s'y introduire (attaques du charbon couvert, par exemple). Avec les créations variétales récentes, le recours à des géniteurs exotiques, les modifications de cycles, l'uniformisation des cultivars, l'utilisation de pratiques agronomiques intensives, contribuent à accroître l'incidence de certaines maladies (pourriture charbonneuse et moisissures des grains, notamment).

7.1.1 - Les fontes de semis

Les plantules de sorgho peuvent être affectées dans leur viabilité et leur croissance par de nombreux champignons du sol comme les Fusarium, Aspergillus, Helminthosporium, Phoma, Rhizoctonia, et surtout les Pythium. La manifestation la plus caractéristique de leurs attaques est une nécrose du système racinaire suivie d'une mort des plantules.

Les manifestations de fontes de semis se font surtout par temps humide et froid.

7.1.2 - Les maladies foliaires

7.1.2.1 - La maladie des bandes de suie

La maladie des bandes de suie dont l'agent est Ramulispora sorghi, est largement répandue dans le monde. Elle est très importante en Afrique de l'Ouest.

Tableau VI
Situation phytopathologique mondiale (d'après Frederiksen R.A., 1982)



Zones tempérées

Zone sud-tropicale

Zone tropicale (saison pluvieuse)




Classification

Maladies

Agent pathogène

Présence

Dégâts

Présence

Dégâts

Présence

Dégâts



Pythium sp., Fusarium sp.,

+

2

+ +

2

+ +

1

Fonte des semis

Fonte des semis

Rhizoctonia sp.,









Helminthosporium sp., etc








Maladie des bandes de suie

Ramulispora sorghi

++

2

++

2

++

3


Anthracnose

Colletotrichum graminicola

+

1

++

2

++

2


Maladie des taches grises

Cercospora sorghi

+

1

+++

2

+++

2

Maladies

Maladie des taches zonées

Gloeocercospora sorghi

-

0

+++

2

+++.

2

foliaires

Maladie des grains de sable

Aschocyta sorghina

-

0

+++

2

+++

2


Maladie des taches ovales

Ramulispora sorghicola

-

0

+

1

++

1


Helminthosporiose

Exerohilum turcicum

++

2

++

1

++

1


Rouille

Puccinia purpurea

++

1

+

2

+

1


Maladie des raies bactériennes

Pseudomonas andropogoni

++

2

+++

2

+

1

Maladie des tiges et des racines

Pourriture charbonneuse

Macrophomina phaseolina

++

2

+++

3

+ +

2


Pourriture rouge

Colletotrichum graminicola

++

2

+++

3

++

2


Fusarium, racinaire

Fusarium SP.

++

2

+++

3

++

2

Mildious

Mildiou du sorgho

Peronospora sorghi

++

2

+++

3

+++

3


Mildiou à sommité déformée

Sclerophtora macrospora

++

2 1

++

2

+

1


Charbon couvert

Sporisorium sorghi

+

1

+

1

++

3

Charbons

Charbon de la panicule

Sporisorium reilianum

++

2

++

3

++

2


Charbon allongé

Tolytosporium ehrenbergii

-

0

-

0

+

1


Charbon nu

Sphacelotheca cruenta

+

1

+

2

+

1

Maladies des

Ergot

Sphacelia sorghi

-

0


0

++

2

inflorescences

Pourriture sèche de la panicule

Fusarium moniliforme

++

2

+

2

+

2

Moisissures des grains

Moisissures des grains

Complexe fongique Fusa- rium sp., Curvularia sp., Alternaria sp., Phoma sp., etc )

++

2

+++

3

++

2

Viroses

Mosaïque nanisante du maïs

MDMV . . .

+++

3

+++

3

-

0


Mosaique de la canne à sucre

SCMV

+

1

++

2

+

2

Pouvant apparaître à n'importe quel stade de la vie des sorghos, la maladie se révèle sur les feuilles, par des lésions allongées de forme elliptique. Leur centre de couleur paille, constitué de tissu mort, est entouré d'un liseré de teinte violacée à tannée selon la variété attaquée. A leur plein développement les lésions ont plusieurs centimètres de long sur 1 à 2 cm de large. Elles peuvent devenir coalescentes et former de grandes plages de tissu nécrotique. En vieillissant, le centre des lésions noircit en se couvrant de petites granulations noirâtres. Ce sont les sclérotes du champignon. Très visibles, superficiels et partant facilement au toucher, ils permettent de distinguer la maladie de l'helminthosporiose qui, au stade précoce, produit des lésions similaires.

En Afrique, la maladie est favorisée par les situations humides car elle est plus fréquente et plus grave dans les terres de bas - fond.

La conservation du parasite est assurée par les débris de récolte, porteurs de sclérotes. Quand les conditions sont favorables, ceux - ci entrent en activité en produisant des conidies qui assurent les contaminations primaires. Par la suite, le processus infectieux et ses conditions optimales ne sont pas très bien connus.

Les rotations culturales et la destruction des résidus de récolte sont recommandées pour limiter la maladie. De plus, il est possible d'utiliser des cultivars résistants.

7.1.2.2 - L'anthracaose

L'anthracnose, maladie foliaire universellement répandue, est particulièrement importante dans les régions tropicales. Elle est provoquée par Colletotrichum graminicola. Le parasite sous ses différentes formes d'expression (foliaire mais aussi caulinaire et paniculaire) peut causer des dégâts importants aux cultures de sorgho.


Photo 1. - Ramulispora sorghi Lésions débutantes de forme elliptique. Le centre commence à noircir (sclérotes) (J. Chantereau).


Photo 2. - Ramulispora sorghi Stade avance, grandes plages nécrosées (J. Chantereau).

L'anthracnose se manifeste sur les feuilles par de petites taches circulaires à elliptiques pouvant atteindre 5 mm de diamètre avec un petit centre de couleur paille cerclé d'une bordure aux teintes variant selon la variété attaquée, mais généralement à dominante rouge. Au centre des lésions, on peut voir de petits points noirs plus ou moins nombreux qui sont les fructifications du champignon (acervules). En cas d'attaques sévères, les taches deviennent nombreuses et jointives en tuant de vastes portions du limbe des feuilles. L'infection de la nervure centrale peut également se produire sur certains cultivars souvent indépendamment de l'attaque du limbe. Elle se manifeste sous forme de lésions allongées elliptiques, rouges ou pourpres, sur lesquelles on voit distinctement les acervules. On les sent également en relief sous le doigt.

Ce sont les temps globalement couverts, chauds et humides qui conviennent le mieux à l'anthracnose. Les dégâts de la maladie sont accentués si ces périodes humides alternent avec des périodes de sécheresse en cours de cycle.

L'inoculation primaire est généralement causée par des conidies provenant de résidus de sorgho infectés ou d'espèces réservoirs comme les sorghos sauvages. Les conidies déposées le plus souvent sur les feuilles par le vent ou les gouttes de pluie, germent sur le limbe en présence d'eau. Le pathogène pénètre alors, soit par les stomates, soit directement à travers l'épiderme foliaire. Il semble y avoir une possibilité de transmission de la maladie par les grains où la présence d'acervules a été observée.

Le meilleur moyen de lutte contre la maladie est le recours aux variétés résistantes ou, à défaut, aux variétés connues comme peu sensibles. Les pratiques culturales ont également leur rôle à jouer (rotation, enfouissement ou brûlage des résidus de récolte, élimination des espèces réservoirs). Le contrôle chimique de la maladie est possible mais non pratiqué en raison de son coût économique.

7.1.2.3 - La maladie des taches grises

La maladie des taches grises est probablement la plus commune des maladies foliaires. Son impact économique est cependant difficile à saisir parce qu'elle n'intervient généralement que tardivement dans le cycle des sorghos et qu'elle est alors associée à d'autres manifestations pathologiques. Elle est due à Cercospora sorghi.

Les symptômes commencent par de petites taches foliaires qui grandissent pour devenir des lésions rectangulaires de 5 à 15 mm de long sur 2 à 5 mm de large. Les lésions sont de couleur rouge à violacée chez les plantes anthocyanées et de couleur paille chez les plantes tan. Elles peuvent rester isolées ou rentrer en contact pour former des bandes longitudinales de tissu nécrosé. En cas d'attaque sévère, les gaines foliaires et les tiges peuvent être atteintes.

La maladie se développe principalement par temps chaud et humide.

7.1.2.4 - La maladie des taches zonées

La maladie des taches zonées est causée par Gloeocercospora sorghi qui peut également parasiter le maïs, le mil et d'autres espèces végétales. En Afrique et en Amérique, elle est signalée comme pouvant provoquer des dégâts notables.

Les lésions caractéristiques de la maladie sont des taches grossièrement circulaires (ou semi - circulaires si elles se développent en bordure de feuille). Elles présentent des bandes concentriques alternées de couleur violacée ou rouge et de couleur tannée, ce qui leur donne un aspect zoné. Le diamètre des lésions peut devenir important jusqu'à plusieurs centimètres. Une augmentation de croissance des taches amène leur coalescence et de larges altérations foliaires.


Photo 3. - Cercospora sorghi. Début, petites taches isolées (J. Chantereau).


Photo 4. - Macrophomina phaseolina (pourriture charbonneuse). La tige s'est effondrée laissant voir les fibres envahies par les sclérotes noirs (J. Chantereau).

7.1.2.5 - La maladie des grains de sable

La maladie des grains de sable est signalée dans de nombreux pays, notamment dans les régions humides. Elle est causée par Aschochyta sorghina. Les pertes qu'elle occasionne restent généralement limitées sauf pour les sorghos sucrés qui peuvent être sévèrement atteints.

Les premiers symptômes que l'on voit sur le limbe des feuilles sont des taches légèrement chlorotiques sur lesquelles et autour desquelles se forment des groupes de pycnides arrondies de couleur noire. Ces dernières font saillie au - dessus de la surface des feuilles. Elles confèrent au toucher des taches une rugosité caractéristique. Par la suite, les tissus des zones infectées se nécrosent et il se forme des lésions circulaires à ovales, de taille variable, de couleur claire avec un pourtour de couleur plus foncée. Les lésions sont cerclées d'un halo chlorotique. Les lésions peuvent devenir coalescentes pour former des plages nocrotiques irrégulières. Des feuilles entières peuvent ainsi être détruites.

7.1.2.6 - La maladie des taches ovales

La maladie des taches ovales due à Ramulispora sorghicola, est connue dans de nombreuses régions d'Asie et d'Afrique, notamment d'Afrique de l'Ouest. Ainsi, dans les cultures traditionnelles de sorgho du Niger, Nigeria, Burkina Faso, elle est pratiquement toujours présente.

La maladie qui attaque les plantes à tous les stades de végétation apparaît sous forme de petites taches huileuses. Celles - ci se transforment en petites lésions grossièrement circulaires de 2 à 4 mm de diamètre avec un centre couleur paille bordé d'un liseré rouge sombre ou tan selon les pigments anthocyaniques de l'hôte. De petits sclérotes noirs apparaissent parfois dans les taches, particulièrement à la face inférieure des feuilles. Ces symptômes peuvent être confondus avec ceux de l'anthracoose foliaire.

7.1.2.7 - L'helminthosporiose

Exserohilum turcicum (syn. Helminthosporium turcicum), déjà impliqué dans les cas de fontes de semis, provoque sur les plants plus âgés une autre manifestation pathologique, L'helminthosporiose. Cette maladie est observée dans tous les grands pays producteurs de sorgho.

Les symptômes typiques en sont l'apparition, sur les feuilles, de longues lésions nécrotiques de forme elliptique, au centre de couleur paille, entourées d'un liseré sombre aux nuances variant en fonction de la variété hôte. Les lésions peuvent avoir plusieurs centimètres de long sur 1 à 2 cm de large. Elles peuvent devenir coalescentes, détruisant ainsi de grandes plages de tissu foliaire.

L'helminthosporiose est principalement favorisée par les temps humides et doux.

7.1.2.8 - La rouille

La rouille provoquée par Puccinia purpurea, est connue comme une maladie importante du sorgho dans les régions tropicales d'altitude, humides et plutôt froides, d'Amérique, d'Asie et d'Afrique de l'Est.

Au champ, la rouille se manifeste rarement avant le premier mois de culture. Les symptômes initiaux en sont de petites mouchetures visibles sur les deux faces des feuilles. Leur couleur varie selon les variétés de sorgho. Chez les cultivars résistants, la maladie n'évolue pas plus avant. Chez les variétés sensibles, les pustules de rouille typique (urédosores) se développent principalement à la face inférieure des feuilles. Leur membrane se rompt et les urédosores libèrent des amas poudreux rougeâtres d'urédospores. Les pustules sont elliptiques et sont disposées entre les nervures, parallèlement à ces dernières. Chez les variétés très sensibles, les pustules se forment si densément que la presque totalité de la surface foliaire est détruite. Des pustules peuvent apparaître également sur les gaines foliaires et sur le pédoncule.

7.1.2.9 - La maladie des raies bactériennes

Pseudomonas andropogoni est responsable de la maladie des raies bactériennes que l'on rencontre sur tous les continents et dont les effets sur le rendement sont mal appréciés.

Les symptômes qui se manifestent sur les feuilles et les gaines foliaires sont caractérisés par de longues stries ou raies internervaires, pouvant atteindre 40 cm de long et dont la coloration rouge, pourpre ou tannée est fonction des pigments anthocyaniques de la variété hôte. A l'origine, les raies sont étroites (1 à 2 mm de large); plus tard elles s'élargissent mais dans l'ensemble restent délimitées par les nervures. Normalement la coloration reste la même tout au long des raies.

7.1.3 - Les maladies des tiges et des racines

7.1.3.1 - La pourriture charbonneuse

La pourriture charbonneuse causée par Macrophomina phascolina, est une des plus importantes maladies du sorgho, surtout dans les régions sèches d'Afrique, d'Asie et d'Australie. Elle frappe particulièrement les variétés à haut potentiel comme les hybrides. En Afrique de l'Ouest, les variétés productives issues des programmes de sélection sont souvent sensibles à la maladie. Les pertes causées peuvent être élevées. Elles viennent principalement d'un mauvais remplissage des grains et de difficultés de récolte.

Le symptôme le plus manifeste de la maladie est, à l'approche de la maturité, une verse des tiges rapide et assez uniforme. Localisée généralement au niveau du 2e ou du 3e entre - nœud, cette verse peut coucher en quelques jours des champs entiers de sorgho. L'observation extérieure de la base des tiges montre qu'elles sont molles et spongieuses. Intérieurement si on fend ces parties anormales, on voit une désagrégation de la moëlle tendant à gagner les entre - nœuds supérieurs. A un stade avancé de la maladie, le parenchyme interne disparaît, ne laissant en place que les fibres vasculaires nettement séparées les unes des autres et abondamment recouvertes des petits sclérotes du champignon, durs et noirs (d'où le nom de la maladie). La maturité de l'inflorescence est accélérée et les grains restent petits et de mauvaise qualité.

La maladie est favorisée par les stress hydriques en fin de cycle, les fortes applications d'azote, les densités élevées de peuplement et la présence de maladies foliaires.

Macrophomina phaseolina suvit dans le sol grâce aux sclérotes responsables de l'inoculation primaire de la maladie. Ceux - ci proviennent des tiges ou de racines en décomposition d'espèces diverses (outre le sorgho, le coton, le maïs, le mil). La viabilité de ces sclérotes dans le sol est estimée à 2 ou 3 ans.

Le processus d'infection des plantes par Macrophomina phaseolina n'est pas bien élucidé, mais il semble que les racines des sorghos stimulent la «germination» des sclérotes dans le sol. Le mycelium pénètre alors par les organes souterrains. La sécheresse joue un rôle, au moment du remplissage des grains, dont l'envahissement parasitaire.

Le meilleur moyen d'éviter la maladie est l'irrigation en fin de cycle. Si elle n'est pas possible, il convient de recourir à des variétés à durée de cycle adaptée à la saison des pluies. Les fumures riches en azote et pauvres en potassium sont à éviter, de même que les fortes densités. Enfin, le choix de variétés identifiées comme résistantes à la sécheresse et à la sénescence précoce peut réduire les pertes.

7.1.3.2 - La pourriture rouge

Colletotrichum graminicola qui provoque l'anthracnose foliaire peut également envahir les tissus internes des tiges et des pédoncules. La manifestation pathologique propre à ces organes est appelée la pourriture rouge.

Celle - ci se reconnaît par la présence de taches de couleurs variées, le plus souvent rouges, sur les plans de coupe longitudinale des tiges. Ces taches peuvent être continues sur de grandes surfaces ou discontinues, ce qui donne un aspect marbré aux tiges attaquées. La pourriture rouge est en général précédée par l'anthracnose, bien que dans certains cas, cette phase foliaire soit peu apparente. A maturité, la pourriture rouge peut gagner le pédoncule, y causant des lésions extérieurement visibles. Au stade ultime de la maladie la verse se manifeste.

Les moyens de lutte contre la maladie sont les mêmes que ceux utilisés pour l'anthracnose. Il semble toutefois que la résistance génétique aux deux formes d'expression du parasite fasse appel à des gènes séparés mais très proches.

7.1.3.3 - La fusariose racinaire

Fusarium moniliforme est un pathogène ubiquiste et non spécifique du sorgho. Aussi bien dans les régions tempérées que tropicales, il peut provoquer une pourriture des racines et des tiges. Dans les organes attaqués, d'autres Fusarium sont signalés mais ils semblent être des agents secondaires du processus maladif. Les pertes peuvent être importantes. Le rendement des plants parasités est affecté par suite de stérilité, de mauvais remplissage des grains, de verse des tiges.

Les lésions peuvent être présentes à l'intérieur et à l'extérieur des tissus des racines, tiges et pédoncules. Elles varient en taille, se présentant sous forme de taches circulaires ou allongées et sont de couleur allant du rouge au pourpre sombre. Chez les plants typiquement infestés par Fusarium moniliforme, les deux ou trois nœuds de la base des tiges montrent de larges portions de moëlle rougeâtre. Une mortalité précoce de plants, généralement en cours de formation des grains, est souvent caractéristique de la fusariose racinaire. Elle s'annonce par une coloration des feuilles virant soudainement au bleu gris. Contrairement à la pourriture charbonneuse, la fusariose ne provoque pas de dilacération interne des tissus des tiges.

La sévérité de la maladie semble accrue par le froid et l'humidité suivant une période de temps sec et chaud. De même l'invasion de la plante hôte semble facilitée par les dégâts d'insectes et les blessures occasionnelles.

7.1.4 - Les mildious

7.1.4.1 - Le mildiou du sorgho

L'agent responsable du mildiou du sorgho est Peronosclerospora sorghi. A l'origine limitée à quelques pays d'Afrique et d'Asie, la maladie s'est manifestée en Amérique dans les années 50. Depuis, elle poursuit son extension en accentuant l'importance de ses dégâts.

Le mildiou du sorgho a une forme d'infection systémique et une forme d'infection localisée.

La forme systémique est induite quand les oospores du parasite, en attente dans le sol ou transportées par les graines, germent. Le parasite pénètre alors les racines des plantules de sorgho puis colonise les méristèmes foliaires. Au fur et à mesure que les feuilles se déroulent, elles manifestent différents types de symptômes. Les premières à présenter des signes pathologiques révèlent une décoloration vert clair ou jaune dans leur partie basale. Par temps humide et froid, la face inférieure des portions de feuilles attaquées produit une abondante efflorescence duveteuse blanche constituée par des conidiophores et des conidies du champignon. Dans les derniers stades de l'infection systémique, les feuilles finissent par présenter un véritable blanchissement des tissus foliaires parfois limité à des rayures plus ou moins continues. Ces tissus décolorés ne produisent pas de conidies mais sont bourrés de spores de repos à paroi épaisse, les oospores. En vieillissant, les feuilles décolorées se nécrosent, les tissus internervaires se désorganisent en libérant les oospores. Les feuilles prennent un aspect lacéré typique.

En conditions humides, les conidies produites sur les feuilles infectées de façon systémique peuvent infester des feuilles saines et causer des lésions localisées qui sont d'abord chlorotiques et de forme rectangulaire. Elles produisent elles - mêmes des conidies. Par la suite, elles se nécrosent.

Pour germer, les oospores demandent un sol relativement sec, par contre les conidies ont besoin de beaucoup d'humidité et de température plutôt fraîches.

7.1.4.2 - Le mildiou à sommité déformée

Une autre peronosporacée: Sclerophtora macrospora, est à l'origine d'un mildiou plus marginal du sorgho: le mildiou à sommité déformé rencontré en Amérique du Nord, Europe, Afrique et Asie. Ses mouchetures font penser à une infection virale. Par la suite les plants infectés montrent un enroulement et torsadage des feuilles terminales devenues épaisses et jaunâtres. Les pieds attaqués tallent exagérément, ne donnent pas de panicule ou en produisent de stériles avec des proliférations de structures florales.

7.1.5 - Les charbons

7.1.5.1 - Le charbon couvert

Le charbon couvert est largement répandu dans le monde entier. Son agent est Sporisorium sorghi (syn. Sphacelotheca sorghi). Avant l'existence du traitement des semences par les fongicides, c'était une des maladies majeures du sorgho, notamment en Afrique de l'Ouest. En culture traditionnelle, ce charbon continue d'ailleurs de causer des pertes notables de rendement.

Sur les plantes attaquées, les graines sont remplacées individuellement par des sores de charbon, soit sur une portion de panicule, soit sur l'ensemble de l'inflorescence. Les sores sont ovoïdes ou coniques et de taille variable: les plus petits restent cachés par les glumes, les plus grands s'en dégageant et pouvant avoir jusqu'à 1,2 cm de long. Ils sont recouverts d'une membrane résistante de couleur blanche, crème ou brun clair, le péridium, qui reste souvent intacte jusqu'au battage. A l'intérieur des sores, se trouvent des téliospores sous forme d'une poudre noirâtre. Une à plusieurs panicules par plante infectée peuvent être charbonnées.

La maladie paraît favorisée par les temps plutôt frais et secs. Ainsi en zone tropicale, son incidence est plus élevée sur les cultures de contre - saison (repousses d'hivernage ou sorgho de décrue) que sur les cultures de saison des pluies.

Les téliospores sont considérées comme trop fragiles pour contaminer le sol et résister jusqu'à la culture suivante. Elles transmettent la maladie en se déposant sur les grains et en germant avec les semences. L'infection a lieu au stade plantule. Le mycélium gagne progressivement le méristème apical.

Un traitement de semences par un fongicide comme le thirame ou le captane protège complètement de la maladie.

7.1.5.2 - Le charbon de la panicule

Le charbon de la panicule est provoqué par Sporisorium reilianum (syn. Sphacelotheca reiliana). La maladie est présente sur tous les continents. Aux Etats - Unis, elle a tendance à accroître son importance en raison de l'utilisation croissante d'hybrides sensibles. En Afrique de l'Ouest, elle est très répandue.

La panicule peut être soit complètement, soit partiellement remplacée par une grande tumeur blanchâtre recouverte d'une membrane de tissu fongique (peridium). Cette membrane se rompt souvent avant que la panicule n'émerge de la feuille paniculaire. Il est alors libéré un amas de poudre brune ou noire (téliospores du champignon) dans lequel sont enfouis de longs filaments de couleur sombre qui sont les faisceaux vasculaires de la panicule infectée. Les spores sont disséminées par le vent mettant à nu les fibres sombres. Puisque les panicules sont détruites par larges portions ou même entièrement, le charbon de la panicule se distingue facilement des trois autres charbons pour lesquels les fleurs sont attaquées individuellement. En de rares occasions des sores peuvent également se former sur les feuilles.


Photo 5. - Charbon de la panicule (Sporisorium reilianum) (J. Chantereau).


Photo 6. - Charbon allongé (Tolytosporium ehrenbergii) (J. Chantereau).

Les téliospores qui peuvent survivre plusieurs années dans le sol, provoquent l'infection des sorghos peu de temps après la germination des graines. Après la contamination, le mycélium gagne rapidement le méristème apical où il se développe activement au moment de la floraison de la plante infectée. Les conditions environnementales favorisant le charbon de la panicule ne sont pas bien connues.

Le seul moyen de lutte actuel est de semer des cultivars résistants. Aucune technique culturale et aucun traitement chimique ne sont connus comme étant efficace contre le charbon de la panicule

7.1.5.3 - Le charbon allongé

La maladie est limitée à l'Afrique et au sous - continent indien. Elle est due à Tolyposporium ehrenberguii. En zone sahélienne, elle est très fréquemment observée.

Le charbon allongé est facilement identifiable par la présence, à la place des graines, de sores en forme de manchons allongés, cylindriques et légèrement arqués, recouverts d'un péridium relativement épais de couleur crème. Le péridium s'ouvre par la partie apicale, révélant ainsi une masse de spores noires avec des filaments brun - foncé, reste des éléments vasculaires de l'ovaire. Les sores sont disséminés sur la panicule, ce qui semble indiquer que l'infection a eu lieu localement, les spores se déposant sur les fleurs à l'épiaison. Cependant, il existe des avis différents sur cette question.

La maladie a tendance à se manifester plutôt par temps chaud et moyennement humide. En général, les sores du charbon allongé, bien que spectaculaires, ne concernent qu'une proportion faible de fleurs. Les dégâts sont rarement importants.

7.1.5.4 - Le charbon nu

Le charbon nu est connu dans la plupart des régions productrices de sorgho sauf dans le Pacifique (Australie, Malaisie, Indonésie, etc...). Il est causé par Sphacelotheca cruenta.

Les plantes attaquées par la maladie ont des tiges plus fines et une floraison plus précoce que les plantes saines. Souvent le tallage est accru. Les inflorescences sont plus lâches et ont un aspect buissonnant, les glumes sont hypertrophiées. En général, toutes les fleurs des panicules infectées sont charbonnées et des sores peuvent apparaître sur le rachis ou les ramifications de l'inflorescence. Elles sont protégées par une mince membrane grise (péridium) qui se brise le plus souvent avant la sortie de la panicule, libérant ainsi des masses de spores noires. Sur la panicule dégagée, les sores, après la dispersion des spores par le vent, laissent en place une longue columelle pointue, fréquemment arquée, dure, de couleur noire.

L'incidence du charbon nu est souvent plus marquée sur les talles tardives ou les cultures de repousses.

7.1.6 - Autres maladies des inflorescences

7.1.6.1 - L'ergot

L'ergot ou encore maladie sucrée, connu seulement en Afrique (Nigeria notamment) et en Asie est occasionné par


Photo 7 - Charbon nu (Sphacelotheca cruenta) (J. Chantereau).


Photo 8. - Moisissures des graines (Melville, D. Thomas, ICRISAT).

Sphacelia sorghi. A l'épiaison, le pathogène parasite individuellement les fleurs et empêche le développement des graines. En raison de leur longue exposition à la pollinisation, les lignées mâle - stériles intervenant dans les fabrications d'hybrides sont particulièrement susceptibles d'être attaquées.

Le premier symptôme de l'ergot du sorgho est la sécrétion par les fleurs d'un miellat crémeux, sucré, collant et attractif d'insectes. Souvent ce miellat est colonisé par un champignon Cherebella sp., et si l'exsudat est abondant, la panicule prend une couleur noire. En conditions favorables, il se forme, en lieu et place des graines, des sclérotes durs de 1 à 2 cm, droits ou incurvés, de couleur crème à brun clair. Il contient parfois des alcaloïdes toxiques pour l'homme et les animaux.

Au moment de l'anthère, si le temps est frais, humide et nuageux, la maladie peut s'étendre rapidement et causer des dégâts importants.

7.1.6.2 - La pourriture sèche de la panicule

Fusarium moniliforme déjà en cause dans les questions de moisissures de graines, détermine au niveau somitale du sorgho une infection d'expression différente: la pourriture sèche de la panicule. Les variétés à panicule compacte y semblent plus sensibles que celles à panicule lâche.

Le champignon envahit les tissus de l'inflorescence tuant les fleurs dans des proportions variables, ce qui peut aboutir à une destruction de la panicule. Si on fend longitudinalement une panicule qui est infectée, les tissus internes apparaissent anormalement teintés d'une coloration rouge à brune beaucoup plus uniforme que dans le cas de la pourriture rouge. Parfois cette coloration peut gagner les entre - nœuds supérieurs de la tige via le pédoncule. Dans les cas graves, la hampe florale peut se briser.

La maladie est favorisée par les temps chauds et humides.

7.1.7 - Les moisissures des grains

Les moisissures des grains sont devenues un problème pathologique majeur du sorgho surtout dans la zone tropicale africaine où l'intensification agronomique conduit à substituer aux écotypes traditionnels du matériel sélectionné plus productif. Alors que les variétés locales échappent aux moisissures par une maturation tardive en début de saison sèche, les cultivars modernes, non photosensibles, courent le risque de fleurir précocement. Les grains se remplissent en période de pluies encore abondantes. Ils sont alors attaqués par un complexe fongique favorisé par l'humidité atmosphérique. Dans ce complexe fongique, variable selon les régions, on trouve principalement des Fusarium (notamment Fusarium moniliforme), des Curvularia, des Alternaria, des Helminthosporium.

Plus que d'avortements floraux, assez exceptionnels, les pertes viennent d'une diminution de taille et de poids des graines. Celles - ci sont également dépréciées qualitativement. En effet, la présence externe et interne des moisissures leur confère un aspect peu engageant, altère leur valeur gustative, fragilise leur conservation, affaiblit leur vigueur germinative. De plus, certaines moisissures contiennent des mycotoxines qui provoquent des intoxications.

Un changement de la couleur de la surface des graines est la manifestation la plus visible de leur attaque par des moisissures. Il est dû au développement en surface de feutrages mycéliens de teintes variables (blanc, rosé, orangé, gris ou noir) selon les espèces fongiques infectieuses. Sous la pression des doigts, les grains moisis s'écrasent facilement en une poudre crayeuse.

Dès l'anthèse, les moisissures (notamment Fusarium et Curvularia sont présentes sur les pièces florales. Leurs attaques peuvent donc commencer précocément. Après s'être introduites dans les tissus de l'ovaire, les hyphes mycéliennes envahissent progressivement l'albumen et l'embryon des grains en formation. Ce n'est qu'après cette phase de colonisation interne, que la plupart des moisissures semblent se développer en surface. Aussi une apparence saine des grains ne suffit pas à prouver une absence d'infection fongique.

Très généralement, pour éviter les risques de moisissures, il convient de semer les variétés de façon à amener leur maturation à coïncider avec la fin de la saison des pluies. Pour pallier le risque de fin d'hivernage inhabituellement précoce, il y a lieu, si possible, de prévoir une ou deux irrigations d'appoint. Pour, au contraire, faire face à une fin d'hivernage plus tardive que d'ordinaire, il convient en plus d'utiliser des variétés peu sensibles aux moisissures.

Fréquemment celles - ci ont un grain riche en tanin (péricarpe coloré, couche brune) et sont donc peu appréciées gustativement. On en connaît, cependant, avec des grains pauvres en polyphénol. Dans ce cas, des caractéristiques comme la faible compacité paniculaire, la minceur du péricarpe, la vitrosité de l'albumen et des difficultés de passage des hyphes par les voies naturelles de pénétration (hile et style), interviennent pour limiter les attaques fongiques. Physiologiquement, la rapidité de dessication et de maturation des graines en formation jouerait un rôle essentiel dans l'acquisition de qualités de résistance aux moisissures.

Enfin, comme autre moyen de lutte, il convient d'éviter les pullulations d'insectes paniculaires qui interagissent avec les moisissures pour favoriser leurs dégâts.

7.1.8 - Les viroses

Les virus peuvent occasionner des dégâts variés sur le sorgho comme des rabougrissements végétatifs, des apparitions de stries chlorotiques ou pigmentées sur les feuilles, des ports en rosette, des nécroses de tige ou de pédoncule, des stérilités. Leur identification est cependant difficile et demande l'appui de spécialistes.

Les deux principaux virus du sorgho sont le MDMV, responsable de la mosaïque naissante du maïs et le SCMV, responsable de la mosaïque de la canne à sucre. En zone tropicale africaine, ils ne semblent pas jouer un rôle notable. Par contre, le virus du clump de l'arachide (PCV) y infesterait également le sorgho en lui causant un affaiblissement plus important que celui suspecté jusqu'alors.

7.2 - Les insectes du sorgho (1)

(1) Ne figurent dans ce paragraphe que les ravageurs les plus couramment rencontrés dans les cultures africaines de sorgho.

A tous les stades de son développement et au cours du stockage, le sorgho peut être sujet aux attaques d'insectes ravageurs.

Parmi ceux - ci, un nombre réduit d'espèces se caractérisent par des dégâts sérieux et réguliers, portant sur de vastes zones (ainsi, en Afrique, la mouche des pousses, les foreurs des tiges, la cécidomyie et les punaises des panicules pour lesquels nous avons fait figurer des photographies). On ne rencontre en général qu'un ou deux ravageurs importants par agrosystème.

Il existe en revanche un nombre élevé d'espèces de ravageurs dont les attaques sont, ou bien régulières mais se situant au - dessous du seuil économique, ou bien sporadiques et localisées, mais qui peuvent sous certaines conditions nécessiter une intervention (cas des chenilles défoliatrices et de l'épi, des sauteriaux).

Les techniques de lutte, qui font appel aux traitements chimiques, aux méthodes culturales, à la résistance variétale, ou à leur combinaison, doivent tenir compte des espèces impliquées et des particularités de chaque agrosystème.

LES INSECTES DU SORGHO
CLÉ DES DÉGÂTS OBSERVÉS
PLANTULES

1. Racines rongées


Présence de larves de coléoptères dans le sol

Melolonthides


Elaterides


Tenebrionides

2. Collet rongé


Plantules fanées et cassées


2.1. Myriapodes dans le sol

Iules

2.2. Proximité de termitières

Termites

2.3 Courtilières

Gryllotalpaafricana

2.4. Adultes de coléoptères


2.4.1. Dynastides

Heteronychus sp.

2.4.2. Tenebrionides

Gonocephalum sp.

2.5. Chenille brun - gris, souvent enroulée sur elle - même

Scotia ypsilon

TIGES


3. Jeune pousse détruite («cœur mort») par une larve mineuse de diptère

Atherigona soccata

4. Jeune plant détruit («cœur mort») ou entrenœuds minés, pouvant entraîner la cassure de la tige, par une chenille de pyrale ou noctuelle


4.1. Chenille blanc - rosâtre, avec 2 bandes longitudinales foncées

Busseola fusca

4.2. Chenille rose, luisante

Sesamia sp.

4.3. Chenille blanc - crème, avec 2 rangées de taches brunes

Chilopartellus

4.4. Chenille gris - noir uniforme

Eldana saccharina

4.5. Chenille gris - jaunâtre avec taches noires ovales

Acigona ignefusalis

FEUILLES


5. Limbes foliaires consommés


5.1. Chenille grisâtre avec bandes gris - jaune

Mythimnaloreyi

5.2. Chenille vert foncé, brune, vorace

Spodoptera sp.

5.3. Petite chenille vert - jaune, enroulant l'apex des feuilles

Marasmia trapezalis

5.4. Chenille brune, verte ou jaune selon son âge (syn. Heliothis)

Helicoverpaarmigera

5.5. Acridiens Nombreuses espèces de sauteriaux


6. Limbes foliaires recouverts de fumagine


6.1. Pucerons verts, avec appendices noirs

Rhopalosiphummaidis

6.2 Pucerons jaune clair

Melanaphis


sacchari

EPIS


7. Fleurs détruites par des coléoptères de méloïdes

Plusieurs espèces

8. Inflorescences et grains consommés par des chenilles

Mythimnaloreyi


Spodoptera sp.


Helicoverpaarmigera

9. Grains contenant des larves orangées de diptères

Contarinia sorghicola

10, Grains piqués, flétris ou vidés au stade laiteux par des larves et adultes d'hétéroptères

Nombreuses espèces de punaises

7.2.1 - La faune nuisible au sol

Toutes les espèces nuisibles polyphages de la faune du sol commettent des dégâts sur les semences, les racines ou les collets des tiges de sorgho comme sur ceux des autres céréales. Iules, termites, «vers blancs» (melolonthides, elaterides, tenebrionides), «vers gris» ( Scotia ypsilon) peuvent détruire les semis ou attaquer les jeunes plantules de sorgho. Un traitement insecticide des semences (généralement combiné avec un traitement fongicide) ou une application insecticide dans le sillon de semis pourrait protéger la céréale en début de végétation.

7.2.2 - Les foreurs des tiges

7.2.2.1 - Atherigona soccata

- Description

L'adulte d'Atherigona soccata Rondani (Diptère, Muscidae) est une petite mouche grise de 3 à 4 mm de long. Les œufs sont cylindriques et blancs. Les larves sont des asticots, d'abord jaune pâle, puis jaunes en fin de développement. Elles mesurent alors 6 à 8 mm de long. Les pupes sont de petits tonnelets brun - rouge, de 4 à 5 mm de long, dont l'extrémité antérieure est tronquée.

- Répartition géographique - Plantes hôtes

Le ravageur est surtout connu en Afrique, en Inde, en Thaïlande et en Chine du Sud. A. soccata est principalement inféodée à plusieurs espèces du genre Sorghum, dont le sorgho cultivé.

- Biologie et dégâts

La femelle pond, sur la face inférieure des feuilles des jeunes plantes, des œufs isolés qui éclosent deux à trois jours plus tard. La larve perfore le faisceau de feuilles, puis mine la tige en détruisant son bourgeon végétatif. En 8 à 15 jours, elle franchit ainsi trois stades de développement, se nourrissant à la fois de tissus sains et de tissus nécrosés en cours de pourrissement. La pupaison a lieu dans la tige, parfois dans le sol. La nymphose dure environ une semaine. En saison des pluies, une génération dure 3 à 4 semaines. On peut en dénombrer jusqu'à 10 par an.

Le sorgho peut être attaqué dès le stade de la plantule, 4 à 6 jours après la levée, jusqu'à l'âge d'un mois environ. Le dégât se manifeste par le dessèchement du fouet foliaire terminal et la mort de la plante, sauf si cette dernière peut émettre une talle compensatoire. Les parcelles de sorgho semées tardivement sont les plus vulnérables.

- Méthodes de lutte (voir tab. VII)

7.2.2.2 - Busseola fusca

- Description

L'adulte de Busseola fusca (Lépidoptère, Noctuidae) est un papillon de 26 à 44 mm d'envergure selon le sexe. dont coloration générale varie du brun au jaunâtre. La chenille peut atteindre 4 cm de long. Elle est blanc rosâtre à brun pourpré avec, de chaque côté du corps, une bande longitudinale sombre.

- Répartition géographique

Cette noctuelle est présente sur tout le continent africain sauf sur le pourtour méditerranéen. Les plantes hôtes sont le maïs, le sorgho, le mil, des poacées sauvages des genres Pennisetum, Panicum, Setaria, etc...

- Biologie et dégâts

La femelle dépose plusieurs centaines d'oeufs par ooplaques de 30 à 150 unités, insérés sur plusieurs rangées sur la face interne de la base des gaines foliaires. L'incubation des œufs dure environ une semaine. En début de développement, les jeunes chenilles consomment les limbes foliaires de l'apex, pénètrent dans la tige et dévorent la substance médullaire. La chenille se nymphose dans la tige. La vie nymphale dure 10 à 20 jours selon les conditions climatiques (deux ou trois générations par an). En fin de saison des pluies, les chenilles de la dernière génération entrent en diapause dans les liges et achèveront leur développement lors des premières précipitations de la saison des pluies suivante.

On observe une destruction plus ou moins importante des jeunes feuilles du sorgho puis la mort de celui-ci si la chenille atteint et consomme le bourgeon végétatif terminal (symptôme classique du « coeur mort », avec dessèchement du fouet foliaire terminal).

- Méthodes de lutte (voir tab. VII)

7.2.2.3 - Sesamia calamistis

- Description

L'adulte de Sesamia calamistis Hampson (Lélidoptère, Noc tuidae) est un papillon de 22 à 36 mm d'envergure, dont la la tête et le thorax sont couverts de longs poils et dont les ailes antérieures sont de couleur ocre. Les œufs, sphériques mais aplatis aux deux pôles, ont un diamètre d'environ 0,7 mm. Ils sont striés latéralement et ont une couleur qui évolue du jaune clair au rose en cours d'incubation. La chenille est rose et peut atteindre 35 mm de long. La nymphe est nue et mesure environ 20 mm.


Photo 9. - Larve d'Atherigon soccata dans une tige de sorgho (A. Deloebel, ORSTOM).


Photo 10. - Jeune plant de sorgho détruit par Atherigona soccata (A. Deloebel, ORSTOM).

Tableau VII
Techniques de lutte contre les foreurs

Méthode Ravageur de lutte

Atherigona sp.

Busseola fusca

Sesamia sp.

Chilo partellus

Eldana saccharina

Acigona ignefusalis

Destruction et incinération des souches


oui

oui

oui


oui

Pratiques culturales

Le semis précoce simultané et dense est recommandé. Les plantes vigoureuses (fertilisation) sont une parade

Les plantes vigoureuses sont relativement à l'abri de ces ravageurs




Précocité et simultanéité des semis sont recommandés

Sélection variétale

Lignes résistantes



Lignes tolérantes


Variétés précoces

Lutte chimique:

Seulement en culture intensive




Seulement si attaque forte

Non justifiée en général

- traitement des semences

1 g de diéthion ou de carbofuran par kg de semences






- épandage de granulés

Incorporation dans le sol d'insecticides systèmiques: disulfoton, carbofuran, diéthion

Dépôt de granulés de : carbofuran (1 kg/ha), diazinon (150 g /ha), fénitrothion (800 g/ha) dans les cornets

Dépôt de granulés de: carbofuran (1 kg/ha), diazinon (150 g /ha), fénitrothion (800 g /ha) dans les cornets

Dépôt de granulés de : endosulfan, diazinon, carbofuran, deltaméthrine dans le cor net au stade œeuf ou très jeune chenille

Dépôt de granulés de carbofuran dans les cor nets


- pulvérisations

Diéthion


Sur les jeunes plantes, au moment de l'éclosion des pontes carbary (100 g/hl), endosulfan(500 g/ha), trichlorfon (150 g /hl)


Chlorpyri phoséthyyl, fenitrothion, pyréthrinoï des de synthèse


Lutte biologique

Ne pas semer côte à côte des variétés de cycle différent


Oui Préservation de la faune auxiliaire indigène en Afrique Introduction de parasites entomophages dans les Mascareignes

Oui

En situation naturelle, 95 % des effectifs de ce ravageur peuvent être détruits par les prédateurs et parasites (four mis, araignées, etc et par des conditions physiques adverses


- Répartition géographique - Plantes hôtes

S. calamistis est une espèce partout présente sur le continent africain au sud du Sahara, dans les Mascareignes (Madagascar, Ile de la Réunion, Ile Maurice) et aux Comores. Sa principale plante hôte cultivée est le maïs. Mais d'autres céréales (sorgho et riz), la canne à sucre et de nombreuses poacées sauvages hébergent communément ce foreur des tiges.

- Biologie et dégâts

La femelle peut pondre jusqu'à 350 œufs en 3 à 5 jours. Elle les dépose sous la forme d'ooplaques constituées de 10 à 40 œufs alignés sur deux à quatre rangées contiguës et insérées entre gaine foliaire et tige, généralemet dans sa partie basse. Quelques heures après l'éclosion des œufs, les chenilles néonates abandonnent le site de l'ooplaque, les unes minant d'abord la gaine foliaire, les autres forant directement une galerie dans la tige où elles poursuivent leur développement larvaire. Celui - ci dure de 30 à 60 jours selon les conditions climatiques et comprend généralement cinq ou six mues. La chenille peut attaquer successivement plusieurs jeunes tiges si celles - ci meurent avant qu'elle n'ait atteint le terme de sa croissance. On ne recense généralement qu'une seule chenille âgée par jeune tige. La nymphose a lieu soit dans la tige, soit, plus rarement, entre gaine et tige; elle dure 10 à 12 jours à 25°C. Cinq à six générations peuvent ainsi se succéder chaque année sous climat tropical.

Les principaux dégâts de S. calamistis ont lieu sur jeunes plantes. En forant une galerie ascendante dans la tige, la chenille atteint le bourgeon terminal et le consomme. La tige est alors détruite et le fouet foliaire terminal se dessèche. L'incidence économique de ce foreur se mesure donc en terme de nombre de plantes détruites à l'hectare. Sur plantes plus âgées, les galeries creusées dans la tige peuvent entraîner la cassure de la plante.

7.2.2.4 - Chilo pantellus

- Description

Cette espèce appartient à la famille des Pyralidae. Ses œufs sont ovales, plats et blanchâtres en début d'incubation. Ses chenilles sont ponctuées sur la face dorsale de leurs segments.

- Répartition géographique

Ce ravageur est présent en Asie (notamment en Inde et en Indonésie) et en Afrique de l'Est.

- Plantes - hôtes

Maïs et sorgho sont les principales plantes - hôtes cultivées de C. partellus. Le riz, la canne à sucre et d'autres poacées peuvent également l'héberger.

- Biologie et dégâts

La femelle pond 200 à 300 œufs sous forme d'ooplaques de plusieurs dizaines d'œufs chacune, qui peuvent être déposées indifféremment sur tous les organes verts de la plante - hôte (tige, gaine, limbe foliaire). On les repèrera plus facilement lorsqu'elles sont fixées près de la nervure centrale des feuilles. L'incubation des œufs dure environ 6 jours. Les jeunes chenilles consomment les feuilles non déroulées du «fouet terminal», pénètrent dans les nervures principales des feuilles plus âgées puis, s'introduisent dans les entre - nœuds des tiges. Elles y achèvent leur développement en forant des galeries ascendantes et en détruisant parfois les bourgeons terminaux.

En saison chaude, la durée de la vie larvaire est de trois à quatre semaines. La nymphose, qui a lieu dans les galeries des tiges, dure environ huit jours.

En saison froide, une partie des populations de chenilles est capable de survivre dans les chaumes de sorgho et d'achever leur développement lors de la saison des pluies suivante.

Les symptômes d'attaques de C. partellus sont, d'une part un criblage des limbes foliaires et parfois le dessèchement du «fouet terminal», d'autre part la présence de perforations sur les entre - neuds développés. Les dégâts ont pour conséquences, soit la mort du jeune plant lorsque le bourgeon végétatif est détruit, soit un ralentissement de la croissance du sorgho, voire la cassure de la tige, lorsque les entre - nœuds sont fortement minés. Les épis eux - mêmes peuvent être malformés et partiellement détruits. On notera que les dégâts commis par C. partellus sont souvent associés à ceux d'autres foreurs des tiges de sorgho tels que Sesamia spp. ou Eldana saccharina.

- Méthodes de lutte (voir tab. VII)

7.2.2.5 - Eldana saccharina

- Identité

Eldana saccharina Walker, foreur des tiges de canne à sucre et des céréales tropicales, appartient à la famille des Pyralidae et à la sous - famille des Galleriinae.

- Répartition géographique

L'espèce n'est présente que sur le continent africain, du 1 5e degré de latitude nord au 30e degré de latitude sud. On la rencontre sous tous les climats tropicaux et équatoriaux.

- Plantes - hôtes

Canne à sucre et maïs sont les deux principales plantes - hôtes cultivées du ravageur. Sorgho et mil peuvent également l'héberger ainsi que certaines adventices, en particulier de nombreuses espèces du genre Cyperus.

- Biologie et dégâts

En 8 jours la femelle pond 450 à 500 œufs sous forme d'ooplaques de 50 à 100 unités qui sont souvent déposées dans les replis et à l'aisselle des feuilles. L'incubation des œufs dure environ 6 jours. La jeune chenille a d'abord une phase de développement exophyte au cours de laquelle elle consomme des tissus foliaires. Au deuxième ou troisième stade larvaire, elle pénètre dans la tige en forant une galerie. Cette phase endophyte de son développement se poursuit, jusqu'à la nymphose, dans les entre - nœuds des tiges de sorgho. La durée de la vie larvaire est très variable. Elle est de un à deux mois selon la plante - hôte, l'organe consommé ou le degré de maturité de l'entre - nœud miné. La nymphose a généralement lieu dans la tige et dure environ 10 jours.

Sur le sorgho, la présence de galeries dans les entre - nœuds favorise la cassure des tiges et freine le développement et la maturation des épis. Leur productivité peut être réduite.

- Méthodes de lutte (voir tab. VII)

7.2.2.6 - Acigona ignefusalis

- Description

L'adulte d'Acigona (= Conestia) ignefusalis Hampson (Lépidoptère, Pyralidae est un papillon de 20 à 25 mm d'envergure selon le sexe, dont le corps et les ailes antérieures sont fauves, et les ailes postérieures blanchâtres. Les œufs sont ovoïdes (0,8 mm x 0,5 mm) et sans ornementation. La chenille est d'un blanc laiteux, ponctuée de taches ovalaires noires, et mesure 18 à 22 mm de long en fin de développement. La chrysalide est effilée (18 - 20 mm) et ornée d'épines et de saillies terminales très sculptées.


Photo 12. - Chenille d'Acigona ignefusalis dans une tige de sorgho (J. Brenière, IRAT).


Photo 13. - Symptômes d'attaque d'Acigona ignefusalis sur tige de sorgho (B. Vercambre, IRAT).

- Répartition géographique - Plantes - hôtes

Cette espèce n'est actuellement connue qu'en Afrique de l'Ouest. Ses principales plantes hôtes sont le sorgho et le mil mais elle peut être hébergée par le maïs et plusieurs poacées sauvages du genre Pennisetum.

- Biologie et dégâts

La femelle pond des ooplaques de 20 à 80 œufs, accolés les uns aux autres selon des rangées régulières sous la partie supérieure des gaines foliaires ou sur la face inférieure des jeunes feuilles. L'incubation des œufs dure 7 à 10 jours. Les jeunes larves, d'abord grégaires, perforent le faisceau terminal des feuilles puis, généralement au 3e stade de leur développement, se dispersent, s'enfouissent dans les gaines et commencent à perforer les entre - nœuds. Parfois, le bourgeon terminal est détruit, entraînant la mort de la plante. Celle - ci est alors abandonnée par les larves qui vont poursuivre leur développement dans des tiges voisines; elles les perforent, y creusent des galeries ascendantes et en consomment la moelle. La vie larvaire dure 4 à 5 semaines. La nymphose a lieu dans la tige et dure une dizaine de jours en saison pluvieuse. Le cycle biologique du ravageur se déroule ainsi en 45 - 50 jours. Il y a trois générations par an. Une partie des effectifs larvaires de 2e génération et toutes les larves de 3e génération entrent en diapause dans les chaumes de sorgho (ou de mil) et y passent la saison sèche. La diapause de ces larves peut être levée dès le mois d'avril suivant, mais ce sont les premières pluies utiles de la nouvelle saison humide (5 à 10 mm au moins) qui induisent leur nymphose.

Les dégâts de ce foreur se caractérisent par une réduction de la densité de tiges en cas d'attaques précoces, par une diminution du pourcentage de tiges fructifères, parfois par la cassure des tiges, voire des hampes florales chez les mils ou sorghos précoces. Ils s'ajoutent souvent à ceux d'autres foreurs, comme Sesamia sp., E. saccharina ou Chilo sp. Parfois, l'incidence des attaques d'A. ignefusalis sur la producti vité de la culture s'avère faible, même si un fort pourcentage de tiges a été miné par le ravageur.

- Méthodes de lutte (voir tab.VII)

7.2.3 - Les ravageurs du feuillage

7.2.3.1 - Chenilles défoliatrices

Les foreurs des tiges sont, on l'a vu au cours de la première phase de leur développement larvaire, des consommateurs de jeunes feuilles.

D'autres espèces de pyrales et noctuelles, généralement polyphages, sont aussi des destructeurs du feuillage de sorgho.

On peut citer: Mythimna spp., Spodoptera spp., Marasmia trapezalis, Amsacta sp., Helicoverpa (= Heliothis) armigera.

Bien que spectaculaires, leurs dégâts sont souvent sporadiques et localisés. Les jeunes plantes de sorgho sont les plus sensibles aux attaques de ces ravageurs mais celles - ci entraînent rarement la mort de la plante. On peut combattre ces espèces par pulvérisation d'insecticides de contact et d'ingestion sur le feuillage du sorgho.

7.2.3.2 - Sauteriaux

De nombreuses espèces d'acridiens peuvent consommer le feuillage du sorgho.

7.2.3.3 - Insectes piqueurs

Plusieurs espèces de pucerons peuvent proliférer sur les feuilles de sorgho. On peut citer Rhopalosiphum maidis et Melanaphis sacchari. Ils sont très rarement justiciables de lutte chimique.


Photo 14. - Adulte de Contarinia sorghicola sur un épillet de sorgho (R. Coutin, INRA).


Photo 15. - Dégâts de Contarinia sorghicola sur une panicule de sorgho (grains stériles) (R. Coutin, INRA).

7.2.4 - Les ravageurs des épis

7.2.4.1 - Contarinia sorghicola

- Description

L'adulte de Contarinia sorghicola Coq. (Diptère, Cecidomyiidue) est un moucheron de couleur orangée, de 1,5 mm de long et dont les antennes sont deux fois plus courtes chez la femelle que chez le mâle. L'œuf est allongé (0,3 x 0,06 mm), cylindrique, incolore et prolongé par un appendice effilé. La larve est d'abord presque incolore, puis rosée, enfin orange foncé ou rougeâtre en fin de développement. La jeune nymphe est uniformément orangée et mesure 2 mm de long.

- Répartition géographique - Plantes - hôtes

Probablement originaire d'Ethiopie ou de pays voisins, la cécydomyie du sorgho est présente dans la plupart des régions du monde où cette céréale est cultivée.

Les seules vraies plantes hôtes de C. sorghicola sont toutes des espèces, sauvages ou cultivées, du genre Sorghum.

- Biologie et dégâts

Les adultes apparaissent une ou deux heures après l'aurore et s'accouplent aussitôt. Puis les femelles recherchent des épis de sorgho en floraison et insèrent, sous les glumes des épillets, entre 50 et 100 œufs. La ponte est généralement terminée, et la femelle morte, avant le coucher du soleil. L'incubation des œufs dure environ trois jours. Les larves, dont le développement s'achève en une ou deux semaines, consomment principalement les ovaires. La nymphose a lieu sous les glumes. Peu de temps avant la sortie des adultes, soit environ trois jours plus tard, les nymphes se meuvent jusqu'à l'apex des épillets, où elles sont facilement repérables, puis s'immobilisent pour muer. Durant la saison de culture, chaque cycle biologique dure ainsi deux à trois semaines. Au fur et à mesure que les pluies s'espacent et que la saison sèche s'installe, un pourcentage de plus en plus grand de larves en fin de développement tisse un cocon puis entre en diapause dans les épillets. Cette diapause peut être rompue dès la saison des pluies suivante, mais parfois jusqu'à trois ans plus tard. Neuf à douze générations peuvent se succéder au cours de la même année.

C. sorghicola est l'un des principaux ravageurs du sorgho en Afrique. Ses dégâts se manifestent par la destruction partielle, parfois totale des grains de l'épi. La présence de la cécidomyie pourra être vérifiée en pinçant les épillets stériles afin d'en extraire les larves ou les nymphes orangées du ravageur. Les pullulations de l'insecte sont favorisées par l'étalement des semis de sorgho, entraînant celui de sa floraison. Dans ce cas, les chutes de productivité, et notamment celles des cultures tardives, peuvent dépasser 50 %, voire 90 % dans certaines régions.

- Techniques de lutte

A l'échelle de la région de production, plusieurs techniques culturales préventives doivent être conjointement mises en œuvre par les agriculteurs pour que l'incidence économique de C. sorghicola soit réduite: la destruction systématique par brûlage des épis non récoltés (qui hébergent des populations larvaires en diapause), l'élimination des repousses ou des sorghos sauvages, le respect de calendriers de semis permettant une floraison aussi simultanée que possible des parcelles de culture, sont les plus importantes.

Si le niveau de productivité de la culture est suffisant, un traitement insecticide pourra être éventuellement rentabilisé à condition que la pulvérisation ou le poudrage ait lieu au moment où environ la moitié des plants sont en phase d'anthèse. L'endosulfan, les carbamates, les insecticides or gano - phosphorés ou les pyréthrinoïdes de synthèse peuvent être recommandés selon les conditions de culture.

La sélection de variétés de sorgho résistantes à C. sorghicola constituera à terme le meilleur moyen de lutte préventive contre la cécidomyie.

7.2.4.2 - Les punaises du sorgho

De très nombreuses espèces de punaises phytophages ont, parmi leurs plantes hôtes, des céréales tropicales et en particulier le sorgho. Elles appartiennent essentiellement aux familles des Mirides, comme Creontiades sp., Calocoris sp., Eurystylus sp., des Pyrrhocorides, comme Dysdercus völkeri, des Coreïdes comme Anoplocnemis curvipes, Mirperus jaculus, Riptortus dentipes, des Pentatomides comme Diploxys sp., Acrosternum sp., Aspavia albidomaculata ou Nezara viridula.

- Biologie et dégâts

Chaque punaise a une biologie et un comportement spécifiques. La femelle peut pondre, au cours d'une vie de plusieurs mois, quelques centaines d'œufs qui sont, soit déposés sur les organes de la plante, soit insérés dans un tissu végétal, parfois émis à même le sol. L'incubation des œufs dure moins d'une semaine. La vie larvaire dure de 2 à 8 semaines selon les espèces et les conditions climatiques. La larve croît en acquérant progressivement, lors de ses stades de développement (dont le nombre est généralement égal à cinq), L'aspect de l'adulte. Pendant toute sa croissance, elle pique les tiges, les feuilles et les épillets, prélève la sève de la plante, aspire le contenu des grains laiteux et injecte parfois une salive toxique dans les tissus. Il y a plusieurs générations par an dont certaines se développent, en inter - campagnes, sur des plantes hôtes sauvages. Certaines espèces sont aussi capables de migrer.


Photo 16. - Adulte de Diploxys sp. sur piquant de grain de sorgho (J. Brenière, IRAT).


Photo 17 - Chenille d'Héliothis armigera consommant des grains de sorgho (J. Brenière, IRAT).

On observe plusieurs types de dégâts. Les jeunes plantes de sorgho peuvent avoir une croissance ralentie, voire inhibée, si les prélèvements de sève sont trop importants. Les injections de salive toxique peuvent simultanément entraîner des déformations des feuilles et des tiges. Les épis sont particulièrement vulnérables lorsque leurs grains sont au stade laiteux. Les piqûres de punaises les ponctuent de taches brunes ou noires, les rident, parfois les vident. Les grains au stade pâteux sont moins sensibles aux attaques du ravageur, bien qu'elles puissent parfois entraîner leur atrophie. Ces piqûres d'hétéroptères peuvent favoriser l'envahissement de divers organes de la plante, et en particulier des grains, par des agents pathogènes.

Le taux de grains ainsi détruits ou sérieusement dépréciés, dépendra de la densité des effectifs du ravageur et des stades phonologiques de la plante - hôte au moment de l'attaque. On notera cependant que, si cette densité n'atteint pas le seuil de plusieurs individus, en moyenne par plante, les risques de chute importante du rendement en grains sont faibles.

- Techniques de lutte

On pourra effectuer un traitement insecticide curatif si le niveau d'infestation le justifie. Une pulvérisation de lindane (500 g de matière active/ha), d'endosulfan (500 g/ha), de carbaryl (2 kg/ha) ou de chlorpyriphos (300 g/ha) devrait être efficace. On veillera à respecter les conditions d'emploi des produits, surtout si le sorgho doit être rapidement consommé.

7.2.5 - Les ravageurs des stocks

Le sorgho a de nombreux ennemis lors du stockage mais ceux - ci ne sont pas spécifiques de cette céréale. Le lecteur qui voudra en savoir plus se reportera aux ouvrages traitant des ravageurs des stocks par exemple Appert (1985).

7.3 - Le striga

Parmi les adventices du sorgho figurent des espèces du genre Striga de la famille des Scrofulariacene. Ces espèces sont de redoutables parasites épirhizes répandus dans la zone semiaride de l'Afrique tropicale, en Afrique du Sud, en Inde et ponctuellement aux Etats - Unis (globalement entre les 30e degré nord et les 30e degré sud).

Le genre Striga renferme une trentaine d'espèces, dont 23 sont présentes en Afrique où elles occupent le terrain de façon très diversifiée. Ce sont soit des holoparasites soit des hémiparasites. On trouve notamment sur le sorgho Striga hermonthica et S. aspera, mais ces espèces parasitent de nombreuses autres poacées telles que le mil, le maïs, la canne à sucre et le riz pluvial.

La durée du cycle biologique du Striga depuis la germination jusqu'à la production de graines est comprise entre 90 et 120 jours. On peut distinguer quatre stades phonologiques: la germination, la fixation sur l'hôte, la pénétration et la floraison - fructification. Les 3 premiers ont lieu sous la surface du sol, le dernier est aérien.

Les graines de Striga, très petites, sont produites en grande quantité (40 000 graines par plante...) et leur longévité peut atteindre 15 à 20 ans. Leur dissémination dans le milieu se fait par l'eau et par le vent. La dormance est comprise entre 2 et 6 mois, ce qui correspond à la saison sèche des pays à climat tropical semi - aride. Au début de la saison de culture, les grains s'inhibent d'eau (phase de pré - conditionnement), les grains ont alors besoin d'un stimulant de la germination produit par la plante - hôte, donc le sorgho dans le cas qui nous intéresse. Sous l'effet de cette stimulation, la graine émet une radicule qui se dirige vers la racine du sorgho par chimiotropisme. Un renflement apparaît sur la radicale (création de l'haustorium) organe de pénétration du parasite dans l'hôte. Au niveau de la graine de Striga se développe un tubercule à partir duquel des racines apparaissent. Ces dernières peuvent, si elles rencontrent une racine de sorgho, former des haustoria secondaires. L'émergence du Striga est plus ou moins rapide et dépend de la profondeur. Dans les zones sahéliennes où la période de semis se situe vers juin, le Striga émerge courant août. La floraison et la fructification débutent à la mi - septembre et peuvent se poursuivre jusqu'à la fin octobre.

Les techniques de lutte chimique ont montré leur efficacité aux Etats - Unis, mais leur emploi chez les paysans à faibles revenus des pays tropicaux ne paraît pas être envisageable en raison de leur coût élevé et de la technicité qu'elles requièrent.

En lutte préventive, on distingue les techniques qui permettent une diminution du stock de graines des parasites dans le sol. Le bromure de méthyle (un fumigant), l'éthylène (stimulant de germination) et quelques herbicides ont démontré leur efficacité.

On a pu aussi démontrer le rôle de la rotation des cultures, de la fumure, de l'irrigation, de la densité de semis comme moyens de contenir le développement du parasite. Mais c'est l'emploi de variétés tolérantes au Striga qui offre le plus d'espoir. Cette tolérance, présente chez quelques variétés, peut avoir pour origine soit l'existence de barrières mécaniques et chimiques s'opposant à la pénétration, soit une faible production de stimulants de la germination. La variété Framida paraît éviter le parasitisme.

En matière de lutte curative l'arrachage avant floraison des Striga et le brûlage sont des moyens efficaces.

VIII. Techniques culturales

8.1 - Défrichement - débroussaillage

Le défrichement et le débroussaillage sont souvent réalisés de manière succincte. Le cultivateur abat les arbres en laissant les souches sur place, permettant dans ce cas à une culture itinérante d'assurer une repousse ou un recru rapide lorsque la parcelle sera abandonnée.

L'augmentation de la population qui conduit à une disparition progressive des jachères et des friches, ainsi que le développement de la culture attelée et de la mécanisation nécessitent un défrichement plus poussé. Il est en particulier nécessaire de faire complètement disparaître les souches présentes pour éviter qu'elles n'endommagent les instruments aratoires:

- Soit en creusant la terre sur une profondeur supérieure à 40 cm en sectionnant les racines et en sortant une bonne partie de la souche. Il est souhaitable de traiter avec un débroussaillant la partie qui reste en terre au - dessous de 40 cm avant de reboucher le trou.

- Soit par un traitement chimique approprié qui permet à la souche de mourir puis de se décomposer sur place. La mise en culture devrait ensuite être précédée par un traitement herbicide généralisé avec un herbicide non rémanent permettant d'effectuer des semis sur un sol parfaitement propre.

Le sorgho vient mal sur une défriche récente du fait, en particulier, d'un envahissement précoce par les mauvaises herbes qui rend difficile leur contrôle manuel ou mécanique.

Les débroussaillants recommandés sont les suivants:

- Le 2,4,5 T à la dose de 175 g/hectolitre qui peut être utilisé sur les ligneux et les souches à dévitaliser. Il est nécessaire de prendre des précautions pour éviter les dégats sur les cultures voisines.

- Le glyphosate à la dose de 1,8 à 4 kg m.a./ha à utiliser sur les plantes vivaces herbacées.

- Le sulfate d'ammonium à la dose de 10 kg m.a./hectolitre mais il est corrosif pour les récipients métalliques.

- L'acide sulfurique le plus efficace mais le plus difficile à utiliser.

8.2 - La préparation du sol

Traditionnellement en Afrique de l'Ouest, le semis du sorgho n'est précédé d'aucune préparation du sol particulière. Après un nettoyage rapide du terrain et un brûlis des déchets végétaux secs rassemblés en tas sur la parcelle, les graines sont jetées dans un trou creusé avec l'instrument local (iler, daba, etc...) et le trou est rebouché avec le pied. Dans certains cas, on effectue un grattage superficiel à la daba, mais la profondeur de travail reste faible, compte tenu de la pénibilité du travail.

Cependant, le sorgho se prête bien à la culture attelée et mécanisée. Il faut pour cela adapter le travail du sol à réaliser au type de sol.

8.2.1 - Les sorghos de saison des pluies

8.2.1.1 - Le labour

En sols ferrugineux tropicaux, en sols faiblement ferralitiques et en sols ferralitiques qui sont les plus répandus en Afrique de l'Ouest, il est nécessaire d'effectuer une bonne préparation du sol, profonde (labour à plat de préférence), afin de permettre un bon démarrage de la culture, un développement végétatif et un nombre de panicules suffisant Le gain de rendement obtenu grâce au labour s'élève en moyenne à 30 % par rapport à une préparation traditionnelle, mais il peut varier de 20 à 50 %.

En effet, par son action sur la porosité du sol et par la création d'un microrelief, le labour améliore les capacités d'infiltration du sol. On a ainsi trouvé des relations étroites entre la porosité des horizons superficiels et les poids de racines de sorgho, ainsi qu'entre les poids de racines et les rendements en grain. C'est toute la dynamique de croissance de l'enracinement qui est améliorée. Les effets du labour se font sentir sur tous les facteurs du rendement (nombre de poquets et de panicules, poids du grain par panicule, poids de 1 000 grains).

Dans la plupart des cas on observe un effet de la profondeur du labour.

Le labour à l'âne est de peu d'intérêt car la couche de sol travaillée est trop peu épaisse (force de traction insuffisante).

Les labours aux bœufs et au tracteur sont beaucoup plus efficaces lorsqu'ils sont effectués avec des charrues à soc travaillant lentement à des profondeurs allant de 12 à 20 cm.

Le labour de fin de saison des pluies avec enfouissement de jachère ou de résidus culturaux est généralement supérieur au labour de préparation de début de saison des pluies. Il permet un meilleur stockage de l'eau de pluie, mais il ne peut s'envisager sans variétés à court cycle, et son effet est difficile

à conserver en raison des piétinements par les animaux en divagation. Dans d'autres régions les pluies précoces d'avril permettent la réalisation de bons labours en conditions humides.

Le labour pose un certain nombre de problèmes, en particulier dans les régions où le semis du sorgho doit être réalisé par les paysans dés les premières pluies (cas du Sénégal). Dans ces conditions, on n'a pas toujours intérêt à retarder le semis pour labourer, mais plutôt à recourir à des techniques de préparation en sec.

8.2.1.2 - Le travail à la dent

Lorsque le labour n'est pas possible, le travail en culture attelée avec des houes équipées de dents, des sols sableux et sablo - argileux, peut apporter des suppléments de rendement non négligeables. Les effets sont dans tous les cas intérieurs à ceux du labour, mais ils peuvent constituer pour les paysans de bonnes solutions de remplacement. Les résultats obtenus sont hétérogènes; ils dépendent des conditions d'exécution du travail (en sec ou en humide), de la forme de la dent, mais le travail a l'avantage de pouvoir être réalisé en sec. Son efficacité dépend de la profondeur et de la largeur de sol éclaté.

Pour le travail en sec à la houe, ce sont habituellement les dents souples de canadien qui sont utilisées. Les forces de traction sont modérées mais le travail reste très superficiel; bien souvent la dent ne fait que remuer le sable pulvérulent en surface sans pénétrer dans l'horizon sous - jacent à structure massive. L'efficacité de ce travail est très irrégulière et dépend beaucoup de la texture du sol.

En conditions humides, le travail à la houe peut être sensiblement plus profond (jusqu'à 10 - 15 cm). L'instrument de choix est le soc sarcleur «patte d'oie» large (250 à 300 mm) monté sur un étançon rigide. L'un des avantages est que l'on travaille pratiquement toute la surface de façon homogène. Par contre la terre est parfois très soufflée: le développement racinaire est alors limité aux horizons de surface et la plante souffre en cas de sécheresse.

Les dents sous - soleuses ou piocheuses rigides permettent de travailler en sec ou en humide à plus grande profondeur. Elles sont montées sur étançons rigides mais peuvent être de types assez variés. Les efforts de traction nécessités par le passage en sol très sec sont très élevés. Il est souvent préférable d'utiliser deux paires de bœufs pour travailler dans ces conditions ou bien il faut diminuer le nombre de dents et la profondeur. Le travail est alors plus long pour une même surface et l'efficacité de l'outil moins grande.

8.2.1.3 - La traction motorisée

En utilisant la traction motorisée avec des tracteurs puissants, on peut avoir recours à des instruments plus lourds, du type sous - soleuse ou chisel. Les études ont montré que le sous - solage pouvait être intéressant dans le cas des sols ferrugineux car, réalisé en sec, il permet une bonne pénétration des pluies en début de cycle et améliore les capacités de résistance à la sécheresse du sorgho. Son efficacité est certaine mais elle disparaît après la deuxième année. Compte tenu du coût d'investissement, ce travail ne peut se concevoir que dans le cas des grands domaines, des fermes semencières, ou des associations d'agriculteurs. La combinaison, sous - solage en sec au tracteur suivi d'un labour aux bœufs en début de saison des pluies, se révèle, dans tous les cas, comme la plus intéressante du point de vue des rendements et de la résistance à la sécheresse du sorgho.

8.2.1.4 - Cas particulier des vertisols

Dans les vertisols qui représentent une proportion non négligeable des sols cultivés en sorgho pluvial, les effets du labour n'ont pas été démontrés. Ces sols ont en effet une bonne structure et le système racinaire s'y développe dans de bonnes conditions.

L'un des problèmes majeurs à résoudre en début de cycle est souvent celui de la concurrence des mauvaises herbes. Ces sols sont en effet difficiles à travailler et à désherber avec les instruments de sarclage en culture attelée. Pour l'instant, aucune technique parfaitement satisfaisante n'a été mise au point si ce n'est le désherbage manuel qui est long et pénible.

8.2.2 - Les sorghos repiqués

En raison de la position du cycle cultural du sorgho repiqué, l'eau constitue le principal facteur limitant de la production. Les techniques de préparation du sol devront viser à améliorer le stockage de l'eau dans le sol.

Pour les sorghos repiqués «muskwari», parmi les différentes techniques expérimentées, seul le labour réalisé en fin de saison des pluies avant repiquage s'est révélé intéressant par rapport au grattage traditionnel.

Pour les sorghos «babouri», aucune technique ne s'est révélée supérieure à la préparation traditionnelle à la houe. Il est vrai que le système racinaire des «babouri» explore le sol en profondeur jusqu'à 150 cm et le travail à la houe à main suffit au bon démarrage des plants repiqués.

8.2.3 - Les techniques additionnelles d'économie de l'eau

Les techniques de préparation du sol ont pour objectif de permettre un bon démarrage de la culture et un développement végétatif satisfaisant. Le labour à plat améliore en particulier l'infiltration de l'eau dans le sol en début de cycle et il facilite l'utilisation de cette eau par la plante, par son action sur le système racinaire du sorgho.

Le sorgho est souvent cultivé dans des zones où les périodes de sécheresse sont fréquentes en cours ou en fin de cycle. Il y a donc lieu parfois d'utiliser des techniques additionnelles d'économie de l'eau permettant de conserver l'eau de pluie pour assurer une meilleure alimentation hydrique au moment de l'épiaison - floraison ou du remplissage des épis.

Le labour en billon ne présente aucun avantage par rapport au labour à plat. Même son action sur la diminution de la verse n'a jamais été prouvée expérimentalement.

Le buttage utilisé seul n'apporte qu'une légère plus value par rapport au labour. Son efficacité sur la verse n'est pas non plus démontrée. Il semble être très utile dans la lutte contre les adventices et son action sur l'alimentation hydrique du sorgho est amplifiée par le cloisonnement des buttes. La technique du billonnage cloisonné peut se révéler très efficace pour conserver l'eau dans le sol en cours de cycle, dans la mesure où le sol retient l'eau, c'est - à - dire lorsqu'il n'est ni sableux ni gravillonnaire et qu'il est suffisamment profond. La date de cloisonnement des billons doit être d'autant plus tardive que l'on va vers les zones à pluviométrie importante. Dans les zones à très forte pluviométrie (supérieure à 1 000 mm), le billon joue d'ailleurs un rôle protecteur car il assure un meilleur ressuyage du sol et permet ainsi d'éviter les excès d'eau.

Enfin il faut signaler que les binages fréquents réduisent bien l'évaporation en cours de cycle.

8.3 - Le semis du sorgho

8.3.1 - Conditions générales du semis

Le sorgho doit être semé dans un sol bien humide. En culture pluviale, il est fortement déconseillé de le semer en sec ou dans un sol en voie d'assèchement. Par exemple, après une pluie de 20 mm en début de cycle on peut semer pendant 48 heures au maximum. Au - delà, il faut attendre la pluie suivante pour reprendre l'opération.

8.3.2 - Désinfection des semences

Les semences doivent être désinfectées avec une formulation fongicide - insecticide adaptée à leur protection, généralement à la dose de 300 9 de mélange pour 100 kg de semences.

Les fongicides les plus utilisés sont: le thirame et les organomercuriques; les insecticides les plus fréquents sont l'aldrine, L'hoptachlore et le carbofuran. L'emploi de ce dernier à la dose de 1 kg de m.a./ha protège également la jeune plante contre la mouche de la pousse.

8.3.3 - Dates de semis

Dans l'hémisphère nord, en zone sahélienne et sahélo - soudanienne, le sorgho peut être semé en pluvial ou en irrigué à 3 périodes différentes:

8.3.3.1 - Lors de la saison des pluies

- Les sorghos à longs cycles de culture, photosensibles, sont cultivés dans la zone des 900 à 1 100 m. On dispose d'une grande latitude pour les semer (d'avril à juin), car la floraison intervient à date relativement fixe. Semés tôt, ces sorghos produisent beaucoup de paille, semés tard, leur potentialité de production diminue.

- Les sorghos de cycle moyen (100 - 120 jours) trouvent leur place dans la zone des 700 à 900 mm. La date de semis doit être relativement précoce mais elle peut dépendre de la situation géographique. Au Sénégal, on estime qu'il ne faut pas retarder le semis de plus de 15 jours après la première pluie. Au Burkina Faso, où l'on observe des pluies précoces en avril - mai, la date optimale dans la zone de prédilection des sorghos à moyen cycle (plateau Mossi) doit se situer dans la 2e décade du mois de juin.

- La zone de culture pluviale des sorghos à court cycle se trouve entre 500 et 700 mm. Dans ces conditions la date de semis se situe à la fin du mois de juin. On peut les utiliser dans des zones plus arrosées, mais il faut alors retarder le semis à la fin de la première décade du mois de juillet pour éviter l'apparition de moisissures sur les grains lorsque la maturation se produit avant l'arrêt des pluies.

8.3.3.2 - Lors de la saison sèche froide

Le sorgho est cultivé uniquement sous irrigation. C'est la meilleure période pour cultiver du sorgho et en général obtenir les meilleurs rendements.

Le semis se situe en octobre et la récolte a lieu 100 jours après. On utilise des sorghos à court cycle dont le cycle est un peu allongé mais dont les pailles sont plus courtes.

8.3.3.3 - Lors de la saison sèche chaude

Semis en février; le sorgho supporte mal les vents desséchants et les fortes chaleurs. Les coûts de production sont très élevés et les rendements déprimés.

8.3.3.4 - Les sorghos de décrue

Cultivés dans les terres de «ouallo» de la vallée du fleuve Sénégal, les sorghos de décrue sont semés en saison sèche dès que l'on peut pénétrer sur le terrain, soit 4 à 8 jours après le retrait des eaux. La meilleure date doit se situer en général pendant la deuxième décade du mois de novembre.

8.3.3.5 - Les sorghos «muskweri»

Ils sont semés en pépinière vers le 15 août dans les zones les plus septentrionales du Cameroun, vers le 15 septembre dans les zones les plus méridionales. La date de repiquage est conditionnée par l'arrêt présumé des pluies ou par le retrait de l'eau sur les zones inondées.

8.3.3.6 - Les sorghos «babouri»

Ils sont semés en pépinières faites sur billon entre le 15 juillet et le 15 août. Le repiquage intervient 3 à 5 semaines après le semis en pépinière.

8.3.4 - Les densités de semis

Traditionnellement, le sorgho est semé en poquets de 5 à 15 graines. Il est donc nécessaire de le démarier, ce que beaucoup de cultivateurs ne font pas.

Les études ont nettement mis en évidence la supériorité des semis en lignes simples espacées suivant le cas de 1 m, 0,90 m, 0,80 m.

Les densités préconisées sont les suivantes (tab. VIII).

Tableau VIII
Les densités de semis préconisées


Ecartements en cm

Nbre poquets à l'hectare

Nbre de plants à l'hectare





Culture saison des pluies sorghos photosensibles à long cycle paille longue > 2,5 m

90 x 50 ou 80 x 50

25 000

75 000

Sorghos de moyen cycle paille de 1,5 à 2,5 m

80 x 40

31250

93 750

Sorghos de cycle court paille < 1,5 m

80 x 30

41 666

125 000

(avec complément d'irrigation)

80 x 25

50 000

150 000

Culture de contre - saison froide avec irrigation totale

60 x 15

111000

333 000

Culture de décrue

100 x 100

10 000

20 000

Les quantités de semences nécessaires varient donc entre 6 et 12 kg/ha en fonction de la variété et de la densité de semis.

Dans certains cas, le semis mécanique en culture attelée est possible. Sa réussite dépend du choix des disques, de la grosseur de la semence et de sa qualité. Si le disque est bien réglé et bien adapté, on peut alors supprimer le démariage. Dans le cas où le semis est réalisé avec un semoir SUPER - ECO polyvalent:

- Pour les variétés ayant un poids de 1000 grains voisin de 20 à22 g. de qualité normale à bonne, un disque de 16 trous de 5 mm d'épaisseur sème à 80 x 25 cm avec 10 graines par poquet étalées sur 10 cm. On arrive à une densité un peu supérieure à la moyenne préconisée mais on peut se dispenser du démariage. Si les graines sont plus petites, le démariage devient nécessaire.

- Pour les variétés photosensibles de plus grande taille, on pourra utiliser le disque 8 trous de 8 mm d'épaisseur qui réalise un semis proche de 80 x 50 cm.

- Pour les sorghos irrigués de contre - saison froide, on ne dispose pas encore de disque de semoir adapté. Le semis est à réaliser à la main.

8.4 - Le démariage du sorgho

Il s'agit d'une opération importante souvent négligée par le cultivateur. Pourtant après un semis en poquets, il est indispensable d'éclaircir car une densité de plants trop importante peut être néfaste en cas de sécheresse.

Le démarrage doit avoir lieu très précocement, à partir de 8 jours après la levée, jamais après 15 jours. La plupart du temps, on laisse par poquets les trois plus belles plantes. Il n'est pas souhaitable de retarder le démariage sous prétexte que le sol est sec.

La pratique qui consiste à utiliser les plants enlevés au démariage pour les repiquer aux emplacements manquants nécessite un sol bien humide. C'est souvent le prétexte avancé pour retarder le démariage. Outre le fait que la réussite de ces repiquages est très aléatoire, il n'est pas prouvé qu'il soit pour cela plus intéressant de retarder le démariage. Il est souvent plus profitable, lorsqu'il y a trop de manques, de resemer les poquets 8 jours après la levée.

8.5 - Le contrôle de l'herbe

En culture pluviale tout retard dans le premier désherbage entraîne une baisse importante des rendements Celui - ci doit donc être effectué le plus tôt possible «. dès qu'on voit les lignes de sorgho levé». Pratiquement, le premier sarclobinage doit être fait en même temps que le démariage donc, en général, 8 à 15 jours après la levée.

Lorsqu'on utilise la culture attelée asine, équine, ou bovine, on commence par passer les socs sarcleurs entre les lignes. Puis on sarcle manuellement sur la ligne et on en profite pour faire le démariage.

Si le semis a été réalisé manuellement en poquets bien alignés dans les deux sens, on peut sarcler mécaniquement dans les deux sens, à condition que les poquets ne soient pas distants de moins de 40 cm sur la ligne.

Le deuxième sarclobinage doit suivre le premier de 15 jours à trois semaines au maximum. Cela peut dépendre de la pluviométrie. Si le temps reste sec, l'herbe ne repousse pas et l'on peut attendre. S'il pleut beaucoup, il faut sarcler rapidement pour ne pas être débordé par l'herbe.

Le bloc de travaux, premier sarclobinage démariage deuxième sarclobinage, est essentiel pour la réussite d'une culture de sorgho. Il doit être regroupé au maximum sur un mois. Par la suite un sarclobinage doit être réalisé 15 jours à trois semaines après le deuxième; cela dépendra de la répartition des pluies. Suivant la taille des plants et donc la variété, on pourra ou on ne pourra pas passer avec les animaux.

Le semis sur un labour bien fait peut permettre de retarder la date du premier sarclobinage, la croissance des adventices étant alors différée par suite de l'enfouissement des graines.

La pratique du buttage peut être intéressante du point de vue de l'entretien des cultures. Si on réalise ce buttage au moment du deuxième sarclobinage, il permet souvent un contrôle de l'herbe total et il peut supprimer tout sarclage supplémentaire. On considère que la succession, labour à plat - premier sarclobinage suivi 15 jours après d'un buttage, permet de dominer complètement le problème des adventices.

En culture de décrue, le sarclobinage avant semis entraîne un retard dans la mise en place de la culture. Un sarclobinage aussitôt après le semis est néfaste car il bouche les trous de semis avec une série de petites mottes aux arêtes tranchantes qui empêchent la plantule d'atteindre le niveau du sol. On peut effectuer un binage manuel dès que les plantules sont bien sorties à condition de le soigner. En traction animale le meilleur moment semble être juste avant le démariage: on élimine ainsi les pieds abîmés au moment du choix des deux ou trois plants à retenir.

L'utilisation des herbicides sur sorgho est peu répandue en Afrique de l'Ouest, en particulier en milieu traditionnel. Pourtant les résultats obtenus montrent qu'il est possible de retarder le premier sarclage de trois à quatre semaines et donc d'économiser un ou deux sarclages manuels ou sarclobinages mécaniques. Le traitement herbicide suivi d'un buttage à trois ou quatre semaines peut même permettre de supprimer toute intervention ultérieure.

Les études concernant les herbicides sont en constante évolution car de nouvelles formulations apparaissent sur le marché.

Il est possible d'intervenir avec des herbicides à deux périodes:

- Au moment de la préparation du sol:

· L'Alachlore a une bonne efficacité sur les graminées mais il contrôle mal les cypéracées et les dicotylédones.

· L'Atrazine a une efficacité moyenne à bonne sur les graminées et les dicotylédones.

- En post semis prélevée:

C'est l'époque la plus favorable. Le mélange suivant révèle une bonne efficacité et dans la plupart des cas une absence totale de toxicité:

Alachlore (1) + Atrazine (2)

(1) Produit commercial LASSO 480 g/l de m.a. concentré émulsionnable.

(2) Produit commercial GESAPRIME 500 FW formulation liquide à 500 g m.a./l

Dose de produit commercial à l'ha: 3,2 litres + 1 litre

· Pulvérisation normale: dans 180 litres d'eau

· Pulvérisation à bas volume: dans 5,81 d'eau soit 10 litres de bouillie/ha.

Il est cependant recommandé d'effectuer le traitement sur un sol bien humide et de se montrer vigilant en sol très sableux où des phénomènes de toxicité peuvent se manifester.

Le coût des traitements herbicides reste élevé pour de petites exploitations paysannes dans le contexte d'une culture vivrière peu commercialisée. Ils sont intéressants pour de grandes exploitations motorisées, en particulier pour les fermes semencières.

8.6 - Fertilisation d'une culture de sorgho

Les mobilisations minérales d'une culture de sorgho ont été déterminées en de nombreuses situations en Afrique de l'Ouest. D'une manière générale, on peut admettre les chiffres moyens suivants pour produire 100 kg de grains:

- N 3,5 kg dont 50 % dans le grain
- P 205 1,0 à 1,5 kg dont 50 % dans le grain
- K 20 0,4 à 0,9 kg dont 90 % dans les pailles
- CaO 1,1 kg dont 90 % dans les pailles
- MgO 1,3 kg dont 90 % dans les pailles

Ces chiffres moyens varient bien évidemment (surtout pour le potassium) en fonction de:

- la variété locale ou améliorée, à pailles longues ou courtes;
- la fertilité du sol;
- la fertilisation minérale apportée;
- la pluviométrie.

A la lecture de ces chiffres on mesure l'importance primordiale de la restitution des pailles sous une forme ou sous une autre dans la culture intensive du sorgho.

8.6.1 - Fertilisation minérale

L'azote est le pivot de la fumure du sorgho. Pour produire 2 tonnes de grain à l'hectare, on estime qu'il faut apporter suivant les situations 35 à 45 kg/ha de N., mais les besoins instantanés en azote sont en général supérieurs chez les variétés améliorées à ceux des écotypes traditionnels.

Cet azote n'est complètement valorisé que si les quantités de phosphore disponibles pour la plante sont suffisantes et cela dépend de la richesse du sol en cet élément. Pour le même niveau de production de 2 t/ha de grain, une fumure d'entretien correcte se situe entre 20 et 30 kg/ha de P205.

On considère que toute fertilisation minérale du sorgho doit être à base d'engrais binaire NP.

Le complément potassique dépendra de la richesse du sol en cet élément et de la quantité de paille restituée, sous quelque forme que ce soit: enfouissement direct, compost, fumier, poudrette.

La fumure minérale ne doit pas constituer un thème d'amélioration isolé. Elle doit être en particulier étroitement associée à la fumure organique, dont les effets directs sur les céréales ne sont plus à démontrer. En Afrique de l'Ouest, on estime qu'un apport de 5 t/ha de fumier tous les deux ans, permet de maintenir le niveau de fertilité des sols, d'empêcher l'apparition des phénomènes d'acidification, tout en favorisant les augmentations de rendement des cultures céréalières.

8.6.2 - Les types de fertilisation minérale

La fertilisation annuelle est la plus souvent pratiquée.

Elle consiste à apporter chaque année, en début de cycle, une fumure NPK équilibrée en fonction des objectifs espérés pour la variété utilisée, et à complémenter par un apport azoté (si on l'estime nécessaire) au début de la montaison, voire à l'épiaison.

Voici quelques exemples de fertilisations minérales recommandées dans différents pays:

Pour les variétés locales et une production de 2 t/ha:


Burkina Faso

Sénégal

Côte d'Ivoire

N kg/ha

37

43

43

P205 kg/ha

23

10,5

36

K2O kg/ha

14

10,5

36

On observe que si les doses d'azote sont comparables, il y a des différences assez marquées en ce qui concerne le phosphore et le potassium. Elles s'expliquent par les grandes variations au niveau variétal et fertilité des sols.

Pour les hybrides en culture irriguée:

N kg/ha 70
P205 kg/ha 35
K20 kg/ha 100

Ces fumures minérales ont pour but essentiel d'augmenter la production mais elles n'assurent pas toujours le maintien de la fertilité du sol.

8.6.3 - La fertilisation en rotation

Quoique l'efficacité des fumures à faible dose soit indéniable, leur coût condamne souvent leur utilisation sur le sorgho. Dans ce cas, le système de fumure doit être conçu en fonction du précédent cultural dans le cadre de la rotation.

Ainsi, en zone de production du coton, le sorgho qui succède au cotonnier, profite des effets résiduels de la fumure PK. Il est souvent suffisant d'apporter sur sorgho une fumure complémentaire azotée de 20 à 40 unités de N.

Au Burkina Faso, on recommande après cotonnier d'épandre sur sorgho 50 kg/ha de 14 - 23 - 14 au semis et 50 kg/ha d'urée au début de la montaison soit en NPK un équilibre 30 - 11 - 17.

L'utilisation des phosphates naturels très répandus en Afrique de l'Ouest, a conduit à préconiser un type de fertilisation utilisant au maximum les ressources locales:

- redressement de la carence phosphatée par un apport de 400 à500 kg/ha de phosphate tricalcique broyé;

- apport d'azote complémentaire sous forme d'urée au semis et au début de la montaison;

- restitution des résidus de récolte (fumier, compost, pailles), pour régler le problème du potassium.

Ce type de fumure se heurte à un obstacle économique: le coût de l'investissement nécessaire pour effectuer l'amendement phosphaté. Ce problème n'a pas été résolu et on tente d'introduire les phosphates naturels dans des fumures d'entretiens annuels en les rendant plus solubles par acidulation.

8.6.4 - Epandage de l'engrais minéral

L'engrais NPK doit être épandu de préférence à la volée, avant les façons de préparation du sol, en particulier avant le labour pour qu'il soit mis directement à la disposition des racines. S'il n'y pas de travail du sol, il doit être épandu au semis.

Certains cultivateurs préfèrent attendre d'être assurés que la levée soit bonne avant d'utiliser l'engrais. Dans ce cas, il doit être épandu au moment du premier sarclage démariage, mais en aucun cas plus de quinze jours après la levée. S'il est épandu un mois après le semis, l'engrais minéral NPK perd beaucoup en efficacité et donc en rentabilité.

L'épandage complémentaire d'azote s'effectue au début de la montaison, soit 30 à 50 jours après la levée (en fonction de la variété).

8.7 - Le sorgho dans les successions culturales

Bien que l'éventail des assolements soit assez large, le choix d'une succession culturale est fonction:

- De la nature des cultures que le paysan désire, ou peut, pratiquer dans sa zone d'intervention. Il a en général un équilibre à respecter entre les besoins vivriers de sa famille et l'attrait économique qu'exercent les cultures de rente à niveau monétaire élevé. Le sorgho est une culture vivrière peu commercialisée et dont le prix d'achat au producteur est peu incitatif. C'est l'une des raisons de la disparition progressive du sorgho dans les zones à pluviométrie supérieure à 900 mm, là où le mais réussit bien et où sa commercialisation plus aisée le transforme en culture à double fin.

- De l'alternance possible entre les cultures. Pour combiner, il faut tenir compte des compatibilités qui peuvent exister entre elles. Certaines plantes constituent de bons précédents culturaux, d'autres sont moins recommandées. Le sorgho est une plante assez particulière dans ce domaine.

- De la durée des jachères, qui est dans la plupart des cas fonction de la pression démographique. En particulier les zones à sorgho sont souvent des régions surpeuplées où l'on pratique la culture continue.

8.7.1 - Les précédents culturaux du sorgho

Les meilleurs précédents culturaux du sorgho sont les mêmes que pour toutes les céréales en général, c'est - à - dire les légumineuses (arachide, niébé, soja) et le cotonnier. A un degré moindre, le mil et la jachère de courte durée peuvent convenir.

Le maïs et le riz pluvial ne sont pas de très bons précédents et il vaut mieux les éviter.

Le sorgho se développe mal sur une défriche récente ou un jachère de longue durée.

Le plus mauvais précédent du sorgho peut être le sorgho lui - même. Cela dépend de certaines conditions qui seront définies plus loin.

8.7.2 - Les cultures succédant au sorgho

En sols lourds (taux d'argile supérieur à 25%) et lorsque l'argile est en majorité de la montmorillonite, on observe en milieu paysan de longues successions continues sorgho/ sorgho.

En sols sableux et sablo - argileux, on observe par contre souvent un effet dépressif du sorgho sur la culture qui lui succède. Cette action se manifeste très fortement sur le sorgho lui - même, puis avec une intensité décroissante sur le maïs, le cotonnier et le mil. Dans les sols très sableux (4 à 8 % d'argile), le phénomène peut se manifester même sur arachide: baisse des rendements et de la qualité des semences.

Ce phénomène appelé «allélopathie du sorgho» provient de la décomposition des résidus de sorgho (racines, tiges, feuilles) qui provoque l'apparition de substances toxiques. Ces substances se décomposent elles - mêmes très lentement dans les sols sableux à faible activité biologique. On peut lutter contre ce phénomène, soit en épandant du fumier pour accroître l'activité biologique, soit en semant quinze jours à trois semaines après le début des pluies, celles - ci ayant pour effet de lessiver les produits toxiques. C'est le cas au Burkina Faso où les pluies précoces d'avril et mai permettent ce lessivage, les semis n'intervenant qu'au mois de juin. C'est la raison pour laquelle, sur le plateau Mossi, on trouve des successions de trois à quatre années de sorgho. Mais au bout de quelques années, il faut rompre cette succession continue par l'introduction d'une légumineuse, du cotonnier ou d'une autre céréale.

Un autre inconvénient important de la culture continue du sorgho est qu'elle favorise la multiplication du Striga, plante parasite redoutable, ce qui peut expliquer dans certains cas la baisse des rendements.

8.7.3 - Les rotations

En sols suffisamment argileux ou lorsqu'il existe des pluies précoces (pluviométrie supérieure à 800 mm), on peut pratiquer des rotations biennales du type:
SORGHO - COTONNIER ou SORGHO - LÉGUMINEUSE dans la mesure où l'on apporte des fumures organominérales suffisantes. En sols plus légers et en culture continue, les rotations suivantes sont recommandées:
COTONNIER - SORGHO - ARACHIDE ou NIEBÉ
MAIS - COTONNIER - SORGHO - ARACHIDE ou NIEBÉ
L'introduction de la jachère de courte durée (quand c'est encore possible) conduit à des rotations de type:
JACHÈRE - COTONNIER - SORGHO - ARACHIDE
JACHÈRE - COTONNIER - MAIS - ARACHIDE - SORGHO
JACHÉRE - LEGUMINEUSE - SORGHO - LÉGUMINEUSE

8.8 - Le sorgho en association avec d'autres plantes

L'association du sorgho avec une ou plusieurs espèces sur une même parcelle est fréquente dans les zones de production de cette céréale. La part du sorgho associé sur l'ensemble des terres consacrées au sorgho avoisinerait 80 % en Afrique de l'Ouest. Les principales associations rencontrées sont de type sorgho - legumineuse et sorgho - céréale.

8.8.1 - Association sorgho - légumineuse

Le sorgho est systématiquement l'espèce dominante et bénéficie de la compétition imposée à la légumineuse. Le Land Equivalent Ratio (LER), indication du supplément de rendement de l'association par rapport aux cultures pures, se situe le plus souvent entre 1,10 et 1,50 (10 à 50 % de supplément).

L'existence d'un transfert d'azote de la légumineuse vers la céréale n'a pas pu être prouvée.

Les exportations d'azote de l'association culturale sont cependant supérieures à celles des cultures individuelles en raison d'une complémentarité spatiale et temporelle dans les prélèvements nutritifs. Le système racinaire du sorgho, relativement dense, «piégerait» l'azote, réduisant ainsi les pertes par lessivage.

L'utilisation de variétés de taille intermédiaire et à feuilles étroites à un peuplement maximum de 50 000 plants/ha réduira la compétition imposée à la légumineuse.

8.8.1.1 - Avec le niébé

Il s'agit de l'association culturale la plus répandue, aujourd'hui, en Afrique de l'Ouest.

La culture intercalaire faisant alterner deux lignes de chaque espèce se montre la plus favorable à la complémentarité entre plantes.

Un semis décalé du niébé, quinze jours au plus tard après celui de la céréale, assure une meilleure production globale que le semis simultané.

Il convient de ne pas dépasser des densités de peuplement de 25 000 plants/ha pour un niébé rampant et 50 000 plantes/ha pour un niébé érigé; au - delà de ces seuils, la production du sorgho est singulièrement réduite.

L'apport de fertilisants azotés et phosphatés profite largement à la céréale sans affecter le niébé.

L'association du sorgho avec le niébé peut réduire significativement les attaques de foreurs des tiges (Chilo partellus) sur la céréale.

Dans les régions à saison pluvieuse suffisamment longue (120 jours au moins), il est possible de pratiquer la culture en relais; le niébé, semé un mois environ avant la récolte du sorgho, valorisera les dernières pluies en apportant un appoint de production et la céréale présentera un rendement équivalent à celui obtenu en culture pure.

8.8.1.2 - Avec l'arachide

Ce type d'association permet une production des deux espèces plus équilibrée que le précédent: le sorgho s'y montre souvent moins productif mais l'arachide assure une part plus importante que le niébé dans le rendement global.

Une culture intercalaire faisant alterner une ligne de sorgho et deux ou trois lignes d'arachide représente le meilleur arrangement spatial des deux espèces.

Le semis simultané se révèle le plus intéressant, avec des densités de peuplement de 150 000 plantes/ha d'arachide et 50 000 plantes/ha de sorgho. L'arachide étant particulièrement sensible à la compétition de début de cycle, un léger décalage de semis du sorgho (une dizaine de jours) peut cependant favoriser 1'«établissement» de la légumineuse.

L'association sorgho - arachide voit sa productivité augmenter, par rapport aux cultures pures, en situation de déficit hydrique. On a pu observer une diminution d'intensité de la rouille de l'arachide lorsque celle - ci était mise en présence du sorgho.

8.8.2 - Association sorgho - céréale

Bien que d'importance non négligeable dans certaines régions (Nord Nigeria, Sud Mali, Niger), ce type d'association a fait l'objet de peu d'études.

Un sorgho de cycle long ou intermédiaire, associé à un mil précoce permet de dégager un Land Equivalent Ratio (LER) proche de ceux obtenus dans les combinaisons sorgho - légumineuse.

Le sorgho et le maïs sont également cultivés en association, en particulier dans les zones recevant 1 000 à 1 200 mm de pluies annuelles, qui conviennent aux deux espèces.

Le mais doit être précoce ou le semis du sorgho retardé, si l'on veut éviter une forte concurrence interspécifique.

8.9 - La conduite de l'irrigation

8.9.1 - En zone sahélienne

La culture irriguée du sorgho se pratiquant généralement sur des sols argileux, la conduite de l'irrigation nécessite quelque attention.

La culture peut être pratiquée sur billons, en planches, ou en casiers si le sorgho entre en rotation avec le riz. Les apports d'eau sont effectués par submersion (brève et contrôlée) ou à partir de l'arroseur, soit directement, soit par utilisation de siphons.

La culture sur billon est recommandée lorsque le contexte le permet. Dans ce cas (Niger), on recommande un débit de 0,4 l/s par siphon en tête de raie avec une dose unitaire d'apport de 25 à30 mm.

Au niveau des exploitants, les conseils «pratiques» d'irrigation butent sur une mauvaise perception des besoins en eau ou plus simplement des notions de surface et des temps d'irrigation.

A ces notions, l'agriculteur d'une façon pragmatique en disposant sur la planche de culture ou dans les billons un certain nombre de siphons correspondant à la main d'eau disponible. Quand le front de la lame d'eau arrive en bout de raie, les siphons sont déplacés. En sol imperméable à faible vitesse d'infiltration, cette pratique ne permet pas d'apporter la dose nécessaire car la lame d'eau atteint trop rapidement la colature et l'eau infiltrée le long de la raie est insuffisante. Pour améliorer cette technique et l'efficience de l'irrigation, plusieurs possibilités s'offrent aux paysans:

- La technique du double débit (débits d'attaque et d'entretien avec jeu de plusieurs siphons) qui nécessite un bon niveau de technicité.

- La technique du billon cloisonné, qui de plus limite l'érosion des sols instables mais présente des risques de détérioration des raies et billons.

- La technique de l'irrigation «à la vague», où l'irrigation est conduite dans une même raie en plusieurs passages successifs.

- La simple réduction de la longueur des raies (maximum 50 m) permet une amélioration sensible de l'efficience de l'irrigation. Cette technique d'irrigation en raies courtes (et bouchées si le sol s'y prête) permet un meilleur contrôle et une meilleure homogénéité de l'apport d'eau, elle réclame en contrepartie un aménagement particulier de la parcelle et une plus grande exigence en travail.

Le coût de l'irrigation (charges fixes plus charges variables de pompage) est de l'ordre de 50 à 70 000 F CFA/ha, ce qui, avec une hypothèse de vente de 70 F/kg de sorgho, correspond à un rendement de l'ordre de 1 tonne/ha.

8.9.2 - En zone désertique - Sarir (Lybie)

Quatre années de relevées météorologiques, trois campagnes de mesures à l'humidimètre à neutrons des consommations en eau du sorgho et de caractérisation hydrodynamique des sols, permettent d'établir un planning d'irrigation, qui intègre à la fois les besoins de la plante, la nécessaire gestion agro - industrielle de l'irrigation et les contraintes diverses de l'exploitation agricole

En ce qui concerne les besoins en eau, les résultats obtenus montrent que, sous réserve d'ajustement, le bac classe A reste un indicateur valable de l'évapotranspiration et des besoins d'irrigation pour une gestion standardisée de cette irrigation.

Pour un cycle végétatif de 120 jours, les besoins globaux en irrigation du sorgho sont de l'ordre de 750 mm pour une ETP climatique (Penman) de 910 mm et une évaporation du bac classe A de plus de 1 500 mm. Compte tenu d'un effet oasis important dû à l'aridité du climat et aux contrastes hydriques et thermiques entre zones irriguées et non irriguées, L'évaporation du bac classe A est très supérieure à l'évapotranspiration potentielle (ETP) évaluée de façon analytique.

Le pilotage de l'irrigation doit donc s'effectuer en zone aride à partir de cette ETP Penman en lui affectant les coefficients culturaux suivants:

0.60 pour la période 0 - 20 j après semis
0.90 pour la période 20 - 50 j après semis
1.10 pour la période 50 - 90 j après semis
0.80 pour la période 90 - 120 j après semis

IX. Récolte - séchage - battage

9.1 - La récolte

Les conditions climatiques lors de la maturation et de la récolte doivent être prises en compte pour fixer tant la date de semis que le choix des variétés. En effet, la récolte doit avoir lieu au moment où le rendement et la qualité du grain seront les plus élevés.

Une récolte trop hâtive fait perdre dans certains cas du rendement et risque de donner des grains immatures ou des graines humides qu'il faudra sécher.

Une récolte trop tardive peut conduire à un égrenage spontané des panicules (d'où pertes) et à une détérioration du grain (variations brutales de température et d'humidité).

Habituellement, le sorgho est récolté à la main par les paysans d'Afrique de l'Ouest. Les tiges sont couchées après dessouchage ou pliées pour amener l'épi à hauteur d'homme. La panicule est alors séparée de la tige en se servant d'une espèce de couteau («ngobane» du Sénégal). Ce travail demande de l'ordre de 100 heures/ha (1) pour un rendement obtenu en station de recherche. Les pailles sont utilisées à des fins domestiques (constructions de palissades, de toitures et combustible) ou pour la nourriture du bétail.

(1) Ce temps est évidemment lié au niveau de rendement de la culture.

Les panicules sont récoltées à une humidité de l'ordre de 16 à 20 %. Une bonne conservation ne peut avoir lieu qu'autour de 14 %. En zones sahéliennes, le grain est encore plus sec (8 % environ dès le mois de décembre).

Le séchage est conduit au champ ou à proximité des habitations. Les panicules être sur le champ ou placées sur des perroquets (claies surélevées (2)).

9.2 - Le battage

Il est effectué au bâton sur des aires nettoyées où les panicules sont disposées par couche de 10 à 15 cm d'épaisseur. Sous le choc, les graines quittent leur enveloppe. Le battage de la récolte d'un hectare effectué par cinq hommes demande de l'ordre de trois à quatre heures, ce qui représente environ 50 kg/heure/travailleur. Pour des quantités plus modestes correspondant à des besoins journaliers, le travail est effectué au pilon et au mortier. Le rendement est ici de l'ordre de 10 kg par jour et par femme.

Le battage est un égrenage lorsqu'il est réalisé à la main ou avec de petits appareils. Cette opération est toujours suivie d'un vannage qui permet de séparer les grains des divers déchets (paille et rachis).

Le prototype d'un égrenoir à main a été étudié au Sénégal dans les années 70, mais abandonné à cause d'un débit faible et de la qualité insuffisante du travail réalisé.

Dans ce pays, des batteuses polyvalentes mil - sorgho ont été mises au point, à partir d'un prototype créé à Bambey (Sénégal) vers la fin des années 50. Divers constructeurs ont alors mis sur le marché des machines: la BS 1000 de Siscoma, la batteuse DAK 11 de Marot, la Bamba de Bourgoin. Les

(2) Une certaine recherche artistique n'est pas exclue: en pays Matakan au nord Cameroun, des bandeaux alternativement blanc et rouge sont mis sur les claies et sont réalisés avec des panicules à grains blancs et rouges. deux premières sont des machines dont les débits sont de l'ordre de 1 t/heure, pouvant être déplacées de village en village. La troisième est plus légère, son débit est du 1/3 environ des précédentes et son prix est plus bas. On estime que le parc sénégalais de machines est de l'ordre de 50 à 100 BS 1000, d'une vingtaine de Bamba et de quelques DAK II.

On trouvera en figure 8 le schéma de la batteuse BS 1000.

Les épis disposés sur la table d'alimentation (1) sont introduits manuellement sous la hotte de protection (2). Un tambour engreneur (3) force l'introduction des épis entre le batteur (4) et le contre - batteur (5); l'égrenage est réalisé par friction avec les surfaces abrasives et l'écart décroissant entre le batteur et le contre - batteur assure un dépiquage progressif sans brisures du grain. Le produit battu est recueilli dans une chambre (6) et entraîné régulièrement par le distributeur sur le crible (8). Le grain chute à travers les mailles de ce crible dans le couloir de nettoyage (9) vers le convoyeur à vis (10). Le nettoyage du grain s'effectue par séparation densimétrique. Un courant d'air issu du ventilateur (11), passe par le couloir (9) et au travers des mailles du crible (8), entraînant les déchets vers l'extérieur. La majorité de la poussière est évacuée par un aspirateur (12). L'ensachage est effectué à l'aide d'un élévateur à godets.


Fig. 8. - Principe de fonctionnement de la batteuse BS 1000. Source: Machinisme agricole tropical, n° 93, janvier - mars 1986, CEEMAT.

Les principaux réglages portent sur:

- la vitesse de rotation du batteur,
- l'intensité de la ventilation par ouverture ou fermeture des volets situés sur le ventilateur.

9.3 - Le stockage

La plus grande partie de la production de sorgho des paysans africains est gardée au niveau du village pour être utilisée sur place. Les dispositifs traditionnels de stockage, qui sont le fruit d'une longue expérience, sont parfaitement adaptés aux conditions locales. On peut cependant leur apporter quelques améliorations.

Le stockage est fait soit sous forme de panicules, soit sous forme de grains. Le stockage en panicules est le plus répandu. Les greniers traditionnels sont construits en matériaux d'origine végétale et reposent sur des blocs de pierre ou de latérite. Etant aéré, ce type de stockage évite la formation de «poches de chaleur» favorables au développement des moisissures.

Au Sahel, on trouve un grand nombre de greniers spécifiques de la tradition, des ethnies et variables dans leur volume, leur forme et la nature des matériaux employés: greniers aérés faits de matériel végétal et greniers à parois pleines fabriquées en pisé.

Le stockage en grain est réalisé de façon traditionnelle dans des silos à parois pleines: greniers en banco en argile malaxé avec ou non des fragments végétaux, ou avec des briques d'argile. L'insertion de films plastiques dans les parois, éventuellement la pose d'un revêtement réalisé avec de la peinture imperméable ou un produit bitumineux peut améliorer l'étanchéité.

Le stockage en greniers enterrés est surtout répandu en Inde mais on peut le trouver dans certains pays d'Afrique de l'Ouest.

Des stockages en grains plus importants en volume peuvent être réalisés tant au niveau individuel que collectif (village ou coopérative). La conservation en sacs plastiques épais a été testée mais les rats ont tôt fait de percer les sacs ouvrant ainsi la voie à d'autres ravageurs.

La conservation en silos de type individuel se présente sous différentes formes:

- Le fût de 200 litres, rare sur le marché ou le fût métallique cana - grenier ITA constitué d'une tôle enroulée et soudée, à fonds emboutis étanches. Le principe de la conservation consiste à asphyxier les insectes par manque d'oxygène et surproduction de gaz carbonique.

- Le silo métallique est constitué de quatre tôles ondulées galvanisées de 80/100 assemblées par des boulons suivant leur longueur. Il est recouvert d'un toit conique également en tôle. La capacité varie de 1,5 à 2 t pour un diamètre de 1 m environ et une hauteur comprise entre 1,8 et 2,5 m.

- Le silo CARRERAS (fig. 9) est réalisé à l'aide de parpaings agglomérés auto - coffrants courbes surmontés d'une toiture en béton coulé sur un coffrage en forme de parapluie: sa capacité est de 3,5 m³.

- Le silo magain (fig. 10) se présente sous la forme d'un mini - magasin rectangulaire couvert, construit en agglomérés de ciment et recouvert d'un toit en tôle contenant des casiers en parpaings situés de part et d'autre d'un couloir central. On dispose de 11 m³ environ en quatre cellules. Ce silo donne des résultats techniques satisfaisants; sa construction et son maniement sont aisés.


Fig. 9. - Silo CARRERAS.


Fig. 10. - Silo magasin. Source: Machinisme agricole tropical, n° 93, janvier - mars 1986, CEEMAT.

Les traitements insecticides

Le principe du traitement des stocks avec des insecticides de contact consiste à enrober chaque grain d'une pellicule de poison qui tue l'insecte. Il se pratique soit par adjonction de poudre par saupoudrage, soit par utilisation de bombes aérosols ou de bouteilles, soit par utilisation de concentrés émulsifiables épandus par pulvérisateur.

Les produits disponibles sont les suivants:

- Les organo - phosphorés: MALATHION, DICHLORVOS et BROMOPHOS devraient être remplacés par:

· l'ACTELLIC à la dose de 10 g m.a./tonne de grain
· le RELDAN à la même dose
· le SATISFAR à la même dose
· le DAMFIN à la dose de 10 à 12 g m.a./tonne de grain.

Ces produits sont peu toxiques pour l'homme et leur rémanence est intéressante (un peu moins bonne pour le DAMFIN).

- Les pyréthrinoïdes de synthèse:

· Le RESBUTHRIN liquide à la dose de 1,5 cm³ de m.a./tonne de grain
· la K - OTHRINE à la dose de 1 g m.a./tonne de grain. Rappelons enfin que le HCH est à proscrire.

- Le traitement par fumigation

Ce traitement curatif consiste à introduire un gaz ou fumigant dans une enceinte étanche et à le maintenir à concentration suffisante pendant un temps donné.

Il y a beaucoup de produits fumigants mais les trois plus intéressants sont:

· le BROMURE DE MÉTHYLE qui se présente sous forme gazeuse

· le TÉTRACHLORURE DE CARBONE qui est liquide

· L'HYDROGÈNE PHOSPHORE ou PHOSMINE qui se présente en pilules ou comprimés qui libèrent la matière active sous l'effet de l'humidité ambiante.

La dose à utiliser dépend de la sensibilité des différents stades du ravageur.

X. Les utilisations du sorgho

Le sorgho est la céréale des peuples vivant en zone tropicale sèche (300 millions d'hommes). Il fournit non seulement du grain pour l'alimentation humaine mais aussi du fourrage (feuilles, tiges), des matériaux utilisés dans la confection des habitations et de l'énergie pour la cuisson des aliments. La production, destinée essentiellement à l'autoconsommation, est réalisée dans chaque pays, voire chaque région, sans échanges commerciaux importants.

Dans les pays industrialisés, le sorgho est généralement réservé à l'alimentation animale: les grands courants commerciaux décrits au chapitre 1 sont liés à cette utilisation.

Le grain du sorgho est un aliment énergétique grâce à sa haute teneur en amidon. La présence, chez certaines variétés, de facteurs anti - nutritionnels (tanins) peut diminuer sa valeur alimentaire en entraînant la formation de complexes tanins - protéines inassimilables.

La composition en acides aminés des protéines fait apparaître, comme c'est le cas pour toutes les céréales, une déficience en lysine. Contrairement au maïs, le sorgho contient suffisamment de tryptophane et d'acides aminés soufrés. Globalement, le sorgho est plus riche en protéines que le maïs, mais moins que le blé.

Les lipides du germes sont très riches en acides linoléique et linolénique, acides gras poly-insaturés indispensables à l'homme et réputés non nocifs pour les artères. L'huile qu'on peut extraire de ce germe n'est par contre pas utilisable pour la friture.

Les vitamines, abondantes, sont également concentrées dans les opérations de première transformation (décorticage).

10.1 - Utilisations pour l'alimentation humaine

10.1.1 - Utilisations traditionnelles

Les utilisations alimentaires du sorgho sont nombreuses et différent dans chaque pays. On peut toutefois les classer en trois catégories:

- Préparations obtenues à partir du grain entier comme le grain bouilli entier ou concassé (Chine, Inde, Afrique).

- Préparations nécessitant décorticage et mouture:

· Porridge ou bouillie épaisse préparée à partir de farine non fermentée: ugali (Afrique de l'Est), tô (Afrique de l'Ouest), sankati (Inde)... Parfois dans certaines régions (par ex. Burkina Faso), suivant les ethnies ou en période de soudure, on peut trouver du tô préparé à partir de grains entiers broyés sans décorticage préalable.

· Bouillie claire plus ou moins fermentée: ugi (Afrique de l'Est), ogi (Nigéria et Ghana), bogobe (Bostwana).

· Galette et pain plat:

- avec une pâte non fermentée: rôti (Inde), waina (Nigéria)
- avec une pâte fermentée: injera (Ethiopie), kisra (Inde).

· Couscous (Afrique de l'Ouest).
· Beignets: tubani ou ganda (Nigéria).

Pour toutes ces préparations, le décorticage et la mouture se font généralement au mortier et au pilon en zone rurale. La pénibilité de cette tâche assurée par les femmes peut être diminuée par l'introduction de décortiqueuses et moulins utilisés au niveau artisanal. Il en existe plusieurs modèles (on en fabrique par exemple au Sénégal, en France, en Inde, au Canada).

- Boissons:

· Boissons non alcoolisées, soit non fermentées: fura (Nigéria, Burkina Faso), soit obtenues après fermentation lactique: bussa (Ouganda), abrey (Soudan).

· Boissons fermentées alcoolisées comme les bières artisanales: la bière claire type dolo de l'Afrique de l'Ouest et la bière opaque type bière Bantou ou Kaffir de l'Afrique australe. On fabrique également un alcool en Chine (vin de sorgho).

10.1.2 - Utilisations industrielles

L'industrie essaie, d'une part de fournir sous une forme pratique les produits de base destinés à la confection des plats traditionnels déjà cités, en zone urbaine prioritairement, d'autre part de fournir de nouveaux produits, en général en adaptant des procédés déjà mis au point sur d'autres céréales.

- Produits traditionnels:

· Farines et semoules:

Jusque vers les années 1965, la mouture industrielle n'avait fait l'objet que d'essais ponctuels sur des moulins à cylindres cannelés. Des décortiqueurs à riz plus ou moins adaptés avaient été utilisés pour le décorticage du sorgho à façon en Afrique et en Asie. La mouture industrielle en continu par voie sèche a commencé à intéresser les constructeurs, les gouvernements et les planificateurs, lorsque le phénomène d'urbanisation a posé le problème de l'alimentation des villes et entraîné l'augmentation des importations de blé.

Sous l'impulsion du Niger (1964), puis de la FAO, des installations de 1 à 2 tonnes/heure ont été étudiées selon deux diagrammes distincts:

- Mouture directe sur cylindres cannelés placés en série et purifications successives des différents produits de mouture. Des diagrammes type blé tendre et blé dur ont été réalisés par des constructeurs (Buhler) (1) et des centres de recherches (IRAT/INRA) (2). L'enveloppe des sorghos étant plus friable que celle du blé, la séparation des semoules ou farines et du son de sorgho est plus difficile par mouture directe que par décorticage. Un conditionnement par humidification, durant 5 à 10 minutes avant broyage facilite l'élimination des issues après mouture et ce d'autant mieux que le tamisage des semoules est complété par un sassage.

(1) Bühler Frères S.A., 9240 Uzwil, Suisse.

(2) Laboratoire de Technologie des Céréales, INRA/IRAT, 2, place Viala, 34060 Montpellier Cedex 01, France.

- Décorticage et séparation des enveloppes et du germe suivi de la mouture (Schule, UMS) (3). Cette dernière technique a l'avantage de s'inspirer directement du procédé traditionnel artisanal, sans toutefois nécessiter un trempage préalable du grain. Les installations construites selon ce procédé fonctionnent actuellement au Soudan (Khartoum et Wad Medani). En Chine du nord où le sorgho est largement cultivé, le grain est décortiqué dans des installations industrielles dérivées des rizeries et consommé comme succédané du riz.

(3) F.H. Schule Gmb H. Hammer Deich, 70, 2000 Hambourg, 26, RFA et United Milling Systems A.S., 8, Gamble Carlsberg Vej., 2500 Valby Copenhague, Danemark.

Le décorticage préalable est plus intéressant que la mouture directe dans le cas des sorghos riches en tanins. Il permet d'éliminer totalement la couche brune avec les enveloppes avant le broyage et d'obtenir des farines peu colorées et sans tanin, donc plus digestes.

· Boissons

En Afrique australe, la bière opaque est fabriquée aussi à l'échelle industrielle.

- Produits nouveaux:

· Pains et biscuits:

Le sorgho est, certes à un moindre degré que le maïs, une matière première pour les industries alimentaires des pays

tropicaux en voie d'industrialisation. Les protéines du sorgho ne formant pas de gluten ne permettent pas la fabrication de pains levés à partir de farine de sorgho pure, mais une incorporation partielle de 5 à 10 % de farine de sorgho dans la farine de blé donne une panification satisfaisante. Des essais de valorisation par l'emploi de farine de sorgho en mélange avec la semoule de blé dur pour fabriquer des pâtes alimentaires, et de farine de sorgho pure en biscuiterie, ont montré que des solutions technologiques existaient. Les céréales importées étant souvent moins chères que les céréales locales, il n'est pas économiquement possible à l'heure actuelle de lancer des opérations commerciales sans un aménagement des politiques céréalières nationales ou du commerce mondial des céréales.

· Bières:

On peut utiliser les gritz du sorgho grain en remplacement des brisures de riz ou des gritz de maïs dans la bière de type européen. Cette technique est pratiquée dans certains pays d'Afrique (Nigéria), lorsque les autres grains ne sont pas disponibles. Elle est permanente dans d'autres Etats (Rwanda). Une utilisation industrielle nécessite des caractéristiques de grains très précises liées à la teneur en amidon, en protéines et à l'activité diastasique (sensibilité aux enzymes).

· Usages divers:

Dans l'industrie, le sorgho est capable, le cas échéant, de fournir les mêmes produits que le maïs. Les Etats - Unis avaient considérablement développé son utilisation durant la deuxième guerre mondiale:

- Comme succédané du tapioca grâce à la culture de sorghos de type cireux (waxy) riches en amylopectine. Cette ligne de prodution a été arrêtée dès qu'il a été possible d'importer à nouveau du tapioca.

- Pour la production d'amidon. Cette voie est plus difficile que celle offerte par le maïs, les taux d'extraction au niveau industriel étant plus bas. L'amidon de sorgho est utilisé dans l'industrie textile et alimentaire (agent épaississant). L'ami don des sorghos cireux peut servir à la fabrication de dextrines (fabrication de colles). A partir du glucose tiré de l'amidon, on sait faire des caramels pour la coloration d'aliments et de boissons. L'huile, sous - produit de la transformation est utilisable dans l'alimentation humaine.

- Pour la production de sirop, de sucre et d'alcool qui peut se faire à partir des variétés de sorgho doux dont la tige contient un pourcentage élevé de sève sucrée. La teneur en sucre des jus extraits se situe entre 13 et 18% selon les variétés. L'industrie d'extraction qui avait connu une certaine ampleur aux Etats - unis entre 1940 et 1965 n'est plus compétitive. L'extraction de sirop à haute teneur en fructose à partir des grains est techniquement possible en adaptant les procédés utilisés pour l'extraction à partir du maïs.

10.2 - Utilisation pour l'alimentation animale

Les résidus de récolte, soit l'ensemble des tiges, feuilles et panicules égrenées, représentent pour l'agriculteur une importante source de fourrage pour l'alimentation de son bétail. L'importance de ces résidus varie suivant les races de sorgho, les types de variétés, le niveau de fertilité des terroirs.

La variation est grande: ainsi au Burkina Faso, en 1987, on a trouvé des variétés pour lesquelles le rapport poids de grains/poids de taille exprimé en pourcentage, allait de 10 % pour S 29, une variété traditionnelle de race guinea, à 30 % pour IRAT 277, une variété sélectionnée.

Des observations faites en Ethiopie par des chercheurs de l'ILCA (4) ont montré que la digestibilité des chaumes varie considérablement avec les variétés. Toute utilisation rationnalisée nécessitera donc une étude préalable. Par exemple ils ont observé qu'une variété de taille courte ayant un fort rendement en grains a donné un faible rendement en chaumes et des taux médiocres de digestibilité alors qu'une variété de taille moyenne a donné un rendement en grain légèrement inférieur au premier, mais un excellent rendement en feuilles avec une bonne digestibilité. Cette variété permettrait, cultivée sur un hectare, de nourrir un bovin de 280 kg pendant 500 jours en utilisant uniquement les feuilles, tandis que la variété classée la première ne couvrirait ces besoins que pendant 320 jours et qualitativement moins bien en raison d'une faible digestibilité.

(4) ILCA: International Livestock Center for African (= C.I.PE.A.) Addis Abbeba - Ethiopie.

Le fourrage vert: il existe des espèces et variétés spécialisées pour le fourrage qui sont non toxiques. Si on utilise les variétés destinées normalement à la production de grains, il faut s'assurer qu'elles ne contiennent pas de substances cyanogénétiques dans les jeunes plantes ou les repousses.

L'ensilage de la plante entière est utilisé pour l'engraissement des ruminants et notamment des taurillons, avec des résultats proches de ceux obtenus avec l'ensilage de maïs. Dans ce cas aussi on se doit d'associer des compléments riches en protéines, vitamines et sels minéraux.

Le grain est utilisé en alimentation animale dans les pays développés. L'identification puis la diffusion de variétés sans tanin (c'est-à-dire contenant moins de 0,3 % de tanin dans la matière sèche) a donné récemment un coup de fouet à son utilisation (5), d'autant que le sorgho est globalement moins cher que le maïs. Ainsi, recommande-t-on son emploi pour l'alimentation de porcins, d'agneaux et de volailles moyennant un supplément en tourteaux de soja, en sels minéraux et en vitamines.

(5) Chez le porc la teneur en ED (énergie digestive) du sorgho sans tanin est proche de 3 830 kcal/kg de matière sèche. Cette teneur en ED diminue de 263 kcal par point de tanin.

LE SORGHO TRADITIONNEL AU BURKINA FASO


Le semis
(J. Chantereau)


Le sarclage manuel
(J. Chantereau)


Le séchage
(P Ollitrault)


La conservation greniers samo
(J. Chantereau)


La fabrication de la bière de sorgho
(P Ollitrault)


La préparation du Tô de sorgho
(J. Chantereau)

Lexique

Adventice: Plante introduite accidentellement (au sens botanique). Par extension est synonyme de mauvaise herbe.

Alléllopathie: Capacité de certains végétaux d'empêcher, par l'émission de substances toxiques, le développement d'espèces voisines.

Allogamie: Mode de reproduction où les fleurs d'une plante sont fécondées par le pollen d'une autre plante.

Antibiose: Action défavorable au développement d'un ravageur défini, exercée par un ensemble de caractères de la plante - hôte.

Autogamie: Mode de reproduction où les fleurs d'une plante sont fécondées par le pollen de ces mêmes fleurs.

Androstérilité: Type de stérilité se traduisant par l'absence de pollen ou par la présence d'un pollen non fonctionnel ou enfin la non déhiscence des sacs polliniques.

Castration: Opération artificielle qui consiste à extraire ou tuer les étamines d'une fleur. La fleur castrée ne donnera des graines que si l'on apporte sur cette fleur du pollen collecté sur une autre plante (on aura ainsi réalisé une hybridation).

Cléïstogame: Se dit de fleurs pour lesquelles la pollinisation et la fécondation se font avant l'ouverture.

Epirhize: Se dit d'une plante qui se fixe sur les racines d'une plante - hôte.

Gritz: Grain dégermé.

Haustorium: Organe développé dans les tissus de l'hôte par une plante parasite assurant l'absorption et l'acheminement des substances nutritives puisées dans l'hôte au bénéfice du parasite (= suçoir).

Hémiparasite: Parasite végétal qui possède de la chlorophylle et qui, de ce fait, n'a besoin de prélever sur son hôte que de l'eau et des matières minérales dissoutes.

Holoparasite: Parasite végétal qui doit prélever sur son hôte la totalité des produits dont il a besoin pour assurer sa croissance.

Hybride F1: Variété créée à partir du croisement de deux parents (lignées pures génétiquement différentes).

Lignée pure: C'est une lignée parvenue par autofécondations successives à un haut degré d'homozygotie qui lui donne une très grande stabilité.

Lignées isogéniques: Couples de lignées ne différant que par un seul gène (de résistance, de stérilité, etc.), ou par leur cytoplasme.

Néonate: Larve d'insecte venant de sortir de l'œuf.

Sélection massale: Dans une parcelle semée à partir d'une population, choix d'individus fait sur leur apparence pour obtenir par le mélange de leurs graines une nouvelle génération de la population.

Variabilité: Désigne, en amélioration des plantes, la diversité qualitative (richesse allélique) du matériel végétal à partir de laquelle le sélectionneur va pouvoir extraire et fixer des variétés nouvelles.

Bibliographie simplifiée

APPERT J., 1985. Le stockage des produits vivriers et semenciers. Le Technicien d'Agriculture Tropicale (4). Paris, Maisonneuve & Larose, 2 vol., 225 p.

BARRAULT J., ECKEBIL J.P., VAILLE J., 1972. Point des travaux de l'IRAT sur les sorghos repiqués du Nord Cameroun «Muskwari». L'Agron. Trop., 27 (8): 791 - 814.

BURGOS LEON W., GANRY F., NICOU R., CHOPART J.L., DOMMERGUES Y., 1980. Un cas de fatigue des sols induite par la culture du sorgho. L'Agron. Trop., 35 (4): 319 - 334.

C.I.E.H., I.R.A.T., 1984. Valorisation agricole des ressources pluviométriques. Synthèse de l'Atelier IRAT - CIEH, Ouagadougou (BKF), 27/11 - 4/12 1982, Ouagadougou (BKF), CIEH - IRAT, 147 p., 27 annexes.

DOGGETT H., 1988. Sorghum. London (UK), Longman, 512 p.

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HULSE J.H., LAING E.M., PEARSON O.E., 1980. Sorghum and the millets: their composition and nutritive value. London, Academic Press, 997 p.

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I.T.C.F, 1985. Le sorgho grain, culture, utilisatin et marché. Paris, ITCF, PRO - SORGHO, GNIS, 32 p.

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SAPIN P., REYNARD A., 1968. La culture de décrue du sorgho dans la vallée du fleuve Sénégal. Quelques techniques culturales simples pour son amélioration. L'Agron. Trop., 23 (8): 864 - 871.

SAUTIER D., O'DEYE M., 1989. Mil, Mais, Sorgho - Techniques et alimentation au Sahel, Paris, Harmattan, 171 p.

TEETES G.L., SESHU REDDY K.V., LEUSCHNER K., HOUSE L.R., 1983. Manuel d'identifcation des insectes nuisibles au sorgho. Bulletin d'informations n° 12, Patancheru (India), ICRISAT, 124 p.

VANDEVENNE R., BONO M., 1987. Production et contrôle des semences de sorgho en zone tropicale. Mémoires et Travaux de l'IRAT n° 14, Nogent/Marne, IRAT, 369 p.

WILLIAMS R.J., FREDERIKSEN R.A., GIRARD J.C., 1978. Manuel d'identifcation des maladies du sorgho et du mil. Bulletin d'informations, n° 2, Patancheru (India), ICRISAT, 88 p.

Annexe

RAPPEL SUR LA STÉRILITÉ MÂLE GÉNOCYTOPLASMIQUE CHEZ LE SORGHO

Pour une plante comme le sorgho, seules deux voies sont utilisables pour la production à grande échelle de semences hybrides:

- l'emploi de gamétocides,
- l'exploitation de la stérilité mâle génocytoplasmique.

Cette deuxième voie est activement exploitée depuis 1956 et a permis un développement spectaculaire des variétés hybrides de sorgho. Ces formules variétales sont ainsi les seules utilisées dans les pays développés et prennent une importance croissante en Inde.

L'utilisation de la stérilité mâle génocytoplasmique pour la création de variétés hybrides fait intervenir trois types de lignées:

- Les lignées mâles stériles (lignées A)

Elles portent un cytoplasme mâle stérile et de plus elles sont homozygotes ms/ms pour le gène de stérilité.

- Les lignées mainteneuses (lignées B)

Ce sont les lignées isogéniques des lignées A correspondantes mais porteuses d'un cytoplasme normal.

- Les lignées restauratrices (lignées R)

Elles servent de pollinisateurs lors de la création des semences hybrides. Ces lignées sont homozygotes MS/MS. Schématiquement on a donc:


Cytoplasme

Génotype

Stérilité mâle

Lignée A

stérile

ms/ms

oui

Lignée B

normal

ms/ms

non

Lignée R

quelconque

MS/MS

non

Hybride

stérile

ms/MS

non

CET OUVRAGE A ÉTÉ

ACHEVÉ D'IMPRIMER SUR LES PRESSES LIENHART & C* A

EN NOVEMBRE 1991 DE L'IMPRIMERIE AUBENAS D'ARDÈCHE

DÉPÔT LÉGAL: Novembre 1991
N° 5162. Imprimé en France

Agence de coopération culturelle et technique

L'Agence de Coopération Culturelle et Technique, organisation intergouvernementale, créée par le Traité de Niamey en mars 1970, rassemble des pays liés par l'usage commun de la langue française, à des fins de coopération dans les domaines de l'éducation, de la culture, de la communication, des sciences et des techniques, et plus généralement, dans tout ce qui concourt au développement de ses pays membres et au rapprochement des peuples.

Les activités de l'Agence dans les domaines de la coopération scientifique et technique pour le développement se groupent en cinq programmes:

- agriculture environnement
- energie
- prospection et concertation en sciences et techniques pour le développement
- information scientifique et technique

La vocation de l'Agence de favoriser les échanges, la circulation des hommes et des idées et la coopération au sein de la francophonie, fait que la constitution de réseaux et la diffusion de l'information ont toujours été des actions privilégiées.

Etats membres: Belgique, Bénin, Burkina Faso, Burundi Canada, République Centrafricaine, Comores Congo, Côte d'Ivoire, Djibouti Dominique France, Gabon, Guinée, Guinée Equatoriale, Haïti, Liban, Luxembourg, Madagascar, Mali, Ile Maurice, Monaco, Niger, Rwanda, Sénégal, Seychelles, Tchad, Togo, Tunisie, Vanuatu, Vietnam, Zaïre.

Etats associés: Cameroun, Egypte, Guinée-Bissau, Laos, Maroc, Mauritanie, Sainte-Lucie.

Gouvernements participants: Nouveau-Brunswick, Québec.

ACCT, 13, quai André-Citroën, 75017 Paris. Tél. (1) 43 37 33 00
Télex: AGECOOP 20 19 16. Télécopie: (1) 45 79 14 98

Le centre technique de coopération agricole et rurale

Le Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) est installé depuis 1963 à Ede Wageningen au titre de la Convention de Lomé entre les Etats Membres de la Communauté européenne et les Etats du groupe ACP Le CTA est à la disposition des Etats ACP pour leur permettre un meilleur accès à l'information, à la recherche, à la formation ainsi qu'aux innovations dans les secteurs du développement agricole et rural et de la vulgarisation.

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Ligne internationale: 31-8380-60400
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