Page d'accueilAide
Rechercher des termes spécifiquesParcourir les publications classées par catégoriesParcourir les publications par listes alphabétiquesParcourir les publications par organisationParcourir les publications par documents provenant de ce pays



Ouvrir cette page dans une nouvelle fenêtreAfficher toute la table des matièresAfficher le texte pour la section selectionnée seulement
close this bookL'arachide en Afrique tropicale (Maisonneuve et Larose, 1996)
Voir cette section du texte(introduction...)
Voir cette section du texteLe technicien d'agriculture tropicale
Voir cette section du texteRemerciements
Ouvrir ce fichier et voir le contenuI. Presentation generale
Ouvrir ce fichier et voir le contenuII. La plante dans son environnement
Ouvrir ce fichier et voir le contenuIII. Techniques culturales et itinéraires techniques
Ouvrir ce fichier et voir le contenuIV. Les grands enjeux de la production arachidiere
Voir cette section du texteSources documentaires et conseils de lecture
Voir cette section du texteAgence de la francophonie (ACCT)
Voir cette section du texteLe centre technique de coopération agricole et rurale


L'arachide en Afrique tropicale (Maisonneuve et Larose, 1996)

par R. SCHILLING
Avec la collaboration de
P. Dimanche, P. Crambade, J. Gautreau

Editions Maisonneuve et Larose
15, rue Victor - Cousin
F 75005 PARIS

L'édition de cet ouvrage a bénéficié d'un soutien de l'Agence de la Francophonie.

Les noms de lieux ou de personnes et leur orthographe les limites territoriales les jugements de valeurs sur les hommes et les faits les idées et opinions exprimés dans cet ouvrage n'engagent que son auteur et ne sauraient être considérés comme reflétant un point de vue ou une position officielle de l'Agence de la Francophonie.

© Maisonneuve et Larose - 1996
ISBN: 2 - 7068 - 1 267 - 2
ISSN: 0298.3540

La loi du 11 mars 1957 n'autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article 41, d'une part, que les «copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective» et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, «toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite» (alinéa l" de l'article 40).

Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.

Le technicien d'agriculture tropicale

Collection couronnée par l'Académie d'Agriculture de France et dirigée par René COSTE
Membre de l'Académie des Sciences d'Outre - Mer
Ingénieur général d'agronomie (H.)

1. Le Riz pluvial , par Michel JACQUOT et Brigitte COURTOIS.

2. Le Maïs par Guy ROUANET.

3. Le Bananier plantain , par Hugues TEZENAS DU MONTCEL.

4. Le Stockage des produits vivriers (en deux volumes), par Jean APPERT.

5. Le Cotonnier en Afrique tropicale , par Gérard SEMENT.

6. Le Manioc , par Pierre SILVESTRE.

7. Le Désherbage des cultures tropicales , par E.M. LAVABRE.

8. Insectes nuisibles aux cultures vivrières et maraîchères (en deux volumes), par Jean APPERT et Jacques DEUSE.

9. Les légumineuses vivrières tropicales , par Marc BORGET.

10. Le théier , par Denis BONHEURE.

11. Le caféier , par H.R. CAMBRONY.

12. L'écrevisse rouge des marais , par Jacques C.V. ARRIGNON, Jay V. HUNER et Pierre J. LAURENT,

13. Aménagements villageois et du terroir , par Gérard JOSSET,

14. Le cacaoyer , par Guy Mossu.

15. Les plantes tropicales à épices , par M. BORGET.

16. Les crustacés tropicaux d'élevage , par J. ARRIGNON, J.M. GRIESSINGER, D. LACROIX, P. GONDOUIN et M. AUTRAND.

17. La canne à sucre , par R. FAUCONNIER.

18. Le sorgho , par J. CHANTEREAU et R. NICOU

19. L'élevage de la volaille , par A.J. SMITH (deux volumes).

20. Manuel pratique de vulgarisation agricole , par M. MORIZE (deux volumes).

21. Ravageurs des cultures tropicales , par E.M. LAVABRE.

22. Culture des fleurs à couper , par R. KROLL.

23. Le mouton , par R.M. GATENBY (deux volumes).

24. Le lapin , par D. FIELDING.

25. Le cocotier , par G DE TAFFIN.

26. Pisciculture en eau douce: le Tilapia , par J. ARRIGNON.

27. L'avocatier , par J.P. GAILLARD et J. GODEFROY.

28. Le porc , par D.H. HOLNES.

29. Les cultures maraîchères , par R. KROLL.

30. L'igname , par L. DEGRAS.

31. Conditionnement et commercialisation des cuirs et peaux bruts tropicaux , par A.H. ROBINET.

32. L'hévéa, par M.A. DELABARRE et J.B. SERIER.

33. Le palmier à huile , par J.C.JACQUEMARD.

34. L'alimentation des ruminants , par J. CHESWORTH.

35. Les petits fruits , par R. KROLL.

36. La production laitière , par R.W. MATTHEWMAN.

37. L'arachide, par R.SCHILLING.

Remerciements

Cet ouvrage est le fruit des connaissances et de l'expérience acquises par les chercheurs de l'Institut de Recherches pour les Huiles et les Oléagineux (IRHO) et de l'Institut de Recherches en Agronomie Tropicale (IRAT) pendant plus de quatre décennies, en contact permanent avec les agriculteurs africains et en parfaite coopération avec leurs collègues et partenaires des institutions régionales et nationales impliquées dans la recherche arachidière.

Que tous en soient ici chaleureusement remerciés. Nos remerciements vont particulièrement à MM. Gillier et Silvestre, auteurs d'un important ouvrage sur l'arachide paru chez le même éditeur, auquel nous avons emprunté plusieurs schémas et graphiques. Merci également à Monsieur Bockelée-Morvan, Directeur de la Division des Oléagineux Annuels de l'IRHO jusqu'en 1992, qui a contribué substantiellement au chapitre 4 et qui a bien voulu assurer une lecture critique du texte.

L'arachide en raccourci

La production arachidière est assurée, pour les quatre - cinquièmes environ, sur les exploitations paysannales traditionnelles asiatiques ou africaines. Les caractéristiques principales de ce mode de production sont relativement constantes:

- culture manuelle ou culture attelée légère;
- faible consommation d'intrants;
- stratégie de réduction du risque dans le cadre d'assolements ou d'associations arachide - céréales.

Dans ce contexte, les points sensibles de la filière sont:

- la disponibilité en semences (fragilité et faible taux de multiplication de la graine d'arachide);
- la mise au point d'itinéraires techniques adaptés et modulables;
- l'organisation de la commercialisation et la valorisation des produits.

L'arachide, plante rustique, plastique et peu exigeante, jouit de la faveur des agriculteurs des pays du Sud. Elle présente des avantages multiples, sur les plans:

- agronomique, liés à l'introduction d'une léqumineuse dans des rotations à dominante céréalière;

- nutritionnel, liés à l'apport lipidique et protéinique procuré par l'arachide dans les régimes alimentaires à trop forte dominante glucidique;

- économique, liés à la diversité des produits arachidiers susceptibles d'être soit auto - consommés soit vendus.


I. Presentation generale

L'arachide (Arachis hypogaea L.) est une légumineuse* annuelle cultivée dans toute la zone intertropicale, qu'elle déborde très largement jusqu'aux 40e parallèles Nord et Sud, lorsque les étés chauds permettent à la plante de boucler son cycle malgré la latitude élevée.

Sa rusticité, sa plasticité, la multiplicité de ses usages, font de l'arachide une culture oléoprotéagineuse très appréciée. Elle est en grande partie (87 % en poids) consommée sur place sous des formes diverses ce qui réduit à13 % environ la part faisant l'objet d'échanges internationaux sous forme d'huile (brute ou raffinée), de fruits (gousses ou graines) et de tourteaux*. L'arachide figure en bonne place parmi les principaux oléoprotéagineux* au niveau mondial:

Production mondiale des principaux oléoprotéagineux Base graine


Teneur en huille %

Teneur en protéines* %

1979 - 81

1993




Millions de tonnes

Soja

21

38

86,07

111,01

Coton

20

23

27,01

30,77

Tournesol

35

21

14,41

20,49

Colza

45

30

11,29

26,24

Arachide

50

25

12,94

17,50

* Renvoi au glossaire.

1.1 Les produits arachidiers

La richesse de l'arachide en huile alimentaire (50 %) et en protéines (25 %) en fait un aliment apprécié. Elle est consommée soit en graines après décorticage* des gousses, soit en huile après trituration des graines, soit encore sous des formes plus ou moins élaborées («beurre», pâtes, farines, confiseries diverses); les sous - produits donnent lieu à une valorisation importante dont la séquence est schématisée sur la figure 1.


Fig 1 Séquence des opérations de transformation.

Rapport moyen huile raffinée/gousses (en poids): 1/3. (les pourcentages indiqués représentent des moyennes)

1.1.1 - L'huile et son marché

La composition chimique de l'huile d'arachide lui confère une bonne aptitude pour la friture et l'assaisonnement; sa résistance à la chaleur et sa stabilité en font une huile industrielle très appréciée pour la fabrication de certains produits alimentaires (plats cuisinés, frites et chips, etc...).

Au plan nutritionnel, la teneur de l'huile d'arachide en acides gras essentiels* est très proche des recommandations actuelles: en ce qui concerne la prévention de l'athérosclérose, le rôle des acides gras mono-insaturés, prédominants dans l'huile d'arachide comme dans l'huile d'olive, a été démontré.


Recommandations

Huile d'arachide du Sénégal

Acides gras saturés

25 %

21 % (palmitique)

Acides gras monoinsaturés

50 %

58 % (oléique)

Acides gras polyinsaturés

25 %

21 % (linoléique)

Au plan économique, la large gamme d'utilisations de l'huile d'arachide lui assure un surprix de l'ordre de 30 à 40 % par rapport aux huiles de tournesol, de soja et de colza (tableau I).

Tableau I Prix moyens comparatifs des principales huiles alimentaires (USD/t)



huile

tourteau

SOJA

1991/93

457

214


1981/93

477

226

TOURNESOL

1991/93

468

127


1981/93

513

138

COLZA

1991/93

422

143


1981/93

444

146

PALME

1991/93

371

_


1981/93

426

_

ARACHIDE

1991/93

618

153


1981/93

752

185

(Source: Oil World)

Tableau II Importations et exportations d'huile d'arachide en 1994 (.000 t)

Exportations

Importations

Sénégal

80,3*

U.E. - 12

217,5

UE - 12

54,3

dont France

85,6

Argentine

46,5

Italie

43,6

Autres pays

34,1

Belgique

37,4

Chine

30,3

Allemagne

21,0

U.S.A

27,1

Autres·pays

54,9

Soudan

23,0*

Hong Kong

31,3

Inde

20,0

U.S.A.

6,3

Total Monde

315,6

Total Monde

310,0

(*) Chiffres officieux

(Source: FAO)

Le marché de l'huile et du tourteau ne porte que sur une faible part de la production, soit respectivement 8 % et 13 % (tableaux II et III). Il est largement dominé par 5 pays: Sénégal, Chine, Soudan, Argentine et Inde (ce dernier exportant surtout du tourteau).

Les importations sont essentiellement le fait des pays de l'Union Européenne (12): 70 % de l'huile (217 521 tonnes) et 36,7 % du tourteau (228 040 tonnes). La France est le plus gros acheteur d'huile et de tourteau d'arachide avec respectivement 39,3 % et 64,9 % des importations de l'UE - 12. Sur 479 000 tonnes d'huile consommées en France en 1993 pour l'alimentation humaine, l'huile d'arachide vient en 2e position (17,3 %) après l'huile de tournesol (53,8 %).

Bien que concurrencée par les huiles moins chères, la demande reste encore forte sur l'huile d'arachide, essentiellement en raison de ses qualités technologiques spécifiques. La régression des volumes traités à partir de 1985 tient à la baisse de l'offre des pays traditionnellement exportateurs (Sénégal, Soudan, Argentine) pour des raisons diverses (problèmes organisationnels, politiques ou reconversion en faveur du soja).

1.1.2 - Le tourteau et son marché

Le tourteau d'arachide qui contient un taux de protéine élevé (48 - 50 %) a été pendant longtemps une des bases de l'alimentation du bétail en Europe et en France spécialement. Là également, la concurrence du soja et des autres protéagineux* est extrêmement sévère et l'accroissement considérable de la consommation d'aliments protéiniques a réduit dramatiquement la part de l'arachide par rapport à celle des autres sources, rendant la France et l'UE tributaires des USA et de l'Amérique du Sud pour leur approvisionnement. La régression de l'arachide dans ce domaine est associée à deux faits: la baisse de l'offre générale dans les pays d'Afrique où l'auto - consommation s'accroît au détriment des exportations, alors que la production baisse; la présence d'aflatoxine* dans les produits récoltés qui entraîne une nette dépréciation de la graine et du tourteau.

Le redressement de la situation sera lié à l'application générale des techniques de prévention et de détoxification* et à la diversification des utilisations (valorisation de la fraction protéique pour l'alimentation humaine). La détoxification industrielle des tourteaux est réalisée au Sénégal, où les principales huileries sont équipées d'unités de détoxification d'une capacité totale de 1 250 tonnes/jour.

1.1.3 - L'arachide de bouche

Identification des produits

La quasi - totalité des transactions internationales en graines ou en coques portent sur l'arachide de bouche, l'arachide d'huilerie étant le plus souvent triturée sur place dans les pays producteurs. Les arachides de bouche sont destinées à la consommation humaine sans extraction d'huile. Les arachides décortiquées constituent déjà un premier stade de la transformation; elles représentent la plus grande partie des transactions effectuées. Les arachides en coques, en général après grillage, vont presque directement à la consommation humaine. En revanche les décortiquées sont le résultat d'un triage propre à l'arachide de bouche, effectué après décorticage. Le produit trié est la matière première de la filière de transformation qui conduit aux différents produits de la consommation humaine (graines grillées, nougats, farine, pâtes, «beurre», etc...).

Tableau III
Importations et exportations de tourteaux d'arachide en 1994 (.000 t)

Exportations

Importations

Inde

346,1

U.E. - 12

228,0

Sénégal

83,7*

dont France

148,0

Chine

58,1

Belgique - Lux.

16,3

Soudan

55,0*

Portugal

10,6

Autres pays

40,9

Allemagne

5,1

U.E. - 12

37,9

Italie

4,3

Argentine

30,6

Espagne

2,1

U.S.A.

28,9





Indonésie

192,8



Thaïlande

112,8



Autres pays

56,6



Malaisie

31,0

Total Monde

681

Total Monde

621,2

(*) Chiffres officieux

(Source: FAO)

Les catégories d'arachide de bouche correspondent aux trois grands types d'arachide cultivés: Virginia, Valencia et Spanish, classés en fonction de leurs caractéristiques technologiques. Ainsi on pourra considérer comme «arachide de bouche» les variétés Virginia, à très grosses graines, pouvant être vendues tant en coques triées qu'en graines triées. L'appellation «arachide de confiserie» sera alors réservée aux variétés à graines plus petites (de type Virginia, Valencia ou Spanish) cultivées en général pour l'huilerie, mais dont une partie peut être valorisée pour l'alimentation humaine. Ces critères, très généralement adoptés par les opérateurs de la filière, conduisent à la classification ci - après propre au marché international:

Virginia à grosses graines

- consommation en coques torréfiées en l'état,
- les grosses graines sont utilisées pour les produits snacks* (graines salées, enrobées, etc...),
- les petites graines et brisures sont réservées à la fabrication de pâtes et de «bourre».

Graines moyennes (runner)*

- production de confiseries par enrobage de sucre et de chocolat pour les grosses graines,
- les graines moyennes servent en biscuiterie,
- les demi - graines et petites graines servent à la fabrication du «beurre»et des pâtes.

Spanish à petites graines

Les plus grosses graines sont utilisées en produits snacks mais l'essentiel sert à la fabrication du «bourre» et des pâtes.

La filière de transformation

Il existe tous les intermédiaires entre l'arachide d'huilerie et l'arachide dite de bouche qui ne s'en distingue parfois que par l'utilisation finale du produit: c'est le cas au niveau du marché traditionnel qui se contente généralement de trier les graines les plus grosses avant de les griller et de les traiter pour les vendre directement. Le marché international, plus exigeant et plus rémunérateur, est fondé sur des variétés spécialement sélectionnées bénéficiant de techniques de culture particulières. La séquence des opérations conduit à une gamme de produits répondant à des normes strictes tant technologiques que commerciales, récapitulée sur la figure 2; la filière de production et de transformation est exposée plus en détail au chapitre 4.

Le marché de l'arachide de bouche

Un marché important et soutenu s'est développé depuis les années 1970, essentiellement en direction des pays européens bien que les USA demeurent les premiers exportateurs et le premier consommateur mondial d'arachides de bouche de qualité et de produits manufacturés qui en dérivent. Au cours de la campagne 1992 - 93, les exportations ont atteint 1,1 million de tonnes, ce qui représente 50 % (en valeur) du marché international de l'ensemble des produits arachidiers.

(pourcentages indicatifs moyens)


Fig. 2. Valorisation de l'arachide de bouch

Tableau IV

Importations d'arachide de bouche (.000 t décortiquées)


1983

1992

Monde

500

920

dont Europe occidentale

255

601

CEE

-

567

France

29

85

La croissance a atteint 4 % l'an; le marché est dominé par (données 1993):

Les USA: 368 000 t
La Chine: 300 000 t
Le Vietnam: 84 000 t

L'Afrique tient encore une place négligeable malgré les très bonnes qualités organoleptiques* de ses graines, faute de pouvoir assurer un approvisionnement constant en qualité comme en quantité.

Les cours sont stables et élevés car entraînés par les USA, pays où le prix de revient est élevé. Le cours de la graine de bouche est au moins le double de celui de la graine d'huilerie, pour une catégorie Medium Runner (40/50 graines à l'once*):

Moyenne 1981/93 en USD/t CIF Rotterdam:

Graine Runner 40/50: 952; huile: 752; tourteau: 185.

Les perspectives en cette fin de siècle sont intéressantes, car le marché continuera de s'accroître en Europe de l'Ouest, tandis qu'il se développera en Europe de l'Est. Les pays traditionnellement exportateurs ne pourront plus satisfaire seuls la demande: les USA sont désormais soumis aux dispositions très contraignantes du GATT et du marché commun nord - américain; la production chinoise est en grande partie absorbée par la croissance de la demande intérieure; l'Argentine et le Brésil sont exposés, pour des raisons climatiques, à une forte contamination par l'aflatoxine et s'orientent de plus en plus vers le soja.

Cette situation favorise l'émergence de nouveaux exportateurs (Vietnam) et place l'Afrique, notamment les pays de la zone franc, en situation de concurrence avantageuse, à condition qu'un effort soit fait pour organiser rationnellement la filière et améliorer la qualité des produits ainsi que la régularité de l'approvisionnement.

1.1.4 - Les fanes et les coques

La valeur fourragère des fanes d'arachide est équivalente à celle de la luzerne; la production de fourrage sec, en culture pluviale, est sensiblement égale (en poids) à celle des gousses. Elle peut atteindre, sous irrigation, de 5 à 10 tonnes par hectare. Le fourrage est utilisé dans toutes les zones de savanes africaines; en zone soudano-sahélienne d'Afrique de l'Ouest, et spécialement dans le bassin arachidier sénégalais où les jachères* ont pratiquement disparu, elles sont particulièrement recherchées et procurent un revenu monétaire important aux petits producteurs.

Les coques vides, en Afrique de l'Ouest, fournissent une partie de l'énergie aux huileries locales (1 kg de coques = 1 kWh). Des quantités importantes de coques sont disponibles sur l'exploitation lorsque la commercialisation est faite en graines; le produit est alors brûlé ou épandu en guise d'amendement*. Dans certains pays, les coques interviennent comme des éléments de lest dans la préparation d'aliments pour le bétail ou servent à la fabrication de panneaux de particules agglomérées utilisés en menuiserie.

1.2 - La production arachidière dans le monde et en Afrique

1.2.1 - La production mondiale

Après une assez longue période de stabilité où la production de l'arachide plafonnait aux alentours de 19 millions de tonnes, celle - ci a repris une extension importante entre 1980 et 1992 pour atteindre 23,5 millions en tonnes base coque en 1993, soit 16,1 millions de tonnes en graines décortiquées (tableau V).

Tableau V Production mondiale d'arachide en 1993 (base coque en millions de tonnes )

ASIE

AFRIQUE

AMERIQUE DU SUD

AMERIQUE N. ET C.

16,0 (68 %) dont:

4,7 (20 %) dont:

0,5 (2 %) dont:

2,2 (9 %) dont:

Inde:

Nigeria:

Argentine:

USA:

8,2Mt (51 %)

1,2Mt (25 %)

0,3Mt (60 %)

1,9Mt (86 %)

Chine:

Sénégal:

Brésil:


5,8Mt (36 %)

0,6Mt (13 %)

0,2Mt (40 %)



Soudan:




0,5Mt (11 %)



Source: FAO

Les performances en termes de rendement sont très inégales selon le niveau des intrants* utilisés et selon le degré de maîtrise de l'eau. Les rendements en culture irriguée tournent autour de 3 à 4,5 tonnes/ha tandis qu'en culture pluviale ils ne dépassent pas 0,7 à 1,5 tonne/ha en culture paysannale traditionnelle. Alors que la moyenne mondiale se situe à 1 t/ha (selon la FAO), la moyenne africaine avoisine 800 kg/ha, celle des USA 3 t/ha, celle d'Israël 3,7 t/ha. Les progrès récents les plus nets ont été obtenus en Chine, où les rendements sont passés de 1,2 t/ha sur la période 1970 - 1974 (1,7 million d'hectares) à 1,9 t/ha sur la période 1985 - 1990 (3,1 millions d'hectares).

1.2.2 - La production africaine

La production africaine, globalement, couvre environ le tiers des superficies mondiales mais n'atteint pas le cinquième de la production mondiale, elle - même en croissance sensible, grâce notamment aux progrès de la productivité réalisés en Chine à très grande échelle; l'Afrique de l'Ouest intervient pour environ 57 % dans la production africaine, soit environ 11 % de la production mondiale (tableau VI).

Tableau Vl Part de l'Afrique dans la production mondiale d'arachide (.000 ha et.000 t coques)


1969 - 1971

1979 - 1981

1989 - 1991

1992


S

P

S

P

S

P

S

P

Monde

19 747

18 293

18 535

18 546

20 310

20 352

20 609

23 506


(100)

(100)

(100)

(100)

(100)

(100)

(100)

(100)

Afrique

7 094

5 611

6 156

4 527

5 915

4 759

6 349

4 670


(36)

(31)

(33)

(24)

(29)

(23)

(31)

(20)

Afrique de l'Ouest (1)

3 288

2 719

1 994

3 020

2 774

3 265

2 617



(21)

(18)

(15)

(11)

(15)

(14)

(16)

(11)

(1) Bénin, Burkina Faso, Gambie, Ghana, Guinée - Bissau, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Togo.

(Source: FAO Yearbook 1991 et 1992)

La production ouest - africaine, qui représentait 25 % de la production mondiale dans les années 1960 a fortement baissé au cours de la décade 1970 - 1980. L'analyse des causes de cette régression est révélatrice; certaines sont dues à des facteurs naturels (virus de la rosette, sécheresse, maladies fongiques*) ou à des facteurs exogènes (fluctuations des cours mondiaux); d'autres - probablement plus importantes - sont lices à la dégradation de l'environnement technico-économique de la filière (carences au niveau de l'approvisionnement en intrants, dysfonctionnements des offices de commercialisation, politiques de prix et de crédit peu incitatives). Dans beaucoup de pays où la production ne suffit plus à la consommation locale, la pénurie se traduit par des cours élevés sur le marché parallèle intérieur et le circuit de commercialisation officiel vers les huileries n'est plus approvisionné. L'augmentation de la production jusqu'à un niveau dégageant des excédents serait alors nécessaire pour assurer l'approvisionnement en corps gras des populations à un prix normal.

La production arachidière
Quelques repères économiques

- Production mondiale 1992: 23,5 millions de tonnes base coques dont:
Inde 7,6
Chine 6,4
Afrique 4,7

- Trois principaux marchés: huile, bouche, tourteaux, auxquels s'ajoute un sous - produit très important en zone semi - aride: les fanes.

- Une production largement consommée dans les pays producteurs eux - mêmes, avec ou sans transformation industrielle (13 % base coques mis sur le marché international).

- Une demande de «bouche» rémunératrice, en forte expansion (doublement du marché international en dix ans, 900 000 t base graines en 90 - 93).

- Une production africaine représentant le cinquième de la production mondiale sur le tiers des superficies (respectivement 16 % et 11 % pour l'Afrique de l'Ouest en 1992).



Photo 1. Arachide (fruits) du groupe Virginia


Photo 2. Début de floraison


Photo 3. Nodosités sur pied âgé d'arachide

II. La plante dans son environnement

L'arachide cultivée est une légumineuse annuelle de 30 à 70 cm de haut, appartenant à la famille des Favacées, érigée ou rampante, autogame*, à roissance continue, au mode de fructification particulier (les gousses se forment dans le sol). De ces traits fondamentaux découlent les caractéristiques agronomiques qui déterminent son mode de culture et sa place dans les systèmes agraires traditionnels.

2.1 - Connaissance de la plante

2.1.1 - Morphologie et développement

La partie aérienne comprend une tige principale, toujours érigée, et deux ramifications primaires, érigées ou rampantes, qui commandent le port de la plante. Le système racinaire pivotant porte les nodosités* fixatrices d'azote caractéristiques des légumineuses. Les feuilles sont composées de deux paires de folioles opposées, elliptiques, de couleur verte plus ou moins foncée. Les fleurs jaunes - orangées, papilionacées, prennent naissance à 'aisselle des feuilles; après la fécondation qui a lieu avant l'ouverture de la corolle, la base de l'ovaire s'allonge pour former un pédoncule appelé gynophore qui s'enfonce de quelques centimètres dans le sol où se forme le fruit, composé d'une coque indéhiscente* contenant une à quatre graines.

La graine est dormante* dans le groupe Virginia, non - dormante chez les Valencia et Spanish. Elle lève au bout de trois à cinq jours; la plante aura un développement végétatif limité jusqu'au début de la floraison (25 à 30 jours après le semis), suivi d'un développement végétatif intense avec émission de fleurs puis formation des gousses. La floraison dans les conditions de croissance normale passe par un maximum entre 40 et 60 jours après semis (J.A.S.) pour ensuite décroître sans cesser totalement jusqu'à la récolte. Une plante émet de 400 à 1 000 fleurs dont 10 à 20 % donneront des gousses qui ne parviendront pas toutes à maturité: seules les premières gousses formées, correspondant à la floraison «utile», pourront s'enterrer et mûrir. Dans les conditions optimales de culture pluviale, l'arachide achève son cycle en 90 jours (variétés hâtives), en 120 jours (semi - tardives) ou en 140 jours (tardives). L'irrigation, en prolongeant la croissance améliore la productivité. Les gousses à la récolte contiennent environ 35 % d'eau; un séchage naturel ou artificiel sera donc nécessaire pour abaisser la teneur en eau jusqu'à 8 % avant de pouvoir stocker la récolte.

La technique du marquage des fleurs a permis de faire correspondre les fleurs formées en cours de cycle avec les gousses parvenues à maturité:


Fig. 3. Floraison/fructification d'une arachide de 120 jours au Sénégal
Source: Rapports annuels IRHO

2.1.2 - Origine, évolution et caractéristiques génétiques

Origine sud - américaine de l'arachide

L'origine sud - américaine de la plante est attestée par des références historiques (rapports d'explorateurs et de naturalistes du XVI e XIX e par des échantillons archéologiques découverts dans des tombes péruviennes et remontant à la période 1500 - 1200 avant notre ère, et surtout par des prospections ethno-botaniques qui ont permis de recueillir environ 70 espèces sauvages et d'identifier six zones de différenciation génétique de l'arachide cultivée en Amérique du Sud, alors qu'il n'existe pas d'arachide sauvage en dehors de ce continent. L'arachide était cultivée, à l'arrivée des explorateurs européens, depuis le Nord de l'Argentine jusqu'au Mexique et aux Caraïbes et depuis le Pérou à l'Ouest jusqu'à la côte brésilienne à l'Est. L'extraction de l'huile ne semble pas avoir été pratiquée.

Diffusion mondiale de l'arachide cultivée

La dissémination de l'arachide s'est faite à partir de la côte péruvienne en direction de l'Extrême - Orient d'une part, et à partir de la côte brésilienne en direction de l'Afrique de l'Ouest d'autre part, par les navigateurs espagnols et portugais respectivement. L'arachide aurait atteint le Mexique à l'époque pré - colombienne, mais l'introduction aux Etats - Unis aurait eu lieu ultérieurement à partir de l'Afrique. La première introduction en Europe (Portugal, 1784) aurait été faite en provenance du Brésil, et Lucien Bonaparte introduisit la plante en France en 1801. Les premières exportations commerciales eurent lieu en provenance de Gambie vers la Grande - Bretagne et les USA en 1835, et en provenance du Sénégal vers la France en 1840. Ce courant commercial devait alimenter l'industrie des huileries - savonneries de Marseille.

L'arachide cultivée a couvert la totalité de la zone intertropicale et subtropicale à partir de deux centres de diversification secondaire de l'espèce: l'Afrique de l'Ouest et la zone Philippines Indonésie - Malaisie.

Bases génétiques de l'amélioration variétale

L'arachide cultivée est un hybride interspécifique stabilisé par doublement de chromosomes (2n = 40: allotétraploïde) à partir de deux parents sauvages diploïdes inconnus. Toutes les variétés cultivées appartiennent à l'spèce Arachis hypogaea elle - même divisée en deux sous - espèces, hypognea hypogaea correspondant au type Virginia et hypogaea fastigiata correspondant aux types Valencia et Spanish. La diversification variétale est considérable (17 000 variétés maintenues dans la collection mondiale) lice essentiellement à l'action de l'homme (sélection). A signaler toutefois l'utilisation en Australie, pour la production de fourrage, d'une variété issue d'Arachis pintoi (Pinto's peanut).

L'arachide est autogame par cléistogamie (non - ouverture des fleurs avant fécondation). Le taux moyen d'allogamie* varie de 0,2 à 5 %. Il en résulte un certain nombre de caractéristiques intéressantes pour la sélection; en particulier, les populations naturelles sont composées d'une mosaïque de types stables. Il est possible d'isoler des types intéressants et de les multiplier; la conservation des lignées pures et la multiplication des semences s'en trouvent facilitées.

L'ensemble des variétés cultivées est généralement classé en fonction de critères aisés à déterminer conduisant aux trois grands types, dont les caractéristiques et la position taxonomique* sont données dans le tableau VII. Les variétés de type Valencia se distinguent en outre par la teinte pourpre de la tige, leurs folioles plus larges et plus claires et surtout par leur adaptation aux zones d'altitude et de forte nébulosité (régions forestières).

2.1.3 - Méthodes, objectifs et résultats de la sélection arachidière

Evolution générale

C'est en Afrique de l'Ouest, principale zone productrice, qu'a été entreprise dès avant 1930 la sélection de variétés améliorées d'arachide destinées au paysannat africain. Les recherches de base (création de matériel végétal et mise au point de tests d'évaluation et de criblage) ont été conduites (et sont encore poursuivies) pour l'essentiel au Nigeria, au Sénégal et au Burkina Faso, ces deux derniers pays ayant vocation respectivement pour couvrir les problèmes relatifs aux zones soudano-sahéliennes, où la contrainte dominante est la sécheresse, et aux zones soudano-guinéennes, où les maladies cryptogamiques et virales sévissent avec une intensité particulière.

Tableau VII Classification et principales caractéristiques des arachides cultivées

Genre

Arachis

Espèce

Hypogaea

Sous - espèces

Hypogaea

Fastigiata

Variétés

Hypogaea

Vulgaris

Fastigiata

Types

Virginia

Spanish

Valencia

Port

Erigé/rampant

Erigé

Erigé

Ramification

Alterne

Séquentielle

Séquentielle

Fleurs sur tige principale

Non

Oui

Oui

Couleur feuillage

Vert foncé

Vert clair

Vert clair

Cycle

120 - 150 J

90 J

90 J

Dormance

Oui

Non

Non

Gousses (cavités)

2 c.

2 c.

3-4 c.

Les programmes de sélection ont profondément évolué tant dans leurs objectifs que dans les méthodes utilisées pour les atteindre. Cette évolution s'est traduite par un renouvellement total du matériel végétal mis à disposition des agriculteurs africains: passage de populations locales rampantes, de 120 jours, peu productives et à petites graines, à une gamme de variétés érigées, de 90 à 150 jours, productives, mieux adaptées à la sécheresse, tolérantes à certaines maladies ou présentant des caractéristiques permettant de les écouler sur des marchés plus rémunérateurs.

Cinq principaux thèmes de sélection peuvent être distingués: l'amélioration générale de la productivité; la tolérance à la sécheresse; la tolérance aux maladies foliaires; la tolérance à A spergillus flavus (agent de l'aflatoxine); l'arachide de bouche et de confiserie.

Méthodes de sélection

Le mode de reproduction de la plante commande la stratégie de sélection à retenir. L'autogamie quasi totale de l'arachide, entraînant une variabilité génétique limitée, deux voies d'approche principales ont été utilisées: la collection, la caractérisation et la valorisation du matériel local et introduit d'une part; la création de variabilité génétique dirigée par intercroisements d'autre part.

La variabilité génétique existante est exploitée ou améliorée par la sélection massale (on retiendra, dans la population de plantes à améliorer, les graines de celles présentant les plus beaux phénotypes) ou généalogique (suivi des descendances permettant d'identifier les combinaisons de caractères les plus favorables). La création de variabilité génétique par croisements dirigés met en jeu, outre la sélection généalogique, diverses méthodes dont la technique du back - cross (transferts répétés d'un caractère simple dans une variété fixée présentant un défaut auquel on veut progressivement remédier); la méthode bulk (obtention de lignées homozygotes à partir de vracs de graines issues de plantes intéressantes conduits de F2 à F4 dont on extraira à partir de la F5 ou F6, les meilleures lignées issues de pieds choisis); la single seed descent, SSD (chaque plante convenable d'une génération participe à la constitution de la suivante à raison d'une seule graine par plante); la sélection récurrente (amélioration progressive des populations en faisant succéder des phases de sélection modérée et des phases de brassage génétique jusqu'à obtention de lignées), etc.

Cette phase de sélection est suivie de tests comparatifs, afin d'éliminer le matériel le moins performant et de vérifier l'homogénéité des lignées; celles - ci passent alors en micro - essais permettant des choix dans des matériels proches, puis ensuite en essais pluriannuels sur stations. Les meilleures variétés seront mises en expérimentation multilocale en présence du témoin localement vulgarisé, pendant trois à cinq ans, afin de couvrir au mieux la variabilité des conditions de production et de délimiter la zone d'adaptation des cultivars retenus. Ce n'est qu'au terme de ce long travail (douze à quinze ans en moyenne) qu'il sera possible de proposer une nouvelle variété aux services du développement, qui auront alors à entreprendre la multiplication des semences destinées aux agriculteurs (voir chapitre 4).

Principaux objectifs

La demande des producteurs et des consommateurs a évolué du fait de changements intervenus dans les techniques culturales, de l'évolution des conditions climatiques, de l'apparition ou l'extension de maladies, de l'évolution du marché et de l'apparition de contraintes nouvelles. Ces changements en termes d'objectifs de sélection, portent sur trois principales séries de caractères:

- Le rendement et ses principales composantes: nombre de gousses, poids de gousses, rendement au décorticage, maturité simultanée, production de fanes, pourcentage de levée, solidité des gynophores

- L'adaptation aux conditions agro - écologiques: longueur de cycle, adaptation à la sécheresse, dormance, résistance aux maladies, réponse aux fumures, adaptation à la culture pure mécanisée (port, groupement des gousses, densité de semis), adaptation à la culture irriguée.

- La qualité technologique et sanitaire des produits, en réponse à une demande de plus en plus exigeante: teneur en huile, qualités organoloptiques et nutritionnelles (composition en protéines et acides gras), conformité aux normes de l'arachide de bouche, qualités sanitaires (résistance à l'infestation par Aspergillus flavus/parasiticus ou à la sécrétion d'aflatoxines).

Certains de ces facteurs sont communs à l'ensemble des zones de culture, d'autres seront spécifiques de telle ou telle zone; les sélectionneurs, en contact étroit avec les divers opérateurs de la filière, établiront leurs objectifs en conséquence et définiront des «idéotypes variétaux» dont ils tenteront de se rapprocher au mieux.

Principaux résultats

La pression du milieu et de la demande a provoqué en Afrique, au fil du temps, des modifications très importantes dans les caractéristiques des variétés issues des programmes de sélection: les variétés rampantes ont été remplacées par des variétés érigées à fructification groupée; les variétés traditionnelles de 120 jours ont été remplacées en zones sèches, par des hâtives de 90 jours; des variétés répondant aux normes du marché de l'arachide de bouche ont été proposées dans les zones propices; des variétés tolérantes ont été diffusées (rosette) ou sont en cours de sélection (cercosporioses, rouille, aflatoxine) pour faire face aux contraintes phytosanitaires (voir 2.2.2). Les objectifs quantitatifs, orientés sur l'amélioration du rendement, ont caractérisé une première période au cours de laquelle le nombre et le poids de gousses par pied étaient les principaux critères de la sélection; une deuxième période, qui a débuté avec la sélection de variétés résistantes à la rosette et le démarrage des travaux sur la tolérance à la sécheresse (décennie 1950 - 1960), est caractérisée par des objectifs plus qua litatifs, visant à améliorer la tolérance aux stress biotiques et abiotiques ainsi que les caractéristiques des produits en fonction de leur utilisation.

Les résultats en matière de tolérance à la sécheresse illustrent bien cette démarche et nécessitent une mention particulière: physiologistes et sélectionneurs collaborent pour tester les variétés existantes et en créer de nouvelles. Des tests physiologiques ont été mis au point au Sénégal pour cribler ce matériel; les problèmes posés sont fonction des types de sécheresse, qui peuvent prendre deux formes principales: adaptation à de courtes saisons des pluies et à de faibles précipitations, auxquelles on répond par une réduction de la longueur du cycle de la plante; adaptation aux irrégularités de distribution des pluies qui se traduisent par des périodes de sécheresse intervenant à différents moments du cycle, ce qui nécessite la mise en jeu de mécanismes de régulation complexes (augmentation de l'absorption hydrique par les racines, réduction des pertes en eau, maintien de la turgescence et tolérance à la déshydratation). Les variétés issues de ce programme, diffusées rapidement grâce à un service semencier efficace, ont permis au Sénégal - seul parmi les pays producteurs ouest - africains - de rétablir rapidement son potentiel de production à la suite des sécheresses qui ont affecté la région dans le courant de la décennie 1970 - 1980.

Le tableau VIII présente les caractéristiques des principales variétés multipliées à partir du matériel végétal fourni par les stations spécialisées de Bambey (Sénégal) de Samaru (Nigeria) et de Niangoloko (Burkina Faso). Ces variétés ont été largement diffusées ou introduites dans les programmes de sélection en Afrique Centrale, Orientale et Australe.

Tableau VIII Caractéristiques des principales variétés multipliées en Afrique de l'Ouest


Hâtivité 100 j

Dormance

Tolérance
sécheresse

Tolérance
rosette

Décorticage
> 70%

Poids
graines
> 50g

Aptitude
bouche/
confiserie

55 - 437

x


x


x


x

73 - 30

x

x

x


x



47 - 10

x




x


x

Te 3

x


x





Ts 32 - 1

x


x


x



KH 149A

x



x




KH241 D

x



x




55 - 422


x



x

x

x

73 - 33


x

x


x

x

x

28 - 206


x



x



69 - 101


x


x

x



57 - 313


x



x



RMP12


x


x

x

x


GH119 - 20


x




x

x

756A


x




x

x

73 - 27


x



x

x

x

73 - 28


x



x

x

x

FIeur 11


x

x


x

x

x

Tamnut 16


x


x

x

x

x

2.2 - La plante dans son environnement physique et blologique

2.2.1 - Les facteurs édapho - climatiques

Le sol

Les caractères de structure du sol et sa compacité sont très importants en raison du mode de fructification de l'arachide; ils doivent en effet permettre la pénétration des gynophores puis l'arrachage des gousses mûres. L'arachide requiert en outre des sols bien drainés et bien aérés, car les échanges respiratoires des gousses en formation sont élevés. Les sols sableux, ou les sols à texture fine mais meubles et perméables, sont ceux qui conviennent le mieux. Les sols argileux, bien que productifs, seront plus difficiles à travailler et leur mise en culture d'arachide nécessite généralement le recours à la mécanisation et à l'irrigation.

L'arachide, sensible à la salinité, est peu sensible au pH* mais préfère les sols voisins de la neutralité. Les sols trop acides (pH inférieurs à 5) ou déficients en CaO* peuvent induire des toxicités manganiques ou aluminiques, accentuées par les cultures successives sans amendements; des sols alcalins (pH > 8) ou soumis à des inondations temporaires peuvent induire des carences* en fer.

La température et l'ensoleillement

L'optimum de température se situe entre 25 ° et 35 °C; les températures de 15° et 45 °C sont des extrêmes en deçà et au - delà desquels la germination est inhibée et la croissance ralentie. Les écarts diurnes de plus de 20 °C, et les températures nocturnes inférieures à 15 °C, entravent fortement le développement, provoquant un rallongement du cycle. Cette situation est fréquente en zone tempérée ou d'altitude, où les basses températures en début et en fin de cycle représentent un risque important conduisant parfois à des récoltes immatures. Les températures trop élevées peuvent également ralentir la croissance et provoquer des stress* hydriques, même sous irrigation. Le développement des gousses est meilleur lorsque la température des cinq centimètres superficiels du sol reste inférieure à 30 °C.

L'arachide est réputée peu sensible à la photopériode*, mais les jours longs semblent avoir une influence positive sur le développement: les semis précoces sont généralement plus productifs; les jours longs (> 14 heures) combinés avec des températures nocturnes élevées (> 30°) peuvent induire un déséquilibre se traduisant par une production surabondante de fanes; la réduction de l'ensoleillement, en zone équatoriale, peut avoir un effet similaire. Ces facteurs sont importants en culture irriguée et dans les zones à régime pluviométrique bimodal*, où l'on pourrait pratiquer deux ou trois cultures par an en alternance arachide - céréale, car le calage des cycles en fonction des rythmes saisonniers et du calendrier devient alors une contrainte majeure.

Le régime hydrique

L'arachide, bien que tolérante à la sécheresse, présente des phases de sensibilité variables selon le stade physiologique: la graine a besoin d'une quantité d'eau importante, proche de la capacité de rétention, pour s'imbiber avant de germer; l'embryon par contre aura des besoins en oxygène élevés dès que la germination sera amorcée. La période de préfloraison (0 à 30 JAS) correspond à une phase de bonne résistance à la sécheresse, suivie d'une période de sensibilité maximum correspondant à une forte activité physiologique (floraison et formation des gousses). La maturation, par contre, sera favorisée par une sécheresse relative et les pluies à ce stade peuvent avoir des effets très négatifs, notamment pour les types non - dormants susceptibles de regermer en sol humide et même en meules.

Une pluviosité comprise entre 500 et 1000 mm permet généralement de conduire avec succès une culture commerciale d'arachide, mais la répartition des précipitations, ainsi que l'adéquation avec le cycle de la variété choisie, ont une importance fondamentale: des rendements supérieurs à une tonne par hectare ont été obtenus à grande échelle au nord - Sénégal sur 350 mm de pluie concentrée sur trois mois, en utilisant une variété hâtive tolérante à la sécheresse. La tolérance à la sécheresse de l'arachide conduit souvent à la cultiver dans des zones sub - arides où l'alimentation en eau devient le principal facteur limitant des rendements. L'irrigation d'appoint, quand elle est possible, permet alors de compenser le déficit en période de sensibilité maximum (semis, formation des gousses, humectation du sol avant récolte). Ainsi sera obtenue une amélioration substantielle de la productivité et de la qualité des produits au prix d'un investissement minime.

La plasticité de l'arachide, liée à sa croissance indéterminée (la floraison se poursuit jusqu'à la fin du cycle) et à sa physiologie qui lui confère une relative tolérance à la sécheresse, lui permettent de pallier dans une certaine mesure les effets des aléas climatiques. Les facteurs qui inhibent la floraison (parasitisme, sécheresse) augmentent son intensité lorsque les conditions redeviennent normales; si les conditions climatiques sont favorables, le cycle sera allongé, permettant à un plus grand nombre de fleurs de parvenir à maturité. C'est ainsi que chez les variétés tardives un stress hydrique en cours de floraison pourra se traduire par un décalage général de la fructification, voire par deux niveaux de gousses mûres à la récolte. Ce phénomène de compensation est moins net chez les variétés hâtives, bien adaptées aux saisons pluvieuses courtes mais plus sensibles aux stress hydriques survenant en cours de végétation. Leur productivité globale s'en trouve réduite.

2.2.2 - Les ennemis des cultures

Maladies fongiques

Les champignons et les bactéries présents dans le sol, véhiculés par le vent ou transmis par les semences attaquent l'arachide à la levée, en cours de végétation et après la récolte lorsque la température et l'humidité s'y prêtent.

Les attaques à la levée sont favorisées lorsque le sol est lourd et mal drainé; une sécheresse intervient au moment de la levée; le semis est trop profond ou trop superficiel; les graines sont en mauvais état (blessées, dépelliculées, etc...).

Ces attaques ont une forte incidence économique, car elles réduisent le peuplement et par conséquent la productivité des cultures.

Les agents causaux des maladies fongiques peuvent intervenir à tous les stades. Les plus fréquents sont décrits ci - après; les méthodes de lutte sont présentées au chapitre III.

- Aspergillus niger qui est responsable de la pourriture du collet des jeunes plantules et des plantes adultes. Un bourrelet de moisissure noire se forme sur la base de la tige qui pourrit, entraînant le flétrissement et la mort du plant d'arachide. Les pertes peuvent être très élevées, provoquant une forte diminution de la population (10 à 20 %); les attaques surviennent parfois avant la levée, lorsque les graines non traitées ont été semées trop profondément ou dans un sol imbibé d'eau.

- Macrophomina phaseolina responsable de la pourriture sèche de l'arachide. Celle - ci peut intervenir à tout moment du cycle et à tous les niveaux de la plante (racines, feuilles et gousses). L'attaque débute par les racines et se propage dans la tige qui brunit (nécrose brun - rougeâtre). Après les feuilles, ce sont les plantes entières qui flétrissent et meurent, donnant l'impression qu'elles ont été brûlées; sur le terrain, la maladie se manifeste en taches circulaires dont l'intensité du flétrissement décroît du centre vers la périphérie. Le Macrophomina peut être également à l'origine d'une partie des «restes en terre» en s'attaquant aux gynophores et causer des taches rousses qui déprécient les gousses d'arachide de bouche

- Sclerotium rolfsii, responsable de la pourriture du collet, qui provoque aussi des nécroses au niveau des tiges et des feuilles. Ce champignon se manifeste par l'apparition d'un mycélium blanc sur les zones atteintes. Il peut provoquer la cassure des gynophores au moment de l'arrachage des plantes et les gousses restent alors en terre. Les graines elles - mêmes peuvent se couvrir de tâches bleuâtres caractéristiques (blue damage).


Photo 4. Feuille atteinte de cercosporiose hâtive (Cercospora arachidicola)


Photo 5. Aspergillus flavus sur graines d'arachide


Photo 6. Clump de l'arachide: noter le raccourcissement des entre - noeuds


Photo 7. Pustules de rouille (Puccinia arachidis)


Photo 8. Pieds rosetés et pieds sains

- Cercospora arachidicola et Phaeoisariopsis personatum sont responsables respectivement de la cercosporiose hâtive et tardive, qui sévissent alternativement ou simultanément sur la plupart des cultures, occasionnant des baisses de rendement importantes (jusqu'à 50 %) surtout en cas de cultures successives d'arachide dans un même champ. La première provoque des lésions circulaires, pouvant atteindre 1 cm de diamètre, dont le centre brun clair est entouré d'un halo jaune; les fructifications sont localisées sur la face supérieure de la feuille. La cercosporiose tardive peut présenter, ou pas, un halo jaune autour d'une lésion brun foncé; la sporulation se présente sous forme d'amas punctiformes en relief sur la face inférieure. La contamination primaire se fait à partir de conidies issues de débris de récolte qui peuvent rester viables sur place pendant plusieurs années. L'inoculum colonise d'abord les feuilles inférieures touchant le sol; les lésions apparaissent en 10 à 14 jours et l'épidémie se propage ensuite rapidement par voie aérienne (vent, insectes).

- Puccinia arachidis est responsable d'une maladie grave, la rouille, limitée antérieurement au continent américain. Elle fait partie du pathosystème ouest - africain depuis la décennie 1970 - 80 et se rencontre chaque année avec des degrés divers selon les régions et les conditions climatiques, plus particulièrement à partir de l'isohyète 800. Elle se manifeste par l'apparition de petites pustules de couleur ocre sur la face inférieure des folioles; celles - ci se nécrosent sans généralement se détacher du pétiole. Les urédospores*, disséminées par le vent, propagent la maladie à de grandes distances malgré leur durée de vie très courte (1 mois); la contamination se fait à partir des zones humides dans le sens des vents dominants, les périmètres irrigués et les cultures de contre - saison pouvant servir de relais. Cette maladie est en phase d'extension en Afrique.

- Aspergillus flavus est un champignon très commun responsable de la sécrétion de l'aflatoxine, substance toxique dont le rôle cancérigène pour l'homme et certains animaux d'élevage a été mis en évidence. La contamination peut être précoce, par voie florale; mais elle se fait surtout par pénétration directe de la gousse lorsque les conditions sont favorables (humidité de la gousse comprise entre 10 et 30 %). Ces conditions se trouvent réunies entre la maturation des gousses, avant même l'arrachage, et le début du séchage; les piqûres d'insectes, attaques de iules, dommages mécaniques, gousses fragilisées par la sécheresse ou un mauvais état physiologique, constituent autant de voies d'accès. La période de sensibilité maximum, en zone sèche, se situe avant la pleine maturité (influence de la sécheresse en fin de cycle) et en zone humide après la pleine maturité (persistance de l'humidité en cours de récolte et de séchage). Les brisures occasionnées par les opérations de conditionnement constituent autant de foyers de réinfestation dans les entrepôts mal aérés et mal protégés de l'humidité.

L'Aspergillus est reconnaissable aux débris pulvérulents de son métabolisme, d'une couleur vert - jaune caractéristique, présents sur les graines contaminées.

- Phoma arachidicola provoque l'apparition de nécroses en réseaux caractéristiques (Web blotch) sur la face supérieure des feuilles; les taches deviennent coalescentes et entraînent une défoliation prématurée et des pertes de rendements pouvant atteindre 40 % lorsque les attaques suivent celles de la cercosporiose hâtive. L'épidémiologie du phoma et celle des cercosporioses hâtives et tardives sont d'ailleurs comparables: les pathogènes sont transmis par les résidus de culture et les plantes - relais; l'irrigation favorise l'infestation. A la différence des cercosporioses toutefois, la maladie est favorisée par des températures fraîches (15 - 20°) ce qui explique sa répartition géographique (Amérique du Nord, Argentine, Afrique Australe, Chine, Japon, Australie). Des effets d'antagonisme entre phoma et cercosporiose hâtive provoquent une extension du phoma lorsque Cercospora arachidicola est contrôlé chimiquement, ce qui oblige à concevoir des méthodes de lutte intégrée dans les zones où les deux pathogènes coexistent.

- Pseudomonas solanacearum est une bactérie qui provoque le flétrissement de l'arachide (bacterial wilt) : la maladie se manifeste soudainement sur des rameaux distincts ou sur la totalité de la plante qui peut rester verte avant de jaunir et de mourir; les branches atteintes prennent une forme courbée caractéristique dite en «crosse d'évêque». Les climats chauds et humides sont les plus propices et la maladie sévit principalement en Chine du Sud où les dégâts moyens varient de 10 à 30 % en termes de rendement, dans tout le Sud - Est asiatique et à un moindre degré en Afrique Centrale. Les cultures associées*, la culture continue d'arachide, les rotations* avec des Solanacées (tabac), l'humidité du sol, sont des facteurs aggravants; la circulation et l'utilisation de semences mal séchées (situation fréquente dans les zones à deux saisons des pluies) est une cause de contamination. La bactérie étant sensible à la dessication, la pratique des jachères de saison sèche, combinée avec des rotations appropriées (soja, riz, maïs), apparaît comme un ensemble de mesures préventives partiellement efficaces. La sélection de variétés tolérantes est en cours.

Maladies virales

- La rosette est la maladie virale la mieux connue en Afrique et en Asie, où elle sévit chroniquement ou par intermittences, en zone humide surtout. L'agent vecteur est un puceron, Aphis leguminosae ou Aphis craccivora; l'intensité de la maladie est liée à l'importance et à la précocité des pullulations de pucerons lorsque les conditions climatiques sont favorables: la prolifération se déclenche 35 jours après le premier passage de l'humidité minimale diurne au - dessus de 70 % pendant une décade, ce qui se situe entre début juillet et mi - août dans les savanes soudano-guincennes où la rosette est endémique. Les semis précoces, de ce fait, permettent de limiter l'impact de la maladie, car l'incidence sur le rendement est d'autant plus faible que la contamination est plus tardive. Les semis denses, qui limitent la circulation des pucerons ailés, ont également un certain effet préventif. La rosette est reconnaissable au port caractéristique de la plante, lié au raccourcissement des entre - noeuds et des pétioles. Les feuilles, de taille réduite, prennent une teinte vert - foncé (rosette verte) ou jaunâtre (rosette chlorotique); la production de gousses, en cas d'attaque précoce, est nulle ou limitée à quelques monograines. Les attaques graves survenues en Afrique de l'Ouest, dans la décennie 1950 ont provoqué des dégâts considérables.

- Polymixa graminis, champignon saprophyte du sorgho présent dans le sol, pourrait jouer un rôle dans la transmission du Clump de l'arachide (Peanut Clump Virus, PCV); la maladie se manifeste en taches dans certaines zones bien localisées en Afrique au Nord de l'équateur et en Inde. Elle provoque un rabougrissement caractéristique avec des feuilles gaufrées de couleur vert - foncé. La transmission par graines a été incriminée mais les conditions de propagation de la maladie ne sont pas encore clairement élucidées. Son impact économique, en culture pluviale traditionnelle, reste très limité alors que l'irrigation semble favoriser son extension.

- Le Peanut Stripe Virus, non identifié en Afrique, sévit surtout en Asie de l'Est et du Sud - Est, d'où il a été introduit accidentellement dans des stations de recherche des USA. Le principal vecteur est Aphis craccivora mais la transmission se fait également par graines; la maladie entraîne le nanisme de l'arachide et le dépérissement final d'une partie ou de toute la plante. Au stade précoce d'infestation, elle se manifeste par des bandes et panachures chlorotiques parallèles aux nervures des folioles.

Ravageurs invertébrés divers

- Les iules (mille - pattes) sont des myriapodes abondants en Afrique de l'Ouest où ils se nourrissent de débris végétaux divers et attaquent les cultures, en particulier l'arachide. Les premières atteintes ont lieu sur les plantules en cours de levée; l'axe hypocotyle est rongé, ce qui favorise les moisissures et la fonte des semis. Les variétés à grosses graines (arachide de bouche), qui germent plus lentement, sont les plus vulnérables. Les jeunes gousses en formation sont ensuite attaquées, avant constitution d'une coque rigide: les orifices ainsi percés servent de voie d'accès à divers champignons et notamment à l'Aspergillus flavus.

Les dégâts à ce stade peuvent être graves, tant du point de vue quantitatif (pertes de gousses) que qualitatif (contamination par l'aflatoxine et réduction de la valeur marchande pour l'arachide de bouche). Les baisses de rendements imputables aux inles, dans le bassin arachidier sénégalais, varieraient entre 10 et 20 %; les espèces prédatrices de l'arachide ont été identifiées et décrites au Sénégal (tableau IX).

Tableau IX Iules prédateurs de l'arachide au Sénégal

Espèces

Caractéristiques morphologiques

Dimensions

Peridontopyge conani la plus courante, gros dégâts

Coloration brune rougeâtre à noire, ventre parfois clair . Robe variable en cours de saison

longueur
8-10 cm

diamètre
4-6 mm

Peridontopyge rubescens très courante gros dégâts

Espèce fine et allongée, coloration uniforme ocre jaune à jaune brun avec bande noire latérale

10 - 15 cm

5 - 8 mm

Haplothysanus chapelli assez courante dégâts importants

Grande forme: robe gris beige à double bande dorsale brune à rouge clair zébrée de noir; ventre brun noir

7-8 cm

4 mm


Petite forme: robe beige, flancs et ventre crème, fines lignes noirâtres dorsales et latérales

5 cm

2mm

Syndesmogenus mineuri très courante, redoutable à la fructification de l'arachide

La plus petite espèce; nombreuses colorations possibles, de l'ocre jaune zébré de noir avec une fine bande noire rayé de rouge

3 cm

1 - 1,5 mm

Archispirostreptus tumuliporus très courante mais sans incidente économique

Grosse espèce presque noire à pattes marron rouges, trapue, se recontre sur les arbres, particulièrement en fin d'hivernage

15 - 20 cm

10 mm

- Les nématodes* provoquent des dégâts souvent inaperçus car le parasite est difficilement décelable. Il est maintenant admis que les attaques de nématodes galligènes* sont répandues partout où la culture a pris une certaine extension. Les études entreprises au Sénégal ont permis de répertorier 26 espèces phytoparasites, dont les genres principaux sont Scutellonema (S.cavenessi), Meloidogyne, Pratylenchus, Macroposthonia.

En anhydrobiose* pendant la saison sèche, les nématodes se réhydratent aux premières pluies; c'est à ce stade qu'ils sont les plus vulnérables. Ils pénètrent dans les racines, voire les gynophores et les gousses, réduisant fortement le nombre et l'activité des nodules.

- Les termites peuvent attaquer les graines en terre et pénétrer dans la racine et la tige, grâce généralement à une blessure préexistante, pour ronger l'axe central. Bien que xylophages*, ils peuvent également percer les gousses avant maturité, en forant un orifice caractéristique situé sous le bec. Les meules d'arachides peuvent être attaquées par la base (dégâts sur gousses et sur fanes sèches) particulièrement lorsque la récolte a été insuffisamment séchée au préalable. Les périodes de sécheresse survenant en cours de végétation, et la présence de débris ligneux, favorisent les attaques.

- Les punaises (Aphanus sordidus) ou « wangs» (au Sénégal) peuvent proliférer sur les meules ou aux abords des lieux de stockage. Ils percent les coques grâce à leur rostre pour sucer les graines qui se vident de leur huile. Celles - ci flétrissent, prennent un goût amer et peuvent perdre leur faculté germinative (Figure 3).

- Les bruches de l'arachide (Caryedon fuscus) occasionnent des dégâts importants sur les stocks. Elles prolifèrent très vite (jusqu'à six générations par mois); les larves percent les coques et forment leur cocon dans les graines qu'elles dévorent, laissant sur place des souillures d'aspect farineux qui déprécient le produit et en augmentent l'acidité


Fig. 3. Punaise de l'arachide (Aphanus sordidus)


Fig. 4. Bruche de l'arachide (Caryedon fuscus)

2.2.3 - Nutrition minérale et fertilité

L'arachide, du fait de son système racinaire profond, de la symbiose rhizobienne*, de son mode de fructification particulier, de la présence de mycorhizes* symbiotes fixateurs de phosphore, peut explorer un très grand volume de sol pour en extraire les éléments qui lui sont nécessaires dans des conditions de fertilité parfois très marginales. Cette capacité lui a valu la réputation d'être peu réceptive à la fumure, au point que celle - ci est souvent négligée voire parfois déconseillée. Une meilleure compréhension des mécanismes de la nutrition minérale, et une meilleure évaluation des besoins, permet de rectifier ce jugement pour intervenir à bon escient; les techniques de fertilisation sont présentées au chapitre III.

Besoins de la plante en éléments fertilisants

- L'Azote peut être fourni pour partie par la fixation rhizobienne, sous réserve que les conditions favorables soient réunies; les no dues ne sont pas actifs avant un délai d'un mois après semis et peuvent assurer jusqu'à 70 % des besoins. Une fertilisation azotée excédentaire bloquera la fixation et provoquera un développement végétatif excessif au détriment de la fructification; un manque d'azote induira une chlorose* caractéristique et perturbera la nutrition minérale dans son ensemble («faim d'azote»). La teneur élevée de la plante en protéines, tant dans les graines que dans les fanes*, a pour conséquence des besoins en azote élevés.

- Le Phosphore est le principal élément nécessaire à l'arachide, qui grâce aux mycorhizes vésiculo - arbusculaires (MVA) de ses racines a la capacité d'en absorber même dans des sols qui en sont très pauvres. Environ 65 % du phosphore absorbé est stocké dans les gousses et par conséquent évacué du champ; c'est un élément actif du développement et de la maturité. Les carences sont décelables par un port rabougri, des folioles petites et une défoliation prématurée.

- La Potasse est absorbée par l'arachide en grandes quantités; la plante, surtout en début de croissance, en extrait plus qu'elle ne peut en consommer utilement («consommation de luxe»). Une fertilisation potassique excessive perturbe l'absorption du calcium par les gousses en formation; les symptômes de déficience en potasse peuvent apparaître en présence d'un niveau élevé de phosphore. Les carences se manifestent par une chlorose périphérique et parfois interveineuses des folioles, qui prennent une forme incurvée caractéristique dite «en cuiller».

- Le Calcium est indispensable à la croissance des coques et des graines; très peu mobile, il peut être absorbé directement par les gynophores et les gousses en formation, même si les couches sous - jacentes du sol en sont dépourvues. Les variétés à grosses gousses et les cultures en sols très sableux sont particulièrement exigeantes en calcium, surtout lorsque l'alimentation hydrique est limitante. Les carences se manifestent par une chlorose uniforme, un taux élevé de gousses vides («pops»), des embryons noirâtres. L'énergie germinative des graines est réduite, de même que la tolérance de la plante aux maladies fongiques et la résistance des coques aux manipulations et traitements nécessaires à la production d'arachide de bouche en coques grillées.

- Le Soufre, comme l'azote, est une composante importante des protéines; il contribue également à la résistance de l'arachide aux maladies cryptogamiques*. Les symptômes de carence se distinguent mal de ceux des autres éléments majeurs et notamment de l'azote et du phosphore auxquels le soufre est souvent associé dans la fertilisation.

- Les oligoéléments interviennent principalement au niveau de la photosynthèse, de la symbiose rhizobienne et de la qualité semencière des graines. La déficience en Fer, fréquente en sols alcalins, consécutive à un chaulage* excessif ou à des engorgements prolongés du sol, perturbe la fixation rhizobienne et se traduit par une chlorose généralisée; la déficience en Bore provoque un creux intercotylédonaire («hollow heart») et la fragilité des coques. L'absorption, comme pour le calcium, se fait directement par la gousse en formation; le Manganèse donne lieu à des phénomènes de toxicité sur les sols très acides exposés aux fortes précipitations des zones équatoriales; le Mobybdène est un élément essentiel, à très faibles doses, pour la synthèse des protéines et la fixation symbiotique de l'azote.

Le diagnostic foliaire* de l'arachide

L'analyse des sols fournit une situation chimique globale du substrat qui ne reflète qu'indirectement l'état d'alimentation minérale spécifique d'une culture. La recherche arachidière a développé, au Sénégal, une méthode de diagnostic fondée sur l'analyse des feuilles et sur les corrélations entre les teneurs des feuilles en éléments principaux et les rendements; des niveaux critiques ont été établis compte tenu des interactions des éléments entre eux et de l'état physiologique de la plante. Cette méthode permet de conduire la fertilisation au mieux des besoins réels de la plante révélés par l'analyse d'un échantillon de feuilles soigneusement normalisé. Pour chaque élément principal on dispose de courbes délimitant des zones à nutrition excédentaire et déficitaire; les points situés sur la courbe sont considérés comme représentant une nutrition optimum.

a. Nutrition azotée

Bien que l'arachide l'azote atmosphérique par ses nodosités, des facteurs tels que l'acidité du sol ou le stress hydrique sont susceptibles de réduire l'efficacité de la symbiose rhizobienne. Ainsi dans le nord du bassin arachidier au Sénégal la nutrition minérale de l'arachide est principalement carencée en azote.

Au lieu d'être augmentées par les apports de fumure, les teneurs en azote sont souvent diminuées. Ceci résulte d'un effet de dilution car les fumures azotées ont une action importante sur la croissance végétative. Pour intégrer tous ces facteurs dans l'interprétation, il est nécessaire de faire intervenir, en dehors de la teneur en N de l'échantillon, son poids sec (d'où l'importance d'opérer toujours sur un même nombre de feuilles: cinquante). Partant de la relation générale rendement - indice d'azote (teneur x poids sec), il a été possible de tracer une courbe de teneurs en N en fonction du contenu total en N délimitant une zone de nutrition azotée déficitaire (Figure 5a)


Fig. 5a. Teneur en N/indice d'azote

b. Nutrition phosphorée

Les carences phosphorées sont extrêmement fréquentes en Afrique Il a donc été possible d'établir un critère de diagnostic foliaire très satisfaisant pour leur détection. Ce critère est basé sur les relations qui existent entre nutrition azotée et nutrition phosphorée. On a établi une courbe des relations N - P pour l'arachide (Figure 5b). Les valeurs au - dessous de cette courbe indiquent une nutrition phosphorée déficitaire. Il en résulte qu'une même teneur en P. 0,2 % par exemple, pourra correspondre à une nutrition phosphorée très élevée si la teneur en N est de 2;5 % ou à une carence en P si la teneur en N est de 3,5 %. Il est possible d'utiliser la relation N - P pour tracer la cartographie des carences phosphorées, sur de simples prélèvements foliaires réalisés au champ. Le diagnostic foliaire permet donc d'extrapoler à toute une région les résultats obtenus sur parcelles expérimentales.


Fig. 5b. Relation phosphore - azote

c. Nutrition soufrée
Les teneurs en S de l'arachide sont à peu près du même ordre que celles en P. Les carences en soufre sont assez fréquentes. Comme pour le phosphore, on a trouvé une relation N - S qui permet de caractériser une carence en S par rapport aux teneurs en N (Figure 5c).


Fig. 5c. Relation soufre - azote

La similitude des relations N - P et N - S n'a rien d'étonnant puisque ces trois éléments entrent dans la composition de constituants importants du protoplasme. On peut déduire des relations N - P et N - S une liaison générale de teneurs en P et en S suffisantes par rapport aux teneurs en N.

d. Nutrition potassique

La découverte d'une zone fortement carencée en potasse au Sénégal (région de Patar) a permis de trouver une corrélation entre teneur en K. poids sec des feuilles et rang des feuilles (Figure 5d). A l'intérieur de la parabole, les réponses à la fumure potassique sont inexistantes. La relation teneurs en K - poids sec permet donc de déceler, avec une bonne probabilité, les zones où l'on n'a pratiquement pas de chance d'observer une réponse à la fumure potassique. Par exemple, pour les feuilles du rang 6, on pourra dire qu'une teneur en K de 0,9 % correspondra à une déficience si le poids sec est inférieur à 5 g. à une teneur suffisante s'il est compris entre 5 et 6 g et à une déficience s'il est supérieur à 6 g. A une teneur de 1,2 % correspondra une réponse à l'engrais, si le poids sec est de 6,6 g.


Fig. 5d. Teneur en K/poids sec

En conclusion, le diagnostic foliaire constitue une technique d'investigation qui permet de déterminer rapidement les principaux besoins de l'arachide en éléments minéraux et, par là, de préconiser des formules d'engrais adaptées à des situations diverses. L'analyse foliaire effectuée à une période précoce du développement de la plante, généralement dans de bonnes conditions d'alimentation hydrique, reflète son état nutritionnel qui dépend de la disponibilité des réserves du sol et des apports de la fertilisation. Elle seule permet de gérer, sur une longue période, la conservation ou l'amélioration de la fertilité indispensable à toute politique à long terme de fertilisation. A ce titre, elle constitue un complément très important de l'analyse des sols.

2.3 - La plante dans les systèmes agraires* traditionnels

L'arachide, en Afrique, est souvent présentée selon le contexte du moment comme un agent de la dégradation des sols ou, au contraire, comme une plante améliorante qui enrichit le sol en azote. Il convient d'apprécier ce dernier argument à sa juste mesure avant d'examiner la place de l'arachide dans les systèmes traditionnels à dominante céréalière, qui bénéficient très rarement d'une fertilisation suffisante.

2.3.1 - L'arachide enrichit - elle le sol en azote?

«L'effet Légumineuses»

L'arachide, étant une légumineuse, est capable grâce à ses nodules de fixer l'azote atmosphérique. La bactérie fixatrice commence par coloniser la rhizosphère*, puis pénètre les racines à la jonction des ramifications latérales, pour enfin infecter une cellule et provoquer la formation d'un nodule où elle prolifère et qui en retour, alimentera la plante en azote. Cet apport contribue à faire face aux besoins élevés de la plante liés à la forte teneur des graines en protéines: les travaux de l'ICRISAT (Centre International de Recherches Agronomiques pour les Tropiques Semi - Arides) établissent que l'arachide consomme un kilo d'azote pour produire 36 kg de biomasse, contre 120 kg pour le sorgho. Les nodules une fois formés et actifs (environ un mois après semis) pourront approvisionner la plante en azote tout au long du cycle. Il est nécessaire, pour cela, que certaines conditions soient remplies:

- La bactérie fixatrice doit être présente dans le sol: le brady-rhizobium qui provoque la nodulation chez l'arachide est naturellement présent dans la plupart des sols des régions arachidières. Il est rustique et cosmopolite, à la différence du soja où la relation bactérie x variété est plus étroite. L'infection des racines à partir du rhizobium* spontané est donc suffisante dans ces zones, sauf en cas de première défriche; dans certaines régions d'Afrique, les agriculteurs, bien qu'ignorant tout des mécanismes d'action de la fixation rhizobienne, épandent des résidus d'arachide (débris de coques, balayures d'aires de séchage) sur ces nouveaux champs. L'inoculation artificielle est par contre justifiée en cas de culture irriguée ou de rotation avec riz inondé (situation fréquente dans le sud - est asiatique et en Chine); elle se pratique également parfois en culture intensive, sans que l'efficacité de cette opération (justifiée par son faible coût) soit clairement reconnue par les chercheurs.

- La bactérie doit trouver des conditions propices à son activité: la symbiose rhizobienne est un processus biologique délicat. La présence de nodosités n'indique pas forcément qu'il y a fixation d'azote; les nodosités fonctionnelles ont une couleur rouge - brun lorsqu'on les ouvre. La fixation ne se réalise que si le sol est suffisamment aéré et bien pourvu en éléments nutritifs (phosphore surtout); elle sera bloquée par l'acidité, par les toxicités minérales (Al, Mn) et par certaines déficiences (surtout en Fe et en Mo).

Les semis trop profonds, souvent pratiqués lorsque le sol est sec en surface, réduisent l'activité rhizobienne, de même que les associations culturales avec les plantes à fort développement (céréales à hautes tiges, manioc) qui font ombrage à l'arachide.

Fixation rhizobienne et fertilité

Le bilan agronomique de la symbiose rhizobienne est difficile à établir avec précision car les données de la recherche, en la matière, ne sont pas homogènes. Il est possible néanmoins d'en tirer quelques lignes directrices:

- La quantité d'azote fixée par la symbiose rhizobienne ne compense généralement pas la quantité d'azote exportée par la culture. Celle - ci peut être estimée à 80 kg pour une récolte de 1 300 kg de gousses et autant de fanes à l'hectare (données Sud - Sénégal). L'enrichissement en azote imputable au précédent arachide a donné lieu à des estimations variant entre 20 kg d'azote à l'hectare (données Togo) et 60 kg d'après les résultats d'un essai conduit au Botswana comparant la succession sorgho - sorgho à la succession arachide - sorgho à différents niveaux de fumure azotée:

Azote (kg/ha)

Type de rotation*

Rendements sorgho (grains kg/ha)

0

S - S

819


A - S

1 407

40

S - S

1 365


A - S

1 806

60

S - S

1 510


A - S

1 421

- La fixation rhizobienne ne permet pas de faire l'impasse sur la fumure azotée de l'arachide, car les nodosités ne sont pas formées ni fonctionnelles immédiatement alors que la faim d'azote se manifeste dès que les réserves des cotylédons sont épuisées. Un apport en azote au début se justifie donc et sera d'autant plus efficace qu'il sera plus précoce. Le précédent arachide a des effets très favorables (qui ne tiennent pas tous à la fixation rhizobienne) sur la céréale qui suit. Cet effet ne doit pas faire illusion quant à la durabilité du système lorsqu'une fumure complémentaire P - K n'est pas apportée dans la rotation.

2.3.2 - L'arachide dans les associations et rotations culturales

L'arachide en culture associée avec les céréales

La pratique des cultures associées est extrêmement fréquente dans les systèmes traditionnels. Les légumineuses, dont l'arachide, y trouvent leur place en Afrique comme en Asie, en zone forestière comme en zone de savane. Des enquêtes conduites dans le bassin sénégalais révèlent que près du tiers des superficies consacrées à l'arachide et au mil présentent des degrés variables d'association; la proportion atteint 80 % au Mali.

Les semis en lignes régulièrement alternées d'arachide et de céréale sont exceptionnels partout où la culture manuelle prédomine. La configuration locale du terrain influe sur le choix: les micro-cuvettes, les abords de termitières riches en argile et en matière organique, les surfaces situées sous les frondaisons de Faidherbia albida (arbre caractéristique du bassin arachidier sénégalais qui perd son feuillage en saison humide) seront réservées de préférence aux céréales tandis que les taches sableuses et les parties hautes seront réservées à l'arachide. Ce système permet une excellente utilisation de la topographie et des hétérogénéités du terrain, ainsi qu'une densité globale à l'unité de surface supérieure à celle des cultures pures.

Ces deux facteurs expliquent les plus - values parfois obtenues par rapport à la culture pure, à niveau de technicité égal, et justifient le choix de l'agriculteur lorsqu'il n'a accès ni à la mécanisation, ni aux intrants chimiques dans les zones faiblement peuplées où le recours à la jachère est possible.

Les autres avantages attendus sont liés à un meilleur contrôle de l'enherbement et de l'érosion; à une meilleure gestion du travail et des plantes sur des superficies restreintes; à une réduction des risques climatiques et phytosanitaires sur un pas de temps annuel. Le cas type se rencontre en zone forestière où l'arachide constitue souvent la strate inférieure de l'association, parsemée de maïs, de manioc, d'igname dans les espaces laissés libres par les bananiers, en alternance avec de longues jachères.

Le système rencontre ses limites lorsque l'agriculture se fixe et que les superficies augmentent, provoquant un raccourcissement des jachères et une évolution des techniques (dessouchage plus poussé, réduction des brûlis*). La culture associée dans sa forme initiale est incompatible avec la mécanisation et avec l'utilisation d'intrants chimiques spécifiques. Par ailleurs, la répétition des mêmes cultures dans un même champ, année après année, conduit à une pression parasitaire très préjudiciable à la productivité de l'arachide.

Cette évolution, lorsqu'elle a lieu, entraîne l'extension progressive de l'alternance des cultures.

L'arachide en rotation avec les céréales

La rotation arachide/céréale est une pratique courante dans toutes les situations qui ont vu la production arachidière évoluer de l'auto - suffisance vivrière vers l'économie de marché. C'est le cas notamment du Sénégal et d'autres zones de cultures localisées en général dans les savanes sèches. Les avantages attendus de la culture pure sont liés à un meilleur contrôle des maladies et des prédateurs sur un pas de temps pluriannuel, ainsi qu'à l'introduction de techniques culturales améliorées; les innovations sont souvent réservées en priorité à la culture «de rente», L'arachide, qui assure le financement de cette transformation. Il en résultera une augmentation substantielle de la productivité du travail, particulièrement au Sénégal, avec l'introduction du matériel de culture attelée, et une réduction concomitante des jachères qu'il serait nécessaire de compenser par une fumure appropriée.

Des expériences conduites pendant plusieurs décennies en Afrique de l'Ouest (Sénégal, Burkina Faso, Nigeria) ont permis d'évaluer et d'analyser l'effet des diverses durées et de divers traitements de la jachère après successions culturales arachide - céréale.

Dans les systèmes extensifs pratiqués dans les zones où les sols sont médiocres et les aléas climatiques importants, la jachère naturelle de courte durée permet de limiter la baisse des rendements de l'arachide mais ceux des céréales se dégradent rapidement. Une fumure minérale légère procurera une plus - value temporaire appréciable sur l'arachide, sans enrayer le processus de dégradation sur le long terme. Dans les zones plus favorables, par contre, la jachère se reconstitue rapidement et assure à l'arachide une bonne stabilité des rendements dans le cas d'une rotation arachide-mil-jachère-jachère avec apport de fumier; la jachère peut être réduite ou supprimée à condition que les cultures reçoivent une fertilisation minérale et organique, ainsi qu'une protection phytosanitaire (Sud - Ouest Burkina Faso).

En zone de savane humide (vallée du Niari au Congo) un pois d'angole enfoui d'un an fournit autant de matière verte qu'une jachère de 4 ans et l'association chaulage + engrais vert enfoui rend à un sol épuisé un niveau de fertilité convenable. le chaulage sera de préférence fractionné et la culture du pois d'angole pratiquée tous les quatre cycles en moyenne; la culture d'engrais verts «en couloirs» (alley cropping) est également préconisée. La diffusion de ces techniques, qui implique le recours à la mécanisation, est évidemment difficile en milieu traditionnel.

Dans toutes les situations, il est essentiel de maintenir le taux de matière organique sur les sols tropicaux légers et faiblement structurés où se cultive généralement l'arachide. L'application d'engrais minéraux sans fumure organique, sur des rotations continues sans repos du sol, conduira inévitablement à une baisse de la fertilité et des rendements, même si les besoins en éléments fertilisants sont en principe couverts. Il est généralement recommandé d'apporter la fumure organique de préférence sur la céréale; le labour, s'il est praticable, sera également effectué après la récolte de l'arachide ou avant le semis de la céréale. D'une manière générale, les céréales sont beaucoup plus sensibles que l'arachide à la baisse du taux de matière organique, qui résulte inévitablement de la mise en culture des sols tropicaux; les problèmes de fertilisation et de maintien de la fertilité doivent donc être envisagés au niveau de la rotation et non culture par culture.

III. Techniques culturales et itinéraires techniques

Les indications relatives à la culture de l'arachide sont données ci - après, sous forme de fiches, dans l'ordre approximatif des interventions en milieu paysannat.

3.1 - Préparation des semences

La semence d'arachide est fragile: elle devra être produite avec soin, stockée en gousse à l'abri des déprédateurs* dans des conditions satisfaisantes de température et d'humidité, manipulée sans brutalité pour être enfin décortiquée, triée et traitée le plus tard possible avant semis.

- Dans les conditions de la culture traditionnelle, les semences sont produites sur l'exploitation ou distribuées en gousses car les coques constituent une protection naturelle; le décorticage qui précède obligatoirement le semis est soit mécanique, soit manuel.

- Le décorticage mécanique brise inévitablement une proportion non négligeable des graines, surtout si le taux d'humidité est bas (situation fréquente dans la période qui précède le semis), si l'appareil (souvent rudimentaire) est mal réglé et si la pureté variétale est faible, ce qui se traduit par des gousses et des graines de tailles variables. Le rendement en graines de semences sur gousses, dans ces conditions, est généralement inférieur à 50 %, selon la sévérité du tri manuel qui suit le décorticage.

- Le décorticage manuel pratiqué en milieu paysannal traditionnel exige beaucoup de temps (10 - 15 kg/jour, triage compris) mais aboutit à un produit de bonne qualité: ce travail, effectué en morte - saison par la main - d'œuvre familiale, ne constitue pas une contrainte majeure et limite les déchets.

- Le tri qui suit le décorticage doit éliminer les graines brisées, dépelliculées, petites, moisies ou rances, vidées ou attaquées par les insectes et non conformes au type variétal. Le produit obtenu doit être traité et stocké avec grand soin, en sacs ou dans des emballages aérés propres, à l'abri de la chaleur et de l'humidité, en attendant d'être mis en terre. Le rendement en graines de semences avoisine alors 60 % du poids initial en coques.

- Le traitement de désinfection des graines se fait généralement à sec par enrobage* avec une poudre associant un fongicide* (préventif) et un insecticide (répulsif) dosée à deux pour mille en poids (deux cent grammes de poudre pour cent kilos de graines), y compris la charge constituée de talc ou d'argile avec adjonction éventuelle d'un adhésif.

- L'opération d'enrobage s'effectue soit à la main dans une bassine ou calebasse, soit dans un tambour mélangeur (simple fût posé sur un trépied et actionné par une manivelle servant d'axe décentré pour assurer un meilleur brassage).

- Le produit est généralement distribué automatiquement en sachets de 100 grammes avec les semences lorsque celles - ci sont fournies par un organisme spécialisé, ou disponible dans le commerce local à un prix équivalent à une dizaine de kilos d'arachide. L'effet, en termes de pourcentage de pieds levés, est très important (de l'ordre de 30 %) et peut sauver la culture si le semis a été effectué dans des conditions défavorables ou défectueuses (trop profond, trop superficiel, sol trop sec ou trop humide).

- De nombreux produits ont été préconisés et les formules varient au gré des homologations et des législations; la composante fongicide est de loin la plus importante d'autant que les champignons s'installent souvent sur des blessures pré - existantes ou consécutives au semis. La formulation est fonction de la flore pathogène locale, généralement assez cosmopolite, ce qui conduit à utiliser des produits à large spectre. Citons (parmi les produits agréés en 1994 dans la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest):

- Le mélange Granox au Sénégal (captafol + bénomyl + carbofuran);

- Le Thioral (thirame + heptachlore);

- chlorothalonil + bénomyl, captane, captane + carbendazime, carbendazime + manèbe, chlorothalonil + bénomyl + carbofuran (insecticide), thirame + iprodione, etc...

- Les semences peuvent être enrobées d'autres produits selon les besoins et les conditions locales:

· La carence en molybdène qui caractérise le Nord - Sénégal est compensée par incorporation directe de molybdate d'ammonium dans la formulation du fongicide, à une dose qui correspond à 28 g/ha

· L'inoculation* des semences, lorsqu'elle est recommandée, se fait par mélange avec une culture de bactérie sur tourbe; se pose alors le problème de la compatibilité de cette opération avec les fongicides utilisés. Ce critère n'est généralement pas pris en compte dans le choix des formulations fongicides vulgarisées en Afrique de l'Ouest et Centrale.

- La préparation industrielle de semences prêtes à l'emploi, avec décorticage mécanique, enrobage et conditionnement sous atmosphère contrôlée, a été mise au point au Sénégal (voir chapitre 4).

La vérification de la qualité semencière peut être effectuée au moyen d'un test simple (test de germination sur sable humidifié et comptage des graines germées au bout de 4 jours). Un lot de graines destiné à être utilisé comme semences devra présenter un taux de germination de 80 % à 90 %.

3.2 - Préparation du sol

La préparation du sol avant semis de l'arachide devra avoir pour effet de faire disparaître les résidus de culture susceptibles de propager les maladies, d'ameublir le sol afin de permettre à la graine de germer dans de bonnes conditions, et de retarder au maximum l'émergence des mauvaises herbes.

- L'agriculteur des savanes sèches aura choisi un terrain n'ayant pas porté d'arachide l'année précédente, débroussaillé et dessouché au mieux s'il s'agit d'une jachère. Les résidus et débris végétaux divers auront été brûlés en place ou en tas, le plus tard possible avant les pluies afin de maintenir la couverture du sol en saison sèche et de restituer les cendres au sol par une façon culturale légère dès que survient une première pluie, généralement insuffisante pour semer l'arachide. Ce travail superficiel du sol aura pour effet de le nettoyer, d'éliminer les premières adventices et de l'ameublir en surface, sans néanmoins le pulvériser; le champ est alors prêt à recevoir la semence. Aussitôt après le semis, si la disponibilité en main - d'œuvre le permet, un deuxième passage est effectué afin notamment d'empêcher la constitution d'une croûte superficielle qui viendrait gêner l'émergence des plantules.

- Le labour, pratiqué dans certaines situations (pluies étalées dans la saison, sols lourds, enherbement particulièrement rapide) est une opération contraignante dont l'opportunité doit être soigneusement évaluée. Il sera réalisé, selon la répartition des pluies, soit après la récolte de la culture précédente (labour de fin de cycle), soit avant le semis (labour de début de cycle). Dans les conditions de la savane humide (Guinée - Bissau, Nord - Cameroun) un labour de début de cycle, suivi d'un hersage soigneux, permet de retarder le premier sarclage de trois semaines au moins, ce qui libère la main - d'œuvre pour la mise en place des autres cultures, alors qu'il faudrait sarcler immédiatement après la levée de l'arachide lorsqu'il n'y a pas eu de travail profond du sol.

En zone soudano - sahélienne où l'arachide est cultivée le plus souvent sur sols sableux, et où le respect de la date optimale de semis est un impératif prioritaire, le labour lorsqu'il est pratiqué est généralement réservé à la céréale, d'autant que l'arachide y répond peu ou mal en termes de rendement en gousses.

- Le billonnage* est pratiqué traditionnellement dans certaines situations fréquemment rencontrées en zone soudano - guinéenne lorsque les sols sont gravillonnaires, peu perméables, peu profonds, exposés au ruissellement et à l'enherbement (Sud Burkina Faso, Nord Côte d'Ivoire, Bénin, Ghana). Le travail est fait à la charrue, ou le plus souvent à la main, en deux passages, avec enfouissement des débris végétaux dans l'intervalle. Bien que la plus - value par rapport à la culture à plat ne soit pas toujours évidente, cette technique, dans des situations bien précises, se justifie sur le long terme, au prix d'un investissement en travail considérable. Des techniques voisines sont pratiquées en zone forestière (cultures associées sur billons ou buttes), ainsi que dans les conditions de culture très particulières correspondant à l'irrigation par gravité: les bilions sont alors plus larges et aplanis au sommet de manière à porter deux lignes d'arachide contiguës, et plus espacés pour faciliter la circulation de l'eau.


Photo 9. Préparation du sol à la houe avant semis


Photo 10. Semis manuel


Photo 11. Semoir - épandeur d'engrais à traction animale


Photo 12. Association arachide-mil en culture manuelle

3.3 - Date et mode de semis

Le semis doit avoir pour effet:

- De caler au mieux le cycle de la plante en fonction de la répartition prévisible des pluies et des autres paramètres climatiques;

- De placer la plante dans une situation susceptible de lui assurer une bonne germination, un bon enracinement et des conditions de croissance et de développement satisfaisantes;

- De faciliter et d'optimiser les interventions culturales ultérieures, afin d'aboutir à une productivit" satisfaisante au moindre coût .


3.3.1 - Date de semis

- La durée du cycle de la plante, mesurée dans des conditions moyennes correspondant aux situations habituelles de culture, est susceptible de varier sous l'influence de divers facteurs: la sécheresse en fin de cycle précipitera la maturation; l'irrigation aura pour effet de prolonger la croissance; le froid bloquera le développement et retardera, ou empêchera la maturation.

La date de semis devra tenir compte de ces facteurs, en particulier lorsque plusieurs cultures se succèdent dans le courant de la même année, en gardant présent à l'esprit l'impératif majeur: semer le plus tôt possible en sol bien humide.

- La date optimale du semis est commandée par plusieurs paramètres:

· Eviter les périodes trop fraîches, en particulier dans les zones tempérées; tenir compte de la baisse de température provoquée localement par l'imbibition du sol. Le semis pourra avoir lieu lorsque la température du sol atteint 20 °C à 4 cm de profondeur et à 7 heures du matin pendant trois jours consécutifs (indicateur appliqué en Australie). Le pré - trempage des graines (pratiqué en Chine du Nord) et les semis sous film plastique peuvent compenser dans une certaine mesure l'effet de températures trop basses. Tenir compte, également, de la nécessité d'assurer à la plante une température adéquate en fin de cycle.

· S'assurer que le sol est suffisamment humide: l'arachide requiert une grande quantité d'eau pour s'imbiber. Les semis consécutifs aux pluies << accidentelles» qui surviennent trop tôt peuvent conduire à des dégâts importants, car les cultures semées prématurément sont exposées à la sécheresse qui suit. Le recours aux statistiques pluviométriques est très utile pour déterminer la meilleure date; en zone soudano - sahélienne, celle - ci coïncide souvent avec la première pluie de 20 mm au moins postérieure au 30 juin. Les paysans avisés, dans ces conditions, ne sèmeront qu'une seule journée et prolongeront le semis de 24 heures par tranche de 10 mm supplémentaire. Là encore le souci de semer «vite» ne doit pas conduire à un semis trop superficiel dans des champs insuffisamment préparés... Il demeure que les pertes de rendement dues aux semis tardifs ont été estimées à 1 % par jour de retard par rapport à la date optimale. Les courbes de probabilité établies dans certains pays (Sénégal) permettent de fixer celle - ci avec une marge de sécurité relativement satisfaisante.

3.3.2 - Mode de semis

- En culture manuelle intégrale, l'arachide se sème généralement en tous sens, à écartements équidistants de 30 à 50 cm. Cette méthode permet à la plante d'explorer un volume maximum de sol sans être concurrencée par ses voisines, surtout pour les types Virginia rampants ou semi - érigés.

- La sélection, jusqu'à ce jour, a été orientée vers la mise en point de variétés dressées, à fructification groupée et à maturité simultanée, qui se prêtent au semis en lignes simples ou jumelées; les techniques culturales ont été définies et les écartements de semis préconisés ont été calculés en conséquence. On en attend:

· Une mécanisation plus aisée des principales opérations (semis, binage, soulevage);

· Un désherbage mieux assuré, dans la mesure où des pieds espacés de 10 à 15 cm couvrent très rapidement la ligne;

· Une meilleure localisation, et donc une meilleure efficacité des intrants (amendements, engrais, traitements phytosanitaires et autres) apportés sur la ligne.

- En règle générale, il est recommandé de semer l'arachide à écartements serrés sur la ligne et à forte densité, pour les raisons exposées ci - dessus. Dans ces conditions, la corrélation densitérendement est très étroite (Figure 6); elle conduit à préconiser les écartements suivants en culture pluviale conduite à plat:

Types

Pieds/ha

Ecartements (cm)

Poids des semences (kg/ha)




coques

graines

Virginia d'huilerie (28 - 206)

110 000

60 x 15

100-120

50-60

Spanish (55 - 437)

170 000

40 x 15

120

60

- Le poids d'arachide nécessaire pour ensemencer un hectare est fonction de la variété, de la qualité des semences et de la densité de semis. Cette quantité, dite «valeur culturale», est donnée par la formule ci - après (dans le cas des densités usuelles pratiquées en Afrique de l'Ouest):

Cette valeur culturale se situe en général entre 120 et 150 kg/ coques/ha. Elle peut atteindre 200 kg pour certaines variétés de bouche à grosses graines, ou lorsque les semences sont de mauvaise qualité.

- Le semis se fera à une graine par poquet, à une profondeur de 3 à 5 cm. La graine doit absorber 35 % de son poids en eau pour germer: les grosses graines (variétés de bouche) seront donc plus sensibles à cet égard. Le sol sera tassé après semis, pour assurer une meilleure adhérence entre la graine et la terre humide qui l'entoure.

- Des semoirs mécaniques monorangs à traction animale ont été mis au point dans plusieurs pays d'Afrique; ils permettent à un attelage (un adulte, un enfant, un animal de trait) de semer un hectare en huit heures, contre 10 hommes/jour pour le semis manuel, à condition que le champ soit propre, meuble et correctement dessouché. L'appareil, tiré par un âne ou un cheval, éventuellement jumelé pour être tiré par une paire de boeufs, dépose les graines une à une dans un sillon ouvert par un soc semeur à profondeur réglable; le sillon est ensuite recouvert et tassé par une roue plombeuse. Le même appareil, auquel est adapté une gamme de disques et de cuillers convenant à différents calibres de graines, peut semer également mil, sorgho, coton et maïs. Certains sont équipés de trémies pour la distribution automatique d'engrais le long de la ligne de semis (Sénégal); d'autres peuvent être montés sur une charrue, permettant de semer directement dans le sillon du labour. Des appareils plus élaborés, mais faiblement diffusés en milieu traditionnel africain, sont également disponibles.


Fig. 6. Relation densité - rendement

Source: Essais de confirmation du Sénégal.

3.4 - Fertilisation

La fertilisation de l'arachide, en milieu paysannat, est soumise à des aléas climatiques et économiques qui en limitent considérablement l'utilisation. Une fumure minérale légère ternaire NS - P - K ou binaire S - P procure néanmoins une plus - value intéressante valorisée par le fumier apporté sur la céréale; le Ca permet de contrôler l'acidité des sols et améliore la qualité technologique du produit (va semencière et qualité de «bouche»)

3.4.1 - La fertilisation de l'arachide dans le cadre de la rotation

Dans toutes les zones où dominent les cultures «pures», L'arachide est cultivée en alternance avec les céréales (essentiellement mil et sorgho) et plus rarement avec le coton; la jachère, dans ces systèmes, tend à se réduire ou à disparaître. Les formules de fumure, en zones de savanes, ont été établies dans le cadre de rotations jachères - arachide - mil plus ou moins intensives. Le problème se pose alors de l'apport optimal de la fumure minérale et organique sur les différentes phases de la rotation, et de sa rentabilité.

- La fumure organique, sur le moyen terme, est indispensable au maintien de la structure et de la fertilité des sols sableux où est généralement cultivée l'arachide, dans toutes les régions où la pratique des longues jachères n'est plus possible et où la plus grande partie des résidus de récolte est exportée. Cette fumure organique est nécessairement combinée avec un labour d'enfouissement soit sur la jachère lorsqu'il s'agit d'enfouir la végétation spontanée en vert ou en sec, soit avant la céréale qui répond mieux que l'arachide à la fumure organique en effet direct. Les deux formes le plus souvent préconisées sont:

- Le fumier, utilisé en zone de savane lorsque sa fabrication, son transport et son enfouissement sont possibles; divers composts (y compris à base de coques d'arachide) ont également été testés avec succès. A défaut, la poudrette de parc est parfois épandue (et plus rarement enfouie) dans les régions où agriculture et élevage coexistent.

- L'engrais - vert, sous des formes diverses: il peut s'agir soit d'une jachère améliorée, soit d'une culture de stylosanthes ou de pois d'angole (en zone humide) voire de petit mil (en zone sèche). La matière végétale peut également être rapportée sur la future ligne de semis (cas des «cultures en couloirs» en zone forestière). Dans les régions où la fane d'arachide n'a pas d'autre utilité, elle pourra être brûlée sur place, ou de préférence enfouie, avec profit. Dans tous les cas, se posera le problème de la force de traction nécessaire à l'enfouissement de tonnages importants de matière organique; dans les régions où se pratique la culture sur bilions ou sur buttes, qui sont celles d'ailleurs où prévaut l'association des cultures, l'enfouissement se fait à la main, sur la ligne du billon entre les deux passages de l'outil.

- L'aptitude de l'arachide à explorer un volume de sol important pour en extraire les nutriments nécessaires conduit souvent, dans les pays de production intensive, à préconiser l'application de fortes doses d'engrais sur les autres phases de la rotation pour ne réserver à l'arachide qu'un apport limité (Ca généralement). L'arachide bénéficie alors de l'effet résiduel de cette fumure qu'elle valorise mieux, au plan économique, que les applications directes. En culture paysannale africaine, en revanche, c'est généralement l'arachide (avec le coton) qui finance l'achat d'engrais et l'équipement, alors que la céréale, qui occupe la plus grande partie des superficies, est très peu commercialisée. L'agriculteur réserve alors l'utilisation de l'engrais à la culture qui assure le revenu monétaire et sera réticent à investir dans les intrants dont celle - ci ne bénéficie pas l'année même de leur application; il calculera son investissement engrais en fonction de sa rentabilité immédiate.

Cette situation illustre la nécessité de raisonner la fertilisation au niveau de la rotation mais sans perdre de vue les contraintes budgétaires auxquelles se heurte l'agriculteur lorsque sa subsistance est fondée sur une production peu ou pas monétarisée. La méconnaissance de cette contrainte explique l'échec, dans les systèmes arachidiers d'Afrique de l'Ouest, des stratégies de production dites «fumure forte étalée» ou «thèmes lourds» qui placent en première priorité le maintien de la fertilité à long terme. L'augmentation des charges et les contraintes d'exploitation apparaissent alors comme des facteurs limitants dont le coût serait à répartir entre l'arachide et la céréale d'une part, entre l'agriculteur et la collectivité d'autre part.

3.4.2 - Effet des engrais et exportations des cultures

- L'azote est exporté principalement par les graines et les fanes. Il est souvent apporté en combinaison avec le soufre sous forme de sulfate d'ammoniaque, ou avec le phosphore sous forme de phosphate di - ammonié (DAP). L'épandage sera effectué précocement et la dose calculée au plus juste afin de ne pas perturber la fixation rhizobienne ni l'équilibre gousses/fanes au détriment des gousses.

- Le phosphore est le principal élément fertilisant pour l'arachide dans la plupart des zones de culture. Les formes solubles, généralement apportées sous forme de phosphate bicalcique, sont plus rapidement absorbées que les phosphates fossiles (phosphates de chaux ou alumino - calciques) disponibles dans de nombreuses régions d'Afrique. Ceux - ci, utilisés en l'état ou après transformation, seront appliqués soit en mélange avec le bicalcique, soit à fortes doses en tête de rotation (fumure de fond) pour être solubilisés progressivement.

- La potasse, qui intervient dans un équilibre complexe avec le calcium, le phosphore et l'azote, ne doit être apportée que si des carences, révélées par l'analyse et confirmées par la réponse de la plante, se manifestent de façon tangible. La dose apportée (en général dans une formule ternaire NPK*) sera alors proportionnée soigneusement à la plus - value obtenue en termes de rendement, afin d'éviter la consommation de luxe qui résulterait d'une fertilisation excessive.

- Le calcium est utilisé soit comme un amendement pour lutter contre l'acidité: il est alors apporté à fortes doses et enfoui en tête de rotation ou en début de culture; soit pour améliorer la qualité technologique des graines et des coques: il est alors apporté en période de fructification (40 - 90 JAS) et localisé au plus près de la zone de formation des jeunes gousses (top - dressing*). Les réponses à cet élément, en zone de savane sèche, sont souvent d'ordre qualitatif (qualité semencière, solidité des coques de l'arachide de bouche) ce qui rend difficile la vulgarisation d'engrais calciques lorsque l'agriculteur n'est pas incité à les utiliser par un différentiel de prix (achat à la qualité) prenant en compte l'effet recherché. En zone équatoriale par contre, où il s'agit de relever le pH, l'effet en termes de rendement sera massif et immédiat lorsque l'amendement calcique est combiné avec la fumure organique.

- Les exportations des cultures ont donné lieu à des évaluations dont l'interprétation globale n'est pas aisée. L'exportation des principaux éléments, correspondant à une récolte d'une tonne de gousses, a été évaluée comme suit au Sénégal (en kg/ha):


N

P

K

Ca

Mg

Nord

47,4

2,2

12,6

5,9

3,8

Centre-sud

45,0

3,7

13,7

8,3

7,2

La répartition des éléments entre les diverses parties de la plante, révélée par une enquête conduite au Sud - Sénégal, ont conduit à l'évaluation suivante (en pourcent):


N

P

K

Ca

Mg

Fanes

24,15

23,90

52,15

90,22

78,08

Graines

69,93

72,43

34,50

6,23

19,50

Coques

5,91

3,66

13,34

3,54

2,41

3.4.3 - Formules de fumure et mode d'application

Les doses et formes d'apport de la fumure minérale sur arachide en Afrique de l'Ouest sont calculées sur une base annuelle et dans la perspective d'une rentabilité l'année même de leur application. C'est dire que ces formules ne compensent généralement pas les exportations des cultures; des formules dites «intensives», calculées sur la base de ces exportations, ont été parfois préconisées mais n'ont pas été acceptées par les agriculteurs faute de mesures d'accompagnement adéquates au niveau de la politique des subventions et du crédit.

Les formules vulgarisées au Sénégal correspondent à diverses proportions de N.P.K combinées sous forme d'engrais ternaires appliqués à la dose de 120 kg/ha, en fonction des spécificités de chaque zone. Ainsi a été établie, pour le Sénégal, une carte des fumures qui a permis aux fabrications d'engrais dans ce pays pendant plusieurs décennies d'orienter leurs produits en fonction des conditions édapho - climatiques locales: carence en P dominante sauf dans la zone de Thiès où affleurent les phosphates naturels; formes de P solubles dans le Nord avec incorporation progressive de phosphates tricalciques moins solubles pour les zones Centre et Sud; correction de la carence en Mo dans certaines zones par incorporation de molybdate (30 g/ha) directement dans le produit de traitement fongicide des semences ou sous forme de nutramine, etc... (Figure 7).


Fig. 7. Carte des fumures du Sénégal

Dans les autres pays producteurs et particulièrement au Nigeria, les fumures préconisées pour l'arachide consistent en un apport combiné de fumier de parc (2,5 à 7,5 t/ha) et de superphosphate simple (60 à 100 kg/ha), visant à maintenir un taux suffisant de matière organique dans le sol et à corriger les carences principales (S et P)

3.5 - Entretien des cultures

Le calendrier des interventions, éventuellement combinées avec l'utilisation d'herbicides, est déterminé par certaines caractéristiques de la plante: la graine en début de germination est très sensible au manque d'eau; la jeune plante sera ensuite très sensible à la concurrence des mauvaises herbes; les gynophores, fragiles, auront besoin d'un sol meuble pour y enterrer les ovaires fécondés. Un à trois binages seront généralement nécessaires.

3.5.1 - Le travail du sol

- Le labour (suivi d'une reprise) et le billonnage, dans les situations où ces techniques sont pratiquées, constituent une préparation satisfaisante mais contraignante et coûteuse; les travaux ultérieurs d'entretien du sol et des cultures s'en trouvent facilités d'autant: un ou deux binages, ou un rebillonnage, suffiront généralement.

Lorsque l'arachide est cultivée à plat sans labour préalable, plusieurs interventions seront nécessaires, en fonction de la nature et de la virulence de la flore adventice: celle - ci est particulièrement néfaste en début de cycle, car l'arachide jeune est très sensible à la concurrence des mauvaises herbes. L'agriculteur, en cette période, est accaparé par des travaux multiples consécutifs aux premières pluies (semis échelonnés) et aura tendance à retarder le premier binage au profit des derniers semis.

- Une première intervention, qui suit immédiatement le semis, consistera à émietter très superficiellement le sol au moyen d'un outil à large lame horizontale, manuel ou tracté, perpendiculairement aux lignes de semis. Cette opération permet de parfaire la préparation du sol, d'éviter sa compaction en surface, de réduire l'évaporation et de limiter les dégâts de certains prédateurs (rongeurs, chacals, oiseaux, singes) en brouillant les lignes de semis et les traces de paquets.

- Le premier binage, à effectuer dès que la levée est complète et que les plantules auront atteint le stade 3 - 4 feuilles, a une importance déterminante pour le rendement de la culture; lorsque celle - ci reçoit de l'engrais épandu à la volée, l'épandage, le binage et l'enfouissement de l'engrais sont concomitants. Cette opération n'est pas entièrement mécanisable car le désherbage sur la ligne, en l'absence de traitement herbicide, est nécessairement manuel et doit être effectué au moins une fois. Le premier binage constitue donc un goulet d'étranglement et la cause de nombreux échecs lorsque l'agriculteur est débordé par des superficies trop importantes ou mal préparées qu'il n'arrive plus à maîtriser. Le recours à l'herbicide, en lui faisant gagner deux à trois semaines, lui permettra de mieux étaler ses travaux.

- Les binages ultérieurs, au nombre de un à trois selon les conditions, seront effectués à la demande et limités à l'entretien de l'interligne; plusieurs modèles de houes à traction animale sont proposés en Afrique tropicale. Au Sénégal et au Nigeria, dans la zone de culture des variétés semi - tardives (120 jours), deux pas sages sont généralement réalisés entre 40 et 90 J.A.S., c'est - à - dire entre le début de la fructification et la période où la végétation couvre totalement l'interligne. Le loger buttage qui résulte de ces opérations ne devra pas être recherché systématiquement, car il favorise la prolifération de maladies cryptogamiques sans effet notable sur le taux de gousses mûres à la récolte. Le dernier binage devra être limité à la partie centrale de l'interligne pour éviter d'endommager les gynophores.

3.5.2 - Le désherbage chimique

- Les adventices des champs d'arachides ne sont pas spécifiques de la culture mais sont plutôt fonction des sols et des climats. L'arachide est relativement tolérante aux herbicides, grâce à sa plantule vigoureuse et à son enracinement rapide et profond. Une combinaison raisonnée du travail du sol et des traitements chimiques (de pré - emergence notamment) permettra de faire face aux périodes de pointe du calendrier agricole et de réduire le nombre des binages, sans supprimer pour autant la nécessité d'ameublir le sol, au moins une fois au cours du cycle.

- L'utilisation des herbicides sur arachide est générale dans tous les pays où la production est intensive; son extension dans les pays en développement est liée à la monétarisation de la culture et à l'amélioration du contexte institutionnel et agro - économique où s'insère la production arachidière. Les produits sont connus, ont été testés et les modalités d'application sont au point. Les problèmes les plus importants, en milieu paysannat traditionnel, tiennent à la maîtrise de l'équipement (pulvérisateurs portés ou tractés) et à son utilisation en commun, à la disponibilité de l'eau, à la manipulation de produits dangereux, au risque économique inhérent à ce genre d'investissement. Quelques produits utilisables en 1995, parmi ceux qui ont été testés sur arachide, sont donnés à titre strictement indicatif sur le tableau X.

Bien que l'utilité et la justification économique des traitements herbicides soient reconnues en zone de savane sèche, la diffusion des produits et des techniques d'application y a rarement été en treprise à grande échelle. En zone humide par contre, où l'enherbement constitue un facteur limitant majeur, les traitements herbicides font partie des thèmes techniques proposés aux agriculteurs chaque fois que l'organisation de la production le permet. En Afrique de l'Ouest et Centrale, les conditions requises ne sont actuellement réunies que dans le cadre de Projets de développement dont l'impact est circonscrit dans l'espace et limité dans le temps.

Tableau X

Quelques produits herbicides d'utilisation fréquente sur l'arachide

Produits commerciaux (concentration de matière active)

Mode d'action

Dose avant dilution
(l/ha)

Dual (700 g/l metolachlor)

Pré - emergence

2-4

Gesagarde (500 g/l prometryne)

Pré - emergence

3-4

Treflan (400 g/l trifluralin)

Pré - plantation

1,5-3

Vernam (796 g/l vernolate)

Pré - plantation

3,5

Stomp (330 g/l pendimethalin)

Pré - plantation

3.0

Basagran (480 g/l bentazone)

Post - émergence

1,5-2

Gramoxone (200 g/l paraquat)

Post - émergence

0,4-1,3

3.6 - Irrigation

La culture irriguée de l'arachide permet d'obtenir des rendements substantiels en gousses et en fanes; ses besoins en eau modérés en font une culture de diversification susceptible d'améliorer la rentabilité des périmètres hydrongricoles à vocation rizicole ou maraîchère. Deux types de spéculations à forte plus - value peuvent être envisagés: la production d'arachide de bouche pour l'exportation et la sécurisation par l'irrigation du capital semencier destiné aux zones sèches.

3.6.1 - Périodes de culture

La culture de l'arachide avec maîtrise de l'eau aux différentes époques de l'année, sous climat soudano - sahélien ou soudano-guinéen, rencontre deux contraintes climatiques dont il devra être tenu compte lors de l'établissement du calendrier agricole:

1 - le froid, qui bloque la floraison en décembre-janvier et provoque un ralentissement et donc un allongement du cycle d'octobre à février (en hémisphère Nord);

2 - les pluies d'été, qui rendent difficiles les opérations de récolte et de séchage sans technologie adaptée (battage mécanique en vert, séchage artificiel).

Les variétés hâtives (90 à 100 jours) sont les plus indiquées en irrigation, mais le marché très rémunérateur des arachides de bouche semi-tardives (120 à 130 jours) et la nécessité éventuelle de multiplier les semences de toutes variétés obligent à envisager toutes les combinaisons:

a - saison chaude et sèche: la précocité des semis dans la saison étant toujours un facteur favorable, cette époque est la plus propice. Elle permet un cycle de hâtive entre février et mai, et si la climatologie et les moyens de séchage le permettent, un cycle de semi - tardive entre février et juin;

b - saison pluvieuse: tous les cycles sont possibles avec semis anticipé ou récolte retardée et irrigation de complément à toute époque;

c - arrière - saison: la floraison sera bloquée et le développement ralenti par le froid. Un cycle fourrager est néanmoins possible d'octobre à décembre.

En conclusion, seules les hâtives pourront parcourir deux cycles par an, encore que l'alternance des cultures soit en toutes circonstances préférable: l'arachide peut facilement s'intercaler entre un riz de premier semestre et une culture maraîchère implantée en octobre, ou entre une culture maraîchère d'hiver (tomate, oignon, haricot vert) et un riz ou un coton de 2e semestre.


Photo 13. Essai de fertilisation (vue aérienne)


Photo 14. Effet de la sécheresse en fin de cycle


Photo 15. Préparation du sol pour culture irriguée par gravité


Photo 16. Essai de culture irriguée sous pivomatique

3.6.2 - Mode d'irrigation

L'aspersion est le mode d'irrigation qui convient le mieux à l'arachide; celle - ci ne craint pas les projections d'eau ni les brûlures et c'est le seul système qui permette de respecter l'écartement optimal recommandé pour les variétés hâtives (40 x 15 cm). Il est couramment pratiqué dans les pays de haute technicité (Etats - Unis, Israël). En Israël, sans pluie naturelle, on apporte un arrosage de 50 mm d'eau tous les 7 à 15 jours par sprinkler*, donnant une intensité de pluie d'environ 5 mm/heure, de nuit, pendant 10 heures consécutives; l'optimum correspond à une application tous les 10 jours environ d'une quantité d'eau égale à 90 p. 100 de l'évaporation totale. La norme moyenne est de 4 000 à 6 000 m3/ha par aspersion et de 6 000 à 10 000 m3/ha par gravité [Gillier et Silvestre]. La culture à plat n'est possible que sous aspersion. En Afrique de l'Ouest, priorité est souvent donnée aux économies de pompage sur les économies d'eau et beaucoup de périmètres sont gravitaires: la construction en billons s'impose alors, à écartements de 50 à 60 cm ou à écartements de 80cm avec lignes jumelées sur le billon. Cette dernière technique ne va pas sans inconvénients, lorsque les casiers ont une dimension importante conduisant à des pertes en colature.

On a recommandé, au plan pratique, d'assurer un apport d'eau important aux phases critiques du développement de la plante: à la levée (saturer le profil avant semis), puis en période de forte floraison, de formation de gynophores et de formation de gousses. Un loger déficit hydrique avant floraison assurera une floraison plus régulière; l'excès d'eau, à ce stade, provoquerait une prolifération végétative et un enracinement plus superficiel. Un léger déficit hydrique pourra être également ménagé en fin de cycle pour réduire l'incidence des maladies fongiques et assurer une maturation plus uniforme.

3.6.3 - Production de fanes

Les fanes, en zone soudano - sahélienne, sont loin de constituer un sous - produit négligeable et le rapport fanes/gousses des variétés est pris en compte dans les objectifs de sélection. L'irrigation permet une excellente croissance végétative et limite la défoliation en fin de cycle, ce qui aboutit à un fourrage abondant et de bonne qualité: une production fourragère exclusive peut être obtenue d'octobre à décembre, époque où la floraison et la fructification sont réduites. Une autre possibilité consiste à pratiquer des coupes répétées: comme le trèfle, l'arachide supporte la coupe et repart très bien; on peut intervenir dès la première floraison, ce qui en pleine saison sèche constitue une source précieuse de fourrage (Tableau XI). Au - delà de la troisième coupe l'arachide dépérit et meurt.

Tableau Xl Dates de coupe et rendements en fourrage au Niger

Dates de coupe (Tarna)

Fourrage sec (t/ha)

Fourrage frais (t/ha)

10 avril (47 e jour)

2,5

15

8 mai (75 e jour)

2,8

17

5 juin (103 e jour)

1,2

6

Source: Oléagineux 42,3

3.7 - Protection contre ravageurs et maladies

L'arachide, plante rustique et tolérante, est néanmoins exposée aux attaques de maladies et de ravageurs divers contre lesquels l'agriculteur se protège par voie chimique (surtout aux niveaux des semences mises en terre et des traitements post - récolte), par voie génétique (utilisation de variétés résistantes à certaines maladies), et en appliquant, chaque fois que possible, des mesures agronomiques et technologiques préventives. L'incidence de l'aflatoxine pose des problèmes particuliers de santé publique dans les pays producteurs (autoconsommation) et importateurs de produits contaminables (huile brute, tourteaux, arachide de bouche ).

3.7.1 - Lutte contre les maladies et invertébrés nuisibles en cours de végétation

L'arachide une fois levée (voir 3.1 «Préparation des semences») est attaquée en cours de végétation par des prédateurs divers dont les dégâts peuvent provoquer une baisse de rendement et une détérioration de la qualité biologique, technologique et nutritionnelle des produits. On relève principalement des attaques d'arthropodes (insectes, myriapodes), de vers (nématodes), de champignons, bactéries et virus. Les problèmes phytosanitaires qui en résultent deviennent plus aigus, en Afrique, à mesure que les rotations culturales raccourcissent (par réduction ou disparition des jachères), que la double culture annuelle s'étend (développement de l'irrigation) et que les échanges de semences se multiplient. La recherche agronomique a abordé ces problèmes sur les plans des méthodes culturales, de l'amélioration variétale et des traitements chimiques (généralement envisagés en dernier recours). Nous distinguerons trois principaux thèmes:

Les maladies foliaires

Parmi les maladies cryptogamiques et virales qui affectent l'arachide en Afrique, trois ont une importance économique sensible, à ce jour, sur la production. Leur incidence croît à mesure que l'on se rapproche des zones les plus humides où elles sévissent de manière simultanée:

a) La rosette est une maladie virale transmise par un puceron. Des variétés résistantes ont été sélectionnées au Burkina Faso et au Nigeria; L'épidémiologie de la maladie est connue (voir chapitre II), bien que le mécanisme de transmission et d'action du virus ne soit pas totalement élucidé. La rosette peut anéantir les récoltes dans de vastes régions si les conditions climatiques de l'année se prêtent à une infestation précoce; les traitements chimiques ne sont pas accessibles au paysannat traditionnel mais l'utilisation de variétés résistantes permet de prévenir la maladie dans toutes les circonstances. Ces variétés, vulgarisées dans les zones où la rosette sévit de manière endémique, y ont rencontré un grand succès (69 - 101 en Casamance, Guinée - Bissau, Tchad; RMP 12 et RMP 91 au Burkina Faso, Tchad, Mozambique, etc.) et ont été incluses dans les programmes de création variétale et d'essais variétaux internationaux.

b) Les cercosporioses (hâtive et tardive) sont universellement présentes sur les cultures d'arachide. De nombreux produits ou formulations ont été essayés avec succès; la mise en pratique en milieu paysan est toujours difficile, d'autant qu'il est souvent nécessaire de traiter simultanément contre la rouille et contre les cercosporioses. Des techniques culturales préventives limitent l'incidence de ces maladies: alternance arachide/céréale, semis précoce, fumure minérale (apport de soufre notamment), enlèvement des fanes et élimination (enfouissement ou brûlis) des résidus de récolte. La sélection de variétés tolérantes est en cours. Les meilleures formulations fongicides testées au Burkina Faso pour contrôler la rouille et les cercosporioses sont citées au tableau XII.

Tableau XII Traitement fongicide contre rouille et cercosporioses de l'arachide: tests aux champs

Traitement

Matières actives

Dose

Rendement kg/gousses/ha

Témoin

0

0

2 630 (100)

Corvet

fenpropimorphe

2 kg/ha

3 820 (145)


+ mancozebe




+ carbendazime



Alto

cyproconazole

0,41/ha

4 040 (1 54)

Horizon

tebuconazole

0,51/ha

3 700 (141)

Baycor +

bitertanol +

0,81/ha +

4100 (156)

Bavistine

carbendazime

0,4 kg/ha


Source: Rapports INERA Burkina Faso

Les nématodes

Les nématodes nuisibles à l'arachide causent de fortes pertes de rendement en gousses et en fanes, surtout dans la moitié Nord du bassin arachidier sénégalais où le problème a été décelé, et probablement dans la plupart des zones de production. Une méthode de lutte a été mise au point et appliquée en vraie grandeur dans le Centre - Nord Sénégal (DBCP 12 kg M.A./ha en traitement du sol, 4 000 ha traités en 1988). Les rendements sont augmentés en moyenne de 500 kg/ha pour les gousses et de 1000 kg/ha pour les fanes; l'arrière effet sur la céréale suivante est de + 350 kg/ha et la rémanence* du traitement est de cinq ans. Les recherches en cours portent sur les essais de produits de remplacement du DBCP (doses et modes d'application, résidus éventuels), sur les mesures agronomiques d'accompagnement (densités, travail du sol, fertilisation), sur les modalités d'application en milieu paysannal (organisation des producteurs, crédit). Les perspectives de sélection de variétés tolérantes, à ce jour, ne sont pas encourageantes.

Les arthropodes

Nous nous en tiendrons aux deux prédateurs pour lesquels des méthodes de lutte sont économiquement envisageables en milieu paysannal africain:

a) Les iules Les études ont conduit à l'identification des quatre espèces les plus nocives, responsables de la plupart des dégâts à la levée sur cultures pluviales et sur les jeunes gousses d'arachide en formation. Trois types de traitements ont été mis au point: protection à la levée par incorporation d'insecticides dans le produit de poudrage des semences; appâts iulicides épandus à la fructification; traitement du sol. Seuls les deux premiers ont été vulgarisés au Sénégal sur les cultures d'arachide de bouche, particulièrement sensibles et susceptibles de rentabiliser ces traitements onéreux. Les recherches se poursuivent sur le double plan des données bioécologiques et des nouveaux produits. La lutte biologique est également envisagée.

b) Les termites: Les attaques les plus importantes surviennent après la récolte, mais ces isoptères peuvent également provoquer des dégâts sur les gousses en formation et même sur la partie végétative de la plante, en période de stress hydrique. Pour une raison non élucidée, lice probablement à la répartition des espèces, ces attaques sont beaucoup plus virulentes en Afrique Australe, où elles justifient parfois l'épandage d'insecticide incorporé par binage, qu'en Afrique de l'Ouest et Centrale où leur incidence économique avant récolte est faible; on se contente alors de traiter le sol par poudrage insecticide sur l'emplacement des meules.

3.7.2 - Lutte contre les insectes nuisibles après récolte

Les gousses et graines sèches (humidité inférieure à 10 %) sont à l'abri de toute attaque cryptogamique, sauf en cas de réhumidification qui les exposerait à la contamination par Aspergillus flavus (voir paragraphe suivant). Les insectes, par contre, occasionnent des dégâts importants et peuvent suivre la récolte depuis le champ jusqu'au magasin de stockage.

Protection en cours de séchage

Les arachides sont séchées au champ ou à la ferme, soit en meules avant égoussage (cas le plus fréquent), soit en gousses lorsque le battage est effectué précocement («égoussage en vert*» de l'arachide de bouche). Elles sont alors exposées aux attaques de termites qui détériorent les gousses et les fanes, en partant de la base des meules, surtout lorsque celles - ci sont trop étalées, trop compactes et restent en place trop longtemps. Les punaises (Aphanus sordidus) sont également virulentes à ce stade, provoquant une dépréciation qualitative du produit: des baisses de 30 % de la faculté germinative, de 5 % de la teneur en huile, et des augmentations de 5 % de l'acidité oléique ont été enregistrées au Sénégal.

La meilleure prévention contre ces insectes consiste à surveiller le produit, à réduire la durée du séchage et à le conduire soigneusement en construisant des meules légères et bien aérées. Un poudrage insecticide sous la meule ou sur l'aire de séchage permet généralement d'assurer une protection suffisante pendant les trois à quatre semaines nécessaires au séchage en zone soudano - sahélienne; le piégeage des punaises au moyen de sacs traités à l'insecticide, disposés autour des meules, donne également de bons résultats.

Protection des stocks

L'arachide sèche, même en coques, est exposée en cours de stockage à des attaques d'insectes contre lesquelles l'agriculteur se prémunit dans une certaine mesure soit en utilisant des sacs propres qu'il entreposera dans un local sec et aéré, souvent à proximité du foyer pour les enfumer, soit en stockant son arachide dans des greniers les plus étanches possibles en y mélangeant divers produits réputés insecticides tels que le feuillage et les cendres de Neem (Azadirachta indica). L'insecte le plus nuisible est la bruche de l'arachide (Caryedon fuscus) présente au champ au moment de la récolte et dans les locaux de stockage mal nettoyés ou elle se perpétue d'une année à l'autre. La présence de plantes - hôtes, en particulier des légumineuses arbustives utiles, contribue également à entretenir la contamination. Le taux de graines attaquées peut atteindre 50 % pendant la durée d'une intersaison au Sénégal; les petits lots conservés à la ferme peuvent être intégralement détruits dans le même délai.

De bons résultats ont été obtenus en utilisant des comprimés de phosphore d'aluminium dans des récipients métalliques hermétiques. Le produit dégage de l'hydrogène phosphoré, toxique, sous l'action de l'humidité de l'air; son action sera donc d'autant plus lente que l'air est plus sec, ce qui réduit son efficacité en zone soudano - sahélienne. La dose d'emploi est de 20 g/m3; le traitement, sans effet sur la faculté germinative, peut être répété en cas de réinfestation.

La lutte est plus aisée lorsque l'arachide, après collecte, est stockée en vrac dans des magasins collectifs de grande capacité. Le traitement des produits à forte plus - value (semences et arachide de bouche) comporte généralement deux opérations successives:

- L'arachide, en sacs, est traitée par fumigation* au gaz toxique (bromure de méthyle) sous bâches, pendant 48 heures à la dose de 30 g/m3. Il ne faut traiter que les arachides bien sèches si l'on souhaite maintenir leur faculté germinative. Le traitement assure une désinsectisation totale, mais sans rémanence.

- Le produit est stocké en vrac (gousses) ou en sacs (gousses ou graines). Un poudrage insecticide est réalisé à mesure du remplissage du magasin, complété par un traitement de couverture sur la surface du tas.

Le stockage de gousses en tas de grand volume, tel que pratiqué au Sénégal et en Gambie pour des périodes qui peuvent dépasser une année, assure une certaine protection, car l'effet de masse limite la prolifération des insectes à l'intérieur du tas. Les graines, par contre, doivent être conservées sacs, éventuellement en magasins climatisés ou réfrigérés, jusqu'à conditionnement final du produit. Les insecticides utilisés pour la protection de l'arachide en stock doivent être changés fréquemment; le soin apporté au traitement et au nettoyage préalable des locaux importe plus que le choix d'un produit spécifique. Selon les réglementations en vigueur et les tests conduits dans différents pays d'Afrique de l'Ouest, ont été utilisés le plus fréquemment K - othrine, Actellic (liquide), Bromophos, Iodofenphos, etc., parfois en panachage.

Contrôle de l'aflatoxine

- L'aflatoxine, présente dans de nombreux produits alimentaires dont l'arachide et le mais, serait responsable de lésions hépatiques auxquelles les jeunes animaux d'élevage sont particulièrement sensibles. De fortes présomptions pèsent également sur le rôle de ces substances (sécrétées par un champignon, L'Aspergillus flavus) dans l'étiologie du cancer du foie chez l'homme. La toxine étant éliminée par le raffinage de l'huile, le problème se pose à deux niveaux, aussi bien pour les produits auto - consommés que pour ceux destinés à l'exportation:

· Emploi des graines et des produits dérivés (dont l'huile brute) en alimentation directe,

· Utilisation du tourteau en alimentation animale.

- Le champignon est présent au champ à tous les stades du cycle cultural de l'arachide. Pour qu'il y ait contamination, il faut que se réalisent des conditions bien déterminées de température (entre 28° et 35 °C) et d'humidité du fruit (entre 10 et 30 %). La présence d'ouvertures et de voies de passage dans la coque et le tégument permettent à l'Aspergillus de pénétrer la graine et d'y sécréter la toxine. Ces conditions se trouvent réunies dans les situations suivantes:

· En année normale, entre la maturité des gousses et leur séchage en dessous de 10 % d'humidité, à condition que la coque soit percée ou fendue;

· Dans le cas de sécheresse en cours de maturation: les graines sèchent alors avant d'être mûres et sont particulièrement vulnérables;

· Dans le cas de pluies tardives qui viennent réhumidifier les récoltes en cours de séchage;

· Dans tous les cas où la coque se trouve percée (trous d'insectes, termites, iules), fendue (dessiccation précoce, chocs d'outils), moisie («bouts noirs»consécutifs à l'avortement d'une graine).

- Les techniques de détoxification actuellement disponibles ne portent que sur le traitement industriel des tourteaux; toutes les autres méthodes, qui visent à livrer au consommateur un produit sain, ont encore un caractère préventif:

· Utiliser les variétés dont le cycle est adapté à la saison des pluies;

· Respecter les dates optimales de semis et de récolte;

· Appliquer les thèmes culturaux préconisés: rotations culturales, densités de semis, fumure, désherbages, afin d'assurer à la plante un développement physiologique optimal;

· Récolter et conditionner séparément les gousses les plus contaminées (pieds flétris prématurément, restes - en - terre, meules moisies);

· Assurer une protection insecticide et iulicide efficace;

· Raccourcir au maximum la phase critique du séchage, et introduire dès que possible le battage mécanique précoce.

- Les graines contaminées sont décelables à la couleur jaune - vert caractéristique du mycélium* et des produits du métabolisme de l'Aspergillus; les problèmes d'échantillonnage ont une grande importance, car une graine contaminée sur 1 000 au niveau actuel de tolérance, suffit à déclasser tout un lot. La réglementation dans les pays importateurs tend, en fait, à exiger des produits totalement indemnes d'aflatoxine pour l'alimentation humaine directe. Sans dramatiser le problème, qui n'est d'ailleurs pas spécifique à l'arachide, il conviendrait d'en tenir compte tant pour la santé humaine dans les régions où l'arachide est un élément important de l'alimentation, que dans les pays qui souhaitent s'orienter vers l'exportation des produits arachidiers. Dans les deux cas, l'éducation des populations (producteurs et consommateurs) et l'organisation de la filière (sanctionnée par un échantillonnage strict et un barème de prix adéquat sur les centres de collecte) sont des conditions indispensables à la mise en œuvre d'une stratégie de contrôle efficace, à l'image de celles qui sont pratiquées dans les pays de production intensive.


Photo 17. Arrachage manuel


Photo 18. Arrachage en traction animale


Photo 19. Ressuyage avant mise en meule

3.8 - Arrachage et séchage

La récolte comporte trois opérations: l'arrachage (ou «soulevage»), le séchage et le battage (ou «égoussage»), l'ordre des deux dernières pouvant être interverti. La détermination de la date optimale d'arrachage, puis la conduite des opérations jusqu'au stockage ont une grande importance quantitative et qualitative sur le produit. Le contrôle de l'humidité est primordial: en zone à climat sec et à saison des pluies unique, la teneur en eau des plantes doit être réduite de 30 - 40 % à moins de 20 - 25 % pour le battage mécanique puis à 8 - 10 % pour le stockage en gousses si l'on veut préserver la valeur germinative des graines destinées à être utilisées comme semences. L'égoussage en vert suivi du séchage, par contre, aboutit à un produit de bonne qualité technologique (arachide de bouche en gousses, voir ch. 4) .

L'arrachage peut être conduit manuellement ou mécanisé à des degrés divers; les variétés sélectionnées ont une fructification groupée qui facilite le «soulevage» avec une gamme d'appareils qui vont de la simple houe manuelle aux souleveuses - batteuses motorisées dont le seuil de rentabilité se situe à environ 100 - 150 ha en culture intensive.

La séquence des opérations varie selon la destination du produit et selon qu'il s'agit de culture traditionnelle ou de production mécanisée; elle dépend également des conditions climatiques. En zone de savane sèche africaine, le petit producteur arrache, puis sèche au champ avant battage et stockage. Dans des conditions climatiques comparables, mais en culture mécanisée, le soulevage est suivi d'un pré - séchage de quelques jours en andains puis d'un battage mécanique et du séchage artificiel. La mécanisation intégrale peut même parfois conduire à une séquence continue arrachage - secouage - battage - séchage - transport et stockage.

En zone à pluviométrie élevée ou bimodale, l'humidité persistante oblige à pratiquer un pré - séchage soigneux, puis à égousser pour ensuite parachever le séchage des gousses en couche mince. Le séchage artificiel est indispensable en production mécanisée (cas de la vallée du Niari au Congo).

3.8.1 - L'arrachage

Le premier problème à résoudre est celui de la date optimale de récolte: l'arachide, en fin de cycle, présente une proportion variable de gousses mûres, immatures et en formation. Une récolte trop précoce entraînera une perte quantitative importante car les graines, gorgées d'eau, se ratatineront en cours de séchage; la teneur en huile, en protéines, ainsi que la valeur germinative seront faibles. Les plantes maintenues trop longtemps au champ seront exposées à des attaques d'insectes et de prédateurs divers, le taux d'acidité des graines augmentera ainsi que leur teneur en aflatoxine et la proportion des gousses détachées par rupture du gynophore s'accroîtra très rapidement, obligeant à un fastidieux travail de glanage.

Il n'existe pas de symptôme absolu permettant de déterminer précisément la maturité de l'arachide. Chez les variétés non dormantes, la germination sur pied est un signal clair: on doit arracher impérativement lorsque 2 % des plantes présentent des graines germées. Le dessèchement du feuillage n'est pas une indication suffisante puisque l'humidité (et en particulier l'irrigation) peut provoquer une prolongation de la croissance végétative au - delà de la maturité des fruits. Le critère le plus net est la couleur brunâtre et le dessèchement du parenchyme interne des gousses, qui deviennent cassantes et s'ouvrent facilement par simple pression sur la ligne de déhiscence. Il conviendra donc, dès avant la date théorique fixée par la durée du cycle qui est une caractéristique variétale, de faire des sondages réguliers et de procéder à l'arrachage général lorsque 70 - 80 % des gousses formées présentent le caractère ci - dessus. Il est inutile de prolonger la végétation au delà de la durée moyenne du cycle dans la région lorsque la saison sèche est bien installée, provoquant la compaction du sol.

L'arrachage peut être entièrement manuel lorsque le sol est suffisamment meuble et en particulier lorsque la culture est conduite sur billons. Sinon, il est nécessaire de sectionner le pivot racinaire au - dessous du niveau de fructification soit à 10 - 15 cm sous terre, puis de soulever sans brutalité pour récupérer le maximum de gousses mûres. L'opération sera plus délicate sur les variétés rampantes. Elle peut être faite avec un outil manuel, une houe tractée ou un engin spécialisé (souleveuse à traction animale ou motorisée). Les plantes sont ensuite secouées pour en éliminer la terre adhérant aux gousses; cette opération peut être contraignante lorsque le sol est lourd ou argileux, d'autant plus qu'il sera sec.

Lorsque les fanes sont très développées, ou lorsqu'on souhaite préserver la qualité du fourrage, on pourra les faucher immédiatement avant la récolte.

3.8.2 - Le séchage

Le séchage sera conduit soit avant, soit après battage. Il aura pour effet de faire passer le taux d'humidité de 40 % environ à moins de 10 %. Des gousses fraîches, même à 25 %, ne peuvent pas être stockées en vrac ou en sac sans s'échauffer. Si le produit doit servir de semences, il est déconseillé de manipuler les gousses fraîches dont les graines, gorgées d'eau, adhèrent à la coque, car les chocs provoqueraient des détériorations biologiques graves. Il convient par ailleurs de ne pas dessécher trop rapidement, ou à trop forte température. Le séchage sera soit naturel (cas général en zone de savanes sèches) soit artificiel.

- Séchage naturel: en culture traditionnelle de savane sèche, les pieds arrachés à la main ou à la houe sont tout d'abord mis à ressuyer* en petits tas, gousses en l'air pendant un jour ou deux, avant d'être mis en meules de grandes dimensions, gousses dirigées vers l'intérieur de la meule qui comportera de préférence une cheminée centrale d'aération. Le battage n'interviendra que plusieurs semaines ou plusieurs mois après.

En zone humide, le pré - séchage plus soigneux se fera sur perroquets, sur un bâti surélevé ou sur tout dispositif permettant d'isoler les plantes du sol pendant quelques jours avant d'égousser sur place ou de transporter les bottes à domicile où elles seront égoussées. Les gousses seront ensuite séchées en couche mince à l'abri, ou en sacs ou paniers de petite contenance à proximité du foyer.

- Séchage artificiel ou mixte: en culture motorisée, des machines effectueront généralement en un seul passage l'arrachage, le secouage et la mise en andains, gousses en l'air. Lorsque l'humidité sera tombée à 20 - 25 %, un deuxième appareil («combine») passera sur les andains pour effectuer le battage, le criblage - nettoyage et le chargement des gousses qui devront ensuite être séchées artificiellement. La séquence entière des opérations peut être effectuée en un seul passage, suivi de séchage artificiel immédiat dans des remorques équipées en séchoirs, mais la qualité du produit peut en souffrir.

Le séchage artificiel devra se conformer à certaines normes de base:

- Ne pas utiliser une trop grande hauteur de produit: la hauteur optimale varie de 0,6 m pour 35 % d'humidité à 3 m pour 20 % (épaisseur maximum);

- Ne pas dépasser 35 °C pour l'air soufflé à travers la masse d'arachide, ou mieux, ne pas dépasser de 5 à 6 la température ambiante;

- Adopter un débit moyen compris entre 300 et 600 m3/heure et par m3 d'arachide.

- Procéder en deux temps: une phase préliminaire permettant de diminuer très vite le contenu en eau des coques afin de bloquer le développement des champignons, suivie d'une phase lente qui assurera l'extraction progressive de l'eau des graines. Une installation à poste fixe (cellules de stockage en parpaings de 200 m 3 de capacité), avec ventilation par gaines de 1600 cm 2 de section placées sur le sol, permettra d'abaisser le taux de 30 à 6 % en 4 à 6 jours (air ambiant à 30°C).

3.9 - Egoussage et stockage

L'égoussage (ou battage) a pour effet de séparer les gousses des fanes. Cette opération doit préserver l'intégrité des coques surtout lorsque le stockage et le conditionnement final se font en gousses, et l'intégrité des graines notamment lorsque le produit doit être utilisé comme semences ou dans l'industrie de la confiserie. Le stockage sera d'autant plus aisé que le produit aura été correctement séché, égoussé, nettoyé, éventuellement décortiqué et préalablement désinsectisé.

3.9.1 - Egoussage

L'égoussage peut s'opérer immédiatement après l'arrachage, dans le but de préserver la qualité du produit destiné à être commercialisé en gousses sur le marché de l'arachide de bouche: le séchage immédiat des gousses permet en effet de prévenir les attaques bactériennes et cryptogamiques qui en altèrent la couleur (voir chap. 4).

En culture traditionnelle, l'égoussage manuel est de règle. L'opération aboutit à un produit de parfaite qualité et préserve intégralement les fanes; elle peut s'opérer à tout moment et permet d'occuper la main - d'œuvre familiale en période de sous - emploi.

L'égoussage est parfois effectué avec un bâton, un fléau ou plus rarement avec divers types de batteuses mécaniques inspirées des batteuses à riz asiatiques. Dans les premiers cas, le travail au Sénégal et en Gambie est confié à des ouvriers saisonniers. Les bottes d'arachide sont réduites à un mélange de fanes brisées et de gousses qui sera ensuite ventilé pour séparer les gousses. Le produit livré sur les lieux de collecte primaire sera passé dans des cribles ou des tarares à moteur qui élimineront débris, poussières et gousses vides avant ensachage et pesée.

En culture motorisée, l'égoussage est parfois exécuté directement après arrachage (voir 3 - 8); le rendement est d'environ 10 ha ou 15 t/jour. Cette technique est brutale; il n'est pas possible de l'appliquer pour traiter de la semence. Une technique moins brutale consiste à dissocier l'arrachage du battage, en utilisant une batteuse mobile ou à poste fixe pour traiter les andains ou les meules lorsque la teneur en humidité des gousses aura atteint le niveau approprié.

3.9.2 - Stockage

La graine d'arachide, volumineuse et fragile, est exposée à de nombreux risques d'altération, tant physiques (brisures de la coque, de la graine, séparation des cotylédons, corps étrangers, produits du métabolisme des insectes, farinettes) que chimiques (reprises d'humidité provoquant acidification et oxydation) ou biologiques (insectes, rongeurs, champignons). La coque d'arachide constitue une protection naturelle efficace: le stockage, en milieu traditionnel, se fera donc de préférence en gousses de manière à protéger la graine le plus longtemps possible.

- Stockage en gousses:

Le produit est stocké à l'air libre (sauf dans les zones à pluviosité élevée) sur les centres d'achat puis sur les lieux du stockage intermédiaire, parfois de très grande capacité, avant évacuation vers des lieux d'utilisation finale (huilerie ou conteneurs pour l'exportation). Il s'agit des «seccos» (vrac) en usage au Sénégal et en Gambie et des pyramides de sacs caractéristiques des zones arachidières de la Nigeria.

Avant mise en stock, on procédera de préférence à une désinsectisation par fumigation (voir 3 - 7). L'aire de stockage, si possible cimentée ou goudronnée, sera soigneusement nettoyée et traitée à l'insecticide. Selon la hauteur du tas d'arachide en vrac, on utilisera le talus naturel (pente de 38°) ou on construira un muret de sacs pouvant atteindre 2 - 3 mètres de hauteur (épaisseur de 2 sacs pour 1 mètre, 3 sacs pour 2 mètres, 4 sacs pour 3 mètres). La sauterelle de déchargement sera réglée à la verticale du sommet de la pyramide, ou on constituera des escaliers de sacs pour permettre aux manoeuvres d'aller vider leur chargement. Des hauteurs de 15 mètres peuvent être atteintes sans que les gousses situées à la base de la pyramide soient écrasées par la charge.


Photo 20. Vannage après battage

La durée du stockage à l'air libre est fonction du rythme des pluies; en zone sèche, les tas peuvent être conservés sans précaution particulière de décembre à avril en hémisphère Nord. Au delà, et en cas de pluie accidentelle, une couverture par bâche devient nécessaire.


Photo 21. Nettoyage au crible sur point de collecte


Photo 22. Stockage à ciel ouvert


Photo 23. Stockage provisoire sur point de collecte

Le stockage en magasin obéit aux mêmes principes de base: nettoyage et traitement insecticide du magasin. Ménager un espace entre l'arachide et les parois, sauf pour les magasins à isolation parfaite et à bonne étanchéité. Veiller à l'ordre du déstockage: si le magasin n'est pas muni de systèmes de reprise, le déstockage se fera dans l'ordre inverse du stockage, ce qui peut poser problème.

Mise en stock à 8 - 10 % d'humidité et à une température raisonnable, l'arachide en coque peut se conserver pendant un an sans dégradation de ses qualités physico - chimiques; par contre, la valeur germinative des graines subira une altération liée à l'inévitable reprise d'humidité en saison des pluies. La dégradation devient rapidement croissante au - delà de 10 % d'humidité, d'où la difficulté, dans les pays à deux saisons des pluies, à conserver les semences sur deux cycles de culture.

En milieu traditionnel, le stockage individuel se limite aux besoins de l'auto - consommation, du commerce local et de la conservation des semences; les techniques mises en œuvre, avec une efficacité limitée, ne portent que sur des quantités très restreintes.

- Stockage en graines:

Le décorticage nécessite des précautions particulières si l'on veut aboutir à des graines entières et saines susceptibles d'être utilisées en semences ou en arachide de confiserie; si par contre on doit triturer immédiatement les graines, le réglage des décortiqueuses sera assuré de manière à ce qu'il n'y ait aucun refus quel que soit le taux de brisures. Dans le premier cas, on ne travaillera qu'avec des gousses faisant plus de 6 % d'humidité, sur des gousses bien calibrées ou avec des décortiqueuses à paniers multiples traitant successivement les gousses de plus en plus petites. Le décorticage des semences, en milieu traditionnel, se fait généralement à la main, de même que la préparation artisanale des arachides de bouche vendues en graines. Dans tous les cas, le stockage des graines au - delà de quelques jours est une opération délicate.

Le stockage extérieur s'effectuera en pyramides de sacs, sur des aires particulièrement bien préparées. Le stockage en vrac n'est concevable que dans des installations portuaires spécialement aménagées et dans les silos des huileries.

La conservation de longue durée de l'arachide décortiquée est possible si l'on abaisse la température aux environs de 0°: dans ces conditions, on peut maintenir au produit sa valeur germinative et ses qualités gustatives pendant plusieurs années, à condition de respecter les normes de chargement (les détériorations augmentent avec la hauteur des piles de sacs) et de déstockage (reprise progressive de température pour éviter les condensations).

La validité d'un système d'ensachage sous vide compensé à l'azote a été vérifiée par la recherche agronomique; la méthode, peu coûteuse, permet d'éradiquer les insectes (bruches principalement) et préserve la capacité germinative des graines pendant deux années au moins, le conditionnement étant assuré en sacs de faible capacité ouverts au moment du semis ou de l'utilisation finale (voir chap. IV).

3.10 - La culture de l'arachide en zone équatoriale

La culture de l'arachide sous climats à deux saisons des pluies rencontre des contraintes particulières qui tiennent à la maîtrise du calendrier cultural, à l'acidification très rapide des sols et à la pression parasitaire. Des mesures d'amélioration de la productivité sont envisageables; leur mise en œuvre est liée aux progrès de la sédentarisation et d'une raisonnable monétarisation de la culture traditionnelle.

3.10.1 - Situation de l'arachide en zone équatoriale africaine

La place de l'arachide en Afrique Centrale est généralement très sous - évaluée du fait qu'elle n'intervient que peu dans les circuits de commercialisation. La consommation moyenne en zone forestière du Sud - Cameroun, révélée par une enquête récente, la situe en première position, en grammes par jour de nutriments par personne, derrière les aliments pondéreux; la consommation moyenne annuelle, de l'ordre de 24 kg per capita, ne suffit pas à résorber une importante carence protéique dans une zone où la place de l'élevage est faible et où les activités de chasse sont en forte régression (tableau XIII).

L'association des cultures est très généralement pratiquée en zone forestière; elle tend à régresser en zone de savanes humides, où des expériences de culture mécanisée ont été conduites avec succès dans le passé. Les produits sont auto - consommés ou commercialisés sur place dans leur quasi - totalité; les exportations d'arachide de bouche, sur un marché qui est toujours demandeur, se sont taries dans la décennie 1970 - 80 mais pourraient être réactivées.

Tableau XlII Quantités de nutriments par personne au Sud - Cameroun (g/jour)

Manioc

493

Plantain

493

Vin de palme

337

Légumes

257

Autres Tubercules

123

Arachide

66

Céréales

53

Viandes

50

Huile de Palme

23

Poissons

16

Courges

11

Sel


(Source: Enquête SEDES)

3.10.2 - Les techniques culturales

- L'arachide en zone équatoriale est une culture essentiellement manuelle. Les rendements sont supérieurs au premier cycle, pour des raisons de régularité plaviométrique et de lessivage du sol en second cycle. Durant la «petite saison sèche» de février, le paysan doit arracher, égousser, préparer à nouveau son sol puis semer sur les premières pluies du second cycle. Ces contraintes limitent les superficies mises en culture et induisent plusieurs goulots d'étranglement: le semis, l'arrachage et l'égoussage (tableau XIV).

Tableau XIV Culture manuelle de l'arachide au Congo: temps de travaux (à l'hectare de culture pure)

Préparation du sol:


30,0

Semis:

700 m 2/jour de travail, soit

14,5

Entretien:

(selon l'état du sol) 7 journées/ha x 3

21,0

Arrachage:

1 300 m 2/jour

7,5

Egoussage:

60 kilos de coques par jour

30,0

Total moyen estimé, pour une récolte de 1 800 kg/ha: (triage 40 à 60 kg/jour, et décorticage 15 à 20 kg/jour, non compris

103 j/ha

(Source: I.R.H.O.)

- La responsabilité de la production arachidière incombe presque toujours aux femmes. L'intervention de l'homme se borne souvent à aider au défrichement, à la préparation du sol, à l'entretien et au conditionnement des produits. La monétarisation de la production a pour effet de modifier progressivement cette situation.

- Le semis du premier cycle se fait en octobre - novembre. L'arrachage demande deux fois moins de temps que le semis et ne pose pas de problème, alors que l'égoussage demande deux fois plus de temps que le semis pour un rendement de 1 800 kg/ha. Cette opération manuelle constitue donc un véritable goulot d'étranglement notamment dans l'intersaison si une deuxième culture est envisagée. La paysanne étale ses semis sur une période de vingt jours au maximum afin de limiter (et d'étaler) les travaux d'égoussage. Dans ces conditions, la surface cultivée atteint au maximum 0,6 ha en premier cycle et 0,3 ha en deuxième cycle.

- Le seul outil utilisé est la houe. En fin de saison sèche, les herbes sont coupées et brûlées et les cendres et débris végétaux sont enfouis à la houe. Le semis est effectué généralement à plat, ou en buttes recouvrant la matière végétale non brûlée afin de hâter sa décomposition. Les semis en savane commencent dès les premières pluies et s'échelonnent jusque début novembre, pas au delà pour éviter le risque de pluies sur les récoltes mêmes. En fait, l'humidité latente permet pratiquement une saison culturale continue. Les variétés sont presque toujours des hâtives bigraines roses, bigraines rouges ou rouges 3 - 4 graines.

- Les assolements varient peu; l'alternance arachide - manioc (ou maïs) est la règle, avec inversion de la position du manioc dans les deux cas. On distingue les cultures pures (surtout en savanes) et les cultures mélangées ou associées (majoritaires partout, surtout en forêt).

- L'arrachage se fait dans l'ordre du semis. Le séchage sur champ se fait en andains ou en moyettes, gousses en l'air, pendant quinze jours en savane, 3 - 4 jours en forêt suivis d'un séchage au village. Le triage constitue un conditionnement «bouche» pour les 3 - 4 graines ou un simple nettoyage.

3.10.3 - Perspectives d'amélioration de la productivité

- On constate, sur toutes les successions culturales continues, une chute des rendements dès la deuxième année, qui s'accompagne d'une augmentation des teneurs en manganèse de la plante sans carence nette en N. P. K. Ca ou Mg. Le même effet s'observe si le sol est laissé nu pendant les deux cycles qui précèdent la culture d'arachide. Par conséquent, les phénomènes de dégradation des sols sont accompagnés d'une augmentation des teneurs des feuilles en Mn pouvant atteindre le niveau de la toxicité manganique. Ce seuil, pour l'arachide, se situe aux environs de 1000 p.p.m.

Les mesures à prendre peuvent être de deux ordres:

· enrichir le sol en matière organique et empêcher la destruction du complexe organique fixateur du manganèse;

· élever le pH du sol par application de chaux.

Le calcium doit être apporté en profondeur, à proximité des racines; il faut donc l'épandre avant labour. Un autre effet du calcium en profondeur est l'obtention d'un plus grand nombre de nodosités actives mieux réparties. La dose de départ préconisée est de 2 t/ha de chaux agricole ou de 3 t/ha de calcaire broyé. Dans le cadre d'une rotation quatre cultures/un engrais - vert/quatre cultures, il est recommandé d'apporter 3 t/ha sur chaque arachide (une culture sur deux). Les augmentations de rendement obtenues vont, suivant l'état des sols, de 25 à 500 %. Le chaulage apparaît donc comme une condition impérative de l'intensification agricole sur les sols exposés à l'acidification et au lessivage temporaire; l'utilisation d'engrais minéraux, par contre, a rarement donné des résultats probants.

- Le seul moyen de lutter contre la toxicité manganique, outre l'apport de calcium, est d'augmenter la teneur du sol en matière organique. Dans ce but et également pour éviter l'épuisement des sols, on a eu recours à diverses techniques. Un certain nombre de plantes ont été testées en engrais vert; parmi elles, les plantes lignifiées en partie, généralement brûlées et parfois enfouies, ont donné les meilleurs résultats.

Les engrais verts seuls jouent le même rôle qu'une jachère, mais en beaucoup moins de temps: un pois d'angole d'un an fournit autant de matière verte qu'une jachère de quatre ans; les rendements sur terre fertile accusent des réponses plus nettes après pois d'angole ou Stylosanthes qu'après jachère. Toutefois, en l'absence de calcium, cet effet s'éteint rapidement et le quatrième cycle après la plante de couverture n'atteint que de faibles rendements. L'association calcium x engrais vert rend à un sol épuisé un niveau de fertilité convenable; la rotation préconisée est quatre cultures - pois d'angole - quatre cultures. Un Stylosanthes de deux ans a un effet améliorateur plus net, mais son occupation du sol est plus longue; l'emploi de cette plante, pour laquelle le bétail a une bonne appétence, est recommandé dans un système agro - pastoral.

- La diffusion de variétés productives et technologiquement satisfaisantes constitue un moyen rapide d'assurer un surcroît de revenu dans les zones où l'agriculteur ne bénéficie pas d'un dispositif de vulgarisation et d'approvisionnement en intrants efficace. La demande, qu'elle soit locale ou internationale, porte sur l'arachide de bouche (coques et graines) dans les catégories suivantes, pour lesquelles la recherche agronomique est en mesure de proposer une gamme de variétés, sous réserve de les tester dans les conditions réelles d'utilisation:

- Bouche tri - quadri - graine (Valencia)

- Bouche bi - graine (Spanish)

- Amandes de grande taille (Virginia)

- Les normes de semis sont sensiblement identiques dans toutes les régions cultivant des variétés de même type. Les meilleurs rendements nets sont obtenus avec des écartements de 30 x 10 et 25 x 10 correspondant à des densités de 330 000 et 400 000 pieds/ ha, que pour des raisons pratiques (économie de semences, facilité des entretiens) on a ramené à 40 x 15, considéré comme l'optimum.

La désinfection des graines de semences procure une amélioration sensible de la levée, pour un coût à l'hectare correspondant à 10 kg d'arachides. L'effet peut être considérable en période sèche, ou en cas de semis trop superficiel ou trop profond. Diverses formulations ont été testées, associant un fongicide (préventif) et un insecticide (répulsif) en poudrage à sec à une dose moyenne de 2 pour 1000 (soit 100 g pour 50 kg).

- Deux adventices méritent une attention particulière:

· Le carex (Cyperus rotundus), qui envahit rapidement les terres après leur ouverture. La façon d'éviter l'envahissement des terrains est de procéder à l'arrachement manuel systématique au fur et à mesure que les taches apparaissent. L'extirpateur canadien, en exposant la plante au soleil, réduit le peuplement de même que le chaulage.

· L'Imperata cylindrica: cette plante qui se propage par stolons gagne rapidement du terrain. Un labour en début de saison sèche, étalant au soleil la plus grande partie des stolons, permet de limiter leur prolifération.

Dans les deux cas, le semis précoce et dense de l'arachide sur les sols bien préparés, suivi d'entretiens réguliers, permet de contrôler ces adventices dans une large mesure.

- La rosette sévit par intermittences, et les maladies cryptogamiques (rouille, cercosporioses) sont endémiques dans toute la zone sub - équatoriale. Les méthodes préventives et curatives de lutte sont les mêmes qu'en savane sèche; leur applicabilité est faible et seule, la sélection ou l'introduction de variétés résistantes permettront à terme de contrôler ces maladies.

- Les insectes nuisibles sont nombreux mais peu dangereux en cours de végétation, si l'on exclut les pucerons vecteurs de la rosette.

· Les termites attaquent les gousses mûres avant et après la récolte: l'exploitant devra arracher les plantes dès maturité et dans l'ordre du semis, les faire sécher en moyettes, gousses en l'air, et égousser le plus rapidement possible. L'utilisation d'insecticide en poudrage sous les andains est efficace mais coûteuse et difficilement applicable en milieu traditionnel.

· Les cochenilles (Stictococcus intermedius) et les punaises (Aphanus sordidus) attaquent les gousses, avant et après récolte respectivement. Leur incidence est faible. La lutte contre les punaises consiste à éloigner les gousses du sol (moyettes) et à égousser dès que possible.

· Les bruches (Caryedon fuscus) sont susceptibles de causer des dégâts considérables sur les stocks d'arachides, en coques ou en graines. Les petits lots (réserves de semences conservées à la ferme) sont particulièrement vulnérables. La lutte chimique consiste à désinfecter préventivement les magasins, à poudrer les stocks (surtout la partie en contact avec l'air) et à traiter le produit en sacs, sous enceinte close, avec un gaz toxique (bromure de méthyle). Ces techniques ne peuvent s'appliquer que dans des magasins collectifs de grandes capacités, ce qui milite en faveur d'une commercialisation précoce des récoltes et d'une gestion centralisée du capital semencier.

- La conservation des semences, en zone humide, pose des problèmes particulièrement aigus: les expériences ont permis de déterminer que les stocks de semences en coques ne devaient pas dépasser 10 % d'humidité pour une conservation de cinq mois (grande saison sèche). Par contre les lots ayant un taux de 8 % se conservent pendant neuf mois. L'accroissement de l'acidité, dans ces conditions, est faible (0,5 % par semestre). Il est donc recommandé, lorsque les installations adéquates ne sont pas disponibles, de produire les semences de préférence en deuxième cycle de culture. Toute opération de relance de production arachidière devra commencer par la mise en œuvre d'un programme de multiplication semencière incluant la distribution annuelle ou le renouvellement périodique du capital semencier.

IV. Les grands enjeux de la production arachidiere

Le petit agriculteur africain ou asiatique dispose rarement de semences de qualité en quantité suffisante; la difficulté tient à la fragilité de la graine, aux problèmes de conservation et de stockage, ainsi qu'à l'importante contrainte que représente l'immobilisation, pendant plusieurs mois, d'un produit vulnérable, volumineux et très demandé sur le marché local. La valorisation économique de la récolte, par ailleurs, sera fonction de la qualité du produit et de sa conformité aux normes de transformation et de consommation: le marché de l'arachide de bouche, à cet égard, constitue un débouché rémunérateur, mais exigeant.

Nous présenterons donc, dans ce dernier chapitre, une description technique plus détaillée des filières «semences» et «arachide de bouche», à l'intention plus particulière des opérateurs et des décideurs chargés d'organiser la production arachidière dans les régions où prédominent les systèmes paysannaux d'où sont issus plus de 75 % de la production mondiale d'arachide.

4.1 - La filière semences

4.1.1 - Données de base

Quelques rappels

L'emploi de semences d'arachides de haute qualité constitue pour les producteurs, notamment africains, un des moyens les plus efficaces pour améliorer la productivité de leurs cultures. Ainsi, les chercheurs ont estimé qu'au Sénégal, parmi les facteurs d'augmentation de rendements confirmés et dont la vulgarisation était possible, l'emploi des semences sélectionnées intervenait pour 35 % dans le gain de productivité escompté. Le maintien de la pureté variétale est difficilement assuré par les paysans car ces derniers ont souvent recours à des achats de lots de variétés diverses pour compléter leurs réserves personnelles, engendrant ainsi d'importantes pollutions variétales. L'acquisition de semences sélectionnées constitue donc une obligation pour le maintien de la productivité de la culture et de la qualité de la récolte.

L'arachide est une plante presque strictement autogame, ce qui facilite la production de semences. De ce fait, le maintien de la pureté variétale au cours des diverses phases de la multiplication ne présente pas de difficultés spéciales, du moins théoriquement. En revanche, la distinction entre variétés n'est généralement possible qu'en examinant les gousses et éventuellement les graines. L'épuration des champs semenciers en cours de culture, au vu des caractéristiques de l'appareil végétatif (port, forme, dimension et couleur des folioles) n'est pas toujours possible si les variétés susceptibles d'entrer en mélange sont voisines, et demande de toutes façons une grande habitude. Au stade des graines, les différences entre variétés sont moins marquées généralement qu'au stade gousse. Il en résulte que les contrôles de pureté variétale sont délicats et doivent être faits au moment même où le producteur de semences livre sa récolte.

Une autre caractéristique essentielle est le faible coefficient de multiplication de l'arachide. Il faut, selon les variétés et la qualité des semences de 80 à 160 kg de gousses, et parfois plus, pour ensemencer un hectare. Compte tenu des rendements moyens des cultures, le coefficient de multiplication est rarement supérieur à 10 et, pour des niveaux de multiplication s'adressant à des cultivateurs peu encadrés ou à faible technicité, il peut descendre à 8 ou même au - dessous si d'autres facteurs défavorables interviennent (sécheresse par exemple). Ainsi, un dixième au moins des superficies cultivées en arachide doit être consacré, chaque année, à la semence, ce qui est considérable.

Les quantités de semences à stocker sont importantes et d'un coût élevé; aussi le problème de la conservation est essentiel car il est difficile de prévoir des réserves de semences de sécurité très larges et une détérioration de la qualité, en cours de stockage, aboutit à une diminution des surfaces ensemencées qui compromet souvent gravement les objectifs à atteindre.

Le problème du mode de production et de diffusion

Du fait de l'autogamie de l'arachide, on est porté à envisager des méthodes simplifiées de multiplication dans un souci de limiter les coûts: les Stations de Recherche produisent de petites quantités de semences pures qui sont confiées par des opérateurs privés ou par des Services de Vulgarisation à des paysans, à charge pour ceux - ci de les multiplier eux - mêmes pour couvrir en quelques années leurs propres besoins.

Une autre méthode simplifiée, dans les pays ou un organisme (privé ou public) prête chaque année les semences nécessaires aux paysans qui les remboursent ensuite à la collecte, consiste à faire multiplier les semences pures venant des stations par quelques paysans choisis puis, dans un deuxième stade, par des villages entiers ou des coopératives. La récolte est alors achetée entièrement, et sert de semences pour toutes les zones que l'on sature avec la variété sélectionnée, l'opération n'ayant plus à être reprise pour cette même zone que si l'on veut changer la variété, ou si une baisse de qualité trop importante se manifeste au bout d'un certain temps estimé à 4 ou 5 ans.

En fait, l'expérience montre que ces méthodes ne permettent pas toujours aux paysans de disposer de semences de qualité en quantité suffisante, pour plusieurs raisons. Dans le premier cas (paysan effectuant sa propre multiplication), la pureté est rarement maintenue, le paysan ne prenant pas soin d'épurer ses champs (repousses d'arachides restées en terre les campagnes précédentes) ou n'ayant pas la possibilité de trier sa récolte. Assez généralement, les nouvelles variétés sélectionnées ont des graines plus grosses que les communes, ce qui entraîne assez rapidement, en cas de mélange, une augmentation du pourcentage de communes dans les semences. Dans le second cas (saturation d'une zone par apport massif de nouvelles semences produites par des villages ou des coopératives), les risques ci - dessus existent également et le contrôle strict d'un village multiplicateur est particulièrement difficile, car il existe toujours des paysans moins bons cultivateurs que les autres qui produisent des semences de mauvaise qualité.

Ceci est encore plus vrai à l'échelle de la zone saturée, si bien que les semences remboursées par les paysans et dont le contrôle est très difficile (il s'agit d'un grand nombre de petits lots) sont rarement d'aussi bonne qualité que celles prêtées, et la qualité se dégrade rapidement.

Ces méthodes se prêtent mal à la diffusion rapide de nouvelles variétés. La brutale saturation d'une zone à l'aide de semences d'une nouvelle variété produites par quelques villages ou coopératives de multiplication, peut être la cause, si les conditions de l'année sont défavorables, d'un discrédit qui risque de compromettre définitivement le plan de diffusion de celle-ci.

4.1.2 - Choix d'un schéma de multiplication

Un taux de multiplication de 10 est généralement adopté lorsqu'il s'agit de calculer les quantités de semences nécessaires.

L'ensemencement de 10 000 ha d'arachides nécessite donc une quantité de semences coques de l'ordre de 1 000 t pour les variétés à petites graines. Cette quantité varie en fonction de la variété et de la qualité moyenne des semences. La «valeur culturale» est le poids de semences en coques nécessaire à l'ha pour obtenir une levée à la densité préconisée pour la variété considérée, et se détermine par l'analyse de récolte selon la formule donnée en 3.3.2. La valeur culturale permet de faire le programme de multiplication des semences de chaque variété, en tenant compte des rendements moyens escomptés.

La diffusion des semences

En Afrique, la culture de l'arachide est presque exclusivement réalisée en exploitations familiales d'assez faible surface. L'expérience montre que dans ces conditions une organisation de la diffusion des semences est nécessaire. Les cultivateurs conservent généralement des semences personnelles d'une année sur l'autre, mais il n'est pas souhaitable que celles - ci représentent un pourcentage trop important du total des semences. Nous estimons qu'il ne devrait pas dépasser 20 à 25 p. 100 et qu'il faut tendre vers une distribution totale de semences contrôlées. Ceci est confirmé par la baisse de productivité enregistrée dans les pays qui n'ont pu maintenir un contrôle systématique du capital semencier.

Les semences personnelles conservées par les agriculteurs traditionnels sont soumises à des fluctuations très grandes, du fait par exemple de dégâts d'insectes, de récolte insuffisante, ou de cours d'achat élevés qui incitent le cultivateur à vendre toute sa récolte. Ceci milite en faveur d'une limitation des semences personnelles et d'une généralisation du système de prêt des semences remboursables à la récolte avec un intérêt qui couvre les frais de l'organisme semencier ou de la structure semencière privée. De même, une production d'arachide de bouche de qualité, devant soutenir la concurrence internationale, ne pourra être obtenue qu'avec l'utilisation systématique, chaque année, de semences sélectionnées certifiées.

Niveau de production de semences certifiées

En considérant le cas d'une distribution sous forme de vente à crédit des semences nécessaires (1000 t dans notre exemple), la question se pose de savoir si ces 1 000 t seront produites entièrement sous forme de multiplications contrôlées, ou si une partie proviendra des remboursements des semences prêtées l'année précédente.

Une première méthode consiste à redistribuer, en guise de semences, les remboursements de l'année précédente. La qualité de ces semences remboursées est difficile à contrôler, car il s'agit d'un grand nombre de petits lots. Ceci implique donc un personnel nombreux, formé à reconnaître très rapidement la qualité des arachides lors de la livraison afin d'éliminer les mauvais lots. Cette méthode ne permet pas de sécuriser durablement le capital semencier.

Une deuxième méthode consiste à produire chaque année l'ensemble des semences nécessaires, à l'aide de multiplicateurs dont la production est strictement contrôlée à tous les stades. Cette méthode est employée, dans le Sud Sénégal, pour la production des semences d'arachide de bouche où la qualité des semences (pureté variétale en particulier) conditionne directement la qualité de la production commercialisée et donc la valeur de la récolte. Un certain nombre de techniques culturales sont différentes pour les champs semenciers de celles des champs dont la récolte est achetée pour l'industrie, il s'agit donc d'une production spécialisée.

Une troisième méthode est intermédiaire: elle consiste à organiser la multiplication des semences en deux niveaux à partir des semences de base produites par les stations de recherche.

Le niveau I est assuré par une organisation spécialisée qui multiplie ses semences de base, directement ou par l'intermédiaire d'un réseau de producteurs contractuels strictement contrôlés. Il produit des semences certifiées, de haute pureté et de haute qualité, en quantité égale à 10 p. 100 (si on admet un coefficient de multiplication de 10) des semences d'arachides nécessaires.

Le niveau II assure en une année la multiplication de ces semences et produit la quantité nécessaire pour ensemencer la surface totale d'arachides de l'année suivante. Cette multiplication est réalisée par des producteurs choisis dans les villages pour leur technicité avancée. Un contrat prévoit les normes de qualité auxquelles leur récolte doit satisfaire pour qu'elle soit achetée comme semences et qui sont moins sévères que celles des semences certifiées de niveau I. L'organisme chargé de la gestion compense l'achat de ces semences en vendant à l'industrie les arachides que lui livrent l'ensemble des cultivateurs en remboursement des semences prêtées.

Ce schéma a été mis en œuvre à très grande échelle au Sénégal jusque dans la période 1985 - 90. Le tableau XV récapitule les méthodes décrites plus haut, qui impliquent l'intervention d'Unités de Multiplication Semencière de statut public ou privé.

Tableau XV Caractéristiques des schémas de multiplication

Niveau de multiplication

Première méthode

Deuxième méthode

Troisième méthode

Semences de base

0 - Stations de recherche
Q - environ
0,1 p. 100

0 - Stations de recherche
Q - environ
0,1 p. 100

0 - Stations de recherche
Q - environ
0,1 p. 100

Semences certifiées niveau I

0 - Unités de multiplication de semences (U.M.S.)
Q - 15 à 30 p. 100

0 - U.M.S.
Q - 100 p. 100

0 - U.M.S
Q - 10 à
20 p. 100.

Semences contrôlées niveau II

Remplacées par remboursements de semences

Semences produites intégralement au niveau I

0 - organisme semencier
Q - 80 à
90 p. 100

0: Organisme responsable de la production
Q: Quantité produite en p. l00 du stock total de semences nécessaires

4.1.3 - Normes de culture pour la production de semences certifiées

Rappel de quelques définitions

Les stations de recherche, à partir d'un «noyau génétique», maintiennent des «semences de pré - base» qui assurent la conservation de la variété. La multiplication du vrac restant après le choix des pieds destinés à la reconstitution du noyau génétique conduira à la production de «semences de base» destinées aux organismes semenciers qui produiront de la «semence certifiée», parfois sub-divise en plusieurs catégories selon le rang de la génération:

- Première reproduction ou multiplication R1 ou M1;

- Deuxième reproduction ou multiplication R2 ou M2;

- etc.


Diagramme n° 1 Multiplication de semences sélectionnées à plusieurs niveaux pour un programme industriel de 10 000 tonnes

Pour l'arachide, on distingue en général deux «niveaux» et trois générations (au moins) nécessaires pour aboutir aux quantités requises:

Niveau I

R1 ou M1 (1 re année)


R2 (2 e année)

Niveau II

R3 (3 e année)

Systèmes de production de semences certifiées

Le système de production à plusieurs niveaux est le mieux adapté, en Afrique, pour aboutir aux quantités requises et maintenir la qualité du produit jusqu'à utilisation finale, même si la semence distribuée n'est pas issue en une seule génération des semences de base. Le diagramme n° 1 indique les quantités moyennes de semences et les superficies requises pour aboutir en cinq ans, à partir d'un hectare de production de semences de base, à une production d'environ 10 000 t. Dans ce système, ce ne sont plus les cultivateurs qui conservent les semences, elles doivent leur être achetées après la récolte par un organisme spécialisé, stockées puis redistribuées l'année suivante à de nouveaux producteurs. Il doit donc y avoir des contrats de production et d'achat avec les cultivateurs choisis pour la production des semences. Le contrat est signé entre l'organisme (privé ou public) chargé de l'approvisionnement des intrants, de l'encadrement et de l'achat des récoltes, et le producteur semencier qui peut être un cultivateur isolé, une association de producteurs ou une société. Les conditions du contrat définissent les obligations réciproques des parties:

- pour l'organisme d'encadrement et d'intendance: approvisionnement en semences, engrais, fongicide - insecticide, phosphogypse, herbicide; l'achat à un prix fixé selon la qualité de la récolte après conditionnement; le règlement d'une prime après confirmation de la qualité par analyse en laboratoire;

- pour le cultivateur: respect des conditions techniques de culture et de conditionnement après récolte; acceptation des contrôles en cours de culture; livraison de la totalité de la récolte; remboursement du crédit de campagne reçu pour les intrants.

Lorsqu'il s'agit de cultivateurs, les contrats sont établis individuellement pour chaque contractuel pour le niveau I, et collectivement par village ou par coopérative pour le niveau II.

Normes de culture et de contrôle de la production semencière de niveau I

La culture comporte un certain nombre de thèmes techniques qui obéissent, jusque dans le détail, à des exigences précises. Les contrôles individuels porteront sur les moyens de travail du multiplicateur semencier (cheptel, matériel); le champ semencier (surface, caractères agro - pédologiques, antécédents culturaux, etc.): s'il convient et si le contrat est correctement honoré, il sera borné et mis en rotation permanente; la qualité et la conformité des semences mises en terre (rendement au décorticage, tri, traitement fongicide - insecticide); l'exécution correcte du semis (date, humidité du sol, préparation du terrain, écartements et profondeur de semis); l'entretien de la culture (binages, fumure, amendements); l'épuration (arrachage des pieds non conformes); la récolte (état de maturité, date, conduite du séchage); la qualité du produit à la collecte, qui permettra de retenir ou de rejeter le lot et donc d'attribuer ou non une prime de multiplication. Les contrôles de qualité semencière se font sur échantillons. Un examen rapide est effectué sur place au moment de la livraison; un double de l'échantillon est constitué pour être analysé ultérieurement en laboratoire. Ce premier examen portera sur:

- la propreté: absence de cailloux, terre, tiges et débris divers. Ce contrôle est facilité par une bonne organisation du point de collecte obligeant les lots à passer préalablement au crible ou mieux au tarare à moteur qui permet d'éliminer, en plus, les gousses vides et mal remplies;

- la maturité: une estimation rapide peut être faite en pesant un volume de gousses de 20 litres et en se référant à la norme établie préalablement pour la variété considérée. Les lots insuffisamment denses sont déclassés en semences de niveau inférieur (niveau II ou de vulgarisation);

- la pureté variétale: elle est estimée sur un minimum de 200 grammes de gousses bigraines prises au hasard dans l'échantillon, ce qui permet de déclasser les lots dont la pureté est inférieure à la norme, généralement 98 p. 100 pour le niveau I.

Pour l'arachide de bouche, où l'on demande une plus grande pureté et où la distinction des variétés étrangères est plus facile, on effectue le contrôle sur 3 sacs prélevés au hasard sur le lot du paysan (environ 130 kg) qui sont étalés et ne doivent pas montrer plus de 100 gousses étrangères, sinon le paysan retrie son lot pour le faire ensuite accepter. Cette norme correspond à environ 99,9 p 100 de pureté.

La suite de l'analyse aura pour but d'identifier les lots susceptibles de servir de semences l'année suivante et d'en évaluer la qualité semencière, qui commandera la valeur culturale de l'année. Sur échantillons individuels d'un kg (coques), on mesurera le taux de propreté, la densité apparente (poids d'un litre de gousses), la pureté variétale. On déterminera ensuite, sur 10 % des échantillons pris au hasard, le rendement au décorticage, le rendement en graines de semences, le poids de 100 graines de semences, le nombre de graines de semences au kilo de gousses.

La viabilité des graines est estimée soit par le test de germination classique à l'étuve, soit par le test au tétrazolium. Le test classique à l'étuve à 30° et 90 p. 100 d'hygrométrie minimale sur sable ou buvard, soigneusement humidifiés, consiste à compter les graines dont la radicule a crevé le tégument séminal et a atteint au moins 2 mm après 48 heures (énergie germinative) ou 3 à 4 jours (faculté germinative); ce test donne souvent pour l'arachide des résultats très supérieurs à ceux observés aux champs, car il ne décèle pas les parties mortes de l'embryon au niveau de l'épicotyle et des bourgeons cotylédonaires.

Le test au tétrazolium, qui colore en rouge les seuls tissus vivants, donne une mesure plus exacte de la viabilité des graines. Aussi est - il nécessaire de l'utiliser au moins sur un certain nombre d'échantillons à titre de contrôle des résultats du test classique à l'étuve, et si ce n'est pas possible, de faire des tests de germination en vase de végétation, conduits jusqu'au 12e jour après le semis. Le test a, en outre, l'avantage important de pouvoir être réalisé très tôt après la récolte, dans le cas des variétés dormantes. Il est en effet indispensable, au moment même de la collecte, d'avoir une vue d'ensemble sur la qualité des semences afin de pouvoir prendre des mesures éventuelles de redressement. Il faut préciser que ces indications pratiques s'inspirent des conditions de travail en milieu paysan africain ou asiatique, rarement compatibles avec la réglementation internationale qui ne s'applique, en général, que pour les transactions commerciales dans les pays de culture mécanisée intensive.

En conclusion, les analyses de qualité semencière permettent de:

a) payer à chaque paysan contractuel une prime de multiplication en fonction de la qualité, d'après un barème dégressif qui tient compte de la pureté et éventuellement de la maturité et de la propreté. Ce barème peut varier chaque année, le principe étant de ne pas trop pénaliser un contractuel si un facteur indépendant de sa volonté est intervenu (sécheresse de fin de cycle ayant entraîné une maturité médiocre par exemple). L'individualisation de la prime est indispensable, l'expérience montre que le producteur en comprend mieux les critères de qualité, et c'est un facteur très important d'amélioration. La prime doit être suffisamment attractive et payée avant le recensement des paysans multiplicateurs volontaires pour la campagne suivante.

b) gérer au mieux le capital semencier en définissant avec précision la quantité optimale de semences nécessaires aux emblavements, zone par zone calculée de la manière suivante:

Après une année calamiteuse, un taux de germination relativement médiocre contraint à augmenter la dotation de semences à l'hectare de manière à ne pas obérer le potentiel de production. Il reviendra alors à l'encadrement d'expliquer aux cultivateurs qu'ils ne disposent pas d'un surplus de semences mais qu'au contraire ils sont contraints à un semis plus dense en raison du faible taux de germination des semences.


Photo 24. Stockage des semences en magasin (Sénégal)

4.1.4 - Mise en place de la multiplication semencière

L'expérience acquise en Afrique de l'Ouest en matière de multiplication des semences permet de préconiser certains principes de base. La multiplication est confiée à des paysans contractuels pris individuellement, donc volontaires, et choisis pour leur technicité plus avancée. La production de semences nécessitant l'application des meilleures techniques de production, la multiplication a non seulement pour objectif la quantité et la qualité des semences à produire, mais sert également de démonstration pour les cultivateurs de la zone considérée. Pour cela, elle est décentralisée dans toute la zone de diffusion des variétés. Les moyens supplémentaires que nécessite cette décentralisation sont compensés très largement par les avantages suivants:

- limitation de l'effet des conditions climatiques défavorables qui n'affectent généralement pas également toute la zone de diffusion d'une même variété;

- les contractuels employant les meilleures techniques ont une forte productivité et tirent un revenu élevé de leurs champs semenciers. Ceci constitue une incitation très efficace pour les autres cultivateurs des villages et facilite la vulgarisation des thèmes nouveaux, particulièrement dans le cas de la diffusion d'une nouvelle variété;

- les semences sont produites près du lieu de stockage et de distribution; les frais de mutations, avec les risques pour la qualité que cela comporte, sont donc réduits


Niveau I

L'Unité de Multiplication de semences (UMS) correspond à la surface semencière qui peut être contrôlée par un technicien assisté d'une équipe d'animateurs - conseillers, eux - mêmes relayés par des paysans désignés par leurs pairs au niveau d'un village ou d'une coopérative. En zone de savane sèche caractérisée par la culture à plat et la mécanisation (traction animale) des principales opérations culturelles, on attribue en général 1 ha par producteur, cette surface pouvant être diminuée ou augmentée en fonction de la taille des exploitations, mais ne devant pas dépasser 25 p. 100 de la surface totale en arachide.

En début de production, surtout lorsqu'il s'agit de la multiplication d'une nouvelle variété, ce dispositif constitue un appui important à la vulgarisation et à la diffusion. Par la suite, dans un souci de rentabilité et de facilité d'encadrement, on pourra simultanément accroître la superficie accordée aux producteurs (certains décident d'eux - mêmes de se spécialiser dans la production de semences) et regrouper ceux - ci pour former un pôle de production ou unité de multiplication des semences (U.M.S.). Les normes suivantes, données à titre indicatif, résultent de l'expérience sénégalaise; elles sont susceptibles de varier selon les conditions locales et les modalités d'intervention:


En début d'opération

En croisière

Multiplication de niveau I



1 animateur pour

80-150 ha

180-200 ha

1 chef d'U.M.S. pour

800-1200 ha

1400-1600 ha

Multiplication de niveau II



1 animateur pour

800-1000 ha

1 500-1 800 ha

1 chef d'U.M.S.

5 000-6 500 ha

7 500-9 000 ha

Niveau II

Ce niveau réalise en une année la production des semences nécessaires pour l'ensemble des surfaces à emblaver l'année suivante, soit 1 000 t environ pour 10 000 ha d'arachides au producteur. Il occupe donc 10 à 15 p. 100 des surfaces totales, ce qui est considérable. Il est réalisé comme le niveau I par des paysans contractuels, choisis dans des villages ou coopératives situés près des magasins de stockage. On admet qu'une baisse de la qualité est possible par rapport aux semences de niveau I, et on accepte pour les semences de niveau II un taux de pureté inférieur (95 p. 100 contre 98 p. 100 minimum). En effet, la productivité est peu influencée à ce niveau, et la récolte issue de ces semences est destinée à la consommation où à la commercialisation dans le circuit général. Les normes de contrôle seront donc allégées et les surfaces autorisées par contractuel augmentées.

Le diagramme n° 2 illustre le circuit théorique des semences dans la zone desservie par un centre de stockage N2 de 400 tonnes (en coques) approvisionnant 4 coopératives cultivant chacune un millier d'hectares d'arachide. Le niveau I est issu de 40 ha répartis autour d'un magasin N1, produisant 40 t de semence contrôlée à pureté variétale de 99 %. Le niveau 2 assure la production des 360 t de semences à 95 % de pureté variétale qui seront distribuées aux producteurs ordinaires.

Ce schéma de base, établi dans l'hypothèse d'une gestion centralisée du capital semencier et d'une cession des semences par prêt de campagne à 25 % d'intérêt, est adaptable à d'autres types d'organisation publique, privée ou mixte. La N1 peut être produite sous irrigation dans des zones parfois éloignées, ou conduite en régie dans des fermes mécanisées, avec l'intervention éventuellement d'opérateurs privés collaborant avec des services d'état en amont et avec des organisations paysannes en aval.

4.1.5 - Stockage, conservation et conditionnement des semences améliorées

Le point a été traité au chapitre III pour ce qui est des méthodes traditionnelles ou des semences conservées à la ferme. La production de semences améliorées (graines décortiquées/traitées prêtes à l'emploi) ou conservées sur une plus longue durée nécessite le recours à des techniques particulières qui présentent de nombreuses convergences avec la filière arachide de bouche et qui sont récapitulées sur le diagramme n° 3. Ces méthodes permettent d'éviter les inconvénients liés aux semences en coques dont la masse volumique est très élevée (180 à 300 kg/m3), dont le rendement en graines de semences est faible (50 % en moyenne) et dont la mise en terre effective est incontrôlable.


1 - Multiplication - Niveau I

Diagramme n° 2
Circuit des semences dans la zone d'influence d'un magasin
(«SECCO») de 400 t dont dépendent 4 coopératives

Conservation en magasins réfrigérés

Ce mode de stockage qui est le plus ancien permet une conservation assez longue des graines tout en maintenant leur faculté germinative. A titre d'exemple, un complexe réfrigéré de 700 t de capacité a été construit en 1975 dans le Nord Sénégal dans le but de constituer un stockage de longue durée permettant de compenser les déficits de la production semencière tels que ce pays en avait subi à la suite de graves sécheresses. Les durées et conditions de conservation sont de 18 mois à une température comprise entre O et + 2 °C et une humidité relative de l'ordre de 60 - 70 p.100, et de 6 mois à une température comprise entre + 4 et + 6°C et une humidité relative de l'ordre de 60 - 70 p.100.

Dans la pratique ces durées de conservations peuvent être dépassées sans risque. En effet des semences conservées pendant 2 ans à + 6°C ont donné des emblavements corrects avec une densité moyenne de levée de 107 000 pieds/ha.

Un magasin réfrigéré représente un investissement important et nécessite un coût de fonctionnement élevé. Des mesures particulières devront être prises pour valoriser au maximum les semences ainsi conservées (organisation de la distribution) ou diminuer les charges (exportation en graines d'arachide de confiserie) dans le cas où il n'est pas utile de faire appel à ces semences, mais où il est cependant nécessaire de renouveler le stock par des graines fraîches. Un certain nombre de précautions doivent être prises lors de la sortie du magasin pour valoriser au maximum ces semences; il conviendra de les déstocker au dernier moment avant la période de semis car, comme toutes les graines décortiquées, elles perdent rapidement leur pouvoir germinatif, et de ramener progressivement le stock aux conditions atmosphériques extérieures (température et humidité) avant de le sortir du magasin car une sortie brutale entraînerait la formation d'eau de condensation sur les graines


Diagramme n° 3 Fabrication de semences décortiquées

Semences décortiquées, enrobées, prêtes à l'emploi

De nouvelles technologies sont maintenant développées dans le but d'améliorer la gestion et la sécurisation des semences, sur le court terme, sans présenter les inconvénients de la réfrigération. La production de semences décortiquées conservées en saches étanches sous atmosphère neutre, prêtes à l'utilisation, présente de multiples avantages: le cultivateur disposera de semences de qualité dont la valeur culturale stable conduit à un potentiel de production élevé, même après une année de sécheresse, contrairement à ce qui se produit avec les semences en coque; les semences sont parfaitement enrobées d'un mélange fongicide - insecticide efficace; les graines sont dénaturées par le traitement fongicide d'enrobage, et ne peuvent par conséquent être détournées au profit de l'alimentation directe.

Cultivées selon les schémas classiques de multiplication (pour les semences sélectionnées) ou prélevées sur des productions de bonne qualité (pour les semences ordinaires) les semences en coque sont décortiquées et triées. Ces deux opérations peuvent se faire en petits chantiers (décortiqueuses à main + tri manuel) ou en ateliers industriels. Aussitôt après la fumigation, dont on diminuera les doses de 30 p. 100 (du fait que l'on opère sur un produit décortiqué), les graines sont enrobées d'un mélange insecticide fongicide pulvérisé sous forme liquide. A ces formulations liquides spéciales (non humidifiantes et à fort pouvoir adhésif) on ajoute un colorant bleu ou rouge foncé de façon à signaler aux utilisateurs le caractère non comestible des graines, qui sont aussitôt séchées par passage dans un tunnel ventilé avant d'être ensachées.

Le type d'ensachage et de conditionnement final est fonction de la durée de conservation recherchée: pour un stockage de courte durée (6 - 8 mois) les semences sont stockées dans des saches en polyéthylène à pression atmosphérique normale. On utilise un film P.E. suffisamment épais ayant tout à la fois une bonne résistance mécanique et une faible perméabilité. Les sacs sont scellés à chaud après remplissage à 25 - 30 kg et stockés dans un magasin standard. Pour un stockage de plus longue durée (10 à 20 mois) les graines sont stockées dans des emballages totalement étanches, sous vide ou sous atmosphère modifiée. Les emballages utilisés sont des saches en film composite (film aluminium inclus dans deux films de polyéthylène ou inclus entre un film de polyéthylène et une feuille de papier kraft) dans un sur - emballage carton. Deux types de conditionnement peuvent être effectués après remplissage et avant fermeture par thermo - collage: soit l'emballage «sous vide», soit l'évacuation de l'air avec compensation par injection d'un gaz inerte du type N 2 ou CO 2.

Ces opérations de conditionnement se font automatiquement à la machine et il ne restera plus qu'à fermer les cartons de suremballage et les étiqueter. Les cartons remplis sont ensuite entreposés dans des magasins standards, bien ventilés. Pour une conservation sur 20 mois ou plus, notamment lorsqu'il s'agit de semences de base de coût élevé, on pourra préférer le stockage en entrepôt climatisé. Dans tous les cas, ce type de conditionnement permet une excellente conservation des semences, la seule précaution à prendre consistant à éviter les attaques des rongeurs. Pour cela on veillera à ce que les ouvertures d'aération des magasins soient protégées par des grillages à petites mailles.

En conclusion, ces nouvelles technologies de conditionnement et de stockage, testées en vraie grandeur au Sénégal sont propres à faciliter l'émergence d'unités rentables spécialisées dans la production de semences utilisables, en Afrique et en Asie, pour d'autres cultures et d'autres produits.

4.2 - L'arachide de bouche

4.2.1 - Présentation générale quelques rappels et données de base

Le terme générique «arachide de bouche» (edible groundnuts) englobe toutes les arachides destinées à l'alimentation humaine sous diverses formes (graines, pâtes, beurre) autres que l'huile.

D'une façon plus précise on a l'habitude de réserver l'appellation «arachide de bouche» aux variétés à très grosses graines de type Virginia qui peuvent être vendues indifféremment en coques et en graines décortiquées. L'appellation «arachide de confiserie» recouvre de ce fait toutes les variétés à fruits plus petits, de type Spanish, Valencia et Runner, exclusivement commercialisées en graines décortiquées. Le commerce international de ces produits est organisé selon des critères de taille très précis (voir tableau n° XVI). Toutes ces arachides peuvent être exportées sur le marché international tant en coques qu'en graines triées calibrées (H.P.S.)* ou être vendues sur les marchés locaux moins stricts au plan de la qualité. Ces arachides seront consommées après avoir subi une transformation plus ou moins élaborée (graines torréfiées ou frites, graines enrobées, nougats, pâtes, bourre, etc...).

La qualité des produits proposés et leur conformité à la demande variable des consommateurs conditionnent les prix de vente, le type de négoce et l'utilisation finale. Les meilleures variétés africaines répondent aux normes des marchés les plus exigeants: de leur valorisation optimale dépendront les plus - values réalisées aux niveaux du producteur, du transformateur et de l'économie nationale

Le cours de la graine d'arachide de bouche de qualité «loyale et marchande» est en moyenne le double de celui de la graine d'arachide dite d'huilerie. Cette dernière subit la concurrence de bon nombre d'autres oléagineux (soja, colza, tournesol, etc...) alors qu'inversement la graine d'arachide de bouche supplante de plus en plus des fruits secs nobles (cajou, amande, noisette, etc...) plus coûteux. La plus - value lice à l'arachide de bouche bénéficie à tous les acteurs de la filière, notamment aux paysans, même dans les pays gros producteurs d'arachide d'huilerie où cette spéculation constitue une diversification au premier niveau. D'autre part la valorisation de l'arachide de bouche (décorticage, gradage*, tri), génère des activités diverses et de nombreux emplois, particulièrement en zone rurale.

Tableau XVI Principales catégories de la gamme des arachides de bouche commercialisées

Type

Catégories américaines

Nombre de graines ou gousses par 100 g

Grade Nombre à l'once(28,35 g)

Equivalence variétale en Afrique de l'Ouest

VIRGINIA

Coques






56/63

16/18




49/56

14/16

GH 119 - 20


US Fancy

45/49

12/14

73 - 27


US Jumbo

35/42

10/12

73 - 28



28/35

8/10



Graines





Extra - larges

98/112

28/32

GH 119 - 20


Médium

112/141

32/40

73-27, 73-28


US n° 1

158/194

45/55



US n° 2

176/211

50/60


RUNNER

Graines


,



US n° 1

158/194

45/55

73 - 33


US Médium

141/158

40/45



US Jumbo

123/141

35/40


SPANISH

Graines






176/211

50/60

Fleur 11


US n° 1

211/246

60/70



US n° 2

246/282

70/80

55 - 437


Photos 25


Photos 26. Variété GH 119 - 20 gousses et graines premier choix

Les normes de qualité et les exigences du marché international

Le meilleur revenu sera obtenu si le produit proposé répond aux critères suivants:

- Critères généraux:

a) Absence d'aflatoxine B : La teneur maximale généralement acceptée depuis 1991 est comprise entre 2 et 10 ppb (soit 0,002 et 0,01 milligramme par kg); pour les coques ce seuil sera respecté au mieux si les récoltes sont «égoussées en vert»(sans passage en meule) et si les gousses sont correctement triées à la main. En revanche, pour les graines il sera nécessaire de compléter le triage manuel par un triage calorimétrique pour écarter les graines contaminées.

b) Absence de bruches et autres parasites des stocks: Les arachides doivent être exemptes de parasites (adultes ou larves) tant vivants que morts, ainsi que des produits de leur métabolisme.

- Critères relatifs à l'exportation en coques:

Pour tous les types (Virginia ou Valencia), bi, tri ou quadrigraines, les coques doivent présenter les caractéristiques suivantes: être bien ceinturées entre graines; être exemptes d'attaques d'insectes, de champignons et de taches; être suffisamment résistantes pour supporter les effets mécaniques liés au transport et à la torréfaction*; avoir une taille en rapport avec une des catégories du marché international.

- Critères relatifs à l'exportation en graines:

La taille doit être en rapport avec une des catégories du marché car le matériel de deuxième transformation (torréfaction, enrobage, etc....) est conçu pour travailler sur des graines de taille bien définie. D'autre part, le transformateur final cherche à vendre des graines de taille constante même dans le cas où il diversifie ses approvisionnements. La forme doit être régulière, sans méplat, de façon à faciliter le dépelliculage et l'enrobage. Le goût doit être agréable et sans amertume. Les variétés dont la pellicule est trop adhésive sont peu prisées car elles nécessitent la mise en œuvre de techniques délicates pour le dépelliculage ou blanchiment. Les variétés dont les cotylédons sont très jointifs sont plus appréciées car elles se «splitent*» moins après blanchiment ou lors des diverses manipulations. La couleur de la pellicule doit être uniforme: cela donne en effet un meilleur aspect au lot, facilite le triage calorimétrique et correspond à une demande très précise du consommateur. Enfin, la graine ne doit pas avoir un aspect huileux qui pourrait la faire confondre avec celle d'une récolte ancienne, ni une teneur en huile trop élevée qui en déprécie le goût.

Les conditions de production et le revenu du producteur

Le producteur d'arachide de bouche devra respecter scrupuleusement les normes générales ou locales qui s'appliquent à la production arachidière; s'il vise un produit de qualité exportable dans une catégorie supérieure, il devra en outre tenir compte des recommandations suivantes: éviter les champs sur lesquels il existe des arbres, souches ou termitières (refuges pour les parasites du sol); cultiver une variété bien adaptée aux conditions climatiques et dont les caractéristiques des graines répondent aux normes du marché international ou de la demande locale; prohiber les cultures associées et respecter l'alternance des cultures; adopter une géométrie de semis permettant à la fois d'optimiser le peuplement et de faciliter les façons culturales mécaniques; apporter de préférence un engrais minéral ternaire (NPK+S) dont l'azote activera la croissance des jeunes plants, et respecter strictement les prescriptions locales en matière de fumure minérale et d'amendement calcique; assurer une protection sanitaire adéquate: traitement fongicide - insecticide des semences, lutte par appâts empoisonnés contre les iules en période végétative, protection contre les maladies foliaires (rouille et cercosporiose) dans les zones à risques; arracher les pieds morts en cours de culture ainsi que les pieds de variétés étrangères; ne pas incorporer les restes en terre à la production récoltée; adopter des méthodes de séchage de la récolte adaptées aux conditions climatiques (moyettes et meules, siccateurs*, séchage forcé*); procéder aux tris et aux criblages requis pour répondre aux normes d'achat en fonction de la qualité, mesurée en principe par le poids spécifique (poids du litre), la propreté (taux d'impuretés, couleur des gousses) et la pureté variétale.

L'organisme responsable de la commercialisation devra assurer une protection insecticide des meules, des stocks, des sites de collecte et d'usinage; acheter et séparer les récoltes en fonction de leur qualité: la catégorisation en fonction du poids spécifique permet de s'assurer de la maturité et du taux de remplissage des gousses. En revanche la pureté variétale et la qualité sanitaire (gousses moisies et attaquées par les insectes) seront contrôlées visuellement; n'envoyer pour l'usinage en arachide de bouche que les lots de bonne qualité et déclasser les mauvais lots; collecter et usiner rapidement les récoltes; utiliser des matériels performants: décorticage adapté, calibrage rigoureux, convoyeurs et élévateurs adaptés, afin de livrer un produit de qualité optimale jusqu'à l'usine ou au point d'embarquement.

L'examen du compte d'exploitation comparé arachide de bouche/ arachide d'huilerie, établi en vraie grandeur et en milieu réel au Sénégal en 1994 - 95, aboutit aux données ci - après (en francs CFA à l'hectare):

Marge brute huilerie:

51 758

(100)

M.B. bouche traité en sec:

76 144

(147)

M.B. bouche 40 % traité en vert 1 er choix:

97 264

(188)

M.B. bouche 60 % traité en vert 1 er choix:

107 824

(208)

Ce compte, établi sur des exploitations travaillant avec de la main-d'œuvre familiale, devra être relativisé si le traitement en vert et les opérations de tri correspondant au premier choix devaient être confiés à de la main - d'œuvre salariée. Il demeure que l'utilisation d'une variété de bouche appropriée, recevant les mêmes intrants que la variété ordinaire à la seule exception d'un amendement phospho - calcique pour un coût de 2 600 F par hectare, conduit au niveau du producteur à une plus - value monétaire de 50 % au moins lorsque les techniques de base préconisées sont correctement appliquées à tous les stades de la filière.

Même à égalité de rendement avec l'arachide ordinaire, l'arachide de bouche apporte à l'agriculteur un supplément de revenu découlant pour partie d'un prix plus élevé et pour partie de la possibilité de participer à la première transformation. D'autre part, l'arachide de bouche procurera une rentrée monétaire précoce grâce à la production de coques triées égoussées en vert mise sur le marché un mois au moins avant le produit traditionnel. La marge brute à l'hectare pourra être doublée dans le cas d'une exploitation travaillant en main d'oeuvre familiale

4.2.2 - Production de gousses triées pour l'exportation

Les diverses opérations sont récapitulées dans les diagrammes n° 4 et n° 5; elles correspondent à une production répondant aux normes les plus exigeantes du marché international auxquelles prétendent les pays exportateurs tels que le Sénégal et le Malawi. La séquence des opérations peut varier en fonction du niveau de technicité et des exigences du marché local.

De l'arrachage à la commercialisation primaire

La production de gousses de qualité ne peut être obtenue qu'avec une récolte fraîche «égoussée en vert» au fur et à mesure de l'arrachage. Les gousses dont la teneur en eau est élevée (35 % à pleine maturité) sont encore relativement souples et peuvent ainsi subir un conditionnement (égoussage, tri, transport) sans se détériorer. Dès que la maturité est atteinte, on arrachera progres sivement l'arachide que l'on laissera se ressuyer à même le sol pendant 24 heures afin que la pellicule de terre qui recouvre les gousses se désagrège. L'arrachage sera effectué manuellement ou à la souleveuse selon le degré d'équipement du producteur. Il sera fractionné de façon à ce que la quantité récoltée ne dépasse pas la capacité journalière d'égoussage et de tri du producteur. Le produit une fois égoussé (à la main ou à l'aide d'une batteuse) sera ensuite trié: seules les gousses bigraines (Virginia) ou triquadrigraines (Valencia), bien ceinturées et indemnes de défauts, sont exportables. Le reste sera éliminé et déclassé (gousses monograines, attaquées, moisies ou tachées, brisées ou fendues). La proportion de gousses de qualité export peut varier entre 40 et 70 % de la récolte.

Les gousses contenant plus de 30 % d'eau après arrachage, un certain nombre de mesures doivent être prises pour éviter leur fermentation et la moisissure. Elles doivent être mises à sécher en couche mince pendant une semaine sur des claies, bâches, sacs ou nattes pour ne pas être en contact avec le sol. De plus elles seront recouvertes chaque soir de sacs vides ou de toiles afin de les protéger de l'humidité nocturne qui pourrait entraîner le développement de moisissures ou altérer leur couleur. L'ensachage des gousses premier choix ou des écarts de tri ne devra être effectué par le paysan que le jour de la livraison, afin d'éviter un échauffement du produit. Au niveau du point d'achat il sera opéré un contrôle de qualité portant sur le tri (le produit livré doit contenir au minimum 80 - 85 % de gousses exportables) et sur la qualité sanitaire (absence de graines moisies, décolorées, attaquées par les insectes). Les lots jugés inaptes à l'exportation seront refusés ou retriés sur place. L'arachide étant stabilisée à 6 % d'humidité, un abattement de poids sera opéré en cas d'humidité excédentaire. L'achat des écarts de tri destinés au décorticage pourra se faire simultanément (base 6 % d'humidité) ou ultérieurement avec l'arachide «tout venant» battue en sec*.


Diagramme n 0 4 Elaboration au champ et commercialisation primaire des gousses triées de qualité «export »


Photo 27. Stockage en vrac avant usinage

De la collecte au produit conditionné pour l'exportation

L'acheteur ou le groupement de producteurs devra veiller à maintenir la qualité du produit jusqu'à l'atelier de conditionnement final. Pour cela il convient de charger les camions avec précautions (ne pas tasser, ni marcher sur les sacs, ne pas arrimer les sacs avec des cordages, etc...), d'évacuer les produits du centre d'achat chaque jour en soirée, puis de décharger les sacs en usine dès le lendemain matin et étaler les gousses sur des aires de séchage (dalles, bâches) jusqu'à stabilisation de l'humidité. Le maintien de la qualité des produits durant leur évacuation à l'usine repose sur un accord préalable de tarif et de conditions avec les transporteurs. On procédera ensuite au conditionnement final en atelier en vue de l'exportation (diagramme n° 5): compte tenu de l'hétérogénéité des lots (nature des sols, qualité du tri), le produit acheté aux paysans ne peut être exporté en l'état et doit donc faire l'objet d'une homogénéisation et d'un conditionnement final au niveau d'une structure centralisée. De plus, les gousses mal remplies qui sont les plus fragiles, sont en général écrasées lors du transport primaire et doivent être éliminées avant l'exportation. La séquence des opérations se présente comme suit:


Photo 28. Trémie tampon d'alimentation d'un atelier de décorticage avec régulateur vibrant à débit variable

a) Réception des arachides en gousses triées: avant le déchargement on procède à une vérification de la qualité des gousses prélevées dans quelques sacs choisis au hasard sur les camions. Ce contrôle permet, d'une part, d'alerter en retour le centre de collecte sur la qualité des achats et d'autre part, d'envoyer les plus mauvais lots au décorticage plutôt que de polluer le stock à trier. Les sacs sont ensuite déversés sur le stock tampon de manière à provoquer une homogénéisation couleur. En début de saison, lorsque les gousses livrées contiennent plus de 6 - 8 % d'humidité, il conviendra de les étaler au soleil en couche mince (60 cm maximum), durant quelques jours avant d'entreprendre leur conditionnement.


Photo 29. Trois décortiqueurs travaillant en cascade

b) Gradage: d'une manière générale il est préférable de ne pas avoir recours à cette opération pour le produit destiné à être commercialisé en coques car quel que soit le matériel utilisé (trommel* cylindrique ou tamis sasseur) elle peut entraîner des dégâts en surface des coques et les rendre ainsi moins présentables. Il vaut donc mieux usiner des variétés ayant des gousses de taille homogène ou exiger que celles de petit format soient éliminées par le producteur avant l'achat. En revanche il est impératif que les gousses sèches (humidité < 6 %) répondent à l'une des trois catégories principales du marché, c'est - à - dire 8/10, 10/12 ou 12/14 gousses à l'once.

c) Tri manuel: il peut être effectué sur des lots à même le sol ou sur des tables de tri, solution nettement préférable qui permet un meilleur examen des gousses. Ce tri permet d'éliminer les gousses non conformes pouvant rester dans les lots livrés par les paysans ainsi que celles détériorées au cours du transport et des manutentions*.

d) Ensachage: les coques triées sont en général ensachées dans des sacs neufs en polypropylène tissé, d'une contenance standard de 25 à 35 kg. Les sacs auront été préalablement marqués au pochoir ou à l'aide d'une machine marqueuse, avec les mentions de provenance, de type, de catégorie et d'année de récolte. Les sacs seront aussitôt mis en piles sous des bâches étanches à l'intérieur desquelles on effectuera une fumigation au phosphure d'aluminium (ou de magnésium) durant 72 heures afin de parfaitement désinsectiser les lots avant embarquement. Les produits seront conservés sous fumigant jusqu'à l'embarquement.

e) Exportation et embarquement: le transport conventionnel en cale de navire est le moins coûteux. Il présente toutefois de nombreux inconvénients, liés surtout aux manutentions et ruptures de charges qui risquent de détériorer la marchandise. Le transport par conteneur est souvent préférable car il permet de livrer rendu entrepôt - client une marchandise de qualité irréprochable, pour un prix élevé puisque le maximum empotable* n'est que de 7,5 à 8 t de coques par conteneur de 20 pieds.


Diagramme n 0 5 Conditionnement en atelier de l'arachide de bouche en coques triées pour l'exportation

4.2.3 - Production de graines triées pour le marché local ou l'exportation

De l'arrachage à la commercialisation primaire*

Il est essentiel que la récolte soit faite à maturité totale. La récolte manuelle, telle qu'elle est pratiquée en culture paysannale, présente de multiples avantages: la maturité est mieux contrôlée; le séchage se fait naturellement et progressivement; le nettoyage des gousses est mieux assuré. Le principal inconvénient réside dans le fait que les récoltes demeurent longuement au champ en cours de séchage, et sont de ce fait exposées pluies tardives et surtout aux insectes et prédateurs divers.

Les contrôles à la récolte seront sévères, afin d'éviter que des lots de mauvaise qualité ne viennent déprécier le produit. Le nettoyage au tarare ou à l'aide de cribles rotatifs* sera suivi d'une inspection portant sur les critères habituels (taux d'impuretés, pureté variétale). Les lots seront ensuite achetés selon un barème de prix établi en fonction de leur qualité générale, évaluée sur échantillons: dans le cas de la variété Virginia à grosses graines cultivée au Sénégal (GH 119 - 20) dont le poids spécifique standard est de 235 g/l, le barème comporte 3 catégories: A (230 g), B (poids du litre supérieur à 230 g) B (P.L. compris entre 200 et 230 g) et C (P.L. inférieur à 200 g). Les lots C sont généralement exclus de la filière bouche.

De la collecte au produit conditionné pour l'exportation

Les différentes phases de cette séquence sont récapitulées sur le diagramme 6. Les camions arrivés à l'usine, sont pesés et échantillonnés pour vérifier la qualité du produit livré. Si celle - ci est conforme, l'arachide réceptionnée constitue un stock tampon qui sera repris par un élévateur afin d'alimenter l'usine après nettoyage sur des tamis vibrants aimantés qui éliminent les impuretés et corps étrangers, y compris les graines décortiquées libres (LSK*) qui sont souvent fortement contaminées par l'aflatoxine.

Le décorticage qui suit constitue l'opération la plus délicate dans l'élaboration des graines décortiquées d'arachide de bouche. En effet, il convient de briser le moins possible afin d'obtenir le maximum de graines décortiquées entières et cela avec des gousses dont la taille peut varier dans un rapport de 1 à 3. La matière première est d'autant plus hétérogène que l'on traite des variétés à grosses gousses. Etant donné que le gradage préalable nécessiterait une installation trop importante, on préfère réaliser un décorticage en cascade traitant successivement les gousses grosses, moyennes et petites, en trois passages.


Diagramme n° 6 Fabrication en usine de graines décortiquées


Photo 30. Fermeture des sacs avant fumigation sous bâche


Photo 31. Empotage des graines HPS pour l'exportation à leur sortie de fumigation

Dès la sortie des décortiqueuses les graines entières devront être manutentionnées avec le maximum de précaution pour éviter le splitage ou la casse. Pour cela on utilisera des convoyeurs à bandes caoutchoutées et des élévateurs à nacelles en plastique. De même toutes les goulottes et les trémies des machines situées en aval du décorticage seront tapissées de mousse de caoutchouc pour amortir les chocs. Toutes les graines décortiquées sont ensuite envoyées dans une trémie tampon* unique et reprises pour être envoyées sur un gradeur calibreur. Le calibreur est équipé de trois à cinq niveaux de tamis vibrants, à mailles de plus en plus fines du haut vers le bas, au travers desquels passent les graines décortiquées. Le but de l'opération étant l'obtention de graines dont les calibres correspondent à ceux du marché international, chaque machine dispose d'une série de tamis de différentes perforations, de façon à pouvoir traiter indifféremment plusieurs variétés d'arachide. Plus il y aura de niveaux sur le gradeur et plus il y aura de possibilités de produire de grades et mieux on pourra obtenir des graines de taille homogène. Les graines ayant été calibrées, il ne reste plus qu'à les trier pour enlever celles qui sont avariées, blessées, immatures ou d'aspect douteux. Deux modes de tri sont possibles: le tri manuel, le tri mécanique électro - colorimétrique, voire la combinaison des deux.

Le tri manuel est essentiellement réalisé par de la main - d'oeuvre féminine. Il peut être opéré à même le sol à partir d'un tas de graines ou être effectué sur une table munie d'un tapis transporteur dont on peut faire varier la vitesse en fonction de la qualité des graines à trier. Effectué rigoureusement, il permet d'obtenir des graines de qualité, surtout dans le cas où l'on aura pris soin de faire écarter, avant ou pendant la récolte, les graines moisies ou avariées. Cependant, il suffit que quelques graines contenant de l'aflatoxine échappent au tri pour que le lot ne soit plus de qualité export.

Le tri mécanique électro - colorimétrique est en revanche plus fiable puisque chaque graine est examinée sous toutes ses faces. La graine passe devant une cellule de lecture dans laquelle on a au préalable mis en mémoire toutes les caractéristiques de couleur d'une graine saine issue du lot à traiter. Lorsque la graine ne répond pas au standard couleur, c'est - à - dire qu'elle est décolorée ou anormalement foncée, et donc susceptible de contenir de l'aflatoxine, elle est automatiquement expulsée par un jet d'air comprimé.

Le contrôle de qualité des produits finis est d'une extrême importance puisqu'il conditionne le classement du produit, et par voie de conséquence le prix de vente. L'homogénéité du lot, tant au plan de la couleur, de la taille des graines que de l'aspect général est un facteur primordial dans le négoce des arachides de bouche. Des contrôles sont opérés par des «agents de qualité» spécialement formés qui seront éventuellement assistés d'un représentant de l'acheteur, ce qui est une pratique courante dans le cas de contrats portant sur plusieurs milliers de tonnes. Le vendeur, surtout s'il est éloigné, veillera à éviter les contestations ultérieures sur la qualité de la marchandise exportée. Aussi il est préférable que l'acheteur ou son mandataire (société de surveillance agréée) reconnaisse et accepte la qualité au départ de l'usine. Les lots dont la qualité est reconnue «loyale et marchande» seront mis en sacs export tandis que ceux dont la qualité est jugée non conforme seront retournés pour un nouveau triage. Les lots acceptés seront cependant stockés en attendant le résultat des analyses de teneur en aflatoxine. L'acceptation finale sans possibilité de contestation ultérieure pourra alors être donnée par l'acheteur.

Le commerce international des graines d'arachide de bouche s'effectue exclusivement en sacs jute neufs légalisés à 50 kg. Ce poids correspond au maximum autorisé par les règles du port de Rotterdam, principale plaque tournante de ce marché en direction de l'Europe.

Comme pour l'arachide en coques, les exportations sont maintenant le plus souvent effectuées en conteneurs, la baisse du nombre de navires conventionnels s'étant faite au profit des porte - conteneurs. Dans les pays du Sud un grand nombre de conteneurs sont disponibles et offerts à des prix avantageux plutôt que d'être retournés vides sur les pays du Nord. L'avantage principal de la conteneurisation est de permettre le maintien de la qualité des graines jusqu'à la livraison à l'entrepôt du client importateur. Ce mode de transport autorise donc plus facilement l'acceptation de la qualité départ usine, de la part de l'acheteur et évite des arbitrages longs et forts coûteux pour le vendeur. Ainsi conditionnées, les graines d'arachide conserveront toutes leurs qualités jusqu'à l'arrivée chez l'acheteur ou chez un autre négociant désigné par lui en cours de transport.


Photo 32. Trituration artisanale: broyage dans un moulin à maïs


Photo 33. Brassage/malaxage dans un mortier, pour séparer l'huile du tourteau


Photo 34. Fabrication de beignets à partir du tourteau

GLOSSAIRE

Acides gras essentiels (AGE): composants des lipides, en particulier des corps gras (triglycérides) d'origine végétale, indispensables à la nutrition humaine.

Aflatoxine: toxine produite par un champignon microscopique, Aspergillus flavus.

Agraire (système): ensemble des activités agricoles mises en œuvre par une communauté pour réaliser ses objectifs.

Allogamie: mode de reproduction sexuée où les cellules reproductrices qui fusionnent sont produites par deux individus différents.

Amendement: substance incorporée au sol, pour en améliorer les propriétés physiques et chimiques. Action d'amender.

Anhydrobiose: état de vie extrêmement ralentie présenté par certains organismes animaux ou végétaux, sous l'effet de la dessiccation.

Autogamie: Mode de reproduction sexuée où les cellules reproductrices qui fusionnent sont produites par le même individu.

Associées (cultures): technique qui consiste à cultiver ensemble sur une même parcelle, plusieurs espèces végétales différentes.

Battage: opération (manuelle ou mécanique) qui consiste à séparer les gousses des fanes. Syn.: égoussage.

Battu en sec: gousses séparées des fanes après séchage et stabilisation du taux d'humidité: le séchage précède le battage.

Billonnage: préparation du sol avant le semis qui consiste à confectionner de légers exhaussements en dos - d'âne, allongés et plus ou moins étroits, soit avec un outil manuel soit lorsqu'on laboure en adossant.

Bimodal: régime pluviométrique à deux saisons de pluie par an (zones équatoriales).

Brûlis: technique de défrichage par le feu.

CaO: formule chimique de la chaux (engrais ou amendement calcique).

Carence: absence ou insuffisance de certains éléments minéraux nécessaires au développement des plantes.

Chaulage: apport d'amendements calciques ou calcomagnésiens à un sol, généralement pour en abaisser l'acidité.

Chlorose: altération de la couleur des feuilles par absence de formation de chlorophylle.

Commercialisation primaire: opérations de collecte, d'achat et de transport depuis le producteur jusqu'à l'usine de traitement.

Crible: appareil de nettoyage des récoltes muni d'une cage cylindrique (trommel) à barreaux permettant d'éliminer les corps étrangers de dimensions inférieures à celles des gousses recherchées.

Cryptogamiques: se dit des maladies occasionnées par des champignons.

Décorticage: opération qui consiste à ouvrir la gousse pour séparer les graines de la coque.

Déprédateurs: animaux qui commettent des dégâts sur les plantes ou denrées stockées dans le but de s'en nourrir.

Détoxification: élimination ou neutralisation des substances toxiques.

Diagnostic foliaire: méthode fondée sur l'analyse de certaines feuilles bien choisies et qui permet de déterminer rapide ment les principaux besoins de la plante en éléments minéraux.

Dormance: état physiologique particulier rencontré chez certaines graines qui ne germent pas immédiatement même si les conditions de température et d'humidité sont favorables.

Egoussage en vert: séparation des gousses et des fanes, dès l'arrachage des pieds: le séchage suit le battage (voir «battu en sec»).

Empotage: remplissage d'un conteneur.

Ecarts de tri: ensemble des gousses, graines et déchets divers non conformes à la qualité du produit fini souhaité, éliminés par le tri.

Enrobage: action consistant à recouvrir une graine d'un produit: graines enrobées de fongicide (semences) ou de sucre/chocolat (confiserie).

Fongicide: produit ou substance toxique pour les champignons.

Fongique: qui se rapporte à un champignon ou qui en provient (produit fongique).

Fumigation: traitement (insecticide) au moyen de produits gazeux.

Galligène: qui provoque l'apparition de galles (tumeurs).

Gradage: calibrage des gousses ou des graines pour obtenir des produits de taille constante.

H.P.S. (Hand Picking Selected): se dit de graines ou de gousses triées à la main.

Indéhiscent: se dit d'un fruit dont la coque rigide ne s'ouvre pas spontanément à maturité pour libérer les graines.

Inoculation rhizobienne: injection dans le sol ou enrobage des graines avec des bactéries fixatrices de l'azote aimosphérique, qui provoqueront l'apparition de nodosités chez les légumineuses.

Intrants: facteurs de production apportés par l'agriculteur (semences, engrais, amendements, pesticides, etc.).

Jachère: parcelle de terrain qu'on laisse temporairement reposer sans la cultiver, pendant une durée de longueur variable.

Légumineuses: groupe de plantes capables de fixer l'azote atmosphérique, grâce aux nodosités de leurs racines.

L.S.K. (Loose Sound Kernels): graines décortiquées se trouvant accidentellement dans un lot de gousses.

Manutention: action consistant à changer un produit de place. En termes d'usinage on appelle «manutentions» les tapis roulants, élévateurs à godets et élévateurs à vis permettant le transfert des produits d'une machine à l'autre.

Mycélium: Appareil végétatif des champignons formé de filaments généralement blancs.

Mycorhize: association symbiotique d'un champignon inférieur avec les racines d'une plante.

Nématodes: vers cylindriques, encore appelés anguillules (0,2 à 2 mm de long), parasites fréquents des plantes et des animaux.

Nodosités: excroissances portées par les racines des légumineuses, provoquées par des bactéries symbiotiques fixatrices d'azote atmosphérique.

N.P.K.: Indication qui désigne un engrais ternaire contenant de l'azote (N), du phosphore (P) et de la potasse (K).

Oléoproténgineux: groupe de plantes cultivées pour leur richesse en huile et protéines.

Oligo - éléments: éléments qui interviennent à des concentrations extrêmement faibles dans la composition chimique des tissus des êtres vivants. Chez les végétaux certains oligo - éléments comme le bore, le fer, le cuivre, le magnésium, etc. sont indispensables.

Once: unité de poids britannique équivalent à 28,3495 g.

Organoleptiques: se dit des substances capables d'impressionner un récepteur sensoriel pour provoquer des sensations gustatives.

pH: indice caractérisant l'acidité, variant de O (acidité maximale) à 14 (basicité maximale), la neutralité correspondant à l'indice 7.

Photopériode: durée du «jour», considérée du point de vue de ses effets biologiques.

Protéagineux: groupe de plantes cultivées essentiellement pour leur production de protéines (soja, féverole, pois, etc.).

Protéines: composés azotés formés par l'assemblage de composés plus simples (les acides aminés), indispensables à la nutrition de l'homme qui est incapable de les synthétiser directement.

Rémanence: Durée d'efficacité d'un produit de traitement (insecticide, herbicide) sur une récolte ou sur un produit stocké.

Ressuyage: abaissement de l'humidité apparente d'une récolte avant la mise en séchage.

Rhizobium: bactérie symbiotique présente dans le sol qui pénètre dans les racines des légumineuses et y provoque des excroissances appelées nodosités.

Rhizosphère: partie du sol qui est en contact avec les racines vivantes d'une plante et où s'effectuent les échanges entre racines et le sol.

Rotation: succession, dans un ordre déterminé, de différentes cultures sur une même parcelle, au cours du temps.

Runner: type variétal d'arachide dont les graines sont de taille moyenne, (40/50 graines à l'once) et utilisées pour la confiserie, biscuiterie, le beurre, etc.

Séchage forcé: séchage artificiel avec de l'air (réchauffé ou non) pulsé mécaniquement.

Siccateur: échafaudage en bois permettant de sécher les arachides en petites meules sans contact avec le sol.

Snack: produit pour l'apéritif (graines salées, sucrées, pimentées, enrobées, etc.).

Split: cotylédon ou demi - graine (splits entiers, splits brisés) issus de la fragmentation d'une graine.

Sprinkler: arroseur rotatif, généralement monté sur des rampes d'arrosage et destiné à l'irrigation par aspersion.

Stress (hydrique): ensemble de perturbations métaboliques provoquées par un manque d'eau.

Symbiose rhizobienne: vie en commun, association à bénéfice réciproque entre la bactérie (rhizobium) et la plante hôte (légumineuses).

Taxonomie: système de classification.

Top dressing: technique d'épandage (produit phytosanitaire, engrais, amendement)qui localise le produit sur les plantes en suivant les lignes de culture.

Torréfaction: action consistant à griller des graines à sec. On dit aussi «toaster» pour l'arachide.

Tourteau: sous - produit de la trituration, constitué par les résidus des graines ou des fruits oléagineux après extraction de l'huile.

Trommel: cage à barreaux constituant l'organe principal des cribles de nettoyage ou de calibrage.

Trémie-tampon: trémie servant à alimenter une machine en gousses ou en graines et dont la capacité est supérieure au débit de l'appareil. Cette surcapacité confère une autonomie de fonctionnement en cas d'arrêt momentané de l'alimentation de la trémie.

Trituration: dénomination regroupant toutes les actions permettant l'obtention d'huile brute et de tourteau à partir de graines oléagineuses.

Urédospores: spores de dissémination (non sexuées) des champignons de la famille des Urédinées à laquelle appartient la rouille de l'arachide.

Xylophages: se dit d'insectes qui se nourrissent de bois.

Sources documentaires et conseils de lecture

- ARACHIDE - INFOS (Bulletin), 6 numéros parus de 1988 à 1995. Bulletin du Réseau Arachide de la CORAF (Conférence des Responsables de Recherche Agricole Africains), Montpellier/Dakar.

- CIRAD, Montpellier, France 1964 - 1995. Rapports et communications des chercheurs du Programme Oléoprotéagineux.

- P. GILLIER, P. SILVESTRE (auteurs), 1966. L arachide. Paris, France, Maisonneuve et Larose, 292 p.

- S.N. NIGAM (éditeur), 1992. Groundnut, a global perspective. ICRISAT, Patancheru, Inde, 539 p.

- OLÉAGINEUX (revue), articles publiés mensuellement de 1949 à 1993. Paris. France.

- H.E. PATTEE, C.T. YOUNG (éditeurs), 1982. Peanut Science and Technology, American Peanut Research and Education Society, Yoakum, Texas, USA, 825 p.

- J. SMARTT (éditeur), 1992. The groundnut crop, a scientific basis for improvement. London UK, Chapman and Hall 733 p.

- J.G. WOODROOF (éditeur), 1983. Peanuts, production, processing, products. AVI Publishing Company, Westport, Connecticut, USA, 414 p.

Agence de la francophonie (ACCT)

L'agence de la Francophonie (ACCT) créée à Niamey en 1970, sous l'appellation d'Agence de coopération culturelle et technique est l'unique organisation inter - gouvernementale de la Francophonie et le principal opérateur des Conférences bisannuelles des chefs d'État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, aussi appelées Sommets francophones.

L'Agence assure le secrétariat de toutes les instances de la Francophonie. Elle déploie son activité multilatérale dans les domaines de l'éducation et de la formation, de la culture et de la communication, de la coopération juridique et judiciaire, de diverses actions au titre de la direction générale du développement et de la solidarité.

Outre son siège, situé à Paris, l'Agence dispose d'une Ecole internationale de la Francophonie à Bordeaux (France) où est située sa direction générale Education Formation, d'un Institut de l'énergie des pays ayant en commun l'usage du français (IEPF) à Québec (Canada), d'un Bureau de liaison avec les organisations internationales à Genève (Suisse), d'un Bureau de liaison avec l'Union européenne à Bruxelles (Belgique), d'un Bureau permanent d'observation aux Nations unies à New York aux Etats - Unis, d'un Bureau régional de l'Afrique de l'Ouest à Lomé (Togo), d'un Bureau régional de l'Afrique centrale à Libreville (Gabon), d'un Bureau régional pour l'Asie - Pacifique à Hanoi (Viêt-Nam).

L'ACCT regroupe 46 pays ou gouvernements: Bénin, Bulgarie, Burkina - Faso, Burundi, Cambodge, Cameroun, Canada, Canada - Nouveau - Brunswick, Canada Québec, Centrafrique, Communauté française de Belgique, Comores, Congo, Côte - d'Ivoire, Djibouti, Dominique, Egypte, France, Gabon, Guinée, Guinée - Bissau, Guinée - équatoriale, Haïti, Laos, Liban, Luxembourg, Madagascar, Mali, Maroc, Maurice, Mauritanie, Moldavie, Monaco, Niger, Roumanie, Rwanda, Sainte - Lucie, Sénégal, Seychelles, Suisse, Tchad, Togo, Tunisie, Vanuatu, ViêtNam, Zaïre.

[Le Royaume de Belgique, le Cap - Vert et Saint - Thomas - et - Prince portent à 49 le nombre des pays et gouvernements participant aux Sommets.]

Le centre technique de coopération agricole et rurale

Le Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) est établi depuis 1983 à Ede/Wageningen dans le cadre de la Convention de Lomé entre les Etats de l'Union européenne et les Etats du groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Le CTA est à la disposition des Etats ACP pour leur permettre un meilleur accès à l'information, à la recherche, à la formation ainsi qu'aux innovations dans les secteurs du développement agricole et rural et de la vulgarisation.

Adresse postale: CTA, Postbus 380, 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas

Version texte