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L'approvisionnement des villes africaines en lait et produits laitiers: un potentiel pour le développement rural (GRET, 1995)

par
René Metzger
Faculté des sciences de Nancy
Jean-Michel Centres (GRET)
Laurent Thomas
et Jean-Claude Lambert (FAO)

Les appellations employées dans cette publication et la présentation des données qui y figurent n'impliquent de la part de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture aucune prise de position quant au statut juridique des pays, territoires, villes ou zones, ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites.

M-26
ISBN 92-5-203628-8

Tous droits réservés. Aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, mise en mémoire dans un système de recherche documentaire ni transmise sous quelque forme ou par quelque procédé que ce soit: électronique, mécanique, par photocopie ou autre, sans autorisation préalable du détenteur des droits d'auteur. Toute demande d'autorisation devra être adressée au Directeur de la Division des publications, Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, Viale delle Terme di Caracalla, 00100 Rome, Italie, et comporter des indications précises relatives à l'objet et à l'étendue de la reproduction.

© FAO 1995

Présentation du cadre général de l'étude

Ce document est le fruit de la collaboration entre le GRET et la FAO. Il constitue la synthèse de 6 études réalisées en 1993 dans le cadre d'un travail commandité par le Ministère français de la Coopération, en Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Burkina Faso, au Mali, au Burundi, et dans le cadre d'un accord CIRAD/EMVT-CIPEA en Éthiopie.

Quelques constats

Le développement des villes rend de plus en plus difficile leur approvisionnement en produits alimentaires. En particulier, satisfaire une demande croissante en produits laitiers pose de nombreux problèmes. Dans la plupart des pays cette demande accrue s'est traduite par une augmentation des importations. Cependant cette solution devient de plus en plus difficile à mettre en oeuvre lorsque l'aide alimentaire décroît et que les pays doivent s'approvisionner sur le marché mondial.

Pour limiter la dépendance des pays vis à vis de ces importations, les organismes de la coopération bilatérale ou multilatérale ont mis en place des projets de développement laitiers, principalement destinés à permettre l'approvisionnement des zones urbaines et périurbaines.

Ces projets présentent des caractéristiques différentes: ils peuvent "créer" un secteur de production laitière ou appuyer des élevages existants, concentrer leur action sur l'amélioration de la production ou sur le développement des circuits de collecte et de transformation, développer un système de producteurs "modernes" en introduisant des techniques de production "intensives", ou essayer d'améliorer la productivité du secteur traditionnel...

La mise en oeuvre de ces projets rencontre de nombreuses difficultés "techniques". Les principales semblent être l'alimentation et la santé, surtout lorsque le développement laitier s'appuie sur l'introduction de races "exotiques" .

Mais d'autres problèmes surgissent, souvent mal pris en compte lors de l'élaboration des projets: charge de travail, division du travail au sein des familles, responsabilité de la gestion de la paie du lait ... Ainsi l'introduction de certaines techniques peut être incompatible avec la charge de travail existante pendant une période donnée ou avec l'emploi du temps des femmes, plus spécialement chargées des taches d'élevage, qui doivent également assurer les travaux ménagers. Elle peut parfois conduire à un accroissement des déséquilibres au sein de la famille. Des contradictions peuvent apparaître entre mari et femmes dans la gestion de la paie du lait, pouvant affecter le statut alimentaire de la famille ou aboutir à un "sabotage" de la production laitière... De plus les aspects liés à la commercialisation ne sont parfois pas bien pris en compte.

Les résultats de ces différents projets ont fait l'objet de critiques: soutien apporté principalement à des producteurs laitiers aisés et abandon des petits producteurs traditionnels, développement d'une production laitière en utilisant des techniques coûteuses (large part faite à l'utilisation d'intrants, utilisation de reproducteurs de races exotiques importées...), uniformité et manque de souplesse des actions conduisant à une mauvaise adaptation des techniques aux différents groupes cibles, obtention d'un produit coûteux et donc parfois trop cher pour les consommateurs qui préfèrent continuer à utiliser du lait reconstitué...

Il semble donc important de faire le point sur ces projets de développement laitiers afin d'en apprécier l'impact réel, et d'en tirer des conséquences pour le futur.

Objectifs de l'étude

L'étude des projets de développement des stratégies de développement de la production laitière a pour objectif l'analyse:

* des techniques utilisées dans les différents projets en ce qui concerne l'alimentation, la reproduction, la santé animale, l'amélioration génétique et l'utilisation des races locales et des croisements;

* des méthodes de diffusion de ces techniques parmi les éleveurs;

* de l'adéquation des techniques et des méthodes de diffusion aux différents systèmes de production;

* de la réponse des éleveurs des différents groupes cibles à ces innovations techniques, en la reliant aux contraintes spécifiques de chacun de ces groupes;

* de l'impact social et économique des projets au niveau local;

* du poids économique de la production laitière dans l'exploitation (comparaison avec la production de viande, ce qui suppose que les activités d'embouche, alternatives à la production de lait, soient également examinées).

* des processus de fabrication des produits laitiers comme le lait pasteurisé, le fromage, le yaourt;

* de la commercialisation et de la diffusion des produits laitiers au niveau local

* de la relation entre les importations de poudre de lait et de produits laitiers et le développement d'une production locale;

* de l'impact de la mise en place d'unités de transformation ou de circuits de commercialisation sur le développement de la production laitière.

Le résultat attendu de cette étude devrait être d'apporter des éléments de réflexion et d'orientation concernant la filière Lait aux responsables de projets, décideurs, bailleurs de fonds.

Les collaborations

Cette étude est menée par le GRET en collaboration avec des partenaires locaux et français, et internationaux. La première phase a permis d'associer:

* des organismes français: GRET, AFVP, CNEARC, CERETEB, INRA, CIRAD/EMVT
* des organismes internationaux: FAO, CIPEA (ILCA)
* des organismes locaux:
- Au Sénégal: ISRA, ENEA, DNE
- En Côte d'Ivoire: IDESSA, SODEPRA, MINAGRA, AFVP
- Au Mali: DNE, AFVP
- Au Burkina Faso: CRTA, Projet Faso Kossam, AFVP
- Au Burundi: DNE, AFVP

La première phase

Le présent document correspond à la première phase de l'étude. Il s'agissait d'analyser la filière d'approvisionnement de certaines villes africaines en produits laitiers (importations et production locale). Nous souhaitions également préciser quels étaient les types de consommateurs de produits laitiers et leur niveau de consommation, tout en sachant que ces données, obtenues par simple entretien en un seul passage, étaient sujettes à caution.

Plusieurs personnes ont conduit les enquêtes:

Yves Le Troquer et Félix Koné à Bobo Dioulasso
Aïcha El Ketrouci et Omar Sy à Dakar
Charles Ouedraogo et Salia Togola à Bamako
Jean Baptiste Ménétrier à Bujumbura
Guillaume Duteurtre à Addis Abeba
Massimo Tomaselli et Inza Bakamoyo à Korhogo et Bouaké

Un bref résumé de ces premières études

Ce document de synthèse est destiné à faire un bilan sommaire de l'approvisionnement des villes africaines sur la base de 7 études menées en 1993. Cette première phase devait aussi permettre, pour préparer la deuxième partie de l'étude, de poser des questions sur le rôle de la production locale, sur les systèmes de production concernés, et plus généralement apporter des éléments de réflexion sur les possibilités de développement de la productions laitière dans différentes zones économiques et agro écologiques.

Ce résumé s'attachera donc à refléter ces différents aspects du travail mené en 1993.

* L'approvisionnement des villes africaines étudiées est principalement assuré par des produits importés qui constituent plus de 90 % des produits laitiers consommés en Afrique de l'Ouest. Cette situation est très différente en Afrique de l'Est et en particulier dans les zones d'altitude, où ces importations (légales ou frauduleuses) restent minoritaires.

En Afrique de l'Ouest, il nous faut cependant distinguer différentes situations:

- les capitales côtières comme Dakar, où la production locale (probablement sous-estimée) ne représente que 2% de la consommation et est principalement le fait d'une grande ferme privée, d'élevages traditionnels et d'élevages plus intensifs (restes d'un projet ayant échoué) d'une zone périurbaine assez large. Par contre à Bamako, pays enclavé, où existent des unités semi-intensives ou intensives soutenues par un projet de développement, dans un rayon plus restreint, la production locale assure près de 10% de la consommation

- les villes secondaires situées clans des zones d'élevage, comme Korhogo, où la production locale des éleveurs traditionnels assure plus de 13 % de l'approvisionnement

- les villes secondaires où l'approvisionnement est principalement le fait d'élevages intensifs liés à des projets, comme Bouaké où 3 % de la consommation sont constitués principalement du lait local venant de dix éco-fermes.

Le marché du lait local est extrêmement étroit et sa consommation le plus souvent limité à certaines catégories de la population et en quantité limitée (en tenant compte des remarques faites sur l'étude "consommation" très sommaire utilisée pendant cette étude).

Ainsi la consommation de lait local par habitant se situe autour de 5 l/an, avec deux exceptions Dakar (0,61) et Bujumbura (201). La consommation totale (importations incluses) se situant entre 30 et 40 l/an/personne.

Cette faible consommation des produits laitiers locaux est liée à une offre insuffisante, ayant pour conséquence un prix élevé. En effet le prix du marché n'est pas relié à un coût de production qui dans la plupart des cas est ignoré. Il se situe entre 200 et 350 CFA généralement en Afrique de l'Ouest, à l'exception de Korhogo. Cette ville est approvisionnée principalement par des éleveurs traditionnels, où il se situe entre 100 et 150 CFA. Il faut noter qu'à Bouaké ce prix est de l'ordre de 200 à 250 CFA.

La consommation du lait local est donc fortement liée au revenu des ménages, même si d'autres aspects entrent en jeu (habitudes alimentaires ethniques et religieuses par exemple). Dans les villes où les prix sont élevés, le pourcentage de non-consommateurs ou de consommateurs irréguliers est élevé (plus de 70% à Bobo et à Dakar). Par contre, là où les prix sont plus bas (Korhogo, Bujurnbura), cette proportion est plus faible (autour de 30%)

Devant cette situation, il semble nécessaire de réfléchir aux possibilités de développer une production laitière locale capable de couvrir une part plus importante de la demande, à un prix compatible avec le pouvoir d'achat de la population - dont on peut difficilement escompter une augmentation à court terme -.

Sans anticiper sur les résultats de l'étude finale, cette première analyse de la filière met en évidence quelques contraintes à ce développement:

* augmenter la quantité de lait local sur les marchés urbains, mais aussi sur les marché ruraux, pose de nombreux problèmes, qui ne seront qu'évoqués.

Plusieurs possibilités ont été envisagées, faisant l'objet de projets, pour différents systèmes de production (il serait en effet dangereux de se limiter aux systèmes d'élevage dans la mesure où dans les zones périurbaines et les zones agro-pastorales co-existent par exemple plusieurs activités au sein d'une même unité productrice).

Dans les zone à forte vocation pastorale, l'accent est le plus souvent mis sur la collecte du lait des éleveurs traditionnels par des unités de transformation. Plusieurs cas ont été rencontrés au cours de cette étude: Faso Kossam à Bobo Dioulasso, Nestlé au Sénégal, les projets avortés du Nord Côte d'Ivoire, les laiteries de Bujumbura et même l'ULB pour une partie de son approvisionnement à Bamako. À priori cette solution est séduisante: collecter un lait excédentaire en saison des pluies, dont le coût de production est, à priori, bas. Ceci permet d'acheter du lait à 75 CFA par exemple à Korhogo. Mais il est nécessaire de moduler cette vision optimiste:

- le coût d'une collecte moderne peut être très élevé, s'il s'agit d'aller chercher le lait dans les zones d'élevages mal desservies, par un réseau routier parfois impraticable en saison des pluies. Ceci fait que cette solution ne peut être envisagée que dans des zones à fort potentiel d'élevage, dans des conditions agro-écologiques propices. Ceci semble être la cas du Nord Côte d'Ivoire, mais en aucun cas celui de la zone pastorale du Sénégal.

- il existe une concurrence avec la filière informelle, plus souple, plus efficace et parfois plus rémunératrice pour l'éleveur, surtout si un marché urbain principal ou secondaire existe dans la zone.

- le déficit de collecte en saison sèche pose des problèmes aux laiteries au moment où la demande est plus élevée. Les laiteries doivent alors compter sur la production d'éleveurs intensifs ou semi-intensifs, Faso Kossam a par exemple dû intégrer un groupements d'éleveurs périurbains, ou faire appel aux importations de poudre de lait (ce qui est semble-t-il le cas le plus fréquent). A noter que certains éleveurs traditionnels ou agents de la filière informelle n'hésitent pas à utiliser du lait de mélange en saison sèche pour satisfaire leur clientèle;

- l'intensification progressive de cette production traditionnelle a également été envisagée. Il faut être conscient qu'elle présente de nombreuses contraintes. Le développement de cultures fourragères se heurte à des problèmes techniques, et fonciers. Augmenter la production du troupeau nécessite des dépenses supplémentaires, notamment en compléments alimentaires lorsqu'il sont disponibles, ce qui augmentera de fait le coût de production du litre de lait. Cela demande également une modification du mode de gestion du troupeau dans son ensemble et donc de résoudre des problèmes sociologiques complexes. Souvent la production de lait est de la responsabilité des femmes ou des bouviers, mais la gestion globale du troupeau relève de l'homme ou du propriétaire, avec des priorités qui peuvent être différentes. Cette stratégie de développement semble ne pouvoir être mise en place que dans des zones agro-écologiques propices à l'élevage et notamment celles où une alimentation suffisante est disponible toute l'année;

- en ce qui concerne les prix au consommateur, un coût de production bas n'est pas une garantie d'un prix bas à la consommation, compte tenu de la rareté du produit. On peut penser que le prix du lait de ces éleveurs traditionnels s'alignera sur celui du marché, dans lequel le coût de production du lait des élevages intensifs jouera un rôle important tant que les quantités mises sur le marché resteront faibles. Le salaire du lait doit également satisfaire des besoins de consommation et l'augmentation des prix des produits de base conduit à une augmentation du prix du lait. Ceci a pu d'ailleurs être observé après la dévaluation du franc CFA. Développer la collecte du lait des élevages traditionnels risque donc de se heurter à un problème de demande solvable, les consommateurs de lait frais ou des produits transformés par les laiteries restant alors les expatriés et une couche de population relativement aisée.

Un équilibre est à trouver entre une politique de développement de la production bénéficiant principalement aux éleveurs (achat à des prix plus élevés par des unités de transformation produisant des produits de "luxe") et une politique visant à: assurer à la plus grande part de la population un minimum de consommation de produits laitiers; ceci n'est actuellement possible que grâce aux importation de produits laitiers.

Une autre possibilité envisagée est le développement de ceintures laitières périurbaines. Elle peut s'appuyer sur une intensification importante (forte utilisation d'intrants, importation de races exotiques) et/ou sur un processus d'amélioration progressif des élevages périurbains plus ou moins traditionnels.

Ceci a été tenté à Bamako, à Dakar, à Bouaké, à Bujumbura et partiellement à Bobo-Dioulasso. Ces projets ont fortement été modifiés au cours des années ou ont disparu. D'après les études menées en 1993, certains points forts ressortent:

- l'utilisation de races exotiques pures a été un échec;

- le coût de production d'un litre de lait est élevé, bien que peu d'estimations fiables existent: ainsi à Bamako en 1990 on estimait que le prix d'achat de l'ULB (210 CFA) ne couvrait pas le coût de production, alors qu'en 1993 un prix de 150 CFA semble rentable; des études à Bobo Dioulasso laisseraient penser que le coût du litre dans deux fermes laitières en cours de constitution en juillet 1994, serait de l'ordre de 140 à 180 CFA.

- la pression foncière est importante et la sécurisation du foncier est encore plus complexe que dans les zones pastorales (problème pour les cultures fourragères);

- les éleveurs sont des pluri-actifs le plus souvent et il est important de considérer les autres productions (maraîchage, fruits...) qui peuvent être plus rentables et concurrentes de la production laitière en terme d'utilisation de la main d'oeuvre (une des causes d'échec possible de la ceinture laitière de Dakar). Il est également important de prendre en considérations les autres sources de revenus. Les stratégies des "éleveurs" peuvent être très différentes, et par conséquent nécessiter des propositions techniques différenciées.

- le fait que les premiers à se lancer dans une production laitière intensive en zone périurbaine soient des fonctionnaires, des commerçants... n'est pas rédhibitoire. Ce qui est important, c'est de juger de la diffusion des techniques de production laitière dans la zone. A Bamako, notamment avec la réorientation du projet, ceci semble effectif, à l'inverse de Dakar où il semblerait que cet effet a été limité, voire nul.

- ces producteurs péri urbains sont les principaux fournisseurs des unités de transformation.

Un autre aspect à prendre en considération pour le développement d'une production locale est la concurrence avec les produits importés. Classiquement, le prix de ces produits, généralement beaucoup plus bas que les prix des produits locaux, est considéré comme l'obstacle majeur à tout projet de développement d'une production locale. Pourtant les points précédents devraient relativiser cette affirmation. Les importations de poudre sont nécessaires aux unités de transformation en période de soudure, la production locale, traditionnelle ou intensive périurbaine, ne semble pas être à même, sauf dans certaines zones agro écologique favorables (Bujumbura, Nord Côte d'Ivoire, de satisfaire la demande en quantité et à des prix compatibles avec les revenus de la majorité de la population. Il faudrait y ajouter aussi la facilité de conservation et d'utilisation des produits importés, ce qui n'est pas le cas du lait local, sauf comme en Ethiopie ou partiellement au Burundi, où existent des traditions de fabrication et de consommation de beurre ou de fromage.

Avant de remettre en cause les importations de produits laitiers, qui concernent en premier lieu les couches urbaines défavorisées, peut-être devrait-on réfléchir aux moyens d'améliorer la productivité des élevages, de réduire les coûts de production, de lever les contraintes pesant sur les circuits de collecte modernes, de soutenir les initiatives des agents du circuit informel. Par ailleurs, dans certaines zones où les conditions ne semblent pas réunies pour une production laitière (Sahel), il semble difficile d'éviter l'alternative des importations.

J.M. CENTRES
GRET - Paris

Avant-propos

La mise en place ou le développement de filières Lait autonomes et efficientes en Afrique répond à deux objectifs principaux:

- assurer d'une part un approvisionnement satisfaisant des centres urbains en produits laitiers, afin d'améliorer le niveau général de la consommation alimentaire, en mettant sur les marchés des grandes villes africaines des produits variés en quantités croissantes, d'une qualité répondant aux besoins et aux exigences de la population, et à des prix aussi modérés que possible afin de les rendre accessibles au plus grand nombre;

- constituer d'autre part une base solide pour le développement rural auquel l'élevage bovin traditionnel participe de manière importante. En effet, dans ce cas, les éleveurs auront la possibilité de trouver un débouché sûr et régulier pour une production laitière qu'ils chercheront dès lors à intensifier pour améliorer leurs revenus.

Toutefois, ce schéma de base du développement reposant largement sur une volonté exprimée localement, suppose néanmoins pour se réaliser qu'un certain nombre de conditions générales, économiques, sociales, monétaires, etc. - soient acquises sur le long terme. Sinon toute solution se trouverait remise en cause pour tout ou partie. Parmi les facteurs contraignants qui vont peser sur les filières Lait des pays africains nous retiendrons entre autres: a) tout d'abord la forte présence de produits laitiers importés - essentiellement de la poudre de lait - fortement subventionnés provenant des pays industrialisés et arrivant sur les marchés africains à bas prix, ce qui remet en cause la possibilité d'une rémunération satisfaisante pour les producteurs locaux. Cette concurrence largement dénoncée dans le cadre du GATT et de la CNUCED va peser sur l'avenir de toute politique laitière destinée à valoriser la production locale. Mais cette contrainte au développement laitier liée aux importations va être renforcée par d'autres sujétions rencontrées au sein même de la filière locale: productivité et conduite du troupeau, alimentation, etc.

Or, ces sujétions pèsent assez largement sur une bonne partie du continent africain et compromettent dans de nombreuses régions la mise en place d'une structure laitière viable, susceptible de satisfaire les besoins exprimés localement. Les importations, trop systématiquement décriées demeurent alors le seul moyen fiable d'assurer aux populations un approvisionnement satisfaisant en lait et produits laitiers. Dès lors, il ne faut pas systématiquement poser le problème de l'approvisionnement en lait et produits laitiers de l'Afrique en terme d'alternative importations contre production locale, mais plutôt en terme de complémentarité permettant, quelles que soient les conditions, un accès satisfaisant au lait et aux produits laitiers pour les populations - surtout celles concentrées en milieu urbain. b) la stabilité socio-politique et économique semble encore peu propice à la mise en place le processus de développement nécessaire à l'implantation d'une filière Lait autonome et dynamique. Dans cette optique, la définition du statut juridique de la terre est une urgence dans maints pays africains où se maintient le droit foncier traditionnel qui veut que les habitants d'un village jouissent de l'exploitation des terres de la communauté. La pression démographique rend de plus en plus tendus les rapports entre agriculteurs et éleveurs: c'est par exemple à ce niveau qu'une large réflexion doit être menée. C'est dans cette même optique des rapports socio-économiques que le rôle et la volonté réelle des dirigeants doivent être clairement établis: la promotion du développement rural et la maîtrise du développement urbain sont autant de questions qui vont conditionner l'avenir de tout processus de progrès socio-économique dont, bien entendu, celui de la filière Lait.

Plus généralement, l'Afrique dans son ensemble est entrée depuis le début des années 80 dans une stagnation, voire une régression économique inquiétante pour l'avenir: à l'origine de ce processus de dégradation de la situation socio-économique se trouve la baisse considérable du prix des matières premières agricoles et minérales, sources essentielles de devises pour l'ensemble du continent; cette baisse des revenus se conjugue avec une forte croissance démographique qui amplifie encore ce processus. La diminution du revenu par habitant est générale sur le continent africain, ce qui annule tout progrès possible de la consommation.

La baisse des recettes d'exportation due à la chute des prix des matières premières a considérablement aggravé le déficit de la balance des paiements de la plupart des pays africains amenant les autorités monétaires internationales - F.M.I., Banque mondiale - à prendre des mesures draconiennes dans le cadre de plans d'ajustement structurel (P.A.S.) auxquels sont soumis l'ensemble des pays pris en compte dans cette étude. L'émergence d'une classe moyenne observée au cours des années 70 et 80 n'est plus d'actualité en 1994: or, c'est l'élargissement de cette classe moyenne qui par son pouvoir d'achat et sa propension à consommer devrait être un des moteurs de la croissance pour de nombreux secteurs d'activités, y compris celui concernant le lait et les produits laitiers. c) la recherche de la stabilité, tant sur le plan socio-politique que sur le plan économique, suppose également que soit résolu l'épineux problème des taux de change permettant un juste recours aux importations pour satisfaire des besoins fondamentaux (investissements collectifs, santé, niveau alimentaire...) tout en rendant compétitifs les produits d'exportation sur les marchés extérieurs. Ce problème est celui de la définition de la valeur du FCFA qui met en cause des considérations de stratégie politique franco-africaine relayées depuis quelques années par les préoccupations du F.M.I. et de la Banque Mondiale. Ces considérations monétaires et leurs conséquences ont conduit à une dévaluation de 50% du FCFA le 11/1/94 remettant en cause bien des situations pour les 4 pays de la zone franc pris dans le champ de cette enquête 1.

1 Il s'agit du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire, du Mali et du Sénégal.

Dans le domaine de l'économie laitière, la surévaluation constante du FCFA et sa convertibilité garantie en Francs Français ont trop longtemps constitué une véritable prime à l'importation de produits laitiers - entre autres - dans les pays de la zone franc, si bien que l'on observe dans ces pays que les besoins en lait et produits laitiers ont été couverts jusqu'à présent à plus de 90 % par les importations, alors que cette proportion est négligeable ou modeste dans les pays hors de la zone (Ethiopie, Burundi). La valeur du FCFA a certainement été un handicap pour toute initiative visant à élaborer sur place les produits laitiers à partir d'une production laitière locale. La récente dévaluation sera sans doute un point positif, à condition que des mesures d'accompagnement en amortissent les chocs socio-économiques et préparent le terrain pour permettre un véritable développement de filières Lait locales. En ce qui concerne plus particulièrement le Burundi, outre les effets prévisibles de la dévaluation, il est à craindre que le chaos socio-politique dans lequel s'enfonce le pays depuis octobre 1993 n'entraîne des modifications considérables dans les situations observées durant l'été 93 et ne conduise donc à des conclusions largement infléchies par ces événements.

Introduction

Le lait et les produits laitiers appartiennent aux habitudes alimentaire de nombreuses civilisations. Aujourd'hui, ils considérés comme essentiels à un bon équilibre nutritionnel surtout pour les enfants et peuvent constituer une bonne base des apports protéiques d'origine animale nécessaires à chaque individu. C'est ainsi que les programmes alimentaires élaborés tant par les autorités locales que par les organisations internationales (FAO, OMS) préconisent et encouragent la consommation de lait et de produits laitiers, l'objectif étant d'atteindre au minimum 50 kg/hab./an d'équivalent-lait (EqL.).

En Afrique, malgré la présence d'un élevage bovin largement répandu, cet objectif est loin d'être atteint. La faible productivité du troupeau bovin, l'éloignement entre zones de production et centres urbains sont à l'origine de cette contre-performance. Pour pallier les insuffisances de la production locale, il a été largement fait appel aux importations venant des pays industrialisés. Les conditions rencontrées sur le marché mondial du lait et des produits laitiers ont jusqu'ici été favorables au développement de ces transactions. D'un côté les pays industrialisés ont cherché un débouché pour des excédents structurels qui encombraient leurs propres marchés, et à l'aide de subventions accordées à leurs exportations, ils ont facilement pris pied sur les marchés déficitaires en lait et produits laitiers dont les pays africains; il faut toutefois noter que la Nouvelle Zélande prend une position accrue sur le marché mondial des laits et produits laitiers sans faire appel, semble-t-il, aux mécanismes pervers des subventions. De l'autre côté, ces mêmes pays africains ont bien accueilli ces produits - le lait en poudre en particulier - car ils permettaient de résoudre en partie les problèmes alimentaires et nutritionnels chroniques qu'ils rencontrent trop fréquemment. De plus, ces produits fortement subventionnés arrivaient sur les marchés africains à des prix modérés compatibles avec le niveau de vie peu élevé des populations locales.

Mais ce processus semble trouver aujourd'hui ses limites. D'une part les pays industrialisés dans leur ensemble tendent à maîtriser leur production laitière et ses excédents coûteux 2; d'autre part, les importations croissantes de lait et de produits laitiers par les pays africains représentent un coût toujours trop élevé (cf. tableau X) pour des balances commerciales fragilisées par la baisse des revenus d'exportation. Logiquement, le marché mondial du lait et des produits laitiers doit se rétrécir avec comme conséquence, une augmentation des prix due à la diminution de l'offre de la part des pays industrialisés. De plus, la forte dévaluation du FCFA en janvier 1994 et la dépréciation constante des autres monnaies africaines vont rendre encore plus lourd le coût des importations, de lait et produits laitiers.

2 l'Union Européenne et le Canada ont mis en place des politiques actives de résorption de leurs excédents laitiers et de diminution des subventions à l'exportation, mais les mécanismes américains d'aide à l'agriculture ne permettent pas d'affirmer que les USA aient entrepris une politique de même ampleur dans ce domaine.

Dès lors, la seule réponse possible face à ces nouvelles données est de favoriser l'émergence de filières Lait développées à partir du troupeau bovin existant, afin de substituer aux importations des produits d'origine locale, là où pourra se mettre en place une production rentable. Mais cette substitution ne peut s'opérer qu'à long terme - 15 à 20 ans - afin de mettre en place les conditions d'une production économiquement viable: sélection, gestion du troupeau, collecte et traitement du lait etc., et ce délai devra bien entendu intégrer les mesures d'accompagnement nécessaires à la sauvegarde de la cohésion sociale dans une population inévitablement touchée par cette dévaluation.


Tableau I: Indice FAO des productions agricoles totales et per capita de l'Afrique

1. La filière lait et son environnement dans les pays africains

1.1. L'environnement économique

Les années écoulées depuis les indépendances des pays africains ont été marquées par deux évolutions principales:

- une très forte croissance démographique générale de l'ordre de 2,6 à 2,8 % par an en moyenne pour l'ensemble du continent: cette évolution a encore été plus marquée au niveau urbain dont la croissance atteint quelque 4,5 % par an (cf. tableau II)

- une très faible progression de la production tant industrielle qu'agricole entraînant dans la plupart des pays une régression du P.I.B./hab., amplifiée par la chute des cours des matières premières dont l'Afrique tire l'essentiel de ses revenus d'exportation.

L'accroissement démographique rapide et des gains de productivité très médiocres en agriculture ont renforcé la dépendance du continent africain vis à vis des pays industrialisés (CEE et USA principalement) pour son approvisionnement alimentaire. Or, les mécanismes qui régissent à l'heure actuelle les échanges mondiaux de produits alimentaires 3 n'ont pu que jouer dans le sens d'une aggravation des situations rencontrées jusqu'ici. Les produits alimentaires venant des pays industrialisés (lait et produits laitiers, céréales, viandes..) sont largement subventionnés à l'exportation, arrivent dans les pays africains à des prix relativement bas et concurrencent les productions locales; la dépréciation de l'activité agricole conduit à une accélération de l'exode rural et à un gonflement difficilement supportable des centres urbains.

3 Les accords du GATT signés dans le cadre de l'Uruguay Round en décembre 1993 devraient infléchir ces tendances dans les années à venir

En ce qui concerne plus particulièrement le lait et les produits laitiers, le développement soutenu de l'élevage laitier pourrait à long terme stabiliser une partie de la population en zone rurale en procurant à l'éleveur un revenu sûr, rémunérateur et régulier, tout en assurant la possibilité d'un approvisionnement satisfaisant en quantité, qualité... et prix des populations urbaines. Le résultat de ce développement laitier serait alors une moindre dépendance à l'égard des importations et donc une économie de devises dont l'utilisation serait dévolue à l'investissement.

A l'heure actuelle ce processus n'est pas enclenché, alors que les usines laitières implantées en Afrique ne tournent qu'à un faible taux d'utilisation (20 à 60 % en moyenne).

Or, la plupart des pays de l'Afrique Subsaharienne ont un revenu inférieur à 500 USD/hab./an (cf. tableau III), ce revenu ayant d'ailleurs même baissé dans certains cas. Parmi les pays les plus pauvres figurent l'Éthiopie et le Burundi sur lesquels a pesé ou pèse encore une situation socio-politique lourde de conséquences sur le développement économique en général et agricole en particulier.

Cette pauvreté s'est trouvée accentuée pour l'ensemble des pays étudiés ici par l'application depuis plusieurs années de PAS qui se sont traduits par des baisses de salaires pouvant atteindre 10 à 30 % pour les fonctionnaires. De plus, la dévaluation du FCFA a conduit à des augmentations de prix insupportables pour des populations déjà touchées par le marasme généralisé du continent africain et les effets des différentes PAS. Fin janvier 1994, les prix des denrées de base augmentaient de 20 à 33 % (riz, farine, sucre, lait et produits laitiers, huile). Ceux de l'électricité, du gaz, des carburants ont grimpé de 22 à 30 %. Les premières observations font ressortir une hausse du panier de la ménagère de 30 % pour les foyers vivant à "l'africaine" et de 70 % pour les expatriés et les africains vivant à "l'occidentale" (Le Monde du 5/II/94). Or, c'est cette classe moyenne vivant à "l'occidentale" qui avait le plus intégré la consommation régulière de lait et produits laitiers dans ses habitudes alimentaires.

1.2. Le milieu humain

1.2.1. L'urbanisation

L'Afrique est longtemps restée un continent vide et même encore aujourd'hui malgré une forte poussée démographique, la densité de population dépasse à peine 20 hab./km 2 avec une exception notoire pour le Burundi qui dépasse 200 hab./km 2 (cf. tableau III).

Ce faible peuplement tient aux conditions extrêmes dans lesquelles vivent ces populations: espaces inexploitables des déserts et des forêts tropicales, sécheresse absolue et pluviométrie excessive, endémies multiples et fatales... Un équilibre précaire s'était établi à un niveau de peuplement ajusté aux possibilités de l'environnement trop souvent hostile.

Ce n'est qu'à partir de la 2ème moitié du XXème siècle que la croissance démographique s'est accentuée: allongement de la durée moyenne de vie, forte diminution de la mortalité infantile liés à un très fort taux de fécondité - traditionnel en Afrique - sont à l'origine de cette croissance qui atteint 2,6 % pour l'Afrique subsaharienne. Mais cette croissance a rompu le fragile équilibre séculaire établi entre l'homme et la nature, et l'exode rural constitue l'exutoire normal à la surpopulation des campagnes.

Dès lors, à partir des années 70, s'est accéléré le phénomène d'urbanisation et actuellement la population des villes augmente au rythme de 4,5 % par an et regroupe quelque 35 % de la population totale des pays africains; d'ici l'an 2000, la population urbaine de l'Afrique augmentera de quelques 70 millions d'habitants pour lesquels il faudra bien trouver les ressources alimentaires suffisantes.

L'urbanisation rapide est un phénomène commun à tous les pays africains à quelques degrés près. Ce processus intense et inéluctable a de profondes répercussions tant démographiques que socio-économiques. Il engendre entre autres des modifications importantes de comportement, dont celui relatif à l'alimentation. La demande urbaine évolue en volume et en qualité, ce qui crée des tensions au niveau des approvisionnements alimentaires des villes. Cette demande conditionnée par le pouvoir d'achat et l'évolution des habitudes alimentaires, n'est souvent satisfaite qu'au prix d'importations croissantes, la production et la commercialisation intérieures étant dans la plupart des cas mal adaptées aux exigences créées par la croissance des villes (H. Delisle, FAO, 1989):

- les ménages urbains s'éloignent progressivement des schémas alimentaires locaux, parallèlement à leur niveau de revenu;

- combiné à l'effet démographique, cet éloignement creuse l'écart entre demande urbaine et production alimentaire intérieure.

La baisse des revenus de nombreuses catégories socio-professionnelles (fonctionnaires entre autres) suite à l'application des PA', et la dévaluation du FCFA vont créer des conditions nouvelles difficiles pour les population urbaines, ce qui ne rend que plus urgent la définition et la mise en place rapide de politiques d'approvisionnement alimentaire des villes et de développement simultané des productions agricoles intérieures pour répondre - en partie au moins - à cette demande urbaine croissante.

1.2.2. Le secteur primaire en Afrique

Dans maints pays d'Afrique, l'Agriculture occupe encore plus des 2/3 de la population active (cf. tableau III) mais la richesse produite - part du PIB - reste très en deçà de ce seuil: une très faible productivité en agriculture continue à maintenir l'ensemble du continent dans la pauvreté tout en imposant une forte dépendance vis à vis de l'extérieur pour la satisfaction des besoins alimentaires à un niveau convenable. De plus, le mirage des cultures d'exportation (café, cacao en Côte d'Ivoire, arachide au Sénégal, coton au Mali et au Burkina Faso..) a conduit à l'abandon de cultures vivrières traditionnelles amenant ainsi le monde rural à rechercher des produits d'importation: poudre de lait, farine, riz importé...

Ces contre-performances du secteur agricole ont des causes multiples mais elles résultent avant tout d'un profond manque de considération et de connaissance du monde paysan par les responsables politiques préoccupés entre autres à contenir l'instabilité latente du milieu urbain.

Rompre les rigidités et l'immobilisme qui paralysent le développement rural est l'exigence première: formation, infrastructures, commercialisation des productions locales... les mêmes besoins du secteur primaire se retrouvent d'une façon générale dans tous les pays africains et présentent un caractère d'urgence.

Après de trop longues années de stabilisation et d'ajustements structurels et devant la stagnation persistante de la production agricole et alimentaire africaines et les faibles taux d'adoption et d'adaptation des technologies productives, on peut se demander si les modèles de références et les politiques de retour au marché n'ont pas surestimé les comportements de minimisation des risques, de la part des agents économiques, dans des contextes de forte instabilité et de renforcement des mécanismes sécuritaires, à travers des organisations non marchandes et l'informatisation des économies africaines (Ph. Hugon, 1992).

1.2.3. Le sous-secteur de l'élevage en Afrique

L'élevage occupe une place variable dans l'ensemble du secteur primaire. En Afrique de l'Ouest ainsi que sur les Hauts Plateaux et les zones d'altitude de l'Afrique orientale, l'élevage est une activité traditionnelle, mais le développement des cultures d'exportation au Sénégal et en Côte d'Ivoire, réduit cette activité à la portion congrue, alors qu'au Burundi c'est la pression démographique qui oblige les agriculteurs à étendre les surfaces de cultures vivrières - 75 % des terres agricoles - réduisant par la même occasion la place occupée par les troupeaux. Par contre, là où subsistent de vastes étendues pour les parcours des animaux, l'élevage se développe, mais il faut préparer les conditions d'une intensification des productions animales, l'élevage extensif largement répandu au Burkina Faso et au Mali n'étant pas à même de procurer, dans des conditions économiques satisfaisantes, la viande et le lait nécessaires à l'ensemble des populations concernées.

Les contre-performances rencontrées au niveau du secteur agricole se retrouvent globalement dans l'activité d'élevage. Cette situation est imputable à un certain nombre de problèmes techniques, sociologiques et politiques qui maintiennent l'élevage dans une situation peu dynamique, engendrant un faible niveau de productivité sur lequel les centres de recherches zootechniques et autres fermes modèles n'ont eu aucune influence.

Sur le plan technique, les troupeaux restent soumis à des contraintes fortes:

- conditions sanitaires difficiles (trypanosomiase, peste bovine, tiques..)

- niveau alimentaire insuffisant tout au long de la saison sèche

- rigidités sociologiques qui conduisent à une gestion archaïque des troupeaux considérés comme valeur d'épargne ou de prestige et non comme outil de production; dès lors la production laitière devient accessoire, d'où la faible productivité observée très généralement. Il faut cependant noter que ce mode de conduite du troupeau peut aussi correspondre à une gestion du risque par l'éleveur dans des conditions agro climatiques difficiles.

- inadaptation des politiques d'élevages menées dans maints pays africains, puisque n'ayant pas répondu, même partiellement, au double défi du développement rural et de l'approvisionnement des centres urbains. Les centres d'élevages et fermes laitières plus ou moins étatisées n'ont que de médiocres résultats économiques liés trop souvent à de piètres résultats techniques.

- les outils industriels de collecte et de transformation modernes n'utilisent qu'une faible partie de leur capacité, compromettant ainsi leur rentabilité face à des circuits informels peu coûteux, plus souples et mieux adaptés.

- enfin, on peut se demander dans quelle mesure les autorités locales ne préfèrent pas, face aux contraintes locales, satisfaire les populations urbaines par des produits importés bon marché, et éviter ainsi des crises sociales, plutôt que de favoriser l'émergence d'une filière Lait basée sur la production locale suivant l'un ou l'autre des schémas ci-après:

* production urbaine et surtout péri-urbaine formant une "ceinture laitière" autour des villes;

* mise en place de fermes laitières performantes à partir d'animaux exotiques avec utilisation optimale d'intrants alimentaires et vétérinaires;

* opter pour le développement rural et asseoir la production laitière sur le plus grand nombre d'éleveurs bien encadrés.

Ces différentes solutions seront reprises en conclusion après avoir examiné les résultats obtenus jusqu'ici dans chaque cas.

Tableau II: Données démographiques en Afrique

PAYS

VILLES

Population totale (Millions d'hab.)
1992

Population des villes étudiées
1992/93

% Population urbaine
1992/93

Croissance de la population en % par an
Totale Urbaine

Population totale (Millions d'hab.) en 2000

Population des villes étudiées en 2000

Taux de fécondité

Densité de la population hab/km 2
1992

BURKINA FASO

Bobo-Dioulasso

9,5

320 000

12,5 %

2,7 %

7 %

11,4

620 000

7,1

35

BURUNDI

Bujumbura

5,7

275 000

8 %

2,7 %

3 %

6,8

400

6,9

210

COTE D IVOIRE

Korhogo


145 000





200 000





13,1


40 %

3,6 %

4,5 %

16,6


7,4

41


Bouaké


460 000





600 000



ETHIOPIE

Addis Abéba

47,0*

2 500 000

15 %

2,7 %

4 %

56,4

3 275 000

7,5

49

MALI

Bamako

8,5

950 000

25 %

2,8 %

6,5 %

10,5

1 400 000

7,1

8

SENEGAL

Dakar

7,9

1 735 000

34 %

2,9 %

4 %

9,7

2 340 000

6,4

39

AFRIQUE SUBSAHARIENNE (Hors R.S.A.)


520

Pop. Urbaine 195 Millions

35 à 39 % selon les sources

2,6 % (2.9 % sur 1970-1980)

4,5 % (6 % sur 1970-80)

630

265 Millions

7,1

21

* Compte tenu de la sécession de l'Érythrée en avril 1993

Sources: Atlaséco/Le Monde/Bilan

- En l'an 2000, l'Afrique subsaharienne comptera 630 M.hab et 1100 M. en 2025
- En 1960, la population urbaine s'élevait à 16 % de la population totale
- En 1991, cette proportion était de l'ordre de 35 à 39 % et sera de 40 à 45 % en l'an 2000 (ex. 40 % au Sénégal)

Tableau III : Données socio-économiques en Afrique

PAYS

Population totale (Millions d'hab.) 1992

P.I.B./hab. en USD/an

Place de l'agriculture

Part de l'élevage dans le produit agricole %

Evolution du PIB en moy. ann. 1985-92

Solde de la balance extérieures en Msd USD-91

Dettes extérieures 1992




dans P.I.B. %

dans pop. Active %



Balance globale

Balance agricole

Dettes extérieures 1992 (Mds USD)

% du PIB

BURKINA FASO

9,5

290

38

75

47

+ 0,9 %

- 0,32

Equil.

1,2

33 %

BURUNDI

5 7

210

36

56

8

+ 1,0 %

- 0,10

+ 0,06

1,1

90 %

COTE D'IVOIRE

13 1

670*

40

54

3

- 5,7 %

+ 1,16

+ 1,56

17,0

190 %

ETHIOPIE

47,0*

110

42

77

30

- 2,0 %

- 0,62

+ 0,03

7,7

142 %

MALI

8,5

300

48

70

26

- 1,9 %

- 0,10

+ 0,15

3,0

115 %

SENEGAL

7,9

780

22

70

30

+ 0 3 %

- 0,29

+ 0,05

4,3

80 %

AFRIQUE SUBSAHARIENNE (Hors R.S.A.)

520

260

38

67

15 À 20 %

+ 0,6 %

-

-

135

100 %

* En 1986, le PIB/hab était de 1390 USD en Côte d'Ivoire!

Sources: Atlaséco/Le Monde-Bilan 1993

- Selon la FAO, le lait représente 16 % de la valeur des produits d'élevage en Afrique subsaharienne

- En 1980 les importations de LPL absorbaient 5 % des recettes totales d'exportation des pays de la zone, ce chiffre se monterait à 8 % en 1989

1.3. L'environnement géo-climatique

En Afrique de l'Ouest, les villes étudiées se situent en zone soudano-guinéenne bénéficiant d'un climat tropical subhumide. Les hauteurs de pluies annuelles restent souvent suffisantes pour assurer une végétation herbeuse propice à la présence de troupeaux bovins. Toutefois cet élevage sera surtout conditionné par la répartition des pluies et leur régularité: la saison des pluies n'excède pas 5 à 6 mois dans les meilleurs des cas, ce qui implique une longue sécheresse conduisant la plupart des éleveurs à une transhumance plus ou moins longue dans sa durée et dans son éloignement. Quoi qu'il en soit, cette transhumance diminue les apports nutritionnels et hydriques des animaux, ce qui entraîne des pertes de poids souvent importantes et interrompt la lactation pour les femelles ayant mis bas durant la saison des pluies.

Pour l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest, les températures restent élevées, les mois les plus chauds atteignent jusqu'à 33 à 39°C de moyenne maximale (cf. tableau IV). Or un temps prolongé à des températures supérieures à 25°C, particulièrement en ambiance humide, conduit à une réduction de la matière sèche ingérée par la vache laitière et entraîne par conséquent une chute de la production. Les températures élevées provoquent également une baisse de la fécondité des vaches, d'où une augmentation des intervalles entre vêlages (Pagot, 1985).

Enfin, le climat tropical chaud et humide reste propice au développement des maladies parasitaires qui causent encore de lourds dégâts parmi les troupeaux; la partie la plus méridionale de la bande soudano-guinéenne reste une zone endémique de la trypanosomiase.

Si l'élevage demeure une activité importante dans une large partie de l'Afrique de l'Ouest, il n'en est pas moins vrai que les niveaux de production atteints restent médiocres, surtout en ce qui concerne le lait, considéré souvent comme co-produit de l'élevage et non comme une production principale.

Tableau IV: Environnement géo-climatique

PAYS

VILLES

Altitude moyenne

Saison des pluies

Hauteur des pluies mm/an

Températures moyennes

Superficie Km 2

Zones climatiques






Max.

Min.



BURKINA FASO

Bobo- Dioulasso

460

Mai à Septembre

1000

34°

16°

274 200

Sahélienne

BURUNDI

Bujumbura

800

Mars à Mai

800

24°

12°

27 800

Hauts Plateaux Tropicale




Octobre à Décembre







Korhogo

380

Avril à octobre

1150

34°

17°


Sahélo-Soudanienne

COTE D'IVOIRE







322 400



Bonaké

360

Avril à Juin

1300

33°

19°


Tropical humide




Septembre à Octobre






ETHIOPIE

Addis Abéba

2400 m

Juin à Septembre

> 1500

21°


1 104 000

Climat des Hauts Plateaux




Février à Avril






MALI

Bamako

480

Juin à Octobre

1100

39°

17°

1 241 000

Sahélo-soudanienne

SENEGAL

Dakar

niveau de la mer

Juin à Octobre

400

30°

17°

196 200

Sahélien

Cartes Michelin/Etudes GRET

Températures: moyenne pour le mois le plus chaud et moyenne pour le mois le plus froid.

La situation géo-climatique est sensiblement différente sur les hauts plateaux et dans les zones d'altitude de l'Afrique de l'Est: la température subit l'influence de l'altitude et dans les mois les plus froids, il n'est pas rare de voir neiger sur les hauteurs entourant Addis Abeba (février); quant aux maxima, ils dépassent rarement 25°C, ce qui supprime le stress dû à la chaleur et observé chez les animaux vivant en Afrique de l'Ouest.

Quant au régime des pluies, il est mieux réparti, sur deux saisons, certes inégales mais les périodes de sécheresse sont beaucoup mieux supportées par le cheptel et la production laitière peut s'étaler sur toute l'année.

De même l'altitude, en réduisant les températures va atténuer, voire supprimer, les sévères épizooties rencontrées ailleurs en Afrique.

Ces conditions favorables ont permis à l'Ethiopie de détenir le troupeau bovin le plus important d'Afrique (30 millions de têtes) alors qu'au Burundi, la très forte pression démographique (210 hab./km 2) conduit à abandonner cet élevage bovin traditionnel au profit du développement des cultures vivrières.

2. L'offre de lait et de produits laitiers

Si la tradition d'élevage est largement répandue en Afrique, son objet est difficile à appréhender dans la logique économique. A la fois instrument d'épargne, possession de prestige, la finalité de l'élevage bovin en Afrique a longtemps répondu à des objectifs socio-culturels perceptibles lors de cérémonies ou fêtes (mariages, retrouvailles...) au cours desquelles était consommée de la viande. La tête de bétail perçue comme unité monétaire a toujours été utilisée comme telle lors de transactions commerciales, du paiement de l'impôt ou de la dot. L'élevage est également mené en fonction de la gestion du risque au niveau individuel, c'est à dire des aléas - climatiques, familiaux, etc. - pris en compte par l'éleveur pour assurer la survie du groupe.

Dans ces conditions, la production laitière devenait accessoire et ne servait qu'à l'éleveur et sa famille; la commercialisation restait exceptionnelle. De plus, toute une large zone où sévissait la trypanosomiase était interdite à l'élevage: la consommation du lait y était donc inexistante.

Dans les années 80, l'Afrique subsaharienne représentait environ 1 % de la production laitière mondiale pour quelques 12 % de la population du globe. Généralement, hormis chez les éleveurs, le lait ne faisait pas partie des habitudes alimentaires des Africains. En 1986, la consommation moyenne au sud du Sahara ne dépassait pas 20 kg EqL par habitant et par an; ce chiffre descendait à 8 kg en Afrique de l'Ouest. Face à une demande aussi faible, l'offre n'a jamais été stimulée, si bien que, sur plusieurs décennies, les indications sur la productivité laitière en Afrique restent toujours à un niveau très bas (cf. tableau IX):

- espaces inter-vêlages très longs (jusqu'à 2 ans)
- âge au premier vêlage à 3 ou 4 ans
- rendement laitier dépassant rarement 200 à 250 kg/vache/lactation

Toutefois, le processus d'urbanisation rapide de l'Afrique et la transformation profonde des habitudes alimentaires qu'il induit, a modifié sensiblement la situation prévalant depuis toujours. Le lait et les produits laitiers sont devenus depuis les années 60 une des composantes de l'alimentation en Afrique. De nombreux projets de développement laitier ont été initiés dans la plupart des pays africains, mais les échecs ont été fréquents, si bien que n'a pu se réaliser une adéquation entre l'émergence de cette nouvelle demande et une offre figée dans ses rigidités; c'est donc à l'importation qu'a été dévolu le rôle de satisfaire les besoins des consommateurs urbains. Cette situation est générale en Afrique de l'Ouest, alors qu'en Afrique Orientale et Australe, on observe un meilleur équilibre entre l'offre et la demande locales: de meilleures conditions techniques et géo-climatiques expliquent en partie cette réussite, mais il faut aussi noter l'affirmation d'une volonté politique constante en faveur d'un développement laitier national dans des pays comme le Kenya et le Zimbabwe, devenus d'ailleurs exportateurs nets de lait et produits laitiers dans les années 80.

Sur la période 1961-1977, la production laitière en Afrique a enregistré une croissance de 2%/an en moyenne et de 2,7% de 1977 à 1986. Mais ces résultats ont été obtenus à partir d'un niveau très faible, si bien que l'autoapprovisionnement au Sud du Sahara est passé de 95 % en 1960 à 82 % sur la période 1977-1986, et que les importations de lait et produits laitiers ont dû être multipliées par 6 entre 1961 et 1986 pour satisfaire une demande croissante essentiellement urbaine (Shahala Shapoui et Stacey Rosen, 1992). C'est cet approvisionnement des villes qui constitue aujourd'hui un problème aigu, car le coût des importations est difficilement supportable pour des économies fragilisées et la production locale n'a pas réussi à se développer de façon satisfaisante. Ce sont les termes de cette alternative importations/production locale - que nous allons examiner à présent.

2.1. L'offre locale de lait et de produits laitiers dans les pays africains

2.1.1. Remarque préalable: l'écueil statistique

Les données de base concernant le secteur de l'élevage sont le plus souvent le fruit d'estimations ou d'extrapolations effectuées à partir d'éléments partiels recueillis lors de diverses enquêtes ou missions spécialisées. La multiplicité des systèmes de production, les fortes variabilités dues aux conditions géo-climatiques ou aux potentialités génétiques, la méconnaissance de la part de la production réellement prélevée dans un but d'autoconsommation ou de ventes, conduisent à une forte incertitude sur le niveau réel des quantités de lait effectivement produites.

Cet écueil statistique auquel s'est heurtée il y a encore peu d'années l'étude de l'économie laitière en Europe, se fonde également sur les points suivants:

- la réticence des éleveurs/agriculteurs à fournir des renseignements précis pouvant toujours être utilisés, selon eux, à des fins autres que statistique (fiscalité...)

- la difficulté de situer à un moment donné le statut exact d'un animal laitier: génisse, vache en lactation traite, vache allaitante, vache tarie, vache de réforme, etc.

- en aval de la production, le circuit informel - omniprésent en Afrique - de distribution ne permet pas non plus d'apporter plus de précisions sur les volumes effectivement vendus.

L'ensemble des données chiffrées doit donc être considéré comme une approche, et les distorsions observées d'une série statistique à l'autre sont seulement le résultat d'observations réalisées selon des méthodes différentes, dont le point commun est la faiblesse des moyens mis en oeuvre sur le terrain.

Pour éviter le maximum de dérapages sur cet écueil statistique, il est tout d'abord souhaitable que les coefficients de conversion des divers produits laitiers en Equivalents-Lait (EqL) soient employés avec discernement et de toute façon avec une valeur identique dans toutes les études, ce qui n'a pas été toujours le cas dans les travaux rassemblés ici. Chaque fois que cela a été nécessaire, nous avons repris les calculs avec les valeurs de référence de la F.A.O. Certes ces coefficients de conversion sont à revoir en fonction de l'évolution des produits mis sur le marché, en particulier pour le beurre dont la conversion en EqL est porteuse de distorsions incompatibles avec la recherche d'une approche aussi valable que possible. En ce qui concerne l'étude sur l'Ethiopie, le coefficient de conversion retenu pour le beurre (x 20) est très éloigné du coefficient FAO (x 6,6), ce qui introduit une profonde distorsion d'autant moins admissible que le beurre est d'abord une matière grasse utilisée comme telle (usage culinaire) et n'apporte pas les nutriments les plus profitables du lait, à savoir les protéines, qui ne constituent qu'une une part infime du beurre!

2.1.2. Les conditions de l'élevage bovin en Afrique

L'élevage bovin se développe depuis toujours dans de vastes zones de l'Afrique subsaharienne comprenant essentiellement la large bande sahélo-soudanienne et soudano-guinéenne s'étendant de l'Atlantique à l'Ouest à la Corne de l'Afrique à l'Est, ainsi que tout au long de la zone du Rift située de part et d'autre de la haute vallée du Nil et de la région des grands lacs africains.

Les six pays pris en compte dans la présente élude 4 se retrouvent assez largement englobés dans la zone soudano-guinéenne où les saisons des pluies s'avèrent suffisantes pour favoriser une pousse satisfaisante sinon régulière de l'herbe nécessaire à la conduite de troupeaux bovins plus ou moins importants.

4 Burkina Faso, Burundi, Côte d'Ivoire Éthiopie, Mali et Sénégal; seule la région de Bouaké (C.l.) s'écarte de ces zones d'élevage traditionnel.

Au Nord, dans la partie sahélo-soudanienne, c'est la hauteur des pluies qui détermine la limite septentrionale des zones d'élevage (plus de 300 mm/an) alors qu'au Sud, dans la zone soudano-guinéenne, ce sont les conditions sanitaires (trypanosomiase et peste bovine essentiellement) qui constituent une barrière au développement de l'élevage bovin. Par contre, à l'Est, le long du Rift, l'altitude va modifier les données climatiques et autoriser un large développement de l'élevage bovin (Éthiopie mais aussi Tanzanie, Kenya, Rwanda, et Burundi).

Les considérations ethno-sociologiques conditionnent la conduite des troupeaux, qui se traduit le plus souvent en terme de possession (patrimoine) qu'en terme d'exploitation (production laitière). Le maintien et plus encore l'augmentation du nombre de têtes demeurent l'objectif des éleveurs. Ce n'est que récemment que la croissance quantitative des troupeaux a été freinée dans plusieurs pays par suite de la pression foncière exercée par les agriculteurs à la recherche de nouvelles terres à exploiter, diminuant là-même les possibilités de parcours (prairies et zones de transhumance) jadis fort développés dans ces régions. Ainsi au Burundi où la pression démographique est particulièrement forte, le nombre de bovins est en sensible régression (cf tableau V).

Les objectifs traditionnels d'exploitation prenaient peu en compte la production laitière des troupeaux et rarement la production de viande; les critères de sélection retenus pouvaient être la taille des cornes (Burundi) ou la couleur de la robe (Burkina Faso, Niger). C'est seulement depuis 10 ou 15 ans, avec l'intensification des échanges marchands et la très forte croissance démographique - et son corollaire l'explosion urbaine générale dans toute l'Afrique que les éleveurs d'un côté et de l'autre les responsables économiques - privés ou publics - ont ressenti le besoin d'organiser, d'améliorer, d'encourager la production laitière dans un double souci d'approvisionnement des populations urbaines et de développement rural. Mais les filières Lait qui se sont mises en place spontanément pour répondre à la demande n'ont pas toujours entraîné les effets escomptés, particulièrement en amont où la productivité reste médiocre. Pour pallier cette insuffisance, il a été fait largement appel aux importations qui aujourd'hui couvrent une bonne partie d'une demande encore trop modeste au regard du minimum souhaitable 5.

5Les recommandations de la FAO et de l'OMS préconisent une consommation de 50 kg/hab/an d'Équivalent-Lait.

Or, le potentiel bovin de nombreux pays d'Afrique 6 devrait pourtant aboutir à une bonne adéquation entre l'offre et la demande de lait et produits laitiers: l'étude des filières Lait menée dans six pays africains à la demande de divers organismes doit constituer une base solide pour la recherche de cette adéquation et ainsi envisager l'avenir en terme de sécurité alimentaire, sinon d'autosuffisance, au sud du Sahara.

6 32,7 millions de vaches laitières sur tout le continent, soit avec un potentiel encore modeste de 1000 kg/vache/an permettrait à chaque africain de disposer de 50 kg souhaitables.

2.1.3. Les systèmes de production laitière en Afrique

2.1.3.1. Évolution des systèmes de production

Il subsiste actuellement en Afrique un système traditionnel dominant d'élevage bovin aux mains des ethnies qui de tous temps ont eu pour activité principale la conduite de troupeaux: en Afrique de l'Ouest, ces éleveurs appartiennent en majorité à l'ethnie Peul; en Éthiopie, où l'élevage bovin est largement répandu, la tradition la plus forte vient des Ohromos, alors qu'au Burundi il est largement associé à l'agriculture.

La recherche de pâturages reste un objectif primordial pour les conducteurs de troupeaux, recherche qui s'est longtemps traduite par un nomadisme permanent ayant pour aire de développement les immenses zones herbeuses de la savane sahélo-soudanienne ou des hauts plateaux de l'Est. Aujourd'hui le nomadisme recule devant différentes contraintes, et notamment l'effet de l'emprise agricole au Nord et la nécessité d'intégration dans des systèmes agricoles ou agro-pastoraux au Sud 7. La mobilité reste cependant un élément nécessaire à la survie: la transhumance saisonnière (Sahel) ou le déplacement quotidien (Burundi) permet de trouver un minimum de nourriture, lorsque la saison sèche s'installe, ou lors de sécheresses qui poussent inexorablement les éleveurs vers le sud du Sahel ou les fonds de vallées humides. Une évolution des systèmes d'élevage nomades semble nécessaire pour nombre de transhumants: fixation, utilisation de sous produits agro-alimentaires, de co-produits agricoles, de cultures fourragères...

7 Le Mali et le Niger, par exemple, possèdent une tradition nomade fortement représentée par les Touaregs et quelques groupes peuls (Wodaabé); mais la tendance à la sédentarisation est générale, et ancienne. Toutefois, les transhumances sur 200-300 km sont encore fréquentes et ces mouvement appartiennent assurément au phénomène nomadique. Les pratiques liées au nomadisme sont toujours vivaces et restent pour les peuples d'éleveurs la référence dans la conduite des troupeaux, l'utilisation de l'espace et des ressources, etc...

Les sécheresses sévères (1973 en Afrique de l'Ouest), la volonté politique de sédentariser les nomades, le désir pour les pasteurs d'intégrer leurs enfants dans un système agro-pastoral plus porteur d'avenir (éducation, diversification des activités) ont conduit la plupart des nomades à se fixer, la nécessité de transhumer se faisant sur une période plus courte et avec une partie seulement du troupeau (mâles, vaches taries).

En se sédentarisant, les éleveurs ont souvent développé des activités de cultures, alors que parallèlement les agriculteurs ont vu dans les activités d'élevage une possibilité de diversifier leurs productions tout en bénéficiant des animaux comme force de travail et sources d'engrais (fumier).

Mais aujourd'hui la croissance démographique en zone rurale restreint les parcours et pâturages nécessaires aux animaux alors que s'accroît la pression foncière, et l'on assiste à des conflits plus ou moins ouverts entre activités d'élevage et cultures.

A proximité des centres urbains, la demande en produits alimentaires s'est accrue, entraînant un passage progressif des systèmes d'élevage extensif et peu productif vers des systèmes agro-pastoraux plus intensifs, nécessitant une nouvelle approche de la conduite des troupeaux (sélection, complémentation, soins vétérinaires...). Cette intensification s'est développée sous l'impulsion de l'initiative privée (éleveurs urbains et péri-urbains), suivant la volonté des autorités locales (fermes d'État, centres zootechniques...), mais aussi sous la pression des bailleurs de fonds (organisations bi ou multilatérales).

2.1.3.2. Situation actuelle: les systèmes de production

En considérant que le nomadisme pastoral a reculé, on retrouve actuellement 5 systèmes d'élevage en Afrique, dans des proportions variables et avec des modalités locales différenciées.

- Le système pastoral traditionnel!, dans lequel plus de 50 % du revenu brut proviennent de l'élevage, regroupe encore la plupart des troupeaux bovins en Afrique de l'Ouest, en Éthiopie et dans une moindre mesure au Burundi où la pression foncière est la plus forte. La transhumance est encore largement pratiquée pendant la saison sèche: elle concerne alors de grands troupeaux (30 à 150-200 têtes). Au Burundi, ces déplacements se font vers des fonds de vallées humides sur quelques dizaines de kilomètres, où les animaux peuvent bénéficier de pâturages naturels, toujours plus restreints... Ailleurs, ces déplacements se font sur de plus longues distances et durent toute la saison sèche; dans ces cas-là, les animaux profitent de sous-produits ou de résidus de l'agriculture (fanes d'arachides au Sénégal).

La transhumance concerne la partie des troupeaux pour laquelle aucun objectif commercial n'est envisagé à moyen terme. Le système est strictement extensif et la récolte de lait n'est faite qu'à l'usage des bergers et rarement commercialisée.

Les vaches lactantes restent au campement, le lait sert essentiellement à la nourriture du veau et la traite récupérée - souvent une seule fois par jour - est destinée à l'autoconsommation, rarement à la vente. Les bêtes sont de races locales à faible productivité (0,4 à 1,5 l/jour):

- Zébus Peul et Cobra, Taurins N'dama et Baoulé ou croisement entre ces différentes races comme les Djakorés en Afrique de l'Ouest;

- Ankolé au Burundi.

Les animaux sont choisis en fonction de critères morphologiques (robes, cornes), pour leur rusticité, leur résistance à la chaleur, aux maladies endémiques (trypano-résistance des taurins baoulé et N'dama) et la perte de poids en saison sèche.

Les intrants utilisés dans ce système d'élevage extensif se limitent souvent aux produits vétérinaires. Les contraintes rencontrées concernent l'approvisionnement en nourriture et en eau, et de plus en plus, la diminution des parcours et leur dégradation (surpâturage, envahissement par des épineux et herbes indésirables).

La commercialisation du lait issu de ce système pastoral est nulle ou très limitée; seule l'autoconsommation est satisfaite à des niveaux parfois élevés (1/4 litre/personne/jour).

Les investissement - bâtiments - sont faibles, voire inexistants.

- Le système agro-pastoral traditionnel a une double origine:

* sédentaires depuis une ou deux générations, les pasteurs traditionnels ont développé une activité de cultures - essentiellement vivrières - en complément de l'activité d'élevage, il s'agit de Peuls sédentarisés en Afrique de l'Ouest ou des Ohromos d'Éthiopie. La pression démographique en zone rurale et les besoins alimentaires qu'elle engendre condamne à moyen terme les activités de l'élevage extensif nécessitant en moyenne 5 hectares de pâturage par tête de bétail: c'est ce processus qui est à l'origine de la baisse de 50 % des effectifs du troupeau bovin au Burundi en 10 ans; ici, la seule voie pour un développement de la production laitière est donc une intensification de l'élevage sédentaire.

* sont également venus à l'agro-pastoralisme les agriculteurs traditionnels qui ont trouvé dans l'élevage une activité complémentaire peu coûteuse car consommant les co-produits de l'agriculture. Ils y ont trouvé également une force de travail ainsi qu'une source d'amendement organique pour leurs cultures.

Ce système agro-pastoral traditionnel constitue la base la plus solide et la plus large du secteur primaire au Burundi et en Éthiopie. En associant cultures et élevage, les agriculteurs éleveurs reproduisent en Afrique le système polyculture/élevage qui fut largement à la base du développement agricole en Europe.

Les cultures de rente (café, coton..) sont à l'origine des rentrées financières essentielles de l'exploitant. Les cultures vivrières et le lait sont avant-tout destinés à l'autoconsommation.

La conduite du troupeau reste traditionnelle, c'est à dire que sélection, complémentation, infrastructures... sont encore à développer.

- Le système pastoral semi-intensif - dans lequel 10 à 50 % du revenu brut viennent de l'élevage - est né le plus souvent d'initiatives d'origine urbaine. Des commerçants, des fonctionnaires..., toutes catégories socio-professionnelles ayant des revenus satisfaisants se constituent une épargne sous forme de troupeaux: ils achètent des bêtes et les confient à des bouviers qui peuvent ou non associer cette activité à des cultures. Les propriétaires gardent leur activité en ville et sont en général peu soucieux de la productivité laitière de leurs animaux, puisque les critères de rentabilité essentiels pour eux sont la viande... et accessoirement le prestige du nombre de bêtes possédées. Des conflits d'intérêt peuvent parfois apparaître entre propriétaires et bouviers.

Les bouviers utilisent au mieux les possibilités de pâturages et de complémentation obtenues de leurs activités agricoles. Une partie du lait sera commercialisée, d'autant plus facilement que les vaches lactantes resteront dans des enclos proches de la ville alors que le reste du troupeau partira en transhumance en saison sèche: les bouviers, ou des collecteurs, achemineront le lait vers la ville, soit à pied si la distance reste faible, soit en mobylette ou en taxi pour les plus éloignés.

Ce type de troupeau se rencontre fréquemment autour de la plupart des villes. En Afrique de l'Ouest, le bouviers sont des Peuls et dans ce cas ce sont des femmes qui assurent la distribution du lait.

Le système reposant sur l'investissement privé et générant des revenus intéressants pour les bouviers, il s'avère de plus en plus dynamique et pourrait préfigurer les systèmes de production intensive que d'aucuns envisagent de créer autour des centres urbains pour leur approvisionnement en lait et produits laitiers.

Dans le même ordre d'idée, d'une production laitière intensive et rentable permettant d'alimenter un marché urbain proche, il faut citer les groupements de producteurs encadrés. Là aussi, les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances placées dans ce type d'action: quantités collectées trop faibles et/ou diminution par rapport aux objectifs (Faso Kossam à Bobo Dioulasso, Cooplait au Sénégal).

- Les fermes de production laitière en système intensif et les quelques éleveurs propriétaires confiant leur troupeau de taille importante à des bouviers devraient être la réponse pour un approvisionnement sûr et régulier des centres urbains en lait et produits laitiers.

Le plus souvent, ces fermes sont le fruit de l'initiative publique, avec l'aide d'organismes internationaux et d'O.N.G.; elles sont assez largement répandues sur l'ensemble de l'Afrique, mais c'est à l'Est qu'elles connaissent le développement le plus soutenu. Elles sont devenues, seules ou associées à des centres de recherches zootechniques, les lieux privilégiés des essais de croisements soit entre des races locales, soit entre des races locales et exotiques:

* croisements de races locales:

- Azaouak x Taurin Baoulé au Burkina, Zébu Gobra x taurin N'Dama au Sénégal

* croisements races locales x races exotiques tropicales:

- Sahiwal d'origine pakistanaise (Burundi)
- Bramane du Brésil (Burkina)

* croisements races locales x races exotiques européennes, tels que ceux obtenus avec:

- la Brune des Alpes
- la Montbéliarde
- la Frisonne
- la Jersiaise (Sénégal)
- l'Abondance (éco-fermes de Bouaké)

* parfois on peut trouver des fermes exploitant des races pures exotiques:

- Pie Noire en Éthiopie

D'une façon générale, les rendements laitiers de ces fermes à système intensif peuvent apparaître satisfaisants: 6 à 8 litres/V.L./jour avec parfois des résultats de 15 à 20 litres/jour.

Les intrants alimentaires et vétérinaires sont importants; les investissements en bâtiments et matériels sont élevés, le but étant de fournir du lait en quantité et en qualité pour les populations urbaines. Le plus souvent cette production laitière approvisionne - ou devrait approvisionner - une unité de traitement et/ou de transformation du lait (pasteurisation, fabrication de lait caillé, yaourt, beurre, fromage).

Pouvant regrouper plusieurs centaines de têtes et de vaches lactantes, ces fermes laitières enregistrent souvent des résultats économiques décevants: mauvaise gestion, prix de revient du lait trop élevé, fourniture insuffisante à l'unité de traitement, d'où une rentabilité médiocre des investissements entraînant des surcoûts de production - incompatibles avec l'étroitesse du marché solvable susceptible de payer le coût industriel et commercial qui grève le prix final des produits.

- Les élevages urbains et péri-urbains:

Même avec un faible niveau de consommation par habitant, la présence d'une forte population engendre toujours une demande solvable non négligeable. Avec des coûts d'approche minimes, les éleveurs urbains et péri-urbains ont pris position sur ces marchés assurant parfois plus de 50 % de besoins pour les seuls éleveurs urbains (Addis Abeba).

L'objectif de ces éleveurs est une production de lait - frais, mais aussi caillé - destinée à être écoulée en vente directe, souvent en porte à porte, directement par l'éleveur ou par l'intermédiaire d'un collecteur-colporteur; une faible quantité de ce lait est livrée à une unité de traitement là où elle existe, le prix de cession dans ce cas là étant nettement inférieur à celui obtenu auprès de clients fidélisés: abonnés, restaurants, cafés...

L'utilisation d'intrants alimentaires et vétérinaires atteint un niveau relativement élevé. De même la construction d'abris est nécessaire. Les possibilités d'extension de ce type de production sont faibles car la pression foncière est maximale; l'axe de développement doit être recherché dans l'amélioration génétique du troupeau constitué en grande partie de races locales, sous réserve que les problèmes d'alimentation aient été résolus. Toutefois, le souci de sélection existe et les soins apportés à la conduite du troupeau conduisent à des rendements satisfaisants pouvant atteindre 5 à 6 litres/jour/V.L. voire beaucoup plus quand les animaux sont de races exotiques (10 à 15 litres). Ce système d'élevage urbain et péri-urbain se rencontre partout mais la pression foncière tend à l'éloigner du site intra-muros, sauf à Addis Abeba.

Il faut souligner qu'il s'agit rarement d'un système de production spécialisé. Il est souvent associé à d'autres activités: horticulture, activités extra-agricoles...

2.1.3.3. Conduite et gestion des troupeaux

La gestion des troupeaux en Afrique reste fortement soumise à la tradition et à l'expérience séculaire des éleveurs, ce qui peut être considéré comme un atout, mais qui constitue également un frein au développement de la production. Cette tradition et cette expérience sont porteuses de rigidités d'autant plus difficiles à effacer que l'ancrage dans le passé est profond. L'élevage peul, dominant sur toute l'Afrique de l'Ouest - et même en Afrique Centrale - détermine le système de valeur, les structures sociales et le mode de vie de cette ethnie. Le bétail est conduit de façon à lui permettre d'exprimer des performances zootechniques acceptables et exploitables pour la survie du groupe (Châtaignier, CIRES, 1978).

Dans toutes les exploitations traditionnelles on retrouve les races locales - zébus et taurins - choisies en raison de leurs aptitudes à vivre et à se développer dans des conditions climatiques et sanitaires difficiles. La finalité fut longtemps et reste encore une affaire de positionnement social et une forme de capitalisation. La vente des animaux, et encore moins celle du lait, ne correspond pas habituellement à un raisonnement économique rigoureux mais doit permettre de faire face à des besoins exceptionnels (fêtes, mariages) ou quotidiens (achats de tissus, savon, riz...). C'est d'ailleurs le plus souvent aux femmes que revient la charge de commercialiser la part du lait qui n'a pas été affectée à l'autoconsommation. Il existe donc une dissociation entre les fonctions de gestion du troupeau et celles relatives à l'exploitation laitière.

Cette dissociation peut constituer un frein sérieux à l'intensification de la production en lait dans les élevages traditionnels. Parmi ces éléments de cette rigidité nous retiendrons les points suivants:

- une croissance spontanée du troupeau ne laissant aucune place à la sélection génétique; la consanguinité reste forte; une place trop importante est accordée aux animaux non productifs (mâles, vaches taries);

- une utilisation négligeable de la complémentation surtout en saison sèche, complémentation qui n'est d'ailleurs pas toujours disponible;

- une situation sanitaire pas toujours optimale;

- la pratique généralisée d'une seule traite quotidienne;

- une présence prolongée du veau sous la mère, si bien que celui-ci absorbe jusqu'à 60 % du lait produit, ce qui est souvent la condition de sa survie. Dans les grands troupeaux, certaines vaches en production ne sont pas traites;

- un âge au premier vêlage tardif (plus de 3 ans) et des intervalles entre vêlages très longs (450 à 600 jours), imposés par la nécessaire et lente remise en état des mères;

- une durée de lactation réduite à quelque 200 jours, ces derniers facteurs étant principalement liés aux carences hydriques et alimentaires que subissent les animaux.

Ces rigidités technico-culturelles ajoutées aux contraintes climatiques (effondrement de la production en saison sèche) et économiques (difficultés d'écouler le lait en zone rurale) maintiennent la production laitière récupérable pour la consommation humaine à un niveau très bas: de 0,4 l/V.L./jour à 2 l/V.L./jour dans les meilleurs des cas en saison humide. Ce n'est que dans les troupeaux traditionnels urbains et péri-urbains qu'apparaît une maîtrise plus soutenue de la production. Grâce à un recours régulier à la complémentation, surtout en saison sèche, à un certain souci de sélection, à la traite biquotidienne etc., il est possible d'atteindre des rendements honorables de 5 à 6 litres par jour, soit des lactations globales dépassant 1000 à 1200 litres. C'est à Addis Abeba que l'on enregistre les résultats les plus positifs en ce domaine chez des éleveurs urbains et péri-urbains.

En tenant compte de ces résultats, on s'aperçoit que dans son ensemble, les troupeaux bovins des pays africains recèlent L'importants "gisements" de production laitière sous-exploitée. L'encadrement des éleveurs traditionnels conduisant à une gestion plus rationnelle des techniques d'élevage devrait permettre de dégager, là où les conditions agro-climatiques le permettent, des volumes conséquents sans investissement massif: c'est sans doute la voie la plus prometteuse pour asseoir des filières Lait viables en Afrique, mais il faudra également envisager la mise en place des infrastructures nécessaires à la collecte et au traitement du lait.

Quant aux élevages intensifs dans des fermes laitières, les performances zootechniques enregistrées peuvent parfois se comparer aux résultats obtenus dans les pays industrialisés... avec des animaux exotiques. Mais dans ces cas là, les coûts de production sont prohibitifs et les retombées sur le développement rural peu perceptibles.

2.1.4. L'offre de lait local dans les pays africains

Avant d'aborder l'offre globale de lait en Afrique, il nous faut revenir sur l'écueil statistique rencontré dans ce domaine, tant les données obtenues sont disparates et peu précises.

La plupart des auteurs hésitent à avancer des chiffres globaux. Les écarts rencontrés d'une publication à l'autre et sur les séries chronologiques concernant le même pays ne sont pas du domaine de l'incertitude inhérente à toute forme de calcul statistique, mais relèvent le plus souvent d'interprétations et d'extrapolations personnelles très aléatoires.

Cette situation tient essentiellement à la difficulté d'établir des données concernant l'économie laitière en général et à la faiblesse - sinon à l'inexistence - des services statistiques chargés de collecter l'information.

Sur quelles bases peut-on asseoir une analyse de la filière Lait et donc tirer des conclusions et des recommandations satisfaisantes alors même que la plus grande incertitude introduit des distorsions rédhibitoires sur l'ensemble des données chiffrées?

Les séries statistiques les plus fiables dont nous disposons pour les pays africains concernent l'effectif global de bovins, car pour des raisons sanitaires élémentaires chaque animal doit être vacciné donc enregistré, ce qui n'est malheureusement pas toujours le cas. Au-delà nous ne disposons que d'études partielles dont les résultats très significatifs sont toutefois difficilement extrapolables (ex. Debrah S. et Anteneh B. sur les circuits de commercialisation utilisés en Ethiopie. Etude portant sur 173 producteurs de lait. CIPEA, Mars 1992).

En ce qui concerne la production laitière, il faut déterminer le nombre de vaches traites, la quantité récupérée par vache et la destination du lait, ce qui suppose que l'on soit en possession des données suivantes:

- le nombre total de bovins;

- le nombre total de femelles;

- le nombre de femelles de plus de 4 ans donc ayant au moins un veau;

- le nombre de vaches en lactation à un moment donné et en moyenne annuelle car, contrairement à ce qui se passe dans les pays industrialisés, les espaces inter-vêlages dépassent largement un an (jusqu'à 600/680 jours en Afrique) et les durées de lactation couvrent une période relativement courte: 200 jours en moyenne, période interrompue le plus souvent par la saison sèche;

- le nombre de vaches traites, car une partie importante des vaches en lactation sont seulement allaitantes;

- le nombre de vaches taries;

- le nombre de vaches de réforme.

Il existe donc une grande diversité de situation pour les vaches et d'après plusieurs auteurs on peut estimer que le nombre de vaches traites représente 12 à 15 % du troupeau bovin.

En ce qui concerne la production moyenne par vache traite, il faut pouvoir faire la ventilation entre la quantité prélevée par le veau - il s'agit forcément d'une estimation - et la part qui reste pour la consommation humaine. Les nombreuses études réalisées à ce niveau indiquent généralement une production laitière faible pour les races locales - de l'ordre de 0,5 à 1,5 Kg/V.L./jour dans les systèmes traditionnels; de 2 à 6 Kg/V.L./jour dans les systèmes intensifs péri-urbains à partir de croisements divers (locaux et exotiques) pour arriver à des performances proches de celles des pays industrialisés - 5 à 20 Kg/V.L./jour - dans les fermes laitières spécialisées où la sélection s'opère toujours à partir de races exotiques.

L'immense majorité des systèmes pastoraux et agro-pastoraux se rattache encore au 1er groupe si bien que pour l'ensemble des pays étudiés, la production disponible pour l'alimentation humaine ne dépasse pas 300 kg/V.L./an en moyenne.

Enfin, lorsque le lait est produit, il faut connaître son utilisation et surtout déterminer s'il est destiné à l'autoconsommation ou bien s'il est commercialisé. En zone rurale, des agriculteurs non producteurs de lait n'ont pas les revenus suffisants pour acheter du lait; la commercialisation en zone rurale est donc souvent marginale. D'autre part en Afrique de l'Ouest, l'accès aux marchés urbains solvables est le plus souvent impossible dans des conditions acceptables (éloignement, état des pistes...). Il en résulte que le lait produit en Afrique est d'abord destiné à l'autoconsommation, le plus souvent sous forme de lait frais ou de lait caillé; une part plus ou moins importante sera transformée en beurre sous diverses formes: ghee en Afrique de l'Ouest, beurre "humide" (65 % de matière grasse) en Ethiopie, huile de beurre au Burundi. Ainsi stabilisée, une partie de la matière première laitière sera vendue sur les marchés éloignés comme ceux de la capitale (Addis Abeba, Bujumbura). Il en ressort que pour l'ensemble des pays l'autoconsommation représente au moins 50 % de la production récupérable; ce ratio diminue lorsque l'on est proche d'un centre urbain et peut atteindre la totalité de la production en secteur rural très éloigné.

Les tableaux V et VI regroupent l'essentiel des données relatives à la production laitière (lait de vache) récupérable pour la consommation humaine. Vu sous l'angle des disponibilités par habitant, la Côte d'Ivoire (zone humide) et le Burundi (pression foncière) affichent des résultats particulièrement médiocres.

Bien que proches par le climat et les activités traditionnelles d'élevage, le Burkina Faso et le Mali présentent un écart important dans leur approvisionnement local: une politique laitière plus volontariste au Mali peut expliquer cette différence; il n'en demeure pas moins que le niveau global d'approvisionnement reste médiocre et en tout cas bien en dessous des objectifs souhaitables de 50 Kg/hab/an préconisés par la FAO et l'OMS.

Malgré un potentiel élevé dans le secteur de l'élevage, l'Éthiopie ne peut fournir à l'heure actuelle que 16 kg de lait et produits laitiers à ses habitants. Il est cependant permis d'espérer que le rétablissement définitif de la paix dans ce pays va permettre de retrouver les bons niveaux atteints jadis avec près de 30 kg/hab/an. L'Ethiopie devrait ainsi retrouver rapidement sa place parmi les grands pays producteurs de lait en Afrique.

Quant au Sénégal, il possède également de sérieuses bases pour le développement du système agro-pastoral, déjà en forte expansion. Toutefois, aucun des pays étudiés n'a mis à profit le climat socio-économique propice des années 70-80 afin de définir et de soutenir un développement judicieux de la filière Lait tel que cela a été fait dans les pays d'Afrique de l'Est

(Kenya, Tanzanie, Soudan) qui offrent aujourd'hui de 70 à 100 Kg de lait et produits laitiers d'origine locale à leurs populations.

2.1.5. Les bassins laitiers des villes africaines

Lorsque des camions de ramassage assurent, à partir d'une unité de traitement, la collecte de lait, on peut aisément définir un bassin laitier, mais lorsque le système informel assure l'essentiel des approvisionnement d'une cité, cette définition s'avère délicate. Si le marché solvable se montre porteur, les laits et produits laitiers peuvent arriver à la ville sur des distances parfois importantes où tous les moyens de transport sont utilisés: à pied, à vélo, en voiture, camion, train, etc. Le beurre présent sur le marché d'Addis Abéba peut provenir de plus de 150 km: mais dans tous les cas, il est certain que le réseau routier dans un état satisfaisant en toute saison constitue l'élément structurant principal d'un bassin laitier au delà d'une distance pouvant être parcourue normalement à pied dans un délai de 2 à 3 heures. Le lait frais et le lait caillé seront ainsi rassemblés dans un rayon de 5 à 12 km; l'utilisation du vélo, du vélomoteur ou de l'automobile (taxi) porteront ce rayon jusqu'à 35 à 50 km. Au delà les coûts deviennent importants, la collecte porte alors sur des produits de plus forte valeur ajoutée: beurre et très rarement fromage.

Quant à la densité du cheptel laitier présent sur la zone de collecte, elle n'est déterminée qu'à partir d'approximations successives dont les résultats ne coïncident pas toujours avec les volumes de lait exploités dans le bassin et se retrouvant dans la ville.

Ainsi à Bujumbura les quantités semblent surestimées. A l'inverse, les quantités de lait et produits laitiers d'origine locale arrivant sur Dakar sont d'un niveau particulièrement faible - 0,6 kg/hab/an - alors que la région des Niayes, située à 35 km environ de la ville, apparaît comme une zone propice à l'élevage laitier au Sénégal;

Le potentiel d'approvisionnement d'une ville en lait et produits laitiers locaux repose sur le bassin laitier environnant et il importe d'en connaître tous les paramètres: nombre de bovins, de femelles lactantes, performances laitières des animaux, possibilités de pâturages et de complémentation, réserves en eau, réseaux de routes et pistes etc., afin de définir les actions à mener dans le cadre d'une politique laitière cohérente. La méconnaissance, voire l'absence de telles données laissent les décideurs devant des incertitudes majeures. Comment dès lors définir des coûts de production, de collecte? Comment organiser la production, le ramassage, le traitement du lait?

En fonction des données disponibles, on peut seulement avancer que la ville d'Addis Abeba dispose d'un bassin laitier satisfaisant pour l'approvisionnement de ses habitants, mais que pour une large part cet approvisionnement est assuré par le circuit informel, à hauteur de 90 % pour le lait frais. Avec une forte incertitude statistique, des observations identiques peuvent être formulées pour Bujumbura. Ailleurs, l'environnement laitier des grandes villes africaines s'avère très nettement insuffisant pour satisfaire les besoins des populations urbaines en lait et produits laitiers d'origine locale: on reste très éloigné du niveau d'approvisionnement moyen observé en Afrique - 17,5 kg/hab/an- et encore beaucoup plus éloigné du niveau souhaitable préconisé par les organisations internationales.

Les données concernant les bassins laitiers des villes étudiées sont reprises dans les tableaux VII et VIII.

2.1.6. Productivité des troupeaux bovins en Afrique

Dans plus de 90 % des cas, les troupeaux bovins sont menés en Afrique de façon traditionnelle, c'est à dire que la production du lait - et donc la productivité des vaches laitières ne sont pas prises en considération. La sélection y est limitée à l'identification des meilleurs vaches laitières, mises à part du reste du troupeau, mais sans contrôle de la reproduction, et la complémentation reste quasi-inconnue. Les études locales et fragmentaires conduisent toutes à des résultats du même ordre de grandeur que l'on peut regrouper dans le tableau IX.

Il semble que ces résultats soient figés depuis de nombreuses années et que seule l'augmentation en effectifs du troupeau soit à l'origine d'une sensible augmentation de la production dans plusieurs pays (Burkina Faso, Mali). À l'inverse, la baisse des effectifs entraîne une chute de la production au Burundi. L'examen des chiffres de productivité des troupeaux africains aurait dû conduire depuis très longtemps à la définition d'une politique de l'élevage plus cohérente que celle qui a abouti à ces piètres résultats. Or, si le premier chaînon de la filière Lait est ''déficient", l'ensemble de la filière sera plus difficile à mettre en place.

Tableau V: Éléments de la production laitière en Afrique (Données 1991/92)

PAYS

Effectifs de bovins

Effectifs de vaches

Effectif de vaches traites

Production moyenne/V.L/ Lactation
kg

Production destinée à la consommation humaine
T/an

Auto- consommation
T/an

Production commercialisée
T/an

Volume de lait disponible
kg/hab/an

BURKINA FASO

4 100 000

1 640 000

460 000

260 kg

120 000 T

70 000 (60%)

46500 (40 %)

12,6 kg

BURUNDI

450 000

180 000

60 000

275 kg

16 500 T

11 500

5 000

2,9 kg

COTE D'IVOIRE

1 173 000

450 000

100 000

!80 kg

18 000 T

9 000

9 000

1,4 kg

ETHIOPIE

30 000 000

12 000 000

4 500 000

167 kg

752 000 T

500 000 (2/3)

252 000 (1/3)

16,0 kg

MALI

5 197 000

2 070 000

676 000

290 kg

196 000 T

130 000

66 000

23,0 kg

SENEGAL

2 578 000

1 050 000

335 000

480 kg

170 000 T

130 000 T

40 000 T

21,5 kg

AFRIQUE SUBSAHARIENNE(Hors R.S.A.)

85 000 000

32 700 000

25 600 000

356 kg (hors R.S.A.)

9 123 000 T

-

-

17,5 kg

D'après GRET

- faible variation saisonnière en Ethiopie car saisons des pluies assez longues

- production laitière en Ethiopie estimée à 595 000 T en 1985 et 782 000 T en début des années 60. La situation intérieure chaotique pourrait expliquer cette chute, mais c'est surtout au niveau de l'approvisionnement des centres urbains que la diminution a été sensible.

- une baisse sensible de la production a également été enregistrée au Burundi: la réduction du cheptel (-50% en 10 ans) due à la pression foncière et les troubles ethniques expliquent largement cette baisse qui ne laisserait pas plus de 2 kg/hab/an de LPL en milieu rural à l'heure actuelle.

Tableau VI: La production laitière en Afrique subsaharienne (lait de vache)


1961

1974

1989

1992

% de croissance 1989/61

Nombre de vaches laitières (1000)

12 586

14 888

23 244

25 600

+ 84 %

Production/V.L./an kg

298 kg

305

353


+ 18 %

Production totale lait de vache T/an

3 748 000

4 545 000

8 208 000

9 123 000

+119 %

Disponibilité par hab/an kg

16,5 kg

16 kg

17 kg

17,5 kg

+ 5,7 %

Sources:

- 1961/1974/1989: Shapiro K., Jesse E., Foltz E., Foltz J.
- 1990-1992: Etudes GRET/estimations

N.B.: en 1961, sept pays se partageait 71 % de la production en Afrique subsaharienne: le Nigéria, l'Ouganda, la Tanzanie, Somalie, Ethiopie, Soudan et Kenya; en 1989, ces sept pays ont augmenté leur production de 144 % par rapport à 1961 (+ 3,5 %/an en moyenne) et totalisaient 80 % de la production en Afrique subsaharienne; le Kenya triplait sa production sur la même période et offrait près de 100 kg de lait/hab/an à la population du pays alors que pour l'ensemble de la population subsaharienne, en croissance de près de 3 % en moyenne, la disponibilité de lait local évoluait à peine (16,5 kg à 17,5 kg de 1961 à 1988).

Tableau VII: Le bassin laitier des villes africaines (bilan journalier en l/j)

PAYS

Rayon d'approvisionnement

Quantités journalières arrivant sur la ville

Nombre de producteurs dans les différents systèmes

Quantités livrées par:



Saison humide

Saison sèche

Éleveurs ruraux

Éleveurs urbains et péri-urbains

Fermes laitières

TOTAL

Circuit informel

Circuit moderne + unité de traitement

Bobo-Dioulasso (Burkina-Faso)

35 km

2 000 l/j

700 l/j

oui

oui

-

1 750 l/j

1 500 l/j

250 l/j

Bujumbura (Burundi)

70 km

34 400 l/j

13 600 l/j

2 000

200 à 300

8 500 T?

23 500 l/j

13 500 l/j

10 000 l/j

Korhogo
(Côte d'ivoire)

40 km

2 500 l/j

1 000 l/j

oui

oui

-

1 950 l/j

1 950 l/j

-

Bouaké
(Côte d'Ivoire)

30 à 35 km

900 l/j

1 200 l/j


oui

8 éco-fermes

1 100 l/j

1 100 l/j

-

Addis Abéba
(Ethiopie)

jusqu'à 170 km

- assez équilibré -

pour le beurre

dominants

9 fermes d'état

98 000 l/j

87 000 l/j +

11 000 l/j


pour le beurre






+ 102 000 l/j

102 000 l/j


Bamako (Mali)

100 à 160 km

10 000 l/j

5 000 l/j

oui

oui

-

8 000 l/j

3 500 l/j

4 500 l/j

Dakar (Sénégal)

35 à 50 km

1 500 l/j

4 500 l/j

Dominants

-

-

3 000 l/j

3 000 l/j

-

D'après GRET

N.B.: de nombreuses données chiffrées de ce tableau sont des estimations basées sur les volumes enregistrés au cours des enquêtes

Sur Addis-Abéba, il y a un apport quotidien de 98 000 I de lait (frais + caillé) et 102 000 I d'EqL de Beurre (15,2 T/j) soit un total de 200 000 l/j EqL ou encore 72 000 T EqL/an

Tableau VIII: Le bassin laitier des villes africaines (bilan annuel en tonnes)

PAYS

Régions d'approvisionnement

Rayon d'approvisionnement habituel

Nombre de bovins

Nombre de V.L. traites

Production de la zone
T/an

Quantités acheminées sur la ville
T/an

Quantités disponibles kg/hab/an

Nombre de troupeaux (éleveurs, parcs...)

Bobo-Dioulasso (Burkina-Faso)

Nord de la ville

35 km

35 000

7 700

950 T

600 T

2 kg

800

Bujumbura (Burundi)

Plaine de l'Imbo km

60 000?

12 à 18 000

8 500 T?

8 500 T?

31 kg?

1 300 à 2300?


Korhogo
(Côte d'ivoire)

Pourtour de la ville

40 km

n.c.

n.c.

1 500 T?

700 T

4,8 kg

500 à 700 "parcs"

Bouaké
(Côte d'Ivoire)

N.E. de la ville

30 à 35 km

13 500

3 300

1 000 T

400 T

1,8 kg

763

Addis Abéba

Prod. urbaines et

jusqu'à 170 km

n.c.

n.c.

71 300 T

72 000 T

28,8 kg

1 400 ruraux

(Ethiopie)

péri-urbaines pour le lait

pour le beurre







Bamako (Mali)

Kati, Dialakoraba

100 à 160

18 000

2 700

5 200 T

2 960 T

3,5 kg

1 000 à 1 200

Dakar (Sénégal)

Région des Niayes

35 à 50 km

20 000

5 000?

1 500 T?

1 050 T

0,6 kg

760


La Petite Côte








d'après GRET

N.B.:

- Bujumbura: 17 200 l/j en saison sèche; 500 à 1 000 l/j importés du Zaïre. La capitale absorberait plus de 50 % des LPL du pays.
Le nombre de vaches est peu réaliste en fonction des volumes de lait annoncés

- Addis Abéba: peu de renseignements exploitables sur le bassin laitier. Le beurre peut venir de points éloignés de 170 km. Le coefficient de conversion pour le bourre a été pris à 6,6 sur 40 500 T d'EqL, 5 500 T viennent du beurre.

- Bamako: 40 % de vaches de moins de 4 ans dans le troupeau autour de la ville.

Tableau IX: Éléments synthétiques de la productivité des troupeaux bovins en Afrique

90 à 95 % des animaux sont de races locales ou croisement de races locales

Production journalière pour la consommation humaine

Production totale en kg pour lactation

Durée de lactation (en jours)

Age au 1er vêlage (en mois)

Espace intervêlage(en jours)

Age de réforme (années)

% de vaches traites au sein du troupeau

- Races locales:








Zébu Peul, Taurin N'Dama Zébu Gobra, Maure, Ankolé, etc...

1 à 2 kg/j en saison humide

150 à 300 kg

170 - 200

44 à 53

500

13

12 à 15 %


0,4 à 1 kg en saison sèche







- Races locales sélectionnées:

2 à 4 kg/j

600 à 800 kg

200 - 250

38 à 45

450

13,5

20 %

Zébu Azaouack








- Croisements races locales x races exotiques europ.:








Frisonne, Montbéliarde, Brune des Alpes, Abondance, Jersiaise etc...

3 à 6 kg/j

500 à 1 200 kg

200 - 250

36 - 40

400

450

11









- Croisements races locales x races tropicales:

1,5 - 3 kg/j

200 à 500 kg

180 - 220

44 -50

480

13

20 à 25 %

Sahival, Djakoré








- Races exotiques pures:

6 à 15 kg/j

1500 à 5000 kg

200 - 250

28 - 36

380 - 420

< 10

30 à 45 %

Frisonne, Jersiaise








- Éco-fermes de Bouaké

3,5 à 8,9 kg/j

800 - 2300 kg

135 - 267

n.c.

321+33

n.c.

n.c.

Études GRET

N.B.:

- Généralement le veau prélève plus de 50 % de la production effective.
- le % de vache traites dépend surtout de la taille du troupeau. Ce ratio augmente quand l'effectif baisse.

2.2. Les importations de lait et produits laitiers en Afrique 8

8 Voir à ce sujet le document du CIPEA n°17: "Les importations laitières en Afrique subsaharienne: problèmes, politiques, perspectives" par Valentin H. Von Massow.

2.2.1. Considérations générales

Entre 1960 et 1970, la valeur des importations de lait et produits laitiers est passée de 43 millions USD à 113 millions pour se hisser à 680 millions USD en 1980. A cette date, l'Afrique subsaharienne a consacré aux importations de lait et produits laitiers environ 5 % de ses recettes d'exportations de produits agro-alimentaires. En volume, son maximum a été atteint en 1981 avec 2,25 millions de tonnes EqL d'importations (V.H. Von Massow). Depuis cette date, les volumes d'importations ont baissé en Afrique de l'Est par suite d'une augmentation de l'approvisionnement local, et parfois de problèmes économiques, alors qu'ils continuaient de croître en Afrique de l'Ouest. Mais les difficultés économiques rencontrées à partir du milieu des années 80 ont entraîné aussi une baisse des importations dans cette partie de l'Afrique (Côte d'Ivoire entre autres), et à n'en pas douter, la forte dévaluation du FCFA en janvier 1994 va également jouer à la baisse des importations de lait et produits laitiers dans les pays de la zone franc. Parallèlement les politiques de maîtrise de la production laitière dans les pays industrialisés devrait entraîner une baisse de l'offre mondiale de lait et produits laitiers et donc une hausse des prix rendant l'accès à ce marché encore plus difficile pour les pays africains. Si dans un premier temps l'aide alimentaire peut éventuellement prendre le relais des fournitures de lait et produits laitiers à l'Afrique, le moment est assurément opportun pour définir une vigoureuse politique de relance de la production locale qui à long terme doit supplanter les importations: le potentiel d'élevage bovin de nombreux pays doit apporter une réponse positive à ce problème.

Il est cependant prévisible que les zones équatoriales humides (Côte d'Ivoire mais aussi Sierra Leone, Libéria, Guinée, Gabon) continueront pour un certain temps d'avoir recours au marché mondial pour assurer un approvisionnement satisfaisant de leurs populations. De même, au Nord de la zone sahélienne, la dégradation constante des conditions géo-climatiques laisse planer une lourde incertitude sur un fort développement de l'élevage laitier: là aussi, les importations de lait et produits laitiers constituent la seule réponse possible à court terme pour satisfaire les besoins des populations concernées.

2.2.2. Évolution des importations de lait et produits laitiers

Les situations sont sensiblement différentes d'un pays à l'autre, mais pour les dernières années connues statistiquement, après une augmentation constante jusqu'aux environs de 1985, on assiste à une stagnation, voire une diminution des importations pour les périodes les plus récentes.

Les pays à monnaies non convertibles (Ethiopie et Burundi) ont un niveau d'importations faible: la situation exacte n'est pas connue pour l'Ethiopie alors que pour le Burundi, il semblerait que les courants d'importations illégales puissent représenter 40 % des approvisionnements extérieurs du pays en lait et produits laitiers.

Par contre, dans les pays de la zone FCFA, on constate le maintien. des volumes des importations de 5 milliards de FCFA pour le Burkina Faso et le Mali à 10/12; milliards pour la Côte d'Ivoire et le Sénégal en moyenne au cours de ces dernières années. Ces deux pays ont les taux d'urbanisation les plus élevés relevés dans cette étude (35 - 40 %) et les importations de poudre de lait servent pour une bonne part à approvisionner des unités locales travaillant à partir de lait reconstitué.

Les programmes d'ajustement structurel (PAS) et la crise économique ont eu pour conséquence depuis quelques années une baisse sensible du niveau de vie et de la consommation observée pour la plupart des pays. Une très forte diminution des importations commerciales va avoir lieu dans les pays de la zone franc et l'aide alimentaire est parfois envisagée - malgré son impact souvent négatif sur la production locale - pour compenser durant de longues années les aléas nés de cette dévaluation. Les conséquences à long terme sont difficiles à cerner, pour des populations habituées aux situations délicates, mais sachant faire preuve de remarquables capacités d'adaptation face à ces situations (économie informelle).

2.2.3. Composition des importations de lait et produits laitiers par pays

La multiplicité des données rend difficile une synthèse de l'évolution des importations par produits: en fait la composition des approvisionnements extérieurs est relativement stable: les habitudes prises vis à vis du lait et des produits laitiers importés, les structures d'importation mises en place, la nécessité de fournir les matières premières aux unités de reconstitution de lait etc. font que la ventilation des divers produits laitiers au sein des importations varie peu. Seules des actions spéculatives menées par les importateurs peuvent créer quelques mouvements erratiques dans les achats de lait et produits laitiers sur divers marchés: reconstitution de stocks, ruptures "calculées" des approvisionnements, arrivées massives de tel ou tel produit (suite à des ventes de dégagements de producteur (ex. 350 T de fromages importées au Burundi en 1979) etc.

Tableau X: Evolution des importations de lait et produits laitiers dans 6 pays africains


BKF

BUR

C.I.

ETH.

MALI

SNG

Importations en Volume







(T)

n. c.

451

n. c.

n. c.

6 927

22 804

1989

9 906

1 258

n. c.

n. c.

11 234

23 655

1990

n. c.

1 224

27 911

n. c.

11 194

25 046

1991

n. c.

1 310

n. c.

n. c.

9 730

29 165

1992



Etude




Remarques:



non réalisée




Importations en m.T.







EqL:

69,0

n. c.

227,7

n. c.

28,9

147

1989

55,3

n. c.

182,6

n. c.

49,2

156

1990

n. c.

n. c.

217,9

n. c.

46,0

170

1991

n. c.

9 624

n. c.

n. c.

48,5

203

1992







Remarques:

93,9 en 1980

40%= imp. illégales

Coef. de conv. inadaptés




Importations en valeur:

Mds FCFA

M. FBU

Mds FCFA

M. Birrs

Mds FCFA

Mds FCFA

1989

3,4

165

21,6

n. c.

3,30

n. c.

1990

4,7

333

13,0

n. c.

6,27

n. c.

1991

n. c.

244

13,3

n. c.

5,25

n. c.

1992

n. c.

n. c.

n. c.

n. c.

4,98

10

Remarques:

5,4 (86)

340 en moy. sur 85/88


Négligeable?


environ

d'après GRET

Importations laitières au Burkina Faso

Les dernières statistiques disponibles sont celles de 1990.


en Tonnes de Produits

en Equivalent/lait

- Poudres

1 509 T

11 468 T EqL

vrac

(1 112)


autres

(397)


- Laits concentrés:

7 621 T

15 242 T EqL

sucré

(6 362)


non sucré

(1 259)


- Lait liquide

135 T

135 T EqL

- Fromages

88 T

387 T EqL

- Beurre

410 T

2 706 T EqL

- Yaourt

29 T

29 T EqL

- Autres

114 T

2 278 T EqL

TOTAL

9 906 T

30 195 T EqL 9

9 Ce total représente un écart important avec la série chronologique exprimée en EqL car les coefficients de conversion utilisés ne sont pas les mêmes...!

Sur Bobo-Dioulasso, les importations représentent 6 405 T EqL avec les produits suivants:

- Poudres

350 T

2 660 T EqL

- Concentrés

1 350 T

2 700 T EqL

- Autres LPL


1 045 T EqL



6 405 T EqL

Ces produits importés assument 93 % des approvisionnements de la ville et donnent une consommation de 20 Kg/hab/an.

Au Burkina Faso, la poudre de lait représente 38,2 % des approvisionnements extérieurs et les laits concentrés 50,8 %. Sur Bobo-Dioulasso ces deux produits totalisent chacun quelque 40 % des importations.

Importations Laitières au Burundi

Les statistiques officielles ne couvriraient que 60% des approvisionnements du pays. D'autre part, Bujumbura absorbe 90% des importations enregistrées.

Pour 1992, les chiffres des douanes sont les suivants:


en Tonnes de Produits

en Equivalent/lait

- Poudres

1 195 T 10

9 082 T EqL

* aide alimentaire

(970)


* ventes commerciales

(190)


* traités en usine

(150)


- Laits concentrés

10 T

20 T EqL

- Lait liquide

21 T

21 T EqL

- Fromages

15 T 11

66 T EqL

- Beurre

66 T

435 T EqL

TOTAL

1 307 T

9 624 T EqL

Sur Bujumbura, ces importations donnent un approvisionnement de 8 661 T EqL par an, soit 31,5 kg/hab/an/. Pour le Burundi, la poudre de lait représente 94,3 % des approvisionnements extérieurs - officiels -.

10 La ventilation par poste d'utilisation donne 1 310 T de poudres.
11 Il y aurait environ 40 T/an de fromages qui proviendraient du Zaïre

Importations laitières en Côte d'Ivoire

Le niveau des importations est comparable à celui du Sénégal, mais la Côte d'Ivoire ne possède pas de bassins laitiers à proximité des centres urbains de la Côte. Les approvisionnements extérieurs couvrent 92 % des besoins.

Pour 1991, la ventilation des importations est la suivante:


en Tonnes de Produits 12

en Equivalent/lait

- Poudres

14 865 T

112 974 T EqL

* vrac

(13 810)


* autres

(1 050)


- Laits concentrés:

7 620 T

15 240 T EqL

* sucré

(4 810)


* non sucré

(2 810)


- Beurre

1 056 T

6 970 T EqL

- Huile de beurre

775 T

5 115T EqL

- Fromages

1 056 T

2 024 T EqL

- Lait liquide

2 842 T

2 842 T EqL

- Crème

137 T

274 T EqL

- Yaourt

157 T

157 T EqL

TOTAL

27 911 T

145 596 T EqL

12 Nous avons appliqué ici les coefficients de conversion préconisés par la FAO, ce qui peut introduire des différences sensibles avec les séries chronologiques calculées avec d'autres coefficients.

Environ 40 % des tonnages de poudre sont destinés à des unités de lait reconstitué, ce qui représente près de 30 % des Equivalents-Lait. Les importations fournissent 11,0 kg d'EqL/hab/an pour l'ensemble du pays.

Les zones urbaines côtières absorbent la plus grande partie des laits et produits laitiers importés et les quantités se retrouvant sur Korhogo et Bouaké restent modestes. De plus, il existe à partir d'Abidjan un flux de réexportations vers le Togo, le Burkina Faso et vers le Liberia pour la poudre de l'aide alimentaire.

- Les produits importés sur Korhogo:

L'étude réalisée sur la ville donne un flux moyen de 4 700 T EqL par an sur Korhogo soit 32,4 kg/hab/an.

- Les produits importés sur Bouaké:

Le flux moyen de produits importés sur Bouaké est de l'ordre de 7 850 T/EqL ou dont l'essentiel sous forme de poudre ou de produits obtenus avec de la poudre dans les unités travaillant du lait reconstitué à Abidjan. La consommation de lait et produits laitiers ressort à 17 kg/hab/an.

Pour l'ensemble de la Côte d'Ivoire la poudre de lait représente 77,6 % des approvisionnements extérieurs.

Importations laitières au Mali

Dans la pensée des planificateurs maliens, les importations doivent permettre l'apport aux populations urbaines des produits considérés comme de première nécessité. Sous forme de poudre essentiellement, ces laits et produits laitiers importés doivent également servir de base à une industrie laitière capable d'élaborer des produits diversifiés et de qualité.

Actuellement, 60 % des approvisionnements extérieurs restent sur la ville de Bamako. Pour 1992, les statistiques recueillies donnent les résultats suivants:


en Tonnes de Produits

en Equivalent/lait

- Poudres

5 207 T

39 573 T EqL

- Laits concentrés

5 190 T

10 380 T EqL

- Lait liquide

100 T

100 T EqL

TOTAL

10 497 T

50 053 T EqL

Sur Bamako:

- Poudres

23 742 T

- Laits concentrés

5 307T

- Lait liquide

90 T

TOTAL

39 139 T

ce qui donne une consommation moyenne de 41,2 kg/hab/an de produits importés.

Au Mali, les approvisionnements extérieurs sont surtout le fait de la poudre de lait qui couvre 79,1 % des apports.

Importations laitières au Sénégal

Avec le port de Dakar, le Sénégal possède une large porte ouverte sur le monde extérieur. Les importations alimentaires sont incontournables pour nourrir une population urbaine en pleine expansion.

Pour 1992, les importations de lait et produits laitiers ont été les suivantes:


en Tonnes de Produits

en Equivalent/lait

- Lait liquide (UHT)

1 437 T

1 347 T EqL

- Laits concentrés

434 T

868 T EqL

- Poudres

22 298 T

169 465 T EqL

- Beurre

4 180 T

27 588 T EqL

- Fromages

465 T

2 046 T EqL

- Huile de Beurre

321 T

2 188 T EqL

TOTAL

29 165 T

203 432 T EqL

Au Sénégal, une partie des importations de lait et produits laitiers sert à alimenter des unités de lait reconstitué, alors qu'un flux de réexportations est observé vers le Mali, la Gambie, la Guinée. Mais on peut estimer que 45 % des importations de lait et produits laitiers restent sur l'agglomération de Dakar soit environ 92 000 T EqL ce qui donne 53 kg/hab/an.

En moyenne, les poudres de lait représentent 83 % des approvisionnements extérieurs du Sénégal en lait et produits laitiers.

Sans la crise économique qui frappe plus particulièrement l'Afrique, les importations de lait et produits laitiers auraient dû continuer de croître au rythme soutenu du développement urbain. Le coup d'arrêt observé depuis la fin des années 80 va se traduire par une baisse très nette des importations après la dévaluation du FCFA. Or, l'approvisionnement des villes en lait et produits laitiers repose dans de très fortes proportions sur les importations (cf tableau XI) surtout en Afrique francophone où l'on atteint en moyenne 95 % de dépendance des centres urbains pour leurs besoins en lait et produits laitiers: l'effondrement des importations que devraient entraîner la dévaluation n'est pas supportable, d'autant que la filière lait en poudre 80 % en moyenne des approvisionnements en lait et produits laitiers sont effectués sous cette forme - est à la base d'une forte activité tant formelle - unités de lait reconstitué - qu'informelle: ce sont donc aussi des milliers d'emplois et de sources de revenus qui seraient remis en cause par l'arrêt ou même une forte baisse des importations de poudre: les mesures d'accompagnement de la dévaluation devraient probablement comprendre des livraisons de poudre de lait pour une durée importante (5 à 10 ans), car les ressources locales actuelles sont incapables de se substituer aux importations. Mais il sera nécessaire d'en apprécier correctement l'impact à terme sur la production locale. De plus, pour les régions où la production locale restera insuffisante ou impossible, les importations resteront un passage obligé pour satisfaire la demande locale en lait et produits laitiers.

Tableau XI: Place des importations dans l'approvisionnement et la consommation de L.P.L dans les villes africaines


Importations de LPL dans le pays

Part restant sur la ville %

Importations dans la ville

Part de la poudre de lait dans importations

Consom. En kg/hab/an de produits importés

Rappel de la consom. de LPL d'origine locale kg EqL

Consom. TOTALE

Part des produits importés dans consom.

Rappel population de la ville


T

EqL


T EqL




kg/hab/an



Bobo-Dioulasso

9 906

30 195

21,2 %

6 405

50 %(1)

20,1

2

22,1

91 %

320 000

Bujumbura

1 307

9 624

90 %

8 661

94 %

31,5

31

62,5

51 %

275 000

Korhogo

27 911

145 596

3 %

4 700

78 %

32,4

4,8

37,2

87 %

145 000

Bouaké

27 911

145 596

5 %

7 850

78 %

17,0

0,8

17,8

95 %

460 000

Bamako

10 497

50 053

60 %

39 139

79 %

41,2

3,5

44,7

92 %

950 000?

Dakar

29 165

203 432

45 %

92 000

83 %

53,0

0,6

53,6

98 %

1 735 000

Études GRET

REMARQUES:
(1) Valable pour la ville de Bobo-Dioulasso; pour l'ensemble du pays, la poudre représente 38 % des approvisionnements en LPL

(2) La place des importations en Éthiopie semble être négligeable. Donc, près de 100% des LPL consommés sur Addis Abéba sont d'origine locale. Rappelons que la consommation sur cette ville est de 28,5 kg/hab/an (en appliquant les coefficients de conversion de la FAO, c'est à dire 6,6 pour le beurre)

2.2.4. Régime des importations, taxations

Après les indépendances, nombre de pays africains ont choisi de construire leur économie sur la base de la planification, imposant une limitation administrative aux importations, mais même dans le cadre du libéralisme, des licences et des quotas d'importations ont été imposés pour limiter les sorties de devises mais surtout pour protéger des industries locales naissantes: c'est la raison essentielle évoquée en Côte d'Ivoire au Mali, ou au Sénégal. En ce qui concerne la filière Lait, le fonctionnement des unités industrielles reposait largement sur l'emploi de la poudre de lait importée. Mais le déclin et/ou l'abandon de l'économie planifiée dans de nombreux pays dans le monde sont à l'origine d'une libéralisation des importations de lait et produits laitiers pour les pays africains: ainsi le rôle de la SOMIEX au Mali en 1988, comme celui des groupements de commerçants ou de coopératives au Sénégal depuis 1987, a été supprimé et les importations sont libres; seule la Côte d'Ivoire maintient un système de quotas d'importation en faveur des transformateurs locaux.

Ce libéralisme va dans le sens des règles du commerce international (GATT) mais il permet surtout d'assurer un approvisionnement satisfaisant des populations urbaines à travers les lois du marché, alors que la réglementation bureaucratique allongeait les délais et entraînait l'ensemble de la filière à des manoeuvres spéculatives génératrices de corruption. L'abandon des barrières administratives à l'importation n'a pas été compensée par une augmentation des tarifs douaniers, bien au contraire: la tendance générale est à la baisse des droits de douane et autres taxes frappant le lait et les produits laitiers à leur entrée dans les différents pays. Perçus jusqu'au milieu des années 80 comme une source non négligeable de rentrées fiscales, les droits à l'importation ont été ensuite considérés comme une cause de renchérissement du lait et des produits laitiers affectant les plus démunis; c'est pour cette raison d'ailleurs que les bases de taxation dans les pays de la zone franc reposaient sur les mercuriales, d'une valeur plus faible que le prix CAF, pour éviter des droits de douane trop élevés. L'utilisation des mercuriales correspondait à une subvention aux produits jugés de première nécessité.

La modernisation des instruments fiscaux et une meilleure approche de la réalité économique sont à l'origine de l'abandon des mercuriales, mais cette évolution n'a pas toujours entraîné une hausse massive des droits de douane car si la base d'imposition a fortement progressé, par contre, les taux ont baissé. Seul le Burundi conserve des droits élevés (40 % + 19 %) ce qui favorise un fort marché parallèle transfrontalier (40 % du volume des importations!) tant il est vrai qu'en Afrique, la notion de frontière nationale est chose abstraite pour les gens de la même ethnie vivant de chaque côté de cette frontière.

Tableau XII : Régime des importations - Taxations


Régime des importations

Droits de Douanes et Autres Droits à l'importation



Bases de taxation

Date du dernier changement

Tarifs sur la poudre vrac:





avant changement

après changement

Burkina Faso

Libre

Mercuriales jusqu'en 1992 Depuis 1993: CAF

1/1/93

24 % sur mercuriales

D. D. 5 % sur CAF +6 % autres droits

Burundi

Libre

CAF

1987

100 %

D.D. 40 % sur CAF +19 % autres taxes soit au total: 65 %

Côte d'Ivoire

Quotas d'importation pour laits concentrés

CAF

29/9/93

?

D.D.: 23,5 % Autres produits: 33,5 %

Ethiopie

n.c.

n.c.

n.c.

n.c.

D.D. n.c.

Mali

Libre depuis 1988 pour importateur agréé

Mercuriales jusqu'en 1991 CAF depuis

1991

80 %

D.D. 6 % - TVA 10 % - IAS 11 %65 % pour le beurre

Sénégal

Libre depuis 1977

Mercuriales

1990

jusqu'à 72% dont 30% DF

D.D. 15 % - DF supprimé - TVA 7 % soit au total 23 %

d'après GRET

- D.D.: Droits de Douane
- D.F.: Droits fiscaux; I.A.S.: Impôts sur les Affaires et les Services
- T.V.A.: Taxe à la Valeur Ajoutée
- C. A. F.: Coût/Assurance/Fret
- Mercuriales: de 60 à 120 FCFA/kg de poudre vrac (lait entier)

2.2.5. L'aide alimentaire

Soumise de manière chronique à des calamités climatiques - sécheresse en particulier ou à des désordres socio-politiques de grande ampleur (Ethiopie, Soudan, Angola, Burundi, etc.), l'Afrique doit faire appel régulièrement à l'aide alimentaire internationale pour éviter - ou seulement limiter - les conséquences humaines de ces dérèglements. Plus généralement, la malnutrition touche encore de nombreux pays du continent et entraîne un besoin régulier d'envois alimentaires vers les régions les plus touchées. L'inexorable croissance démographique de la région fait de l'aide alimentaire une action permanente des pays industrialisés vers les pays africains. Ainsi, dans de nombreux pays, le PAM avait organisé une distribution régulière de lait dans les établissements scolaires permettant d'offrir à chaque enfant un apport minimum de protéines animales qui font le plus défaut en Afrique. Mais les difficultés d'approvisionnement nées de la maîtrise de la production laitière par les pays industrialisés depuis une dizaine d'années (1984 dans la CEE) ont diminué les disponibilités en poudre. D'autre part, les difficultés d'acheminement ont également contribué à freiner cette offre. Enfin, une fois sur place, ces produits alimentaires - dont la poudre de lait - sont l'objet de spéculations et de manipulations mercantiles qui ont peu à peu découragé les donateurs et les ont amenés à interrompre leurs envois.

Dans tous les pays étudiés, l'aide alimentaire a considérablement baissé depuis quelques années. Le Burundi a reçu environ 970 T de poudre au titre de l'aide alimentaire en 1992 contre 2700 T en 1998; le Burkina Faso a enregistré 319 T en 1992 soit seulement 8 % d'EqL importés.

Au Mali, le PAM a fourni la poudre et l'huile de beurre nécessaires au fonctionnement de l'unité laitière de Bamako depuis 1984. Les recettes générées par la production devaient permettre à l'ULB de renforcer son approvisionnement en lait frais local; la CEE a pris le relais du PAM et a fourni jusqu'à 800 T de matières premières (600 T de poudre et 200 T d'huile de beurre). Mais devant l'échec du schéma prévu, l'ULB ne reçoit plus de produits au titre de l'aide alimentaire depuis 1990. Seuls subsistent au Mali quelques dons effectués par les ONG (Secours Catholique pour 120 T, World Vision pour 130 T en 1992, Caritas, etc.).

Au Sénégal, l'aide alimentaire représente environ 1050 T en 1992, soit 4,7 % des approvisionnements extérieurs. En Ethiopie, ces dons semblent avoir disparu, alors qu'en Côte d'Ivoire ils représentent environ 1000 T/an et sont destinés aux réfugiés du Liberia; cette aide devrait prendre fin en 1994. Seules quelques ONG qui contrôlent cette aide jusqu'à son utilisation finale participent encore à cette forme de solidarité envers les habitants les plus défavorisés. Actuellement certains envisagent le recours à une aide alimentaire massive.... jusqu'à ce que la production locale ait pris le relais: c'était déjà objectif de la création de l'ULB (Bamako, Mali) et des dons du PAM qui l'avaient accompagnée!

2.2.6. Origine des importations

L'Afrique francophone, correspondant grossièrement à la zone franc, constitue un véritable marché réservé pour les industriels laitiers français qui occupent environ 50 % des marchés sénégalais et ivoiriens à l'importation de lait et produits laitiers. Cette suprématie doit également se retrouver au Mali dont l'essentiel des approvisionnements transitent par Dakar et Abidjan. Par contre, les Pays-Bas occupent la 1ère place au Burkina Faso avec le marché du lait concentré sucré. Les deux pays totalisent environ 75 % des ventes de lait et produits laitiers sur l'Afrique de l'Ouest, ne laissant qu'une place limitée au Royaume Uni, l'Italie et l'Allemagne. Les USA sont présents avec du lait en poudre (programme PAM), alors que la Nouvelle Zélande se retrouve à des niveaux conséquents (10 % en Côte d'Ivoire 17 % au Sénégal) grâce à ses ventes de beurre et de poudre de lait transitant par le Royaume Uni.

Le Burundi procède à des achats beaucoup plus dispersés: la CEE vient en tête devant les USA présents à travers les PAM et les ONG, mais il faut noter la place non négligeable qu'occupaient les pays africains voisins: Rwanda, Kenya, Zimbabwe, mais aussi Zaïre (marché parallèle) et République Sud-Africaine.

Les rares importations éthiopiennes seraient constituées de fromages italiens et de poudre venant de façon indirecte des USA.

2.2.7. Importations et marché mondial des laits et produits laitiers

Bien que 5 à 7 % seulement de la production laitière mondiale fassent l'objet de transactions internationales, le marché mondial des laits et produits laitiers revêt une grande importance car il s'intègre dans la "stratégie alimentaire" des pays industrialisés vis à vis des pays en développement. D'autre part, les laits et produits laitiers - surtout sous forme de poudres ou de concentrés - font partie avec la farine, l'huile et le sucre des produits de première nécessité dont les gouvernements du Tiers Monde tiennent à assurer l'accès dans de bonnes conditions aux populations locales. Ainsi, tant du côté de l'offre que de celui de la demande, tout contribue à faire de la poudre de lait 13 un produit pilote des échanges agro-alimentaires dans le monde. Mais cet intérêt a encore été amplifié par les excédents qui se sont accumulés dans les pays industrialisés du Nord (CEE, USA) dès le début des années 70; afin de préserver les intérêts de leurs agriculteurs-éleveurs, les pouvoirs publics de ces pays se sont engagés dans une politique de subventions massives à l'exportation de la poudre de lait; si bien que les cours pratiqués sur le marché mondial se sont situés à des niveaux suffisamment bas pour être attractifs sur les marchés africains. Les populations urbaines très sensibles aux prix des produits alimentaires de base ont pu ainsi s'approvisionner en lait à des prix modérés et en tout cas inférieurs aux prix souhaités par les producteurs locaux.

13 Les fromages sont en valeur les LPL les plus échangés dans le monde, mais ces transactions ne concernent quasiment que les pays industrialisés. Quant au beurre, les transactions sont marginales par rapport à la production.

Cette distorsion de prix a joué en défaveur du développement de la production locale: insuffisamment rémunérés, sans demande solvable répondant à leurs attentes, les éleveurs trouvaient la production laitière peu attractive et n'envisageaient pas les investissements nécessaires au développement de cette production. Le taux de change inadapté du FCFA sur la longue période (surévaluation) n'a fait que renforcer cette distorsion au détriment de la production locale. Cette conclusion est corroborée par les études de Valentin J. Von. Massow 14: "On peut dire qu'à chaque fois que les importations ont augmenté plus vite que ne l'aurait permis la croissance démographique et l'accroissement du revenu et de la

14 Valentin Von Massow: "Les importations laitières en Afrique subsaharienne: problèmes, politiques et perspectives" (CIPEA N° 17, mai 1990) production nationale, la croissance ainsi enregistrée était la conséquence de la surévaluation des monnaies nationales et de la faiblesse des prix à l'importation (due probablement aux subventions décrétées par les pays exportateurs)".

3. La demande de lait et produits laitiers en Afrique

Le lait et les produits laitiers occupent une place non négligeable dans la tradition alimentaire de nombreuses ethnies africaines; les importations ont d'autre part mis à la disposition des populations urbaines du continent une large gamme de produits appréciés pour leurs qualités nutritionnelles et gustatives (ex. le lait concentré sucré). Malgré ce terrain favorable, il faut bien reconnaître que les laits et produits laitiers n'occupent pas une place prépondérante dans la ration alimentaire de l'africain moyen: 17,5 kg/hab/an, c'est 20 à 25 fois moins que ce que consomme l'Européen type. En dépit des efforts déployés depuis de longues décennies, cette consommation moyenne n'évolue pas sensiblement; elle aurait même tendance à régresser en tenant compte de l'évolution démographique que connaît l'Afrique. A cela, il y a une cause incontournable: le consommateur africain ne dispose pas de revenus suffisants pour avoir un accès satisfaisant aux laits et produits laitiers. Aussi, face à une demande solvable aussi faible, l'éleveur africain n'a pas cherché à développer sa production. Dans le même temps, les fournisseurs extérieurs tendent à réduire leur offre, car les exportations vers l'Afrique entre autres - représentent en définitive une charge intolérable pour les gouvernements et autorités diverses chargés de subventionner des excédents encombrants. En somme, on peut se demander si la satisfaction immédiate du consommateur dans un monde solidaire et la recherche de l'autosuffisance alimentaire à long terme sont compatibles en Afrique, ou si elles n'empruntent pas plutôt des chemins qui divergent...

3.1. La consommation de lait et de produits laitiers en milieu rural

Le lait est inscrit dans la culture des peuples d'éleveurs en Afrique: coutumes, rites, chants... louent les bienfaits de cet aliment. Les langues locales sont riches de termes propres aux différentes préparations et aux nombreux produits obtenus à partir de lait; proverbes et dictons ramènent souvent au lait alors que l'accueil du visiteur étranger, le paiement de certains impôts mettent en jeu le lait et ses dérives.

Les périodes de fêtes sont l'occasion de consommer en plus grandes quantités les laits et produits laitiers (beurre pour les fêtes orthodoxes coptes d'Éthiopie, lait caillé pendant le Ramadan en Afrique de l'Ouest), ou au contraire d'en restreindre, voire même d'en interdire la consommation.

Malgré toutes les valeurs économiques, nutritionnelles ou symboliques attachées au lait dans les sociétés pastorales africaines, celui-ci reste peu consommé en zone rurale où les quantités disponibles pour l'alimentation humaine sont faibles; le veau continue d'absorber la part la plus importante si bien que sur une production faible, le prélèvement à chaque traite est des plus modestes: seuls les jeunes enfants, les vieillards et les femmes enceintes en bénéficient régulièrement dans la famille de l'éleveur (autoconsommation). Quant aux agriculteurs (au sens strict), ils n'y ont accès que de façon exceptionnelle. Ceci reste largement vrai aujourd'hui, même si dans plusieurs régions d'altitude du Burundi et d'Éthiopie le beurre fut longtemps la seule matière grasse employée. Il est à noter également que ce beurre a un usage cosmétique important auprès des femmes d'Éthiopie ou du Sénégal. Enfin, de nombreux Africains accordent au lait des vertus sédatives et curatives: il sera donc acheté pour les malades par de nombreuses ethnies. Par contre, dans les régions où l'élevage bovin n'est pas pratiqué de façon traditionnelle, la consommation des laits et produits laitiers est pratiquement inconnue (Agriculteurs de Côte d'Ivoire zone humide).

La sous-consommation de lait en zone rurale provient également des fortes variations de la production dues aux facteurs climatiques et sanitaires. La saison sèche, plus ou moins longue et sévère suivant les régions, restreint les quantités de fourrages et de pâtures nécessaires à une production régulière de lait; la pénurie de lait durant cette saison sèche tient à une moindre productivité des vaches traites et à la priorité donnée au veau; les quantités alors disponibles ne représentent plus qu'un tiers à un quart de la production en saison des pluies.

La productivité de l'ensemble du troupeau est également affectée par son état sanitaire souvent précaire. Les agressions sont multiples et amoindrissent les capacités de production, si bien que sur de vastes zones humides du continent africain l'élevage bovin est impossible, de telle sorte que le lait ne fait pas partie des habitudes alimentaires des populations concernées.

Enfin, parmi les éléments restrictifs de la consommation de lait et produits laitiers en Afrique il faut ajouter les difficultés, voire l'impossibilité de conserver des produits hautement périssables, ce qui limite la distribution au delà de quelques kilomètres: la fabrication de lait acidifié/lait caillé autorise une conservation et un transport sur des distances plus conséquentes, mais c'est la production de beurre ou ghee qui reste la méthode essentielle de préservation sur une longue période.

Tableau XIII : Consommation de lait et produits laitiers en zone rurale


BKF

BUR

CIV

ETH

MALI

SNG




Korhogo

Bouaké




Habitudes de consommation des laits et produits laitiers

+

+

+

-

++

+

+

Produits consommés de façon traditionnelle

Lait frais

Lait frais

Lait frais

-

Beurre

Lait frais

Lait frais


Lait caillé

Lait caillé

Lait caillé


Lait frais

Lait caillé

Lait caillé



Beurre



Lait caillé


Beurre








Huile de beurre

Part estimée de l'autoconsommation en % de la production

60-70

30-50

50-60

80-90

60-70

60-70

80

Consommation kg EqL/hab./an en zone rurale

12,6

2,9

5,0

1,0

16,0

23,0

21,5

Études GRET

Les quantités consacrées à l'autoconsommation restent modestes en valeur absolue du fait de la faible productivité du troupeau: on peut l'estimer à 0,1 litre/hab./an en saison humide et concerne l'ensemble des membres de la famille. En Ethiopie, cette autoconsommation est évaluée à 0,5 litre/ménage/jour.

En général, sur tout le continent africain c'est en terme de pénurie chronique de lait et produits laitiers dont il faut parler en milieu rural, la consommation étant très faible, voire nulle pour de trop nombreux Africains. Le manque de moyens monétaires ou d'échange reste l'obstacle principal à l'accès aux laits et produits laitiers.

Il faut toutefois noter que la pression commerciale exercée par les multinationales de l'agro-alimentaire et l'habileté des commerçants locaux ont créé une consommation de lait et produits laitiers importés - poudres et laits concentrés - omniprésents en brousse et achetés de-ci de-là, parfois par identification à la modernité.

3.2. La consommation des laits et produits laitiers en zone urbaine

L'urbanisation est un des phénomènes majeurs marquant le développement actuel de l'Afrique. L'exode rural est à l'origine de ce phénomène et les paysans exilés maintiennent autant que faire se peut leurs habitudes alimentaires. Ils continuent à consommer le lait et les produits laitiers qui font partie de leur régime alimentaire traditionnel, d'où le développement généralisé des ventes de lait local frais ou caillé par abonnement pour être sûr de retrouver le produit de son village, de son enfance. Dans ce comportement d'achat, ce sont les ressorts socioculturels qui sont déterminants. Mais le statut socio-économique a son importance également. Car la ville est surtout devenu le lieu de nouveaux comportements acquis au contact des Européens. Elle est "le lieu privilégié des extraversions de la consommation alimentaire: les populations urbaines progressivement gagnées par un mimétisme généralisé adoptent le modèle alimentaire véhiculé par les expatriés, puis par la bourgeoisie elle-même aliénée aux standards internationaux diffusés par les grandes entreprises multinationales de l'agro-alimentaire et soutenus par une politique d'importation croissante de produits alimentaires" (A. Dubresson, ORSTOM, 1 989).

Il faut aussi reconnaître que ce comportement alimentaire a été facilité par des prix relativement bas - pour les produits de base élément-clef de la pression des multinationales pour imposer leurs produits, dont la qualité, la simplicité et la sécurité d'utilisation constituent par ailleurs des facteurs très favorables à une demande soutenue. Ces mécanismes se sont mis en place en dehors de toute prise en considération de la production locale puisque dans l'Afrique de l'Ouest principalement la consommation de lait et produits laitiers en milieu urbain est principalement assurée par les importations. Ainsi, bien que la Côte d'Ivoire ne soit pas pour une bonne partie un pays de tradition d'élevage et que la population ne connaisse pas traditionnellement le lait et les produits laitiers, leur consommation est devenue - en milieu urbain - une des plus élevée en Afrique subsaharienne.

3.2.1. Critères de la consommation de lait et produits laitiers en Afrique

3.2.1.1 . Consommation et revenu

Il est évident que le faible revenu général des populations africaines constitue l'obstacle majeur à un accès régulier et important au lait et aux produits laitiers. Dans bien des cas, le prix d'un litre de lait frais peut représenter 30 à 50 %, voire 100 % du salaire journalier d'un ouvrier... lorsque cet emploi existe:

- 120 FBU/litre au Burundi, ceci représente une journée de salaire ouvrier en 1993; en 1983 le prix d'un litre de lait n'était que de 1/3 du salaire ouvrier quotidien.

- au Burundi, 5 % des dépenses alimentaires sont consacrées à l'achat de lait et produits laitiers (dont 2,4 % pour le lait liquide)

- au Sénégal, les laits et produits laitiers représentent 3,6 % des dépenses alimentaires (2,5 % en zone rurale, 4,3 % en zone urbaine), cela représente un total de 3333 FCFA en moyenne mensuelle pour les ménages les plus aisés et 851 FCFA dans la tranche des ménages les plus modestes.

- en Côte d'Ivoire le salaire de base journalier est de 1100 FCFA/jour: c'est le prix d'un litre de yaourt à Korhogo; le lait cru coûte jusqu'à 250 FCFA/l à Bouaké mais seulement 100/120 FCFA à Korhogo .

- en Ethiopie, 1 kg de beurre coûte 250 Birr, soit 10 % du salaire journalier d'un ouvrier moyen; 1 litre de lait cru vaut 1,60 birr pour un salaire journalier de 3 Birr.

- notons qu'en Europe, 1 litre de lait UHT représente environ 10 % du salaire horaire du SMIC; 1 kg de beurre coûte environ une heure de travail ouvrier.

Le faible niveau de consommation de lait et produits laitiers en Afrique trouve son origine essentielle dans la faiblesse des revenus des populations tant en zone rurale, que dans les villes. Sans une amélioration des conditions de vie en Afrique subsaharienne, la consommation de lait et produits laitiers ne progressera pas et le mil, les haricots, le maïs, le manioc ou le riz demeureront la base de l'alimentation pour la plus grande partie des Africains. Les compressions de salaire engendrées par l'application des PAS, la dévaluation du FCFA et les crises socio-politiques qui secouent de nombreux pays du continent ont déjà pour conséquence une baisse de la consommation en général, affectant le lait et les produits laitiers en particulier.

Or, le lait et les produits laitiers jouissent, surtout en milieu urbain d'une excellente notoriété; l'élasticité revenu, certes délicate à calculer, est estimée pour l'Afrique subsaharienne à ei = 0,80 à 0,85, ce qui laisse présager une rapide augmentation de la demande... le jour où les Africains disposeront d'un niveau de vie satisfaisant,

3.2.1.2. Consommation et prix des produits

Une même évidence peut être formulée en ce qui concerne le rôle des prix dans la demande de lait et produits laitiers. Même si les qualités du lait frais sont largement reconnues et appréciées, le prix qui en est proposé au consommateur est trop souvent rédhibitoire; dès lors, la poudre de lait permettant d'obtenir 1 litre de lait reconstitué de 30 à 50 % moins cher qu'un litre de lait frais constitue un substitut très recherché (surtout en Afrique de l'Ouest).

L'élasticité-prix obtenue pour le lait frais au Burkina Faso est de e p = -1,35 indiquant une extrême réserve des consommateurs face à des prix jugés excessifs... au regard de trop modestes revenus.

La dévaluation du FCFA en renchérissant le prix des produits importés (dont la poudre) va encore freiner la consommation. Dès l'annonce de cette dévaluation, les prix de nombreux produits laitiers ont doublé, tant à Abidjan qu'à Dakar ("Le Monde" du 13/I/94) révélant le comportement spéculatif des opérateurs de la filière des produits importés. La situation a évoluée (stabilisation des prix, retour à des prix plus bas), mais il ne sera réellement possible de juger de l'impact de cette mesure qu'à la fin de l'année.

3.2.1.3. Comportement des consommateurs face aux laits et produits laitiers traditionnels

- les habitudes alimentaires

Tant en Afrique de l'Ouest que sur les hauts plateaux de l'Est, le lait est fortement présent dans les habitudes alimentaires des ethnies pastorales et dans une moindre mesure auprès des agriculteurs qui les côtoient. Seuls les habitants de la zone de Bouaké, parmi les sept villes étudiées, ne sont pas des consommateurs traditionnels de lait et produits laitiers, car l'élevage bovin ne s'est pas développé dans cette zone de forêt où sévit la trypanosomiase.

- Les pratiques religieuses:

Le temps du Ramadan chez les musulmans d'Afrique de l'Ouest, ou les périodes de fêtes chrétiennes (Pâques, Noël, Epiphanie, chez les chrétiens orthodoxes coptes d'Ethiopie) vont influencer le niveau de consommation, en la favorisant (aspect festif) ou en diminuant (jeûne). Ces variations peuvent entraîner des fluctuations notables de prix à travers une pénurie "organisée" à l'occasion de ces fêtes.

- La saison conditionne le niveau de la demande et donc les prix. Plus faible en saison des pluies et en saison froide, la consommation de lait et produits laitiers s'accroît nettement en saison sèche et chaude alors que l'offre locale est à son minimum; les laits caillés, acides, les yaourts, possèdent un réel pouvoir rafraîchissant et réhydratant: ils peuvent être alors demandés par des fractions plus larges de la population.

Les enquêtes réalisés au cours de cette étude se sont déroulées en saison des pluies (hémisphère Nord) et n'apportent que peu de données chiffrées sur ces variations saisonnières de la demande, variations dont l'amplitude est pourtant importante.

- Variations de la demande de lait et produits laitiers au cours du mois

Les salaires sont souvent versés selon un rythme mensuel. D'une façon générale, il a été noté une forte demande sur la première quinzaine du mois quand il y a suffisamment de liquidités dans les ménages. Sur la deuxième quinzaine, on assiste à un très net fléchissement de la demande de lait et produits laitiers, la consommation se portant alors sur des produits jugés moins onéreux.

3.2.1.4. Comportement des consommateurs face aux laits et produits laitiers importés

L'urbanisation rapide de l'Afrique subsaharienne et une certaine rupture avec le milieu traditionnel ont entraîné des modifications plus ou moins profondes dans les habitudes alimentaires. Sur la période 1970-1985, ces modifications ont été consécutives à la hausse des revenus de nombreuses catégories socio-professionnelles (fonctionnaires, commerçants, professions libérales...) et les effets d'ostentation et d'imitation ont joué en faveur des produits importés dont par ailleurs les prix s'avéraient particulièrement attractifs.

Cette demande de produits importés est forte sur les poudres de lait (sous toutes ses formes: vrac et conditionnée) et dans une moindre mesure sur le beurre et les fromages. En fonction des cours mondiaux, la demande de lait et produits laitiers importés peut présenter de fortes fluctuations d'une année à l'autre et les importateurs vont moduler leurs commandes en fonction de ces fluctuations, jouant un rôle d'amortisseurs entre l'offre mondiale et la demande finale. Le Burkina Faso marque une préférence pour les laits concentrés. Les importations n'ont pas été chiffrées en Ethiopie - où elles seraient d'un modeste niveau -, et sont assurées pour une part non négligeable par le marché parallèle au Burundi où les flux d'importations ont été sous-estimés.

3.2.2. Consommation des laits et produits laitiers en zone urbaine 15

15 À ce niveau, l'écueil statistique est particulièrement difficile à éviter. Les multiples circuits formels et informels, les mélanges de lait frais et de poudre de lait, le nombre d'habitants retenu etc... peuvent entraîner des écarts plus ou moins importants. Les valeurs retenues seront considérées comme des ordres de grandeur.

La consommation de lait et produits laitiers en zone urbaine varie assez largement d'un pays à l'autre, et même d'une ville à l'autre, en Côte d'Ivoire par exemple, mais un certain nombre d'éléments peuvent être valablement retenus.

Pour l'ensemble des villes, la consommation de lait liquide et de lait caillé reste très faible et toujours inférieure - sauf pour Bujumbura - à 1 2 litres/hab./an soit moins de 1 litre par mois.

Le lait frais local est difficile à commercialiser et ne concerne qu'une part très étroite de la population servie le plus souvent par abonnement à domicile; quant au lait UHT importé, si sa présence est constante dans la plupart des grandes villes africaines, sa consommation n'est le fait que des expatriés;

Le lait caillé, très apprécié par l'ensemble de la population est une façon traditionnelle de conserver le lait sur plusieurs jours et donc de le commercialiser sur plus longue distance; malgré tous ces avantages, il semble que sa consommation ne soit pas aussi importante que ce à quoi l'on pourrait s'attendre. Il est cependant souvent utilisé en sauce (dégué, riz, couscous)

Le beurre local n'est consommé de façon appréciable que sur les hauts plateaux (Ethiopie) suivant des traditions culinaires très ancrées: c'est aussi semble-t-il la principale forme de consommation de lait et produits laitiers dans ces régions.

D'une façon générale en Afrique de l'Ouest, le beurre ou toute autre forme de présentation de la matière grasse laitière (ghee, huile de beurre...), ne fait l'objet que d'une consommation marginale en zone urbaine et le beurre d'importation sera apprécié et à la portée des seuls expatriés.

L'ensemble de la consommation des produits d'origine locale reste particulièrement faible en Afrique de l'Ouest et elle est même marginale en zone urbaine par rapport à la consommation des produits importés. Cette situation que l'on peut qualifier d'extrême n'est que le résultat d'une inadaptation voire de l'inexistence de politique d'approvisionnement des villes à partir de la production locale, cette dernière n'étant malheureusement pas toujours possible: tout reste donc à construire en ce domaine, et les contraintes constituant un frein pour un approvisionnement normal des centres urbains restent nombreuses: organisation et coût de la collecte, conditionnement, définition de normes acceptables de qualité, etc.

Mise à part la consommation relativement marginale des produits frais (lait, liquide, yaourt...), des fromages et du beurre, deux types de produits se sont imposés au consommateur africain:

- les laits en poudre
- les laits concentrés

Les laits en poudre conditionnés (aussi appelés laits instantanés) en boîtes de 390 g à 5 kg sont d'un large usage pour les nourrissons; ce produit, facile à utiliser et à conserver connaît une bonne diffusion aussi bien en zone urbaine que rurale. Les usages du lait en poudre conditionné sont parfaitement ciblés: l'alimentation infantile et l'utilisation dans le café matinal. Mais nous n'avons pas d'indications sur les quantités consommées, la distinction n'étant pas faite - ou trop peu - avec la poudre de lait vendue en vrac: d'une façon générale, les laits en poudre conditionnés, relativement plus chers, sont particulièrement prisés par la clientèle solvable rencontrée parmi les expatriés et les classes aisées. Nestlé et les fabricants Hollandais dominent ce marché très rentable.

La poudre en vrac a trois destinations principales qu'il est difficile de cerner avec précision:

* poudre vrac utilisée comme matière première dans les unités industrielles de lait reconstitué; dans ce cas, le consommateur final la retrouve sous une autre forme de lait et produits laitiers:

- lait concentré (Sénégal, Côte d'Ivoire
- lait liquide ou yaourt (Burundi, Côte d'Ivoire Mali)

* poudre vrac servant dans le circuit informel à fabriquer du lait caillé, du yaourt, des bouillies où on le retrouve mélangé avec de la farine de mil (dégué), de riz, le tout additionné de sucre ou de lait concentré sucré. Fabriqués par les femmes trouvant dans cette activité une possibilité de gagner un peu d'argent, ils sont très appréciés des consommateurs dans toute l'Afrique de l'Ouest: c'est sans doute une des formes majeures de consommation de la poudre dans cette région.

Les kiosques, cafétérias, salons de thé, etc.. proposent aussi ce type de produits reconstitués, consommés sur les lieux de vente par de nombreux Africains en cours de journée, mais le plus souvent le matin: ce mélange nourrissant consommé avec du pain constitue pour beaucoup le repas principal de la journée.

* Enfin, la poudre vrac est fréquemment reconditionnée par les épiciers de quartiers en doses variant de 20 g à 1 kg à partir de sacs de 25 kg. Peu lucrative pour l'épicier, cette vente permet un accès à ce produit pour les plus faibles niveaux de revenus. Ces doses de poudre servent dans le café au lait, à l'alimentation infantile mais aussi à la fabrication de yaourt ou de bouillies "maison" très appréciées dans les familles africaines. L'usage familial de la poudre de lait est largement répandu et peut constituer une des bases du régime alimentaire en zone urbaine.

Le lait concentré est une alternative à la poudre dans la consommation de lait et produits laitiers en Afrique: les utilisations vont dans le même sens que pour la poudre: café au lait, alimentation infantile, sucrage et épaississement des multiples variantes de bouillies préparées en circuit informel (kiosques, femmes fabriquant du yaourt, du dégué...) mais aussi dans le cadre familial; le lait concentré sucré sur du pain peut également servir de repas sur les lieux de travail (employé(e)s, fonctionnaires...). Au Burkina Faso, le lait concentré vient en tête des importations de lait et produits laitiers; au Sénégal et en Côte d'ivoire (ainsi qu'au Nigeria et Cameroun...) des usines de lait concentré sucré fonctionnent à partir de lait reconstitué à base de poudre 0 % et d'huile de beurre. Ce produit jugé nourrissant est d'autre part apprécié comme gourmandise tant par les enfants que pour les adultes; on le retrouve aussi bien en zone rurale qu'en ville et son succès n'est limité que par son prix, aussi le trouve-t-on en mini-boites de 78 g ou 170 g accessibles pour beaucoup. On pourrait à ce sujet définir la notion de seuil psychologique de prix pour les laits et produits laitiers entre autres: le consommateur désireux de se procurer un produit laitier quelconque effectuera l'acte d'achat non pas en fonction de ses besoins - personnels ou familiaux - mais en fonction de l'argent dont il dispose; ainsi le consommateur ne va pas acheter 1 kg de poudre de lait mais achètera de la poudre de lait pour 750 FCFA. Si le prix vient à doubler, il achètera toujours pour 750 FCFA mais s'en procurera 0,5 kg. Ce comportement explique le succès des conditionnements en petites doses.

Le consommateur a alors le sentiment d'avoir toujours accès à un produit qu'il désire acquérir, seule la dilution - modulable sur une large échelle pour le lait en poudre et le lait concentré - sera modifiée, mais psychologiquement, la satisfaction ne sera pas affectée dans la même proportion que la dilution. Ce qui a son importance.

Si l'on prend en compte cette dimension affective de la consommation, il est permis de se demander si la présence de poudre de lait et des laits concentrés sur les marchés africains n'est pas devenue indispensable, en assurant pour bon nombre de consommateurs un minimum alimentaire que la production locale n'est: pas près d'assurer tant sur le plan quantitatif - et donc en terme de prix également - que sur le plan qualitatif (présentation, hygiène)?

3.2.3. Typologie des consommateurs de lait et produits laitiers en milieu urbain

Le comportement des consommateurs de lait et produits laitiers en milieu urbain est assez homogène, à quelques nuances près sur l'ensemble des pays, et reste soumis d'abord au pouvoir d'achat des populations. Malgré l'absence de données pour certains pays, nous retiendrons la typologie suivante:

- les non consommateurs absolus de lait et produits laitiers
- les consommateurs occasionnels (fêtes...)
- les consommateurs réguliers mais à un faible niveau (quelques fois par mois)
- les consommateurs réguliers à un fort niveau (plusieurs fois par semaine)

3.2.3.1. Les non-consommateurs absolus

Ils sont sans doute beaucoup plus nombreux que ne l'indiquent les données des différentes enquêtes, car le niveau de vie de larges fractions de la population reste très bas et étant donné la taille de certains foyers - plus de 20 personnes par foyer est une situation fréquente en Afrique - même si le lait et les produits laitiers sont achetés de temps à autre, bon nombre d'adultes ne consomment jamais ce type de produits, introduisant une différence entre foyers non-consommateurs et individus non-consommateurs.

En terme de foyers, cette non-consommation (achats nuls ou très rares) toucherait de 2 à 30 % des ménages selon les villes. Si le pouvoir d'achat reste la principale raison de non-consommation, par contre il est rare que soit évoqué un rejet pour des raisons physiologiques (produits indigestes ou provoquant la nausée) et jamais pour des raisons religieuses. L'aspect socio-culturel de la non-consommation (habitudes alimentaires) est toutefois invoqué à Bouaké (chez les Baoulés), mais la vie urbaine tend à gommer plus ou moins rapidement ces différences d'origine ethnique.

3.2.3.2. Les consommateurs occasionnels

Pour ces consommateurs, le lait fait partie des habitudes alimentaires mais pour des raisons financières, ils n'y auront accès que de temps à autre; période de Ramadan pour les musulmans, fêtes chrétiennes en Ethiopie... Des achats occasionnels seront effectués pour des malades (vertus curatives attribuées au lait au Burundi) ou pour des enfants en bas âges (cas très général).

Pour ces consommateurs occasionnels, les produits les plus fréquemment achetés sont les plus traditionnels: lait frais et lait caillé chez les musulmans, beurre en Ethiopie.

3.2.3.3. Les consommateurs réguliers (fréquence peu élevée)

Avec des fréquences de consommation peu élevées (2 à 5 fois par mois): le niveau reste modeste, de 5 à 15 kg/hab./an d'EqL, et demeure limité par le pouvoir d'achat. Mais les habitudes alimentaires et le souci d'apporter un aliment sain et de bonne valeur nutritionnelle à divers membres de la famille entraînent à des achats répartis régulièrement tout au long de l'année avec une fréquence plus grande pour certaines circonstances et lors de la saison sèche.

3.2.3.4. Les consommateurs réguliers fréquence élevée)

Avec une fréquence de consommation de plusieurs fois par semaine, voire quotidienne, ils ne sont qu'une faible part de la population (sauf à Korhogo!) en général inférieure à 10 %. Bien évidemment, il s'agit des classes les plus aisées - expatriés, cadres, commerçants, professions libérales - habitant dans les quartiers résidentiels, possédant un bon niveau d'équipement électroménager - réfrigérateur - et automobile. Cette classe privilégiée tend à se rapprocher des standards européens de consommation pour de nombreux produits, sauf pour les fromages dont la présence demeure marginale sur les tables africaines.

3.2.3.5. La consommation hors domicile

C'est une composante de la consommation de lait et produits laitiers en milieu urbain; sans doute difficile à apprécier quantitativement, elle semble pourtant se situer à un niveau élevé. Nous avons noté que les kiosques et dans une moindre mesure les cafés-bars-restaurants constituent une étape fréquente pour de nombreux citadins: café au lait, dégué, tartines de lait concentré sucré, etc. sont alors très appréciés. Sur Addis Abeba, les quantités de lait ainsi consommées seraient de 10 000 l/jour, soit plus de 3 500 T/an, de l'ordre de 10 % du lait distribué sur la ville. A Bujumbura, les kiosques distribuent environ 40001/jour (1400 T/an) mais seulement une partie est consommée sur place, alors qu'à Bobo-Dioulasso 200 T de poudre de lait et 500 T de lait concentré sont transformés (et distribués) annuellement par le biais des kiosques et cafés. Des observations de même nature peuvent être faites à Korhogo et Bouaké et sans doute dans l'ensemble des villes d'Afrique de l'Ouest, le kiosque se révélant tout autant comme centre de rencontre et de convivialité que comme lieu de restauration.

Nous estimons à 10 % de la consommation totale la part de lait et produits laitiers écoulée hors domicile, des écarts sans doute importants, mais non chiffrés, pouvant être observés d'une ville à l'autre.

A la typologie socio-économique du consommateur urbain, il est utile d'ajouter une typologie géographique, c'est à dire une observation des tendances dégagées dans les différents quartiers des villes.

Le temps et les efforts déployés lors de l'enquête sur la consommation ont permis de toucher plusieurs milliers de personnes (cf. tableau XVII), mais les résultats obtenus ne font que renforcer une évidence de base: le niveau de consommation est fortement corrélé au niveau de vie.

Dans les couches les plus favorisées de la population, les habitudes alimentaires traditionnelles s'estompent face à de nouveaux comportements liés au pouvoir d'achat alors que dans les milieux populaires, la fréquence et le niveau des achats de lait et de produits laitiers seront liés aux disponibilités monétaires, c'est à dire faibles. Or, le choix du quartier d'habitation est lui-même fortement lié au revenu.

- dans les quartiers résidentiels, le type d'habitation tendra à se rapprocher du standard européen: eau, électricité, voirie... sont omniprésents et fonctionnent normalement. Dès lors, l'équipement ménager, la possession d'un moyen de transport moderne - automobile le plus souvent - iront de pair avec la consommation d'une large de gamme de lait et de produits laitiers: lait liquide (frais, UHT), lait caillé, yaourt, beurre, lait concentré sucré... Les achats se feront dans les boutiques de proximité, mais plus fréquemment dans les supérettes situées en centre ville. Le passage d'un colporteur apportant à domicile du lait frais et du lait caillé est très largement répandu. Ce service par "abonnement" fonctionne dans toutes les villes et reste l'accès le plus sûr aux produits traditionnels appréciés en tant qu'élément socio-culturel fort vis à vis du village, de la brousse, où chaque Africain a de la famille - au sens large - et un passé récent.

- dans les quartiers populaires, les maisons en dur côtoient les concessions en banco qui s'étendent à la périphérie de toutes les villes. Si l'eau et l'électricité sont assez répandues (50 à 70 % des foyers), elles n'impliquent pas la possession d'un réfrigérateur, équipement-clef dans la consommation régulière d'une large gamme de lait et produits laitiers. Dans ces conditions, les achats se feront au coup par coup dans des boutiques de quartier et porteront sur des produits non périssables: poudres de lait et laits concentrés. Les produits frais ne peuvent occuper qu'une place marginale.

C'est aussi dans ces quartiers populaires que l'on trouvera le plus grand nombre de kiosques où les adultes viendront compléter la modeste consommation de lait et produits laitiers enregistrée à domicile.

3.2.4. Conclusion sur la consommation de lait et produits laitiers en zone urbaine

L'analyse de la consommation de lait et produits laitiers en zone urbaine requiert des moyens sans commune mesure avec ceux attribués à cette étude. C'est ainsi qu'elle fut souvent incomplète (Sénégal) ou partielle (Ethiopie). Dans les familles élargies, c'est à dire composées d'un grand nombre de personnes (parfois de 15 à 20), il n'est pas possible de dégager un comportement alimentaire homogène, en particulier en ce qui concerne les enfants dont le régime alimentaire n'a pas été suffisamment décrit, alors qu'ils devraient être un des moteurs essentiels de la consommation de lait et produits laitiers au foyer: l'âge du sevrage, la part de lait et produits laitiers dans leur nourriture entre 2 et 8 ans, le fait qu'ils bénéficient ou non de lait dans le cadre scolaire, etc. sont autant d'éléments nécessaires pour déterminer la place des laits et produits laitiers dans le comportement alimentaire en zone urbaine.

De même, dans la consommation hors domicile, il conviendrait d'estimer la part revenant aux collectivités (hôpitaux, écoles, armée...)?

Enfin, la corrélation établie entre consommation à domicile et revenu doit être analysée avec précaution: en effet, il est fréquent en Afrique que le revenu d'un foyer soit le fait d'un nombre élevé de personnes vivant sous le même toit; dans ces conditions, l'augmentation du revenu n'est que la somme de revenus modestes et ne traduit pas une élévation du niveau de vie et donc n'entraîne pas une augmentation de la consommation per capita.

La très grande hétérogénéité des foyers africains dans leur composition (d'une structure européenne à 4 ou 5 personnes jusqu'à la structure clanique regroupant plusieurs dizaines de personnes), et dans leur revenu où l'informel tient souvent une place centrale, rend délicate l'analyse pour une enquête ayant privilégié le foyer au détriment de l'individu, dont les habitudes et le comportement alimentaire demeurent flous.

3.2.5. Lait frais et lait caillé servis par abonnement

Cet aspect de l'approvisionnement de consommateurs urbains en lait et produits laitiers mérite un développement particulier pour deux raisons:

- il apparaît dans toutes les situations étudiées

- son importance est susceptible de croître en raison du renchérissement des produits importés lié à la dévaluation du FCFA.

D'une façon très générale, surtout pour les ménages les plus aisés, il existe une demande de lait frais et de lait caillé produits en zones rurale ou péri-urbaine.

Ces laits sont acheminés par des colporteurs qui à vélo ou à motocyclette, livrent ces produits à des abonnés, c'est à dire à des ménages qui mois après mois, parfois en payant d'avance ou au contraire à crédit, commandent très régulièrement (plusieurs fois par semaine, voire quotidiennement) pour leurs besoins propres, parfois pour le redistribuer dans le voisinage. Ces produits sont appréciés pour leur fraîcheur et aussi pour leur "goût de terroir". La régularité de l'approvisionnement et la confiance dans le livreur sont des arguments irréfutables de qualité pour laquelle les consommateurs acceptent de payer un sur-prix.

Ce type de distribution présente de nombreux avantages pour l'ensemble des opérations intervenant au long de cette filière:

- elle assure un approvisionnement régulier d'une partie des consommateurs urbains à partir de lait local vendu à un prix satisfaisant pour le producteur qui n'hésitera plus alors à faire un effort de production en saison sèche pour approvisionner ses abonnés;

- elle donne satisfaction au consommateur en lui fournissant à un prix assuré, un produit de qualité (sauf peut-être au Burundi).

Ce système de "service du lait" par abonnement doit être aussi considéré comme une incitation importante au développement de la production locale, car elle procure à l'éleveur un revenu sûr et régulier, élément qui fut - entre autres - à la base de la croissance de la production laitière en Europe pendant les quarante dernières années. Or, sans investissements considérables, mais avec un encadrement rigoureux, cette filière Lait de base devrait permettre de sortir dans de bons délais des quantités de lait non négligeables, qui à ce jour restent de simples potentialités, dans des troupeaux conduits de façon traditionnelle par des éleveurs que des prix et des débouchés jusqu'ici incertains n'ont pas contribué à motiver.

Tableau XIV: Consommation de lait et produits laitiers en zone urbaine dans les villes de l'étude du GRET


BKF

BUR

ClV

CIV

ETH

MALI

SNG


Bobo- Dioulasso

Bujumbura

Kochogo

Bouaké

Addis Abeba

Bamako

Dakar

Produits d'origine locale








- en T/an EqL

600

8 500?

700

400

72 000

2 960

1 050

- kg/hab./an

2,0

31,0

4,8

0,8

28,8

3,5

0,6

EqL








Produits importés








- en T/an EqL

6 405

8 861

700

7 850

n.c.

29 131

92 000

- kg/hab./an EqL

20,1

31,5

32,4

17,0

n.c.

30,6

53,0

Produits venant du marché parallèle

Faible

(40% du vol. Officiel)

n.c.

n.c.

n.c.

n.c.

n.c.



(3 500)








(12,7)






- en T/an EqL

-







- kg/hab./an EqL








Cons/hab./an EqL

22,1

62,5

37,2

17,8

28,8

34,1

53,6



(75,2)






TOTAL








% de produits importés dans consommation urbaine

91 %

51 %
(59 %)

87 %

95 %

Faible

92 %

98 %

d'après GRET

Tableau XV: Ventilation de la consommation de lait et produits laitiers en zone urbaine


BKF

BUR

CIV

ETH

MALI

SNG

(T.EqL/an)

Bobo- Dioulasso

Bujumbura

Korhogo

Bouaké

Addis Abeba

Bamako

Dakar

Produits d'origine locale








- lait frais


2600



25 000



- lait caillé/yaourt

530

2400

700

400

2 500

1 300

1

- beurre et huile de beurre


170

-

-

37 000


050


-






+

- autres laits et produits laitiers y compris ceux élaborés à partir de lait local

90

3400

-

-

4 000
(+ 3500 hors Dom)

1 660


Produits importés








- lait liquide/yaourt

+

-

e

e


90

1 470

- laits en poudre

2 660

7 000

965

2 000


23 700

30 770

- laits concentrés

2 700

20

235


Faible

5 300

1 400

- beurre et huile de beurre

900

400

-

2 700



17 800

- fromages

60

60

-




1 200

- autres laits et produits laitiers fabriqués par les industries locales.

-

1 450

55

+


(1 550)

18 060

- autres laits et produits laitiers élaborés de façon artisanale

+++

++

3 500

3 150


+

19 600

TOTAL
(T EqL/an)

6 940

17 500

5 455

8 250

72 000

32 050

92 000

Kg Eql/hab./an

22,0

62,5

37,6

17,8

28,8

34,1

53,6



(+ 12,7)






D'après GRET

Tableau XVI : Typologie des consommateurs de lait et produits laitiers en milieu urbain


BKF

BUR

C.I.V.


ETH

MALI

SNG


Bobo Dioulasso

Bujumbura

Korhogo

Bouaké

Addis Abeba

Bamako

Dakar

1. Non-consommateurs absolus





beurre




n. s.

n.s .

n.s.

n.s.

n.s.

n.s.

n.s.

Fréquence de cons. %


30 %

2 %

4 %(12%)

29 %



Cons./hab./an EqL

0

0

0

0

0

0

0

2. Consommateurs occasionnels

Moins d'une fois par mois. Pour les fêtes et occasions exceptionnelles

Fréquence de cons.








%

n.c.

45 %

15 %

50 %

30,5 %

n.c

n.c

Cons./hab./an/EqL

Moins de 10 kg/hab./an en EqL

3. Consommateurs réguliers faibles

de 1 à 5 fois par mois

Fréquence de cons.








%

n.c.

15 %

40 %

42 %

19,5 %

n.c.

n.c.

Cons./hab./an EqL

de 10 à 30 kg/hab./an en EqL

4. Consommateurs réguliers forts

Plusieurs fois par semaine, voire quotidiennement

Fréquence de cons.








%

n.c.

10 %

48 %

4 %

21 %

n.c.

n.c.

Cons./hab./an EqL

de 10 à 30 kg/hab./an en EqL

5. Consommation hors domicile

2,2

6,2

3,7

1,8

2,9

3,4

5,3

Cons./hab./an EqL








TOTAL
Consommation Kg/hab./an EqL

22,0

62,5

37,6

17,8

28,8

34,1

53,6

1: entre parenthèses: consommation des Baoulés
d'après GRET

Tableau XVII: L'enquête de consommation en Afrique


BKF

BUR

C.I.V.

ETH

MALI

SNG


Bobo Dioulasso

Bujumbura

Korhogo

Bouaké

Addis Abeba

Bamako

Dakar

Nombre de ménages enquêtés

116

350

380

298

115

130

200






(168?)

(238?)

(50?)

Nombre de personnes par foyer

10,9

6

12,1

n.c.

6,12

7,2

n.c.

Nombre d'enfants < 15 ans

4,5

n.c.

6,0

n.c.

3,0

n.c.

n.c.




(40à50 % de pop. totale)

(42% pop. totale)




Nombre de quartiers enquêtés

15

18

21+5

n.c.

n.c.

n.c.

n.c.

Homogénéité/ hétérogénéité des quartiers

Homo.

Hétéro.

Homo.

Homo.

Hétéro.

?

Hétéro

Nombre de personnes interrogées

1267

2100

4613

n.c.

700

936

n.c.

Volume de lait livré aux clients abonnés

450/1000 litres/jour

n.c.

25% du lait frais vendu

20% du lait frais vendu 150 l/j

30 à50% du lait frais vendu

n.c.

n.c.

Lait et produits laitiers les plus consommés

LC/LCS poudres Prod. trad. Yaourt

Lait liquide Beurre Poudres

Lait frais Lait caillé Dégué LC/LCS poudres

LC/LCS poudres Lait. Frais

Beurre lait frais Lait caillé

LC/LCS poudres Lait. Liquide

poudres LC/LCS Lait. Caillé

Enquêtes GRET

4. Les circuits de distribution

L'offre commerciale de lait par les producteurs africains reste souvent marginale ou faible tant au regard de la production des troupeaux que par rapport aux produits importés. Seule la proximité d'un centre urbain de quelque importance va dynamiser cette offre grâce à la présence d'une demande solvable émanant principalement des couches aisées locales très attirées également par les produits d'importation jugés de meilleure qualité et moins chers. Quelle que soit l'origine des produits, les systèmes de distribution mis en place pour les diffuser vont s'avérer complexes et relativement efficaces. Ils mettent en jeu de nombreux intermédiaires dont les marges demeurent modestes pour ne pas pénaliser ni décourager et les producteurs et les consommateurs. Une partie de la filière s'inscrit dans le contexte d'économie informelle qui caractérise bon nombre d'activités en Afrique. Caractérisés par une forte atomisation, ces circuits de distribution font preuve néanmoins d'une grande flexibilité, ce qui permet une diffusion très fine des produits dès l'instant où se manifeste une demande. Répondant à des besoins similaires, dans des milieux confrontés aux mêmes contraintes économiques sociologiques, climatiques..., ils présentent une grande analogie d'un pays à l'autre.

4.1. Les circuits de distribution des produits locaux

La majorité des producteurs est située en zone rurale et pour partie les troupeaux sont en transhumance plus ou moins lointaine: dès lors, la collecte s'avère difficile, souvent impossible. Les possibilités de commercialisation dépendent alors d'une demande locale solvable qui reste très limitée en milieu rural. Une distribution plus lointaine vers la ville dépendra de deux facteurs essentiels:

- l'éloignement: jusqu'à une distance pouvant atteindre 8 à 10 km, les femmes 16 à pied porteront le lait jusqu'au marché où elles le distribueront auprès de clients plus ou moins fidélités. Parfois elles le vendront au porte à porte à des consommateurs abonnés.

16 Cette situation est celle rencontrée chez les Peuls: la conduite du troupeau et la traite sont effectuées par les hommes; les femmes assurent la commercialisation et disposent de l'argent ainsi récupéré pour des achats personnels ou familiaux (tissus, savons, riz...).

Au delà d'une certaine distance le transport se réalisera en taxi ou bus ou le lait sera confié, à partir d'un point de rencontre, à une autre femme ou - le plus souvent - à un collecteur-colporteur. Ce dernier se chargera d'approvisionner, en vélo ou en mobylette, un point de distribution (marché, boutiques, kiosques). Il pourra également assurer lui-même cette distribution auprès d'une clientèle d'abonnés: simples particuliers, restaurants, cafés-bars, etc.

- l'existence d'un réseau routier satisfaisant en toute saison. Dès lors, le rayon d'approvisionnement peut aller de 35 km à 150 km suivant les villes. Ce réseau routier constitue un élément structurant essentiel de la filière Lait locale. Pour les distances les plus importantes, la distribution ne concerne plus le lait, mais les produits transformés stabilisés qui se substituent au lait frais: lait caillé au Sénégal, beurre en Ethiopie et au Burundi.

Une fois acheminés en ville, les laits et produits laitiers sont pris en charge par un réseau généralement informel, sauf pour le beurre autour d'Addis-Abeba qui lui transite à travers un réseau fortement structuré.

D'autre part, une partie de la production locale est également collectée par des moyens modernes - camionnettes - lorsqu'une unité de traitement/transformation du lait sera présente. Les quantités ainsi collectées restent relativement modestes - autour de 10 à 20 % des approvisionnements en lait frais arrivant sur la ville - car il est souvent plus rentable pour le producteur de chercher un débouché direct lui assurant un prix nettement plus satisfaisant. Aussi les unités laitières ne tournent-elles qu'à un niveau relativement bas par rapport aux objectifs envisagés, et calculés sur un potentiel en théorie mobilisable sur le secteur, mais difficile à mobiliser en réalité.

Le schéma de distribution local peut être représenté de façon simplifiée (voir ci-dessous), mais il est identifiable à quelques variantes près dans toutes les villes africaines étudiées.


Le schéma de distribution local

Pour une large part, le circuit de distribution des laits et produits laitiers d'origine locale est assuré par le système informel.

- La vente directe du producteur au consommateur est effectuée le plus souvent par les femmes Peuls en Afrique de l'Ouest. Directement, ou à partir de points de concentration bien établis, elles écouleront l'ensemble de leur marchandise auprès d'autres femmes ou à des colporteurs qui les revendront en centre ville (cas fréquent à Dakar). La vente au consommateur se fera soit à des points fixes (entrée d'un marché, carrefour important) ou bien au porte à porte auprès de clients connus: particuliers, mais aussi dans des crémeries, kiosques, cafés-barsrestaurants. A Addis-Abeba où les producteurs urbains sont nombreux, la vente directe au voisinage est la solution qui s'impose d'elle-même.

- Un deuxième circuit de distribution est représenté par les colporteurs-collecteurs qui prennent en charge le lait ou d'autres produits d'un ou plusieurs producteurs relativement éloignés de la ville et à vélo, plus rarement à motocyclette, réalisent la distribution auprès de clients abonnés: c'est la solution la plus fréquente à Bujumbura et à partir des parcs d'élevage de Korhogo et de Bouaké.

Le nombre d'opérateurs impliqués dans ce type de circuit est important, ce qui est une des caractéristiques de l'économie informelle et permet de satisfaire la demande partout où elle se manifeste. Les collecteurs-colporteurs jouent sans doute un rôle essentiel dans la survie d'une filière Lait basée sur la production locale, et ceci au prix de gros efforts pour un gain souvent limité (cf.: formation des prix).

C'est sur ce type de circuit de distribution que pourrait dans l'avenir s'appuyer l'organisation d'une filière Lait efficace à partir de lait produit dans un rayon élargi autour des villes; toutefois, au vu des résultats obtenus jusqu'à présent, il conviendrait de revoir les stratégies retenues dans les tentatives d'organisation...

- Le troisième type de distribution partant des producteurs repose sur un réseau de collecte organisé à partir d'une unité de traitement-transformation du lait. C'est sur cette base qu'ont été élaborés bien des projets de développement de filière Lait en Afrique, les apports souvent modestes des producteurs locaux devant être complétés par des quantités importantes produites dans des fermes laitières modernes. Ce type de collecte existe là où fonctionne une usine laitière: Addis-Abeba, Bujumbura, Bobo-Dioulasso, Bamako. Mais d'une façon générale, les quantités collectées et traitées restent très en deçà des objectifs visés, le prix du litre du lait payé aux éleveurs s'avérant souvent inférieur au prix pratiqué en ventes directes.

Le circuit informel assure l'essentiel des ventes du lait et des laits et produits laitiers produits localement. La transformation - souvent une simple pasteurisation ou l'élaboration de yaourt - ne prend en charge qu'une partie marginale du lait distribué sur la ville: la qualité n'est pas en cause mais la gestion de ces ateliers est le plus souvent inadaptée et dispendieuse. Par contre, le traitement et la transformation du lait local par des unités artisanales - mini-laiteries à Bamako, crémeries à Addis-Abeba ou à Bujumbura - connaissent un développement favorable. L'adjonction de poudre de lait au lait local permet d'améliorer les rendements... et les marges bénéficiaires. Le savoir-faire technique et une bonne connaissance du marché de proximité font de ces artisans des maillons incontournables de la filière Lait dans les pays africains.

4.2. Cas particulier du beurre sur Addis Abeba

Le beurre occupe une place particulière dans les habitudes alimentaires, des habitants des hauts plateaux de l'Est africain. Seule matière grasse culinaire disponible à ces altitudes, son utilisation répond à un besoin fondamental et dès lors sa commercialisation est à l'origine d'un vaste réseau qui approvisionne une ville de 2,5 millions d'habitants. Avec une consommation moyenne de 2,2 kg/hab./an, la capitale éthiopienne absorbe annuellement 5 500 T de beurre auxquels s'ajoutent quelque 70 à 80 T de beurre à usage cosmétique.

Une grande diversité d'agents économiques participent à la commercialisation du beurre. La quasi-totalité d'entre eux (sauf les kiosques et quelques détaillants) ont des activités centrées sur cet unique produit. Contrairement à tous les autres laits et produits laitiers d'origine locale rencontrés en Afrique, le beurre en Ethiopie est distribué à travers un réseau solidement structuré.

Le beurre est fabriqué par les producteurs ruraux à raison de 1 ou 2 kg par semaine et par ménage; ce beurre est regroupé par des collecteurs ruraux et rassemblés au niveau de marchés primaires situés le long des axes routiers jusqu'à 170 km de la capitale. A ce niveau règne une vive concurrence: une partie du beurre est vendue directement pour les consommateurs locaux ou à des consommateurs venus de la ville, alors que des colporteurs se portent acquéreurs de petites quantités qu'ils acheminent directement vers la ville et vendent à une clientèle connue et fidélisée (particuliers, kiosques, restaurants. ..). Mais la plus grosse partie du beurre présent sur les marchés ruraux est regroupée et transportée (bus ou camions) en bloc de 50 à 100 kg par des intermédiaires agréés (licence nécessaire).

Le beurre se retrouve alors aux halles centrales du beurre (Merkato) à Addis Abeba où s'effectuent le stockage, la vente en gros et la vente au détail; les boutiques, épiceries et kiosques ne représentent qu'une fraction modeste du beurre vendu sur Addis-Abeba, les consommateurs venant le plus souvent choisir leur marchandise directement dans ces halles au beurre: plus de 80 % des ventes au détail sont effectuées sur ces marchés.

Par son organisation et son efficacité, le circuit de distribution du beurre sur Addis-Abeba est exemplaire dans le commerce des laits et produits laitiers en Afrique. Sa mise en oeuvre est le fruit d'une longue adaptation et d'une forte tradition: sa transposition n'est donc pas possible. Mais le fait qu'un tel système ait pu se développer et se maintenir - malgré des circonstances longtemps difficiles - est la meilleure preuve qu'une filière Lait strictement africaine est viable.


CIRCUIT DE DISTRIBUTION DU BEURRE SUR ADDIS-ABEBA

4.3. Les circuits de distribution de lait et produits laitiers importés

Jusqu'en 1975, les importations de lait et de produits laitiers en Afrique restent à un niveau relativement modeste estimé à environ 1 Million de tonnes d'Equivalents-Lait: elles sont faites pour une large part en faveur des expatriés encore nombreux à cette époque. A partir de cette période, on assiste à un développement très sensible des approvisionnements extérieurs qui atteignent quelque 3 à 3,5 millions de tonnes en 1981 et 1985 pour l'ensemble de l'Afrique subsaharienne, puis on enregistre un fléchissement net pour l'ensemble du continent à partir de cette date. Mais, alors que cette baisse est nette en Afrique australe et orientale, l'accroissement des importations se poursuit en Afrique de l'Ouest.

Grâce à des cours mondiaux assez bas et des subventions intéressantes, les laits et produits laitiers importés s'implantent sur les marchés africains, on les retrouve non seulement au niveau des villes, mais également auprès des consommateurs dans des zones souvent reculées. Il est vrai que le commerce des laits et produits laitiers est lucratif et sans risques majeurs: la poudre de lait et les laits concentrés "voyagent" bien en zones tropicales.

Pour distribuer ces produits, des circuits de distribution bien développés se sont mis en place, qui de l'importateur au consommateur final forment un maillage efficace sur l'ensemble du continent africain. Les multinationales de l'agro-alimentaire ont également conforté leur implantation par un solide système de soutien publicitaire - radiophonique et télévisuel - ainsi que par des actions de promotion auprès des consommateurs(trices). Mais face aux réactions hostiles de maintes associations et avec l'appui d'organisations internationales, l'idée s'est peu à peu développée de créer des unités de lait reconstitué permettant à la limite de produire sur place toute la gamme des laits et produits laitiers normalement importés: laits liquides, yaourt, beurre, fromages, laits concentrés...

L'idée était d'autant plus séduisante que pour les initiateurs de ce type de projet le lait local devrait peu à peu se substituer à la poudre comme matière première approvisionnant l'usine. On retrouve donc parmi les importateurs de poudre, les usines laitières implantées dans différents pays. Quant aux importateurs habituels, ils continuent de livrer les grossistes et boutiques de toute taille et de toute implantation, tant à travers la ville qu'en zone rurale.

Aujourd'hui le commerce de lait et des produits laitiers est largement libéralisé dans toute l'Afrique; les restrictions aux importations ont disparu (sauf en Côte d'Ivoire) et les taxations ont été modernisées, simplifiées et allégées. La volonté d'inscrire la filière dans un contexte plus moderne participe à cette évolution. Mais là où elles existent, assurer la survie des unités laitières travaillant avec des produits importés est une nécessité impérieuse.

En Ethiopie toutefois, il semble qu'il n'existe aucune structure d'importations régulières de lait et produits laitiers, alors qu'au Burundi où existent des droits de douane élevés, une proximité propice de frontières et de fortes opportunités de spéculation monétaire, les circuits parallèles d'importation de lait et produits laitiers prennent une importance grandissante.

Pour les pays de l'Afrique de l'Ouest, les circuits d'importation peuvent être représentés comme l'indique le schéma ci-après:


CIRCUITS D'IMPORTATION DES LPL EN AFRIQUE DE L'OUEST

Bien évidemment, il peut exister de multiples combinaisons à partir de ce schéma de base. Par exemple, un distributeur propriétaire d'une supérette peut importer directement sans passer par le circuit importateur-grossiste; les commerçants d'origine libanaise jouent ainsi souvent le triple rôle d'importateur-grossiste-distributeur au détail.

4.4. Les unités de traitement dans le circuit du lait et des produits laitiers

4.4.1. Pourquoi une usine laitière?

La création d'une usine laitière en milieu urbain répond à de nombreux objectifs incontournables dans la mise en place d'une filière Lait autonome et efficace. Cette unité industrielle doit d'abord jouer le rôle d'interface entre la production laitière locale et les consommateurs urbains: pierre angulaire de la filière, la laiterie assure d'un côté une prise en charge sûre et régulière des apports des producteurs encadrés tout en répondant de l'autre côté aux besoins de la population urbaine désireuse de trouver un approvisionnement garanti en qualité et en quantité. En second lieu, l'usine laitière doit assurer le relais entre l'utilisation de poudre de lait souvent indispensable au départ et le lait local dont il faut prévoir un approvisionnement régulier et suffisant pour atteindre un seuil de rentabilité satisfaisant. Pendant sa première période de fonctionnement à base de poudre, la laiterie va pouvoir tester les process de fabrication, développer son image de marque auprès des consommateurs, créer des réseaux de distribution, etc. La poudre fournie au titre de l'aide alimentaire doit en plus permettre de générer des surplus financiers destinés entre autre à développer la production laitière locale c'est ce schéma de fonctionnement qui a présidé à la mise en place de la laiterie de Bamako (U.L.B.). C'est également l'objectif officiellement affiché par Nestlé Sénégal pour son unité de fabrication de lait concentré mais dans ce cas, c'est la multinationale qui assumera les "subventions" de ses propres produits, durant la longue phase de transition entre la poudre et le lait local, si finalement le projet de collecte de lait local n'est pas abandonné.

L'unité de traitement du lait mise en route à Bobo-Dioulasso procède d'une démarche différente: les éleveurs encadrés vont fournir dès le départ la matière première nécessaire au fonctionnement de l'usine, l'utilisation de la poudre apparaissant comme solution de facilité pour pallier tous les inconvénients d'un approvisionnement local. De plus, la tentation reste grande de privilégier la poudre par rapport au lait local si le différentiel de prix se maintient trop longtemps en faveur du produit importé.

4.4.2. Les échecs des installations laitières

Lorsque l'on examine la place des unités laitières dans l'approvisionnement des villes, force est de constater qu'elles n'occupent qu'une modeste place, voire très marginale. Les installations sont utilisées à un niveau insuffisant pour assurer la rentabilité des investissements et les ventes ne couvrent que quelques pour-cents des besoins de la ville. Plusieurs raisons peuvent expliquer les échecs, parfois relatifs certes, de ces projets.

Tout d'abord, il existe un problème de gestion technique et financière des entreprises: personnel pléthorique, mal formé aux tâches qui l'attend, etc. Dans ces conditions, la plupart des laiteries affichent des résultats négatifs qui découragent les autorités de tutelle locales ou extérieures: la laiterie de Kyriama a fermé au Burundi alors que la Laiterie Centrale de Bujumbura (L.C.B.) a changé plusieurs fois de propriétaire depuis sa création. La laiterie de Bamako (U.L.B.) ne bénéfice plus du soutien du PAM alors que les mini-laiteries de Bamako se développent; la laiterie Shola d'Addis Abeba ne reçoit également plus de poudre du PAM depuis 1991.

Outre ces problèmes de gestion industrielle et commerciale, l'approvisionnement en lait local pose de sérieux problèmes: les laiteries qui ont à supporter des frais industriels, des coûts de conditionnement et de commercialisation, achètent le lait à un prix relativement bas, alors que le producteur peut souvent trouver une vente directe ou par le biais d'un colporteur à un prix lui permettant de dégager une meilleure marge:


Vente directe

Vente à la laiterie

Au Burundi:

130 FBU

85 FBU

En Éthiopie:

1,60 Birr

1 Birr à 1,75 Birr

Au Sénégal:

125 à 200 FCFA voire 250 FCFA

90 FCFA (Laiterie Nestlé)

Seule la laiterie de Faso Kossam (Bobo-Dioulasso) semble avoir aligné le prix d'achat au producteur sur celui du marché (125 FCFA en saison des pluies).

Dans ces conditions, la solidarité ("l'esprit de corps") avec la laiterie ne résiste pas longtemps, car rien ne peut empêcher les producteurs de continuer à vendre en circuit court plus lucratif. C'est la raison essentielle pour la laquelle le G.I.E. "Cooplait" au Sénégal, n'a jamais correctement fonctionné; seulement 1/5 du lait produit par les éleveurs adhérents était commercialisé à travers cet organisme. Aujourd'hui, l'activité de Cooplait est totalement arrêtée. La régression des livraisons des coopératives à l'ULB de Bamako trouve en partie son origine dans les mêmes causes.

En achetant le lait local à des tarifs moindre que ceux du marché, les gestionnaires des laiteries tentent de compenser leurs coûts industriels; mais le différentiel introduit à l'achat de la matière première ne suffit pas le plus souvent à être concurrentiel: la vente à perte comblée par de perpétuelles subventions est la solution fréquemment retenue (Shola à Addis Abeba, L.C.B. à Bujumbura, etc.). Mais la rigueur demandée aux gestionnaires africains (P.A.S., privatisation) peut aboutir à la fermeture pure et simple d'outils jugés peu rentables (Laiterie Kyriama au Burundi en 1991, unité de traitement Cooplait au Sénégal en 1988...).

Tableau XVIII: Les unités de traitement du lait et de fabrication des produits laitiers


Unités industrielles

Mat. premières

Capacité de traitement l.EqL/j

Production effective en l.eqL./j

Taux d'utilisation %

Principales productions

% d'approvisionnement de la ville (sur EqL)

Transformation artisanale



Lait frais T/an

Lait poudre T/an






Types

Nombre d'unités sur la ville

Production l.eqL/j

Bobo-Dioulasso

Faso Kossam

90

-

400

250

60 %

L.P., Y

1 - 2 %

Kiosques, Boulangeries-pâtiss.

200-300

3 500

Bujumbura

Kyriama

Fermée en 1991

800

-

Fromages

-

Crèmeries, Boulan.-Pât.

250-300

7 000


L.C.B.



10 000


25 %

L.P., Y, B.

15 %


Kiosques




1 200

200


7 300


lait caillé, L.P






Produlait


(PAM)

10 000


50 %







SOMERA

evient la 3éme unité laitière sur

Bujumbura







Korhogo









Artisans

40

n.c.

Bouake

-

les unités laitières de production sont á Abidjan

kiosques Monastères

600

n.c.

Addis Abéba

Shola (DDE)

4 000

-

60 000

11 000

18 - 20 %

L.P., B

12 - 15 %

Crèmeries

n.c.

n.c.

Bamako

U.L.B.

2 000

250

30 000

10-15 000

50 %

L.P., Y., lait caillé

8 - 10 %

Mini-laiteries

30

1 000










Artisans

n.c.

700


SAPROLAIT

-

150

3 500

2 000

60 %

Lait caillé, Y, crème

< 1 %




Dakar

SATREC

-

150

Reconditionnement de poudre vrac

Artisans dont I semi-industriel

n.c.

n.c.


SOCA

900

-

15-20 000

2 000

10 - 15 %

L.P., lait

< I %








(2000l/h)



caillé






Nestlé Sénégal

e

2 000

n.c.

n.c.

n.c.

Laits concentrés

8 - 10 %




D'après GRET

5. La formation des prix

5.1. Formation des prix dans la filière lait locale

(cf. tableau XIX)

En toute circonstance, le calcul du coût de production du lait s'avère difficile tant les conditions d'exploitation des troupeaux diffèrent d'un cas à l'autre. Seules les fermes laitières gérées selon des critères techniques et économiques rigoureux fournissent un résultat, mais là encore les éléments fournis peuvent prêter à discussion. C'est le plus souvent sur le marché que s'établit le prix en fonction de l'offre et de la demande. Suivant les règles de base de l'échange, ce qui est rare est cher. En Afrique, le lait reste une denrée rare, son prix est donc élevé: à Bouaké (R.C.I.) où la production locale est la plus rare, le prix du litre de lait peut atteindre 400 FCFA/litre. Au taux de change officiel, ce prix est du même ordre de grandeur que le prix pratiqué dans les pays industrialisés, alors que le niveau de vie en terme de P.I.B./habitant est de 30 à 100 fois plus faible et le salaire minimum de 20 à 30 fois moindre! A ce niveau le lait reste un véritable produit de luxe pour la plus grande partie des Africains.

A la production, une estimation du coût de revient a été faite au niveau des éleveurs traditionnels au Burundi: 40 FBU/litre 17; en comparaison avec le coût calculé dans les fermes laitières de ce pays ce coût est modéré, ce qui est normal puisqu'il n'incorpore pas de charges de structure et les intrants sont faibles. Le coût de production des fermes modèles - ISABU et SOMERA - est de 2,5 à 3 fois plus élevé. A ce niveau le lait produit de façon intensive n'est pas compétitif et l'équilibre financier de ces fermes reste incertain. Une situation identique est observée en Ethiopie où les coûts de production dans les fermes d'Etat sont prohibitifs: un très sérieux effort et une plus grande rigueur de gestion devraient permettre de redresser la situation: nombre et qualification du personnel, surveillance étroite des ventes... sont des mesures facilement applicables et rapidement rentables.

17 Le coût des intrants et de l'amortissement de l'abri s'élève à 1030 FBU/mois/vache, les revenus de la vente de 30 litres de lait s'élèvent à 2100 FBU par mois.

En Afrique de l'Ouest, seules les éco-fermes de Bouaké ont établi un coût de production (126 FCFA/litre en 1993): dans une situation géo-climatique difficile, les résultats se révèlent positifs. Ce type de situation devrait pouvoir être étendu sans difficulté majeure hormis l'investissement de départ.

A partir du lieu de production, le lait est écoulé par différents canaux de distribution; les marges observées au niveau des opérateurs successifs sont relativement modestes, compte tenu des conditions de distribution - longueur et difficulté d'acheminement, nombre d'intermédiaires - auxquelles viennent parfois s'ajouter des taxes de circulation (Burundi). Mais en définitive, c'est sur le marché que se fixent les prix, d'où l'écrasement des marges des intermédiaires .

Le lait caillé valorise toujours mieux la matière première. En Ethiopie, cette meilleure valorisation est obtenue à travers la fabrication de beurre et de lait caillé.

D'une façon générale, une majoration sensible des prix est observée en saison sèche (15 à 25 % de plus qu'en saison humide). Là encore, c'est la confrontation entre l'offre et la demande qui fixe le niveau des prix. Dans les régions les plus dépourvues de lait, certains consommateurs n'hésitent pas à payer le litre de lait frais jusqu'à 350 à 400 FCFA afin de s'assurer un produit de qualité conforme à leur goût.

Les usines de traitement cherchent à obtenir une matière première au prix le plus bas afin d'élaborer des produits finis à des prix compétitifs. Cette attitude détourne les producteurs qui préfèrent vendre directement à un prix plus rémunérateur. Lorsque l'usine achète son lait à une ferme laitière, la recherche d'un prix bas se fait au détriment de l'exploitation laitière dont l'équilibre financier n'est plus assuré. Lorsque l'usine achète son lait au prix du marché à des producteurs locaux, c'est son propre équilibre financier qui est alors compromis... et c'est le cas le plus fréquent.

L'abaissement du prix du lait à la production va dans le sens de la satisfaction du transformateur et du consommateur, mais l'éleveur risque de ne pas y trouver son intérêt s'il maintient un même niveau de production. Cependant en jouant sur une augmentation de sa productivité et de sa production l'éleveur pourrait mettre sur le marché un volume de lait plus important à un prix moindre, sans pour autant remettre en cause une juste rémunération du travail accompli et du capital investi. Ce processus passe par la définition d'une politique laitière cohérente où l'ensemble des intérêts seront pris en compte: approvisionnement des consommateurs à des prix aussi modérés que possible et débouchés sûrs, réguliers et rémunérateurs pour l'éleveur.

Une telle politique est la seule voie possible pour le développement de filières Lait autonomes et rentables dans les pays africains; elle suppose la création et le fonctionnement correct d'un service du lait bénéficiant de toute la sollicitude des autorités locales ainsi que l'appui des organisations internationales spécialisées.

Tableau XIX: La formation des prix dans la filière Lait locale


B.K.F.

BUR

C.I.V.

ETH

MALI

SNG


Bobo-dioulasso

Bujumbura

Korhogo

Bouaké

Addis Abéba

Bamako

Dakar


FCFA

FBU

FCFA

FCFA

Birr

FCFA

FCFA

Vente au voisinage en milieu rural

100 À 125

Prix de revient
rural: 40
vente: 70

65 à 75

175 à 200

1,00 à 2,00

100 à 125

200 en saison sèche

Vente à colporteur ou à collecteur

100 à 125

80

65 à 75 au parc, revendu 100 à 150

achat: 175 revente:
200 en kiosque
250 en porte à porte

n.c.

100 à 125 S.H.
150 à 200 S.S.
Revente: 175 à 250

Achat: 200/225
Revente: 250

Vente directe à abonnés (syst. Urbain):

150/175 voire 200

120/160

-

200/250 voire

1,60 à 1,75

175 à 200

250 à 300

Lait cru


130 pour


jusqu'à 400



voire 400

Lait caillé


SOMERA






Vente par femmes peuls ou revendeurs

175/200

40 FBU venant du Zaïre

L.C. 125/175 L.B. 120

Achat: 175/200
Revente: 250/400

n.c.

175/200

350 lait caillé

Vente i l'usine de traitement

125 à 250 selon saison

70 (1992)
100 (1993)
85 à Akiramata

-

-

1,00 à la DDE

115 à 125

90 à Nestlé Sénégal

Prix de revient établi par les fermes laitières

n.c.

ISABU: 110
SOMERA: 104

-

Eco-fermes: 126

Fermes d'Etat: 1,00 à 3,70

n.c.

n.c.

Prix de vente: sortie usine:






ULB

SOCA

L.P.

300

160 à 180

-

-

2,00

250

335

L.C.






140

375

Prix de revient établi pour l'usine

A peine équilibré pour L.P.

Vente à perte

-

-

1,83

Vente à perte
ULB, positif pour mini-laiteries

vente à perte 1 100

L.P.: lait pasteurisé
L.C.: lait caillé
S.S.: saison sèche
S.H.: saison humide

Etudes GRET

5.2. Formation des prix des produits importés

La loi de l'offre et de la demande régit d'une façon normale la formation du prix des produits de la filière locale, rareté et faible productivité entraînent ces prix à la hausse. En ce qui concerne la formation des prix des produits on ne perçoit plus le fonctionnement de cette loi tant les distorsions et aménagements, voire compromissions de toute sorte vont déformer et détourner les bases de l'échange.

Du côté de l'offre, la principale distorsion se situe au niveau des prix très bas pratiqués sur le marché mondial: les excédents de lait et produits laitiers accumulés dans les pays industrialisés exercent une pression à la baisse. Or, pour ces excédents, les P.V.D. restent le principal débouché et la concurrence entre pays exportateurs se traduit par l'octroi de subventions considérables pour les ventes vers ces P.V.D.: ainsi la poudre de lait arrivait-elle jusqu'à fin 1993 à environ 600 FCFA-C.A.F. T.T.C./kg chez les importateurs de la zone Franc 18. De plus, les multinationales de l'agro-alimentaire exercent une forte pression sur les consommateurs africains pour les inciter à acheter leurs produits: publicité, réunions d'information, échantillons gratuits, etc. Enfin, le maintien de parités monétaires inadaptées introduit une ultime et insidieuse distorsion favorisant largement l'offre: la surévaluation du FCFA a trop longtemps joué en faveur des importations dans toute la zone Franc alors que la sous-évaluation permanente du dollar U.S. depuis plusieurs années joue en faveur des exportations américaines vers l'ensemble des zones économiques ou monétaires. En mettant l'accent sur les distorsions introduites par les subventions dans les échanges internationaux, les récents accords du GATT (décembre 1993) n'ont que partiellement répondu à la recherche d'une plus grande équité dans les échanges commerciaux, le dumping monétaire s'avérant être une arme tout aussi efficace. La récente dévaluation du FCFA a en partie réduit la portée de cette arme.

18 Ce qui correspond à un cours mondial compris entre 1600 et 2000 USD/Tonne - FOB - de la poudre de lait entier, ce qui est nettement inférieur au seul prix de la matière première mise en oeuvre pour sa fabrication dans les pays industrialisés.

Du côté de la demande, les importations de lait et produits laitiers - entre autres permettent de résoudre une partie du problème grandissant que constitue l'approvisionnement des centres urbains en Afrique. La plus grande partie de ces populations issues d'un exode rural obligé, vit les condition difficiles du sous-emploi, du logement précaire, etc.. Y ajouter la difficulté d'une alimentation rare et chère conduit inévitablement à une instabilité sociale accrue: prévenir ce risque est un souci majeur des autorités locales.

La mise sur le marché de produits alimentaires à des prix modérés est un facteur de maintien d'une certaine paix sociale. Les importations alimentaires forment donc une composante de la politique sociale des autorités locales: ainsi en basant les droits de douane pour les laits et produits laitiers sur les mercuriales ( 60 FCFA/kg de poudre de lait) et non pas sur le cours commercial (400 à 500 FCFA) les responsables entendaient-ils minimiser autant que faire se peut le prix des produits mis sur le marché.

Les convergences de vues et d'intérêts entre l'offre et la demande ont donc permis de maintenir, voire d'amplifier les courants d'importations de lait et produits laitiers vers les pays de la zone franc en Afrique subsaharienne. C'est également la raison pour laquelle la législation sur les importations de lait et produits laitiers a été dans le sens d'une large libéralisation: contingentements et licences d'importation sont désormais quasi-inexistants en Afrique.

La formation des prix sur le marché des produits laitiers importés repose donc sur une base (prix TTC) relativement faible, en ce qui concerne les poudres de lait et les laits concentrés qui constituent l'essentiel des importations. Par contre pour les fromages, lait U.H.T., yaourts, qui ne forment qu'un étroit marché, les taxations sont souvent plus élevées et leurs circuits de distribution ne concerneront qu'un nombre limité d'opérateurs dont les marges sont élevées (30 à 40 % sur les fromages au niveau des grossistes, demi-grossistes).

Pour la poudre, les circuits sont plus complexes mais les marges dégagées par les opérateurs restent modérées: de 5 à 12 % suivant les pays et suivant les opérateurs. Notons que les industriels travaillant de la poudre de lait sont directement importateurs, ce qui limite les frais de distribution.

Nous suivrons la formation du prix de la poudre de lait 26 % en sacs de 25 kg dans deux pays différents et de la poudre instantanée dans un 3ème pays où le vrac n'arrive que par le marché parallèle: monnaie, éloignement, taxation, forment les principales variables dans les coûts successifs observés. Un circuit plus ou moins complexe peut faire intervenir plusieurs intermédiaires prélevant une marge de 3 à 5 % relevant d'autant les prix pour des consommateurs éloignés. (Tableau XX)

Dans la zone Franc, on retrouve une certaine homogénéité des prix mettant le sac de 25 kg de poudre entre 16 000 et 22 000 FCFA. Cette homogénéité semble écarter tout recours à un marché parallèle qui, par contre, est très développé au Burundi où les droits et taxes à l'importation sont les plus élevés (65 % au total sur CAF).

5.3. Concurrence entre la production locale et les produits d'importation

L'accent a été mis à de nombreuses reprises sur la concurrence que faisait la poudre de lait à la production locale. Les données chiffrées établies en 1993 montrent sans aucune ambiguïté que le lait obtenu à partir de poudre a un coût de revient nettement inférieur au prix du lait frais local commercialisé en milieu urbain. Il peut constituer de toute évidence un frein au développement de cette production locale. Mais il ne faut pas oublier cependant toutes les contraintes locales qui elles aussi freinent cette production: productivité, collecte...

Les droits de douane élevés pourraient constituer un obstacle, mais dans cette hypothèse, le marché parallèle prend la relève des circuits officiels. La dévaluation va-t-elle permettre de rétablir une saine concurrence? Ce n'est pas certain, car les marges dégagées par les entreprises travaillant du lait reconstitué sont considérables en particulier sur les yaourts, le lait caillé, le fromage blanc où la matière première ne représentait que 10 à 25 % du prix final du produit. De plus, le prix CAF sur lequel va peser la dévaluation ne représente que les 2/3 du prix final en moyenne, le tiers restant constituant encore une marge de manoeuvre non négligeable pour les importateurs-transformateurs. Enfin, comment vont réagir les multinationales de la poudre et les gouvernements des pays industrialisés prompts à jouer sur l'aide alimentaire?

Actuellement, l'Ethiopie reste à l'écart des importations et une filière Lait locale indépendante et bien structurée est en place. Certes les conditions géo-climatiques y sont plus favorables qu'ailleurs et la tradition d'élevage est fortement ancrée dans le monde rural. Dès lors, est-il inconcevable de voir se développer en Afrique de l'Ouest une filière Lait indépendante, donc à l'abri des importations de poudre? Là aussi, la tradition d'élevage est forte chez les Peuls, omniprésents dans la région, mais deux obstacles freinent encore l'émergence d'une filière Lait locale: l'absence d'une politique laitière volontariste et la présence d'une poudre de lait trop bon marché, les deux pouvant être liées à certains niveaux. Mais même en levant ces obstacles "externes", il ne faut pas oublier toutes les contraintes propres qui pèsent sur la filière elle-même: obstacles techniques et sociologiques qui bloquent généralement le développement laitier dans de nombreux pays africains.

Tableau XX: Formation du prix de la poudre de lait 26 % - Prix au kilo (1993)


Burkina Faso

Burundi

Sénégal


FCFA

FBU

FCFA

Nature du produit

Poudre vrac 26 %

Poudre instantanée (conditionnée)

Poudre vrac 26 %

F.O.B. Anvers

475

lait vrac 26%

880

475

Transport/assurance

125

au marché

95

47



parallèle venant



C.A.F.

600

du Zimbabwe

975

552

Mercuriales

-

-

(60)


Droits de douane et taxes

11 %


65 %

23 %

diverses à l'importation

66


640

13,8

PRIX CAF TTC

666


1 615

566

Marge de l'importateur et frais de gestion (25%)

166


385

140

Prix de vente par l'importateur

832


2 000

706

1er détaillant (marge 5 %):

41,6


100

35,3

PRIX CONSOMMATEUR

874

750

2 100

741

Prix du litre de lait reconstitué





(1 kg pour 7,6 1 de lait):

115

100

276

97,5

d'après GRET

- Au Burundi circule essentiellement de la poudre conditionnée ou poudre de lait écrémé vendue à 700 FBU/kg au détail
- Au Mali, on a relevé un prix CAF de 530 CFA

6. Politique laitière et projets laitiers en Afrique

Objet de toutes les sollicitudes dès avant les indépendances, l'Afrique a connu un nombre considérable de projets de développement de l'élevage: centres de recherche zootechnique, ranches privés ou publics, unités de production laitière liées ou non à un centre de traitement-transformation du lait, etc. Ces projets ont été élaborés et conduits tant par les autorités locales que par des organismes extérieurs (ONG, organisations de développement agricole bi- ou multilatérales). L'amélioration génétique et la conduite du troupeau (alimentation et santé animale) ont été et restent au centre des préoccupations de tous les projets, mais les résultats enregistrés à ce jour sont plus que modestes: manque de moyens 19, absence de continuité et de cohérence dans les politiques de recherche et de développement laitiers. Dans ces conditions, les résultats sont décevants et les retombées sur la production locale quasi-inexistantes, alors que les projets avortés et les abandons jalonnent le parcours des filières Lait en Afrique.

19 Pourtant la Côte d'Ivoire a consacré 140 milliards de FCFA au développement de l'élevage en 20 ans. Certes la production laitière a progressé de 6000 T à 18000 T durant cette période ce qui représente à peine un litre de lait supplémentaire/hab/an!!!

Aujourd'hui, la lassitude a gagné bon nombre de partenaires du développement laitier en Afrique: les investisseurs privés mesurent chichement leurs appuis alors que nombre d'organisations semblent renoncer à s'engager plus à fond dans des opérations qui, l'expérience le montre, se révèlent trop souvent être des échecs. La dévaluation du FCFA va-t-elle permettre de repositionner la production locale face à des importations désormais plus coûteuses? La logique économique devrait apporter une réponse positive, mais les investissements et aides extérieures sont aujourd'hui deux fois plus élevés, ce qui signifie un allongement proportionnel du retour d'investissement.

Bien évidemment, les structures actuelles peuvent et doivent servir de base aux projets de développement laitier en Afrique: le point fort de toute structure, l'épine dorsale doit être l'unité de traitement-transformation du lait, seul outil capable de sauvegarder une matière première particulièrement altérable... Mais cette condition nécessaire ne sera pas suffisante si aucune demande solvable proche n'est à même d'absorber régulièrement les productions de cette usine.

Les structures et les projets de développement laitier identifiés dans les zones couvertes par cette étude peuvent dans une large mesure être le point de départ d'une réflexion - mais aussi de la mise en place - relative aux filières Lait locales. Lorsque toutes les informations auront été recueillies, cette réflexion devrait être élargie à d'autres projets identifiés dans les pays concernés.

6.1. Projets laitiers au Burkina Faso

Lancé en juin 1990, le projet de "Développement de la production laitière" de Bobo-Dioulasso vise à améliorer la production du lait sur la région par des actions d'encadrement des éleveurs. Le projet intéresse six groupements totalisant 107 éleveurs et quelque 1100 vaches laitières.

Les actions portent sur les points suivants:

- alimentation des troupeaux
- suivi sanitaire
- conduite des troupeaux (performances techniques et économiques)
- appui à la commercialisation

Le GEBO (Groupement des Eleveurs de Bobo Ouest) est le principal groupement d'éleveurs encadrés: il doit organiser les éleveurs ayant d'autres activités (commerçants, fonctionnaires...) et définir la politique à mener pour favoriser les activités d'élevage.

En août 1991, une unité de traitement du lait "Faso Kossam" est venue compléter le projet: cette unité doit permettre une meilleure commercialisation du lait produit par les groupements en offrant aux consommateurs une garantie de qualité et une diversification des produits offerts. Avec 250 l/j au départ, Faso Kossam comptait rapidement disposer de 400/500 l/j pour assurer sa rentabilité.

Actuellement - faute d'une gestion efficace - les objectifs prévus ne sont pas atteints, la percée commerciale sur la ville de Bobo-Dioulasso reste trop modeste (1 % des approvisionnements?), alors que la collecte n'arrive pas à mobiliser plus de 230 l/jour en moyenne, deux ans après la mise en route de l'usine. Si cette double contrainte en amont (approvisionnement en matière première) et en aval (commercialisation des produits) n'est pas rapidement levée, la viabilité économique du projet risque d'être irrémédiablement compromise.

6.2. Projets laitiers au Burundi

Il n'existe pas à l'heure actuelle de véritable projet de développement de la production laitière au Burundi, mais seulement des actions ponctuelles au niveau de fermes laitières à production intensive plus ou moins relayées par des unités de transformation jouant sur un approvisionnement mixte lait frais - lait en poudre. Mais pour l'immense majorité des éleveurs 95 % - prévalent encore des conditions traditionnelles de production, c'est à dire que la productivité et la rentabilité restent particulièrement faibles.

Les objectifs communs des fermes laitières sont les suivants:

- production à partir de races pures: Frisonne ou Brune des Alpes
- maintenir un bon niveau de production en saison sèche (vêlage en avril)
- intensification de la production fourragère
- réduction des coûts de production (actuellement autour de 110 FBU)

Ces fermes appartiennent soit au secteur privé (SODEA: 1200 l/j, SOMERA: 1000 l/j) et affichent alors une bonne rentabilité, soit elles dépendent du secteur public (Ferme de Randa, rattachée au Centre National d'Insémination Artificielle et Ferme de Mahwa, rattachée à l'ISABU) et dans ce cas, les résultats financiers s'avèrent négatifs.

Ces fermes livrent en partie leur lait à deux laiteries présentes sur Bujumbura. La filière privée (SODEA: Produlait, et SOMERA) a eu un développement cohérent et s'avère rentable alors que la filière publique (Randa, Mahwa) souffre de coûts de production trop élevés; la privatisation de la L.C.B. en 1992 devrait inverser la tendance, mais sans doute en privilégiant la poudre de lait comme matière première. Toutefois il semble que les structures publiques (Centre National d'Insémination Artificielle, Institut des Sciences Agronomiques du Burundi) demeurent des outils indispensables pour le développement de la filière Lait au Burundi. La question est de savoir si ces structures peuvent être intégrées dans un système d'économie libérale où la rentabilité est un impératif incontournable, ou si elles doivent seulement être un service public pour l'ensemble des éleveurs du pays.

En 1993, deux nouveaux projets initiés par la Banque Mondiale étaient envisagés au Burundi, à Ngozi et Kayanza pour apporter à Bujumbura un supplément de lait (1500 l/j) permettant l'autosuffisance de la ville; d'autre part, des projets de micro beurreries sont envisagés pour valoriser la production Laitière de zones rurales isolées.

De part ses conditions géo-climatiques et ses structures laitières étoffées, le Burundi serait en mesure de construire rapidement une filière Lait autosuffisante et rentable. Toutefois, la concurrence des importations parallèles de toutes natures et de tous horizons compromettent fortement cette mise en place. Plus encore, la situation socio-politique en forte et constante dégradation depuis octobre 1993 repousse à long terme la réalisation de tout projet.

6.3. Projets laitiers en Côte d'Ivoire

Malgré les efforts considérables entrepris par la Côte d'Ivoire l'élevage reste une activité secondaire dans l'économie agricole du pays avec moins de 3 % de l'ensemble du secteur primaire. Le cadre institutionnel est pourtant fortement structuré au sein du Ministère de l'Agriculture (MINAGRI) et du Ministère de l'Enseignement et de la Recherche (MESRS) pour le développement de la recherche sur l'élevage.

La SODEPRA fondée en 1970 a pour but d'assurer des opérations de service public dans le domaine de l'élevage: encadrement, amélioration génétique, aménagement pastoraux et en aval, production, transformation et commercialisation des produits d'élevage.

En ce qui concerne plus spécifiquement la production laitière, les orientations pour l'intensification de la production en milieu traditionnel et en zones péri-urbaines sont prévues en deux phases:

1ère phase: organisation de l'approvisionnement des éleveurs en sous-produits agro-industriels;

2ème phase: proposer aux éleveurs une race laitière rustique issue de croisements effectués dans les centres de recherche zootechnique.

Ce programme prévu sur une durée globale de cinq ans doit d'abord concerner une quinzaine de villes où la vente de lait est active: le programme des éco-fermes de Bouaké sera pris en compte dans ce schéma de développement. Ce projet Eco-fermes lancé en 1986 et soutenu par la GTZ, concerne huit installations en situation péri-urbaine et se fixe l'objectif de promouvoir une production laitière rentable intégrant une meilleure valorisation des sous-produits agro-industriels et le maintien de la fertilité des sols. Le résultat économique de ces exploitations s'avère actuellement positif. Par contre, la ferme de Brobo à 25 km de Bouaké, fonctionnant comme centre de formation, conduit à un coût de production très élevé. Cependant la valorisation du lait en fromage doit assurer la rentabilité globale du projet.

Sur Korhogo, la SODEPRA a réalisé plusieurs études sur l'intérêt de la création d'une unité agro-industrielle pour la transformation du lait produit localement. Les possibilités de collecte sont estimées à 30 0001/jour sur un rayon de 100 km autour de la ville. Trois projets ont été proposés pour valoriser le potentiel:

- le projet Nestlé pour la transformation du lait frais local et de poudre de lait importée pour la fabrication de lait concentré sucré: toutefois, la matière première locale ne représenterait que 5 % des approvisionnements nécessaires au fonctionnement de l'usine. Les retombées sur la fourniture de lait frais sur Korhogo seraient nulles. Pour la multinationale, l'intérêt réside toujours dans l'importation de poudre à prix subventionné venant de ses installations européennes!

- le projet CIDT: à la suite d'une étude financée par la CFD, la CIDT avait identifié une possibilité de collecte et de transformation de lait frais local dans le Nord de la Côte d'Ivoire la production de lait pasteurisé, yaourts... serait destinée à l'approvisionnement d'Abidjan et accessoirement de Korhogo et Bouaké. Le désengagement de la CFD de l'étude de faisabilité ne laisse que peu d'espoir sur la poursuite du projet.

- le projet SIALIM définit la possibilité de créer une unité de transformation de lait à Korhogo. La Société dispose de matériel de pasteurisation inutilisé sur Abidjan, mais cet atout n'est pas suffisant alors que la fragilité financière de l'entreprise laisse planer un doute sur ses projets de développement.

Le Nord de la Côte d'Ivoire est potentiellement apte à voir naître un projet laitier important. Le retrait ou la frilosité des opérateurs possibles trouvent leur explication dans une conjoncture locale très défavorable. Toutefois, la ceinture laitière qui se met en place à Bouaké (Eco-fermes) et le bassin laitier identifié dans un large rayon autour de Korhogo doivent inciter les responsables locaux ou extérieurs à aller au-delà des études d'identification.

6.4. Projets laitiers en Éthiopie

Les éléments disponibles sur les projets laitiers en Ethiopie et autour d'Addis Abeba semblent confidentiels. Au niveau officiel, la filière Lait éthiopienne est structurée autour de la D.D.E. présente à travers une unité de traitement-transformation - la laiterie Shola - et de 9 fermes laitières d'Etat. Pour l'ensemble de cette filière formelle, la rentabilité n'est pas assurée et la survie des différents établissements n'est possible qu'avec une intervention des autorités de tutelle. Les initiatives et projets semblent inexistants à ce niveau.

Par contre, la filière Beurre et le développement de crémeries - fromageries sur la ville d'Addis Abeba constituent un excellent exemple du dynamisme de ce secteur laissé à l'initiative privée. Il n'y a toutefois pas de projet de développement sur ces mini-laiteries urbaines dont l'approvisionnement, le fonctionnement, les débouchés... n'ont pas été pris en compte.

6.5. Projets laitiers au Mali

En 1985, le gouvernement malien adoptait une politique laitière dont les termes généraux sont largement utilisés:

- réduire les importations de lait et produits laitiers
- augmenter la consommation de lait
- développer les petites exploitations laitières
- améliorer la productivité des systèmes d'élevage

Face à la pénurie persistante de l'approvisionnement des villes en lait et produits laitiers, un projet de développement d'une ceinture laitière a vu le jour en novembre 1989. En 1994 ce projet a été remplacé par l'Opération d'Appui aux Eleveurs Périurbains. Celui-ci intègre l'alimentation animale, la santé, l'habitat et la conduite des troupeaux; la recherche d'animaux laitiers performants s'appuie sur l'insémination artificielle à partir de semence "Montbéliarde".

La Colaiba (Coopérative laitière de Bamako) et l 'ULB devaient être les instruments de cette politique laitière relancée à de multiples reprises. Mais les difficultés rencontrées et l'absence de rationalité économique ont largement compromis l'édification d'une filière Lait locale crédible. Les problèmes de la Colaiba à la suite des événements de mars 1991 20 n'y sont pas non plus étrangers.

20 La Colaiba regroupait en son sein un certain nombre de dignitaires de l'ancien régime qui avaient investi - parfois lourdement - dans l'élevage laitier péri-urbain.

Une nouvelle fois, c'est l'initiative privée qui permet d'entrevoir une possibilité de mettre sur pied un ensemble cohérent et viable 21 de production-transformation-commercialisation de lait et produits laitiers dans un pays africain: les mini-laiteries installées à Bamako se développent rapidement depuis 1990/91, souvent à l'initiative de femmes. Le terme mini-laiterie recouvre en fait une réalité complexe, des unités bénéficiant de financements extérieurs (AIPB: Aide aux Initiatives Productives de Base, émanation de la CFD; ONG canadienne, FED) aux petits ateliers familiaux. Leur adaptation au marché constitue un élément essentiel de rentabilité.

21 (à condition toutefois que se mette en place un contrôle effectif de l'hygiène de la fabrication et de la qualité des produits!)

Hors de Bamako, des projets laitiers se développent de façon diverse: succès relatif à Mopti (Kossam Mopti) suivant un financement de la CFD et une action de coopération décentralisée de la Région Franche-Comté, pour une petite unité performante de pasteurisation transformant en proportion variable selon la saison du lait en poudre et le lait local des élevages peuls, alors que Kénélait (crée en 1989 par initiative privée et prêt FED) à Sikasso a cessé ses activités en 1991. Une autre laiterie fonctionne à Koutiala avec l'appui d'une ONG française, le CIDR. Il s'agit d'une opération strictement villageoise, qui a valeur de test pour l'instant. L'objectif était de valoriser la production laitière des troupeaux de trait des agriculteurs de la zone cotonnière, qui n'ont pas de tradition d'élevage, et donc pas non plus de tradition laitière. L'expérience est un succès (organisation de la collecte, transformation minimale) et doit être reproduite dans d'autres zones du Mali.

6.6. Les projets laitiers au Sénégal

Il n'y a pas de structure politique ni de cadre législatif permettant d'asseoir le développement d'une filière Lait officielle au Sénégal; le seul appui à cette activité vient de la recherche zootechnique (C.R.Z.) et des services vétérinaires (L.N.E.R.V.). Les organisations de producteurs sont présentes à travers deux structures:

- la CETRA: Cellule d'Encadrement Temporaire et de Recherche d'Accompagnement, qui doit assurer la formation et l'information des éleveurs;

- le G.I.E. Cooplait chargé de collecter, traiter et distribuer du lait local sur Dakar.

Ces deux structures implantées dans la région d'élevage de Niayes devraient être des modèles pour le développement de la filière Lait sénégalaise; elles fonctionnent actuellement très en deçà des objectifs prévus; Cooplait a même disparu récemment.

L'initiative privée reste donc le seul ancrage possible de cette filière Lait. Deux réalisations en cours d'évolution ont vu le jour au Sénégal:

- la Ferme de la S.O.C.A.: Société de Conserves Agricoles implantée dans les Niayes à50 km de Dakar. A partir de capitaux privés, cette ferme doit prouver que l'on peut faire de l'élevage intensif en Afrique en particulier en valorisant les sous-produits agro-industriels pour l'alimentation animale. Sa production laitière repose sur un troupeau de plusieurs centaines de Jersiaises conduites de façon rationnelle.

Elle transforme cette production en produits laitiers tels que lait pasteurisé, lait caillé sucré... La SOCA prévoit à court terme la fabrication de fromages et de yaourts et aussi d'introduire la race Jersiaise en milieu villageois.

- le projet de Nestlé-Sénégal installé dans la région du Ferlo. A partir de centres de collectes fixes ou mobiles, Nestlé achète le lait des producteurs ruraux afin de substituer peu à peu ce lait local au lait en poudre utilisé pour la fabrication de lait concentré.

Mais les volumes de collecte restent très éloignés des objectifs du programme de développement: un prix peu attractif (90 FCFA/litre) pourrait expliquer en partie cette défaillance des éleveurs. Malgré un coût de collecte et de traitement exorbitant, Nestlé entend poursuivre ce projet qui répond à une stratégie à long terme.

D'autres projets existent dans d'autres régions du pays: laiterie du projet Primoca à Sedhiou, projet privé OSBI de ferme laitière intensive avec mise en route d'une unité de fabrication de lait UHT dans la vallée du fleuve.

6.7. Les enseignements des diverses expériences

Les projets de développement laitier en Afrique sont nombreux et émanent de divers horizons: projets mis en place par les autorités locales et projets d'initiative privée. Les sources de financement sont également diversifiées: organisations internationales multilatérales (F.A.O., P.N.U.D.) ou bilatérales (F.A.C., C.F.D.) mais aussi des O.N.G. de toutes origines: canadienne, allemande, italienne, française... La viabilité de tous ces projets, exprimée en terme de rentabilité des capitaux investis, est très variable. Les projets d'initiative publique s'avèrent généralement peu rentables et ne survivent que sous perfusion financière des autorités de tutelle, alors que les projets d'initiative privée, formel ou informel et souvent de taille modeste, connaissent une vitalité incontestable dans toutes les villes étudiées. En amont de la filière, on retrouve les mêmes difficultés, à savoir que les fermes laitières d'État (Ethiopie, Burundi) ou les structures coopératives (Sénégal, Mali), émanations de projets "officiels", souffrent d'une rentabilité médiocre qui conduit trop souvent à des échecs. Ces structures avaient pourtant été mises en place pour assurer la diffusion du progrès technique et économique au sein des éleveurs ruraux. Le fait est qu'elles n'ont pas souvent joué ce rôle et ont contribué à maintenir les éleveurs traditionnels dans l'immobilisme et la résignation, traits dominants de la filière Lait depuis des décennies. Or, il faut absolument que tout projet prenne en compte l'ensemble de la filière: production-transformation-distribution.

L'unité de traitement-transformation reste la pierre angulaire dans la construction de la filière. Toutefois il ne faut pas sous-estimer les freins s'opposant au développement d'une telle structure. Tout d'abord, il est nécessaire pour équilibrer les comptes de l'entreprise d'envisager un prix d'achat du lait au producteur qui soit sensiblement inférieur à celui des ventes directes et c'est par l'acceptation de cette obligation économique que se bâtit une solidarité entre les différents opérateurs de la filière , solidarité qui doit être à la base même de la filière. Cet écart de prix doit permettre d'intégrer la composante industrielle et commerciale du circuit formel et moderne.

Dans ces conditions d'achat à un moindre prix, il faut s'attendre à ce que les éleveurs privilégient une part plus ou moins importante de leur production vers la vente directe: c'est ce qui se passe pour Nestlé dans le Ferlo au Sénégal; dans ce cas, les conséquences sur la filière seront ressenties à long terme. Par contre, pour les adhérents de Colaiba, Cooplait et même Faso-Kossam, lorsque l'éleveur choisit l'option libérale et informelle de la vente directe, la pérennité de l'outil de transformation est compromise dès que le niveau des approvisionnements tend à baisser (saison sèche).

Egalement en aval, l'unité de traitement est confrontée aux structures de distribution du lait et des produits laitiers par le secteur informel, qui risque d'être déstabilisé: collecteurs, colporteurs et transformateurs artisanaux sont nombreux à graviter autour du lait. Ainsi, sur les différentes villes étudiées, ce secteur informel de transformation et de distribution peut regrouper plusieurs centaines d'opérateurs qui trouvent là un revenu. Il est certain que la déstabilisation de secteur informel ne sera pas compensée - loin de là - par des emplois créés au sein de la laiterie. De plus, le secteur informel, atomisé et souple, permet une distribution à la fois large et fine en allant vers les consommateurs (cf. système des clients abonnés dans presque toutes les villes), alors que la structure plus lourde de la laiterie ne pourra, pour des raisons de coûts de distribution excessifs, atteindre un tel degré de diffusion.

Ainsi donc, toute mise en place d'une filière Lait doit prendre en compte les contraintes, rigidités, et pesanteurs liées aux habitudes rencontrées, tant en amont qu'en aval auprès de l'ensemble des agents économiques concernés; un seul maillon faible peut faire céder l'ensemble, et c est l'échec, si fréquent dans les projets de développement laitier en Afrique. C'est donc une analyse minutieuse de la situation - au cas par cas - qui permettra d'éviter les erreurs: les études menées ici vont dans le sens d'une connaissance affinée des articulations au sein des filières Lait et constituent certainement une contribution intéressante à la définition des axes de réflexion pour la deuxième phase consacrée aux stratégies de développement de la production laitière en Afrique.

Conclusion générale

L'accroissement général de la population urbaine qui représentait en Afrique subsaharienne 16 % de la population totale en 1960 et 39 % en 1990 rend de plus en plus difficile l'approvisionnement des villes en produits alimentaires, d'autant plus que pour l'ensemble du continent la production alimentaire per capita a baissé sur cette période.

Cette constatation est particulièrement vraie pour les produits laitiers dont la demande est satisfaite par des importations croissantes: aujourd'hui elles représentent souvent plus de 90 % des approvisionnements des villes africaines en lait et produits laitiers alors que la production locale n'arrive pas à progresser de façon satisfaisante bloquée dans ses rigidités socio-économiques, intégrant difficilement les progrès techniques de sélection et de gestion des troupeaux et confrontée à une demande solvable limitée. Parmi les facteurs mis en cause dans cette situation, la formation des prix du lait et des produits laitiers occupe une place centrale. D'un côté, le marché mondial propose de la poudre de lait dont les exportations sont fortement subventionnées. On retrouve alors ces produits sur les marchés africains à des prix d'autant plus bas que la surévaluation constante du Franc CFA jusqu'à maintenant modérait le coût des importations. De l'autre côté, la faible productivité des troupeaux laitiers et la pénurie chronique de lait qui en résulte tirent les prix vers le haut. La production locale, concurrencée par les importations, ne peut dégager des revenus suffisamment rémunérateurs propres à encourager une augmentation des quantités mises sur le marché, d'où un recours sans cesse croissant aux approvisionnements extérieurs.

La nécessité de briser ce cercle vicieux du recours aux importations devient un impératif pour l'ensemble des pays africains: le coût considérable des achats extérieurs devient d'autant plus intolérable que, sur place, un potentiel parfois important ne trouve pas les débouchés lui assurant un développement sûr et régulier. Seule une augmentation forte de la production locale peut permettre à l'ensemble de la population un accès satisfaisant aux laits et produits laitiers et une bonne amélioration du revenu des paysans, enclenchant ainsi un véritable processus de développement. Or, cet accès minimum aux laits et produits laitiers en Afrique est encore loin d'être atteint. Les considérations ethniques, religieuses, sociologiques, sur la consommation de lait et produits laitiers en Afrique ne résistent pas à cette seule évidence: l'obstacle majeur à la consommation régulière de lait et produits laitiers, c'est la faiblesse du pouvoir d'achat, ou autrement dit, un prix trop élevé du lait et des produits laitiers. La relative faiblesse des prix des produits importés avait sensiblement amélioré l'accès à ces produits, mais la dévaluation du FCFA devrait relancer le débat et la première solution envisageable est celle du développement de la production locale. Plusieurs pays de l'Est africain sont en passe de réussir ce plan de développement: Tanzanie, Kenya, et la présente étude semble indiquer que l'Ethiopie a mis en place une filière Lait dynamique à l'abri de toute importation.

L'Afrique de l'Ouest ne présente pas toujours des conditions géo-climatiques aussi favorables qu'à l'Est, mais des potentiels importants de production ont été identifiés sur de nombreuses zones (Mali, Burkina-Faso, ]Nord de la Côte d'Ivoire

Les tentatives para-étatiques n'ont pas toujours apporté les résultats escomptés, mais les initiatives privées montrent clairement la possibilité de structurer autour d'unités laitières bien gérées des filières Lait dynamiques et viables. Par contre, là où les conditions naturelles sont moins favorables, entraînant un niveau de ressources fourragères insuffisant, il sera impossible d'intensifier la production laitière, et les efforts de sélection, de mise en place d'infrastructures de collecte et de transformation, etc. demeureront illusoires, sinon à des coûts de revient rédhibitoires. Alors, le recours aux importations devient le passage obligé pour répondre aux besoins de la population. De toute évidence, l'intensification de la production laitière locale demeure une voie essentielle du développement rural dans maintes régions d'Afrique, mais la production à tout prix (= c'est à dire au détriment d'une prise en compte de la filière dans son ensemble) doit être écartée, car tôt ou tard la réalité économique s'imposera, multipliant les échecs rencontrés dans ce domaine.

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Sigles et abréviations

L.P.L.:

Lait et produits laitiers

EqL:

Équivalent-Lait

V.L.:

Vache Laitière



Birr:

Monnaie Éthiopienne

F.F.:

Franc Français

FBU:

Franc du Burundi

FCFA:

Franc de la zone Franc pour 14 pays Africains

USD:

Dollar des U.S.A.



T:

Tonnes

mT:

milliers de Tonnes

MT:

Millions de Tonnes



mFCFA/mFBU:

milliers de Francs CFA/Burundi

MFCFA/MFBU:

Millions de Francs CFA/Burundi

MdsFCFA/MdsFBU:

Milliards de Francs CFA/Burundi

mBirr:

milliers de Birr

MBirr:

Millions de Birr



BIRD:

Banque Mondiale

CEE:

Communauté Economique Européenne

CFD:

Caisse Française de Développement (ex. CCCE)

CNUCED:

Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement



FAO:

Organisation Mondiale pour l'Agriculture et l'Alimentation

FED:

Fonds Européen de Développement

FMI:

Fond Monétaire International

GATT:

Accord Général sur les Tarifs Douaniers et le Commerce

OMS:

Organisation Mondiale de la Santé

ONG:

Organisation Non Gouvernementale

PAM:

Programme Alimentaire Mondial

PAS:

Programme d'Ajustement Structurel

PNUD:

Programme des Nations Unies pour le Développement

SMIC:

Salaire Minimum



CAF:

Coût d'Assurance et Fret (en anglais: CIF)

D.D.:

Droits de Douane

FAB:

Franchisé à Bord (en anglais: FOB)



CLB:

Centrale Laitière de Bujumbura

CNIA:

Centre Nationale d'Insémination Artificielle

CRZ:

Centre de Recherche Zootechnique

DDE:

Dairy Development Enterprise (Ethiopie)

ISABU:

Institut Supérieur Agronomique du Burundi

RSA:

République Sud-Africaine

ULB:

Union Laitière de Bamako

Parités monétaires

1 FCFA =

0,02 FF jusqu'au 11/I/94

1 FCFA =

0,01 FF depuis le 12/I/94

1 FCFA =

0,0036 USD en 1993

1 FCFA =

0,0017 USD depuis 1994



1 FBU =

0,0042 USD

1 FBU =

1,16 FCFA en 1993

1 FBU =

0,58 FCFA depuis 1994

1 FBU =

0,023 FF



1 USD =

5,50 FF en moyenne en 1993

1 USD =

5,80 FF depuis 1994



1 Birr =

1 FF

1 Birr =

0.16 USD

1 USD =

6,00 Birr

CAHIERS TECHNIQUES DE LA FAO

ÉTUDES FAO: PRODUCTION ET SANTÉ ANIMALES

1

Sélection animale: articles choisis de la Revue mondiale de zootechnie, 1977 (A C E F)

2

Eradication de la peste porcine classique et de la peste porcine africaine, 1976 (A E F)

3

Insecticides et matériel d'épandage pour la lutte contre la tsé-tsé, 1977 (A F)

4

Nouvelles sources d'aliments du bétail, 1977 (A/E/F)

5

Bibliography of the criollo cattle of the Americas, 1977 (A/E)

6

Utilisation en croisement des races méditerranéennes bovines et ovines, 1977 (A F)

7

L'action sur l'environnement de la lutte contre la tsé-tsé, 1977 (A F)

7 Rév.

1. L'action sur l'environnement de la lutte contre la tsé-tsé, 1981 (A F)

8

Races ovines méditerranéennes en régression, 1978 (A F)

9

Abattoirs et postes d'abattoirs: dessin et construction, 1978 (A E F)

10

Le traitement des pailles pour l'alimentation des animaux, 1979 (A C E F)

11

Packaging, storage and distribution of processed milk, 1978 (A)

12

Nutrition des ruminants: articles choisis de la Revue mondiale de zootechnie, 1978 (A C E F)

13

Buffalo reproduction and artificiel insemination, 1979 (A*)

14

Les trypanosomiases africaines, 1979 (A F)

15

Establishment of dairy training centres, 1979 (A)

16

Logement des jeunes bovins en stabulation libre, 1980 (A Ar E F)

17

Les ovins tropicaux prolifiques, 1980 (A E F)

18

Feed from animal wastes: state of knowledge, 1980 (A C)

19

East Coast fever and related tick-borne diseases, 1980 (A)

20/1

Le bétail trypanotolérant en Afrique occidentale et centrale - Vol. 1. Etude générale, 1980 (A F)

20/2

Le bétail trypanotolérant en Afrique occidentale et centrale - Vol. 2. Etudes par pays, 1980 (A F)

20/3

Le bétail trypanotolérant en Afrique occidentale et centrale - Vol. 3. Bilan d'une décennie, 1988 (F)

21

Guideline for dairy accounting, 1980 (A)

22

Recursos genéticos animales en América Latina, 1981 (E)

23

Lutte contre les maladies dans le sperme et les embryons, 1982 (A C E F)

24

Animal genetic resources - conservation and management, 1981 (A C)

25

Fertilité des bovins, 1985 (A C E F)

26

Camels and camel milk, 1982 (A)

27

Deer farming, 1982 (A)

28

Feed from animal wastes: feeding manual, 1982 (A C)

29

Echinococcosis/hydatidosis surveillance, prevention and control: FAO/UNEP/WHO guidelines, 1982 (A)

30

Sheep and goat breeds of India, 1982 (A)

31

Hormones in animal production, 1982 (A)

32

Résidus de récolte et sous-produits agro-industriels en alimentation animale, 1982 (A/F)

33

La septicémie hémorragique, 1982 (A F)

34

Plans de sélection des ruminants sous les tropiques, 1984 (A E F)

35

Les goûts anormaux du lait frais et reconstitué, 1982 (A Ar E F)

36

Tiques et maladies transmises par les tiques: articles choisis de la Revue mondiale de zootechnie, 1983 (A E F)

37

La trypanosomiase animale africaine: articles choisis de la Revue mondiale de zootechnie, 1983 (A F)

38

Diagnosis and vaccination for the control of brucellosis in the Near East, 1982 (A Ar)

39

L'énergie solaire dans la collecte et la transformation du lait à petite échelle, 1985 (A F)

40

Intensive sheep production in the Near East, 1983 (A Ar)

41

Perspectives d'intégration des productions végétale et animale en Afrique de l'Ouest, 1985 (A F)

42

Energie animale en agriculture en Afrique et en Asie, 1984 (A/F E)

43

Utilisation des sous-produits de l'olivier en alimentation animale dans le bassin méditerranéen, 1984 (A Ar E F)

44/1

Animal genetic resources conservation by management, data banks and training, 1984 (A)

44/2

Animal genetic resources: cryogenic storage of germplasm and molecular engineering, 1984 (A)

45

Maintenance systems for the dairy plant, 1984 (A)

46

Les races d'animaux domestiques en Chine et leur environnement, 1986 (A E F)

47

Réfrigération du lait à la ferme et organisation des transports, 1985 (F)

48

La fromagerie et les variétés de fromages du bassin méditerranéen, 1985 (F)

49

Manual for the slaughter of small ruminants in developing countries, 1985 (A)

50

Better utilization of crop residues and by-products in animal feeding: research guidelines - 1. State of knowledge, 1985 (A)

50/2

Better utilization of crop residues and by-products in animal feeding: research guidelines - 2. A practical manual for research workers, 1986 (A)

51

Dried salted meats: charque and carne-de-sol, 1985 (A)

52

Small-scale sausage production, 1985 (A)

53

Slaughterhouse cleaning and sanitation, 1985 (A)

54

Small ruminants in the Near East - Vol. l. Selected papers presented for the Expert Consultation on Small Ruminant Research and Development in the Near East (Tunis, 1985), 1987 (A)

55

Small ruminants in the Near East - Vol. II. Selected articles from World Animal Review 1972-1986, 1987 (A Ar)

56

Sheep and goats in Pakistan, 1985 (A)

57

The Awassi sheep with special reference to the improved dairy type, 1985 (A)

58

Small ruminant production in the developing countries, 1986 (A)

59/1

Animal genetic resources data banks - 1. Computer systems study for regional data banks, 1986 (A)

59/2

Banques de données sur les ressources génétiques animales - 2. Descripteurs concernant le bétail bovin, les buffles, les espèces ovine, caprine et porcine, 1987 (A E F)

59/3

Banques de données sur les ressources génétiques animales - 3. Descripteurs concernant les espèces avicoles, 1987 (A E F)

60

Sheep and goats in Turkey, 1986 (A)

61

The Przewalski horse and restoration to its natural habitat in Mongolie, 1986 (A)

62

Les coûts de production et de transformation du lait et des produits laitiers, 1986 (A E F)

63

Proceedings of the FAO expert consultation on the substitution of imported concentrate feeds in animal production systems in developing countries, 1987 (A C)

64

Poultry management and diseases in the Near East, 1987 (Ar)

65

Animal genetic resources of the USSR, 1989 (A)

66

Animal genetic resources - strategies for improved use and conservation, 1987 (A)

67/1

Trypanotolerant cattle and livestock development in West and Central Africa - Vol. l, 1987 (A)

67/2

Trypanotolerant cattle and livestock development in West and Central Africa - Vol. ll, 1987 (A)

68

Crossbreeding Bos indicus and Bos taurus for milk production in the tropics, 1987 (A)

69

La transformation laitière au niveau villageois, 1988

(A E F)


70

La production de viande ovine et caprine dans les régions tropicales humides de l'Afrique de l'Ouest, 1989 (A/F)

71

Le développement de la production ovine dans les villages d'Afrique de l'Ouest, 1989 (A Ar E F) (Publié comme Manuel de formation à l'intention des vulgarisateurs, M/S5840F)

72

Sugarcane as feed, 1988 (A/E)

73

Standard design for small-scale modular slaughterhouses, 1988 (A)

74

Small ruminants in the Near East - Vol. III. North Africa, 1989 (A)

75

The eradication of ticks, 1989 (A/E)

76

Ex situ cryoconservation of genomes and genes of endangered cattle breeds by means of modern biotechnological methods, 1989 (A)

77

Training manual for embryo transfer in cattle, 1991 (A)

78

Milking, milk production hygiene and udder health, 1989 (A)

79

Manual of sim ple methods of meat preservation, 1990 (A)

80

Animal genetic resources - a global programme for sustainable development, 1990 (A)

81

Diagnostic bactériologique vétérinaire - Méthodes de laboratoire pour le diagnostic de certaines maladies du bétail, 1992 (A F)

82

Reproduction in camels - a review, 1990 (A)

83

Manuel de formation pour l'insémination artificielle chez les ovins et les caprins, 1993 (A F)

84

Training manual for embryo transfer in water buffaloes, 1991 (A)

8 5

The technology of traditional milk products in developing countries, 1990 (A)

86

Feeding dairy cows in the tropics, 1991 (A)

87

Production des vaccins contre la fièvre charbonneuse et le charbon symptomatique, 1992 (A F)

88

Petits ruminants: production et ressources génétiques en Afrique tropicale, 1992 (A F)

89

Production de vaccins contre la maladie de Marek, la maladie de Newcastle et la maladie de Gumboro, 1992 (A F)

90

Application of biotechnology to nutrition of animals developing countries, 1991 (A F)

91

Abattage, découpe de la viande et traitement ultérieur, 1994 (A E F)

92

Manual on meat cold store operation and management, 1991 (A E)

93

Utilization of renewable energy sources and energy-saving technologies by small-scale milk plants and coilection centres, 1992 (A)

94

Proceedings of the FAO expert consultation on the genetic aspects of trypanotolerance, 1992 (A)

95

Roots, tubers, plantains and bananas in animal feeding, 1992 (A)

96

Distribution and impact of helminth diseases of livestock in developing countries, 1992 (A)

97

Construction and operation of medium-sized abattoirs in developing countries, 1992 (A)

98

Small-scale poultry processing, 1992 (E)

99

In situ conservation of livestock and poultry, 1992 (A)

100

Programme for the control of African animal trypanosomiasis and related development, 1992 (A)

101

Genetic improvement of hair sheep in the tropics, 1992 (A)

102

Legume trees and other fodder trees as protein sources for livestock, 1992 (A)

103

Improving sheep reproduction in the Near East, 1992 (Ar)

104

The management of global animal genetic resources, 1992 (A)

105

Sustainable livestock production in the mountain agro-ecosystem of Nepal, 1992 (A)

106

Sustainable animal production from small farm systems in South-East Asia,1993, (A)

107

Strategies for sustainable animal agriculture in developing countries, 1993 (A)

108

Evaluation of breeds and crosses of domestic animals, 1993 (A)

109

Bovine spongiform encephalopathy, 1993 (A)

110

L'amélioration génétique des bovins en Afrique de l'Ouest, 1993 (F)

111

La utilización sostenible de hembras F1 en la producción del ganado lechero tropical, 1993 (E)

112

Physiologie de la reproduction des bovins trypanotolérants, 1993 (F)

113

La technologie des fromages au lait de dromadaire (Camelus dromedarius), 1993 ( F)

114

Food losses due to non-infectious and production diseases in developing countries, 1993 (A)

115

Manuel de formation pratique pour la transplantation embryonnaire chez la brebis et la chèvre, 1993 (F)

116

Quality control of veterinary vaccines in developing countries, 1993 (A)

117

L'hygiène dans l'industrie alimentaire - Les produits et l'application de l'hygiène, 1993 (F)

118

Quality control testing of rinderpest cell culture vaccine, 1994 (A)

119

Manual on meat inspection for developing countries, 1994 (A)

120

Manual para la instalaciôn del pequeno matadero modular de la FAO, 1994 (E)

121

Approche systématique de la lutte contre la mouche tsé-tsé et la trypanosomiase, 1994 (A/F)

122

El capibara (hydrochoerus hydrochaeris) - Estado actual de su producción, 1995 (E)

123

Procesamiento de subproductos animales comestibles, 1995 (S)

124

L'approvisionnement des villes africaines en lait et produits laitiers, 1995 (F)

Disponibilité: février 1995

A - Anglais
Ar - Arabe
C - Chinois
E - Espagnol
F - Français
P - Portugais
Multil. - Multilingue
* Epuisé
** En préparation

On peut se procurer les Cahiers techniques de la FAO auprès des points de vente des publications de la FAO, ou en s'adressant directement à la Section distribution et ventes, FAO, Viale delle Terme di Caracalla, 00100 Rome, Italie.

Cette étude trace les grandes lignes des changements démographiques qui se sont produits au cours des 30 dernières années dans six villes d'Afrique de l'Ouest et en évalue les répercussions sur l'offre et la demande de lait et de produits laitiers. Jusqu'à présent, les importations couvraient plus de 90 pour cent des besoins en lait et produits laitiers. Toutefois, la dévaluation du franc CFA, les changements de prix ainsi que la disponibilité de ces produits entraîneront une augmentation de la production locale si des infrastructures de collecte, de transformation et de distribution du lait et des produits laitiers sont mises en place.

Version texte