Page d'accueilAide
Rechercher des termes spécifiquesParcourir les publications classées par catégoriesParcourir les publications par listes alphabétiquesParcourir les publications par organisationParcourir les publications par documents provenant de ce pays



Ouvrir cette page dans une nouvelle fenêtreAfficher toute la table des matièresAfficher le texte pour la section selectionnée seulement
close this bookVisite d'étude sur l'agroforesterie (CTA, 1994)
Voir cette section du texte(introduction...)
Voir cette section du texteSigles et abréviations
Voir cette section du texteIntroduction
Voir cette section du textePrincipales conclusions et recommandations
Ouvrir ce fichier et voir le contenuSynthèse
Voir cette section du texteVisites sur le terrain : déroulement des programmes journaliers
Ouvrir ce fichier et voir le contenuConférences
Ouvrir ce fichier et voir le contenuAnnexes


Visite d'étude sur l'agroforesterie (CTA, 1994)

Compte rendu

Burkina Faso, 14-25 novembre 1994
Editeur scientifique: Michel Baumer

Couverture: Recherche sur l'agroforesterie au Burkina Faso. Un chercheur du CIRAD/IRBET calcule la production fourragère de Faidherbia albida.
Photo R. Peltier Cirad - Forêt/ENGREF

Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (ACP-UE)

Le Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) a été créé en 1983 dans le cadre de la Convention de Lomé entre l'Union européenne et les Etats du groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).

Le CTA a pour mission de développer et de fournir des services qui améliorent l'accès à l'information pour le développement agricole et rural, et de renforcer les capacités de ces pays à produire, acquérir, échanger et exploiter l'information dans ce domaine. Les programmes du CTA sont articulés autour de trois axes principaux: le renforcement des capacités des pays ACP en information, l'encouragement des échanges entre les partenaires du Centre, et la fourniture d'informations sur demande.

© CTA 1996
ISBN 92 9081 1579

Mise en page et production:
Louma productions, Aniane, France

Imprimé par:
Imprimerie Louis-Jean, Gap, France

Dépot légal: 886
décembre 1996

Sigles et abréviations

ACCT

Agence de coopération culturelle et technique (France)

ACP

Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique

AFRENA

Agroforestry Research Network for Africa / Réseau africain de recherche agroforestière

CEDA

Centre d'étude pour le développement africain

CEDEAO

Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Nigeria)

CEE

Communauté économique européenne

CILSS

Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (Burkina Faso)

CIRAD

Centre international de recherche agronomique pour le développement (France)

CNRS

Centre national de la recherche scientifique (France)

CNRST

Centre national de la recherche scientifique et technique (Burkina Faso)

CNSF

Centre national des semences forestières (Burkina Faso)

CTA

Centre technique de coopération agricole et rurale (Pays-Bas)

CTFT

Centre technique forestier tropical, désormais CIRAD-Forêt (France)

ENDA/TM

Environnement, développement et action dans le Tiers-Monde (Sénégal)

GRET

Groupe de recherche et d'échanges technologiques (France)

GTZ

Deutsche Gesellschaft fur technische Zusammenarbeit (coopération technique allemande)

ICRAF

International Center for Research in Agroforestry/Centre international pour la recherche en agroforesterie (Kenya)

IEMVT

Institut d'élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux, désormais CIRAD-EMVT (France)

IER

Institut d'économie rurale (Mali)

IGN

Institut géographique national (France)

IITA

International Institute for Tropical Agriculture / Institut international pour l'agriculture tropicale (Nigeria)

INADES-Formation

Institut africain pour le développement économique et social - Centre de formation (Burkina Faso)

INERA

Institut national d'études et de recherches agricoles (Burkina Faso)

INRA

Institut national de la recherche agronomique (France)

INSAH

Institut du Sahel (Mali)

IRBET

Institut de recherche en biologie et écologie tropicale (Burkina Faso)

ISRA

Institut sénégalais de la. recherche agronomique (Sénégal)

NEF

Nouvelle Ecole fondamentale (Mali)

OHVN

Office de la haute vallée du Niger

ONG

Organisation non gouvernementale

ORSTOM

Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération (France)

PANE

Plan d'action :national pour l'environnement (Burkina Faso)

PNGT

Plan national de gestion des terroirs (Burkina Faso)

PNRA

Programme national de recherche agricole (Burkina Faso)

SAED

Société d'aménagement économique et de développement (Sénégal)

SALWA

Sous-réseau AFRENA des terres semi-arides en Afrique de l'Ouest (Mali)

SODEVA

Société de développement de la vallée (du Sénégal) (Sénégal)

UE

Union européenne

UNEP

United Nations Environment Programme

UNESCO

Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture

UNICEF

Organisation des Nations unies pour l'enfance

USAID

United States Agency for or International Development

Introduction

Devant la dégradation accélérée de l'environnement sahélien, il apparaît aujourd'hui nécessaire d'envisager la réintroduction systématique de l'arbre dans les terroirs villageois et de soutenir les activités agroforestières pour reconstituer le système foresterie-agriculture-élevage, base d'un véritable développement agricole durable.

C'est dans ce contexte que le CTA, en collaboration avec l'INSAH (Institut du Sahel) et l'IRBET (Institut de recherche en biologie et écologie tropicale), a organisé une visite d'étude sur les réalisations agroforestières au Burkina Faso, du 14 au 25 novembre 1994.

Par ailleurs, cette visite d'étude était conforme aux recommandations du Séminaire régional sur les obstacles rencontrés par le paysan africain dans l'utilisation de l'arbre, organisé par le CTA à Kigali, en juin 1988, et à celles de l'Atelier sur les besoins en information agricole en Afrique de l'Ouest, organisé à Banjul, en mai 1993, par le CTA et la CEDEAO.

Elle devait permettre aux participants d'améliorer leurs connaissances, d'échanger celles-ci et d'apprécier la contribution de l'agroforesterie dans les systèmes de production durable à la lumière de réalisations en cours dans des projets de développement et de différentes pratiques agroforestières traditionnelles.

Cette visite, centrée sur les zones semi-arides d'Afrique occidentale, avait également pour objectif de mettre l'accent sur les applications pratiques des acquis de la recherche en milieu rural et sur les indispensables interrelations entre recherche et développement.

Ont pris part à cette visite une vingtaine de spécialistes venant de la zone sahélienne (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Tchad) et des représentants de quelques organismes de développement rural actifs dans le domaine de l'agroforesterie (Centre songhaï, ENDA et INADES). La liste des participants est donnée en annexe¹.

Principales conclusions et recommandations

Les principaux enseignements de cette visite d'étude sont les suivants:

· la de conscience des paysans s'accélère quant à la dégradation de leur environnement;
· la réussite des projets de développement dépend de la prise en compte des préoccupations des paysans et de leur implication dans les différentes phases, de :la conception à l'évaluation;
· il y a nécessité d'une action concertée des gouvernements des pays du CILSS pour une meilleure reconnaissance de l'importance de l'approche agroforestière dans les projets de développement rural;
· l'agroforesterie est une composante fondamentale de la gestion des terroirs des pays du Sahel en vue d'une production durable;
· l'unité d'action est absolument indispensable, pour une meilleure efficacité, entre services gouvernementaux, ONG et associations paysannes.

En conformité avec les engagements pris par l'ensemble des pays du Sahel dans le cadre de la Convention internationale sur la désertification (Agenda 21), les participants ont recommandé:

au plan général

1. de sensibiliser plus encore les gouvernements des pays membres du CILSS à l'agroforesterie, en soulignant la nécessité de résoudre les problèmes des paysans tels que ceux-ci les identifient eux-mêmes;
2. de mettre sur pied un programme sous-régional sur les haies vives, avec une application dans chacun des pays concernés;
3. de favoriser les échanges entre paysans;
4. d'élargir les recherches en cours et de mieux les coordonner;

en matière d'information

5. de les tenir régulièrement, et leurs gouvernements, au courant des résultats de la recherche, même provisoires;
6. d'établir et de diffuser largement pour chacun des pays du CILSS un rapport illustré complet de toutes les activités agroforestières qui sont en cours, des activités de recherche, de formation et de développement;
7. d'établir et de publier des notes techniques sur les principaux problèmes de l'actualité agroforestière;
8. de donner des facilités aux chercheurs, aux formateurs et aux développeurs du Sahel pour publier leurs travaux;
9. d'augmenter le nombre de publications, notamment en langue française, spécialement consacrées à l'agroforesterie;

en matière de formation

10. de faire un grand effort pour développer dans la zone écologique considérée les moyens de formation appropriés en agroforesterie, en particulier en langue française.

N.B. - Il appartient à l'Institut du Sahel (INSAH) d'approcher ses partenaires pour la mise en œuvre de ces conclusions et recommandations.

Synthèse

Déroutement des travaux

Dans le présent chapitre, on trouvera un exposé succinct de la façon dont se sont déroulés les travaux, les conférences, les visites sur le terrain, et une évaluation de l'ensemble des travaux basée sur les propres estimations des participants.

Ouverture officielle

La cérémonie d'ouverture a été présidée par M. Jean-Paul Sawadogo, ministre de l'Agriculture et des Ressources animales du Burkina Faso, en présence du directeur général du CNRST, représentant le ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique, du directeur de l'IRBET et du représentant du directeur du CTA.

Dans son discours (dont on trouvera le texte en annexe 4), le ministre de l'Agriculture et des Ressources animales a exprimé sa satisfaction pour cette visite d'étude qui apparaît d'une grande importance pour l'orientation des interventions des projets de développement vers des actions favorables à l'amélioration qualitative des conditions environnementales indispensables à l'accroissement des productions animales. Il a précisé que, devant la dégradation accélérée de l'environnement sahélien, il apparaissait urgent d'envisager la réintroduction systématique et soutenue de l'arbre dans les terroirs villageois. Il a ainsi estimé que des voies et moyens devraient être recherchés pour faire de l'agroforesterie une activité régulière et soutenue à tous les niveaux, afin de reconstituer le système foresterie-agriculture-élevage, sur lequel s'appuie tout modèle de développement durable.

M. Dominique Hounkonnou, représentant du directeur du CTA, après avoir présenté la mission du Centre et les principaux axes d'activité de ce dernier, a souligné que la Convention de Lomé accordait une importance particulière à la sécurité alimentaire et à la préservation des ressources naturelles des pays ACP; il a insisté de façon plus précise sur le développement des systèmes agroforestiers (voir en annexe 4 le texte de ce discours).

Il a ensuite fait le point des activités déjà conduites par le CTA dans le domaine de l'agroforesterie, notamment la réalisation, en collaboration avec ses partenaires, de diverses études dont les publications ont été largement diffusées. Il a enfin signalé que l'organisation de la visite d'étude s'inscrivait dans le cadre du suivi des recommandations de réunions antérieures.

Motivations des participants

Les participants ont pu exposer les motivations qui les avaient conduits à suivre la visite d'étude. Les principaux avis qui ont été émis sont résumés ci-après.

M. Paulin Noumado, du Bénin, est chargé de la formation des jeunes agriculteurs. Après avoir dit son intérêt pour les savoirs paysans et pour les problèmes liés à la vulgarisation, il a donné quelques informations sur le rôle joué au Bénin par l'IITA et par l'aide néerlandaise, qui, en liaison avec le Centre songhaï d'agriculture biologique, se sont intéressés aux terres de barre et y ont suscité le «choc acacia» (Racosperma auriculiforme = Acacia auriculiformis) en jachère ligneuse, réussissant à produire de 600 à 1 200 kg/ha de matière verte. Ces aides extérieures ont également contribué au développement des cultures en couloirs, à l'utilisation fourragère du pois d'Angole, qui est efficace dans la lutte contre Imperata sp. pl., hautes graminacées très envahissantes. Il a mentionné aussi l'élevage du lapin, des cobayes et des petits ruminants, nourris avec des patates, du Mucuna sp. pl. et des feuilles de Racosperma auriculiforme et de Leucaena leucocephala; la mortalité des lapins en serait réduite et leur rendement augmente´. Les feuilles de ces ligneux sont également utilisées, avec 25 % de drêches de brasserie, pour nourrir des moutons.

Une note technique concise et précise, donnant des, explications utiles sur quelques techniques agroforestières utilisées au Bénin, est reproduite en annexe 2.

M. Abdou Yehiya Maiga a parlé de la vocation agro-sylvopastorale de son pays, le Mali. Il a souligné que les banques fourragères, la lutte contre les feux. de brousse et l'alimentation du bétail étaient des préoccupations majeures. Pour l'alimentation du bétail, Pterocarpus erinaceus et P. lucens restent très utilisés, mais Gliricidia Sepium et Leucaena leucocephala offrent des ressources grandissantes.

Le problème de la tenure est souligné comme étant important. Les limites des parcelles et la protection des cultures contre les animaux divagants posent problème. Des essais sont en cours, notamment avec Jatropha Curcas, afin de produire des carburants pour moteurs à explosion.

Les parcs présentent un intérêt majeur pour le Mali, surtout ceux à «gao», Faidherbia albida, et ceux à karité, Butyrospermum Parkii, qui sont les plus répandus et qui donnent les meilleurs rendements économiques. On y étudie la structure et l'évolution de la composition botanique.

On expérimente aussi sur la gommeraie à Acacia Senegal pour déterminer notamment l'espacement optimal des arbustes. Peut-on les multiplier végétativement ? Quelle est leur phénologie (pour une meilleure exploitation par les éleveurs) ?

Une communication sur les premiers résultats des activités de recherche agroforestière au Mali est reprise en annexe 2.

M. Jean-Martin Kambire, du Burkina Faso, s'intéresse à la formation des paysans et aux pépinières villageoises pour les plantations en plein champ et pour la végétalisation des diguettes de rizière, ainsi qu'à la bio-diversité. Il s'occupe du Programme de conservation des sois et des eaux. Il fait de la recherche-développement en association avec l'IRBET et l'INERA et travaille avec trois ministères et trois ONG (pour la composante crédit) sur les haies vives antiérosives, sur les haies défensives, les parcs fourragers, les parcs agroforestiers et les brise-vent. Ces thèmes ont été choisis pour répondre à des besoins exprimés par les paysans. Son objectif est la restauration du potentiel de production sur le Plateau mossi. Il travaille aussi avec l'ICRAF et l'Observatoire du Sahara et du Sahel.

Il est très intéressé de connaître les résultats, positifs et négatifs, de l'agroforesterie, notamment sur les points suivants:

· l'élevage sédentaire de petits ruminants;
· la divagation des animaux;
· la distribution des plants et l'évolution ces paysans vers des pépinières villageoises privées;
· la régénération naturelle assistée.

M. Joachim Bazie, de l'lNADES-Formation (Burkina Faso), s'est dit spécialement intéressé par la régénération naturelle assistée d'essences locales, surtout Faidherbia albida, et par la végétalisation des cordons pierreux antiérosifs. Il souhaite en savoir plus sur les jachères et les terrains abandonnés ou délaissés, et il est à la recherche de méthodes économiques de régénération des sols. Sa spécialité est la formation de paysans formateurs et il espère recevoir pendant la visite des enseignements qui lui seront utiles.

M. Sibiri Ouedraogo a évoqué les travaux de recherche-développement auxquels il participe. Il a marqué son ouverture à tous les enseignements qu'il pourra recueillir de ses collègues, en particulier durant les visites de terrain.

Mme Pauline Mala et M. Belyo Koumbaye, du Tchad, disent attendre beaucoup des visites sur le terrain et des échanges avec leurs collègues.

M. Thierno Bal Seck, d'ENDA-Systèmes de production, au Sénégal, a fait distribuer un document (voir annexe 2). Le texte de ce document est important mais les objectifs qu'il met en avant se situent à un niveau sans doute assez différent de celui, très pratique, qui avait été prévu pour la visite d'étude

M. Alhatt Agga, de l'Association Timidria (Fraternité/Solidarité), autorisée depuis le 3 décembre 1991, expose les objectifs que poursuit l'association dans six des huit départements administratifs du Niger:

· promouvoir et organiser les actions d'éducation de ses adhérents et des populations environnantes;
· œuvrer pour l'amélioration de la santé humaine et animale;
· veiller à une cohabitation pacifique entre agriculteurs et éleveurs;
· promouvoir une politique de l'eau aux plans régional et national;
· inciter la population à protéger l'environnement et à lutter contre la désertification (plantation d'arbres, enrichissement du pâturage, travaux de demi-lunes, et tous autres travaux d'investissement, antiérosifs en particulier).

Lui-même s'intéresse à la fixation des dunes, aux demi-lunes antiérosives et, avant tout, aux problèmes liés aux nomades (sédentarisation, conflits avec les sédentaires, approvisionnement fourrager). Il attend beaucoup des visites sur le terrain.

M. Amadou Aliou, comptable gestionnaire de l'Association pour la réorganisation de l'élevage au Niger, est particulièrement intéressé par ce que l'agroforesterie peut apporter aux éleveurs. Il attend beaucoup, lui aussi, des visites sur le terrain. Il souligne qu'au Niger l'agroforesterie commence à peine à voir le jour en tant qu'approche scientifique et que l'un des problèmes majeurs est l'état de conflit quasi permanent entre agriculteurs et éleveurs. Il s'intéresse à la commercialisation du bétail.

M. Ousseynou Diop, ancien chercheur de l'ISRA, travaille au Sénégal dans des programmes de recherche. Il signale que l'ISRA a obtenu des résultats importants en appliquant la méthode «D and D»; celle-ci a permis de trouver pour chaque zone agroécologique des solutions techniques appropriées. Des propositions ont été faites pour certaines techniques comme les brise-vent, les parcs arborés, les aires pastorales et les cultures en couloirs. L'un des obstacles aux brise-vent est le trop long délai de compensation. La divagation du bétail et les problèmes fonciers (liés notamment au rôle du père) sont les obstacles les plus importants à l'agroforesterie... mais ce sont aussi des domaines où l'agroforesterie peut jouer un grand rôle.

Il considère qu'au Sénégal la recherche a fait son travail mais que la vulgarisation n'a pas suivi. Il y a des «packages» (ou ensemble de techniques pour résoudre les problèmes d'une petite région agricole) qui ne sont pas utilisés, et la SODEVA n'a pas atteint les résultats qu'elle escomptait. M. Diop s'intéresse à la biodiversité et à la récupération des terres salées (notamment par la riziculture). Il travaille sur Prosopis juliflora, P. chilensis, Melaleuca leucodendron, Acacia Senegal, A. nilotica, A. Seyal, et fait des tests d'introduction de ces espèces. Il travaille aussi sur les brise-vent dans le but de limiter les transferts éoliens. Il a préparé un projet qui a été soumis à l'USAID, qui comprend brise-vent, haies vives, cultures en couloirs, aires pastorales, avec utilisation de Faidherbia albida et de Zizyphus mauritiana.

M. Abdoul Karim Diallo s'intéresse à la promotion du gommier, Acacia Senegal, à l'aménagement des parcours, et à l'introduction d'Acacia mellifera. Il travaille au Mali pour une nouvelle ONG. Il attend de sa participation un enrichissement de ses connaissances à travers des échanges d'expériences.

MM. Ould Sid'Ahmed Bah et Abdallalli Ould Tolba Mohamed, de Mauritanie, ont présenté le 20 novembre une vidéocassette réalisée dans leur pays pendant une mission de l'UNICEF. A cette occasion, ils ont souligné la vocation de la Mauritanie pour l'élevage. On trouvera le compte rendu de leur présentation avec le rapport de la journée du 20 novembre.

Conférences

Des conférences-débats ont été organisées pendant la v site dans le but d'alimenter les discussions sur quelques thèmes liés au développement de l'agroforesterie. On trouvera les textes de ces conférences en dernière partie de l'ouvrage.

La première conférence, relative à «La formation des paysages agroforestiers au Burkina Faso», a été développée par le Pr Joseph Ki-Zerbo. Celui-ci a montré que la formation et la transformation des paysages agroforestiers doivent être perçues comme un mouvement dialectique entre l'homme et la nature. Il a souligné que les interventions de l'homme peuvent, selon les cas, tendre à harmoniser ou à déséquilibrer les paysages.

Après avoir fait ressortir l'importance actuelle de l'agroforesterie en général et de l'arbre en particulier, le conférencier a insisté sur la nécessité de placer ces deux éléments dans un contexte éducationnel. Selon lui, l'éducation devrait lier l'école à la vie; l'école devrait être un lieu privilégié où l'on apprend non seulement à planter et à entretenir les arbres, les arbustes et les arbrisseaux, mais aussi à «introduire les enfants dans toute une philosophie..., où l'arbre est l'allié et le parent de l'homme».

Le Pr Ki-Zerbo a enfin souligné que «l'agroforesterie ne doit pas être considérée comme un système clos et technique, mais comme un système intégral et intégré».

Dans une conférence intitulée «Droit foncier, droit de l'arbre et agroforesterie», le Pr Hubert Ouedraogo a présenté les éléments du droit foncier au Burkina Faso. Celui-ci est caractérisé par un dualisme entre législation foncière étatique et droit foncier traditionnel. L'accent a été mis sur le système traditionnel qui est prédominant dans la plupart des sociétés et marqué par la transmission verbale de l'information. En conclusion, certains problèmes liés à l'agroforesterie ont fait l'objet d'une attention particulière, entre autres:

· le conflit entre exploitation individuelle e.: exploitation communautaire;
· le droit foncier traditionnel et le crédit agricole;
· l'absence de sécurité foncière;
· l'accès des femmes à la terre.

On retiendra notamment de cette conférence que les problèmes de tenure des terres constituent une contrainte majeure au développement de l'agroforesterie.

Dans la troisième conférence, sur «Les ligneux à usages multiples», Ouétian Bognounou a montré la variété des espèces ligneuses au Sahel. Celles-ci ont été longtemps préservées par les paysans pour lesquelles elles jouent un rôle non négligeable dans la vie (alimentation, affouragement des animaux domestiques, médecine traditionnelle et pharmacopée, artisanat...). Le conférencier a par ailleurs fait ressortir l'importance de certaines espèces comme Faidherbia albida, le karité, le néré, le baobab, le rônier... dans la vie des différentes ethnies du Burkina Faso. Selon lui, lorsque les techniciens et administrateurs que nous sommes se situent dans une perspective d'aménagement des terroirs, il est de leur devoir de prendre en considération la logique agroforestière des paysans, leurs conceptions de l'environnement ainsi que leurs besoins fondamentaux. Cette attitude permettra de concilier les connaissances traditionnelles et millénaires des paysans avec la rationalité technique des chercheurs sur le terrain.

Dans le même ordre d'idées, les participants ont recommandé une intensification des recherches et que celles-ci soient mieux coordonnées (recommandation n° 4). Ils ont exprimé le vœu d'être tenus au courant des résultats déjà obtenus et des orientations nouvelles. Par ailleurs, il a été demandé que dans chacun des pays soit mise en place une équipe interdisciplinaire pour l'agroforesterie, là où elle n'existe pas encore, et que soient réinstallées et renforcées celles qui avaient été constituées dans le cadre du réseau SALWA (Terres semi-arides d'Afrique de l'Ouest) du programme AFRENA (Réseau africain de recherche agroforestière) de l'ICRAF.

Enfin, pour soutenir un développement durable des actions en agroforesterie, il a été recommandé que les pouvoirs publics prennent rapidement les dispositions nécessaires pour l'institutionnalisation de ces équipes et pour leur donner une structure plus permanente.

L'«Analyse comparative de systèmes de parcs à Faidherbia albida» a fait l'objet d'une quatrième conférence par M. Denis Depommier, du CTFT, qui a présenté les travaux qu'il conduit à Watinoma et à Dossi et exposé les principaux résultats qu'il a obtenus. Il faut en retenir notamment que la production de gousses des Faidherbia albida dans les deux sites considérés est très inférieure à ce qui est souvent indiqué par les auteurs en d'autres lieux. Le texte de cette conférence ne peut malheureusement pas être publié tant que les matériaux sur lesquels elle a été élaborée n'auront pas fait l'objet d'une soutenance de thèse à Paris.

Thèmes principaux et enseignements

Sont reprises sous cette rubrique quelques idée, qui ont été discutées dans différents sites, ou qui présentent une importance particulière pour le développement rural en Afrique par l'agroforesterie.

Le choix des personnes impliquées

Pour qu'un projet réussisse, il est indispensable qu'il satisfasse aux besoins des personnes concernées, tels que celles-ci les définissent et non tels qu'ils sont définis par les techniciens ou les experts.

On se rappellera l'histoire des paires de chaussures. Le reboisement effectué chaque année pendant six ans autour d'un village a été détruit chaque année par les villageois (délits de coupe et de pâturage) parce que ce reboisement était conduit par le Service forestier pour lutter contre l'érosion. Or, les villageois ne percevaient pas l'érosion comme un dommage réel. Quand une enquête «D and D» a permis de constater que leur problème n'était pas l'érosion mais l'achat de chaussures pour leurs enfants à chaque rentrée scolaire, le reboisement a été conçu pour leur permettre de vendre du bois et d'acheter des chaussures avec le produit des ventes et il a été parfaitement respecté par eux.

Il faut aussi, pour qu'un projet réussisse, qu'il soit animé ou dirigé, avec une totale implication, par un excellent animateur possédant des qualités de charisme évidentes aux yeux des paysans.

Intégration

Plus que tout autre, un projet d'agroforesterie, à cause de sa complexité, doit toujours être parfaitement intégré dans un programme général de développement. Cc qu'aide grandement à faire l'utilisation de la méthode «D and D». L'un des grands avantages de cette méthode est de remettre constamment en cause les résultats préliminaires acquis et, par son approche itérative, de reprendre à chaque instant les données de chaque cas, parce qu'on les connaît de mieux en mieux avec l'expérience, et les acquis de chaque situation pour les réexaminer et les corriger.

Recherche

Il est presque impossible en agroforesterie d'établir des ensembles de recommandations détaillées (en anglais «packages») tant les conditions de chaque site sont nombreuses et variables. Tout au plus peut-on, pour une petite région agricole donnée et à un moment donné, établir une liste de techniques et d'espèces susceptibles de réussir. Mais un minimum de recherche appliquée est nécessaire avant de transposer dans un environnement donné des résultats positifs obtenus ailleurs ou en un autre temps. La recherche devrait toujours précéder le développement. Il est prudent de ne vulgariser des techniques qu'après les avoir soumises localement à des essais en station et au champ.

Ligneux à usages multiples

Prosopis sp. pl.

De nombreux Prosopis juliflora en Afrique sont des hybrides. Pour des recherches comme pour des applications, il faut obtenir des graines ou des plants de provenance et d'identification certaines. On pourra consulter à ce sujet le Dr Fred Owino au siège de l'ICRAF.

Prosopis africana est insuffisamment utilisé, après l'avoir été trop, ce qui a entraîné sa raréfaction généralisée. C'est un arbre fixateur d'azote, donnant notamment un excellent bois de feu et de service.

Pour les sols salés secs, davantage d'essais avec Prosopis Tamarugo seraient souhaitables. La combinaison, dans l'affourragement des animaux, de feuilles et de gousses de Prosopis avec des feuilles et des gousses de Parkinsonia africana donne un régime bien équilibré en protéines.

Faidherbia albida

On trouvera dans l'ouvrage récent du CTFT (cf. rapport de la journée du 18 novembre) tout ce qu'il faut savoir de cette espèce.

Dans la pratique, on tiendra compte des données suivantes:

· davantage d'attention doit être donnée à la distinction entre les deux sous-espèces A et B. particulièrement en ce qui concerne leurs exigences écologiques; en conséquence, on n'utilisera dans les essais que des plantes de provenance rigoureusement déterminée;
· comme il a déjà été signalé, Faidherbia ne peut jouer pleinement son rôle d'améliorateur du sol que s'il est implanté dans un sol déficient en azote et que s'il est inséré dans un système où des animaux d'élevage sont présents;
· les fruits rougeâtres passent pour supérieurs aux autres pour l'alimentation des animaux;
· les arbres trop âgés (plus de 60 ans dans la plupart des cas), surtout sur les sols profonds où leurs racines sont éloignées de la surface du sol, ont un rôle direct faible ou très faible dans l'amélioration du bilan azoté des cultures associées; il est donc nécessaire de renouveler les peuplements lorsqu'ils ont atteint une cinquantaine d'années au maximum;
· la multiplication par drageons est courante; elle est plus efficace si la racine sur laquelle s'est installé le drageon est coupée entre le drageon et l'arbre ancien.

Butyrospermum Parkii

Si le beurre de karité a trouvé de nouveaux débouchés en savonnerie et en cosmétologie traditionnelle et moderne, son emploi comme matière grasse alimentaire est en régression dans certaines régions. Il reste cependant très consommé encore, notamment au Burkina Faso. Il semble même qu'il soit en extension au Mali et au Niger où son développement est récent.

Le développement du karité, même sa survivance, est largement conditionné par le grand nombre de parasites végétaux que supporte l'espèce, comme Tapinanthus sp. pl., bien étudiés au Burkina Faso. Il est attaqué aussi par des parasites animaux, comme le papillon Cirina butyrospermi, dont la chenille est riche en protéines, et auquel l'IRBET a recommandé qu'attention soit portée.

Des recherches prometteuses sur le greffage du karité ont été entreprises, notamment à l'IRBET, en vue de mettre au point des variétés hâtives et précoces (fructification dès l'âge de trois ans).

Boscia senegalensis

Il est conseillé de lire, dans la Revue d'élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux (34, 3: 325-328), l'article de Michel Baumer, «Rôle de Boscia senegelensis (Pers.) Lam. dans l'économie rurale africaine: sa consommation par le bétail». On y trouve formulées plusieurs hypothèses sur l'intérêt de cette plante pour l'alimentation animale.

Au Yatenga, les fruits sont collectés sur ordre du chef traditionnel; ils sont utilisés pour donner bon goût au «lambwé» (ou «gigil» en fulfulbé). Le dicton selon lequel «celui qui prépare le fruit ne le mangera jamais le même jour» s'adresse aux paresseux et traduit le fait que le plat de «lambwé» demande une semaine de préparation: plusieurs amollissements de la graine séparés par plusieurs cuissons sont nécessaires.

Les parcs agroforestiers

On lira avec intérêt le compte rendu, publié par l'lCRAF, de la réunion internationale tenue à Ouagadougou, en septembre 1993, ainsi qu'un article de Michel Baumer paru en juin 1994 (n° 240) dans la revue Bois et forêts des tropiques sous le titre «Forêts-parcs ou parcs arborés ?», qui était initialement destiné à ouvrir les débats de cette réunion.

La typologie des parcs reste un sujet fort discuté. Parmi les meilleurs travaux récents sur la question il faut mentionner entre autres ceux de P. Pélissier et ceux de J.-P. Raison. Les parcs changent dans l'espace et dans le temps. Les baobabs constituaient autrefois des parcs denses autour des villages afin de faciliter leur défense par des archers contre des cavaliers. Le karité et le faidherbia ont changé de rôle, le premier perdant sa fonction de plante oléagineuse en raison de la complexité et de la difficulté des travaux de fabrication du «beurre», le second perdant de son importance fourragère et accroissant sa place comme fertilisant. Le néré et le karité sont malheureusement de plus en plus considérés pour la valeur économique de leurs produits et de moins en moins pour leur rôle important dan, les cultures associées.

Les parcs changent aussi dans l'espace. D'une façon générale, ils tendent à se réduire, les parcs à karité parce qu'ils sont parasités, les parcs à rônier parce qu'ils sont surexploités pour leur sève et parce que se perd la coutume de planter un rônier à la naissance de chaque enfant; peut-être aussi, dans certaines régions, par suite de la disparition des éléphants, qui sont grands consommateurs de leurs fruits et qui les disséminaient. De faux parcs à Balanites aegyptiaca se sont créés ou étendus depuis vingt ans dans le nord du Sahel par élimination des autres espèces par la sécheresse. En d'autres endroits sont apparus, pour les mêmes raisons, de faux parcs à Acacia raddiana. Ce ne sont pas de vrais parcs car l'agriculture n'y est qu'exceptionnellement ou irrégulièrement pratiquée.

Les visites relatives aux parcs agroforestiers ont porté sur trois types de parcs:

· le parc à Faidherbia albida;
· le parc à Butyrospermum paradoxum (karité);
· le parc à Piliostigma reticulata.

A Kokologho, dans le premier parc, Faidherbia albida est associé au sorgho. C'est l'association la plus courante au Sahel. On trouve aussi quelquefois le nul, le maïs, et même le haricot; dans ce dernier cas, l'association n'est guère profitable à la culture liée à l'arbre. Les avantages attendus d'ordinaire sont multiples et sont classés par le paysan dans un ordre variable; d'une façon générale viennent en tête l'amélioration du sol, l'alimentation du bétail et la protection des cultures contre le vent. L'alimentation du bétail vient en premier dans certaines régions ou chez certaines ethnies, par exemple lorsque la période de «soudure» pose de sérieux problèmes dans l'alimentation du cheptel, ou lorsque les animaux sont très nombreux ou représentent la part principale des revenus du paysan. Les arbres dans les champs du site ne présentent aucun signe de gestion par émondage, contrairement aux zones plus au nord.

Le second cas est un reboisement à Butyrospermum paradoxum sans culture associée, mais qui est appelé à devenir un parc. A propos du karité a été discuté le problème de la nomenclature botanique. Après avoir rappelé que ce qui est important est d'être compris par le plus grand nombre, et universellement - d'où l'utilisation conventionnelle du latin - , une critique de l'emploi des noms vernaculaires dans les textes scientifiques est faite; ceux-ci devant toujours être définis au préalable. Par exemple, on pourra parler dans un article du «gao» ou du «haraz», mais seulement après avoir, dans la première évocation de l'espèce au cours de l'article, précisé sa dénomination latine; par exemple «Faidherbia albida, appelé gao au Niger...». En ce qui concerne le karité, son nom latin a été révisé il y a quelques années et on devrait l'appeler Butyrospermum paradoxum subsp. Parkii mais l'usage est bien établi de n'utiliser le plus souvent que son ancien nom et de l'appeler Butyrospermum Parkii: c'est l'appellation qui lui a été donnée dans le présent document.

En outre, un essai d'introduction dans les cultures de ligneux fixateurs d'azote (Faidherbia albida, Prosopis africana, Albizzia Lebbeck) a été visité à Saria. Les résultats de l'essai ne sont pas encore bien visibles en raison du jeune âge des plantations.

La définition même des parcs agroforestiers est controversée. Il existe une tendance généralisatrice en Afrique de l'Ouest à appeler parc toute association végétale dans laquelle sont épars des ligneux, même en très petit nombre, et à voir toutes sortes de parcs, à bauhinias, à albizzias, à détariums, à raisiniers, à borassus, etc. Cette tendance à substituer à des termes déjà admis dans le langage scientifique d'autres termes moins précis n'est pas un avantage lorsque les termes anciens, comme savane arborée, pseudosteppe arbrissellée, savane basse faiblement arborée, etc., permettaient une description qualitative et quantitative exacte et précise des types de végétation. On trouvera un point de vue sur cette question, en ce qui concerne le terme «forêt-parc», dans l'article de Michel Baumer déjà cité.

Sur les descriptions de végétation, qui sont un aspect de l'approche des parcs forestiers, on consultera avec profit l'ouvrage rédigé par Michel Gonon et ses collaborateurs, sous la direction du Pr Louis Emberger, Code pour le relevé méthodique de la végétation et du milieu, publié en 1968 par le CNRS (Paris). Cet ouvrage donne une méthode très précise de systématisation des relevés botaniques et de station, qui a été adoptée avec succès et efficacité dans de nombreux travaux de certains pays, comme ceux du pourtour méditerranéen.

Régénération des parcs agroforestiers

Les sites visités sont ceux de Watinoma, de Pissila et de Niandala.

La régénération porte sur les parcs agroforestiers à Faidherbia albida à Watinoma et à Niandala. La technique consiste dans les deux cas à épargner, lors des mises en culture, puis à protéger une partie de la régénération naturelle de cette espèce dans un objectif de restauration ou d'enrichissement des parcs. L'importance de l'espèce n'est plus à démontrer même si les usages principaux diffèrent suivant les zones, ou ne se classent pas dans le même ordre d'importance. Une des grandes questions qui restent posées est la suivante: comment faire la part entre la régénération naturelle par semis de graines et celle par drageonnage ? La question a toute son importance quand on sait que le sevrage des drageons par séparation de la plante mère permet au Kordofan et au Darfour (République du Soudan) d'avoir de bien meilleurs résultats en permettant au drageon de disposer seul de la grosse racine de l'arbre sur laquelle il a pris naissance.

A Pissila, la régénération naturelle assistée porte essentiellement sur Piliostigma reticulatum pour la simple raison que c'est la principale espèce qu'on rencontre dans les champs. Un débat a été instauré quant au peu de connaissances à propos de l'influence de cette espèce sur le sol et les cultures. Il est vraisemblable que l'espèce est faiblement fixatrice d'azote et qu'elle a par là un rôle positif sur les cultures qui y sont associées. C'est une espèce à usages multiples, qui est même utilisée dans l'alimentation humaine: l'eau de cuisson des feuilles sert à accommoder la farine de mil pour en faire une bouillie (cf. M. Baumer, Ligneux nourriciers pour l'Afrique de l'Ouest, Dakar, ENDA, 1395). Toutefois, son utilisation la plus importante reste l'alimentation du bétail, surtout par ses gousses mais aussi par ses feuilles, que consomment les camelins, les caprins et les bovins. Outre les nombreux usages médicinaux, on tire des graines grillées un colorant noir, et des gousses un colorant bleu sombre; de l'écorce, on extrait un colorant rouge brun et une résine à calfater, et on fait également des cordes.

Techniques agroforestières

Haies vives

Dans l'établissement des haies vives, d'excellents résultats ont été notés, en particulier avec Acacia tortilis, A. tortilis subsp. raddiana, Bauhinia rufescens, qui semblent pouvoir être étendus à toute l'Afrique semi-aride, avec prudence toutefois.

Les meilleures haies vives:

· sont établies sur plusieurs rangées;
· ont plusieurs étages;
· ont au moins une autre fonction que la fonction défensive;
· sont orientées pour jouer le meilleur effet brise- vent possible;
· sont installées en réseau.

Aucune haie vive présentant toutes ces caractéristiques n'a été visitée pendant le séjour des participants, et il n'est pas sûr qu'il en existe. Ce qui montre combien il reste à faire.

Le problème de la gestion des haies est fondamental, en particulier celui de leur renouvellement, qui doit être minutieusement calculé, en particulier lorsqu'il y a. plusieurs rangées de plantations sur la haie.

La plupart des haies vives ont un rôle défensif pour restreindre les mouvements du bétail. Les recherches en cours sur les haies vives défensives à Watinoma et Korsimoro, en vue de la protection des cultures contre la divagation des animaux, ont été visitées. Il s'agit essentiellement d'un essai de criblage de trois espèces, à savoir: Bauhinia rufescens, Zizyphus mauritiana Acacia nilotica. Ces trois espèces se comportent très bien.

A Korsimoro, l'espèce utilisée est Prosopis juliflora. L'essai initial a été transformé en brise-vent par les populations. Il s'agit d'un excellent exemple d'ajustement d'un projet par les paysans pour répondre à leurs besoins tels qu'eux-mêmes les conçoivent.

Brise-vent

Les haies vives défensives peuvent souvent avoir un effet brise-vent qui est très apprécié des paysans, cultivateurs ou éleveurs, sans qu'ils distinguent toujours clairement ce qu'ils doivent à l'effet de barrière et à l'effet brise-vent.

D'excellents ouvrages existent sur cette technique auxquels on se reportera, notamment:

· les travaux de G. Guyot, en particulier son ouvrage publié en 1964 par l'INRA: Les brise-vent, l'eau et la production végétale;
· les travaux de Darnhofer;
· l'ouvrage publié en 1960 par la FAO: La défense terres agricoles contre l'érosion éolienne.

Pour être efficace, un brise-vent doit être convenablement orienté, perpendiculairement aux vents dominants pendant la période où l'on estime qu'il sera le plus nécessaire. Sa conduite ou gestion doit être menée avec rigueur, en particulier son renouvellement, surtout s'il s'agit d'un brise-vent constitué par plusieurs lignes de plantations. La protection qu'apporte un brise-vent se fait encore sentir à une distance de quinze fois sa hauteur. Le brise-vent doit être filtrant et non pas étanche.

Il existe peu de brise-vent parfaitement installés et gérés, surtout en Afrique.

Le thème des brise-vent est un objet de préoccupation commun à tous les pays représentés lors de la visite. De ce fait, on pourrait envisager la mise en place d'un programme sous-régional de développement agroforestier axé sur les brise-vent. Il pourrait concerner le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Tchad. Le programme devrait contribuer à résoudre l'un des problèmes les plus importants pour une meilleure gestion des terroirs - le plus important peut être, comme l'avait identifié René Dumont il y a près de quarante ans - , la divagation du bétail. Ce maître à penser affirmait qu'il ne peut y avoir d'agriculture moderne avec un cheptel libre de se mouvoir sans contrôle au milieu des champs cultivés.

Apisylviculture

Quelques recommandations relatives à l'apisylviculture sont formulées dans le compte rendu de la journée du 15 novembre. En apiculture, l'utilisation de ruches de type kenyan donne généralement de bons résultats. Mais les ruches doivent être installées convenablement, en hauteur, bien horizontales et à l'ombre (en utilisant au besoin une légère ombrière). La ruche kenyanne peut être construite en matériaux plus légers que des planches, comme des feuilles de palmier ou des joncs tressés.

Une ruche ne restera occupée que:

· si chaque abeille dispose d'un peu d'eau chaque jour; il est bon, en zones sèches, d'assurer cette alimentation en eau par une petite coupelle qu'on remplit chaque jour; on y fait tremper des petites branches pour permettre aux abeilles de descendre boire jusqu'au niveau de l'eau sans se noyer;

· si les ouvrières peuvent se nourrir sans consommer leurs réserves de miel; pour ce faire, l'apisylviculteur peut nourrir ses abeilles avec du sucre et/ou planter autour du rucher quelques arbres ou buissons en loger déséquilibre biologique afin qu'ils produisent des fleurs hors saison; cela permet aux abeilles de se nourrir de nectar en dehors de la période normale de floraison; on pourra ainsi utiliser des espèces, comme Eucalyptus camaldulensis, dont certains individus fleurissent branche par branche sur une longue période, ou bien des espèces fleurissant à contre-saison, comme Faidherbia albida.

Les ruchers ne peuvent devenir très rentables par la commercialisation de leurs produits que si le nombre de ruches occupées permet d'acheter, d'abriter et de faire fonctionner un épurateur et un petit atelier d'emballage. De nombreux exemples peuvent être trouvés au Kenya et au Maroc. Une ruche bien conduite peut donner sans difficulté 20 kg de miel par an et jusqu'à 45 ou 50 kg dans d'excellentes conditions d'exploitation. En région parisienne, certaines ruches peuvent produire plus de 100 kg de miel par an.

Le prix du miel varie beaucoup avec la catégorie de miel, c'est-à-dire avec le type de miel qui est récolté; le miel de combrétacées n'a pas la même valeur que celui d'Hevea brasiliensis par exemple, qui passe d'ailleurs pour le meilleur miel du monde. Mais vendre le miel par catégories exige une organisation plus stricte que celle de la plupart des ruchers africains à ce jour. Cela impose de savoir récolter le miel juste après la récolte du pollen de la plante qu'on veut favoriser, dont on veut récolter le miel, également d'avoir vidé la ruche de tout autre miel juste avant la récolte de ce pollen par les abeilles. Il faut donc une grande discipline et pas mal de technicité dans la gestion. Au demeurant, les goûts pour les différentes catégories de miel varient considérablement d'une région à une autre et il serait risqué de s'engager dans un projet d'envergure en apiculture, et a fortiori en apisylviculture, avant d'avoir pratiqué une enquête précise sur la demande, locale et extérieure. Celle-ci devrait être précédée par de longs essais sur le goût des différents miels qu'il est possible de produire dans la région. Il faudrait aussi apprendre aux apiculteurs à récolter le miel à une période bien spécifique pour obtenir le miel d'une plante donnée. Enfin, il faudrait apprendre aux apiculteurs à nourrir artificiellement les abeilles avec des sucres, des sirops ou des mélasses pour remplacer le miel qu'on leur enlève; ce qui est très acceptable dès qu'on a compris qu'un kilogramme de miel vaut beaucoup plus qu'un kilogramme de sucre.

Cultures en couloirs

Parmi les essais qui ont retenu l'attention des participants, ceux relatifs aux cultures en couloirs (on dit aussi bien «cultures en allées»; en revanche, l'expression «culture en corridors» désigne un système très différent), notamment ceux avec Azadirachta indica ou Racosperma holosericeum, vus en particulier lors de la journée du 18 novembre. A la station de Saria, l'utilisation du neem a suscité beaucoup de débats quant à son effet positif sur la culture associée. Il y a là un thème de recherche qui ne semble pas encore bien couvert, en Afrique au moins, et qui mériterait attention.

Pour que des cultures en couloirs donnent tout l'effet positif sur les cultures qu'on attend d'un système agroforestier, il est indispensable qu'elles soient conduites avec une grande rigueur. Les écarts constatés entre les résultats en station et ceux obtenus dans leurs champs par les paysans sont certainement plus grands avec les cultures en couloirs qu'avec toute autre technique agroforestière. Cela explique que l'importance relative donnée par l'ICRAF et les institutions de recherche aux cultures en allées ait plutôt tendance à diminuer depuis les toutes dernières années. Mais il y a néanmoins bien des agriculteurs qui continuent d'être intéressés par cette technique parce qu'elle est souvent pour eux le moyen de participer au bénéfice de nouveautés techniques, comme l'obtention de certaines espèces ligneuses, auxquelles ils n'auraient pas accès sans cela, ou tout simplement d'obtenir plus facilement la visite d'un vulgarisateur agricole. Pour la plupart des paysans, les avantages des cultures en couloirs sont indécis et varient d'une année à l'autre, en fonction de la pluviosité ou de la qualité des soins qu'il aura été possible d'apporter; mais ils sont intéressés quand même, souvent à cause de petits avantages indirects, comme la protection de leurs cultures contre les effets du vent, ou une production de fourrage pour leurs animaux.

Conservation des sols

C'est dans le domaine de la conservation des sols que l'agroforesterie a enregistré à ce jour les résultats positifs les plus spectaculaires. On consultera toujours avec profit l'ouvrage d'Anthony Young, L'agroforesterie pour la conservation du sol (traduit de l'anglais pal Michel Baumer, 1995, CTA).

Les techniques agroforestières qui servent le plus fréquemment à lutter contre l'érosion (par l'eau) et la déflation (par le vent) des sols sont les brise-vent, les cultures en couloirs lorsque les couloirs sont orientés suivant les courbes de niveau, les haies en courbes de niveau.

Plusieurs réalisations agroforestières en matière de conservation des sols ont été visitées, à Watinoma, Yabo, Boursouma, Gourga et Ziga.

A Watinoma, comme à Boursouma, il s'agit de cordons pierreux suivant les courbes de niveau en vue de freiner la vitesse du ruissellement et de favoriser à la fois l'infiltration de l'eau, le dépôt des particules solides et la végétalisation de l'espace

Dans la forêt classée de Yabo, le but recherché est le même mais la méthode diffère par rapport à celle de Watinoma et de Boursouma. Il s'agit ici essentiellement du paillage de la zone dégradée à restaurer.

A Gourga et à Ziga, la restauration des sols dégradés vise le même objectif que dans les cas ci-dessus cités, mais le procédé repose sur une technique traditionnelle appelée «zaï». Celle-ci consiste en la confection de poquets larges et profonds enrichis de matière organique. L'intervention de la recherche dans ces villages combine une amélioration de la technique (sous-solage croisé) avec la mise au point d'outils attelés appropriés (dents RS 8 et RS 16).

Information, formation et échanges

Convaincus de la nécessité de prendre en compte les techniques agroforestières traditionnelles autant que d'être au courant des travaux récents, nombre de participants ont déclaré qu'ils souffraient du manque d'information sur ce qui se faisait dans leur propre pays et plus encore dans les pays voisins d'écologie comparable. Ils ont demandé en conséquence que des moyens d'information en français soient mis à leur disposition, notamment des états des activités agroforestières (recommandation n° 6); il est à noter que la grande majorité de la documentation sur l'agroforesterie est produite en anglais. Dès lors, un effort particulier doit être fait pour la traduction des documents existants, et la production de ceux à venir, dans d'autres langues de travail, notamment le français.

Une enquête par pays de ce qui se fait en matière de formation serait fort utile. Elle pourrait faire partie de cet inventaire de toutes les activités agroforestières dans chaque pays que les participants ont réclamé.

Au Sahel, l'Université de Niamey a été proposée pour recevoir une aide substantielle de l'ICRAF: les démarches sont en cours pour la matérialisation du projet. Par ailleurs, ce centre, devenu Centre international de recherche en 1992, réfléchit sur la question du développement d'une action sous-régionale de formation agroforestière.

Quelques stages de formation de chercheurs sont organisés épisodiquement en Afrique, essentiellement par l'ICRAF, voire par GTZ. L'Université francophone Senghor à Alexandrie, en Egypte, dispense également une formation agroforestière en langue française.

Rien de bien structuré n'existe à l'intention des paysans, rien non plus de très spécifique: l'agroforesterie est utilisée comme un outil, mais guère individualisée dans la formation.

Sans attendre des rapports nationaux complets sur l'état de l'agroforesterie dans chaque pays, comme celui qu'a écrit Elinor Lipmann pour le Rwanda, ou celui qui se prépare au Niger, de brèves notes sur les principaux problèmes de l'actualité agroforestière pourraient être établies et largement diffusées (recommandation n° 7); par exemple, sur les obstacles qui peuvent s'opposer au développement de l'agroforesterie. sur le problème des variétés ou sous-espèces possibles chez le faidherbia ou chez d'autres espèces ligneuses agroforestières, sur l'importance de la provenance des graines, sur la détermination précise des espèces, surtout dans les expériences, les essais et les démonstrations, sur les usages multiples de ligneux, etc. Ces notes pourraient être réunies dans un recueil et mises à jour de temps à autre, notamment grâce aux remarques que les lecteurs enverraient à l'éditeur.

En complément d'une meilleure information, les participants, d'origines et de fonctions varices, ont souhaité qu'une meilleure formation en agroforesterie leur soit donnée, laquelle devrait être mieux unifiée et coordonnée (recommandation n° 10). Le besoin de formation est ressenti à tous les niveaux:

· celui de la recherche, pour que s'exerce un effet démultiplicateur par le biais des spécialistes déjà formés;
· celui des agents de développement, tant dans les structures étatiques que dans les ONG, où les moyens de formation font presque complètement défaut;
· celui de l'université, où est cependant considérée actuellement par l'ICRAF la possibilité de créer un cours d'agroforesterie dans la région du Sahel.

Il faut, sur ce dernier point, rappeler également les efforts de l'Université Senghor à Alexandrie, qui sont soutenus par la Belgique, le Canada, la France et la Confédération helvétique.

Biodiversité

A priori, l'agroforesterie n'est pas faite pour aider au maintien de la biodiversité. Au contraire, comme tout système de production agricole, elle vise à développer seulement un petit nombre d'espèces, qui sont désirées, et à éliminer les autres, beaucoup plus nombreuses. Il n'est pas douteux, par exemple, que les systèmes traditionnels de parcs agroforestiers aient contribué à l'élimination de davantage d'espèces animales et végétales qu'ils n'ont aidé à en conserver. Cependant, les systèmes agroforestiers sont à cet égard moins éliminateurs de biodiversité que beaucoup d'autres, par exemple en favorisant le, cultures mélangées plutôt que les monocultures pures.

Toutefois, il n'est pas exclu d'envisager que, dans certains cas, l'agroforesterie puisse aider à la conservation de la biodiversité. Ainsi, à Madagascar, a-t-on proposé de planter dans chaque bosquet fourrager un palissandre de Madagascar pour chaque centaine d'arbres. A croissance lente et longue, ces arbres, devenus très rares, pourraient, en raison de la grande valeur de leur bois d'ébénisterie (tranchage, déroulage), constituer un appréciable capital pour le paysan. La valeur de ce capital s'accroîtrait rapidement avec les ans. Malheureusement, si le bosquet fourrager est utilisé comme une jachère ligneuse longue, les palissandres seront isolés après quinze à vingt ans, au moment de l'exploitation du bosquet, et ils souffriront beaucoup. Il faudrait donc envisager en même temps un mode de traitement du bosquet qui maintienne un minimum d'ombre et d'humidité autour des palissandres; ce qui est possible mais exige une gestion délicate. Le système serait plus facile à adapter en sylviculture qu'en agroforesterie

Cependant, on aura toujours avantage à utiliser plusieurs espèces en mélange dans chaque technique agroforestière, ne serait-ce que pour réduire les risques de destruction d'une espèce par une maladie ou un parasite. Ainsi, l'usage abusif de Leucaena leucocephala est-il battu en brèche depuis quelques années par la rapide extension d'un psyllide parasite. Les parcs à karité sont menacés par le développement des Tapinanthus parasites, tout particulièrement au Mali et au Burkina Faso.

Développement

Pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté sur le terme «développement», il est utile de rappeler dans quelle acception il a été entendu pendant toute la durée de la visite. Suivant en cela le R.P. Lebret (Dynamique concrète du développement, 1950) pour qui «le développement est, pour une population donnée et pour les sous-populations qui la constituent, la série des passages, au rythme le plu, rapide possible et au coût le plus bas possible, d'un stade de vie moins humain à un stade de vie plus humain». Cette définition s'entend parfaitement par tout honnête homme et a l'avantage de ne pas faire appel à des notions économiques toujours fort théoriques.

Aménagement des formations naturelles

Un bon exemple des problèmes posés à l'occasion de l'aménagement des forêts naturelles est donné par la forêt de Nazinon. Aménagée pour satisfaire les besoins en bois de la ville de Ouagadougou, cette forêt fait l'objet d'une exploitation en taillis sélectif. Elle a été subdivisée en vingt unités d'exploitation de 2 000 à

4 000 hectares chacune. La révolution étant de vingt ans, chaque unité d'exploitation est divisée en vingt parcelles. L'exploitation est effectuée par vingt-six groupements mis en place dans vingt-quatre villages.

Sur ce projet est venu se greffer un autre projet, «Forêt et sécurité alimentaire», qui s'est fixé trois objectifs:

· formation de 400 paysans en trois ans;
· mise en œuvre de microréalisations (agriculture, traction animale, extraction de beurre de karité, apiculture améliorée);
· aménagement des terroirs pour lequel deux villages ont été choisis.

Le problème de l'aménagement des formations naturelles est important pour les pays en développement, spécialement en Afrique où le retard enregistré dans la production agricole globale par tête est grand et ne cesse de s'accroître. L'approvisionnement en bois de feu notamment pourrait être amélioré si l'agroforesterie se développait rapidement, si les superficies non aménagées étaient fortement réduites - par exemple d'un tiers en vingt ans - , si les plantations ligneuses pour la dendro-énergie étaient multipliées, si l'accès aux peuplements éloignés était amélioré, et si des économies d'utilisation massives étaient faites. L'ensemble de ces hypothèses a été étudié en 1984 par Jean Gorse dans La désertification dans les zones sahélienne et soudanienne de l'Afrique de l'Ouest (rapport 5210 de la Banque mondiale), et la question reprise par Michel Baumer dans l'ouvrage Agroforesterie et désertification, publié en 1987 par le CTA.

Evaluation de la visite par les participants

L'évaluation a été faite sur la base d'un formulaire dont le modèle est repris en annexe 3. L'échelle d'appréciation varie de I (très mauvais) à V (très bon). Les résultats bruts de cette évaluation, qui sont donnés en annexe 3, ont été commentés et discutés en séance plénière.

Il ressort de l'analyse des résultats que, parmi les thèmes abordés au cours de la visite, ceux qui ont paru le plus utile aux participants sont:

· la récupération des sols dégradés, qui vient en tête, ce qui est très satisfaisant car c'est dans le domaine de la conservation des terres et des eaux que l'agroforesterie obtient les résultats scientifiquement prouvés les meilleurs (ce thème a reçu l'évaluation 20 sur 20);
· les échanges sur les parcs agroforestiers (16/20):
· les haies vives, en particulier contre la divagation du bétail (12/20);
· le rôle des ligneux dans la gestion des terroirs (10/20);
· puis (avec des coefficients plus faibles et dans l'ordre décroissant d'intérêt) le rôle des ONG en agroforesterie, la formation continue, l'implication des populations, les problèmes fonciers, les bosquets fourragers comme banques de fourrage, la régénération naturelle assistée.

La grande variété des thèmes traduit celle des préoccupations des participants, bien que des thèmes n'aient pas été cités dans les réponses au formulaire, qui étaient cependant apparus dans les discussions, comme la fixation des dunes et l'agroforesterie, l'aménagement pastoral et l'agroforesterie, le sylvipastoralisme, la commercialisation des produits de l'agroforesterie, etc. Il es. notable qu'aucune mention n'ait été faite de la nécessité de développer la recherche en agroforesterie, qui avait cependant été soulignée à maintes reprises lors de la visite.

En ce qui concerne l'organisation, les participants ont été, d'une manière générale, satisfaits. Toutefois, ils ont estimé que le programme était trop chargé. L'évaluation des intervenants a été très bonne. Le responsable de la pédagogie s'est efforcé de tirer le plus grand parti possible du temps qui était alloué; par exemple, il profitait des longs déplacements en autocar pour faire des rappels ou des exposés. Par ailleurs, il a fait en sorte que toutes les grandes questions présentées le soient au moins deux fois, pour donner aux participants l'occasion d'approfondir tous les sujets.

Parmi les observations qui ont été formulées à l'intention des organisateurs et dont ils tiendront compte à l'avenir, la nécessité de cibler les sites à contraintes, afin qu'ils servent d'exemples à d'autres paysans a été soulignée. A aussi été exprimé le vœu que les thèmes des visites soient mieux regroupés et qu'il n'y ait pas redondance en ce qui concerne les visites, de façon il mieux employer son temps.

L'introduction de conférences dans le programme de la visite a un peu surpris les participants, qui les ont toutefois appréciées. Ils ont trouvé leur contenu approprié aux problèmes que rencontrent les équipes agroforestières sur le terrain: l'agroforesterie est une science qui n'est pas séparable du contexte global du développement, mais ses problèmes propres sont fort difficiles à résoudre. Les participants ont porté sur la plupart des conférenciers des évaluations excellentes. Il serait opportun, dans le futur, de décomposer la question sur l'évaluation des conférenciers, pour que soient notés séparément l'intérêt général des conférences et la valeur des informations techniques qui peuvent s'y trouver. Par ailleurs, il faudra veiller à ce que les formulaires d'évaluation soient plus anonymes pour obtenir davantage d'objectivité dans les réponses.

Sur le plan administratif, la façon dont les participants ont été informés de la visite d'étude est très variable. La plupart d'entre eux ont été informés par l'institution qui les emploie, d'autres par le CTA, par l'INSAH, par l'IRBET ou par le CILSS, ou par plusieurs de ces institutions. L'information, d'une façon générale, est parvenue très tardivement, souvent dans le courant d'octobre, voire en novembre.

A l'avenir, la sélection des participants et leur invitation devraient être réalisées de manière à permettre à ces derniers de disposer des délais nécessaires pour l'élaboration des rapports avant la visite sur leurs activités agroforestières ainsi qu'une meilleure préparation pédagogique de la visite d'étude par les organisateurs.

Visites sur le terrain : déroulement des programmes journaliers

Dans cette partie de l'ouvrage, on trouvera pour chaque journée le programme qui avait été prévu, un compte rendu succinct des visites ainsi que des commentaires sur les principaux enseignements de la journée. Quelques-unes des leçons tirées ont été brièvement reprises dans la partie précédente. On trouvera en figure 1 le schéma des déplacements effectués par les participants.

Un programme général des activités prévues a été remis le premier jour aux participants. Ensuite, un programme un peu plus détaillé de la journée leur était remis chaque matin.

Journée du 14 novembre 1994

d'après Abdel Yehiya Maiga

09 h 00

Cérémonie d'ouverture (hôtel Indépendance) Allocutions par l'IRBET, le CTA, le MARA

10 h 00-10 h 30

Rafraîchissements

10 h 30 - 12 h 30

Présentation et adoption du programme, suivies d'exposés par les participants sur leurs motivations

12 h 30 - 14 h 30

Déjeuner en commun

14 h 30-16 h 30

Exposés des participants (suite)

16 h 30 -17 h 00

Pause-café

17 h 00 - 18 h 30

Discussion générale sur l'agroforesterie et complément d'information

18 h 30

Conférence sur la formation du paysage agroforestier au Burkina Faso par le Pr Joseph Ki-Zerbo

20 h 00

Cocktail offert par le CTA

Les travaux de la visite d'étude sur l'agroforesterie ont commencé le 14 novembre par une cérémonie d'ouverture au cours de laquelle sont intervenus respectivement le directeur de l'IRBET, le conseiller technique au CTA et le ministre de l'Agriculture et des Ressources animales. Chacun des intervenants a souligné l'importance de l'agroforesterie et de la visite d'étude au Burkina Faso. Après adoption du programme présenté par le Comité d'organisation, les participants se sont ensuite présentés et ont fait un bref exposé de leurs activités dans le domaine de l'agroforesterie. Ils ont été invités à évoquer leurs motivations et leurs attentes pour les travaux de la visite. Ces exposés se sont poursuivis tout l'après-midi.

· Présentation n° 1 par Paulin Noumado, sur l'expérience du Centre songhaï en matière d'agroforesterie, en particulier l'expérimentation de la technique du «choc acacia»; celle-ci est une jachère ligneuse, où le Centre a essayé d'intégrer la culture de Racosperma auriculiforme (nouvelle appellation d'Acacia auriculiformis) et celle de Leucaena leucocephala avec l'élevage de lapins, d'ovins où de caprins (cf. annexe 2).

· Présentation n° 2 par Abdel Yehiya Maiga d'un document préparé par D. Modibo Sidibe et M. Dommo Timbely sur la jeune expérience du Mali en matière d'agroforesterie, sur les techniques développées pour la création de banques fourragères, les cultures en couloirs et les haies vives défensives (cf. annexe 2).

· Présentation n° 3 par Jean-Martin Kambire, du Burkina Faso, sur le Programme de conservation des sols et des eaux, qui a pour objectif la restauration du potentiel de production du Plateau.

· Présentation n° 4 par Ousseynou Diop, sur les activités agroforestières au Sénégal où les techniques développées sont spécifiques aux différentes zones agroécologiques. Ces techniques comprennent les brise-vent, les haies vives, les cultures en couloirs, les parcs arborés et les parcelles pastorales.

· Présentation n° 5 par Alhatt Agga, du Niger, pays où les expériences agroforestières sont très récentes. Cependant, les conflits fonciers entre agriculteurs et éleveurs y sont assez aigus.

· Présentation n° 6 par Mme Some, du ministère de l'Environnement et du Tourisme, sur l'organisation de l'utilisation du bois par rapport à la demande.

Les présentations ont été suivies de discussions générales sur l'agroforesterie. Des compléments d'information ont été apportés par Michel Baumer, pour mieux préparer les participants aux travaux de la visite.

Le Pr Joseph Ki-Zerbo a prononcé une conférence sur le thème de la formation du paysage agroforestier au Burkina Faso (cf.partie suivante). Tout au long de son exposé, le conférencier a informé de ses intentions de dialoguer pour partager et apprendre avec les spécialistes qu'il voit dans les participants. Il a rappelé, paraphrasant Clemenceau, que «la guerre est trop sérieuse pour être laissée aux seuls militaires». Cette citation, pour lui, est transposable à l'agroforesterie, qui est aussi une discipline concernant plusieurs spécialités. Au cours de sa vie, le conférencier a vu se déformer les paysages, et il a un regard personnel, de politicien et d'historien, d'environ un demi-siècle sur les paysages burkinabé. Ce regard, il le doit à son royaume d'enfance. Reprenant un on-dit ancien, «le vieux est plein de louanges pour les temps passés», selon lui, les hommes ont changé en qualité et dans leurs comportements.

A la fin de la conférence, le Pr Ki-Zerbo a beaucoup insisté sur le problème de la désintégration des sociétés africaines, qu'entraîne une éducation qui aliène.


Figure 1: Schéma des déplacements effectués par les participants.

Journée du 15 novembre 1994

d'après Paulin Noumado

07 h 30

Départ pour Nazinon

08 h 30

Visite de Rakaye,


Présentation du projet BKF et de ses liens avec l'agroforesterie

Présentation du projet ACP/RAF/276/ITA


Système d'approvisionnement de Ouagadougou en bois de feu

10 h 30

Parcelles de coulpe 1988


Parcelles de coupe 1994


Visite du rucher et du Centre écologique de Sobaca


Halte à la parcelle d'essai de régénération naturelle par semis direct

12 h 30

Déjeuner au Centre de formation de Nabilpayargo


Le système de formation utilisé au Centre

14 h 00

Visite de Kinkirsgogo


Haies vives, plantation en ligne, etc.

Presse à karité

16 h 30

Départ pour Ouagadougou

Il s'agissait initialement de visiter les réalisations agroforestières dans le cadre de l'aménagement de la forêt de Nazinon.

La zone forestière du Nazinon porte le nom du fleuve qui la traverse. Initialement classée, elle a été déclassée à la fin des années 80 pour faire l'objet d'un programme d'aménagement. Les villages riverains organisés en groupements exploitent la forêt sous l'encadrement technique des services du ministère de l'Environnement et du Tourisme. Depuis près de deux ans, il y a autonomie de gestion.

La présentation du projet a été faite par Kimsé Ouedraogo, chef du Service d'exploitation forestière du projet.

Le projet (FAO/Italie) «Aménagement de la forêt de Nazinon» a été identifié après l'échec de tous les systèmes qui ont prévalu de 1974 à 1985. Il vise à aménager la forêt pour approvisionner Ouagadougou en bois de chauffe. Cela se traduit par:

· l'implication des populations autochtones (dans un rayon de 20 km), en vue de leur prise en charge immédiate du projet;
· la mise en place d'un système d'exploitation durable qui suppose une régénération progressive des espaces exploités.

Ces principes d'aménagement ont été regroupés dans un règlement d'exploitation.

Aménagement de la forêt

Vingt-six groupements ont été mis sur pied dans vingt-quatre villages. Un moniteur est identifié pour chaque groupement. La forêt est découpée en unités d'aménagement (2 000 à 4 000 hectares par unité), chacune d'elles étant affectée à un groupement. Le temps de régénération est de vingt ans, ce qui suppose que chaque unité soit divisée en vingt parcelles. La gestion des unités est réalisée par les groupements sous l'encadrement des techniciens du projet.

Projet forêt et sécurité alimentaire

Le projet est présenté par Galip Hien, responsable du programme Sécurité alimentaire.

Il convient de retenir trois objectifs:

· formation de 400 paysans en trois ans, d'où la nécessité de mettre en place un centre de formation;
· microréalisations (agriculture, traction animale, apiculture améliorée, extraction du beurre de karité...);
· réflexion sur un aménagement des terroirs (deux villages ont été ciblés pour cet aménagement en fonction de leurs ressources naturelles).

Volet formation

Le Centre de formation de Nabilpaga Yargo forme les moniteurs, qui se chargent ensuite de former leurs collègues dans les groupements.

Trois modules sont retenus: l'aménagement forestier, l'élevage et l'apiculture améliorée.

Les différents thèmes sont développés selon le schéma suivant: mise en train, discussions en groupes de quatre ou cinq personnes, restitution et synthèse avec les formateurs.

Les supports pédagogiques utilisés sont des dessins sur format A4, des diapositives, des cassettes sonores et des dossiers techniques pour les formateurs. Il a été proposé par les participants que, pour un meilleur résultat pédagogique, le Centre utilise un format plus grand et des couleurs pour les dessins, qui sont remis aux nouveaux formateurs à la fin de leur stage, mais il a été répondu que cela coûterait plus cher que ne le permet le budget du projet.

Réalisations du Centre de formation

Le Centre intervient dans les domaines suivants:

· formation des paysans et des animateurs aux techniques agricoles et sylvicoles;
· aménagement de la forêt;
· valorisation des produits;
· organisation des paysans;
· recherche d'accompagnement;
· techniques agroforestières: apisylviculture, haies vives, etc.

Visites de terrain

Les visites de terrain ont permis de découvrir plusieurs réalisations:

· une parcelle de régénération par semis direct, protégée;
· une parcelle de coupe 1988;
· une parcelle de coupe 1994.

Il convient de noter que toutes les espèces rejettent normalement sauf quelques acacias. Il faut respecter la technique de coupe. La collecte des graines, leur traitement et leur stockage sont exécutés par les paysans avec l'appui des techniciens du projet; il en est de même pour les semis.

Le Groupement de femmes de Sobaka

Ces femmes pratiquent l'apiculture (ruche kenyane); elles en maîtrisent parfaitement la technique, mais sont confrontées à un problème d'écoulement du miel (15 kg par ruche et par an). Quelques suggestions ont cité faites par Michel Baumer à propos de l'apiculture, en particulier de l'apisylviculture, qui est une forme de sylvipastoralisme, donc d'agroforesterie.

Les obstacles au développement de l'apiculture peuvent être regroupés en quatre points: la faim et la soif des abeilles, leurs maladies, enfin la qualité de leurs produits. On oublie presque toujours que les abeilles ont besoin de boire chaque jour; aussi faut-il installer les ruches à côté de points d'eau ou fournir de l'eau aux abeilles en ayant soin de placer dans le récipient des branchages afin de leur faciliter l'accès à l'eau et d'éviter qu'elles se noient. Une opération typiquement agroforestière, et qui a donné naissance au terme «apisylviculture», consiste à introduire des essences ligneuses qui fleurissent à contre-saison (comme Faidherbia albida, Celtis integrifolia, Ficus vasta) ou sur une période relativement longue (comme Eucalyptus camaldulensis, mais cette espèce donne un miel un peu âpre, qu'il n'est pas facile de commercialiser). En effet, la production de miel ne dure que tant que les abeilles peuvent se nourrir; ensuite elles consomment, pour survivre, le miel qu'elles ont produit. Par ailleurs, l'un des obstacles majeurs au développement de l'apiculture est le fait que les abeilles piquent; on devrait inciter les services gouvernementaux d'apiculture à expérimenter les traitements aux phéromones qui réduisent considérablement leur agressivité.

Enfin, la production de miel et des autres produits de la ruche ne devient économiquement rentable, suivant les critères internationaux, que s'ils sont de très bonne qualité et correspondent à la production d'une quarantaine de ruches au moins; mais une production locale peut être développée avec des critères moins exigeants.

Des haies vives d'Acacia nilotica

Elles ont été semées en 1992 de façon directe.

Les plants atteignent déjà plus d'un mètre de hauteur.

Quelques enseignements

· L'implication des paysans, constatée à toutes les étapes du projet (approche participative).
· L'impact important du projet sur le milieu: en ]992-1993, environ 120 000 stères de bois ont été vendus, soit un chiffre d'affaires de 200 millions de francs CFA, et le revenu annuel de chaque paysan a augmenté d'environ 50 000 F CFA; par ailleurs, la création des projets d'intérêt commun a augmenté les revenus de chaque participant de manière appréciable.
· Au plan agroforestier, l'intégration de certaines activités comme l'agriculture et l'apiculture, qui peuvent constituer des sources de revenu complémentaires.
· Le dynamisme des cadres du projet qui non seulement maîtrisent tous ses aspects, mais s'impliquent et s'intègrent facilement à la vie des paysans. Ils sont à l'image de ce que souhaitent devenir tous les cadres africains: des hommes de terrain.

On peut donc conclure, à l'issue de cette visite, qu'il s'agit d'un effort important et réussi pour aider les paysans à prendre en main la gestion de leur environnement à l'aide de techniques qu'ils connaissent ou qui leur sont aisées à apprendre. Un résultat important de cette opération est l'amélioration considérable de l'approvisionnement de la ville de Ouagadougou en bois de feu. Toutefois, bien des améliorations non seulement restent possibles - comme l'introduction de l'apisylviculture - , mais encore sont absolument nécessaires si l'on veut que l'élan donné aux communautés continue de produire ses effets positifs.

Journée du 16 novembre 1994

d'après Alhatt Agga

07 h 30

Départ pour Watinoma et Guié

09 h 30 - 12 h

Visite des essais agroforestiers à Watinoma


Visite de courtoisie au chef de village

Haie vive défensive du chef de village


Essai parc fourrager de l'IRBET


Régénération de Faidherbia albida

12 h

Départ pour Guié

13 h 00 - 14 h 00

Pique-nique à Guié

14 h 00 - 16 h 30

Visite de la ferme pilote de Guié


Pépinière pleine terre

Parcelle expérimentale d'essais agroforestiers

16 h 30

Départ pour Ouagadougou

18 h 30

Conférence sur le droit de tenure et l'agroforesterie par le Pr Hubert Ouedraogo

Le 16 novembre s'est déroulée la visite qui a conduit les participants à Watinoma et à Guié pour y découvrir respectivement les activités de la recherche forestière et les expériences d'une ferme pilote non gouvernementale.

En cours de route, les participants du Sénégal et du Tchad et la sociologue Clémentine Vimbamba ont pris tour à tour la parole pour se présenter et dire les motivations qui les avaient amenés à participer à la visite d'étude sur l'agroforesterie. De larges commentaires de Sibiri Ouedraogo et le Michel Baumer ont suivi, notamment sur le neem (Azadirachta indica), sur l'approche multidisciplinaire de l'agroforesterie, sur les méthodes participatives (la méthode «D and D», en particulier); ont également été évoquées les gommeraies et la rapide disparition de leur système d'exploitation traditionnel: celui-ci était durable et en équilibre avec l'environnement, avant que la densité de la population ne le rend caduc. Les participants ont été invités à lire l'ouvrage Agroforesterie et désertification. Le rôle possible de l'agroforesterie dans la lutte contre la désertification et la dégradation de l'environnement. Au cours des discussions, il a été noté qu'il n'existe pratiquement plus de gommeraies gérées suivant le système traditionnel kordofanais.

Recherche en agroforesterie à Watinoma

Arrivés à Watinoma (à 107 km au nord de Ouagadougou), une visite de courtoisie a été rendue au chef de village, auquel les objectifs de la visite ont été explicités. Sur les sites, après explication sur la carte, par Sibiri

Ouedraogo, de la configuration des parcs agroforestiers de Watinoma, Mme Ky, responsable des activités, a présenté celles-ci, à savoir:

· l'enquête-diagnostic;
· l'identification des objectifs et des thèmes de recherche;
· l'étude des systèmes et des parcs.

Elle a par ailleurs souligné les cinq thèmes autour desquels s'articule la recherche agroforestière:

· l'enrichissement des parcs agroforestiers;
· la haie vive défensive;
· le parc fourrager;
· la lutte anti-érosive;
· le brise-vent.

Les visites sur le terrain, accompagnés des encadreurs, ont permis de découvrir les réalisations de la population:

· la haie vive défensive de Bauhinia rufescens, Zizyphus mauritiana, Acacia nilotica à écartement de 0,25 m en semis direct;
· le parc fourrager avec quatre espèces différentes, dont les deux locales (Pterocarpus lucens et Pterocarpus erinaceus) sont les plus intéressantes;
· une parcelle gérée par les femmes du village, qui ont choisi elles-mêmes les espèces à planter; il faut noter la présence de Faidherbia albida pour enrichir le milieu et de certaines espèces protégées.

Dans l'ensemble du périmètre, Acacia nilotica et Prosopis juliflora donnent de très bons résultats.

Ferme pilote de Guié

Situé sur le Plateau central, à 60 km au nord de Ouagadougou, le village de Guié est, comme les autres villages, durement frappé par le phénomène de désertification, ou plus justement par l'aggravation des conditions climatiques depuis quelques années. Pour faire face à cette calamité, deux autres villages, Douré et Samissi, se sont associés avec Guié pour former le comité «Zoramb Naagtaba» ou «Rassemblement des amis». Ce comité a vu le jour en 1989 grâce à la perspicacité d'un jeune Européen, naturalisé burkinabé, du nom de Henri Girard, actuel directeur de la ferme pilote (Ferme pilote de Guié, Guié par Dapelogo, 01 BP 551, Ouagadougou 01). L'action du comité s'exerce sur une ferme de 15 hectares qui joue le rôle de centre de formation et de recherche. L'historique en a été présenté par Henri Girard lui-même.

L'objectif est de faire la démonstration qu'on peut parvenir à un développement rural intégré basé sur l'agriculture, en utilisant des techniques agroécologiques simples, cohérentes, facilement maîtrisables et reproductibles. Actuellement, la ferme sert à l'expérimentation de techniques et à la formation des paysans, par alphabétisation dans leur langue d'abord, par des cours spécialisés ensuite.

Les participants ont pu prendre la mesure des activités de la ferme.

· La mise en valeur des plantes locales:

- les pépinières de pleine terre;
- la technique de mise en panier pour la production de plants à haute tige.

· La pépinière de cailcédrats qui seront récupérés pour une mise en panier, notamment dans l'espoir que la ferme pilote se voie confier le reboisement des bords de route dans la région de Guié; il faut louer cette idée mais ne pas se dissimuler que si pratiquement aucune plantation de bord de route n'a été faite depuis l'Indépendance c'est parce que les populations ont gardé un mauvais souvenir des travaux forcés de plantation de bords de route, qu'elles étaient tenues d'exécuter du temps de la colonisation.

· Le choix du terrain (1991) et les différentes étapes de sa mise en valeur, spécialement par l'intense utilisation d'un paillis protecteur de compost à demi décomposé.

· Le périmètre expérimental (1991 et 1992) contenant deux groupes d'expérimentations, celles de l'IRBET et des essais pour répondre à des besoins locaux.

On trouvera ci-après un extrait de Zoramb Naagtaba (n° 3, février 1993), la lettre de liaison de l'association «Terre verte», qui explique l'une des méthodes de régénération du sol utilisées à la ferme de Guié. Sous le titre «Renaissance d'une terre», Henri Girard écrivait: «Il y a cent ans, la terre de la ferme pilote de Guié était couverte d'une forêt. Situé non loin du village, l'endroit fut défriché au début du siècle et plusieurs familles s'y installèrent. Au début la terre était fertile, mais elle s'épuisa peu à peu. Si bien qu'il y a une vingtaine d'années ces familles l'ont désertée et se sont déplacées vers d'autres terres plus fertiles. Puis les feux et les années de sécheresse sont venus à bout de cette terre qui n'était plus qu'un tertre rocailleux. Privé de sa couverture vivante qu'est l'humus, le sol était devenu dur comme du béton. Les pluies torrentielles de la période d'hivernage (de juin à septembre) ne parvenaient plus à y pénétrer. Seules quelques herbes le tapissaient, rongées par la dent des chèvres en divagation.

«C'est sur ce sol en ruine que nous avons installé la ferme pilote. Ce choix s'appuie sur les qualités intrinsèques du terrain: drainage naturel et orientation. Il fallait désormais redonner vie à cette terre, et d'abord reconstruire le sol.

«Le travail a commencé en août 1991 par la confection de diguettes en terre autour de la ferme, en suivant les courbes de niveau. Grâce à ces diguettes, l'est des pluies reste dans les champs et s'infiltre au lieu de ruisseler.

«La diguette est confectionnée avec la terre retirée d'une tranchée de 40 cm de large et de 30 cm de profondeur. Cette tranchée est ensuite nivelée sur 1 à 2 m de largeur. Un large bassin d'infiltration est ainsi constitué en amont de la diguette. Ce bassin d'infiltration est un terrain idéal pour le semis ou la plantation d'une haie vive qui peu à peu protégera, renforcera, et finalement remplacera la diguette. Cette haie a en outre d'autres qualités: protection contre le vent, production de bois de chauffe et de service, fourrage, fruits...

«La seconde étape du travail a débuté avec la saison sèche 1991-1992 pendant laquelle nous avons recouvert le terrain d'une épaisse couche de paille faite d'herbes séchées trouvées dans la savane.

«Le paillage est une technique traditionnelle, mais il s'agit alors d'un paillage léger effectué entre février et avril pour valoriser les terres pauvres. Le but est de maintenir la fraîcheur du sol jusqu'au semis, pendant la période où le soleil tape le plus fort. Le plus souvent ce paillis (en anglais mulch), cette couverture du sol, est brûlé juste avant le semis pour détruire les adventices (mauvaises herbes) dont il a favorisé la croissance. L'effet de ce paillis est donc temporaire. Dans notre système cultural, le paillage est intensif - épais et compact - et n'est pas brûlé. Ainsi, l'épaisse couche de paille empêche les adventices de pousser et celles qui y parviennent sont facilement maîtrisées par un arrachage manuel. Mais le paillage intensif peut provoquer une faim d'azote (un épuisement de l'azote du sol). On y remédie par un léger apport d'azote minéral en début de saison et par l'association aux cultures de légumineuses qui produisent de l'azote organique: par exemple, à côté d'un plant de sorgho, on plante des haricots. Le paillage peut aussi provoquer l'asphyxie des cultures lors des grandes pluies. On ouvre alors des auréoles de 40 à 50 cm de diamètre dans le paillage. Ces auréoles sont ensuite fertilisées au compost.

«L'association paille-compost-azote donne rapidement une végétation luxuriante et un sol vivant où l'humus se reconstitue et où l'humidité est tempérée. Cette technique mise au point à Guié permet de redynamiser un sol en saison agricole. Le paillage intensif du sol est néanmoins un travail fastidieux que l'on ne peut pas renouveler chaque année sur toute la surface d'une exploitation agricole. C'est pourquoi nous cherchons main tenant à mettre au point un système agricole durable et autonome sur le plan de la fertilité. Cela nous demandera encore quelques années d'expérimentation.»

L'aménagement d'une diguette et la régénération d'un sol sont schématisés dans les figures 2 et 3.


Figure 2: Schéma d'aménagement d'une diguette.


Figure 3: Régénération d'un sol.

Conférence du Pr Hubert Oudraogo

De retour à Ouagadougou, les participants ont assisté à 18 h 30, à l'hôtel Indépendance, à une conférence du Pr Hubert Ouedraogo intitulée «Droit foncier, droit de l'arbre et agroforesterie» (dont on trouvera le texte dans la partie suivante).

Après avoir situé le contexte de son intervention par rapport au thème et parlé des contraintes foncières au développement de l'agroforesterie, le Pr Ouedraogo a abordé, dans un premier temps, le droit foncier en rapport avec l'agroforesterie. Il distingue la législation foncière étatique aux textes unificateurs, d'ailleurs faiblement appliqués en dehors de l'urbain, et la législation coutumière marquée par son affectivité dans la gestion des terres, avec un droit foncier traditionnel qui dit que l'homme n'est pas le maître de la nature mais doit au contraire rechercher une alliance avec les forces naturelles compte tenu de la sacralité de celles-ci.

Le conférencier précisa par ailleurs que les droits fonciers traditionnels reposent sur la primo-occupation. Ainsi, l'accès à la terre tient compte des facteurs suivants: l'origine et le statut social et le prêt de terre. Concernant les autochtones qui ont des droits permanents, ils accèdent à la terre au travers de la répartition par le doyen du village; quant aux migrants, qui ont des droits temporaires, ils accèdent à la terre par le prêt de terre. Dans un second temps, le Pr Ouedraogo lit remarquer que le droit de l'arbre et le droit foncier ne constituent pas une identité. La divergence repose sur l'importance économique (fruit) et sociale (pharmacopée) de l'arbre. Seul le propriétaire a le droit d'exploitation des arbres. Quant à l'emprunteur, il n'a pas le droit automatique d'exploiter, d'abattre ni der planter. Les arbres se trouvant en brousse sont exploités par le groupe autochtone qui en constitue le gardien et interdiction d'exploiter est faite aux groupes migrants.

Poursuivant son propos, le Pr Ouedraogo affirma très clairement que, s'il y a possibilité d'exploitation de l'agroforesterie individuellement, le migrant, lui, connaît des difficultés. Pour souligner que la prise en compte du droit foncier est nécessaire dans la réalisation de projets agroforestiers.

A la suite de cet exposé, des questions portant notamment sur la législation foncière moderne, l'accès des femmes à la terre, le pastoralisme, la création des tribunaux pour résoudre les problèmes fonciers ont été l'occasion d'un échange fructueux entre le conférencier et l'assistance.

Journée du 17 novembre 1994

d'après Abdoul Karim Diallo

07 h 00

Départ de Ouagadougou

08 h 00

Arrêt à Korsimoro

08 h 00 - 09 h 00

Protection des berges à Korsimoro (DRET-CN)

11 h 00 - 12 h 00

Récupération d'un zipellé dans la forêt classée de Yabo

13 h 00 - 14 h 30

Déjeuner à Kaya

15 h 00 - 16 h 30

Régénération naturelle assistée à Pissila (DRET-CN)

16 h 30 - 18 h 30

Retour à Ouagadougou

Au cours du voyage de Ouagadougou à Korsimoro, les participants ont pu entendre Michel Baumer leur faire une présentation de l'ICRAF, retraçant la création, la composition et les activités du Centre, notamment en matière d'information et de formation. L'accent a été mis sur les services que l'ICRAF pouvait offrir aux techniciens et tout particulièrement aux chercheurs qui travaillent sur le terrain. Pour la plupart des participants, cette aide pourrait principalement se traduire par le libre accès au service questions-réponses du Centre et la possibilité d'acquérir les publications vendues par l'ICRAF. Il faut mentionner le grand intérêt que suscitent les publications éditées par le Centre, tel le journal Agroforesterie aujourd'hui, ou celles réalisées pour son compte, comme la revue scientifique Agroforestry Systems, qui n'existe qu'en anglais. Pour certains; qui sont chercheurs, des contacts étroits avec l'ICRAF, en particulier par l'intermédiaire de ses représentants en Afrique de l'Ouest, ne pourraient présenter que des avantages, ne serait-ce qu'en leur permettant d'être tenus au courant des recherches les plus récentes et en leur évitant des redondances inutiles, plus nombreuses qu'on ne le pense.

Protection des berges à Korsimoro

A Korsimoro, en guise d'introduction, Sibiri Ouedraogo a présenté les responsables du Service des techniques forestières de la région, ainsi que les participants à la visite.

Jean-Marie Ky, intérimaire du directeur de l'Environnement et du Tourisme, était accompagné par Ernest Boena, chef de service départemental à Korsimoro. Après un bref aperçu sur le découpage administratif et des informations sur la pluviométrie (700 à 800 mm habituellement), ont été donnés des renseignements sur le barrage. Construit en 1984, ce barrage a une hauteur de 3 mètres, un plan d'eau de 600 hectares, une capacité de 4 500 m³ et un bassin versant de 1000 hectares.

Les objectifs de l'action de plantation des berges, commencée en 1986, sont les suivants:

· la fixation des berges ravinées par l'érosion hydrique;
· la protection des cultures maraîchères de bord de plan d'eau contre la divagation des animaux, par les haies vives défensives (engagée en 1990);
· l'introduction fruitières pour la diversification ces activités.

Les essences retenues pour la mise en place des haies vives sont: Acacia nilotica, Zizyphus mauritiana, Acacia Senegal, Bauhinia rufescens, en deux rangs et à des écartements de 50 cm x 40 cm.

Deux réalisations de haies vives ont été visitées, l'une autour d'un périmètre maraîcher et l'autre autour d'un champ comportant des arbres fruitiers plantés sur des cultures céréalières.

Des questions et réponses qui ont été échangées au cours des différentes étapes de la visite, il ressort notamment les points suivants:

· les paysans ont apporté une modification au programme qui avait été prévu en transformant en brise-vent productifs les haies vives que le projet avait envisagées au départ;

· le droit coutumier a été respecté;

· une organisation de femmes s'est constituée autour de l'activité de maraîchage;

· en rapport avec la Direction nationale de la pêche et la pisciculture, des études seront entreprises dans le cadre de la gestion des plans d'eau.

A ce sujet, un certain nombre de commentaires ont été faits:

· la production de protéines animales est beaucoup plus élevée à l'unité de surface avec la pisciculture que par toute autre forme d'élevage, sauf probablement l'apiculture correctement et intensément pratiquée (dont il n'existe pas, à ce jour, d'exemple en Afrique tropicale);

· la production de protéines animales est beaucoup moins économique, cependant, que celle de protéines végétales, mais il est des environnements comme les zones arides qui conviennent mieux à la production d'animaux qu'à celle de végétaux; en termes d'énergie, par exemple, on admet qu'il faut en moyenne six à sept fois plus de calories pour produire une quantité donnée de protéines animales que pour produire la même quantité de protéines végétales;

· dans une nappe d'eau, comme celle de Korsimoro, la pisciculture en cages flottantes correctement alimentées en nourriture est probablement la meilleure solution technique, mais elle exige d'abord de convaincre les paysans que nourrir des poissons pour finalement obtenir de l'argent est une opération tout à fait admissible.

Par ailleurs, une réflexion a été menée sur la possibilité de prolonger les terres cultivées en bordure du lac par des levées de terre parallèles qui partiraient du fond du lac, séparées par des fossés. Les levées de terre conviendraient à des cultures, qui pourraient être des cultures arborées (Gliricidia Sepium, par exemple, dont les feuilles peuvent servir d'aliment aux poissons herbivores), et les fossés permettraient l'élevage de tels poissons herbivores (certaines espèces de Tilapia par exemple). L'évaporation serait moins forte que dans la situation actuelle pour un même volume d'eau retenu (mais avec une surface d'évaporation réduite et une profondeur d'eau accrue), et le rendement serait bien plus important. Mais l'investissement serait lourd et exigerait un accord des riverains et des usagers, en particulier pour fixer sur une assez longue période la liste des ayants droit à l'eau, qui ne peut être indéfiniment allongée: c'est une des règles les plus évidentes, et cependant les plus systématiquement oubliées de l'aménagement du territoire, qu'une quantité de biens déterminée ne doit pas être divisée en fragments trop petits pour conserver de sa valeur. En d'autres termes, à une richesse donnée - ici l'eau - correspond un nombre donné d'habitants susceptibles de vivre selon un niveau de vie donné. Si le nombre de bénéficiaires augmente, le niveau de vie obligatoirement diminue.

La récupération des espaces dégradés dans la forêt classée de Yabo

Dans la forêt classée de Yabo, à 55 km à l'ouest de Kaya, a été implanté un essai de récupération des espaces dégradés, dans le cadre de la thèse de doctorat de Fidèle Hien. L'initiateur de l'expérimentation a fait lui même un large commentaire sur le processus de dégradation ce sol, sur les critères de choix du site, sur les conditions pédologiques et la végétation originelles.

Le dispositif adopté est l'édification de diguettes en terre avec paillage des espaces entre les diguettes et clôture de la parcelle d'expérimentation avec du grillage.

Les observations ont porté sur le bilan hydrique, la dynamique de l'évolution de la végétation herbacée et ligneuse et la fluctuation de la teneur en éléments minéraux N, P et K.

Des analyses ont permis de constater les résultats suivants:

· le bilan hydrique est positif (700 mm) autour des diguettes pendant les trois premières années;
· 5 000 à 7 000 kg de matière sèche sont obtenus par an;
· en 1993, le taux de la biomasse a dépassé le seuil de 30 %;
· on obtient une régénération des espèces ligneuses (Acacia Seyal, par exemple, comptait jusqu'à 2 500 pousses au mètre carré).

Le paillage étant déterminant dans la reconstitution de la couverture herbacée, F. Hien recommande un fauchage de la régénération de la première année (10 t/ha) pour poursuivre l'action.

De la visite, les participants ont retenu que, avec la technique employée:

· la reconstitution du couvert végétal est obtenue sous enclos de grillage;
· un plan de gestion de la parcelle est nécessaire avant que l'enclos puisse être ouvert au bétail;
· la technique est au point et prête à être diffusée dans les différents pays.

Pendant le trajet entre Kaya et Pissila, André Vugayabagabo a présenté les activités du CTA, mentionnant particulièrement les publications du Centre, de Spore aux nombreux ouvrages spécialisés publiés par le CTA ou en collaboration avec d'autres organismes, comme l'ACCT, l'ICRAF, le GRET, «Terres et Vie», l'ORSTOM, etc. Les participants ont suggéré que, lors d'un autre voyage d'étude qui pourrait être organisé par le CTA, soit présentée une collection assez complète de ces publications.

Pratiques agroforestières à Pissila

La région du Centre-Nord mène des activités agroforestières dans le cadre du Projet de développement agroforestier par la régénération de Faidherbia albida et d'autres espèces locales. Elle obtient également l'appui d'un nombre important de projets, comme l'ont expliqué Jean-Marie Ky, chef du Service des techniques forestières, et Marcel Some, chef du service départemental de Pissila..

A Tallé, les participants ont été accueillis par le chef de village entouré des notables; l'agent forestier du service départemental de Pissila était également présent.

Après les salutations d'usage, le groupe s'est rendu sur une parcelle de régénération naturelle assistée. Les espèces épargnées sont Piliostigma reticulata, Faidherbia albida, Pterocarpus lucens, Lannea acida, etc. Ce qui a suscité de nombreuses questions dont la principale est la suivante: les paysans sont-ils libres d'épargner les espèces de leur choix ? Cette question n'a pas reçu de réponse satisfaisante, dans la mesure notamment où il n'existe pas assez d'espèces pour permettre un tel choix.

A Pissila, une visite de courtoisie a été rendue au préfet qui, en retour, a accompagné les participants sur les sites des différentes réalisations:

· Une parcelle de reboisement en fruitiers qui s'inscrit dans le cadre d'un mot d'ordre politique: «8 000 villages, 8 000 forêts».

· Une parcelle de culture en couloirs avec haie vive périphérique. L'essence ligneuse utilisée est Eucalyptus camaldulensis qui a un bon rapport financier pour le paysan; cette essence a probablement un effet brise-vent positif sur les cultures associées, comme le sorgho dans le site visité, mais elle entre certainement directement en concurrence avec elles pour l'eau et pour les éléments nutritifs.

· Un parc arboré de deux hectares ce Parkia biglobosa. Le parc fait l'objet d'attaques de termites et d'autres insectes foreurs. Le technicien du Centre national de semences forestières est attendu pour son appui technique.

Pendant le retour en autobus, un large commentaire a été fait par Sibiri Ouedraogo sur les organisations et structures agroforestières au Burkina Faso. Il a notamment souligné que la présence à Ouagadougou pendant plusieurs années du centre coordinateur du sous-réseau SALWA et la tenue de réunions organisées par l'ICRAF avaient aidé à la prise de conscience gouvernementale du rôle important de l'agroforesterie.

Journée du 18 novembre 1994

d'après P. Joachim Bazie

07 h 00

Départ pour Kokologho

07 h 45 - 08 h 45

Visite (DRET-CO)


Parc à Faidherbia albida

Parc à karité


Visite de courtoisie au chef de village

09 h 00

Départ pour Saria

09 h 30 - 10 h 30

Visite de la station INERA à Saria


Visite de courtoisie au chef de station

Cultures en couloirs


Essais d'associations


Essais d'arbres fertilisant les cultures

10 h 45

Départ pour Niandala

11 h 15 - 12 h 00

Régénération de Faidherbia albida (DRET-CO)

12 h 00

Départ pour Koudougou

12 h 30 -13 h 30

Déjeuner

13 h 30

Départ pour Goundi

14 h 00 - 15 h 30

Visite du Centre de formation et de récupération des jeunes de Goundi

15 h 30

Départ pour Ramongho

16 h 15 - 17 h 00

Visite de la station expérimentale de Ramongho (DRET-CO)

17 h 00

Départ pour Ouagadougou

Les visites et les échanges étaient centrés sur les parcs, les cultures en couloirs, ainsi que d'autres techniques agroforestières comme les haies vives, l'association d'arbres fertilisants aux cultures, etc. Pour ce faire, des réalisations relatives à ces différentes techniques agroforestières ont été visitées dans divers sites:

· à Kokologho et Nandiala, zones d'intervention de la Direction régionale de l'environnement et du tourisme du Centre-Ouest (DRET-CO);
· à la station de recherches agronomiques de Saria;
· à la station de démonstration de la DRET-CO à Ramongho;
· au Centre de formation et de récupération des jeunes de Goundi.

Au départ de Ouagadougou, l'animateur a fait le point sur Faidherbia albida. Quelques problèmes et données relatifs à Faidherbia albida ont été évoqués et discutés. Invitant les participants à se référer à un ouvrage publié récemment par le CTFT, Faidherbia albida (Del.) A. Chev = Acacia albida (L) Del., Michel Baumer a mis en relief certaines caractéristiques spécifiques à Faidherbia qui le distinguent des acacias. Ces différences portent en particulier sur le pollen, la structure de l'embryon, la période de défoliation et l'architecture de l'espèce, et justifient la création d'un genre à part, d'ailleurs monospécifique. Faidherbia albida comporterait deux sous-espèces, l'une qui pousse le long des rivières, l'autre dans des zones plus sèches. De même, l'une des espèces a un enracinement profond tandis que celui de l'autre est plus traçant. Beaucoup plus d'attention devrait être donnée dès maintenant aux caractéristiques propres à ces deux variétés déjà identifiées; il n'est d'ailleurs pas exclu que d'autres variétés soient trouvées. Faidherbia albida fait l'objet d'un grand nombre d'études sur sa capacité à fixer l'azote. La moitié de l'azote que l'on trouve sous un faidherbia provient de l'activité de mycorhizes associées à l'espèce, et l'autre des animaux qui viennent se reposer sous elle en saison sèche et qui laissent là leurs déjections. L'une des caractéristiques essentielles de l'espèce est de faire ses feuilles en saison sèche et de les perdre pendant la saison des pluies. Faidherbia ne joue donc réellement son rôle de fixateur d'azote que lorsqu'il est associé à un système, d'élevage.

Kokologho

Les participants se sont entretenus dans un premier temps avec un exploitant cultivant du sorgho sous Faidherbia albida, ce qui constitue un système parc. Il régénère l'espèce ligneuse en blessant volontairement à la daba les pieds des sujets les plus âgés; ceux-ci, par réaction, se mettent à produire des drageons. Malheureusement, le paysan n'isole pas ces drageons. Les avantages que lui procure l'espèce seraient la protection contre le vent, l'amélioration du sol, et une importante contribution à la nourriture de ses animaux avec les gousses de l'arbre. Il a constaté une amélioration de la production de grains céréaliers chez les sorghos cultivés entre les faidherbias.

Dans le même village, le second site visité est un parc à karité (Butyrospermum Parkii), de 25 hectares à l'origine, mais de superficie maintenant plus réduite. Aucune partie du parc n'est mise en culture. Un entretien a eu lieu avec le responsable de cette réalisation, qui est le chef du village. Celui-ci a par ailleurs la paternité de tout le parc à Faidherbia albida du village. Ce sont des raisons économiques qui l'ont amené à développer ces parcs à karité: à l'époque (il y a plus de 40 ans de cela), les produits du karité étaient intensément commercialisés. De nos jours, de nombreux efforts sont faits pour faire passer l'utilisation du karité de certains secteurs traditionnels, comme la cosmétologie, au secteur moderne de la même spécialité, de l'employer dans des secteurs nouveaux, comme la savonnerie, et de lui donner une valeur commerciale moins aléatoire. Des efforts sont déployés également pour faciliter le dur travail des femmes qui traitent les noix et fabriquent le bourre: le GRET, entre autres, s'est attaché à mettre au point des appareillages simples qui rendent un peu moins difficile le travail de la noix. En ce qui concerne Faidherbia albida, le paysan responsable a commencé à protéger l'espèce simplement parce qu'il avait remarqué que ce que' disaient les anciens était vrai et que le mil réussissait mieux sous le couvert de cet arbre que sous un autre arbre ou en plein découvert.

Saria

A la station de recherche de Saria, créée en 1920, et qui serait la première station de recherche créée au Burkina Faso, les participants ont pu visiter des essais de cultures en couloirs, et des essais d'association d'arbres fertilisants aux cultures.

Les cultures en couloirs ont été mises en place en 1988 dans le cadre du programme de recherche sur les systèmes de production (RSP). L'essai a été réalisé avec le neem (Azadirachta indica) et avec Racosperma holosericeum. Des critiques ont été formulées sur l'écartement de huit mètres entre les lignes d'arbres: cet écartement est très grand, le maximum généralement admis étant de six mètres. De même, les participants se sont demandés pourquoi on avait employé le neem, qui n'a pas de pouvoir reconnu comme améliorateur des sols. Cela serait simplement dû au fait que c'est, dans la zone en question, une espèce très répandue dans les champs des paysans. Toutefois, certains responsables ont prétendu que les cultures de céréales sous neem donnaient davantage de grain; cela serait à vérifier mais paraît douteux. Il se pourrait toutefois que cela s'explique et par l'effet brise-vent que peuvent jouer les neems et par leur effet de protection contre les parasites. Il est possible aussi que le paysan trouve un avantage financier à planter des neems dans son champ, soit en couloirs, soit au hasard, non pas parce que ces ligneux augmenteraient la production de céréales, mais tout simplement parce qu'ils produisent du bois, dont le paysan a besoin, voire de l'ombre, et même un certain confort.

Quant à l'essai d'association d'arbres fertilisants à des cultures, réalisé dans le cadre du réseau SALWA, il porte sur trois espèces, à savoir Faidherbia albida, Albizzia Lebbeck et Prosopis africana. Celles-ci ont été plantées dans un champ de mil et de sorgho; on étudie le rendement de ces céréales en rotation à différentes distances de l'arbre et on compare la production de grain et la fertilité du sol sous l'influence des trois espèces ligneuses. Il ressort des premiers résultats que Prosopis africana donne de bons résultats à des distances qui vont jusqu'à 4,8 m voire 9,6 m.

Nandiala

A Nandiala, les participants ont pu visiter un parc à Faidherbia albida que les villageois ont réalisé, après avoir été sensibilisés par la DRET-CO. Auparavant, sur le même terrain, tous les pieds étaient coupés lors des défriches. Désormais, les paysans préservent l'espèce, non seulement à cause de l'action de sensibilisation des agents de la DRET, mais aussi parce qu'ils ont perçu les avantages de l'espèce; ils ont confié aux participants les raisons de leur choix:

· les fruits attirent les animaux sous la plante, ce qui permet de disposer à terme de fumure;
· la plante perd ses feuilles en saison de culture et ne gêne donc pas les activités agricoles;
· l'arbre assure la protection du sol contre l'érosion.

Diverses suggestions ont été faites aux paysans par les participants en vue d'une meilleure gestion de leurs parcs.

Ramongho

A la station de démonstration de Ramongho, les participants ont encore pu observer des cultures en couloirs réalisées avec le neem (Azadirachta indica), avec Albizzia Lebbeck et avec Leucaena leucocephala à différents écartements.

Les meilleurs résultats seraient obtenus avec le neem et l'albizzia, entre les rangs desquels des rendements supérieurs aux témoins ont été enregistrés. Une fois de plus, le problème de l'utilisation du neem dans ce système a été posé. Comment expliquer l'augmentation des rendements avec le neem ? Il faudrait, comme l'ont suggéré certains participants, vérifier d'abord qu'il y a bien un accroissement de la production de grain en présence de ces arbres, puis, dans l'affirmative, distinguer la part de l'effet brise-vent et celle de l'effet fertilisant des feuilles tombées au sol. A également été visitée, à la station, une banque fourragère installée avec Cajanus Cajan entre des lignes d'albizzias, ainsi que des haies vives.

Centre de formation et de récupération jeunes de Goundi

Situé à 25 km à l'ouest de Koudougou, le Centre a été créé en 1966-1967 par un religieux italien, le Frère Sylvestre, qui continue de l'animer. Son objectif est de récupérer les jeunes orphelins désoeuvrés, en particulier dans la ville de Koudougou et à ses abords, et de leur apprendre un métier. Les enfants orphelins sont recrutés à l'âge de douze à quinze ans par l'intermédiaire de l'Action sociale. Ils sont encadrés pendant trois à quatre ans dans l'un des domaines suivants: agriculture, maraîchage, élevage, arboriculture, menuiserie, soudure. Puis ils vont s'installer à leur compte dans leur village, mais sous un certain contrôle du Centre, qui continue de les assister, essentiellement moralement, en leur faisant comprendre qu'ils constituent une grande famille de solidarité. Les anciens stagiaires du Centre continuent souvent de se fréquenter et de s'entraider. Ce Centre est financé par des amis du Frère Sylvestre, en France et en Italie. Les participants ont pu discuter avec le Frère du problème de la réinsertion des jeunes dans leur village et ont pu visiter la pépinière, le vignoble et la plantation de papayers. Une brochure illustrée leur a été remise.

Outre les remarques formulées ci-dessus, deux enseignements sont à tirer des visites effectuées durant cette journée.

· En ce qui concerne les parcs à Faidherbia albida, il est clairement apparu que ceux-ci doivent être partie intégrante d'un système comprenant une part importante d'élevage, qu'il soit sylvipastoral ou pas, pour que l'espèce «kadd» (ou «gao», ou «balanzan», etc.) puisse jouer pleinement son rôle.

· La conduite des cultures en couloirs nécessite souvent de relever des données compliquées et de les maîtriser complètement. Les résultats qu'on obtient en station sont alors très différents de ceux qu'on peut constater chez le paysan. Celui-ci acceptera difficilement par exemple d'enfouir des feuilles dans le sol pour l'enrichir lorsque ces mêmes feuilles pourraient être données directement à l'animal pour qu'il s'en nourrisse: le bénéfice de pouvoir nourrir directement l'animal est plus immédiat que celui d'une conservation, voire d'une amélioration, de la fertilité. Il y a donc un risque que la technique des cultures en couloirs n'ait pas sur l'agriculture tout l'effet bénéfique que les chercheurs ont annoncé.

Journée du 19 novembre 1994

d'après Amadou Aliou

09 h 00 -10 h 30

Conférence-débat sur les ligneux à usages multiples (MPTS) par Ouétian Bognounou

10 h 30 - 11 h 00

Pause-café

11 h 00 - 12 h 30

Discussion générale sur la visite d'étude

12 h 30

Déjeuner et après-midi libres

Une conférence-débat intitulée «Réflexions sur les ligneux à usages multiples» a été présentée par Ouétian Bognounou, chercheur burkinabé (voir texte de cette conférence plus loin).

Après avoir donné très succinctement la définition de l'ethnobotanique, qui est son domaine d'élection, Ouétian Bognounou a abordé la notion d'arbre à usages multiples, avec comme exemples:

· l'arbre servant à délimiter l'appropriation des terres pour protéger contre la divagation des animaux;
· l'arbre qui sert au règlement de conflits champêtres en cas de persistance du conflit;
· l'arbre (Faidherbia albida) en tant qu'élément de référence des chercheurs pour l'accroissement du rendement des cultures vivrières (sorgho).

On peut ajouter de nombreux autres usages: délimitation de terrains, indicateur de direction, réserve de fourrage sur pied, source de nourriture pour les humains, production de drogues médicinales, pharmaceutiques ou hallucinatoires, de teinture ou de produits textiles.

Par ailleurs, Ouétian Bognounou a souhaité, pour des raisons d'efficacité, la conservation des techniques agroforestières traditionnelles et modernes, tout en tenant compte des aspirations légitimes des paysans. Pour conclure en regrettant l'utilisation de plus en plus galvaudée des plantes qui est faite de nos jours.

Journée du 20 novembre 1994

d'après Thierno Seck


Matinée libre

15 h 00

Départ pour Ouahigouya (hôtel de l'Amitié)

19 h 00

Film sur la Mauritanie présenté par les participants mauritaniens, et film documentaire sur le «zaï» présenté par RSP/INERA

Une conférence sur les activités agroforestières en Mauritanie a été prononcée par Si Mohamed. Le conférencier a d'abord fait une brève présentation de la Mauritanie qui est un pays de transition entre le Sahara et le Sahel, avec une superficie de 1 200 000 km² et une population d'environ 2,5 millions d'habitants. Il a ensuite exposé les problèmes de désertification que connaît ce pays depuis 1968 et qui ont pour causes:

· l'exploitation abusive du couvert végétal;
· le surpâturage;
· le manque de régénération naturelle;
· le défrichement.

Chacun de ces points aurait justifié une discussion, mais le manque de temps ne l'a permis que de façon limitée. A propos du surpâturage, il aurait été bon d'en débattre sur le fond, à savoir s'il y a ou non surpâturage, et même de s'interroger sur ce qu'est le surpâturage. Dans ce qu'on appelle surpâturage, quelle est la part d'une surcharge par le cheptel ? Quelles sont les raisons d'un éventuel surnombre d'animaux ? Cette discussion aurait ramené aux arguments de De Leeuw et Tothill exposés dans un article auquel on se reportera («The concept of rangeland carrying capacity in Sub-Saharan Africa. Myth or reality ?», Londres, Overseas Development Institute, 1990, Pastoral Development Network Paper n° 29 b); une traduction en français de cet article doit paraître prochainement en annexe de l'ouvrage Agroforesterie pour les productions animales (par Michel Baumer, au CTA).

Classant les zones existantes en Mauritanie en fonction des isohyètes, le conférencier en a retenu seulement deux: la zone aride, la zone désertique.

Dans une deuxième partie, la conférence a porté sur les actions entreprises pour lutter contre l'ensablement, qui touche 80 % du territoire, et sur les actions agroforestières. Ces interventions se sont déroulées dans la région au travers de deux projets mis en œuvre sous la direction du Centre national de recherche agronomique et du développement agricole:

· le projet «Plantation de gommier» avec une culture intercalaire de niébé (projet qui a échoué);
· le projet «Pôle vert» de fixation des dunes avec l'introduction de l'olivier dans les jardins maraîchers créés.

Le conférencier a terminé son exposé en insistant sur les problèmes rencontrés dans l'approvisionnement en arbres fruitiers en raison de la baisse de la production privée, de la reproduction et du suivi et de l'entretien des pépinières.

Les perspectives qui se présentent aujourd'hui sont les suivantes:

· l'initiation d'un programme de fixation des dunes autour des anciennes villes avec l'appui de la Banque mondiale;
· l'organisation d'un voyage d'étude au Sénégal pour s'inspirer de ce qui se fait dans ce pays.

Le souci initial était la protection des infrastructures publiques: il faut sauver les habitations avant d'améliorer la production. C'est pourquoi les premières actions, dans le cadre de ces projets, ont été menées par des structures étatiques. Deux ONG sont toutefois très actives dans la lutte contre l'avancée du désert.

Le projet de plantation de gommier en association avec le niébé n'a pas réussi par manque d'encadrement technique, selon le conférencier. Selon Michel Baumer, le projet a échoué aussi parce que l'avis des populations n'avait pas été requis dès le départ et parce que la technique de plantation utilisée n'était pas appropriée. Le projet a démarré trop tard: immédiatement après la sécheresse exceptionnelle, les ligneux morts constituaient des abris sous lesquels on aurait pu installer des graines à moindre frais, avec une canne-semoir par exemple; alors qu'on a attendu trop longtemps pour reconstituer les peuplements, et que les abris naturels que constituaient les ligneux morts contre la dent du bétail avaient disparu. Dans ces conditions, il a fallu planter de jeunes plants produits à grands frais en pépinière et surtout les protéger, ce qui est difficile et coûteux, et la plupart du temps inefficace. D'après Michel Baumer, on ne doit entreprendre une action de développement quelconque, en particulier de plantation ou de semis, que lorsque les populations et sous-populations concernées ont suffisamment compris qu'il était de leur intérêt d'assurer elles-mêmes la protection des réalisations en question, et lorsqu'elles sont prêtes à en assurer la surveillance, l'entretien et le gardiennage d'une façon satisfaisante. Enfin, on prendra garde au fait que, si l'on parle de maîtrise de l'avancée du désert par la fixation des dunes de sable, on sort généralement du domaine de l'agroforesterie, sauf peut-être quand on fait allusion aux oasis.

Dans les oasis, bien étudiées notamment par Toutain, il y a coexistence de ligneux (arbres fruitiers) et de semi-ligneux (car les dattiers ne sont ni des arbres ni même des ligneux, c'est-à-dire des végétaux ayant leurs tissus ligneux organisés suivant un plan ligneux) avec des cultures, généralement en présence d'animaux. Les oasis sont confrontées à plusieurs problèmes:

· l'ensablement, particulièrement dans les petites oasis, où le front de lutte contre les sables est proportionnellement plus important que dans les grandes oasis;

· le système de tenure, car, dans de nombreuses oasis, les dattiers et même quelquefois des arbres fruitiers sont la propriété collective de deux ou trois familles ou davantage qui doivent s'en partager la gestion et l'exploitation; le droit de l'eau, qui est une question complexe, la distribution se faisant par des canaux munis de barres ou peignes en fonction des droits de l'eau des propriétaires;

· les interactions très étroites entre palmiers et cultures qui réduisent l'ETP du fait de l'ombrage projeté.

Les cultures associées dans les oasis sont extrêmement diverses. Plusieurs espèces peuvent être cultivées sur une petite superficie (mil, maïs, haricot, etc.), ou individuellement par pied (henné, anis étoilé, cumin, etc.); les plus grandes surfaces sont souvent occupées par une céréale, le blé fréquemment en Afrique du Nord, le mil le plus souvent en Afrique présaharienne. Les animaux sont indispensables au bon fonctionnement de l'oasis, par le fumier qu'ils permettent d'apporter aux cultures. L'oasis est un bon exemple d'association agroforestière, d'association agrisylvipastorale en particulier. Sa taille est variable en fonction de la disponibilité de l'eau.

La stratégie adoptée en Mauritanie a combiné une intervention mécanique et une intervention biologique. L'intervention mécanique a consisté en un clayonnage, réalisé en fonction de la vitesse du vent et de l'ensablement. L'aspect biologique recouvre la plantation depuis deux ans de Prosopis et de Leucaena au niveau des claies.

La nouvelle orientation porte sur la plantation d'espèces locales.

Le projet «Pôle vert» avait pour souci majeur la maîtrise de l'ensablement mais il n'était pas en régie et c'est pourquoi la stratégie retenue a été de motiver les populations pour qu'elles mettent en application les actions du projet. Le travail s'est fait avec le village d'abord, en échange d'une petite rémunération; progressivement, on a diminué les charges de l'administration pour en faire supporter 20 % aux populations. Ensuite, du village on est passé à la famille. Aujourd'hui, 80 % des charges sont assumées par les populations et 20 % par l'administration.

Le projet veut élargir ses objectifs par le lancement d'un volet récupération des sols dégradés. Il ne s'agirait plus seulement de lutter contre l'ensablement, mais encore de restaurer la fertilité de sols fixés ou récupérés, de façon à les rendre productifs. Il s'agit d'un projet grandiose, dont le bien-fondé avait été discuté dans le passé à plusieurs occasions, en particulier lors de la Conférence des Nations unies sur la désertification, à Nairobi.

La conférence de Si Mohamed fut suivie de la projection de deux films vidéo. Le premier, réalisé avec un appui de l'UNICEF traite de la récupération des sols en Mauritanie par la fixation des dunes et illustre les principales techniques utilisées. Le second film présente une démonstration, dans la région de Ouahigouya, de la méthode du «zaï amélioré», tel qu'elle a été mise au point par le programme RSP/INERA; on peut y voir en particulier l'utilisation des dents RS 8 et RS 16 (qui seront vues sur le terrain le lendemain) et l'emploi de la traction animale.

Journée 21 novembre 1994

d'après Thierno Seck

Journée avec la Direction provinciale de l'environnement et du tourisme à Ouahigouya.

07 h 00

Départ


Visite au paysan pilote

Récupération des sols par plantation et mise en défens à Bourssouma «Zaï» et régénération par semis direct à Gourga

13 h 00 - 14 h 00

Déjeuner à l'hôtel

14 h 30

Système «zaï» et diguettes à Ziga (RSP/INERA)

17 h 30

Retour à l'hôtel à Ouahigouya

18 h 00 - 18 h 45

Exposé de la méthode «D and D» par Michel Baumer

Thèmes abordés au cours de la journée:

· La gestion intégrée de ressources végétales et animales.
· Les techniques de récupération des terres dégradées par:
· l'installation de cordons pierreux en suivant les courbes de niveaux et la plantation d'essences forestières diverses;
· l'application du «zaï» traditionnel et du «zaï» amélioré.

Cette journée, placée sous la direction du Service provincial de l'environnement et du tourisme, a permis aux participants de se rendre tout d'abord à proximité immédiate de Ouahigouya, au nord-ouest, dans le domaine d'Adama Ouedraogo («Le Grand Passage», BP 100, Ouahigouya); celui-ci est animateur d'une ONG, les «6 S» (Se Servir de la Saison Sèche en Savane et au Sahel), dont le siège est à Ouahigouya. Les participants sont ensuite allés à Bourssouma où ils ont rencontré le Groupement du village. Puis ils se sont déplacés jusqu'à Gourga, où ils ont visité la parcelle de Yacouba Sawadogo. Ces visites de site se sont déroulées dans la matinée. Elles se sont poursuivies dans l'après-midi au village de Ziga, sous la conduite du programme RSP/INERA de la région du Nord.

Toutes ces visites ont permis aux participants de découvrir des cas concrets de diversification dans la plantation d'essences forestières et de techniques de récupération des sols dégradés. Mais elles ont surtout été l'occasion d'échanger des idées avec les acteurs rencontrés sur le terrain.

La ferme d'Adama Ouedraogo

Sur cette ferme de deux hectares, un certain nombre d'installations ont été visitées par les participants.

Une retenue d'eau permet de pratiquer la pisciculture. L'espèce élevée (dans une sorte d'enclos aquatique aménagé sur le bord de la mare communale artificielle) est le silure ou poisson-chat. Cette retenue a été réalisée grâce à l'appui des Travaux publics. La présence de l'eau y est quasi permanente. Sa profondeur maximale est de 1,5 m. A la surface, on note la présence la jacinthe d'eau; le propriétaire n'en fait aucune utilisation, alors qu'elle peut être ensilée - avec un très faible rendement il est vrai, car son contenu en eau est très élevé - mais il ne semble pas y avoir ici de sérieux problèmes de soudure pour l'alimentation des animaux.

Une chambre souterraine de conservation des oignons, d'une capacité de deux tonnes, permet de les garder pendant quatre mois. Ils sont alors écoulés à la période où ils sont plus rares et donc plus chers. Est ainsi résolu l'un des principaux problèmes du maraîchage, à savoir l'écoulement des produits.

Une autre chambre souterraine de conservation, pour la pomme de terre, a été aménagée comme la précédente par le propriétaire lui-même, et selon son génie propre. C'est une pièce d'une capacité de trois et quatre tonnes où la pomme de terre est conservée pendant une période de quatre mois pour être revendue hors saison à un prix supérieur de 20 à 30 % au prix normal de la pleine saison ce production.

Dans une petite salle qu'il appelle «salle des trophées», Adama Ouedraogo garde soigneusement les différentes distinctions qu'il a reçues, notamment le prix «Global 500» décerné par l'UNEP pour l'ensemble de son action en faveur de l'environnement.

Les participants ont noté, dans un boisement artificiel implanté par le propriétaire, la présence de plusieurs essences forestières; l'espèce dominante est le neem car, comme l'a fait remarquer Adama Ouedraogo, il a porté son choix sur cette espèce non seulement pour se procurer du bois, mais surtout pour montrer aux paysans de la zone qu'il est possible de planter des arbres sur ces terres, et parce que le neem y pousse correctement.

Adama Ouedraogo pratique également l'élevage de chèvres, de moutons, de poules, de canards, de pigeons, de tortues géantes terrestres nourries aux feuilles de Leucaena leucocephala, de silures, de pintades et tout récemment de cobayes (cochon d'Inde). Mais il n'a aucune notion sur les élevages d'aulacodes ou d'autruches, de serpents ou de varans, qui pourraient certainement être rentables à Ouahigouya et permettre la création de nouveaux emplois (tannage ces cuirs d'autruche, préparation et exportation des plumes d'autruche, ou collecte des venins de serpent, par exemple).

Au cours de la visite, Adama Ouedraogo a montré aux participants qu'il était possible, même dans un environnement assez hostile comme celui de Ouahigouya, d'intégrer diverses productions. Il a surtout donné une vraie leçon de morale et d'amour pour le travail de la terre. Il se déclare lui-même fou, pas malade mais fou, prétextant que tout chercheur est un fou, et qu'étant de ceux-là il l'est donc. Il a dit entre autres: «L'expérience est une série d'erreurs», «Un fou agit plus qu'il ne parle», «Le malade et le fou ne se comparent pas», et même «Dans une société équilibrée, il y a plus de fous que de sages», parodiant ainsi sans le savoir Chamfort, qui continuait, par «... et même chez les sages, il y a plus de folie que de sagesse». Adama Ouedraogo nous a démontré qu'on peut être analphabète et très intelligent. L'environnement qu'il a su créer et ses réalisations de génie en attestent.

La parcelle du Groupement du village de Bourssouma

Des images de désertification s'offrent aux participants avec les sols nus, dépourvus de plantes herbacées et même de ligneux. Dans la région visitée de la province du Yatenga, de nombreux villages et un très grand nombre d'individus ont décidé de combattre l'érosion par diverses techniques. Parmi eux, le Groupement du village de Bourssouma, à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Ouahigouya, qui s'est constitué en 1991.

La parcelle visitée à Bourssouma est un champ de deux hectares de superficie exploité par un groupement mixte de 200 membres (120 femmes et 80 hommes). Ayant fait le constat que leur terroir se dégradait de manière alarmante, ils ont pris la décision de réagir avant qu'il ne soit trop tard. Avec l'appui du ministère de l'Environnement et du Tourisme et du Projet agroécologique (PI´), ils ont engagé une opération de récupération des sols dégradés.

La technique utilisée est l'installation de cordons pierreux en suivant les courbes de niveau. Ensuite, un aménagement est réalisé avec la plantation forestières, essentiellement Adansonia digitata, Azadirachta indica, Combretum sp. pl., Eucalyptus camaldulensis, Leucaena leucocephala, Parkia biglobosa, Zizyphus mauritiana, et même Faidherbia albida. Beaucoup d'essences forestières ont été élevées en pépinière et plantées en grand champ mais l'attaque des termites a empêché leur bon développement. Seuls le neem et les combretums ont eu un bon comportement.

Le Groupement fait lui-même le choix des espèces. Les actions à entreprendre, avant leur mise en œuvre, sont discutées avec les services d'intervention qui assurent l'appui technique. Des espaces désertifiés sont en train de redevenir productifs, l'espoir est solide de contribuer efficacement à la lutte contre la désertification par la stabulation des animaux et par une réduction de la pression des hommes et des animaux sur ce qui restait de végétation. Michel Baumer a souligné cependant que, au moins en apparence, les paysans ne semblaient pas avoir établi un lien quelconque entre la densité de leur population et la pression sur les ressources.

Le Groupement a des projets de cultures fourragères, d'arboriculture fruitière et de maraîchage mais il entend d'abord atteindre son objectif majeur, à savoir la récupération des terres dégradées.

Le champ de Yacouba Sawadogo à Gourga

La visite à Gourga a été organisée par le Service provincial de l'environnement et du tourisme. Elle a porté sur la parcelle de Yacouba Sawadogo, membre d'une association de 200 villages qui pratiquent le «zaï».

Cet homme refuse l'échec. Il y a dix-sept ans, il a entrepris la récupération des terres cuirassées et dégradées à l'aide des techniques du zaï, des cordons pierreux et du semis direct d'espèces ligneuses à intérêts multiples, Butyrospermum Parkii, Lannea microcarpa, Piliostigma reticulatum, Sclerocarya Birroea, etc. souvent associées à des légumineuses herbacées fixatrices d'azote, comme le niébé.

La technique employée est le zaï traditionnel, qui consiste à ameublir la couche de sol pour faciliter l'infiltration de l'eau (le mot «zaï» signifie «poche d'eau»), renforcé par des cordons pierreux. Les résultats obtenus sont tellement positifs qu'ils ont conduit à la création d'une association «zaï» et le champ de Yacouba Sawadogo est devenu à la fois l'école de l'association et son champ de démonstration et d'expérimentation. Une particularité de sa méthode est que, au moment de la mise en poquet des grains de mil, il sème en même temps les graines des plants ligneux, de karité par exemple.

Les espèces forestières plantées aujourd'hui avec succès dépassent la dizaine. Après qu'une zone a été récupérée et plantée, et lorsque les ligneux ont plus de dix ans d'âge, elle est mise en défens.

A côté de la parcelle visitée, les participants ont pu voir une compostière taillée dans la cuirasse rocheuse et une banque de semences, réalisées aussi par Y. Sawadogo.

Au village de Gourga, des femmes décortiquaient des gousses d'Acacia macrostachya. Les graines sont séchées puis préparées avec du beurre; ici, on les utilise dans des sauces. Dans le centre du Burkina Faso, on les met dans le couscous. Chez les Bouabas, elles n'ont pas d'usage.

Application du zaï à Ziga

Ziga est un village pionnier en matière de récupération des terres dégradées. Il a connu l'intervention de plusieurs institutions comme le FDR, l'ORSTOM, le CIRAD, etc. Actuellement, le programme RSP/INERA de la région Nord y mène une recherche participative dans ce domaine afin d'améliorer la production agricole.

La récupération des terres dégradées autour de Ziga par la méthode zaï améliorée, mise au point par le programme, a commencé en 1982. On trouvera de très intéressantes précisions sur cette méthode dans l'ouvrage de près de 600 pages édité par R. Marceau Rochette, Le Sahel en lutte contre la désertification, publié en 1989 par GTZ (Eschborn, Allemagne) pour le Club du Sahel.

Au départ, la communauté rurale était sceptique quant aux résultats d'une telle opération et avait donné les terres les plus dégradées aux techniciens de l'INERA pour qu'ils y effectuent leur expérimentation.

L'objectif de l'Institut burkinabé était double, à savoir montrer comment la recherche peut contribuer à l'amélioration des conditions de production, et comment les techniques traditionnelles du zaï peuvent être améliorées afin d'intensifier la production agricole et l'élevage.

Pour les paysans de Ziga, la récupération des sols dégradés a réellement commencé à l'arrivée de M. Dugay qui, les voyant porter sur leur tête les pierres destinées aux cordons, leur offrit une charrette; puis arriva une voiture, ce qui les motiva encore davantage.

Il faut noter que ce sont les paysans eux-mêmes qui ont constaté que leurs terres se dégradaient - et cela il y a plus de vingt ans - à cause de la baisse de la pluviosité et du fort pâturage. Ils se mobilisèrent et, avec l'appui technique du Fonds de développement rural, tentèrent une première opération de récupération des sols. L'opération connut un échec: le FDR avait malencontreusement préconisé l'implantation de diguettes en terre qui arrêtaient toute l'eau, l'empêchant de passer de l'autre côté et en privant ainsi les paysans qui se trouvaient en aval des diguettes.

Le changement aujourd'hui constaté sur le terrain a fait renaître un grand espoir chez les paysans de Ziga, qui ont exprimé clairement le vœu que leurs enfants adhèrent davantage aux mêmes valeurs qu'eux, à savoir travail et honnêteté.

La journée du 21 novembre fut clôturée par une conférence de Michel Baumer intitulée «La méthode "D and D" (Diagnostic and Design)». Après avoir défini la méthode et situé ses origines. le conférencier a expliqué la démarche. Laissant entendre qu'elle pouvait être utilisée dans d'autres domaines d'activité que l'agroforesterie, il a tenu à préciser que cette méthode a été mise au point pour résoudre les problèmes qui se posent à l'agroforesterie. Les équipes appelées à appliquer la méthode «D and D» doivent être pluridisciplinaires: un agronome, un forestier, un sociologue et un économiste doivent en faire partie. Un petit manuel illustré, publié en français par l'ICRAF, donne des renseignements très pratiques sur la façon d'aborder les paysans au cours des différentes étapes d'un projet.

Journée du 22 novembre 1994

d'après Pauline Mala

08 h 00

Départ pour Ouagadougou (hôtel Indépendance)

11 h 00

Visite de la fabrique Hochata de jus de souchet (Cyperus esculentus)


à Gounghin-Nord

13 h 00

Déjeuner à l'hôtel

15 h 00 - 17 h 00

Exposé comparatif sur les parcs à Faidherbia albida à Dori et à Watinoma,


par Denis Depommier

17 h 00 - 18 h 00

Réflexion en assemblée plénière sur les premiers projets de conclusions

La matinée du 22 novembre 1994 a été consacrée au retour de Ouahigouya à Ouagadougou; sur le parcours, les participants se sont arrêtés pour visiter l'usine Hochata, une petite unité burkinabé de transformation des pois sucrés (Cyperus esculentus) en boisson non alcoolisée.

Le thème de cette visite était la valorisation de certaines plantes considérées parfois comme de mauvaises herbes, et cela en rapport avec l'agroforesterie. Après une brève présentation de la petite industrie, et de son projet de création de coopératives de production stables de pois de qualité, le directeur de Hochata (marque commerciale) a répondu à quelques questions des visiteurs, relatives notamment à la capacité de production, au mode de conservation, à ses relations et à ses sources de financement.

L'unité de production Hochata (01 BP 6446, Ouagadougou 01) emploie six personnes. Sa capacité de production varie entre 100 et 200 litres de boisson par jour, l'objectif à atteindre en 1995 étant de 500 à 1 000 litres par jour. La difficulté actuelle est celle de la conservation, le jus de souchet se gardant seulement deux ou trois jours au maximum.

L'unité travaille en collaboration avec le laboratoire du ministère de la Santé, et il est protégé par l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle.

Les «pois» de souchet sont en réalité des rhizomes séchés, qui ont l'aspect de petites boules grosses comme des jujubes de la hyène. Etant donné que Cyperus esculentus est une plante envahissante dans les cultures, surtout lorsque sa dispersion est favorisée par l'irrigation, il y a lieu d'examiner comment sa culture peut être pratiquée. Lorsqu'elle est bien organisée et que la récolte est faite avant la fructification, l'aspect envahissant est très fortement réduit.

Une dégustation de jus de souchet a suivi la visite, ce qui a permis aux participants d'apprécier l'excellence du produit, ce «nectar de l'Afrique».

Dans l'après-midi, les participants ont écouté un exposé de Denis Depommier à propos de ses recherches sur le parc à Faidherbia albida, dans deux terroirs, Watinoma et Dossi, qui font l'objet d'une thèse en cours. A travers cet exposé, qui entre bien dans le cadre de la visite agroforestière, le conférencier a présenté sa méthodologie et quelques résultats.

Au plan de la méthode, trois étapes sont nécesaires:

· une reconnaissance milieu par des enquêtes auprès des acteurs;
· l'inventaire et l'analyse des photographies aériennes;
· l'aménagement du système parc par le suivi phénologique des dispositifs expérimentaux.

Les résultats obtenus font apparaître, en ce qui concerne l'âge des arbres, qu'ils sont plus âgés dans la région de Watinoma qu'à Dossi. Mais il faut rester prudent quant aux effets de l'émondage et aux erreurs qui peuvent entrer en ligne de compte. Contrairement aux: chiffres avancés par de précédentes recherches, la production d'un faidberbia dans les deux sites étudiés ne varie qu'entre 10 et 30 kg de fruits par arbre; elle est donc bien loin d'atteindre les chiffres annoncés quelquefois dans la littérature - jusqu'à 300 kg par arbre et par an - , sur lesquels on a fondé beaucoup de projets de plantation de Faidherbia albida. M. Michel Baumer, directeur pédagogique de la visite, a fait remarquer que cela confirme la nécessité de poursuivre les recherches ou au moins les essais d'adaptation au champ des résultats obtenus en un autre lieu, avant de passer à des réalisations de grande envergure sur le terrain; sans cette précaution, ces interventions risquent d'échouer, créant ainsi une atmosphère de suspicion chez les paysans vis-à-vis des résultats affichés par les chercheurs. Cela est d'autant plus vrai qu'il y a toujours un déficit de résultats lorsqu'on passe de l'expérimentation en station aux essais au champ, au sein de l'exploitation paysanne.

Denis Depommier a noté de nombreuses utilisations particulières. Ainsi, dans la région de Dori, le bois du faidherbia est coupé en période de lunaison montante puis trempé quelques jours dans de l'eau pour durcir, avant d'être taillé à la hache pour constituer des sortes d'échelles à crans qui permettent notamment d'accéder aux greniers. Dans la même région, certaines espèces ligneuses ne sont pas enlevées des champs par les agriculteurs, même lorsqu'elles sont gênantes pour les cultures, parce qu'elles ont la réputation d'être magiques, comme Gardenia lutea, ou d'avoir un effet protecteur sur la famille, comme Sterculia setigera.

Une interrogation est ressortie de cet exposé: cette recherche, qui exige un investissement aussi important, prend-elle réellement en compte la participation des acteurs paysans ? Et prend-elle en compte le mode de parcours des troupeaux et la capacité de charge ? Le directeur pédagogique a fait remarquer que ladite recherche n'exigeait pas des investissements anormalement importants, pas plus importants en tout cas que n'importe quelle recherche conduite sérieusement au champ.

Le conférencier a reconnu que, pour des mesures à caractère académique et pour des raisons de précision et de suivi, les paysans ne sont associés que de manière passive. Ils suivent toutefois avec intérêt l'évolution des travaux menés sur leur terroir et s'interrogent entre eux sur les résultats escomptés par le chercheur. Ils participent volontiers aux travaux, ce qui n'est pas surprenant puisqu'ils reçoivent alors un salaire. Assez souvent, ils donnent au chercheur des indications intéressantes, notamment sur l'histoire de l'utilisation des terres.

Les participants se sont également demandés comment on pouvait intégrer les contextes traditionnels et les pratiques d'agroforesterie existantes à la recherche.

Journée du 23 novembre 1994

d'après Ould Sid'Ahmed Bah

07 h 00

Départ pour Saponé

08 h 30

Arrivée à la Fondation pour le développement communautaire (FDC)

08 h 30 - 09 h 00

L'effet arbre, par Kerstin Johnson

09 h 00 -10 h 00

En route pour Ipelcé

10 h 00

12 h 00 Deux réalisations agroforestières de la FDC

13 h 00

Déjeuner en groupe à l'hôtel Indépendance

16 h 00

Distribution aux participants des imprimés pour l'évaluation


Rédaction du rapport de synthèse

19 h 30

Remise des imprimés d'évaluation

Les travaux de FDC/Save the Children

Les participants ont visité, dans la préfecture de Saponé, les sites des travaux réalisés par l'ONG «Save the Children - USA» (membre de l'Association internationale des droits de l'enfant) dans le cadre de la Fondation pour le développement communautaire.

Après une introduction de Samidou Pale, président de la visite d'étude, le directeur adjoint de la FDC, chargé du volet Agriculture et gestion des ressources naturelles, a précisé que cette ONG américaine a été créée en 1932 pour l'amélioration des conditions de vie des enfants défavorisés. Elle déploie ses efforts pour parvenir à un développement communautaire durable, en étroite collaboration avec les services techniques d'une part et les populations d'autre part, lesquelles sont au centre de la démarche.

La Fondation intervient en Gambie, au Mali, en Tunisie, au Cameroun et au Burkina Faso (depuis 1976 à Dopri, et depuis 1986 à Saponé). Elle est présente dans quatre secteurs: santé; éducation et formation; agriculture et gestion des ressources naturelles; développement économique.

Ce développement intégré passe par:

· l'amélioration des systèmes de production;
· la sécurité alimentaire;
· l'augmentation des revenus agricoles;
· l'accroissement de la productivité alimentaire;
· la mise au point d'une approche terroirs villageois;
· le montage d'unités socio-économiques (banques de céréales);
· l'amélioration des cultures maraîchères;
· la formation des communautés villageoises pour une meilleure gestion des ressources naturelles dans le souci d'un équilibre écologique fiable;
· des voyages d'étude dans les zones défavorisées (pour une plus grande prise de conscience).

Depuis 1993, un groupe de six villages a été formé pour assurer une large sensibilisation et une prise de conscience du phénomène de dégradation de l'environnement. Suite à cette action, les villageois ont créé des comités antifeux, des comités de supervision des travaux.

Les villageois procèdent à des démonstrations sur un périmètre de 3,25 ha à Sandeba. Ce terrain a été cédé par son propriétaire. Les participants ont pu y observer plusieurs réalisations:

· haies vives de 180 m x 180 m (Acacia Senegal et A. nilotica);
· brise-vent (deux lignes);
· lignes transversales d'eucalyptus et d'acacias;
· technique du zaï pour récupérer les terrains dégradés;
· diguettes pour la récupération des eaux de ruissellement;
· régénération assistée;
· essais d'assolement et de rotation;
· parcelles servant à la recherche pour l'amélioration de la production (NPK; urée; NPK + urée + fumure organique; NPK + urée + fumure minérale;
· technique des parcelles en demi-lune (rayon de 3 m) avec ou sans fumure organique (enfouie jusqu'à 2030 cm) pour récupérer les eaux de ruissellement.

Chaque année, la mise en défens de 350 hectares accompagnée d'importants reboisements est pratiquée sur d'autres terrains.

Interactions entre ligneux et cultures

Une étudiante suédoise, Kerstin Johnson, conduit des recherches visant à définir le stade à partir duquel les arbres commencent à avoir une influence sur la fertilité du sol et sur la culture associée, ainsi que l'effet respectif du microclimat et du sol sur la culture associée.

Ces recherches, dont l'intitulé est «The onset and nature of tree-crop interaction in a Sahelian parkland system» (Origine et nature des interactions entre ligneux et cultures dans un système de parc au Sahel), sont le fruit d'un accord de coopération entre SUAS (Université suédoise des sciences agricoles), ICRAF/SALWA et l'ICRISAT. Le financement est assuré par SUAS, SAREC (la Coopération suédoise) et l'ICRAF. Les superviseurs sont Peter Högberg, de SUAS, K'Ong Chin de l'ICRAF, Julius Odongo de l'ICRISAT-Niger et Edouard Bonkoungou d'ICRAF/SALWA.

Le parc arboré est un système agroforestier traditionnel bien connu dans les villages. L'utilisation des espèces locales rend le système très intéressant car la régénération naturelle garantit le renouvellement de la partie ligneuse dans le parc. Les avantages, avec une composante ligneuse dans le champ, sont nombreux: fertilité, protection contre l'érosion, structure du sol, ombrage, effet brise-vent.

Le terrain de recherche est situé à Saponé, à 37 km au sud de Ouagadougou. La pluviosité annuelle y est en moyenne (1981-1994) de 720,7 mm. La pluviosité de 1994 a été de 917,9 mm. Le sol est peu fertile, ferrugineux, sablo-limoneux et léger, avec une grande variation dans le champ. La population est de 60 habitants au kilomètre carré dans le département de Saponé. Ses revenus proviennent principalement de l'agriculture et de l'élevage. Les cultures dominantes sont le petit mil, le sorgho, et le niébé, avec un médiocre rendement.

Sur le champ où elle travaille, Kerstin Johnson a identifié vingt-cinq individus des deux espèces dominantes, le karité et le néré, et deux classes d'âge ou plutôt de hauteur: au-dessous et au-dessus de huit mètres de hauteur. Ainsi quatre espaces témoins sans ligneux ont-ils été identifiés. Pour isoler les effets de la fertilité du sol de ceux du microclimat sur la culture, un transfert de sol a été réalisé: des trous ont été creusés sous les arbres choisis et sur l'espace témoin. Un transfert réciproque ayant été fait, chaque arbre a désormais son témoin correspondant. Le sol qui a son origine sous un arbre se trouvera sur le témoin exposé en plein découvert, et le sol qui a son origine en plein découvert et exposée au soleil se trouvera sous le couvert d'un arbre.

Comme conteneur, on utilise de grands pots en plastique dont le fond a été enlevé pour permettre à l'eau de passer. Des phases témoins permettent de suivre l'influence du pot en plastique sous l'arbre ainsi qu'en plein découvert. On creuse et replace le sol soit avec pot, soit sans pot. Les pots ont une capacité de 401 et atteignent 40 cm de profondeur. Au total, il y a deux pieds de mil par traitement et par arbre, soit 2 x 25 x 3 = 150, plus 2 x 25 = 50 sur l'espace témoin, plus 4 x 2 = 8 pour le contrôle.

Le petit mil (Pennisetum americana) a été semé dans les pots et entre les pots; le mil semé «normalement» sera utilisé comme témoin. Pendant la saison, le développement de la culture (hauteur, floraison, etc.) a été suivi chaque semaine. Lors de la récolte, le poids de la biomasse et du grain est déterminé et une analyse chimique des feuilles est réalisée.

Outre le transfert du sol et l'observation des effets de l'arbre sur le bioindicateur (mil), des analyses de sol seront effectuées également: N % accessible, 15N, C %, P % accessible et total, Mg, K. Ca, capacité d'échange des cations, ainsi que les caractéristiques physiques: densité globale, texture. L'échantillonnage du sol a été fait à trois niveaux de profondeur: 0-10, 10-25 et 25-45 cm.

A l'échelle du microclimat, les observations ont porté sur la température du sol et celle de l'air, sur la lumière (interception du rayonnement), la vitesse du vent et la pluviosité. Les instruments pour les observations continues ont été installés le 24 juin 1994 par une équipe de l'ICRISAT de Niamey.

Il faut noter que le parc agroforestier constitue pour l'ICRAF une des grandes priorités de recherche.

Jornée du 24 novembre 1994

d'après le comité de rédaction

08 h 00 - 10 h 15

Evaluation et discussion

10 h 15

Photographie de groupe

10 h 30 - 11 h 00

Pause-café

11 h 00 -12 h 30

Rédaction du rapport de synthèse

12 h 30

Déjeuner libre

Après en avoir discuté entre eux au cours d'une réunion générale, les participants ont préparé par petits groupes les propositions et recommandations de la visite d'étude. La matinée a été interrompue par la prise d'une photographie de groupe.

Journée du 25 novembre 1994

d'après le comité de rédaction

10 h 30

Réunion plénière: dispositions pratiques

11 h 30

Cérémonie de clôture


Présentation des conclusions et recommandations

Motion de remerciements des participants


Interventions du CTA et de l'INSAH


Allocution de clôture par le


Rafraîchissements

La dernière journée, en fait une demi-journée, a commencé par une séance plénière pour l'adoption des recommandations et la mise au point du texte des remerciements aux représentants du gouvernement burkinabé, de l'Institut du Sahel et du CTA pour leurs contributions respectives à l'organisation de la visite d'étude.

La cérémonie de clôture a commencé par une intervention du représentant du directeur du CTA, suivie par les remerciements des participants, prononcés par leur président. Puis Jean-Baptiste Kambou, secrétaire général du ministère de l'Environnement et du Tourisme, au nom du gouvernement, a déclaré la réunion close. On trouvera le texte de ces trois interventions en annexe 5.

Conférences

La formation des paysages agroforestiers au Burkina Faso

par joseph Ki-Zerbo

Je sais que je peux compter sur votre indulgence: en effet, beaucoup d'entre vous connaissent mes multiples occupations et préoccupations dont certaines étaient imprévues et imprévisibles, ce qui fait que je suis presque réduit à une réflexion à haute voix sur le thème «Formation des paysages agroforestiers au Burkina Faso».

Je suis d'autant plus insatisfait que je comparais devant une assemblée d'orfèvres en la matière (l'agroforesterie) avec des spécialités plus pointues les unes que les autres. Je viens donc surtout pour dialoguer, pour échanger, pour apprendre.

Dans ce cadre-là, même le profane peut être utile. Je crois d'ailleurs que c'est à ce titre que j'ai été invité. Le regard candide parce que neuf et provocateur a une grande vertu pédagogique. Comme le conte d'Andersen où «l'enfant fut seul à pouvoir déclarer que le roi était nu».

Il y a une nécessité de dé-spécialiser, de dé-cloisonner les problèmes, pas seulement au niveau des paysans... et pas seulement pour en savoir plus, mais aussi pour reposer les problèmes autrement, plus correctement. De même que la guerre, a-t-on dit, est trop sérieuse pour être laissée aux seuls militaires, de même pour l'agroforesterie.

A quel titre donc je parle ? A partir d'où ? C'est en tant que citoyen du Burkina Faso, de l'Afrique et du Monde, dont l'un des droits majeurs est le milieu de vie, les sources et ressources de vie.

Par ailleurs, je suis un passionné de la nature, d'aucuns diraient un animiste sur les bords, comme tout Négro-Africain. Vous avez remarqué que dans les textes négro-africains traditionnels il n'y a pratiquement pas de courant romantique au sens européen du xixe siècle, mais il y a néanmoins des moments de contemplation, de communion, par le lyrisme et le mythe.

Dans Compagnons du soleil que j'ai publié récemment (La Découverte et UNESCO), et qui est une anthologie des grands textes émanant des grandes régions géoculturelles sur la relation de l'être humain à la nature, l'arbre tient une place de choix, en tant que médium vital entre l'homme et le soleil, ne serait-ce que par l'assimilation chlorophyllienne. Fiais aussi par les voies du symbolisme le plus profond, comme le montrent les textes védiques, la Bible, avec dans la Genèse l'arbre de la science du Bien et du Mal. De même, dans les mythes scandinaves, un arbre traverse l'Histoire depuis l'aube des temps humains jusqu'à l'accomplissement final. Pline le Jeune quant à lui est tellement précis dans ses conseils d'aménagement des terres qu'il aurait pu être consultant du PNGT !

Par ailleurs, un autre titre que j'ai pour intervenir devant vous est peut-être mon âge; car j'ai «beaucoup bu» et donc «beaucoup vu». J'ai vu évoluer et muer et muter les paysages de ce pays, leur formation ou plutôt leur déformation. Enfin, vous savez que je suis historien et homme politique, or ces deux spécimens ont la propriété de se mêler un peu de tout.

Voilà bien des prétextes pour accepter (peut-être légèrement) d'apporter mon grain de sel, qui, je l'espère, ne sera pas trop fade.

Voici l'argumentaire succinct de mes propos.

Regard personnel de plus d'un demi-siècle sur nos paysages

J'allais presque dire «Il était une fois...» pour vous parler du royaume de mon enfance.

Dans ma préface de l'autobiographie du Dr Kélétigui Mariko, mon regard est encore ébloui par les paysages de mon enfance. Peut-être parce que, comme disent les Latins, «le vieux est plein de louanges pour le temps passé, senex laudator temporis acti».

Or, ce n'était pas le paradis. Il y avait des années de sécheresse, des famines, des épidémies (j'ai survécu à la variole). Mais j'ai eu la chance d'avoir ces parents qui étaient tous les deux des travailleurs acharnés alors que nous ne manquions de rien (peut-être pour cela !).

Mon père, Alfred Diban, était passionné d'agriculture et de foresterie. Il avait trois champs (en plus de ses nombreuses autres occupations), l'un près d'un étang au nord-ouest du village de Toma, l'un sur une colline pierreuse latéritique à l'est, et le plus vaste plus loin à l'est dans la brousse.

Je retiens le premier champ - je devrais dire la première exploitation - comme un modèle du genre, bien déchu depuis. Il est vrai que la pluviométrie d'alors s'y prêtait. Plusieurs étangs bordaient le village à l'ouest et au nord-ouest. Encore fallait-il en tirer parti !

J'ai travaillé souvent avec d'autres aux côtés de mon père dans cet espace extraordinaire en pente douce dont le centre portait un verger touffu de manguiers, goyaviers, citronniers, papayers, mêlés de fruitiers divers et de bien d'autres essences. S'y ajoutaient une pépinière et un potager.

Plus haut vers l'ouest, sur les sols moins humides, c'était un champ de céréales, mil, sorgho, fonio (aujourd'hui disparu), sans compter les haricots.

Plus bas, vers l'étang, étaient les tubercules et le riz. Polyculture remarqauble et à haut rendement avec un équipement assez rudimentaire, mais un effort de bonification par le fumier venant du parc de notre gros bétail confié à une famille peule. L'étang contenait des poissons, et mon père était passé maître pour capturer les silures dans la vase.

Cette pièce d'eau était hantée aussi par des grenouilles géantes, des sarcelles, des canards armés qui décollaient dans un vol lourd et puissant. Et comme mon père était chasseur aussi, le gibier ne manquait pas. Mais surtout il pratiquait la greffe des arbres et la plantation des arbres autochtones de la brousse ambiante, qu'ils soient fruitiers ou non, ce qui intriguait fort les autres paysans, mais donne aujourd'hui des fruits pour ses arrière-petits-enfants, en karité et en néré.

Deux citernes fonctionnaient pour l'eau potable et certains arrosages.

La pépinière était particulièrement choyée. Mon père portait les petits arbres avec une sorte de tendresse, comme des êtres vivants...

Ma mère Thérèse, quant à elle, avait deux jardins potagers, sans compter un champ d'arachide; l'un des jardins était situé dans notre cour et l'autre derrière la maison. Ils étaient soigneusement clôturés avec des tiges de mil tressé. La nappe phréatique était alors très proche avec le niveau d'eau dans notre puits, à environ 7 ou 8 mètres au maximum, et débordant parfois pendant la saison des pluies. Il s'agissait là aussi d'une polyculture hautement intensive, le sol étant enrichi de toutes sortes de détritus ménagers, un compost. Maïs, tabac, légumes divers, aubergines (bassanés, ngoyo, coumba), gombo, piments, tomates, quelques rares arbres (jeune baobab, manguier).

Je pénétrais toujours avec émerveillement dans cet espace, où je désherbais parfois, comme dans un univers de fraîcheur, de verdure, d'humidité et, bien entendu, de bonnes choses à manger.

D'autres expériences me reviennent à l'esprit.

De 5 à 11 ans, je suis allé à l'école primaire, mais j'ai aussi, selon la saison, gardé les chèvres, les moutons et les ânes, avec d'autres enfants des familles proches et associées. Cela nous confrontait et nous familiarisait avec la brousse jusqu'à dix kilomètres. Les arbres et autres plantes figuraient dans un corpus de savoirs traditionnels transférés durant les longues heures de convivialité et d'échanges parfois rudes. Fruits, produits thérapeutiques ou artisanaux, etc. Après ou avec le lait maternel, c'est la brousse mère qui fournissait les décoctions pour les tisanes ou les lavements.

Au retour de la brousse, on stationnait près des marigots pour abreuver une dernière fois les bêtes et aussi sous les parcs de balanzan («sian yi») (Faidherbia albida) dont les vertus fertilisantes sont bien connues; c'est là que, durant le temps colonial, on établissait les champs de coton imposés par le pouvoir. C'étaient les «champs du commandant» ou encore «champs de la force». Je vois encore la voracité avec laquelle nos bêtes dégustaient les feuilles et les fruits du balanzan.

Plus tard, douze ans après, moniteur d'enseignement à Toussiana, je me suis taillé un champ dans la bonne terre rouge du pays toussian, où je maniais avec dextérité la large et puissante daba locale, en essayant de rééditer le modèle paternel de la polyculture, associant aux arbres en place les plantations.

Vingt-cinq ans après, nous sommes en 1973-1974, c'était la grande sécheresse. Au volant de ma voiture, je décidai d'aller avec quelques amis voir ce qui se passait au Sahel et marquer notre solidarité. Ce fut un face à face avec la ruée du désert. Scénario d'apocalypse que rappelait le texte fameux de l'épopée sanscrite du Mahabharata: L'incendie de la forêt. Nous pûmes constater que toute vie est lice à deux éléments fondamentaux: l'eau qui est présente dès les origines («L'esprit de Dieu planait sur les eaux»), et l'air. Mais ils sont fragiles. Les végétaux et les animaux sont branchés sur eux; dès qu'ils sont déconnectés, ils sont comme des poissons jetés sur la berge.

En 1973-1974, le Sahel était un front pionnier à l'interface de la vie et de la mort.

En tant qu'historien ayant traité du Sahara (Histoire générale de l'Afrique, vol. 1), j'ai pu expérimenter la vertigineuse accélération, et en grandeur nature, du phénomène de la saharisation.

Je me rappelle encore notre arrivée à Falagunté, longeant le cimetière où l'on était en train de creuser des tombes pour des gens décimés par le choléra. Peu après, on nous offrait l'eau de l'hospitalité... qui pouvait être aussi l'eau du choléra...

Aujourd'hui, bien des choses ont changé: l'écosystème, la biosphère, l'homme lui-même. L'agriculture s'est simplifiée par l'abandon de nombreuses plantes et l'introduction de quelques autres, surtout comme cultures de rente dont les valeurs sont souvent soumises à la danse macabre des cours des matières premières; mais elles permettent de gagner quelques précieuses devises et d'arriver sur le marché en tant que demandeur solvable (maigrement solvable) ou de payer les dettes aux pays riches. Les engrais chimiques interviennent pour augmenter les rendements, mais avec à la longue un processus de rendements décroissants. De même les produits phytosanitaires qui liquident indifféremment les mauvais et les bons insectes comme les abeilles.

Mais, surtout, ce sont les hommes qui ont changé: en quantité, en nombre, mais aussi en qualité et en comportement.

On vole nuitamment le mil récolté et stocké à même le champ; et même certains spécialistes vont récolter en grand le mil qu'ils n'ont pas semé !

Des campagnes de reforestation, selon dos formes variées, sont lancées par les Etats, les communautés de base, et une multitude d'ONG avec des fortunes diverses. Bref, les paysages bougent, ils évoluent, ils mutent.

Formation et transformation des paysages

Un tel processus doit être appréhendé nécessairement de façon systématique et holistique comme un ensemble dynamique et très complexe Dans le mot formation, il y a un certain contenu volontariste qui pourrait donner à croire que la nature est dans les mains de l'homme comme l'argile entre les doigts du potier.

Or, il s'agit d'un changement, d'un mouvement itératif et dialectique. L'homme harmonise, mais il peut aussi déshumaniser en dénaturalisant. De même, les forêts peuvent répondre pour ainsi dire aux impulsions humaines ou inhumaines de manière à accroître la désharmonisation.

On pourrait sérier en trois groupes les facteurs qui opèrent dans ce scénario grandiose.

Le bloc sous-jacent: physique et écologique, socle des fondations, il comporte les éléments climatiques, pédologiques, technologiques.

Le bloc médian: socio-politique, juridique et en particulier foncier, démographique, spécialement le volet densité et migration, les apports de production, l'habitation selon la nature des nationaux ou le caractère groupé ou dispersé, la pharmacopée et la médecine.

Le bloc idéologique et culturel: avec la formation au sens large et la sphère du pouvoir, des idées et des valeurs. La religion par exemple est un grand artisan des paysages.

Tous ces acteurs du paysage ne marchent pas en escadrons séparés mais en interaction dynamique et permanente et se succèdent dans le rôle de moteur et d'entraînement, les uns par rapport aux autres. En effet, chacun d'entre eux est toujours devancé en amont par un ou plusieurs «déclencheurs»; ils se déploient en compagnie de facteurs adjuvants et ils débouchent en aval sur d'autres facteurs qui constituent eux-mêmes un démarreur pour d'autres processus.

Prenons quelques exemples pour illustrer notre propos.

Tradition ou modernité?

A lire les ouvrages qui traitent de l'agroforesterie en Afrique, on a le sentiment que ce vieux débat qui est largement un faux débat continue toujours. Toute société désire persévérer dans son être. «Le lion, écrit Paul Valéry, est fait de moutons assimilés». Le moderne vient toujours de quelque part. On oublie que la modernité européenne, au moment même où elle rompait avec certains faits essentiels du Moyen Age, renonçait à certains autres de la tradition antique. On oublie que l'Histoire, ce n'est pas le passé seulement, ou le présent seulement: «L'Histoire, selon Fernand Braudel, c'est l'homme dans le temps». La notion d'endogène vivant que nous avons dégagée dans La natte des autres rend bien compte de ce mixte dynamique, de cette modernité qui est la tradition active. Les gens circulent bien, échangent s'ils en sont convaincus mais à partir de ce qu'ils ont et de ce qu'ils sont. Nous avons constaté dans la région de Saponé que les forêts villageoises préservées sur la base de la tradition africaine étaient mieux sauvegardées que les forêts domaniales couvertes par une autorité anonyme non perçue et non assumée, parce que n'affleurant pas à la conscience des gens. Mais cela n'empêche pas que dans d'autres forêts villageoises les gens opteront pour des espèces nouvelles comme l'eucalyptus en tant que bois d'œuvre ou bois de feu. Par contre, d'autres encore préféreront des essences traditionnellement utilisées pour l'alimentation ou la pharmacopée De même, les pépinières communautaires préférées aux pépinières d'Etat font sans doute place de plus en plus à des pépinières individuelles au fur et à mesure que l'individualisme générateur d'atomisation sociale l'emportera sur les comportements collectifs actuels. Il n'y a pas quelque part un patrimoine figé et statique comme un lingot d'or qui ne varie point mais un champ de forces qui fluctue et varie au gré des équilibres internes et des pressions externes. L'essentiel est que les gens eux-mêmes en soient les maîtres d'œuvre. Et si la tendance à la décision décentralisée à la base qui se fait jour l'emporte, l'évolution des paysages traduira mieux la biodiversité que les décrets à caractère jacobin (qui ont tendance à transférer les systèmes gordiens dans le secteur de l'agroforesterie) tendent à oblitérer.

Feux de brousse

Dans la question des feux de brousse, on perçoit la même ambiguïté. Il s'agit d'un des facteurs les plus puissants de modelage des paysages dans le sens de la déforestation ou dans le sens de la gestion équilibrée du patrimoine forestier et pastoral selon les cas. Le fait de lutter à tout prix contre le feu de brousse sans discrimination, avec le risque évident d'attiser les feux ravageurs et incontrôlés de saison sèche, empêche de considérer certains feux précoces comme un outil efficace de contrôle de l'écosystème avec une incidence positive et polyvalente aux plans agroforestier, pastoral, agricole, cynégétique et sécuritaire (Odile Cherel, A. Roch Coupaure et Marcel Poussi, Les feux de brousse en Afrique de l'Ouest, Ouagadougou, Banque mondiale, 1992). Il faudrait d'ailleurs ajouter la dimension rituelle de beaucoup de feux qui se situaient à des périodes et dans des lieux tels que les impacts négatifs de ces feux étaient réduits au minimum grâce à des tabous et des sanctions traditionnelles appropriées. Par exemple, les forêts sacrées ou la coupe et a fortiori le feu étaient absolument tabous.

Vue diachroniqne

Si nous prenons maintenant une vue diachronique du film de la transformation des paysages au Burkina Faso, il apparaîtra que ce que Henri Lefebvre appelle «la production de l'espace» est mis en œuvre conformément au profil dynamique de chaque société. Dans ce cadre-là, la démographie, dans tous ses compartiments, joue un rôle clé, en particulier par la charge anthropique qu'elle instaure, mais aussi par sa distribution spatiale, singulièrement à la faveur des migrations. Tous les phénomènes migratoires majeurs, surtout depuis la traite des Noirs, sont lisibles sur la carte agroforestière ou pourraient l'être si nous avions une connaissance plus précise et rigoureuse de ces mouvements. Mais, au cours d'une vie d'homme, on peut constater les changements intervenus dans l'ouest et le sud du pays avec les flux migratoires, par exemple le long de la vallée du Mouhoun sur la route menant de Diétougou à Nouna. Le migrant par habitude ne gère pas «en bon père de famille»; il peut même casser, déchirer les branches pour cueillir les fruits; il est prêt à poursuivre sa route pour s'installer ailleurs. Mais le fait que le front pionnier des migrations, sauf exceptions, se stabilise de plus en plus devrait apporter un correctif automatique aux tendances antérieures; sédentarisés, les migrants auront d'autres réflexes. Par contre, les guerres anciennes et les épidémies récentes ou actuelles ont dû laisser un impact visible sur les paysages; comme ter dent à le prouver certains vestiges archéologiques et les ruines de villages abandonnés dans certaines régions qui ont souffert soit de razzias esclavagistes, soit de pathologies comme la maladie du sommeil ou l'onchocercose. Des clans entiers peuvent déserter leur village après une série de décès répétés et inexplicables tendant à inspirer l'idée que l'endroit est maudit. L'espace en question peut ainsi retourner à la brousse, même si et parce que la densité de la végétation risque de s'y accroître.

De même, les guerres récentes, si courtes soient-elles, ont dû avoir un impact sur la flore et la faune des régions théâtres des opérations. Par ailleurs, le paysage peut refléter une division de l'espace qui traduit un rapport des forces historiques ancien ou prolongé: par exemple avec les «no man's land» qu'on perçoit ici ou là, par exemple entre le pays samo du nord et le Yatenga, ou encore entre le pays mossi de Tougouri et le pays peul du Liptako, celui de Pinsa et le Djelgodji (Soum). Parce que le paysage est une trace et comme une cicatrice historique, il peut constituer un indicateur, un marqueur des glissements et des convulsions humaines du passé, et, dans les différents faciès d'un même paysage, on peut tenter de lire la ligne d'évolution générale de la région sans pour autant pouvoir la baliser chronologiquement avec exactitude. On pourrait presque déclarer: «Dis-moi qui tu es, et je ce dirai quel paysage tu produis», et réciproquement. A chaque peuple, plus ou moins, ses cultures et son rapport avec les différents arbres: par exemple, en langue samo, le mais est nommé Mosse-wé, le mil des Mossi.

Certes, les essences principales sont plus ou moins les mêmes selon les zones en latitude, mais la mise en valeur et en exergue de telle ou telle espèce est perceptible.

D'ailleurs, le rôle du terroir ne peut pas être réduit ici en Afrique à un terrain de jeu ou à un champ clos où l'être humain engage un duel avec la nature. Le terroir est encore, plus ou moins, un médium entre l'être humain et un au-delà qui peuple la brousse. L'humanisation du terroir prend donc un sens encore plus profond que dans le cas du simple face à face de l'homme sujet avec une nature objet. Une connaissance plus fine encore et plus ancienne des choix des peuples en matière de priorités et d'arbres fruitiers permettrait d'établir une histoire des paysages sur la longue durée, une :< histoire lourde», selon l'expression de Braudel.

Par exemple, de nombreux vergers de manguiers en pays gourounsi et samo aujourd'hui datent sans doute de l'introduction de cet arbre par des Européens missionnaires ou autres. De même, les alignements remarquables de cailcédrats qui jalonnent les routes et rappellent les peupliers des routes de France, ou les bosquets qui coiffent les hauteurs abritant les vieux postes administratifs à caractère militaire, tout cela évoque irrésistiblement la période coloniale et le travail forcé. Le paysage ivoirien par contre a dû subir des empreintes, par exemple le prélèvement massif de telle ou telle essence même si ledit peuplement n'est pas dense et homogène.

Les essences, stratégiques à plusieurs égards, qui marquent les paysages burkinabé, du moins en dehors du Sahel, ce sont le néré, le karité, Faidberbia albida, le kapokier voagha, l'arbre à raisin, le prunier, le kagha plein de vitamines et réputé soigner la méningite, etc. A noter que ces arbres dont l'utilisation est vaste et visible peuvent être parfois objectivement moins importants que d'autres plantes moins connues et usitées, en particulier dans la pharmacopée.

Chez les Mossi, semble-t-il, le néré est l'arbre le plus protégé, plus même que le karité, à cause du soumbala qu'on en tire et qui est un condiment du chef (rares sont ceux qui en ont toute l'année). Il y a en plus la poudre de néré. Le néré fait l'objet d'une appropriation, on cite même le cas de personnes qui font de petits champs autour d'un néré pour s'assurer la propriété de l'arbre ou du moins l'usufruit. En revanche, la consommation sur place des fruits du karité est permise à condition d'y laisser les noix ou de les envoyer au propriétaire.

Pour les Samo, celui qui dispose de l'usufruit est par définition prioritaire mais il n'a pas le monopole, surtout s'il a transmis ses droits d'usufruitier à un tiers, auquel cas des situations contentieuses et litigieuses peuvent se développer.

La non-transparence du régime foncier, qui demeure un maquis de ventes et de pratiques parallèles, divergentes, voire contradictoires, est un obstacle évident aux initiatives économiques en général et au développement de l'agroforesterie en particulier.

En gros, nous semble-t-il, le foncier évolue dans trois sillages disparates, trois voies et même trois modes de production: le droit coutumier, la législation libérale qui est de plus en plus favorisée par le PAS, et enfin les séquelles de l'épisode «révolutionnaire» avec ses visées ou relents étatistes. L'absence d'une doctrine ferme dans le domaine est certainement préjudiciable au déploiement des énergies des uns et des autres. Aucun des trois droits n'étant satisfaisant à lui seul, il faudrait une option associant les trois et les limitant l'un par l'autre en privilégiant peut-être l'un d'entre eux comme matrice ou épine dorsale de l'ensemble.

Dans le système africain, la valeur d'usage joue encore un rôle crucial, elle implique des relations personnalisées avec les êtres et les choses, dans la ligne du fameux poème Birago Diop Les morts ne sont pas morts. Et plus l'arbre est âgé, plus il traverse les générations en rendant des services par ses fruits utilisés pour les sauces, les aliments, les boissons, par les artisans, etc., plus il est vénéré, comme le sont les Anciens de la famille humaine. Il entre parfois dans la catégorie statutaire du «fétiche». On cite le cas d'un vieux figuier de village dont on avait couvert la base avec un grand tissu en guise de «caleçon» pour cacher sa nudité.

La valeur d'usage implique des règles de partage, de don et de contre-don qui rejoignent presque la valeur d'échange mais dans le cadre du troc convivial, en excluant le médium de la monnaie, ce fameux «équivalent général» si efficace mais qui réifie si facilement les rapports humains (cf. le partage de l'huile de karité).

Chez les Bambara, dans le cadre de l'initiation du Ndomo, après les récoltes, on note:

· l'autel (en jujubier, «ndomo») de la classe du Ndomo qui est symbole de vie et de rajeunissement parce qu'il reprend rapidement sa verdeur après la saison sèche;

· le baobab, qui est empire de l'homme sur les choses;

· le balanzan, Faidherbia albida, qui signifie l'origine de l'homme venu de Dieu, qui est doté d'un cycle végétatif inverse et qui, à ce titre, est la providence de la saison sèche où il porte ses feuilles. Sans compter sa propriété d'enrichir le sol en éléments minéraux et organiques. Il est donc particulièrement protégé par les populations. Le sultan de Zinder avait décrété que quiconque couperait un Faidherbia albida («gao» en haousa) aurait lui aussi la tête tranchée (Georges Dufour, Pour une pédagogie du milieu intégral..., Bandari Buraun, 1987, p. 182).

Au total, les partisans et les artisans de l'agroforesterie ont à tenir compte d'une variété énorme, d'un arsenal de paramètres qui doivent guider leurs orientations, leurs décisions et leurs pratiques quotidiennes. Il ne s'agit pas seulement d'une affaire quantitative, encore moins purement financière ou monétaire, mais d'un faisceau de facteurs, de motivations, etc., même de raisons d'être. La résultante de tout cela signale-t-elle une dynamique stationnaire ascendante ou descendante ? Le bilan est relatif aux références à partir desquelles on fait l'estimation. Mais, grosso modo, il semble qu'en termes quantitatifs (mètres cubes, stères, etc.) la tendance soit négative, vu l'essor démographique, la croissance énorme et anarchique des centres urbains et les limites étroites de la demande solvable pour des sources alternatives d'énergie comme le gaz. (Note: les périmètres urbains sont encerclés par des zones arasées en expansion. Cependant que les espaces verts sont vite accaparés pour être lotis au profit d'opérations immobilières.)

Mais, justement, au plan qualitatif, la dynamique semble globalement positive grâce à la prise de conscience de certaines autorités, surtout des cadres techniques et des premiers intéressés à la base. Là réside l'espoir.

Encore faut-il élaborer une philosophie pédagogique juste de l'agroforesterie.

Y a-t-il une voie royale?

Il faudrait d'abord, à partir de ce qu'on a, évaluer peu à peu ce qu'on est, en tant que personne et communauté au sein de l'écosystème. Dans ce cadre-là, l'arbre apparaîtra comme un allié privilégié et décisif de l'homme.

Par ailleurs, l'agroforesterie doit constituer en Afrique, encore plus qu'ailleurs, non pas un système purement technique et clos, mais un système intégré et intégral depuis les sols et les dispositifs anti-érosifs épousant les courbes de niveau, depuis les brise-vent et systèmes de retenue d'eau jusqu'aux croyances et aux mythes, intégrant même les génies, si génies il y a, en passant par les organisations socio-politiques et les structures de la société civile, y compris celles de la communication traditionnelle, des arts, de la musique et de la danse. Cela, au plan horizontal. Tout le bloc agrisylvipastoral doit être aussi étroitement connecté de façon verticale avec les dispositifs d'amont et d'aval, la recherche en particulier, pédologique, mais aussi socio-économique, avec l'industrie, le commerce: (débouchés), l'idéologie économique et politique (cf. E. Ruellan). Bon nombre de projets démarrent avec l'idée préconçue, pré -cuisinée, des «problèmes» à traiter et à résoudre. Cette approche problématique peut être bonne en soi, mais en soi seulement.

Qui décide qu'il y a problème pour une, communauté villageoise de la Gnagna ou de Loroni dans le Sourou ? Au Centre d'études pour le développement africain (CEDA), nous projetons d'organiser un séminaire sur les enjeux, les conditions et les moyens de la recherche participative au niveau des paysans.

Souvent, d'ailleurs, le fond du problème n'est pas tant la perception même et le constat de son existence qui est souvent immédiatement; tangible, mais son origine; non pas ses effets et ses manifestations, mais ses causes. C'est la base de nos reproches contre le PAS, qui soigne les symptômes et non les causes.

Les grands malentendus viennent souvent de là, et c'est là l'espace et le moment des idéologies concurrentes et antagonistes. Ce qui est certain, c'est que depuis quelques décennies (un demi-siècle) la vie a fait retraite comme talonnée par des forces adverses, dont l'expansion de la vie humaine (menacée elle-même aussi !) constitue l'un des facteurs. Au moins tant que la pauvreté, c'est-à-dire l'absence de choix, transforme le gestionnaire potentiel des ressources humaines en prédateur.

D'un autre côté, les classes aisées de la société prélèvent aussi relativement plus sur le. patrimoine, par exemple quand les détenteurs d'armes à feu perfectionnées décimèrent en quelques décennies les réserves de faune du pays; on sait que la flore et la faune sont interdépendantes dans le cas d'une symbiose très stricte (cf. les plantes dans la forêt du Banco).

Naguère, la vie dite sauvage proliférait au point d'être hostile; mais sa raréfaction pose peut-être un problème plus grave encore. La diffusion des foyers améliorés, qui vise à limiter ces dégâts, se fait à un rythme lent. Par ailleurs, ce programme qui touche de si près "agroforesterie est l'illustration éclatante de l'impératif d'une approche intégrée puisque la dimension technologique, sociologique et marchande, par exemple, s'y donnent rendez-vous.

A travers les problèmes de l'agroforesterie se lisent en filigrane les options pour tel ou tel projet de société: c'est ainsi que des migrants qui coupent les arbres pour vendre le bois entrent dans la logique de la valeur d'échange; alors que le thérapeute traditionnel avant de prélever des feuilles ou des écorces sur une plante se recueille et demande pardon à l'arbre d'avoir à le mutiler. Le bloc culturel et idéologique revêt donc une importance cruciale. Et partant la dimension éducationnelle qui touche à la reproduction sociale mais aussi environnementale. Dans le projet de Nouvelle Ecole fondamentale (NEF) du Mali, il est prévu un enseignement modulaire pour assurer la liaison entre l'Ecole et la vie. L'un de ces modules (ou familles de thèmes et sous-thèmes d'activité) concerne les techniques, sciences et pratiques environnementales. Il en est de même dans plusieurs autres pays africains. Au Burkina Faso, l'école doit être un lieu privilégié non seulement pour les plantations et même pour le suivi des plantations, mais aussi pour introduire les enfants à toute une philosophie d'un «être au monde et dans le monde» où 1' arbre est l'allié et le parent de l'homme. Personnellement, mon attachement aux arbres et à la forêt provient certainement d'une matrice originelle qui remonte au royaume d'enfance.

L'idée d'intégration est donc essentielle et doit être élevée au niveau d'un paradigme. En effet, nous l'avons souligné après bien d'autres, la désintégration est le mal le plus profond de l'Afrique. C'est ce que soulignent le thème et le titre d'un des romans les plus forts de la littérature négro-africaine, Le monde s'effondre, de Chinua Achebe. Si la désintégration est notre mal fondamental, le remède essentiel doit résider dans l'intégration, l'agrégation des éléments épars de notre condition et de notre statut collectif. En effet, dans les trois sphères ou blocs que j'évoquais tout à l'heure, le second principe méthodologique, c'est justement la maïeutique éducationnelle pour amener l'œuf de la tendresse pour tous les vivants à l'éclosion. Pour cela, il faut sortir du carcan des appareils bureaucratiques bien qu'ils soient nécessaires, mais ils ne sont pas suffisants. «Les Gouvernements sont trop grands pour les petits projets et trop petits pour les grands problèmes», écrivait D. Bell en 1973.

Il faut se tourner vers la société riche et la connecter au développement humain intégré et intégral, à l'éco-développement.

Ce paradigme de la totalité s'appuie au départ non pas sur une logique de maximisation de la production, mais sur la logique d'autoréalisation et de protection de la nature; c'est aussi celle des agro-écologues du Brésil (cf. Alternativas, Caderno de agroecologia; l'expérience, le système de Ernst Götsch, p. 11-18) fondée sur l'association, la biodiversité autosoutenable érigée au niveau du paradigme, c'est-à-dire du modèle. Bref, il s'agit d'inventer une nouvelle civilisation après la parenthèse de quelques siècles (peu de chose pour l'Histoire humaine et encore moins pour l'Histoire naturelle), quatre siècles de duel désastreux entre l'homme et la nature. Il faut maintenant non point un armistice, mais une paix perpétuelle. Or, existe-t-il meilleur lieu pour négocier cette paix universelle que sous un arbre... l'arbre à palabres ?

Droit foncier, droit de l'arbre et agroforesterie

Notes de la conférence de Hubert Ouedraogo

Introduction

Le développement des activités forestières et d'agroforesterie représente une alternative au processus de dégradation de l'environnement sahélien.

Les pays du Sahel présentent les caractéristiques suivantes:

· augmentation de la population;
· raréfaction des terres et des ressources naturelles en général;
· perturbation des systèmes productifs (agricoles comme pastoraux);
· appauvrissement des terres faute de jachères assez longues;
· perturbation de la transhumance et du pâturage;
· accroissement des conflits entre agriculteurs et éleveurs.

Le développement et l'introduction de nouveaux systèmes favorisant la gestion durable des ressources naturelles s'avère une exigence incontournable. La foresterie et l'agroforesterie peuvent, dans un tel contexte, favoriser la fertilisation des terres et leur conservation, et offrir de nouvelles perspectives d'existence aux populations rurales.

L'agroforesterie consiste à intégrer ces ligneux dans le système de production agricole, en alliant l'arboriculture aux cultures vivrières, à l'élevage et aux autres activités agricoles. Ses avantages sont multiples:

· protection du sol contre l'érosion et le rayonnement solaire;
· fertilisation du sol;
· disponibilité en fourrage;
· disponibilité en fruits;
· disponibilité en bois de chauffe.

Une condition essentielle au succès de l'introduction et de la promotion des activités d'agroforesterie est l'existence d'un régime foncier ouvert et sécurisant:

· L'agroforesterie exige un investissement en main-d'œuvre et en argent tel qu'il ne peut être incitatif que dans le contexte d'une garantie de jouissance des droits fonciers pendant un temps assez long (allant jusqu'à trente ans);
· le droit de planter ne doit connaître aucune restriction;
· l'accès à la terre doit être possible, notamment pour les groupes cibles des projets tels que jeunes, femmes et migrants;
· il est souhaitable que des possibilités de mobilisation du crédit par la terre soient réalisables (hypothèques notamment).

Cet exposé essaiera de montrer:

· comment le droit foncier interagit avec le droit de planter et de conserver l'arbre;
· quelles sont les conditions permettant de créer un environnement foncier favorable au développement des projets agroforestiers.

Le droit foncier et l'agroforesterie

Définition du droit foncier

C'est l'ensemble des règles juridiques, écrites ou orales, gouvernant l'accès à la terre par les hommes, son utilisation par eux, ainsi que sa circulation entre eux.

De manière plus concrète, le droit foncier essaie de répondre aux questions suivantes:

· qui est propriétaire ou maître la terre ?
· quels droits peut-on exercer sur la terre ?
· comment peut-on acquérir des droits sur la terre ?

Le dualisme du droit foncier en matière foncière

Dès qu'on examine les règles régissant la terre dans les pays sahéliens, un constat s'impose: il y a coexistence d'une législation étatique écrite avec un droit traditionnel non écrit.

Les législations foncières sont unifiées, complètes et techniques, elles reposent sur 1' affirmation du monopole foncier de l'Etat et ont une très faible effectivité en dehors des zones urbaines.

Le droit traditionnel est caractérisé par sa variété, il repose sur la formation de grands principes fondamentaux d'origine religieuse et il a une efficacité relative dans la gestion des rapports fonciers en milieu rural.

Par souci de pragmatisme, on s'attachera surtout à exposer les principes du droit foncier traditionnel, c'est-à-dire le droit qui est vécu par les populations.

Principes essentiels des droits fonciers traditionnels

Contexte originel de la formation des droits fonciers traditionnels:

· abondance des terres;
· faible densité démographique;
· système religieux animiste dominant: nature animée, énergie cosmique, monde visible/invisible, l'homme n'est pas maître de la nature mais soumis à elle, recherche de l'alliance avec les esprits de la nature (sacralité terre/culte des ancêtres).

Eléments essentiels des droits fonciers coutumiers:

· des règles étroitement liées aux particularismes des différents groupes; en fait, un ensemble de règles locales;
· fondement des droits fonciers traditionnels: la primo-occupation;
· chef de terre, gestionnaire et prêtre du domaine foncier communautaire: rôle religieux (rites agraires), rôle de gestion (attributaires), rôle juridique (conflits);
· accès à la terre: importance de l'origine d'une part et du statut social d'autre part.

Autochtones:

· répartition des droits: chaque membre de la communauté a le droit inaliénable à exploiter une partie du domaine foncier communautaire (le chef de terre est garant de la bonne répartition des droits d'exploitation); chaque membre du lignage a le droit d'exploiter une partie des terres lignagères (le chef de lignage est garant de la bonne répartition: champs communs/parcelles individuelles);

· héritage: les droits fonciers lignagers sont transmis par héritage au doyen du lignage qui en est en même temps le chef d'exploitation;

· prêt: au fur et à mesure de la distribution des droits, le prêt de terre permet un réajustement de la répartition des droits fonciers.

Statut social:

· droit foncier en rapport avec l'importance du statut social;
· doyen de ligne: rôle de gestionnaire de l'ensemble des droits lignagers;
· chef de ménage: gestionnaire des parcelles de ménage;
· jeunes: petite parcelle individuelle attribuée par le chef de ménage;
· femmes: parcelle octroyée par le chef de ménage.

Migrants

Accès privilégié par le prêt de terre (par le chef de terre ou par un chef de lignage).

Consistance des droits

Autochtones:

· droits d'usage permanents;
· droits stables au plan collectif;
· possibilité de prêter, droit de planter;
· redistribution interne permanente des droits individuels.

Migrants:

· droits d'usage temporaires: redevance en nature, preuve des droits du propriétaire, interdiction de planter, possibilité de retrait;
· sanction contre les infractions relatives aux coutumes fondamentales du groupe d'accueil.

Evolution des droits fonciers traditionneles

Facteurs:

· pression démographique;
· pression de l'urbanisation;
· raréfaction de la terre;
· processus de valorisation de la terre;
· phénomènes migratoires;
· difficulté de la coutume à gérer les situations nouvelles.

Apparition des conflits:

· agriculteur-agriculteur;
· agriculteur-éleveur;
· agriculteur-administration (forêts classées).

Emergence de nouvelles pratiques juridiques s'inspirant à la fois des coutumes et des législations modernes:

· ventes non constatées de terres;
· contrats divers, non formalisés;
· conventions avec l'administration ou les projets.

L'introduction de l'agroforesterie et: le droit foncier

Apparaît le problème de la sécurisation foncière des exploitations:

· conflit entre exploitation individuelle et exploitation commune;
· absence de garantie;
· effet pervers: aggravation de l'insécurité en raison des convoitises dues à la valorisation (migrants surtout);
· difficulté pour certains groupes (femmes);
· influence sur le pastoralisme et le système de prêt (impact sur les mouvements de bétail, rigidité du système de prêt...).

Le droit de l'arbre et l'agroforesterie

Rapports entre droit foncier et droit de l'arbre

Le droit de l'arbre n'est pas isolé du droit foncier mais il n'y a pas identité entre les deux droits: le droit d'exploiter une terre ne l'emporte pas forcément sur celui d'exploiter les arbres.

Le fondement de la distinction entre droit foncier et droit de l'arbre est la valeur économique (fruits, graines, bois...) et sociale de l'arbre: rônier, pharmacopée, mariage (graines de néré).

Droits d'exploitation

Arbres situés dans les exploitations

Le propriétaire de la terre a le droit de planter, le droit d'exploiter (coupe, cueillette...). Les restrictions concernent les arbres sacrés (selon régions), les arbres utiles (interdiction d'abattage).

L'emprunteur de terre n'a pas de droit automatique sur les arbres. Il y a un proverbe qui dit: «Ce n'est pas le droit de cultiver sous un néré qui donne le droit de récolter les fruits; c'est l'entente qui donne ce droit». On peut donner des exemples. Dans l'ouest du Burkina Faso, le propriétaire se réserve le karité (récolté par les femmes prioritaires); l'emprunteur peut récolter les fruits mais doit laisser les noix au propriétaire. Sur le plateau central, le propriétaire se réserve la récolte de néré (ses femmes). En fait, il y a en pratique partage: l'emprunteur récolte et informe le propriétaire, qui procède au partage.

Quant au droit d'abattage, il faut l'autorisation du propriétaire (sévérité du contrôle pour les arbres utiles).

Il y a interdiction de planter sans justification (lieu d'implantation/propriété, limitation au droit de retrait).

En fait, plantation et coupe sont des actes ayant une grande portée juridique.

Arbres situés dans la brousse (communaux)

S'il y a possibilité de développement de l'agroforesterie sur les exploitations individuelles, qu'en est-il pour ce qui concerne les terres communes ?

Quand la propriété de la terre coïncide avec l'exploitation de l'arbre, le droit d'exploitation est possible. Mais en cas de prêt de terre le problème du droit de plantation devient délicat.

Valorisation de l'arbre et insécurité foncière ? Effet pervers de la valorisation de la terre par l'arbre.

Quel environnement juridique pour le développement de l'agroforesterie ?

La connaissance des régimes fonciers et des droits sur l'arbre est une condition préalable et essentielle pour la réussite des projets agroforestiers. Il faut être conscient des transformations qu'on introduit dans les relations hommes-terre ainsi que des répercussions sur les autres activités (pastoralisme, système de prêt des terres...): clôture et exploitation des résidus de récolte; risque de rigidité du système de circulation de la terre. Il faut donc chercher à maîtriser ces risques dans les projets agroforestiers. Peut-on renforcer la sécurité foncière ?

Autochtones prioritaires:

· processus d'individualisation en cours:
· les droits du chef de lignage sont menacés;
· négociations nécessaires.

Migrants:

· stabiliser la terre sur le long terme:
· favoriser les pratiques de contrats écrits, précisant clairement les droits et obligations respectifs, les délais de jouissance et les conditions de renouvellement et de retrait;
· favoriser l'émergence d'un marché foncier transparent (rôle de l'Etat).

Femmes:

· égalité d'accès difficile à réaliser dans a pratique, malgré des législations égalitaires: volonté des systèmes patrilinéaires de maintenir la terre en leur sein:
· ne pas poser le problème sous l'angle de la propriété: il faut compter avec le temps;
· favoriser dans l'immédiat la consolidation et la stabilisation des droits d'exploitation, notamment après le décès du mari (rôle de l'Etat, de la législation, approche contractuelle).

Réflexions sur les ligneux à usages multiples

par Ouétian Bognounou

Introduction et définitions

Le Pr Tronchet, de l'Université de Besançon, un de mes maîtres en botanique, disait qu'un biologiste est toujours plus à l'aise devant son microscope ou sa loupe binoculaire que lorsqu'il se trouve confronté à l'art difficile du discours. Aussi vous demanderai-je d'être indulgents pour les imperfections que mon discours pourrait comporter.

L'exposé que je vais faire exprime la vision d'un ethnobotaniste. Rappelons, pour fixer les idées, que l'ethnobotanique est une discipline à la confluence des sciences sociales et des sciences biologiques. Selon le Pr Schultes, de l'Université de Harvard, elle étudie les relations entre l'homme et son environnement végétal. Le Pr Jacques Rousseau, un des pères de l'ethnobotanique canadienne, la définit comme la discipline scientifique qui traite de la place de la plante dans la civilisation.

L'Afrique noire compte de grandes civilisations agraires et pastorales. Elle est un des berceaux de l'agriculture. C'est dans la zone soudano-sahélienne, zone des forêts claires, des diverses savanes, que furent domestiquées de nombreuses plantes vivrières, telles que:

· le sorgho (Sorghum sp. pl.);
· le mil chandelle (Pennisetum typhoïdes = P. americanum);
· le «benga» (Vigna unguiculata);
· divers tubercules (Solenostemon rotundifolius, Dioscorea sp. pl...).

Ces plantes vivrières sont intégrées dans des paysages agraires, agroforestiers, que deux auteurs (Pélissier dans le Ferlo sénégalais, Poulain sur les parcs à Faidherbia albida au Burkina) ont bien décrits.

On m'a demandé de donner un aperçu sur les ligneux à usages multiples. Par crainte d'être mal compris, le rappel de quelques définitions s'impose.

Qu'est-ce qu'un ligneux ?

Si le terme a été utilisé dès 1781 par Jean-Jacques Rousseau, pour désigner ce qui a la consistance du bois, un ligneux au sens botanique du terme est une plante vasculaire dont le vaisseau qu'est le bois (conducteur de la sève brute contenant l'eau et les sels minéraux puisés dans le sol) est imprégné de lignine. La présence de la lignine et l'existence de fibres ligneuses confèrent aux espèces dites ligneuses une rigidité, à l'opposé des plantes herbacées. En raison de ce caractère rigide, il serait bon lorsqu'on parle des ligneux de ne pas oublier les Palmiers et Bambous, dont l'importance est considérable dans l'Asie des moussons, en Amérique tropicale et même en Afrique tropicale; à l'inverse des forestiers, les agroforestiers, ceux du Centre international pour la recherche en agroforesterie (ICRAF) en particulier, ont pris l'habitude de considérer Palmiers et Bambous comme des ligneux.

Les ligneux sont généralement des arbres, que les forestiers nomment essences; ils peuvent être arbustifs ou suffrutescents.

Du point de vue biologique, ce sont des phanérophytes au sens de Raunkiaer. En fonction de leur taille, on distingue:

· les mégaphanérophytes (h > 30 m);
· les mésophanérophytes (8 m < h < 30 m);
· les microphanérophytes (2 m < h < 8 m);
· les nanophanérophytes (0,25 m < h < 2 m).

Certains botanistes et écologistes distinguent, en fonction de la taille, des ligneux hauts (Faidherbia albida, néré, karité...), des ligneux bas (nombreuse!, Capparacées: Boscia senegalensis, Maerua crassifolia...). Une autre classification, très utilisée par les forestiers, distingue arbres (unicaules, plus de 7 m), arbustes (unicaules, moins de 7 m), et arbrisseaux (multicaules, moins de 7 m en général) avec la sous-division des sous-arbrisseaux (multicaules, moins de 1,50 m).

Sur le plan taxonomique, la plupart des ligneux appartiennent à l'embranchement des Phanérogames, comportant les Angiospermes et les Gymnospermes. On notera qu'il y a peu de Gymnospermes sous les tropiques.

Du nombre des espèces ligneuses

En zone soudano-sahélienne sous climat sahélien, à pluviométrie inférieure à 600 mm, on compte tout au plus une cinquantaine d'espèces ligneuses, mais on note un enrichissement progressif sous climats nord-soudanien et sud-soudanien, avec un nombre approximatif de 150 espèces. C'est l'occasion d'attirer l'attention sur certains genres dont les espèces sont «de droit écologiques» en zone soudano-sahélienne (cf. tableau I).

Tableau I - Principaux genres marquant 'individualité de la flore boréale occidentale sèche de l'Afrique tropicale et représentés au Burkina Faso (d'après Aubreville, 1949).

Anacardiacées

Heeria, Sclerocarya (= Poupartia)

Combrétacées

Anogeissus, Combretum, Terminalia

Apocynacées

Carissa

Euphorbiacées

Securinega

Bombacacées

Adansonia

Méliacées

Khaya, Pseudocedrela

Burséracées

Boswellia, Commiphora

Oléracées

Ximenia

Capparacées

Boscia, Cadaba, Crateva, Maerua

Polygalacées

Securidaca

Célastracées

Maytenus (= Gymnosporia)

Rhamnacées

Zizyphus

Diptérocarpacées

Monotes

Rubiacées

Crossopterix, Feretia, Gardenia

Sapotacées

Butyrospermum (= Vitellaria)



Considérations sur l'importance des ligneux

Pérennes, pluriannuels, les ligneux occupent longtemps l'espace. Par la frondaison, ou houppier, et la puissance du système racinaire, l'arbre pris individuellement ou associé à d'autres individus de même espèce ou d'espèces différentes tient une place importante dans le paysage et dans les diverses formations végétales que sont la forêt, les savanes et les pseudo-steppes. Importance écologique par la partie aérienne et par la partie souterraine. Fonction esthétique, paysagère, culturelle. Rôle dans les systèmes agroforestiers.

De la notion d'usages multiples

Nous rappellerons des propos de Bernardin de Saint-Pierre dont le renom est dû à des œuvres telles que Paul et Virginie, La chaumière indienne, ou Les harmonies de la nature. Ce poète, qui fut le dernier intendant du Jardin des Plantes sous le roi Louis XVI, puis sous la Révolution française, disait avec un peu d'exagération qu'«il n'y a pas une plante sur la terre qui n'ait quelques rapports avec les besoins de l'homme et ne serve quelque partie à sa table, à son vêtement, à son toit, à ses plaisirs, à ses remèdes ou au moins à son foyer» (Chevalier, 1930).

Sous les tropiques, notamment en Asie, existent de véritables «civilisations du végétal», pour reprendre une expression du Pr Gourou du Collège de France. Dans ces civilisations, la plante par ses productions constitue une base importante de la vie économique, sociale, culturelle des populations. L'Afrique, bien qu'ayant une civilisation du végétal moins élaborée que celle de l'Asie, tire nombre de ressources de la plante. Comme le note le Pr J.-F. Leroy, ancien directeur du Laboratoire de phanérogamie du Muséum national d'histoire naturelle à Paris, et cela à partir des fruits tropicaux, on relève:

· l'extraordinaire richesse des espèces utilisées;
· la multiplicité des usages demandés à une même plante;
· l'ingéniosité pour maintenir ou augmenter le nombre des usages.

Ce constat peut être illustré par le nombre impressionnant des espèces à usages multiples. Pour fixer les idées, les productions de ces espèces peuvent être rangées en quelques grandes catégories en se plaçant du point de vue de la botanique économique, partie intégrante de l'ethnobotanique (Rousseau, 1961):

· plantes alimentaires de l'homme: céréales, épices, légumes, huiles alimentaires, fruits, boissons, sucres, etc.;
· plantes fourragères;
· plantes médicinales;
· végétaux d'intérêt technologique/artisanal: vannerie/sparterie/textiles; teinturerie et tannins; plantes oléagineuses non comestibles; habitation et transport; armes et outils; combustible et éclairage; parfums et cosmétiques; résines, latex, lièges, etc.; artisanat d'art et utilitaire;
· végétaux masticatoires et fumigatoires;
· plantes à fonction culturelle (rites religieux), etc.

Ligneux à usages multiples et agroforesterie

Comme le souligne Roland Porteres (1961), «l'agriculteur multiplie, soigne et éduque des végétaux en vue d'en tirer un profit. Il exerce une activité de production basée sur la prolifération et le développement accéléré d'êtres vivants protégés et aidés, en vue de s'assurer plus de subsistance ou de rechercher une finalité économique autre».

Si, en raison de leur cycle annuel, les céréales et les tubercules ont la faveur de l'agriculteur dans les grands berceaux de l'agriculture, il est à remarquer - et en cela apparaît la place importante des ligneux à usages multiples - qu'il ne met jamais ses œufs dans le même panier dans le choix des espèces à cultiver ou à entretenir pour couvrir ses différents besoins, la polyculture étant de règle. Est-ce parce que l'agriculture avec ses aléas divers ne donne pas suffisamment de garanties, ou est-ce une survivance de l'activité de cueillette qui, longtemps avant la domestication des plantes, suffisait à couvrir les différents besoins. Toujours est-il que le paysan de la zone soudano-sahélienne a traditionnellement préservé dans son champ quelques ligneux selon une certaine logique agroforestière. Nous disons bien «préservé», car jusqu'à une époque récente, hormis les espèces introduites (manguier, goyavier, eucalyptus, neem, Cassia Siamea, etc.), il n'était pas dans les traditions des différents groupes ethniques de planter des ligneux. Si des croyances liées à une symbolique de l'arbre assez complexe en sont une explication, le problème foncier en est une autre. En effet, planter un arbre, l'entretenir (avec l'investissement que cela comporte) confère d'une manière ou d'une autre un droit de propriété.

Tableau II - Principales fonctions de production et de service des ligneux dans les systèmes agroforestiers (Depommier, 1991)

Produits.

Services

Bois: combustible, bois d'œuvre ou de construction

Fertilité des sols: prélèvement d'éléments minéraux, restitutions en matière organique

Aliments: fruits, feuilles, sèves, gommes


Fourrage: feuilles, fruits, fleurs

Ombrage: pour l'homme et le bétail (effet microclimatique, dont baisse de l'ETP)

Médicaments: fruits, feuilles, écorces, racines


Fibres: écorces, feuilles

Délimitation foncière: matérialisation et pérennisation d'espèces

Tannins: écorces


Pollen, nectar: fleurs (miel, cire, productions indirectes)

Protection des cultures contre la divagation du bétail, contre le vent (verse, dessèchement)

Paillis: feuilles et rameaux, rôle indirect de service pour l'amélioration et la conservation


Ce tableau assigne aux ligneux à usages multiples deux fonctions, gui sont (Nouvellet, 1990): l'arbre multi-usages, l'arbre mainteneur et améliorateur de la fertilité des cultures.

Au moment où l'agroforesterie au sens de l'ICRAF s'affirme, il nous apparaît important de chercher à comprendre la logique agroforestière du paysan et cela en tenant compte des flexibilités du comportement et de l'évolution des mentalités dans la gestion des terroirs. La rationalité technique qu'introduit l'agroforesterie moderne commande que soient pris en compte les besoins fondamentaux des paysans en intégrant leur perception de l'environnement et leur échelle de valeurs socioculturelles. Il y a là pour les différents chercheurs un champ de réflexion extraordinaire.

Il nous semble que se dégagent quelques données permettant de situer l'importance des ligneux à usages multiples et des services qu'ils peuvent rendre dans les aménagements. La synthèse qu'a réalisée Denis Depommier (1991), bien que limitative, nous paraît très intéressante, surtout dans la perspective d'une restauration des terroirs et de la nécessaire et incontournable lutte contre la désertification.

Note sur le rôle des ligneux dans le maintien et l'amélioration des cultures

Que ce soit par la jachère régénératrice ou par certaines caractéristiques particulières (fixation symbiotique de l'azote), les arbres sont (Gutelman, 1989) la véritable source d'enrichissement du sol en puisant par leurs racines les minéraux du sous-sol; ils les remontent en surface sous forme organique (feuilles, branches, troncs) où ils deviennent accessibles aux plantes par minéralisation ou par brûlage.

Si l'intérêt principal des ligneux à usages multiples se situe essentiellement dans les productions de la partie aérienne, le système racinaire et son influence sur les végétaus environnants (par les exsudats, la capacité fixatrice de l'azote, la compétition imposée à d'autres plantes, voire un effet télétoxique) sont des éléments importants à prendre en considération pour mieux apprécier à leur juste valeur leur place dans les systèmes agroforestiers. Il s'agit là d'un domaine de recherche encore insuffisamment exploré. Avis aux botanistes et forestiers-mineurs intéressés par les travaux souterrains.

Quelques exemples de ligneux à usages multiples

En toute chose, il faut savoir se limiter. Ainsi, tout en ayant à l'esprit que la grande majorité des ligneux à usages multiples dépasse le cadre restreint des terroirs aménagés, nous nous limiterons à quelques exemples. Ces espèces méritent prioritairement attention dans la perspective de les intégrer (par manipulations diverses) dans le système agroforestier traditionnel (en conscientisant et en encadrant les paysans), ou moderne selon la rationalité technique des scientifiques, agronomes, forestiers, etc. pour une production soutenue, diversifiée et sauvegardant une certaine biodiversité.

Les réalités du terrain et la composition des grands parcs agroforestiers indexent évidemment le karité, le néré, Faidherbia albida, le baobab, le rônier, le raisinier, Sclerocarya Birroea.

Dans une conception large de l'agroforesterie, il convient également de tenir compte de quelques ligneux fourragers et notamment de certaines Capparacées remarquables (Boscia senegalensis, Crateva religiosa, Maerua crassifolia, Boscia salicifolia, etc.).

Concernant le néré et le karité, des données récentes (Kessler, 1994) montrent que, si le karité et le néré inhibent la croissance du sorgho par leur houppier (200 m² pour le néré !), le maintien de ces arbres dans les champs (cinq à dix pieds de karité par hectare, deux à trois pieds de néré) procure un bénéfice supérieur malgré une perte de rendement en sorgho évaluée entre 50 et 70 % sous leur couronne.

Ainsi le karité rapporte-t-il 3 000 F CFA à l'hectare. Les fruits de deux pieds de néré procurent un gain de 5 000 F CFA par hectare (en soumbala). Que ce soit en économie de subsistance ou en économie de marché, régional ou international, ces deux espèces procurent des ressources substantielles. Leur valorisation étant de loin l'une des activités rémunératrices les plus remarquables des femmes en zone rurale.

Quant aux autres effets bénéfiques de ces deux espèces en médecine et en pharmacopée traditionnelles et autres utilisations, les tableaux III et IV sont parlants. Le néré, dans ses différentes parties, comporte dixhuit types d'utilisation en pays moose, selon Evelyne Deverin-Kouanda. Enfin, on notera à propos du néré et du karité que, du point de vue écologique, même si ces espèces ne sont pas fixatrices d'azote comme Faidherbia albida, l'importante biomasse foliaire incorporée au sol accroît la quantité de matière organique et facilite l'infiltration de l'eau. Pour ce qui concerne le rônier (Borassus aethiopum), il est remarquable dans les paysages agroforestiers du sud-ouest du Burkina, chez les Gouin. A Toussian (région de Banfora), par son stipe, il est une importante source de matériaux de construction (lattes, poteaux, etc.) en plus d'autres utilisations de la plante.

Ainsi:

· la sève exploitée (en ne compromettant pas la vie du palmier) fournit un excellent vin de palme;
· les feuilles sont à la base d'un artisanat florissant (vannerie, sparterie);
· les fibres du pétiole foliaire (fibres de piassava) sont utilisées comme éponge végétale et pour la confection de brosses et de balais;
· les usages en médecine et pharmacopée traditionnelles sont nombreux;
· la fonction paysagère par la beauté des peuplements mérite d'être soulignée.

Planter un rônier à chaque naissance, comme cela est de coutume chez certaines ethnies du sud-ouest, revient à ouvrir à l'enfant une véritable caisse d'épargne. Les paysans de France et d'Italie avaient coutume de faire la même chose avec des peupliers.

Tableau III - Principales utilisations du néré chez les Moose (Deverin-Kouanda, 1992).

Parties utilisées

Formes d'utilisation

Nom en mooré

Usages

Fruit sec


rondo ou dondo rozom (farine)

La partie farineuse du dondo est jaune; on peut la manger telle quelle ou la mélanger à de l'eau

Intérieur du fruit

Mélangé à de l'eau

rozom (farine)

On peut le frire et en faire des beignets

Fruit «vert»

Grillé

zampada

On le fait griller avant maturation pour le manger

Gousse

Séchée, pilée et bouillie

am

On peut la sucer avec du sel pour soigner la toux; comme c'est amer, on l'utilise aussi pour laver la bouche de celui qui est malade et n'arrive pas à manger

Graine

Bouillies, lavées, puis encore bouillies, pourries et séchées

rozumi

Sert à la fabrication du fameux soumbala(en mooré: kalogo) sans lequel aucune sauce n'est concevable (sorte d'épice très parfumée)

Ecorce et gousse

Décoction

hanga

Forme une eau gluante qui est utilisée pour lisser le sol en terre battue des cases; cela le rend compact comme du ciment et on peut le balayer, poser ses affaires dessus, sans que cela fasse de la poussière

Ecorce

Décoction


Lavement des enfants

Fleurs

Indirectement

rosonkilli
rozomtilli

Très appréciées des abeilles qui laissent parfois tomber des boules de pollen à terre que les enfants ramassent et sucent

Le baobab (Adansonia digitata), le «bokki» des Peuls, a quatre usages essentiels (Kintz, 1994):

· son écorce, par ses fibres, fournit le matériau de la plupart des cordes;
· les feuilles, riches en calcium, utilisées dans les sauces, ont une fréquence très élevée dans l'alimentation des populations de la zone sahélienne;
· la pulpe du fruit, très riche en calcium et en vitamine C, délayée dans de l'eau, donne un breuvage apprécié des enfants et censé remplacer les laitages, dont il a l'apparence;
· la «sève» qui s'écoule des branches tombées et du tronc lorsqu'il s'écroule.

Selon Kintz (op. cit.), «les baobabs sont ces arbres traditionnellement protégés. Leur écorce et leur feuillage sont utilisés par ceux dans les champs de qui ils se trouvent». Il est à noter que les fruits en revanche sont gaulés partout sans distinction foncière. Quant aux baobabs qui se trouvent hors des champs, «en brousse», ils fournissent un droit d'utilisation (écorce et feuillage) au premier utilisateur, de la même façon que le défricheur d'un champ acquiert un droit définitif et transmissible sur celui-ci.

Pour donner une valeur chiffrée de la feuille séchée de baobab, qui fait l'objet de transactions locales, sur le marché de Boni (village de la cinquième région du Mali, autour de Mopti), un sac de feuilles sèches (sac qui contient à l'origine 100 kg de mil) se vend jusqu'à 1 000 F CFA.

Tableau IV - Différentes utilisations du karité (Bognounou, 1988).

Parties utilisées

Utilisations

Observations

Feuille

Médicinale

Pharmacopée lobi

Fleur

Mellifère


Fruit

Pulpe alimentaire

Petit commerce local

Noix médicinale


L'endocarpe assure une bonne protection de la graine(ou amande) et assure une meilleure conservation de cette dernière avant valorisation

Graine (= amande)

Alimentaire, industrielle, énergétique, médicinale, cosmétique

Est à la base de l'intérêt principal accordé au karité dans les relations commerciales avec l'extérieur. Source de matière grasse (= beurre de karité)

Ecorce (du tronc et des rameaux)

Maroquinerie, pharmacopée


Bois

Artisanale, énergétique, domestique

La réglementation stricte de l'exploitation de l'arbre, protégé par la législation forestière et les coutumes, limite ces différentes utilisations

Latex

Sorte de glu, colle


Racine

Médicinale


Plante parasite

Médicinale, aphrodisiaque


Chenille parasite

Alimentaire

Objet de transactions commerciales locales

Parler de ligneux à usages multiples oblige à ne pas oublier Faidherbia albida, «arbre fétiche» des agroforestiers; tout en renvoyant à l'excellente monographie d'Edouard Bonkoungou (1994) et à l'ouvrage majeur du C 1 t 1 (1988). Nous rappellerons:

· sa contribution substantielle à l'accroissement des rendements en sorgho (à Watinoma, au Burkina, sous 600 mm de pluviosité, Depommier et al., 1991 trouvent un rendement en grains de sorgho amélioré de 100 à 170 % suivant le site);

· la valeur fourragère excellente des feuilles et des gousses;

· la forte utilisation de son écorce en médecine et pharmacopée traditionnelles comme antitussif (le sirop «Douba», spécialité galénique mise au point par le Dr P. Zéphirin Dakuyo, de la cellule «Pharmacopée traditionnelle» de la Direction provinciale de la Santé de la Comoé (Banfora) est à base d'écorce de Faidherbia albida et de diverses plantes, dont Entada africana).

Enfin, que dire des Capparacées et des ligneux à usages multiples de cette famille botanique ? Des dix-neuf espèces qu'elle comporte, certaines méritent une attention particulière de par leur grand intérêt pour l'alimentation humaine et comme fourrage, sans oublier certaines utilisations en médecine et pharmacopée traditionnelles. Divers auteurs (Toutain et De Wispelaere, 1977; Gillet, 1986; Baumer, 1987; Bognounou, 1994) l'ont suffisamment illustré.

Nous rappellerons simplement que des espèces appartenant aux genres Boscia et Cadaba possèdent des feuilles coriaces, épaisses, subpersistantes, caractérisées par leur teneur élevée en protéines, en tanins, et surtout en sels minéraux, à tel point que la feuille de certaines espèces peut être qualifiée, selon Hubert Gillet, de «concentré de sels minéraux», ce qui leur confère un indice d'appétence élevé pour les ovins et les caprins qui en raffolent, d'autant plus que ce sont des ligneux bas (cf. tableau récapitulatif de l'intérêt alimentaire et fourrager des principales Capparacées du Burkina).

Conclusion

Notre réflexion sur les ligneux à usages multiples est celle d'un ethnobotaniste. Au moment où s'affirme de plus en plus l'agroforesterie en tant que nouvelle approche en matière de gestion rationnelle des terroirs, ces ligneux méritent une attention particulière, surtout si l'on met en avant les besoins fondamentaux de nos populations pour lesquelles ils jouent, en plus de leur fonction économique, un rôle dans les trames foncières, et intégrant des valeurs socio-culturelles.

L'agroforesterie constitue une alternative capable de concilier la logique paysanne (connaissances traditionnelles positives et stratégies correspondant aux besoins et aptitudes réels des populations) et la rationalité technique.

Comment concilier les stratégies traditionnelles agroforestières et les approches modernes que propose l'agroforesterie moderne pour un aménagement rationnel des ressources naturelles ? C'est sur cette question que nous concluons avec le cri du cœur de l'ethnobotaniste qui regrette que l'importance des ligneux à usages multiples (à la base de la vie matérielle et spirituelle de nos populations) soit quelquefois galvaudée et minimisée, accompagnée d'une certaine condescendance pour les savoirs indigènes.

Eléments de bibliographie

Aubreville A., 1949 - Contribution à la paléohistoire des forêts de l'Afrique tropicale. Paris, Société d'éditions géographiques, maritimes et coloniales.

Baumer M., 1987 - L'agroforesterie et les animaux. Nairobi, ICRAF

Baumer M., 1987 - Agroforesterie et désertification. Le rôle possible de l'agroforesterie dans la lutte contre la désertification et la dégradation de l'environnement. Ede/Wageningen (Pays-Bas), CTA, 260 p.

Baumer M., 1990 - Agroforesterie pour les zones sèches africaines. Bois et Forêts des Tropiques, 225: 55-64.

Baumer M., 1994 - Forêts-parcs ou parcs arborés ? Bois et Forêts des Tropiques, 240: 53-69.

Baumer M., 1995 - Arbres, arbustes et arbrisseaux nourriciers pour l'Afrique occidentale. Dakar, ENDA, 260 p.

Baumer M., 1996 (sous presse) - Agroforesterie pour les productions animales. Wageningen (Pays-Bas), CTA.

Bernatsky A., 1988 - «Principes écologiques dans la planification urbaine: l'impact de la végétation sur la qualité de l'air dans les villes». Communication au symposium international «Santé de l'homme et environnement», Luxembourg, 3-5 mars 1988, p. 170.

Bonkoungou E. G., 1994 - Monographie de Acacia albida, Parkia biglobosa et Butyrospermum paradoxum subsp. Parkii. Ouagadougou, IRBET.

Bognounou O., 1987 - «Importance économique des essences locales au Burkina». Communication au séminaire national sur les essences forestières locales. Ouagadougou, IRBET/CNRST.

Bognounou O., 1988 - «De quelques utilisations traditionnelles du karité (Butyrospermum paradoxum (Gaertner f.) Hepper), Sapotacée, arbre à usages multiples». Communication au séminaire national sur la valorisation du karité pour le développement national, bilan et perspectives, Ouagadougou, 15-18 novembre 1988. IRBET/CNRST/ISN/IDR.

Bognounou O., 1994 - Intérêt alimentaire et fourrager dos Capparidaceae du Burkina Faso. Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, nlle série, 36 (l): 45 56.

Chevalier A., 1930 - Première conférence du cours sur les productions coloniales végétales et l'agronomie tropicale. Paris, Muséum national d'histoire naturelle.

CTFT; 1988 - Faidherbia albida (Del.) A. Chev. = Acacia albida (L) Del. Nogent-sur-Marne (France), Centre technique forestier tropical, 78 p.

De Leeuw P. et Tothill J. C., 1990 - The concept of rangeland carrying capacity in Sub-Saharan Africa. Myth or reality ? London, ODI, Pastoral Development Network Paper n° 29 b. 20 p.

Depommier D., 1991 - Contribution de l'agroforesterie à la lutte contre la désertification. Communication faite au ministère du Développement rural et des Pêches du Cap-Vert, Praia, dans le cadre d'une consultation en agroforesterie pour le projet FAO-GCP/CV1/OIS/BEL.

Deverin-Kouanda E., 1992 - Le corps de la terre; Moose de la région de Ouagadougou, représentation et gestion de l'environnement. Thèse de doctorat, Université, Paris.

Gillet H., 1986 - «Principaux arbres fourragers du Sahel sénégalais». Communication au séminaire régional sur la problématique et les stratégies sylvo-pastorales au Sahel (Dakar, 6-11 mai 1985, projet UNESCO «Formation accélérée pour le pastoralisme intégral au Sahel», Publication FAPIS, 8: 37-56.

Gutelman M., 1989 - L'agriculture itinérante sur brûlis. La Recherche, 216: 1464-1475.

Kessler J. J., 1994 - Agroforestry in Burkina Faso: a careful balance. Intern. Agricult. Science, 6 (3): 4-5.

Kintz D., 1994 - Les déterminants socio-économiques de la gestion des ressources naturelles (Cercles de Douentza et de Koro en 5e Région du Mali). Opération de développement de l'élevage dans la Région de Mopti / Projet d'appui aux collectivités locales. Bamako, Caisse française de développement, 98 p. (voir p. 77 et 78).

Lebret R. P., 1950 - Dynamique concrète du développement. Paris, Les Editions ouvrières, 560 p.

Nouvellet Y., 1990 - L'arbre au centre de la vie de Fara-Poura (Burkina Faso). Ouagadougou, IRBET/ORSTOM/CNRST.

ORSTOM, 1979 - Maîtrise de l'espace agraire et développement en Afrique tropicale: logique paysanne et rationalité technique. Actes du colloque ORSTOM/CNRST de Ouagadougou, 4-8 décembre 1978. Paris, ORSTOM.

Ouedraogo S., 1994 - Dynamique et fonctionnement des parcs agroforestiers traditionnels du Plateau central burkinabé. Influence des facteurs biophysiques et anthropiques sur la composante arborée. Paris, Université Pierre et Marie Curie.

Porteres R., 1961 - L'ethnobotanique; place, objet, méthodes, philosophie. Journal d 'agriculture tropicale et de botanique appliquée, 8 (4-5): 102-109.

Raintree J. B., 1987 - La méthode «D and D». Nairobi, ICRAF.

Rousseau J.-J., 1961 - Le champ de l'ethnobotanique. Journal d 'agriculture tropicale et de botanique appliquée, 8 (45): 93-101.

Sasson A., 1979 - L'aménagement des ressources naturelles en Afrique (Programme MAB). Actes du Colloque ORSTOM/CNRST de Ouagadougou. Paris, ORSTOM: 253-256.

Young A., 1995 - L'agroforesterie pour la conservation du sol. Wageninen (Pays-Bas), CTA, 194 p.

Annexes

Annexe 1: Liste des participants

BENIN

NOUMADO Paulin C.
Centre Songhaï
BP 597 Porto-Novo
Tél.: (229) 21 50 92
Fax: (229) 21 20 50

BURKINA FASO

DIBLONI Ollo Théophile
IRBET/CNRST
03 BP 7047
Ouagadougou 03
Tél.: (226) 33 40 98
Fax: (226) 30 01 50

KAMBIRE Jean-Martin
CES/AGF
BP 91
Yako
Tél.: (226) 30 91 03

NIKIEMA P. Paul
INERA/RSP/Kamboinsé
BP 476
Ouagadougou
Tél.: (226) 31 92 02 et 08
Fax: (226) 31 92 06

OUADBA Jean-Marie
IRBET/CNRST
03 BP 7047
Ouagadougou 03
Tél.: (226) 33 40 98
Fax: (226) 30 0150

OUEDRAOGO Sibiri
IRBET/CNRST
03 BP 7047
Ouagadougou 03
Tél.: (226) 33 40 98

ZIGANI Goudouma
MET/DFVAF
03 BP 7044
Ouagadougou 03
Tél.: (226) 3120 98 ou 3142 17

MALI
DIALLO Abdoul Karim
Projet Acacia Senegal
BP 140
Kayes
Tél.: (223) 52 16 17

MAIGA Abdou Yehiya
Centre régional de la recherche agronomique de Sotuba
BP 258
Bamako
Fax: (226) 30 01 50

MAURITANIE
BAH Ould Sid'Ahmed
DEARMDRE
BP 170
Nouakchott
Tél.: (222) 591 83

MOHAMED Abdallalli Ould Tolba
BP 4848
Nouakchott
Tél.: (222) 540 98

NIGER
AGGA Alhatt
Association Timidria
(Fraternité/Solidarité)
BP 430
Niamey-Plateau
Tél.: (227) 73 40 32

ALIOU Amadou
Association pour la redynamisation
de l'élevage au Niger (AREN)
BP 430
Niamey

SENEGAL
DIOP Ousseynou
BP 8316
Dakar Yoff
Tél.: (221) 25 86 53

MBODJI Serigne
Direction des Forêts
BP 1831
Dakar
Tél.: (221) 32 05 65
Fax: (221) 32 04 26

SECK Thierno Bal
ENDA-Syspro
7, rue Kléber
BP 3370
Dakar
Tél.: (221) 2105 72
Fax: (221) 22 26 95

TCHAD
KOUMBAYE Belyo
PMDR/ONDR
BP 4049
N'Djamena Moursal

MALA Pauline
Coordinatrice du volet agro-environnement
SECADEV
BP 1166
N'Djamena
Tél.: (235) 51 44 53
Fax: (235) 51 40 60

Animateurs régionaux et internationaux

INADES
BAZIE P. Joachim
INADES -Formation
01 BP 1022
Ouagadougou 01 (Burkina Faso)
Tél.: (226) 30 20 70

INSAH
LAOMAIBAO Netoyo
INSAH/CILSS
BP 1530
Bamako (Mali)
Tél.: (223) 22 09 18
Fax: (223) 22 23 37

Comité consultatif CTA

PALE Samidou
Programme national de gestion des terroirs
01 BP 1487
Ouagadougou 01 (Burkina Faso)
Tél.: (226) 30 84 71 et 72

CTA

HOUNKONNOU Dominique
Conseiller technique
VUGAYABAGABO André
Chargé de mission
Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA)
Postbus 380
NL-6700 AJ Wageningen
Tél.: (31) (0) 8380 - 60 400
Fax: (31) (0) 8380 - 31052
Tlx: (31) 30 169 CTA NL

BAUMER Michel
Consultant
Clos des Trois-Pins
446, combe Caude
F-34090 Montpellier
Tél.: (33) 67.52.05.46
Fax: c/o IARE (33) 67.63.03.66

A l'unanimité, Samidou PALE a été élu président pour l'ensemble de la visite, Jean-Marie OUADBA a été élu vice-président, tandis que Abdou Yehiya MAIGA et Jean-Martin KAMBIRE étaient élus rapporteurs généraux.

Annexe 2: Rapports préliminaires de quelques participants

L'agroforesterie au Bénin

par Paulin Noumado

Il semble aujourd'hui évident que la solution au problème de la faim en Afrique ne passe pas par l'importation de méthodes modernes de production agricole à base de mécanisation poussée, d'engrais chimiques et de pesticides. Les sols d'Afrique sont très fragiles et le climat semble parfois ingrat à leur égard (pluies battantes, températures excessives prolongées, etc.). D'autres facteurs comme le surpâturage et le déboisement intempestif viennent aggraver le sort de ces sols déjà pauvres. Il est alors important de rechercher certaines pratiques adaptées en vue de relever et de maintenir leur fertilité. Au nombre de ces méthodes, l'agroforesterie tient une place de choix, surtout lorsqu'on la situe dans un contexte d'intégration des activités agricoles.

L'agroforesterie, une pratique séculaire

Les paysans béninois ont, de façon empirique, pratiqué l'agroforesterie dans leurs systèmes de culture, bien que l'introduction des cultures de rente ait eu tendance à favoriser la monoculture. En défrichant une jachère pour installer son champ, le paysan prend toujours soin de laisser quelques arbres ou arbustes pour des raisons diverses:

· le néré, pour ses gousses si nourrissantes;
· certaines espèces arbustives de Légumineuses qui servent de tuteurs pour la culture de l'igname ou des haricots à tige volubile;
· Cajanus, qui est planté parfois de façon éparse, pour ses gousses et ses feuilles, ces dernières constituant un fourrage très apprécié par les petits ruminants.

A partir des années 1980, des essais menés par la Recherche appliquée en milieu réel (RAMR) en liaison avec l'IITA (Institut international pour l'agriculture tropicale) ont permis l'introduction auprès de petits exploitants agricoles d'espèces telles que Leucaena sp. pl., Acacia auriculiformis, Gliricidia Sepium, Sesbania Sesban, pour l'établissement de cultures en couloirs.

A Songhaï, l'agroforesterie revêt un intérêt particulier en raison de l'option agroécologique du Centre, qui est une ferme-école. La plupart des parcelles sont aménagées en couloirs. Les autres sont parsemées de leucaenas et d'acacias dont les feuilles et les rameaux, régulièrement taillés, servent de couverture au sol.

Pour installer les couloirs, on utilise généralement le leucaena, le sesbania, et, dans une moindre mesure, l'acacia. Les couloirs sont larges de cinq mètres, disposés est-ouest si la pente est très faible, et perpendiculaires à la pente si celle-ci est forte. A partir de cette année, nous avons introduit des espèces de Sesbania de Thaïlande, dont certaines se révèlent très intéressantes eu égard à leur production de biomasse en un temps relativement court. Ces espèces donnent du fourrage pour les lapins, les cobayes et les petits ruminants.

Généralement, ces espèces ne sont pas produites par les pépiniéristes. La stratégie actuelle est de faire reproduire ces plantes par les paysans eux-mêmes. Ils installent leurs pépinières, dont la taille dépend de celle de leurs parcelles.

Des besoins croissants

L'intérêt que les petits exploitants attachent actuellement à l'agroforesterie, surtout sur les terres de barre dégradées, tient au fait que le relèvement et le maintien de la fertilité des sols deviennent très coûteux (intrants non disponibles et à des prix très élevés). Il faut signaler aussi que des espèces comme Leucaena et comme Acacia auriculiformis produisent des feuilles et des gousses au taux de protéines non négligeable, surtout pour les petits ruminants.

Aujourd'hui, chez les petits paysans, surtout du Sud-Bénin, on note des pratiques d'agroforesterie qui contribuent d'une part à enrichir le sol et d'autre part à récupérer de larges surfaces devenues impraticables parce que envahies par Imperata cylindrica.

Le choc acacia

On plante des acacias à forte densité, jusqu'à 15 000 pieds à l'hectare. Après trois ou quatre ans, les arbres couvrent tout le sol d'une épaisse couche de feuilles qui, avec l'ombrage, réduit Imperata à sa plus simple expression. C'est après cela que les plants d'acacia sont coupées pour le bois de chauffe et le terrain est alors repris pour les cultures.

Opération pois d'Angole

La densité observée va de 10 000 à 18 000 pieds à l'hectare. Les feuilles de Cajanus Cajan sont herbicides et constituent un fourrage très apprécié et un remède contre la diarrhée. Les graines sont recherchées et peuvent valablement remplacer celles du niébé. Le pois d'Angole est un précieux précédent cultural.

Les cultures en couloirs
(déjà mentionnées)

Contribution de l'agroforesterie dans la gestion des terroirs

De plus en plus, L'agroforesterie suscite un intérêt particulier chez les paysans, surtout avec les recherches de l'IITA et de RAMR, et avec la «Journée de l'arbre» (1er juin de chaque année). Les limites des domaines sont dans la plupart des cas marquées par des bandes d'acacias ou de leucaenas. Les haies vives sont devenues pratique courante dans les systèmes de culture. Il est à noter cependant que le système des bandes isohypses pour lutter contre l'érosion n'est pas encore en usage.

Le rôle des ONG

Au Bénin, le paysan aime la démonstration par l'exemple. Les ONG, si elles veulent être efficaces, doivent, en dehors des animations ou des séances de sensibilisation à l'intérêt de l'agroforesterie, établir des parcelles ou des unités de démonstration. Joindre l'acte à la parole, les actions aux idées, est souvent efficace en matière d'appui aux paysans. Là où les prérogatives les plus élémentaires de l'Etat sont abandonnées, il faut que les ONG prennent la relève en essayant des actions pilotes et en profitant au maximum de l'avantage qu'elles ont à être au plus près des paysans. La gestion de l'environnement dont l'agroforesterie est un moyen n'est pas l'affaire d'une seule institution, d'où la nécessaire coordination de toutes les actions sur le terrain.

Agriculture intensive durable productrice d'environnement: une solution à la crise des systèmes de production agricole

par Thierno Bal Seck et Moussa Seck

Dans le texte qui suit, les auteurs se placent à un niveau de préoccupations peut-être un peu plus général que celui de la visite. Ils considèrent l'environnement selon une conception particulière, puisqu'ils n'y incluent que des aspects positifs; alors que dans la tradition française, où le terme de «milieu» a précédé de beaucoup celui d'environnement, on entend par environnement tout ce qui constitue le milieu, y compris les aspects considérés comme négatifs, la pollution par exemple. Le document communiqué ici est néanmoins intéressant et peut permettre à certains de compléter leur information.

Crise environnementale et crise des systèmes de production agricole

Crise de l'environnement

La crise mondiale de l'environnement est intimement liée à la crise des systèmes de production industrielle et agricole. La production industrielle au Nord, la production agricole et la déforestation en Afrique constituent les sources principales de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique.

Sans risque de nous tromper, nous pouvons faire le constat suivant.

Les systèmes de production, qu'ils soient industriels ou agricoles, ont souvent reposé (et reposent encore) sur l'environnement, auquel ils ont porté (et portent encore) de multiples atteintes. C'est pourquoi l'on peut dire que ces systèmes de production, qui utilisent indéfiniment et sans restitution les ressources environnementales, sont consommateurs d'environnement.

C'est le cas des industries polluantes qui ne parviennent plus à résorber les coûts de l'élimination de leurs propres déchets, d'une agriculture qui aura épuisé et érodé les substances fertilisantes de la terre et bien souvent pollué les eaux souterraines, tout en consommant une grande quantité d'énergie non renouvelable.

Dans le cas de l'Afrique, perte de biodiversité, réchauffement climatique et dégradation des sols sont intimement liés. La pression démographique, la pauvreté des hommes et les faibles performances techniques de l'agriculture en sont souvent les causes immédiates.

«On ne perd pas une forêt, mais on perd des espèces», donc de la variété. La destruction du couvert arboré est en même temps perte de diversité biologique.

La perte de la biodiversité entraîne la disparition des forêts. Mais l'on sait qu'avant de disparaître la forêt perd d'abord ses espèces, faune et flore, autrement dit ses composantes, ou sa biodiversité. C'est ainsi que la disparition de la biodiversité entraîne à son tour l'émission du carbone dans l'atmosphère.

Contrairement au Nord, et selon les résultats de nos études sur le Sénégal, le Mali et la Côte d'Ivoire, environ 70 % des émissions de gaz à effet de serre sont dues à la déforestation et à l'agriculture (surtout à l'élevage).

La régression des ligneux entraîne l'érosion des sols sous le double effet du vent et de l'eau. Mais l'érosion des sols et la réduction des jachères se traduisent par une perte de rendement compensée par de nouveaux défrichements.

Pour ne considérer que le cas du Sénégal, on défriche en moyenne 60 000 hectares chaque année à des fins agricoles. Faute de pouvoir intensifier de façon intelligente les cultures, on augmente les superficies cultivables (production horizontale) et non les rendements par unité de surface.

Crise de l'agriculture

La crise des systèmes de production agricole au Sénégal est fortement liée à un ensemble de facteurs sociaux, environnementaux, économiques et techniques.

Les faibles rendements obtenus chaque année, l'inactivité aiguë dans le monde rural (60 % de la population est inactive) après les trois mois de pluie, le chômage chronique des jeunes qui pourtant représentent 60 % de la population, le faible taux d'alphabétisation, la dégradation accrue des terroirs et de l'environnement, et la pauvreté des populations qui en résulte, sont autant de facteurs de la crise actuelle.

Les systèmes de production traditionnels ne répondent plus à la demande de la consommation locale. Au Sénégal, la production globale de céréales en 1988 n'est guère supérieure à celle de 1968. L'agriculture conventionnelle récemment initiée grâce à l avènement des sociétés nationales d'encadrement rural (SAED, SODEVA, etc.) rencontre des problèmes conjoncturels et structurels, faute de moyens et de vulgarisation adéquate.

Les systèmes de production classiques ont toujours reposé sur la transmission de père en fils de la méthode traditionnelle de cultiver son champ. Et l'environnement dans lequel ils se pratiquent aujourd'hui n'est plus celui d'antan. Ces systèmes consistent en une agriculture extensive itinérante qui résiste peu aux variations climatiques.

Les conséquences de telles pratiques culturales ont pour nom déboisement, perte de biodiversité, déforestation, érosion des sols, perte de rendement et nouveaux défrichements. Notre intention n'est cependant pas de négliger ou de sous-estimer cette connaissance traditionnelle.

En fait, les agriculteurs traditionnels ont été beaucoup plus innovateurs qu'on ne le pense généralement. Ce n'est pas un hasard si de nombreux agronomes aujourd'hui commencent à manifester un peu plus d'intérêt pour l'agriculture traditionnelle, notamment les cultures associées pratiquées sur de petites surfaces.

L'agriculture extensive repose sur une logique de réduction du risque qui consiste à épandre sur de grandes surfaces de faibles quantités d'intrants, mais avec les maigres résultats que l'on connaît.

Même si l'agriculture traditionnelle a su faire: face, dans le passé, aux besoins alimentaires des populations, il faut reconnaître qu'elle pénalise, aujourd'hui, toute dynamique de la production agricole et cela est vrai si, et seulement si, l'on occulte toute évolution de ce que l'agriculteur fait, pense et croit. C'est précisément le moment d'innover en mettant en place des systèmes de production producteurs d'environnement, donc une agriculture capable de rompre le cercle vicieux déboisement, perte de biodiversité, effet de serre, érosion des sols, perte de rendement, nouveaux défrichements.

En un mot, une agriculture durable qui a pour finalité d'enclencher des «cercles vertueux» (voir schéma ci-dessous).


Systèmes de production agricole producteurs d'environnement

Agriculture durable: intensifier autrement

L'intensification agricole repose sur la chimio-mécanisation, qui a constitué le fer de lance de l'agriculture du Nord depuis un siècle, avec des succès remarquables, mais aussi un coût énergétique et environnemental considérable.

Il existe une autre intensification. Cette intensification, entendons-nous, ne repose pas obligatoirement sur la chimio-mécanisation classique mais plutôt sur une association et une rotation judicieuse des cultures. Nous parlons ici d'une réconciliation de l'agriculture et de la forêt par le moyen de l'agroforesterie. Si, pour une unité de surface donnée, il est possible de faire, en rotation, plusieurs cultures successives dans l'année, il est évident qu'on augmenterait dans un environnement productif les rendements, et l'on diminuerait ainsi les superficies qu'exigerait une telle production. En clair, si l'on peut produire trois fois par an sur une unité de surface, on empêche le défrichement de deux unités de surface équivalente (production verticale).

Convenablement modélisés, de tels systèmes peuvent conduire à des performances remarquables, en faisant jouer au mieux les synergies entre les cultures dans l'espace et le temps (arbres, céréales, produits maraîchers combinés). C'est l'expérience que nous avons tentée au Sénégal en appuyant ainsi près d'un millier de jeunes agriculteurs, associés en Groupement d'intérêt économique. Nous avons pu réaliser dans certaines exploitations, cultures confondures, 50 tonnes par hectare, avec l'avantage d'économiser les intrants (engrais, eau, produits phytosanitaires) et surtout d'assurer un emploi stable et plus important que celui de l'agriculture traditionnelle.

Les arbres associés aux autres cultures (arbres fruitiers et brise-vent) présentent l'avantage de stocker le carbone.

Les résultats de nos études relatives à l'impact des systèmes de production agricole écologiquement intensifs sur l'abattement des gaz à effet de serre montrent que sur un hectare de culture en couloirs, pendant une période de six ans, on peut stocker 80 tonnes d'équivalent carbone. En outre, on évite le défrichement de deux hectares de superficie qui aurait entraîné l'émission d'environ 30 tonnes d'équivalent carbone. Et pour donner une idée des résultats préliminaires que nous avons obtenus, le Sénégal émet environ 21 millions de tonnes d'équivalent carbone par an. En clair, deux cent mille hectares de cultures intensives de ce type compenseraient les émissions d'équivalents carbone du Sénégal. Ces types de systèmes de production qui associent l'arbre fruitier, les cultures maraîchères et les céréales, prenant en compte une gestion rationnelle du temps et de l'espace, ont été expérimentés au Sénégal.

Il apparaît que ces systèmes de production représentent un potentiel pour la conservation de la diversité biologique et un support déterminant pour la reforestation. Les études consacrées aux efforts de reforestation dans la région font apparaître des résultats mitigés pour de multiples causes: manque de motivation, défaut de sécurité foncière, coûts importants, manque de pépinières, faible variété des essences qui accroît la vulnérabilité des plantations. Le fait d'associer le reboisement a la production agricole est certainement le meilleur moyen de stimuler la production en luttant contre l'érosion des sols et l'aridification. En un mot, de remplacer l'environnement. Ces systèmes de production fondés sur le jeu des intérêts, donc à vocation commerciale, ont déjà intéressé des acteurs sociaux comme les jeunes.

Nous y avons perçu de multiples avantages:

· l'insertion des jeunes, qui représentent la majorité de la population dans les circuits de production;
· le rajeunissement progressif des producteurs dans le monde rural;
· un meilleur équilibre ville-campagne;
· une amélioration du niveau de connaissances nécessaire à la gestion et à la réalisation d'une entreprise agricole de ce type.

L'insertion de tels acteurs sociaux est d'autant plus importante que la libéralisation possible du marché mondial des produits agricoles risque de compromettre nos chances, si nous ne disposons pas d'une agriculture robuste, durable et compétitive.

En déplaçant les industries polluantes du Nord vers le Sud, le Nord importe de l'environnement pendant que le Sud l'exporte, mais à quel prix ? En effet, en exportant le bois des forêts du Sud vers le Nord, le Sud non seulement exporte un produit, mais aussi de l'environnement. A cet environnement exporté correspondent un déboisement et une perte de la diversité biologique. Tout cela n'est évidemment pas prévu dans le coût du produit.

A la suite de cette modeste analyse prospective, nous proposons une généralisation des systèmes de production producteurs d'environnement. Pour que cela soit possible, il faut permettre d'abord aux jeunes (femmes et hommes) d'accéder au crédit et à la terre.

Les solutions qui viennent d'être évoquées se trouvent à la croisée des conventions sur l'environnement et des problèmes nationaux tels que la pauvreté, la désertification, la crise alimentaire et l'emploi des jeunes.

Nous avons soulevé les enjeux que représente la libéralisation du marché mondial des produits agricoles, mais nous invitons à une réflexion sur la position que l'Afrique doit adopter face à un futur marché mondial de l'environnement qui se posera en termes d'exportation et d'importation de l'environnement.

Premiers résultats des activités de recherche agroforestière au Mali

par Modibo Sidibe et Dommo Timbely

Le long texte ci-dessous n'apporte qu'assez peu d'indications en rapport direct avec l'objet de la visite d'étude, et surtout il aurait pu avantageusement être donné sous une forme plus concise. Cependant, nous l'avons donné intégralement, y compris avec ses tableaux.

En marge des activités du sous-réseau SALWA, certains thèmes ponctuels ont été mis en œuvre dans le cadre du programme en collaboration avec l'Office de développement de la haute vallée du Niger (OHVN) et par d'autres projets de l'IER.

Les banques fourragères

L'élevage occupe la deuxième place dans l'économie du Mali. En raison de son caractère extensif et de la crise écologique que connaît le pays, son développement est confronté à une pénurie alimentaire en saison sèche.

Pour y remédier, SALWA a commencé des recherches en station sur les banques fourragères avec Gliricidia Sepium, Leucaena leucocephala, Pterocarpus erinaceus et P. lucens.

Les premiers résultats ont permis d'envisager le transfert de la technique en milieu paysan. Dans cette perspective, des tests sont en cours.

Essais en station

Essais sur les banques fourragères à la station de Nyekentoumou

Localisation

La station de Nyékentoumou est située à 80 km au sud-est de Bamako, sur sol ferrugineux lessivé à concrétions, dans la forêt classée de La Faya, à 12° 31' N et 7° 30' O. Les précipitations moyennes annuelles y varient entre 750 et 1 100 mm. Le climat est celui de la zone soudanienne sud.

Objectif

Evaluer, pour Gliricidia Sepium, Leucaena leucocephala, Pterocarpus erinaceus et P. Iucens, l'influence de l'écartement et de la période de coupe sur la production et la qualité fourragères.

Méthode

Le dispositif expérimental est un factoriel en blocs complets randomisés à trois répétitions. Les facteurs étudiés sont:

· l'écartement avec deux niveaux: 1 m x 2 m et 0,5 m x 2 m;
· la période de coupe avec quatre niveaux: fin mars, fin avril, fin mai et fin juin.

La superficie brute de la parcelle élémentaire est de 64 m² et celle de la parcelle nette de 24 m². Chaque bloc comporte douze rangées d'arbres longues de 8 m chacune dont les huit centrales font l'objet de mensurations. Des coupes d'uniformisation étaient prévues pour fin septembre mais elles eurent lieu en octobre en 1992 et en novembre en 1993.

Résultats

Gliricidia Sepium

- Production de fourrage en période sèche (1993)
Il sera question des productions obtenues au cours des coupes de saison sèche. Les productions appréciables ne peuvent pas être obtenues avant fin mai.

- Influence de la saison pluvieuse sur la production de fourrage frais Il s'agit là des productions enregistrées lors des coupes d'uniformisation effectuées après la saison pluvieuse de 1993. La densité 0,5 m x 2 m semble fournir les meilleures productions.

- Production de fourrage de saison sèche en 1994
Des productions appréciables ne peuvent pas être obtenues avant fin mai. Les résultats indiqués dans le tableau
III montrent que les coupes de mars et d'avril sont hâtives.

Leucaena leucocephala

- Production de fourrage en saison sèche (1993)
La production de fourrage en saison sèche est donnée dans le tableau IV. Avec cette espèce, les coupes de mars semblent convenir.

- Production de fourrage en fin de saison pluvieuse :1993 La production de fourrage en fin de saison pluvieuse est donnée dans le tableau V.

- Production de fourrage en saison sèche 1994
Le tableau VI montre que les coupes de mars et d'avril ne peuvent pas être recommandées.

Essai sur les banques fourragères à la station de Cinzana

L'essai est installé à la station de recherche agronomique de Cinzana, à 13° 15' N et 5° 38' O. Cette station est située à 300 km au nord-est de Bamako, à une altitude de 280 m. Elle appartient à la zone agroécologique du Moyen Bani-Niger située dans le soudanien nord. La pluviosité moyenne annuelle est voisine de 600 mm. Les sols sont ferrugineux tropicaux à sesquioxydes de fer et de manganèse.

Objectif

Evaluer l'influence de l'écartement et de la période de coupe sur la production et la qualité fourragère de Pterocarpus erinaceus et P. Iucens.

Méthodologie

Le dispositif expérimental est un factoriel en blocs complets randomisés à trois répétitions. Les facteurs étudiés sont:

· l'écartement avec deux niveaux: 1 m x 2 m et 0,5 m x 2 m
· la période de coupe avec quatre niveaux: fin de :mars, d'avril, de mai et de juin;
· date d'installation: juillet 1992;
· date de regarnissage: août 1993;
· visite paysanne: octobre 1994;
· coupe d'uniformisation: octobre 1994;
· coupe de saison: sur expérience paysanne.

Chaque bloc comporte douze rangées d'arbres longues de 8 m chacune dont les huit centrales font l'objet de mensurations. La superficie brute de la parcelle élémentaire est de 64 m² et celle de la parcelle nette de 24 m².

Tableau I - Influence de l'écartement et de la période de coupe sur la production de fourrage.

Période de coupe

Ecartement (m)

n

Production moyenne (t/ha MS)

Ecart-type






Mars

1

3

0,92

0,26

0,5

3

0,92

0,21


Avril

1

3

0,71

0,38

0,5

3

1,37

0,43


Mai

1

3

1,74

1,05

0,5

3

0,76

0,24


Juin

1

3

4,58

0,36

0,5

3

6,49

0,53


MS: matière sèche.

Tableau II - Influence de l'écartement et de la période de coupe sur la production de fourrage.

Période de coupe

Ecartement (m)

n

Production moyenne (t/ha MS)

Ecart- type






Mars

1

3

6,79

0,25

0,5

3

7,5

0,71


Avril

1

3

5,29

0,88

0,5

3

8,75

0,42


Mai

1

3

7,63

2,08

0,5

3

5

1,66


Juin

1

3

5,29

2,42

0,5

3

7,08

0,83


MS: matière sèche.

Tableau III - Influence de l'écartement et de la période de coupe sur la production de fourrage.

Période de coupe

Ecartement (m)

n

Production moyenne (t/ha MS)

Ecart- type

Mars

1

3

1,66

0,00

0,5

3

2,01

0,43


Avril

1

3

1,73

0,43

0,5

3

2,36

0,48


Mai

1

3

4,72

0,64

0,5

3

5,67

0,24


Juin

1

3

7,36

0,48

0,5

3

9,09

0,12


MS: matière sèche.

Tableau IV - Influence de l'écartement et de la période de coupe sur la production de fourrage sec.

Période de coupe

Ecartement (m)

n

Production moyenne (t/ha MS)

Ecart- type

Mars

1

3

0,42

0,04

0,5

3

0,63

0,125


Avril

1

3

0,54

0,08

0,5

3

0,38

0,08


Mai

1

3

0,92

0,63

0,5

3

0,83

0,21


Juin

1

3

2,58

0,5

0,5

3

1,88

0,0


MS: matière sèche.

Tableau V - Influence de l'écartement et de la période de coupe sur la production de fourrage frais.

Période de coupe

Ecartement (m)

n

Production moyenne (t/ha MS)

Ecart- type

Mars

1,0

3

1,11

0,47

0,5

3

0,99

0,07


Avril

1,0

3

0,69

0,12

0,5

3

0,62

0,00


Mai

1,0

3

2,50

0,75

0,5

3

2,57

1,02


Juin

1,0

3

3,94

0,20

0,5

3

3,33

0,41


MS: matière sèche

Tableau VI - Influence de l'écartement et de la période de coupe sur la production de fourrage frais.

Période de coupe

Ecartemet (m)

n

Production moyenne (t/ha MS)

Ecart- type

Mars

1,0

3

1,11

0,47

0,5

3

0,99

0,07


Avril

I ,0

3

0,69

0,12

0,5

3

0,62

0,00


Mai

1,0

3

2,50

0,75

0,5

3

2,57

1,02


Juin

1,0

3

3,94

0,20

0,5

3

3,33

0,41


MS: matière sèche.

Résultats

Le taux de réussite après la première installation a été très faible pour Pterocarpus erinaceus et presque nul pour P. lucens. Il a continué à être faible pour P. lucens, même après le regarnissage en 1993. Les premières mensurations sur la hauteur et la circonférence sont en cours d'analyse.

Test d'introduction de Gliricidia Sepium et de Leucaena leucocephala en milieu paysan

Localisation
Station de Nyékentoumou.

Objectif

Amener les paysans à accepter Gliricidia Sepium et Leucaena leucocephala pour l'alimentation de leurs animaux.

Méthode

Test d'appétabilité

Le matériel végétal est constitué des émondes des coupes effectuées sur Gliricidia Sepium et Leucaena leucocephala en mars 1993. Le matériel devait être constitué de cinq bovins, cinq ovins et cinq caprins; mais, en définitive, trois bovins, deux ovins (dont un qui était mal-portant) et un caprin ont été disponibles. Le test était basé sur l'observation du comportement des animaux vis-à-vis de l'aliment qui leur était apporté; l'apport de fourrage frais a duré deux jours à raison d'un jour par espèce. Le fourrge concerné était coupé et partagé en deux lots, une partie servie à l'état frais, le jour même de la coupe, et la seconde mise à sécher au soleil pour être donnée à l'état sec. Pour cela, le test a coïncidé avec les dates réservées pour les coupes de mars. Les animaux, habituellement en divagation, ont été mis en stabulation la veille et pendant toute la période du test.

Test en milieu réel

Cinq parcelles paysannes ont été matérialisées dans le village de Nyékentoumou; chacune d'elles représente un bloc qui est entouré par une haie vive de Zizyphus mauritiana. La haie sera protégée à la fin de la première année par une haie morte.

Gliricidia Sepium est planté à 0,5 m x 2 m en quatre parcelles élémentaires de six rangées de 25 m de longueur et de 3 m de largeur.

Zizyphus mauritiana sera installé à 0,5 m de la banque fourragère, à une équidistance de 0,5 m sur la ligne de haie. La haie sera plantée à une distance de 0,5 m de la haie vive.

La première coupe d'uniformisation est prévue pour septembre 1995. Les dates des coupes de saison sèche seront laissées à l'initiative paysanne. Seule la biomasse de la parcelle retenue pour une période donnée sera coupée le même jour.

Les émondes seront pesées et mises à sécher avant d'être stockées comme réserve de fourrage. Au cours de l'essai, des enquêtes seront réalisées pour connaître le rôle que pourra jouer Gliricidia Sepium dans l'alimentation du bétail et les techniques traditionnelles de gestion des ligneux fourragers, et recueillir les suggestions des paysans. Les paramètres quantitatifs seront soumis à une analyse de variance. La plupart des données de la fiche d'évaluation paysanne seront soumises à des analyses non paramétriques.

Essai de supplémentation avec Gliricidia Sepium et Leucaena leucocephala

Les pâturages de saison sèche sont constitués de paille dont la valeur alimentaire est quasi nulle. Généralement, pour satisfaire aux besoins nutritionnels des animaux, l'éleveur a coutume de faire de la supplémentation, selon les disponibilités, avec des d'arachide ou de niébé, des tourteaux d'arachide ou de coton, des graines de coton, de la paille enrichie à la mélasse, des gousses de Faidherbia albida, du fourrage d'essences ligneuses acheté sur le marché et à partir d'arbres mutilés en vue de permettre aux animaux en pâture d'y accéder.

Dans l'espoir que la création de banques fourragères entrera dans les mœurs des populations, le présent test de supplémentation avec du fourrage de Gliricidia Sepium et de Leucaena leucocephala a été mis en place afin de le comparer aux fanes d'arachide couramment utilisées dans le milieu.

Le matériel animal sera constitué par 50 moutons Djallouké en croissance, répartis en trois lots dont chacun recevra un régime spécifique à base de l'une des trois espèces étudiées.

Les feuilles de Gliricidia Sepium et de Leucaena leucocephala, récoltées sur la parcelle expérimentale de Nyékentoumou, seront mises à sécher au soleil avant d'être stockées. Le régime sera constitué de 30 % de fourrage ligneux à étudier ou de fanes d'arachide associés à 70 % de paille de riz, et complété par la pierre à lécher. L'abattage de contrôle effectué sur quatre individus avant le démarrage de l'essai permettra de déterminer le rendement et la composition corporelle. Une période d'adaptation de 15 jours aux régimes expérimentaux sera observée.

Le poids initial sera évalué par une double pesée à jeun juste avant l'expérimentation qui durera trois mois, au cours desquels les quantités ingérées et le gain pondéral seront déterminés sur la base de pesées hebdomadaires. Un échantillon sera soumis à une analyse bromatologique pour en déterminer la valeur.

A l'issue de l'expérience, quatre individus de chaque lot seront abattus pour une étude comparative du rendement et de la qualité de la carcasse. Le gain pondéral des trois lots sera comparé par analyse de variance.

Les cinq parcelles seront entretenues par les paysans eux-mêmes.

Résultats

Au cours du test d'appétabilité, les résultats enregistrés sont les suivants:

· Gliricidia Sepium est accepté par les bovins à l'état frais après une période d'accoutumance; à l'état sec, il est accepté par les bovins et les ovins;
· Leucaena leucocephala est beaucoup mieux appété, tant à l'état frais qu'à l'état sec.

Les haies vives défensives

Essais en station

Localisation
Station de recherche agronomique de Cinzana (voir plus haut).

Objectif
Comparer l'effet de différents écartements et l'influence des cultures sur la croissance et le recouvrement de Zizyphus mauritiana et Balanites aegyptiaca utilisés en haies vives défensives.

Méthodologie
Le matériel végétal provient du CNSF de Ouagadougou. L'essai est un dispositif factoriel en blocs complets randomisés en trois répétitions où les facteurs étudiés sont:

· le comportement de l'espèce avec deux niveaux: Zizyphus mauritiana et Balanites aegyptiaca;
· l'influence de la densité avec deux niveaux: 0,25 m, 0,50 m et 1 m;
· l'influence des cultures: présentes ou absentes.

Tableau VII - Influence de l'écartement (en m) et de la culture sur l'évolution de la hauteur (en cm) de Zizyphus mauritiana et Balanites aegyptiaca.



En présence de culture

En l'absence de culture

Espèce

Age

3 mois

11 mois

15 mois

23 mois

27 mois

3 mois

11 mois

15 mois

23 mois

27 mois



Octobre

Juin

Octobre

Juin

Octobre

Octobre

Juin

Octobre

Juin

Octobre


Ecart

1991

1992

1992

1993

1993

1991

1992

1992

1993

1993

Balanites

0,25

36,4

38,2

61,0

67,7

77,4

55,1

63,7

53,2

113,1

128,0


0,50

41,8

44,6

100,1

91,5

106,2

50,3

50,4

71,3

102,0

113,9


1,00

30,3

37,3

88,6

57,4

76,0

40,8

53,1

111,6

78,9

98,2

Moyenne

36,2

40,0

83,2

71,5

86,5

48,7

55,7

78,7

98,0

113,0


Ecart-type


5,8

4,0

20,1

18,4

17,0

7,3

7,0

29,9

17,4

14,9

Zizyphus

0,25

62,8

40,5

94,0

63,5

112,1

61,4

59,1

89,8

118,4

147,5


0,50

49,0

47,8

112,7

66,2

130,9

67,0

66,4

119,5

135,7

204,2


1,00

61,1

45,9

56,8

107,8

170,3

63,5

59,1

74,2

129,5

187,6

Moyenne


57,6

44,7

87,8

79,2

138,0

64,0

61,5

94,5

128,0

179,0

Ecart-type


7,5

3,8

28,5

24,8

29,7

2,8

4,2

20,3

8,8

30,3

Les plants ont été mis en place en juillet 1991. Les observations ont porté sur la hauteur et le taux de survie des ligneux. La composante agricole a commencé en 1992. En fin de campagne, le rendement du mil a été évalué ligne par ligne.

Résultats

Les meilleurs résultats sont obtenus avec Zizyphus mauritiana, avec l'écartement de 0,5 m; en 18 mois, la haie est déjà constituée.

Tests d'amélioration des haies vives traditionnelles

Localisation

Moyen Bani-Niger dans le cercle de Ségou, dans les villages de Djigo, Siradjana et Sanogola (voir plus haut).

Objectif

Etudier le comportement de Zizyphus mauritiana en haies vives à l'intérieur des haies préexistantes.

Méthodologie

Le test a été réalisé dans trois villages du Moyen Bani-Niger avec des paysans volontaires qui disposent de parcelles entourées de haies mortes et/ou de haies d'Euphorbia balsamifera. Les haies de Zizyphus mauritiana ont été plantées à 0,5 m de haies préexistantes à un écartement de 0,2 m sur la ligne. L'évaluation, faite en novembre 1993, a porté sur le taux de reprise et la hauteur.

Résultats

Avec les haies mortes, l'orientation ne semble pas avoir d'incidence sur la croissance en hauteur de Zizyphus mauritiana. Mais les plants mis en place du côté est sont moins influencés que les autres dans le cas de haies vives préexistantes.

Essai de cultures en couloirs

Localisation

Station de recherche agronomique ce Cinzana (voir plus haut).

Objectif

Déterminer l'effet du paillage de Gliricidia Sepium et de Leucaena leucocephala avec ou sans engrais sur la fertilité du sol et le rendement du mil dans un système de culture en couloirs.

Méthode

Il a été adopté comme dispositif expérimental un factoriel en blocs complets randomisés avec quatre répétitions dans lequel les facteurs étudiés sont:

· l'effet de l'engrais avec trois niveaux: sans engrais; 50 % de la dose vulgarisée dans la zone, soit 15 N. 15 P. 15 K; 100 % de cette dose;
· l'effet du paillage avec trois niveaux: sans paillage; le paillage de Gliricidia Sepium utilisé comme mulch dans la culture en couloirs; le paillage de Leucaena leucocephala utilisé comme mulch dans la culture en couloirs.

Résultats

Campagne 1992

Les tableaux VIII, IX et X ont été établis d'après des notes de M. I. Cisse.

Campagne 1993

Le tableau XI montre que le seul apport du paillis de Gliricidia Sepium équivaudrait à un apport de 100 kg/ha de complexe céréale associés à 100 kg/ha d'urée. Si ces résultats se confirment, la culture en couloirs avec cette espèce représente une belle perspective pour l'agriculture dans cette région aux problèmes de terre aigus.

Tableau VIII - Production de Faillis des deux espèces en 1992.

Nature du paillage

n

Taux de mortalité (%)

Coupe de juin (t/ha)

Coupe d'août (t/ha)

Gliricidia

12

7

0,415

0,362

Leucaena

12

42

0,056

0,474

Tableau IX - Influence de la fertilisation minérale sur le rendement en mil grain.

Niveau de fertilisation (% dose vulgarisée)

n

Rendement en mil grain (t/ha)

0

12

0,535

50

12

0,766

100

12

0,954

Tableau X - Interaction fertilisation minérale/paillage sur le rendement en mil grain (en t/ha).

Traitement

0 % engrais

50 % engrais

100 % engrais

Sans paillage

0.,604

0,878

1,009

Paillage Gliricidia Sepium

0,316

0,431

0,712

Paillage Leucaena leucocephala

0,684

0,990

0,114

Erreur standard


0,070


Tableau XI - Interaction fertilisation minérale/paillage sur le rendement en mil grain (en kg/ha).

Traitement

0 % engrais

50 % engrais

100 % engrais


Moyenne

Ecart-type

Moyenne

Ecart-type

Moyenne

Ecart-type

Sans paillage

860

6,5

986

83

1138

27

Paillage de Gliricidia Sepium

1194

12,5

1361

97

2277

347

Paillage de Leucaena leucocephala

660

27

1152

138

1518

230

Les parcs agroforestiers

Localisation

Parcs à karité

Les pars à karité sont localisés dans la zone agroécologique du Moyen Bani-Niger qui appartient au bioclimat soudanien nord. La zone couvre une superficie de 15 000 km² où il n'existe pas de sols arables. Les sols agricoles sont légèrement sableux, profonds et à fertilité naturelle moyenne. Certains ont une forte capacité pour l'eau disponible. Il y a plusieurs raisons à cela:

· les sols dont l'aptitude est conditionnée par l'aménagement hydroagricole sont en proportion importante;

· en dépit des limitations sévères que connaissent déjà les terres arables de cette zone, pratiquement toutes les réserves sont utilisées;

· en moyenne, plus de 50 % des surfaces occupées par les formations naturelles et les vieilles jachères sont a priori non cultivables;

· il existe de nombreux points de vente de bois dispersés dans la zone, à proximité desquels des foyers de dégradation irréversibles pourraient se créer.

Parcs à «balanzan»

Les parcs à «balanzan» sont localisés dans les zones agroécologiques du Gondo et du Seno, qui appartiennent au bioclimat soudanien nord.

La plaine du Gondo (GM - 1)

Elle couvre une superficie de 6 520 km² dont 3 % sont des sols de la catégorie A 1 mais sur terrain hydromorphe. D'une manière générale, la zone connaît une très grave situation écologique, économique et sociale. Les problèmes sont de plusieurs ordres:

· les surfaces occupées par les terres arables ont une fertilité moyenne; la courte durée de la saison agricole constitue leur limitation majeure;

· les terres non arables ont une très faible capacité pour l'eau disponible et sont à risques élevés pour l'érosion;

· la pression est excessive sur les terres de cette zone dont la plupart sont exploitées en dépit de leurs sévères limitations;

· une forte proportion des surfaces occupées par les formations naturelles et les vieilles jachères est a priori non cultivable.

Le Séno (GM - 3)

Il couvre une superficie de 5 990 km² où il n'existe pas de sols de la catégorie A. Les sols arables sont profonds à texture moyenne, bien drainés, et à fertilité naturelle moyenne. La situation écologique, économique et sociale y est très grave. En dépit: des limitations sévères, la pression sur les terres agricoles est très élevée. De surcroît, plus de 60 % des surfaces des formations naturelles et des vieilles jachères sont a priori non cultivables.

Objectif

Evaluer et comprendre les systèmes de production que les parcs ont engendrés, leur fonctionnement et leur dynamique.

Méthodologie

Les études prévues pour y parvenir sont les suivantes:

· typologie des parcs agroforestiers;
· enquêtes socio-économiques;
· inventaire détaillé des parcs.

Typologie des parcs agroforestiers:

· prospection selon des transects établis SUI! les cartes IGN et PIRL;
· délimitation des entités sur la base des résultats de la prospection;
· réalisation de la carte provisoire.

Enquêtes socio-économiques:

· enquête informelle à partir de la MARP;
· enquête formelle à partir de guides d'entretien;
· enquête fine sur une période d'un an.

Résultats

Typologie:

· définition de 20 entités dans le Moyen Bani-Niger et de 18 entités dans le Gondo;
· matérialisation des entités sur une carte provisoire.

Enquêtes socio-économiques

Les résultats de la MARP et de l'enquête formelle rapide sont en cours de dépouillement. Les enquêteurs ont été installés dans trois villages du Moyen Bani-Niger, un dans le Gondo et un dans le Séno.

Conclusion

D'une manière générale, aucune conclusion ne peut être tirée des thèmes abordés. Cependant, les résultats partiels obtenus constituent un jalon important vers la réalisation des objectifs initialement fixés.

Dans le domaine des banques fourragères, les perspectives sont favorables à l'utilisation de Gliricidia Sepium, de Pterocarpus erinaceus et de Pterocarpus lucens.

Zizyphus mauritiana peut facilement être adopté pour constituer des haies vives défensives en raison de sa rapidité de croissance - plus d'un mètre en quinze mois - et de la rapidité avec laquelle la première fructification intervient - quinze mois.

Gliricidia Sepium pourrait probablement résoudre le problème de baisse de fertilité des sols auquel les paysans du Moyen Bani-Niger sont confrontés.

Les informations abondantes recueillies lors de l'enquête MARP aideront à une meilleure connaissance des principales essences qui composent les parcs à karité et à Faidherbia albida.

Bibliographie

Cisse M. I., 1993 - Notes manuscrites.

Coulibaly K. et al., 1992 - Rapport d'activité de la campagne 1991-1992. 22 p.

Djimde Mamadou et al., 1994 - Systems improvement research in semi arid lowlands of West Africa (SALWA). Nairobi, ICRAF, 61 p.

ICRAF/IER, 1993 - Protocoles de recherche 1994.

ICRAF/SALWA, 1992 - Rapport final du cinquième atelier régional d'évaluation et de planification.

Kone A. R., 1993 - Test d'appétabilité de Gliricidia Sepium et de Leucaena leucocephala en vue d'installer des banques fourragères en milieu paysan (notes manuscrites).

Maïga A. Y., 1993 - Rapports de mission sur la typologie des parcs agroforestiers du Moyen Bani-Niger et de Bankass Koro (deux documents).

Annexe 3: Evaluation de la visite d'étude

Formulaire d'évaluation

Partie administrative
Comment et par qui avez-vous été informé du présent voyage d'étude ?
Quand avez-vous été informé ? ____________________________________________________
Avez-vous envoyé au CTA le document de travail qui était demandé dans l'offre de participation ?_____________________________________________________________________________
Quand ? ______________________________________________________________________
Comment évaluez-vous les prestations qui vous ont été fournies ?

N.B. - Les chiffres de 1 à 5 vont du moins au plus: 1 pour très peu, très mauvais, à 5, très bon, très satisfaisant.

1

2

3

4

5

A. Information préalable à la visite






B. Information quotidienne






C. Transport international






D. Transport à l'intérieur du Burkina Faso






E. Accueil à l'aéroport






F. Logement à l'hôtel






G. Pauses-café






H. Restauration






I. Vidéos présentées






J. Photographies à votre disposition






K. Présidence






L. Direction de la visite (Sibiri Ouedraogo et collaborateurs)






M. Direction pédagogique (Michel Baumer)






N. Secrétariat






O. Intervenants extérieurs (les nommer et donner la date de leur intervention)






_______________________________________________________________
_______________________________________________________________
_______________________________________________________________
_______________________________________________________________

Vos commentaires et observations complémentaires éventuels sur les points A à O
_______________________________________________________________
_______________________________________________________________
_______________________________________________________________
_______________________________________________________________

Souhaitez-vous rester en liaison avec les autres participants à la visite ?
Si oui, comment ? ________________________________________________
_______________________________________________________________

Si non, pourquoi ? ________________________________________________
_______________________________________________________________
Recevez-vous Spore du CTA ? ______________________________________

Si non, souhaitez-vous le recevoir et à quelle adresse (y compris votre nom):

Recevez-vous Agroforesterie aujourd'hui de l'ICRAF ? ____________________

Si non, souhaitez-vous le recevoir et à quelle adresse (y compris votre nom):
________________________________________________________________
________________________________________________________________
________________________________________________________________

Evaluation technico-pédagogique

N.B. - Toutes les questions a graduables» sont notées de I à V.

I II III IV V

Les leçons de la visite répondent-elles 3 votre attente ? ___________________
Les leçons de la visite vous seront-elles utiles pour l'exercice journalier de vos fonctions ? Qu'est-ce qui vous sera le plus utile ? __________________________________
_________________________________________________________________
_________________________________________________________________
_________________________________________________________________

Les leçons de la visite vous seront-elles utiles pour une contribution personnelle éventuelle à un possible programme sous-régional d'agroforesterie ? Pensez-vous que de telles visites soient utiles et doivent être faites dans d'autres sous-régions ? ___________________
________________________________________________________________

Lesquelles, par ordre de priorité ?
________________________________________________________________
________________________________________________________________
________________________________________________________________

Comment évaluez-vous les informations techniques qui vous ont été fournies pendant la durée de la visite, en tenant compte des documents qui vous ont été remis ?

Conférenciers:

I

II

III

IV

V

J. Ki-Zerbo





H. Ouedraogo






O. Bognounou






D. Depommier






Les structures agroforestières






La recherche agroforestière






La méthode «D and D»






Système et techniques agroforestiers






les parcs





à Faidherbia albida





à Butyrospermum Parkii






les haies






les brise-vent






la gommeraie traditionnelle






les bosquets fourragers






les cultures en couloirs






La lutte anti-érosive






le système «zaï»





le rôle du paillage






La production de bois de chauffage






Les ligneux agroforestiers à usages multiples






Faidherbia albida





le karité






les prosopis






le neem






les acacias






les jujubiers






Bauhinia rufescens






Les problèmes de formation






Centre de Nabilpayargo 15 novembre





Ferme pilote de Guié 16 novembre






Centre de Goundi 18 novembre (Frère Sylvestre)






L'exemple d'Adama Ouedraogo («Le Grand Passage»)






Les problèmes d'information






les transferts de technologie






Quels sont les thèmes qui vous ont le plus intéressé ?
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________

Quels thèmes étaient nouveaux pour vous ?
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________

Quels autres thèmes auriez-vous aimé voir traiter ?
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________

Quelles activités agroforestières envisagez-vous de développer, suite à la visite ?
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________

Quelles activités agroforestières souhaiteriez-vous aider vous-même à développer au niveau sous-régional ?
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________
____________________________________________________________________

Résultats bruts de l'évaluation

Les chiffres romains donnent l'échelle d'appréciation à attribuer sur le thème à évaluer.
Les chiffres arabes correspondent au nombre de participants qui ont attribué l'appréciation.

Résultats de l'évaluation administrative

Sur quinze fiches de réponse (quelquefois dix-huit), ont obtenu:

I

II

III

IV

V

A. Information préalables à la visite

-

2

-

3

6

(Les réponses indiquent une vue optimiste des participants; les organisateurs, qui n'avaient pas réussi à faire l'annonce et les préparatifs de la visite comme ils souhaitaient attendaient plutôt une réponse du type 2-3-3-1-1)

B. Information quotidienne

-

-

1

2

12

C. Transport international

-

1

1

2

6

D. Transport à l'intérieur du Burkina Faso

-

-

-

2

10

E. Accueil à l'aéroport

-

1

-

2

7

F. Logement à l'hôtel

-

-

1

1

7

G. Pauses-café

-

1

4

4

4

(alors que les pauses-café ont été nombreuses et plutôt généreuses, la notation n'est pas très bonne; mais aucun commentaire n'a été donné à la place réservée à cet effet: est-ce le nombre ou la qualité qui ont paru insuffisants ?)

H. Restauration

-

-

1

4

6

Résultats de l'évaluation technico- pédagogique






I. Vidéos présentées

1

4

5

-

1

(les deux vidéos présentées étaient un peu fastidieuses et hors sujet pro parte; si d'autres visites sont faites, les organisateurs devront veiller à une sélection plus rigoureuse des vidéos)

J. Photographies mises à disposition

1

1

3

3

2

(pas de commentaires explicatifs reçus)






K. Présidence (Samidou Pale)

-

-

-

7

6

L. Direction de la visite (Sibiri Ouedraogo et collaborateurs)

-

-

2

5

5

M Direction pédagogique (Michel Baumer)

-

-

4

4

5

N. Secrétariat

-

-

1

3

4

(7/12 des répondants ont eu affaire avec le secrétariat)






O. Intervenants extérieurs






Joseph Ki-Zerbo

-

-

1

1

7

Hubert Ouedraogo

-

-

2

3

5

Ouétian Bognounou

-

-

2

4

4

Denis Depommier

1

1

1

3

1

(ce dernier intervenant a été un peu long; des participants ont donné sur certains acteurs rencontrés des commentaires très positifs: pour Fidèle Hien, ainsi que pour Adama Ouedraogo, dit «Grand Passage»)

La majorité des participants souhaite rester en relation avec les autres participants, pratiquement tous par contact ou courrier personnel, et aucun avec l'aide d'une institution extérieure. Très rares sont: ceux qui ont manifesté le désir d'une intervention du CTA dans le maintien de ces échanges.

Les réponses suivantes ont été obtenues:

I

II

III

IV

V

1. Les leçons de la visite répondent-elles à votre attente ?

1

-

3

6

4

(cela indique que l'information préalable était insuffisante; il n'a pas été possible aux organisateurs de connaître à l'avance les motivations des participants)

2. Les leçons de la visite vous seront-elles utiles pour l'exercice journalier de vos fonctions ?

1

-

3

6

4

3. Les leçons de la visite vous seront-elles utiles pour une contribution personnelle éventuelle à un possible programme sous-régional d'agroforesterie ?

1

-

3

4

5

Une évaluation des informations techniques fournies pendant la visite, en tenant compte (ce qui ne semble pas avoir été fait systématiquement) des documents remis, a donné les résultats suivants:

Conférences en général

-

1

-

-

-

conférence de Joseph Ki-Zerbo

-

-

1

3

8

conférence de Hubert Ouedraogo

-

-

-

6

6

conférence de Ouétian Bognounou

-

-

1

5

6

(les réponses à ces trois questions mélangent vraisemblablement «intérêt général» et «valeur des informations techniques»)





conférence de Denis Depommier

1

1

4

5

2

(cette série de réponses montre que les participants n'ont pas su discerner l'intérêt technique d'une causerie qui contenait plus d'informations techniques de qualité qu'aucune des autres)

Les structures agroforestières

-

3

1

6

3

(personne n'a souligné le fait que le sujet n'a été traité qu'en ce qui concerne le Burkina Faso, les participants n'ayant pas répondu à l'appel qui leur a été lancé par Sibiri Ouedraogo)

En conclusion, on peut dire que l'évaluation de la visite d'étude par les participants a été positive. La plupart se sont montrés satisfaits, voire très satisfaits, de ce qu'il leur a été donné de voir et d'entendre, et tous ont estimé que la multiplication des visites de ce genre serait très profitable à tous ceux qui s'intéressent à l'agroforesterie et à son développement. Pour la prochaine visite, la zone humide d'Afrique de l'Ouest a recueilli le plus de suffrages.

Annexe 4: Discours de la cérémonie d'ouverture

La cérémonie d'ouverture a eu lieu le 14 novembre à l'hôtel Indépendance, à Ouagadougou. Trois allocutions y ont été prononcées: au nom du CTA, par le Président du Comité d'organisation, et par Monsieur le Ministre de l'Agriculture et des Ressources animales, qui a déclaré :a session ouverte.

Allocution du représentant du directeur du CTA, M. Dominique Hounkonnou, conseiller technique

Excellence Monsieur le Ministre de l'Agriculture et des Ressources animales,
Excellences Messieurs les Ministres,
Excellences Mesdames et Messieurs les Membres du Corps diplomatique,
Monsieur le Délégué de la Commission de l'Union européenne,
Monsieur le Directeur du PNGT, Membre du Comité consultatif du CTA,
Monsieur le Directeur de l'IRBET,
Honorables invités,
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d'abord souligner que c'est un réel plaisir pour le CTA d'être à nouveau accueilli à Ouagadougou, dans le cadre de la présente visite. d'étude sur l'agroforesterie.

Cette ville, dont l'hospitalité est légendaire, avait en effet abrité le tout premier séminaire organisé en Afrique par le CTA, conjointement avec le CIRAD. Consacrée à la recherche agricole, cette rencontre avait donné naissance au réseau R3S (Réseau de recherche sur la résistance à la sécheresse).

Depuis lors, bien d'autres réunions ont suivi, dont notamment l'atelier international sur la radio rurale que nous n'avons cessé de citer jusqu'à ce jour.

C'est pourquoi, au nom du Directeur du CTA, M. Assoumou Mba - qui n'a pas pu faire le déplacement - , je voudrais exprimer notre profonde gratitude aux autorités du Burkina Faso pour avoir bien voulu autoriser l'organisation de la présente visite xet pour avoir fait prendre toutes les dispositions nécessaires pour assurer sa réussite.

Avant d'aborder l'objet de la présente rencontre, je voudrais, à l'intention de ceux qui ne connaissent pas encore ou pas suffisamment notre institution, rappeler que le CTA a été créé dans le cadre de la Convention de Lomé entre les Etats de l'Union européenne et le groupe des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (Groupe ACP).

La mission du Centre est de faciliter aux Etats ACP l'accès à l'information qui leur est nécessaire pour leur développement agricole et rural. Les principaux axes d'activité du CTA sont les suivants:

· la réalisation d'études sur des thèmes prioritaires du développement agricole, notamment ceux liés à la sécurité alimentaire et à la préservation des ressources naturelles;

· l'organisation de rencontres techniques conçues comme de véritables carrefours d'échanges d'expériences et d'informations entre des responsables ACP et des experts européens et internationaux;

· un important programme de publication dont l'organe central est «Spore», bulletin d'information agricole diffusé en anglais, en français et en portugais;

· un service Questions-Réponses relié aux principales bases de données agricoles du monde et dont l'accès est gratuit pour les pays ACP;

· enfin, un programme d'appui aux structures nationales et régionales d'information et de documentation agricoles.

Excellences,
Honorables invités,
Mesdames, Messieurs,

Pourquoi une visite d'étude sur l'agroforesterie ?

La Convention de Lomé, comme je l'ai déjà signalé, accorde une importance particulière à la sécurité alimentaire et à la préservation des ressources naturelles des pays ACP.

Mais, de manière plus précise, la Quatrième Convention insiste, en son article 56, sur le développement des systèmes agroforestiers. Je cite:

«L'accélération du processus de retour à l'équilibre écologique implique en particulier l'intégration d'un volet "lutte contre la désertification" dans toutes les actions de développement agricole et rural, et comporte entre autres:

· l'extension des systèmes agroforestiers conciliant l'activité agricole et forestière, la recherche et le développement des espèces végétales les mieux adaptées aux conditions locales;

· l'introduction de techniques adaptées visant à l'augmentation et au maintien de la productivité des sols à vocation agricole, des terres cultivables et des pâturages naturels en vue de contrôler les différentes formes d'érosion;

· la récupération des sols dégradés par des actions de reboisement ou d'aménagement de terroirs qui doivent bénéficier d'opérations de maintenance impliquant, autant que possible, les populations et administrations concernées afin de sauvegarder les progrès réalisés...»

En fait, le CTA s'est intéressé dès les premières années de son existence à la vulgarisation de techniques agroforestières.

L'agroforesterie, dont les pratiques sont diverses, est considérée ici dans le sens que lui confère la définition élaborée par l'ICRAF, à savoir «un terme collectif pour des systèmes et des technologies d'utilisation des terres où des ligneux pérennes sont cultivés délibérément sur des terrains utilisés par ailleurs pour la culture et/ou l'élevage dans un arrangement spatial ou temporel, et où existent des interactions positives, à la fois écologiques et économiques, entre les ligneux et les autres composantes du système».

Diverses activités ont été conduites par le CTA dans ce domaine, qui ont abouti à des publications, en français notamment, dont en particulier:

en collaboration avec l'ICRAF

· l'étude réalisée par le Dr Michel Baumer sur le rôle possible de l'agroforesterie dans la lutte contre la désertification et la dégradation de l'environnement et publiée sous le titre Agroforesterie et désertification;

· l'étude réalisée par M. Willem Beets sur le rôle potentiel de l'agroforesterie dans les pays ACP;

en collaboration avec PANOS, la Commission de l'Union européenne, l'Agence suédoise pour le développe ment international et l'ACCT

· une étude-diagnostic de Paul Kerkhof sur une vingtaine de projets agroforestiers, publiée sous le titre Agroforesterie en Afrique;

en collaboration avec la GTZ, l'ICRAF et une institution privée belge «Terres et Vie»

· un séminaire international sur l'agroforesterie, qui s'est tenu au Rwanda en juin 1988.

L'organisation de la présente visite d'étude s'inscrit dans le cadre du suivi des recommandations de cette dernière manifestation. De même, la rencontre régionale organisée à Banjul, en mai 1993, par le CTA et la CEDEAO a mis l'accent sur l'échange d'information et sur l'amélioration des compétences en agroforesterie en s'appuyant sur des expériences en cours sur le terrain.

Le Burkina Faso a été retenu pour abriter cette visite axée sur les zones semi-arides d'Afrique de l'Ouest afin de donner aux participants l'occasion d'observer sur le terrain les applications pratiques des acquis de la recherche en milieu rural.

Je saisis cette occasion pour exprimer les vifs remerciements du CTA à l'IRBET, au CNRST et au PNGT pour leur précieuse collaboration. Que l'INSAH et l'ICRAF soient également remerciés pour leur contribution à la phase préparatoire de la visite, notamment pour l'identification des participants.

Notre espoir est que nos discussions et échanges d'expériences puissent déboucher sur un programme régional à mettre en œuvre dans un système de partenariat INSH/ICRAF/CTA, pour une contribution effective de l'agroforesterie au développement agricole durable des pays sahéliens.

Je vous remercie pour votre attention.

Allocution de M. Jean- Marie Oudba, président du comité d'organisation

Avec votre permission, Monsieur le Ministre, je voudrais au nom du Comité d'organisation souhaiter la bienvenue à tous les participants.

Je voudrais également, au nom du Directeur général du CNRST, remercier le CTA pour la confiance placée dans l'IRBET et le CNRST pour l'organisation du présent voyage d'étude au Burkina Faso.

Mesdames et Messieurs,

L'agroforesterie constitue pour nous une action thématique essentielle qui a l'avantage d'allier protection de l'environnement et exploitation durable des systèmes de production agricole. Cette préoccupation majeure apparaît dans le Plan d'action national pour l'environnement (PANE), le Programme national de gestion des terroirs (PNGT), le Programme national de recherche agricole (PNRA), etc. Il en est de même pour de grands projets de développement rural comme le projet forestier du Nazinon, le programme spécial CES/AGF, le projet DARA, etc.

Je m'en voudrais de ne pas vous rappeler ici quelques étapes essentielles de la jeune histoire de notre recherche agroforestière:

· 1989: séminaire national sur les priorités de recherche en agroforesterie;

· 1989: constitution du réseau SALWA de l'ICRAF; Ouagadougou abritera jusqu'à tout récemment le siège de la Coordination régionale;

· 1991: atelier CORAF en agroforesterie à Ouagadougou, et constitution plus tard d'un réseau CORAF-Forêt;

· octobre 1993: symposium international sur les parcs agroforestiers en Afrique de l'Ouest, qui s'est tenu à Ouagadougou.

Nous démarrons, avec d'autres pays partenaires, un programme régional sur les jachères en Afrique de l'Ouest, sur financement de la Communauté européenne.

L'année prochaine, se tiendra probablement à Ouagadougou un séminaire international sur la jachère améliorée sous l'égide de la CORAF.

C'est dire que le choix du Burkina Faso obéit sans doute à une certaine expérience agroforestière accumulée depuis plus d'une décennie par les services techniques de développement rural, les institutions d'enseignement et de recherche, les différentes ONG œuvrant sur le terrain, et même les «paysans modèles» qui sont souvent des points focaux pour les innovations techniques.

Mesdames et Messieurs les participants,

Nous espérons que les visites qui vous seront proposées répondront aux attentes des uns et des autres. L'essentiel est que vous ayez des échanges fructueux sur le terrain avec les techniciens et les producteurs.

En tout cas, soyez les bienvenus et passez un agréable séjour en terre burkinabé.

Je vous remercie.

Discours de M. Jean-Paul Sawadogo, ministre de l'Agriculture et des ressources animales

Messieurs les Ministres,
Monsieur le Secrétaire général du Ministère de l'Agriculture et des Ressources animales,
Messieurs les Représentants des Départements ministériels partenaires,
Messieurs les Directeurs et Chefs de Service,
Mesdames et Messieurs les participants,

Je voudrais tout d'abord souhaiter, au nom du Peuple du Burkina Faso et du Gouvernement, la bienvenue à tous ceux qui ont bien voulu effectuer le déplacement à Ouagadougou pour apporter leur contribution à la réflexion sur la problématique des pratiques agroforestières.

Honorables invités, Mesdames et Messieurs les participants, votre présence aujourd'hui à Ouagadougou est le témoignage éloquent de l'intérêt et de l'importance que les pays de la zone sahélienne et les partenaires de développement, dont vous êtes les éminents représentants, accordent aux problèmes de préservation des systèmes agrisylvipastoraux.

En effet, le déclenchement d'une nouvelle dynamique pour un développement durable n'est pas possible sans une gestion rationnelle de nos ressources naturelles.

Le maintien et l'amélioration du capital productif constituent un enjeu majeur pour le devenir socio-économique de nos pays. Cette visite d'étude en agroforesterie, initiée par le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA), apparaît donc d'une grande actualité et d'une grande pertinence pour l'orientation des interventions de nos projets de développement vers des actions favorables à l'amélioration qualitative des conditions édaphiques indispensables à l'accroissement des productions agricoles.

Devant la dégradation accélérée de l'environnement sahélien, il apparaît aujourd'hui urgent d'envisager la réintroduction systématique et soutenue de l'arbre dans les terroirs villageois.

Cette optique me semble d'autant justifiée que l'arbre autrefois était omniprésent dans le paysage des terres de savanes. Sans doute notre approche sectorielle du monde paysan a-t-elle contribué à la dégradation des systèmes agroforestiers d'antan.

Aussi avons-nous le devoir d'étudier les voies et moyens de faire de l'agroforesterie une activité régulière et soutenue à tous les niveaux, afin de reconstituer le système foresterie-agriculture-élevage, base d'un véritable développement durable.

La présence à cette visite d'étude d'experts du monde rural, d'origines, de compétences et d'expériences variées, est le gage d'une réflexion profonde et d'échanges enrichissants. J'espère, pour ma part, que ces débats à plusieurs voix, en particulier les échanges que vous aurez avec les paysans, permettront de concrétiser d'une manière décisive les pratiques agroforestières dans les pays du Sahel.

Je voudrais avant de terminer mon propos, exprimer des sentiments particuliers de reconnaissance et de remerciements au CTA, dont l'initiative et le soutien financier ont permis l'organisation de la présente rencontre.

En souhaitant plein succès à cette rencontre de travail, je déclare ouvert l'atelier de concertation préalable à la visite d'étude en agroforesterie au Burkina Faso.

Je vous remercie.

Annexe 5: Clôture officielle: Remerciements et discours

Pendant la cérémonie de clôture, trois allocutions ont été prononcées, l'une par le Représentant du CTA, la deuxième au nom des participants, enfin une dernière en conclusion par Monsieur le Secrétaire général du Ministère de l'Environnement et du Tourisme, Représentant Monsieur le Ministre de l'Agriculture et des Ressources animales.

Allocution du représentant du directeur du CTA par M. André Vugayabagabo, chargé de mission

Monsieur le Secrétaire général, Représentant le Ministre de l'Agriculture et des Ressources animales,
Monsieur le Directeur général du CNRST, Représentant le Ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique,
Monsieur le Directeur général de l'Institut du Sahel,
Monsieur le Directeur du PNGT, membre du Comité consultatif du CTA,
Monsieur le Directeur de l'IRBET,
Honorables invités,
Messieurs les Directeurs et Chefs de Service,
Mesdames, Messieurs,

C'est pour moi un insigne honneur et un réel plaisir pour le CTA de prendre part aux cérémonies de clôture des travaux de la visite d'étude sur l'agroforesterie.

Qu'il me soit permis de renouveler, au nom du Directeur du CTA, M. Daniel Assoumou Mba qui, pour des raisons de contraintes de calendrier, n'a pas pu prendre part personnellement aux présentes cérémonies, ma profonde gratitude aux autorités du Burkina Faso pour l'accueil très chaleureux dont nous avons été l'objet tout au long de notre séjour dans ce merveilleux pays.

Mes remerciements s'adressent également aux membres du Comité national d'organisation qui, malgré leurs multiples occupations, n'ont ménagé aucun effort pour le bon déroulement de cette visite d'étude.

Monsieur le Secrétaire général,
Honorables invités,
Mesdames, Messieurs,

Au cours de ces deux semaines, les participants ont pu apprécier à leur juste valeur les activités menées en matière d'agroforesterie au Burkina Faso.

Nous avons suivi avec un grand intérêt les informations fournies par les différents cadres de terrain, et par les agriculteurs, à qui nous exprimons nos très vifs remerciements pour leur entière disponibilité lors de nos visites.

Nous avons noté avec satisfaction le dynamisme et la motivation manifestés par les producteurs pour avoir engagé et soutenu les activités liées à l'agroforesterie.

Dans les différents sites visités, les participants ont abordé des thèmes aussi variés que l'aménagement de la forêt naturelle, les haies vives défensives, les banques fourragères, la lutte anti-érosive, la restauration des sols dégradés, les cultures en couloirs, la régénération des parcs forestiers et j'en passe.

Les discussions et les débats sur ces différents thèmes ont permis d'enrichir mutuellement les expériences et d'aboutir à des conclusions et recommandations qui ouvrent les voies pour engager des actions de recherche et de développement d'intérêt régional.

La mise en œuvre de ces différentes recommandations tant au niveau national qu'au niveau régional permettra à l'agroforesterie d'apporter une contribution effective au développement d'une agriculture durable dans les pays sahéliens.

Je saisis cette occasion pour saluer M. Michel Baumer qui, avec son expérience et son dévouement pour le Sahel, s'est consacré à la préparation technique et à l'encadrement pédagogique de la visite d'étude.

Chers participants,

Je ne saurais terminer ce propos sans vous remercier pour avoir répondu favorablement à l'invitation du CTA et surtout pour la discipline et l'esprit consciencieux observés pendant ces deux semaines. La qualité de vos réflexions a permis d'aboutir à des propositions concrètes et pertinentes. Je vous souhaite un bon voyage et un bon retour dans vos pays respectifs.

Enfin, au nom du Directeur du CTA, je renouvelle mes remerciements à l'INSAH pour sa participation active dans le déroulement de cette visite d'étude et pour son engagement dans la mise en œuvre des activités de portée régionale définies au cours de cette rencontre au bénéfice des pays membres du CILSS.

Le CTA, pour sa part, est disposé à vous apporter son appui dans le cadre de son mandat afin que l'agroforesterie puisse contribuer effectivement au développement agricole de l'arbre des pays sahéliens.

Monsieur le Secrétaire général, Représentant le Ministre de l'environnement et du Tourisme,

Voici les quelques mots que je tenais à exprimer au nom du Directeur du CTA avant la clôture officielle des cérémonies.

Je vous remercie pour votre aimable attention.

Discours de remerciement des participants prononce par M. Samidou Pale, président

Monsieur le Secrétaire général, Représentant le Ministre de l'Agriculture et des Ressources animales,
Monsieur le Directeur général du CNRST, Représentant le Ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique,
Monsieur le Représentant du CTA,
Monsieur le Directeur général de l'Institut du Sahel,
Messieurs les Directeurs et Chefs de Service,
Honorables invités,
Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi au nom de tous les participants de remercier vivement les autorités du Burkina Faso d'avoir accepté de recevoir la visite d'étude sur l'agroforesterie, et de n'avoir ménagé aucun effort pour un bon déroulement des travaux.

Les réalisations de votre pays en matière d'agroforesterie, la réceptivité des paysans rencontrés, leur sensibilité aux questions de dégradation des ressources naturelles et les stratégies ou méthodologies d'approche mises en œuvre pour des actions concertées en milieu rural nous ont édifiés sur votre attachement à une meilleure maîtrise du secteur rural pour faire face à la lutte contre la désertification et la pauvreté.

Nous tenons à saluer tous ces braves acteurs et les responsables des différents programmes visités, qu'il s'agisse de chercheurs engagés dans la recherche fondamentale, au niveau des stations, ou dans les programmes formels de recherchedéveloppement, qu'il s'agisse des ONG, qu'il s'agisse des agriculteurs innovateurs, de leurs efforts et de leur contribution au développement de l'agroforesterie dans leur pays et de l'Afrique sahélienne en général.

Ce voyage d'étude aura été pour nous riche d'enseignements. Le souvenir des séjours dans les différents terroirs, marqués par l'hospitalité et l'enthousiasme des paysans, restera gravé dans nos mémoires.

Nous profiterons de cette occasion pour adresser nos sincères remerciements aux coordinateurs, animateurs, secrétaires et chauffeurs pour leur disponibilité sans faille dans la réalisation des programmes.

Nous remercions tout particulièrement les donateurs et organisateurs, en l'occurrence le CTA, l'Institut du Sahel et l'IRBET, d'avoir donné à des cadres de la sous-région l'occasion d'échanger des expériences, de se concerter et de s'informer davantage sur les problèmes de l'agriculture sahélienne.

Nous souhaitons à tous ceux qui ont pris part aux travaux de la visite d'étude (sur le terrain comme pour les conférences) une bonne santé et beaucoup de succès dans leurs activités.

Encore une fois nous remercions les autorités burkinabé de leur hospitalité et en même temps nous les encourageons à persévérer dans la politique d'un développement rural intégré et harmonieux.

Discours de M. Jean-Baptiste Kambou, secrétaire général du ministère de l'environnement et du tourisme

Monsieur le Représentant du CTA,
Honorables invités,
Mesdames, Messieurs les participants à la Visite d'étude en agroforesterie au Burkina Faso,

Douze jours durant, vous avez eu l'occasion, paysans, cadres sahéliens, représentants des organisations non gouvernementales et partenaires de développement, d'échanger vos expériences et d'apprécier la contribution de l'agroforesterie dans les systèmes de production agricole durable.

Votre rapport de synthèse, parce qu'il fait un large tour des préoccupations des paysans et des gouvernements, témoigne de l'intérêt et du sérieux qui vous ont guidés tout au long de cette visite d'étude.

Je puis d'ores et déjà vous assurer, en ce qui concerne le Burkina Faso, de toute la disponibilité du Gouvernement à tirer le meilleur parti des résultats de vos réflexions et de vos recommandations.

Mesdames et Messieurs les participants,

Comme vous avez pu le constater sur le terrain, une volonté politique ferme existe en la matière. C'est ainsi qu'au Burkina Faso il est mis en œuvre un Programme national de gestion des terroirs qui repose sur une vision intégrée des questions de développement rural et sur la responsabilisation des populations dans la gestion des ressources de leur terroir. De même, le 2 juin 1994, lors du meeting historique sur la production, le Président du Burkina Faso invitait le peuple burkinabé à réintroduire l'arbre dans les terroirs villageois.

Dans cette optique, j'invite les cadres sahéliens, en particulier les chercheurs, les forestiers et les agronomes burkinabé, à se départir de la vision sectorielle du développement rural et à se lancer résolument dans la voie de l'agroforesterie. En effet, la pratique agroforestière, associant étroitement les ligneux avec les autres productions végétales ou animales, dans l'optique d'une interaction positive, constitue une voie de production agrisylvipastorale durable.

Mesdames et Messieurs,

Nous partageons vos pertinentes recommandations. Il conviendrait cependant, pour qu'elles ne soient pas seulement quelques recommandations de plus, que nous prenions un engagement individuel et collectif dans le sens de leur mise en œuvre par des actions concrètes dans chacun de nos pays.

Je voudrais, une fois encore, réitérer au CTA. et à l'Institut du Sahel qui ont soutenu les efforts d'organisation de cette rencontre les remerciements du gouvernement et du peuple burkinabé.

Tout en souhaitant à chacun un bon retour dans son foyer, je déclare close la visite d'étude sur l'agroforesterie au Burkina Faso.

Annexe 6: Liste des noms de plantes en latin

L'utilisation des noms vernaculaires est souvent commode, mais elle est fréquemment la source d'erreurs graves. Pour éviter de telles erreurs, on a indiqué dans la liste ci-dessous les noms latins de toutes les plantes citées dans le document, avec le nom de leur(s) auteur(s).

On a considéré avec Emberger (1960), Les végétaux vasculaires, tome 2 en deux fascicules de Chadefaud et Emberger, Traité de botanique (systématique), que les normes de décapitalisation recommandées par le VIIe Congrès international de botanique, tenu à Stockholm en 1950, sont une forme de régression du langage scientifique que constitue la nomenclature. Comme tous les langages, le langage scientifique est une convention. Il est formé de signes porteurs de signification, et il est d'autant plus riche et plus instructif que ces significations sont nombreuses et précises (Baumer, 1975, Noms vernaculaires soudanais utiles à l'écologiste, Paris, CNRS). On a donc écrit les mots spécifiques avec une majuscule quand il s'agit du génitif latin de noms propres ou d'anciennes dénominations génériques ou spécifiques, latines ou non. Les adjectifs spécifiques sont écrits avec une minuscule, sauf lorsque l'auteur a utilisé une majuscule dans la description originale.

On a écrit Albizzia avec deux «z» puisque le genre est dédié à la famille Albizzi, comme le rappelait Guy Roberty, botaniste de l'ORSTOM, qui lui était apparenté. Mais il est vrai qu'à Florence, d'où cette famille était originaire, on écrit le même son avec un seul «z».

Acacia albida (L.) (Del. Faidherbia albida
Acacia auriculiformis A. Cunn. ex Benth. (Racosperma auriculiforme
Acacia macrostachya Reichenb. ex Benth. (Mimosacée)
Acacia mellifera (Vahl) Benth. (Mimosacée)
Acacia nilotica (L.) Willd. ex Del. (Mimosacée)
Acacia raddiana syn. Acacia tortilis subsp. raddiana
Acacia Senegal (L.) Willd. (Mimosacée), gommier, gommier blanc

Acacia Seyal Del. (Mimosacée), acacia à tronc rouge (N.B. - Le tronc n'est rouge brique que dans certaines conditions écologiques; il existe même une variété fistula sur sols d'argile noire craquelée dont le tronc est blanc pur. Par ailleurs, le nom arabe «seyal» ou «sayal» correspond à Acacia tortilis (Forsk.) Hayne var. spirocarpa (Hochst. ex A. Rich.) Brenan)

Acacia tortilis (Forsk.) Hayne (Mimosacée)
Acacia tortilis (Forsk.) Hayne subsp. raddiana (Savi) Brenan (Mimosacée)
Adansonia digitata L. (Bombacacée), baobab
Albizzia Lebbeck Benth. (Mimosacée)
Azadirachta indica A. Juss. (Méliacée), «neem» (en anglais)
Balanites aegyptiaca (L.) Del., Balanitacée
Bauhinia rufescens Lam. (Césalpiniacée), bauhinia rougeoyant
Borassus aethiopum Mart., Palmacée Borassoïde
Boscia salicifolia Oliv. (Capparacée), boscia à feuilles de saule
Boscia senegalensis (Pers.) Lam. (Capparacée), boscia du Sénégal
Butyrospermum paradoxum subsp. Parkii (G. Don.) Hepper (Sapotacée), karité
Cajanus Cajan (L.) Millsp. (Fabacée), pois d'Angole
Cassia Siamea Lam ® Senna Siamea
Celtis integrifolia Lam. (Ulmacée), mboul
Combretum aculeatum Vent. (Combrétacée)
Combretum glutinosum Perr. (Combrétacée), combrétum glutineux
Crateva Adansonii DC. (Capparacée)
Crateva religiosa Forst. f. (C. Adansonii
Cyperus esculentus L. (Cypéracée)
Dalbergia melanoxylum Guill. et Perrott. (Fabacée)
Dioscorea alata L. (Dioscoréacée), igname blanc, igname d'eau
Entada africana Guill. et Perrott., Mimosacée
Eucalyptus camaldulensis Dehnardt (Myrtacée)
Faidherbia albida (Del.) A. Chev. (Mimosacée), faidherbia, «gao», «haraz», «balanzan», etc.
Ficus vasta Forsk.(Moracée)
Gardenia lutea Fresen., Rubiacée
Gliricidia Sepium (Jacq.) Walp (Césalpiniacée)
Hevea brasiliensis Muell. Arg., Euphorbiacée
Hyphaene thebaica Mart. (Palmacée), doum, palmier doum
Imperata cylindrica (L.) Raueschell (Graminacée), c'est l'alang-alang de Malaisie
Jatropha Curcas L. (Euphorbiacée), pourghère
Lannea acida A. Rich., Anacardiacée
Lannea microcarpa Engl. et K. Krause (Anacardiaceé), raisinier
Leucaena leucocephala (Lam.) de Witt (Mimosacée)
Maerua crassifolia Forsk. (Capparacée)
Melaleuca leucodendron L. (Myrtacée)
Mucuna urens DC. (Fabacée), pois velours
Parkia biglobosa (Jacq.) Benth. (Mimosacée), néré
Pennisetum americana (L.) Schum. (Graminacée), mil à chandelle, petit mil
Pennisetum clandestinum Chiov. (Graminacée), herbe des Kikuyu
Piliostigma reticulatum (DC.) Hochst. (Césalpiniacée)
Poupartia Birroea (Sclerocarya Birroea
Prosopis africana (Guill., Perrott. et Rich.) Taub. (Mimosacée), prosopis d'Afrique
Prosopis chilensis (Mil.) Stuntz. (Mimosacée)
Prosopis juliflora (Sw.) DC. (Mimosacée), «mesquite» des Mexicains
Prosopis Tamarugo Phil. (Mimosacée)
Pterocarpus erinaceus Poir. (Fabacée), vène
Pterocarpus lucens Lepr. ex Guill. et Perrott. (Fabacée), «bala» du Sénégal
Racosperma auriculiforme (A. Cunn. ex Benth.) Pedley, comb. nov. (Mimosacée)
Racosperma holosericeum (A. Cunn. ex G. Don.) Pedley, comb. nov. (Mimosacée)
Sclerocarya Birroea (A. Rich.) Hochst. (Anacardiacée)
Senna Siamea, comb. nov. (Césalpiniacée)
Sesbania Sesban (L.) Merrill. (Fabacée)
Solenostemon rotundifolia
Sterculia setigera Del., Sterculiacée
Stereospermum kunthianum Cham. (Bignoniacée)
Terminalia Brownii Fresen. (Combrétacée)
Vigna unguiculata (L.) Wallp. (Fabacée)
Zizyphus mauritiana Lam. (Rhamnacée), jujubier

LOUIS-JEAN
avenue d'Embrun, 05003 GAP cedex
Tél.: 04.92.53.17.00
Dépôt légal: 886 - Décembre 1996
Imprimé en France

Version texte